LE LION ET SON MIROIR : LE SOLEIL

(5.2 -Ballade à travers les signes) par sylvietribut le 26-07-2009

                               Son graphisme

Du graphisme du Cancer à celui du Lion, la transition est simple. L’un des deux éléments a disparu, l’autre s’est redressé. La gestation est achevée, la naissance s’est accomplie. Le graphisme du Lion affirme un principe unique, central. Des deux éléments qui composaient les signes précédents, il n’en reste qu’un seul.

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Le hiéroglyphe du signe représente une boucle qui se termine par une courbe majestueuse évoquant la queue du lion, symbole de virilité et de puissance. On dit aussi que le cercle figurait la perfection ou l’unité primordiale d’où surgit une courbe figurant l’élan vital : le cercle correspondrait au disque solaire ou à la roue, symbole des cycles, donc du cycle solaire notamment. 

                        Ses symboles

Symbole de justice, il est à ce titre garant du pouvoir, matériel ou spirituel. Aussi sert-il de monture ou de trône à de nombreuses divinités, de même qu’il orne aussi bien le trône de Salomon que celui des rois de France ou des évêques médiévaux. Il est aussi le symbole du Christ-juge et du Christ-docteur dont il porte le livre ou le rouleau. On sait qu’il est, dans la même perspective, l’emblème de l’évangéliste Saint-Marc.

Cependant, les défauts de cette force tranquille, lorsqu’elle en vient à ne plus pouvoir se remettre en, question, n’ont échappé ni à la sagesse populaire, ni aux mystiques et philosophes. Ainsi, avec la libération féminine de notre époque, le Lion superbe et généreux est devenu le macho phallocrate qui ne sait pas, ou feint de ne pas savoir, que sa puissance est toute relative.

Du Lion, symbole du Christ, cet aveuglement mène tout droit au Scorpion symbole de l’antéchrist, également attesté par les Ecritures. L’analyse en fera parfois le symbole d’une pulsion sociale pervertie : tendance à dominer en despote, à imposer brutalement son autorité et sa force.

Mais le rugissement profond du Lion et sa gueule grande ouverte font appel à un tout autre symbolisme, non plus solaire et lumineux, mais sombre et chthonien. Le Lion, dans cette inquiétante vision, s’apparente aux  autres divinités infernales qui happent le jour au crépuscule et le rejettent à l’aube, tel le crocodile des maintes mythologies égyptiennes et, en Extrême-Orient, le dragon.  

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                        Ses mythes

Krishna, dit la Gitâ, est le lion parmi les animaux.

Le Bouddha est le lion des Shakya.

Le Christ est le lion de Judas et un lion figurait sur l’étendard de la tribu de Juda dont est issu le Christ.

Ali, gendre de Mohammed, magnifié par les Chi’ites, est le lion d’Allah, raison pour laquelle le drapeau iranien est frappé d’un lion couronné.

le-lion-de-san-marco-a-veneziaLe lion ailé de Venise, symbole de la cité des Doges, serait un bronze bien plus vieux que la ville elle-même.

Dans la mythologie grecque, la légende la plus célèbre est celle d’Hercule terrassant le Lion de Némée. 

Dans toutes les mythologies, on trouve un dieu solaire. Le Soleil, Râ, source de lumière, a toujours été l’objet d’un culte divin. Chez les Egyptiens, une barque symbolisait son voyage dans le ciel. Il était en Perse le dieu suprême.

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Chez les Grecs et les Latins, il était identifié au dieu Hélios ou Apollon, à la beauté légendaire : puissant et brillant, il était chargé de dissiper, au matin, les ténèbres.

Fils d’Hélios, Phaéton demanda à son père de conduire à sa place le char du soleil. Hélios, qui savait les terribles difficultés de la tâche, lui accorda cette permission à contrecœur. Et Phaéton partit sur le char attelé de quatre chevaux. Naïf, comme peut l’être parfois le Lion il s’affola dès qu’il se retrouva au ciel : les chevaux s’emballèrent, le char plongea vers la Terre, et le  Feu-Soleil ravagea les montagnes et les plaines provoquant partout sur son passage la sécheresse et la désolation.

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Cependant, Apollon ou Phoebus, le Brillant, est le dieu-soleil qui représente avec Hercule, la Force, le signe du Lion. Dieu de la Lumière, Apollon se révèle d’abord comme un dieu orgueilleux, vindicatif. Plus tard, il apparaît comme un idéal de sagesse, un dieu d’harmonie et d’équilibre, spirituel et généreux, maître des arts et des prophéties.

                        Sa psychologie

La caractérologie en fait un type bilieux secondaire.

Signe Positif, c’est un extraverti.

Signe Fixe et en cinquième position sur le zodiaque, il occupe le milieu de l’été. Il se caractérise par l’épanouissement de la nature sous les chauds rayons du Soleil qui est son maître planétaire. Cœur du zodiaque, il exprime la joie de vivre, l’ambition, l’orgueil et l’élévation.

Le Feu est l’élément du Lion : élément d’animation, d’énergie intense, dynamique et transformateur. Dans la trilogie des signes de Feu, le Lion se place entre le Feu primordial, Cardinal, du Bélier (l’étincelle de vie) et le Feu Mutable du Sagittaire (le feu de l’esprit). Le Feu Fixe du Lion rend l’être maître de ses émotions.

Ce signe est représenté par la majestueuse créature du Roi des animaux, emblème de la puissance souveraine, de la force noble. Il est gouverné par le Soleil, le signe et l’astre étant symboliques de la vie sous les aspects de la chaleur, de la lumière, de l’éclat, de la puissance et de l’aristocratie rayonnante.

A ce type zodiacal correspond un caractère à la plus haute puissance : le passionné, être de volonté par la pression du besoin et du goût d’agir, cette force d’émotion-actif étant disciplinée et orientée vers un but et servant des ambitions à portée lointaine.

La puissance léonine peut s’exercer en étalement horizontal et donne un type herculéen, tout en réalisme, en efficacité, en vigueur concrète, en présence physique. Mais elle peut aussi se déployer en tension verticale et donne un type apollinien, idéaliste, en qui les puissances lumineuses tendent à régner sans partage.

signe-du-lion… et si le Lion était un animal…

Bien sûr ce serait d’abord un lion  mais peut-être aussi puma un puma, jaguar un jaguar ou… un paon.paon

Un arbre ? Ce serait le catalpa et le cœur de sa fleur, une sorte de petit soleil fleur-de-catalpa

Une fleur ? Ce serait tournesol-01 le tournesol  ou l’héliotrope heliotrope qui tournent pour se trouver toujours dans l’axe du soleil,

Un fruit… On pense au melonmelon à l’orange orange-slice  ou la grenade grenade  

tomates-cerises-oranges Un légume-fruit : la tomate, il pomodoro (pomme d’or) des Italiens.

Un condiment : le safran pour sa couleur safran-071, le romarin  romarin01 et…

                     le laurier  laurierqui couronnaient les vainqueurs et les empereurs. 

Une pierre : la topaze brûlée topaze… le diamant diamant ou … l’ambre.

Un métal, il n’y en a qu’un seul : l’or…. perle-dor-et-dambre ici une perle d’ambre et d’or.

Sa couleur est le doré, l’orangé, le jaune.

Son parfum est l’ambre, le chypre, l’encens. Sa saveur est balsamique.

Si c’était un instrument de musique… il serait fille-au-violoncellevioloncelle ou cymbales cymbales

Et si c’était un objet de collection : des miroirs, des médailles, des monnaies anciennes et d’or, des lions sous toute forme et en toute matière.

2001

 Restauration d’un miroir ancien par Nellie, une vraie Lionne, doreuse, créatrice et restauratrice

dans son atelier-boutique Reflets d’Or à Mortagne-au-Perche (Orne)

Tél. 02.33.83.68.03

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DE L’ORIGINE DE L’EXPRESSION « AVOIR DE L’ASCENDANT »…

(6.1 - Etymologie) par sylvietribut le 25-07-2009

Les croyances et superstitions diverses ont longtemps constitué le fonds culturel des peuples sous toutes les latitudes. Non seulement la France, mais l’Europe occidentale a vécu, et dans certains domaines vit encore, sur une base culturelle héritée des mœurs et des usages de l’Empire romain.

De toutes les croyances antiques l’astrologie est certainement la plus universelle et la plus vivace. Peu ou prou, les gens aiment à penser que les étoiles leur font personnellement de l’œil, et attribuent volontiers à leur influence, les événements heureux ou déplaisants de leur existence.

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L’importance en la matière est l’étoile qui préside à la naissance, c’est-à-dire « qui monte sur l’horizon au premier instant de la naissance d’un homme ou d’une femme ». C’est cela « l’astre ascendant » du latin « ascendere », « monter » et dont tout dépend, selon la foi des astrologues qui calculent à partir de lui le thème de la nativité. Si l’étoile est bonne, tant mieux, sinon le pauvre bébé est un malotru, c’est-à-dire étymologiquement « mal ostru », né sous un mauvais astre.

Naturellement l’astre en question peut avoir des influences particulières. Scarron (°), écrivant à une amie très chère à laquelle il précise : « Vostre Cul doit être un des beaux Culs de France », s’exclame :

Que les Hommes n’ont pas pareille Destinée !

Et que vous estes née

Sous un Astre puissant et favorable aux Culs !

Tandis que le vostre est, près de ceux de Princesses,

Assis sue ses deux Fesses,Le nostre n’est assis que su deux os pointus.

 

De cet Ascendant littéral on est passé très vite à des influences moins célestes.

 « Ascendant – dit Furetière (°°) – se dit en discours ordinaire d’une supériorité qu’un homme a sur l’esprit d’un autre, qui provient d’une cause inconnue. Pour gagner vôtre Rapporteur, employez un tel de ses amis ; il a un grand ascendant sur son esprit ».

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(°) Paul Scarron est un écrivain français, né le 4 juillet 1610, à Paris, où il décède le 6 octobre 1660. Issu de la noblesse de robe, septième enfant d’un conseiller au Parlement de Paris à la cour de comptes, il entre dans les ordres en 1629. Il vécut au Mans entre 1632 à 1640, dans l’entourage de l’évêque Charles de Beaumanoir, où il fréquenta les salons provinciaux. En 1638, il est atteint d’une maladie, après, selon la légende, un bain nu durant le carnaval, qui finit par le rendre paralysé des jambes. Il commence à écrire ses premières œuvres à partir de 1643. À partir de 1638, Scarron n’est plus qu’un pauvre corps, tordu et perclus, immobilisé dans un fauteuil, tel qu’il s’est dépeint lui-même avec une féroce et ironique minutie. Il rentre à Paris et en 1652, à 42 ans, il épouse une orpheline sans fortune âgée de seize ans et demi, Françoise d’Aubigné, petite fille d’Agrippa d’Aubigné et future Madame de Maintenon qui, selon ses dires, lui apporta « deux grands yeux forts mutins, un très beau corsage, une paire de belles mains, et beaucoup d' »esprit » ». Il ouvre un salon dans le quartier du Marais, salon qui sera bientôt couru par tous les familiers du Louvre. Il possédait une propriété de campagne à Fontenay-aux-Roses.

(°°) Antoine Furetière est né le 28 décembre 1619 à Paris où il meurt le 14 mai 1688. C’était un homme d’Eglise, qui fut aussi poète, fabuliste, romancier et lexicographe. Né dans une famille de la petite bourgeoisie parisienne, il se destine de prime abord à une carrière dans le droit tout en s’intéressant vivement à l’histoire antique et aux langues orientales. Il est reçu au barreau de Paris en 1645  et s’achète une charge de procureur fiscal auprès de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés, ce qui le conduit rapidement à vouloir entrer dans les ordres. En 1662, il est nommé abbé de Chalivoy, dans le diocèse de Bourges. Parallèlement, il s’intéresse à la littérature et publie des romans, des fables et des poésies, ce qui lui vaut l’attention de l’Académie française, dont il est élu membre en 1662.

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Bibliographie : La Puce à l’Oreille – Anthologie des expressions populaires avec leur origine – Claude DUNETON – Le Livre de Poche.

 

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LA CHOUETTE, L’OISEAU LUNAIRE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 18-07-2009

La chouette, que nous poursuivons d’une fâcheuse réputation de voleuse et dont nous faisons un emblème de laideur, apparemment contre l’avis de Rabelais, était l’oiseau d’Athéna. Oiseau nocturne, en relation avec la lune, elle ne peut supporter la lumière du soleil, et s’oppose donc en ceci à l’aigle, qui la reçoit les yeux ouverts.

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René Guénon a noté qu’on pouvait voir là, ainsi que dans le rapport avec Athéna-Minerve, le symbole de la connaissance rationnelle, perception de la lumière lunaire par reflet, s’opposant à la connaissance intuitive, perception directe de la lumière solaire. C’est peut-être aussi pourquoi elle est traditionnellement un attribut des devins : elle symbolise leur don de clairvoyance, mais à travers les signes qu’ils interprètent.

Dans la mythologie grecque la chouette est représentée par Ascalaphos, fils d’Acheron et de la nymphe de l’obscurité : c’est elle qui voit Perséphone goûter à un fruit de l’enfer, un grain de grenage, et la dénonce, lui interdisant ainsi tout espoir de remonter définitivement au jour.

Chez les Aztèques, elle est l’animal symbolique du dieu des enfers, avec l’araignée. Dans plusieurs Codex, elle est représentée comme la gardienne de la maison obscure de la terre. Associée aux forces chthoniennes, elle est aussi un avatar de la nuit, de la pluie, des tempêtes. Ce symbolisme l’associe à la fois à la mort et aux forces de l’inconscient luni-terrestre, qui commandent les eaux, la végétation et la croissance en général.

Dans le matériel funéraire des tombes de la civilisation pré-incaïques Chimu (Pérou), se rencontre fréquemment la représentation d’un couteau sacrificiel en forme de demi-lune, surmonté de l’image d’une divinité mi-humaine mi-animale en forme d’oiseau de nuit, chouette ou hibou. Ce symbole qui est manifestement lié à l’idée de mort et de sacrifice, est orné de colliers de perles et de coquilles marines, la poitrine peinte en rouge, et la divinité ainsi représentée est souvent flanquée de deux chiens, dont on connaît la signification de psychopompe. Ce hibou, ou cette chouette, tient souvent un couteau de sacrifice dans une main et dans l’autre le vase destiné à recueillir le sang de la victime.

De nos jours encore elle est divinité de la mort et gardienne des cimetières pour de nombreuses ethnies indo-américaines. Il demeure cependant frappant qu’un vecteur de symbole aussi universellement ténébreux et associé à de sinistres idées ait pu, dans les langues latines, désigner en tant qu’adjectif la jolie femme, puis indifféremment tout ce qui est de bon présage.

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« Chouette » est un nom vernaculaire qui désigne des oiseaux de la famille des Strigidae, sans pour autant désigner tous les oiseaux de cette famille, qui regroupe environ 200 espèces caractérisées comme des rapaces solitaires et nocturnes. La chouette se distingue du hibou par la simple absence d’aigrettes sur la tête. Les aigrettes sont des touffes de plumes, qui dans le cas du hibou donne l’impression d’oreilles ou de cornes.

La symbolique de la chouette est multiple, et a beaucoup varié :

  • Comme on l’a vu, la chouette était, dans le monde antique, le symbole de la sagesse.  Elle était liée à la déesse grecque Athéna, déesse des Arts et de la sagesse de la guerre défensive et de l’activité intelligente. De ce fait la chouette  prêta son symbole ailé à la ville d’Athènes, qui frappa monnaie à l’effigie de l’animal qui, d’ailleurs, se retrouve actuellement sur la pièce grecque de un euro. Dans de nombreuses institutions (écoles, universités), la chouette fait partie des armes héraldiques.                                        
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  • Dans le monde romain, les termes « striga » (sorcière) et « strix  » (chouette/stryge) étaient utilisés en parallèle. On accusait les oiseaux nocturnes de boire le sang des enfants pendant la nuit, d’où le mythe des stryges. Les Romains empruntèrent aux Grecs leur vision des chouettes. Ils y voyaient aussi un symbole de mort, car elles volent de nuit et nichent en des lieux difficiles d’accès. Voir une chouette de jour devenait alors un mauvais présage.
  • Au  Moyen Age, elle était associée à la rouerie et à la tromperie  du fait que la chouette  profite de la nuit pour chasser, moment où ses proies sont souvent « aveugles » tandis qu’elle voit clair. On la clouait donc devant sa porte pour conjurer le sort maléfique.
  • Dans l’armée française, elle est le symbole de la Brigade de Renseignement.
  • Pour les Romains, le cri de la chouette annonce le décès proche de quelqu’un vivant dans le voisinage. Cette croyance se retrouve dans certaines régions françaises mais ici associée au décès d’un être proche au niveau familial.
  • Son caractère nocturne lui vaut aussi une connotation démoniaque : elle se retrouve être l’animal de compagnie des sorcières comme le savent les lecteurs de Harry Potter.  
  • Sa capacité à voler en silence, sa couleur blanche et son cri strident, expliquent le nom de la chouette effraie,  dite aussi Dame Blanche, d’où sa présence dans de nombreuses histoires de fantômes.
  • De façon plus anecdotique,  la double symbolique « oiseau de la sagesse »/ »oiseau à lunettes qui veille tard » en fait le symbole tout trouvé de certains  khagneux (étudiants préparationnaires littéraires) qui la nomment «Vara » (cagneuse, en latin).
  • La chouette est le symbole touristique de la ville de Dijon, elle y est sculptée dans une pierre d’angle de l’Eglise Notre-Dame. Dans la rue de la Chouette, voie piétonne qui longe le côté nord de l’église et le chevet, une pierre de Notre-Dame porte une marque singulière qui a suscité la curiosité de certains historiens de la ville. A l’angle d’un contrefort d’une chapelle de l’église est sculpté un oiseau que les Dijonnais appellent la chouette. Sa signification est toujours inconnue, bien que de nombreuses hypothèses aient été émises à son sujet. Pour certains, la chouette pourrait être une forme de signature laissée là par un architecte ou par un tailleur de pierre. Il ne peut s’agir en tout cas de la signature de l’architecte de l’église, car cette chouette est sculptée sur une chapelle élevée à la fin du XVe ou au début du XVIe siècle, soit plusieurs siècles après la construction de Notre-Dame.

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La chouette est très usée à cause de la vénération  superstitieuse qu’elle suscite. En effet, Dijonnais et touristes ont coutume de la caresser, de la main gauche, pour demander que leur souhait soit exaucé. Il n’en subsiste donc aujourd’hui que la forme générale, la plupart des détails de la sculpture ayant depuis longtemps disparu.

Dans la nuit du 5 au 6 janvier 2001, un vandale a porté à la chouette plusieurs coups de marteau. Cette dégradation suscita l’émotion des Dijonnais. Plutôt que de laisser la chouette en l’état ou de remplacer le bloc de pierre sur lequel elle était sculptée, il fut décidé d’en réparer les cassures. Un moulage de la chouette avait été réalisé en 1988 par un statuaire mouleur du Louvre. Il servit de modèle à la réparation, qui consista à incruster des fragments de pierre, ensuite patinés. Ce travail s’accomplit fin janvier et début février 2001. Depuis cet incident, un système de vidéosurveillance a été mis en place afin de prévenir toute récidive. La chouette restaurée a été inaugurée officiellement le 12 mai 2001.

Ces péripéties n’ont fait qu’accroître la popularité de cette sculpture à Dijon. L’Office de tourisme l’a choisi en 2001 comme symbole de fléchage pour le Parcours de la Chouette, circuit touristique piéton qui fait le tour du centre historique avec un balisage devant les principaux monuments.

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Machin chouette est une expression familière qui désigne une personne dont on ne connaît pas, ou plus, le nom. C’est aussi le titre d’une pièce de théâtre de Marcel Achard, créée au Théâtre Antoine en 1964.

  • Au Japon, les chouettes sont des symboles positifs ou négatifs en fonction de leur espèce. Les chouettes effraies sont démoniaques alors que les chouettes hulottes sont des messagères des Dieux.

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Bibliographie : Dictionnaire des Symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Editions Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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LE PAVOT : FLEUR DU SOMMEIL ET DU REVE, FLEUR LUNAIRE, FLEUR CANCER

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 13-07-2009

Dans le symbolisme éleusinien, « le pavot que l’on offre à Déméter symbolise la terre, mais représente aussi la force de sommeil et d’oubli qui s’empare des hommes après la mort et avant la renaissance ». La terre est, en effet, le lieu où s’opèrent les transmutations : naissance, mort et oubli, résurgence. On comprend que le pavot soit l’attribut de Déméter, avec qui il s’identifie symboliquement.

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Le pavot somnifère ou pavot à opium (Papaver somniferum), appelé également « pavot des jardins », est une espèce de plante herbacée annuelle de la famille des Papaveraceae, originaire d’Europe méridionale et d’Afrique du Nord. Connue pour ses propriétés psychotropes, elle est aussi cultivée à des fins ornementales ou alimentaires.Toutes les variétés de Papaver somniferum contiennent des alcaloïdes opiacés dont les plus connus sont la codéine et la morphine. Cette dernière, outre la production à but thérapeutique pour ses effets analgésiques, fait l’objet d’un trafic illicite essentiellement destiné à sa transformation en un opiacé synthétique : l’héroïne.

On distingue deux variétés de pavot somnifère :

 

 

  • Papaver somniferum – le pavot blanc ou Pavot à opium. Fleurs à corolles blanches et à fruit indéhiscent, c’est-à-dire dont les graines ne peuvent être libérées sans destruction du fruit, contenant des graines d’un blanc jaunâtre. C’est plus spécifiquement de cette variété que l’on extrait le latex afin de confectionner l’opium.
  • Papaver somniferum – le pavot noir, œillette ou encore pavot bleu, cultivé pour ses graines. Fleurs à corolles d’un rouge violacé et à fruit déhiscent, c’est-à-dire dont les capsules présentent, sur le bord du plateau stigmatique, des pores, s’ouvrant lorsque le fruit se dessèche, et par lesquels les graines sont libérées, contenant des graines gris-bleu-ardoisé.

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Toutes les variétés de Papaver somniferum contiennent des alcaloïdes opiacés dont les plus connus sont la codéine et la morphine. Cette dernière, outre la production à but thérapeutique pour ses effets analgésiques, fait l’objet d’un trafic illicite essentiellement destiné à sa transformation en un opiacé synthétique : l’héroïne.

pavot_roseC’est une plante annuelle herbacée dont la tige peut atteindre jusqu’à 1,5 mètre. Les fleurs peuvent être blanches, mais elles sont le plus souvent lilas (rose sale), avec un centre violet foncé. La capsule, ronde et grosse, contient de très nombreuses graines.

Contrairement aux idées reçues, le pavot somnifère ne se rencontre pas que dans les montagnes asiatiques. Ce pavot est également assez commun en Europe, fréquentant les mêmes terrains calcaires que le coquelicot : ce sont des plantes dites calcicoles. Il est probablement originaire des régions comprises entre la Méditerranée orientale et l’Asie mineure.

L’histoire du pavot à travers les siècles

Le pavot à opium est connu depuis des milliers d’années. Des graines et des capsules ont été retrouvées dans des habitats néolithiques et paléolithiques européens datant de 5 000 ans avant notre ère, ce qui a permis aux anthropologues d’assurer que cette plante a très tôt été reconnue pour ses qualités psychotropes. Quant à la domestication du pavot, elle remonte au VIe millénaire avant Jésus-Christ. Dans une grotte funéraire à Albunol près de Grenade, en Espagne, des archéologues ont daté au carbone 14 des objets ayant servi à brûler de l’opium, aux environs de 4 200 avant Jésus-Christ. Quant au plus ancien témoignage écrit sur le pavot, il remonte à 3 000 ans avant Jésus-Christ. Il s’agit d’une tablette d’argile retrouvée à Nippour, capitale sumérienne. L’inscription cunéiforme, qui y est gravée, évoque la récolte matinale du suc du pavot, que les Sumériens, mais également les Babyloniens, qualifiaient de « plante de la joie ». D’ailleurs des vestiges du néolithique laissaient déjà à penser que des cultures de pavot somnifère se trouvaient à proximité des villages.

Ce même pavot était également largement utilisé dans l’ancienne Egypte, notamment par les Pharaons, non seulement à des fins thérapeutiques, mais également pour ses propriétés psychotropes. Sur le papyrus d’Ebers, environ 1552 avant Jésus-Christ, on trouve même une inscription relative à l’usage du pavot pour arrêter les cris des bébés. Bien que les Perses ne semblent pas avoir été de grands consommateurs d’opium, celui-ci figure dans un texte persan du IXe siècle avant Jésus-Christ.

nimrud-stele5L’image de la capsule du pavot fut un attribut des dieux, bien avant que l’opium soit extrait de son latex laiteux. Si vous visitez le Metropolitan Museum de New York, dans la galerie des reliefs assyriens, on remarque une divinité ailée provenant d’un palais d’Assurnazirpal II à Nimrud, datée de 879 avant Jésus-Christ. Elle porte un bouquet de capsules de pavot, que le musée qualifie étonnamment de « grenades ».

Dans la Grèce antique et pendant des siècles, l’opium fut un objet de commerce du fait de ses qualités sédatives. Il figurait même sur des monnaies et la déesse Déméter était représentée avec des plants de pavots dans les mains. A l’époque, on l’appelait  « opion » ou « jus de pavot ». C’est d’ailleurs par son nom latinisé d’opium que déjà les médecins mettaient en garde contre les abus potentiels de ce « jus de pavot ». Le Népenthès, boisson procurant l’oubli de tous les chagrins, est décrit par Homère dans l’Odyssée. Il contenait vraisemblablement de l’opium de même que le « Soma » de l’Inde antique.  Il avait été probablement introduit en Inde par les armées d’Alexandre Le Grand trois siècles avant notre ère, mais sa culture ne s’y est développée que vers le IXe siècle.

« Le sommeil, ayant fermé leurs paupières, fait oublier à tous les hommes les biens et les maux ». Homère  (L’Odyssée)

C’est dans la Rome antique, au 1er siècle de notre ère, qu’on trouve la première description scientifique de l’opium qu’en fait Dioscoride. Un peu plus tard, Pline l’Ancien signalait ses propriétés analgésiques et antidiarrhétiques. L’opium était d’ailleurs largement consommé dans la Rome impériale, pas seulement pour ses propriétés thérapeutiques, puisqu’en l’an 312 il y existait près de 800 magasins vendant de l’opium et que son prix, modique, était fixé par décret par l’Empereur. La récolte y était faite par scarification des capsules comme c’est encore le cas aujourd’hui.

Les Arabes utilisaient également l’opium, tant pour ses propriétés thérapeutiques que pour le plaisir et ils contribuèrent à le faire connaître dans tout l’ancien monde, notamment en Inde après les conquêtes musulmanes. Sous le règne des Grands Moghols, empereurs musulmans des Indes du XVIe au XVIIe siècle, la culture du pavot et le commerce de l’opium devinrent monopole d’Etat. L’opiophagie se développa alors, puis l’habitude de le fumer, importée de Java ou de Formose.

champ-de-pavotsCependant, à la fin du XIIIe siècle, Marco Polo observa ces champs de pavot dans le Badakhashan, région du Nord de l’Afghanistan, où se trouvent encore aujourd’hui de nombreuses plantations. L’usage de l’opium se poursuivit au Moyen Age à travers différentes préparations médicamenteuses, dont le laudanum, qu’on appelait aussi « teinture d’opium ». C’était une solution d’opium en alcool. Au XVIIIe siècle, la Chine fait état d’un phénomène abusif de sa consommation. En 1729, l’Empereur de Chine interdit les importations d’opium pour cette raison, en vain. 

Au XVIIe siècle, en Europe, l’Anglais Thomas Sydenham étudia l’action de l’opium et mit au point une nouvelle formulation du laudanum. Cette drogue opiacée, la première à répondre à une formulation précise, avait été inventée par Paracelse un siècle plus tôt. « Sans l’opium, la médecine serait manchote et bancale » écrivit Sydenham qui en consommait lui-même de grandes quantités. D’importants personnages politiques comme Pierre le Grand, Frédéric II, Catherine de Russie, Richelieu et même Louis XIV et bien d’autres encore en consommaient tous les jours, de même que plus tard de nombres artistes intellectuels tels Goethe, Shelley, Coleridge, ou Goya… L’Eglise condamnera le pavot et ses usages qui resteront alors confinés dans les secrets des sorciers et des guérisseurs.

Si l’opium a été pendant des siècles l’un des médicaments les plus importants de la pharmacopée en raison de ses multiples propriétés physiologiques, l’abus d’opium à grande échelle en Europe est apparu au XVIIIe siècle en Angleterre, d’abord sous forme du Laudanum de Sydenham utilisé comme apéritif, puis sous forme de pilules d’opium brut vendues dans les pharmacies. Au XIXe siècle, des milliers d’ouvriers en consommaient en Grande-Bretagne tandis que l’habitude de fumer le chandou se développait en France.

En 1916 il y avait environ 1 200 fumeries d’opium clandestines à Paris.  C’est à partir de l’opium qu’au début du XIXe siècle l’Allemand Friedrich Sertürner isola la morphine, premier alcaloïde obtenu sous forme chimiquement pure. A partir de la morphine, fut ensuite fabriquée l’héroïne.

Au XIXe siècle, on connaîtra même des guerres de l’opium, sorte de trafic depuis l’Inde vers la Chine, organisé particulièrement par les Britanniques. C’est ainsi qu’ils obtinrent, après la première guerre de l’opium, la concession exclusive du port de Hong Kong, ainsi commença ce que les Chinois nommèrent « le siècle de la honte ». C’est à la suite de la seconde guerre de l’opium que son importation fut de nouveau légalisée en Chine à la grande indignation des ligues de tempérance américaines, d’où découlera la future politique de prohibition des drogues.

Composition et décomposition de l’opium capsule-de-pavot1

Il  s’écoule des capsules de pavot préalablement incisées. Ce latex est utilisé par l’industrie pharmaceutique. Il contient des alcaloïdes : morphine, codéine et thébaïne. Il est malheureusement également utilisé, illégalement, pour produire des stupéfiants et notamment l’héroïne, synthétisée chimiquement à partir de la morphine.

Dans les temps anciens, les décoctions de pavot était déjà en usage. C’était un remède traditionnel dans les zones où cette plante était cultivée. Elle était d’ailleurs particulièrement recherchée pour ses vertus sédatives.

L’Afghanistan est le premier producteur mondial d’opium depuis 1991, devant la Birmanie et le Laos, qui vient de perdre sa troisième place au profit du Mexique. La production afghane avait pratiquement entièrement été supprimée par les Talibans en 2000-2001, mais elle a repris de plus belle après leur chute : avec le record historique de production de 8 200 tonnes en 2007. C’est donc 93 % de la production illicite mondiale estimée par les Nations Unis que produit ce pays.  Il existe toutefois une production licite du pavot pour la production de morphine à usage pharmaceutique et, accessoirement, pour celle de graines de pavot destinées à la cuisine.

Le pavot dans la cuisine

Les graines de pavot sont très riches en vitamine B1. Elles contiennent également de la lécithine, des protéines et plus de 50 % d’une huile grasse, l’huile d’œillette. Elles entrent dans la composition du pain de pavot.

pains-de-pavot1Ces graines sont souvent utilisées en cuisine dans les pays d’Europe Centrale et d’Europe de l’Est. Elles servent à  aromatiser les pains et les pâtisseries. Ce pain de pavot est consommé couramment dans les régions slaves et germaniques, mais également en Alsace. Souvent, on les écrase et on les cuit dans du lait et du miel pour en fourrer des gâteaux.

Dans les régions méditerranéennes, et notamment en Languedoc, les jeunes feuilles de pavot étaient autrefois consommées comme la laitue. Notez d’ailleurs que la laitue est une salade que l’on recommande de consommer le soir pour ses qualités sédatives. Elle est elle-même sous l’influence de la Lune et du Cancer.

Le pavot et Mythologie  

Dans l’oeuvre d’Evelyn de Morgan, Nyx, la nuit, et Hypnos, le sommeil, distribuent des fleurs de pavot aux hommes.

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C’est peut-être aussi Junon emmenant Hypnos, le dieu du sommeil, tapis dans son ombre, pour qu’il prodigue le sommeil aux mortels en les touchant de la branche d’un pavot qu’il tient ou en les éventant de ses ailes. Morphée, fils d’Hypnos et dieu des songes, apportera alors le rêve aux endormis.

Etymologie

Hypnos est le dieu grec qui a donné son nom aux hypnotiques et à l’hypnose. Le pavot que tenait dans sa main Hypnos pour endormir les hommes était-il le précurseur des somnifères come le célèbre « Nonox » ?

hypnos-et-thanatosHypnos et Thanatos

La Nuit, il est aussi selon Homère dans L’Iliade,  le frère jumeau de Thanatos, la Mort, dont il est une image adoucie. Génie ailé, « il voltige tranquillement, plein de douceur pour les mortels », nous dit Hésiode. Toujours selon celui-ci, il vit dans les terres inconnues de l’Ouest ; pour Homère, il habite Lemnos, une grotte éternellement sombre et brumeuse, traversée par les eaux du Léthé, le fleuve de l’oubli. Là, le dieu repose sur une molle couche, entouré de ses innombrables fils, les Rêves. Les scholiastes d’Homère se sont interrogés à ce sujet. Selon certains, les Lemniens appréciaient beaucoup le vin, ils accueillaient donc Hypnos avec plaisir. Selon d’autres, Hypnos était amoureux de Pasithée, l’une des trois Charites (les trois Grâces pour les Romains), qui habitait cette cité. Peut-être enfin Hypnos était-il honoré à Lemnos.

Il est représenté parfois, sur les sarcophages, sous l’aspect d’un jeune garçon endormi, le bras appuyé sur une lampe renversée. Ses attributs sont la corne et le pavot. Grâce aux ailes, attachées à ses tempes, Hypnos peut voler rapidement au secours des mortels qui réclament le sommeil, dont il est l’incarnation divine.

Il peut endormir aussi bien les hommes que les dieux. Ainsi, au chant XIV de l’Iliade, Héra lui demande d’endormir Zeus en personne, afin que Poséidon puisse aider les Grecs malgré l’interdiction du maître de l’Olympe. Elle l’appelle « maître des hommes et des dieux ». Hypnos admet qu’il peut endormir tous les dieux, même Océan, l’un des Titans. Il  rappelle aussi qu’il a déjà endormi Zeus auparavant, déjà à la demande d’Héra, afin que celle-ci puisse faire périr Héraclès. Furieux, Zeus avait tenté de le jeter du haut de l’Olympe, et Hypnos n’avait dû son salut qu’à sa mère. Sur la promesse d’Héra de lui donner la main de Pasithea, Hypnos se laisse fléchir. Il se change en oiseau et, encore une fois, endort Zeus. Hypnos, sur les tombeaux, désigne l’éternel Sommeil.

junon-et-hypnos                            Junon et Hypnos                            

Hypnos est également considéré comme étant le gardien de la nuit, celui qui reste éveillé quand le monde est endormi. C’est aussi le surnom du poète et résistant français René Char qui publia Les Feuillets d’Hypnos sous l’Occupation. Il se considérait comme celui qui veillait sur son peuple dans la nuit de la Seconde Guerre Mondiale.

somnus

Somnus est le dieu latin qui a donné son nom aux somnifères. Dans la mythologie romaine, il est la personnification du Sommeil, assimilé au grec Hypnos.

 Somnus est fils de la Nuit, et frère d’Orcus, la Mort. Son lieu de résidence est variable selon les traditions : selon Virgile, il vit aux Enfers, mais selon Ovide, il se tient dans le lointain et sombre pays des Cimmériens, où le soleil ne brille pas et où règne un silence permanent, à l’exception du murmure du Léthé, la rivière de l’oubli. Des pavots, plantes somnifères, poussent alentour. Somnus apporte le sommeil à la fois aux dieux et aux hommes. Il est souvent représenté comme un homme tenant un plant de pavot.

Quant à Morphée, dans les bras duquel on est sensé s’endormir, il a sans le vouloir donné son nom à la morphine. 

Morphée en grec ancien signifie « forme ». Dans la mythologie grecque, c’est une divinité des rêves prophétiques. Il est, selon certains théologiens antiques, le fils d’Hypnos (le Sommeil) et de Nyx (la Nuit), et selon d’autres, la principale divinité des mille Oneiroi (les rêves) engendrés par Nyx seule. Il a pour vocation d’endormir.

morphee-houdonMorphée par Jean-Antoine Houdon – Musée du Louvre

Il est représenté avec des ailes battant rapidement et silencieusement, qui lui permettent de voler. Pour se présenter aux mortels, il se transforme en êtres chers, d’où son nom signifiant « forme », permettant aux mortels l’espace d’un instant de sortir des machinations des dieux.

On le retrouve notamment dans l’œuvre d’Ovide. Messager des dieux, il apparaît généralement dans le sommeil des rois comme un humain sous forme de fantasme. Il est peut-être le rêve envoyé par Zeus auprès d’Agamemnon dans l’Iliade, mais dans ce passage il n’est pas explicitement nommé. Il joue un rôle important dans l’histoire d’Alcyoné, à qui il apparaît sous les traits de son époux Céyx, noyé au cours d’un naufrage. Morphée fut foudroyé par Zeus pour avoir communiqué des secrets aux mortels.

Dans les religions des Grecs et des Romains, la mort est rarement personnifiée. Certes, on connaît Perséphone (Proserpine) et Hadès (Pluton) qui règnent sur le territoire des morts ; mais ni l’un ni l’autre, malgré leur caractère farouche et implacable, ne s’identifient réellement avec la mort.

Même le dieu Thanatos n’est pas celui qui est la mort, mais celui qui donne la mort. En fait, la mort, dans l’esprit des Anciens, une idée abstraite, le sentiment de l’inconnu. On connaît ses serviteurs, Apollon (le Soleil), Artémis (la Lune) et leurs flèches empoisonnées ; mais dans la mort même, il n’y a point d’images, point de représentations allégoriques.

Le culte si minutieux des morts chez les Grecs et chez les Romains, sous forme d’offrandes, est un hommage nécessaire rendu aux âmes qui ont franchi les limites du connu et qui sont ainsi entrées en communication directe avec les divinités ; cependant ce culte n’est pas l’expression d’une vénération craintive envers une divinité qui aurait pour nom la Mort.

En résumé, le nom de Morphée est notamment à l’origine :

  • du mot morphine, en raison du pouvoir soporifique de cette drogue ;
  • de l’expression « être dans les bras de Morphée », qui signifie « rêver » et par extension « dormir » ou encore « tomber dans les bras de Morphée » pour dire « s’endormir ».
  • du personnage Morpheus dans le film Matrix, interprété par Laurence Fishburne, chef de l’équipe qui libère Neo de son « sommeil ».

En Russie, on dit d’une jeune fille qu’elle est  « belle comme une fleur de pavot ». Et, « rester en pavot », signifie « rester vieille fille ».

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L’opium : la drogue des poètes

De nombreux écrivains occidentaux, surtout des poètes, ont été opiomanes sous une forme ou une autre, à commencer par les Britanniques : John Keats, Samuel Taylor Coleridge et Alfred Tennyson. Mais il y eut aussi Percy Bysshe Shelley, autre poète romantique, époux de la romancière Mary Shelley. C’était un grand consommateur de Laudanum, tout comme Tomas de Quincey, auteur en 1822, des Confessions d’un mangeur d’opium anglais. On peut encore citer Walter Scott, Charles Dickens et l’Américain Edgar Allan Poe, autre buveur de Laudanum, qui parle notamment de l’opium dans la nouvelle Ligeia. Cependant, voilà ce qu’écrivait Gaston Bachelard à propos d’Edgar Poe :

               « L’opium d’Edgar Poe est un opium imaginé. Imaginé avant, réimaginé après, jamais écrit pendant ».

Quant aux auteurs français, Charles Baudelaire, dans les Paradis artificiels, évoque longuement l’opium et ses effets, de même que le poète et journaliste Jules Boissière, installé en Indochine, qui voit en lui une clé pour comprendre l’Orient et qui mourra en 1897, à 34 ans, d’une occlusion intestinale sans doute liée à sa toxicomanie. Dans les années 1920, Jean Cocteau tombera lui aussi sous sa dépendance, et en rendra compte dans « Opium, journal d’une désintoxication ».

Le « Népenthès » de l’Odyssée dite « drogue de l’oubli » contenait sans doute de l’opium.

Dans son livre « Critique de la philosophie du droit » de Hegel, publié en 1844, le philosophe Karl Marx compare la religion à l’opium du peuple.

Enfin, dans le célèbre « Tintin et le Lotus Bleu », une fumerie d’opium se trouvant à Shanghaï y est évoqué.

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Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Editions Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins Dictionnaire de la Mythologie grecque et romaine de Joël Schmitt – Editions Larousse Références Dictionnaire de la Mythologie par Michael Grant et John Hazel – Chez Marabout

 

 

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LA PERLE… UNE PETITE CONCRESSION LUNAIRE

(08 - LES PIERRES ET METAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 08-07-2009

Symbole lunaire, la perle est liée à l’eau et à la femme. La constance de ses significations est aussi remarquable que leur universalité, ainsi que l’ont montré en divers livres nombre d’ethnologues.

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Née des eaux ou née de la lune, trouvée dans une coquille, la perle représente le principe Yin : elle est le symbole essentiel de la féminité créatrice. Le symbolisme sexuel du coquillage lui communique toutes les forces qu’il implique ; enfin la ressemblance entre la perle et le fœtus lui confère des propriétés génésiques et obstétricales ; de ce triple symbolisme : Lune-Eaux-Femme, dérivent toutes les propriétés magiques de la perle : médicinales, gynécologiques, funéraires. A titre d’exemple, elle sert, en Inde, de panacée ; elle est bonne contre les hémorragies, la jaunisse, la folie, l’empoisonnement, les maladies d’yeux, la phtisie, etc.… En Europe, elle était utilisée en médecine pour traiter la mélancolie, l’épilepsie, la démence… Chez les Grecs, elle était l’emblème de l’amour et du mariage.

En Orient, ses propriétés aphrodisiaques, fécondantes et talismaniques priment sur les autres. Déposée dans un tombeau, elle régénère le mort en l’insérant dans un rythme cosmique, par excellence cyclique, présupposant, à l’image des phases de la lune, naissance, vie, mort, renaissance.

La thérapeutique hindoue moderne utilise la poudre de perles pour ses propriétés revigorantes et aphrodisiaques. En certaines provinces de l’Inde, on emplit de perles la bouche du mort ; la coutume se retrouve à Bornéo. Quant aux Indiens d’Amérique, Streeter écrit que comme en Egypte au temps de Cléopâtre, en Floride, les tombeaux des Rois étaient ornés de perles. Les soldats de Soto découvrirent, dans un des grands temples, des cercueils de bois où gisaient, embaumés, des morts ; près d’eux étaient de petits paniers remplis de perles. Des coutumes analogues ont été signalées, notamment en Virginie et au Mexique.

Le même symbolisme recouvre l’usage des perles artificielles. Dans les sacrifices et les cérémonies funéraires du Laos, Madeleine Colani précise que : « Les morts sont pourvus de perles pour la vie céleste. On en enfonce dans les orifices naturels du cadavre. De nos jours, les morts sont enterrés avec des ceintures, des bonnets et des habits ornés de perles ».

En Chine, la médecine utilisait uniquement la perle vierge, non perforée, qui passait pour guérir toutes les maladies d’yeux. La médecine arabe reconnaît à la perle des vertus identiques. Avec les Chrétiens et les Gnostiques, le symbolisme de la perle s’enrichit et se complique, sans toutefois jamais dévier de sa première orientation.

Saint Ephrem utilise ce mythe ancien pour illustrer aussi bien l’Immaculée Conception que la naissance spirituelle du Christ dans le baptême du feu. Origène reprend l’identification du Christ à la perle. Il est suivi par de nombreux auteurs. Dans les Actes de Thomas, célèbre écrit agnostique, la quête de la perle symbolise le drame spirituel de la chute de l’homme et de son salut. Elle finit par signifier le mystère du transcendant rendu sensible, la manifestation du Dieu dans le Cosmos.

La perle joue un rôle de centre mystique. Elle symbolise la sublimation des instincts, la spiritualisation de la matière, la transfiguration des éléments, le terme brillant de l’évolution. Elle ressemble à l’homme sphérique de Platon, image de la perfection idéale des origines et des fins de l’homme. Le musulman se représente l’élu au Paradis comme enfermé dans une perle en compagnie de sa houri. La perle est l’attribut de l’angélique perfection, d’une perfection toutefois, non pas donnée, mais acquise par une transmutation. 

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La perle est rare, pure, précieuse. Pure parce qu’elle est réputée sans défaut, qu’elle est blanche, que le fait d’être tirée d’une eau fangeuse ou d’une coquille grossière ne l’altère pas. Précieuse, elle figure le Royaume des Cieux dans l’évangile de Saint Matthieu. Il faut entendre par cette perle qu’on peut acquérir en vendant tout son bien, comme l’enseigne Diadoque de Photicé, la lumière intellectuelle dans le cœur, la vision béatifique. Nous rejoignons ici la notion de perle cachée dans sa coquille : comme celle de la vérité, de la connaissance, son acquisition nécessite un effort. Pour Shabestari, la perle est la science du cœur : lorsque le gnostique a trouvé la perle, la tâche de sa vie est accomplie. Le Prince d’Orient des Actes de Thomas cherche la perle comme Perceval le Graal. Cette perle précieuse, une fois obtenue, ne doit pas être jetée devant les pourceaux, comme l’évoque encore Saint Matthieu : la connaissance ne doit pas être livrée inconsidérément à ceux qui en sont indignes. Le symbole est la perle du langage, cachée sous la coquille des mots.

La perle naît, selon la légende, par l’effet de l’éclair, ou par la chute d’une goutte de rosée dans la coquille ; Au XVIIe siècle, René François écrivait : « La nacre est enceinte des cieux et ne vit que du nectar céleste, pour enfanter la perle argentine, pâle ou jaunâtre, selon que le soleil y donne et que la rosée est plus pure ». C’est en tout état de cause la trace de l’activité céleste et l’embryon d’une naissance, corporelle ou spirituelle, comme le bindu dans la conque, la perle-Aphrodite en sa coquille.

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 La naissance de Vénus – Botticelli – Musée des Offices – Florence – Italie

Les mythes persans associent la perle à la manifestation primordiale. La perle en sa coquille est comme le génie dans la nuit. L’huître contenant la perle est plus immédiatement, en diverses régions, comparée à l’organe génital féminin. 

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Associée par nature à l’élément Eau, les dragons la détiennent au fond des abîmes, la perle est aussi liée à la lune. L’Atharva-Veda la dit fille de Sôma, qui est la lune, ainsi que le breuvage d’immortalité. Dans la Chine ancienne, on observe une mutation des perles, et des animaux aquatiques, parallèle aux phases de la lune. Les perles lumineuses, les escarboucles, empruntaient leur éclat à la lune ; elles protégeaient du feu. Mais elles sont à la fois eau et feu, image de l’esprit naissant dans la matière.

La perle védique, fille de Sôma, protège la vie. Elle est, en Chine aussi, symbole d’immortalité. Le vêtement orné de perles ou les perles introduites dans les ouvertures du cadavre empêchent sa décomposition. Il en va de même avec le jade ou l’or. Il faut remarquer que la perle naît de la même façon que le jade, possède les mêmes pouvoirs et sert aux mêmes usages.

Symbole d’un ordre analogue : celui des perles enfilées sur un fil. C’est le rosaire, le sûtrâtmâ, la chaîne des mondes, pénétrés et reliées par Atmâ, l’Esprit universel. Ainsi le collier de perles symbolise l’unité cosmique multiple, l’intégration des éléments dissociés d’un être dans l’unité de la personne, la mise en relation spirituelle des deux ou de plusieurs êtres ; mais le collier brisé, c’est l’image de la personne désintégrée, de l’univers bouleversé, de l’unité rompue.

En Orient, et surtout en Perse, la perle a en général un caractère noble dérivé de sa sacralité. C’est pourquoi elle orne la couronne des rois. On retrouve des traces de ce même caractère dans les parures de perles, spécialement les boucles d’oreilles, ornées de perles rares et précieuses : quelque chose de cette noblesse sacrée rejaillit sur celui qui les porte.

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Dans la symbolique orientale des rêves, la perle conserve ses caractéristiques particulières et s’interprète généralement comme l’enfant ou encore la femme et la concubine. En outre, il peut s’agir de la science et de la richesse.

A noter encore que les douze pierres de la Jérusalem céleste constituaient les douze fondements « Les douze portes sont douze perles ; chacune des portes est d’une seule perle ». Ainsi, la perle se révèle une fois que les assises sont intégrées.

Sur le plan physique, la perle est une concrétion globuleuse ou sphérique, produite par certains mollusques, qui ont recouvert de nacre en couches successives un corps étranger. Son apparence brillante peut prendre toutes les couleurs : blanche, argentée, beige, rosée. Ainsi, la perle évoque toujours quelque chose de précieux, de rare, de remarquable, sans défaut. 

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Les Vertus de la Perle

On accorde certaines vertus à la perle, notamment elle préserverait celui qui la porte et lui permettrait de développer une égalité d’humeur. Elle insuffle aussi la force de se guérir soi-même. Tout comme la pierre de lune, elle facilité la libération des blocages émotionnels situés dans l’abdomen. Elle apporte aux hommes les qualités féminines telles que la tendresse, la sensibilité, l’intuition. Sur un plan spirituel, elle favorise le travail sur soi dans le but de renforcer la loyauté, l’authenticité. Sur le plan physique, elle agit sur les organes de la digestion et la circulation des fluides.

Dans le folklore français, les noces de Perle correspondent à 30 ans de mariage.

Les Perles dans l’Histoire

Les premières perles connues sont liées à l’homme de Neandertal. Elles ont été retrouvées à La Quina, un site en France, dans le département de la Charente, qui date de 38 000 ans environ avant J.C. Ce sont des dents et des os d’animaux incisés et portés en pendentifs.

Par la suite, les perles fabriquées par l’Homo sapiens n’apparaissent pas en grand nombre avant la première période du Paléolithique supérieur d’Europe occidental, le Châtelperronien (vers 31 000 av. J.C.).

L’un des plus anciens dépôts de perles a été trouvé dans la Grotte du renne à Arcy-sur-Cure en France, datant de 31 000 av. J.C. : des dents de renards, de hyène, de loup, de renne, d’ours et de marmotte ont été manifestement incisées et indentées pour être suspendues ensemble en collier. Des perles faites de coquilles fossiles ont été trouvées sur une série de sols d’occupation d’un abri sous roche calcaire dit « abri pataud », dans le Sud Ouest de la France. Ils datent d’entre 30 000 et 19 500 ans avant J.C.

Un artisanat de plus en plus évolué se développa pendant le Gravettien de l’aurignacien (30 000-18 000 avant J.C.), à peu près contemporain des premières peintures et gravures rupestres d’Europe. A la fin du Paléolithique supérieur (517 000-10 000 avant J.C.), la forme des perles, tout comme leur agencement, deviennent plus complexes.

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La perle est unique par sa beauté révélée sans l’aide de l’Homme : ni taille, ni polissage ! Selon la légende hindoue, Krishna l’aurait cueillie au fond de l’océan pour en parer sa fille le jour de ses noces. Et 2300 ans avant l’ère chrétienne, les Chinois acceptaient les perles en paiement de l’impôt … Le plus ancien bijou avec perles a été retrouvé à Suza, en Iran, lors de fouilles effectuées en 1901 : un collier de 3 rangs comprenant 216 perles qui ornait le cou d’une princesse Achémide, endormie dans son sarcophage déjà quatre siècles avant J. C.

En 1515, l’explorateur Balboa découvrit dans le Golfe de Panama une perle de 200 grains (50 carats), baptisée « Pérégrina », tellement exceptionnelle qu’elle s’en alla orner la couronne royale espagnole.  Après être passée entre les mains de Joseph Bonaparte, Hortense de Beauharnais, Louis Napoléon et la Marquise d’Abercorn, elle fut mise aux enchères, en 1969, chez Sotheby’s où elle fut acquise par Liz Taylor qui la laissa malencontreusement à portée de son chien qui dans un mouvement malheureux … la happa ! Puis la restitua par les voies naturelles non sans l’avoir quelque peu endommagée !

La perle de culture

Les perles ont longtemps été considérées comme des pierres précieuses, dont l’origine fut souvent attribuée poétiquement à une goutte de rosée solidifiée. Depuis longtemps, les Chinois savaient que le manteau des mollusques sécrétait la nacre de leur coquille, et l’on trouve ainsi, dès le XIIe siècle, des bouddhas de nacre résultant de l’enrobage, pendant quelques années, d’un modèle de plomb ou d’étain glissé entre la coquille et le manteau de mulettes d’eau douce.

Dans les environs de Kobe, Mikimoto mit au point la technique de l’élevage dans des paniers suspendus à des cordes, et utilisa une méthode d’introduction de greffon de manteau destiné à sécréter des couches perlières autour du noyau de nacre. Cette technique était inspirée des travaux de son gendre décédé. Il commercialisa ses premières perles de culture aux Etats-Unis, organisant avec génie ses fermes perlières.

Les secrets de la technique de culture furent bien gardés, en dépit de la volonté américaine, et les fermes perlières ne purent s’implanter alors hors du Japon qu’avec la présence de greffeurs japonais.

A la suite des travaux d’un des frères Fujita, il s’est développé depuis 1960 une culture de perles en eau douce, le greffon est introduit sans noyau de nacre dans le manteau de la mulette opérée, et il se développe une perle de culture ovale à baroque, à large centre irrégulier ; chaque mollusque peut recevoir jusqu’à vingt greffes par valve, soit quarante greffes au total (en général, 10 à 15 greffes par valve seulement sont introduites pour ne pas épuiser le mollusque).

Après avoir grossi pendant deux ans, les perles de culture sont extraites avec soin de la mulette, afin de na pas trop la blesser ; elle pourra ainsi produire une seconde génération de perles et parfois encore une troisième. 

Les perles de culture d’eau douce ont souvent des formes baroques, froissées, en grains de riz mais, de plus en plus, on les trouve presque parfaitement sphériques faisant concurrence en beauté et, surtout, en prix aux perles de culture d’eau de mer.

Depuis la fin des années 1970, une culture de perles en eau douce s’est fortement développée sur le modèle de la culture de perles du lac Biwa ; les perles de culture sont aussi commercialisées par l’intermédiaire des Japonais. La Chine est devenue depuis 1990 le principal producteur de perles de culture à implant organique, souvent presque sphérique.

Les perles peuvent être cultivées partout mais certains pays s’en sont fait une spécialité. Devant le succès grandissant des perles de culture et grâce à un accroissement du commerce mondial, de plus en plus de pays se lancent ou retrouvent les traditions de la culture des perles : Philippines, Viêt-Nam, Indonésie, Myanmar (Birmanie) etc.…

La Perle dans la Peinture

La Jeune Fille à la Perle se trouve au Mauristhuis de La Haye (Hollande). On l’appelle aussi « La Joconde du Nord ». Ce tableau aurait été peint vers 1665 par Johannes Vermeer, en effet il n’est pas daté. On ne sait pas non plus qui est à l’origine de l’œuvre ou même pour qui ce travail a été réalisé. Il est d’ailleurs signé IVMeer et il diffère totalement des autres tableaux de Vermeer, particulièrement par rapport au fait que la jeune fille regarde par-dessus son épaule, ce qui suggère que la personne qu’elle regardait n’était autre que le peintre lui-même.  

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La Jeune fille à la perle de Vermeer

Vermeer a travaillé avec des éléments chromatiques simples et quelques glacis du même pigment expriment les ombres. Le turban, mélange d’outremer et de blanc, est surmonté d’un tissu jaune éclatant ; la veste modelée avec un ocre plus clair fait ressortir le blanc du col qui se reflète dans la perle. L’art de la carnation tient dans un glacis mince, de couleur chair, sur un sous-modelage transparent.

André Malraux soulignait la simplification magistrale qui en fait un « galet translucide ». On est toujours dans le monde aquatique et lunaire du Cancer.

Quant au Mauristhuis, c’est un petit musée, ancien et tranquille, cadre parfait pour cette Jeune fille à la Perle. Les jours d’hiver, il arrive qu’il n’y ait aucun visiteur dans la salle où elle est exposée. Au dehors, les rues sont silencieuses ; la lumière qui tombe du ciel bas est celle que Vermeer a connue. Et au milieu de toutes les œuvres recherchées du XVIIe siècle qui l’entourent, la jeune fille émerge dans une tache de couleur claire et illumine la salle, aimait à évoquer Hans Koning, écrivain et journaliste hollandais.

Il existe différents tableaux moins célèbres que le tableau de Vermeer, mais où la perle illumine le tableau. Il s’agit d’avoir d’un portrait de Marie-Antoinette avec ses enfants, par Elisabeth Vigée Le Brun (1787), ainsi que le portrait de la Duchesse de Brunswyck par le peintre anglais Thomas Fraye (1761-1762) et surtout celui de Sophie Septimanie, comtesse Pignatelli, peint en 1763 par Alexandre Roslin. En 2006, cette toile quittait le château de Dampierre-en-Yvelines pour le Minneapolis Institute of Arts. 

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Sophie Septimanie Comtesse Pignatelli par Alexandre Roslin

La Perle dans la Littérature

La Perle est associée au Coq dans la célèbre fable de La Fontaine, Le Coq et la Perle que le peintre Philibert Léon Couturier a figuré dans plusieurs tableaux, dont un se trouve au Musée Denon à Chalon-sur-Saône. On y remarque un coq qui tient dans son bec une perle au bout d’une chaînette qu’il a trouvée dans le tas de tissus par terre derrière lui.

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Le Coq et la Perle par Philibert Léon Couturier

De même on trouve « La Perle », un roman américain de John Steinbeck publié en 1947. C’est l’histoire d’un pauvre pêcheur indien qui vit avec sa femme et son jeune fils, dans la ville de La Paz, au Mexique. Vers le Golfe du Mexique. Son fils Coyotito venant d’être piqué par un Scorpiones Scorpion, Kino et sa femme, Juana, entreprennent de pêcher une perle dont la vente suffira à payer le docteur, car le docteur est raciste et ne souhaite pas soigner les  » petit indiens », comme il les nomme. Kino furieux veut malgré tout sauver son enfant. Pour cela, il décide d’aller pêcher des perles et, quand il remonte à la surface, il se rend compte que celle qu’il a pêchée est énorme, c’est « La Perle du Monde » dont toutes les légendes de pêcheur parlent. Dès cet instant, sa vie change complètement. Alors que la cupidité, la méfiance et l’envie le rongent, sa femme, elle, perd confiance et fait tout pour jeter la perle. Plusieurs malheurs surviennent, la population voulant arracher la perle des mains de Kino. Celui-ci décide alors de partir avec sa femme et son fils, au-delà de la montagne, dans l’espoir de vendre sa perle à Loreta, la ville de la Vierge. Ils se rendent rapidement compte qu’ils sont suivis par des pisteurs, qu’ils essayent en vain de semer. Après avoir caché sa famille, Kino réussit à attaquer les traqueurs par surprise et à en tuer deux. Malheureusement, le coup de feu tiré par un des pisteurs (qui a priori, croit tirer sur un animal) atteint Coyotito à la tête. Finalement, le couple rentre au village et, cruellement triste de la perte de leur enfant, rejette la perle à la mer, ou elle retrouve sa place.

Steinbeck a tiré son récit d’un conte traditionnel mexicain. Comme la plupart de ses romans, La Perle décrit les effets de la pauvreté et de la richesse, développant surtout la corruption qui peut découler de la richesse, et évoquant les pêchés capitaux. Il dépeint aussi la condition des pêcheurs de perles et les dangers de leur métier.

Plus près de nous, Juliette Benzoni est l’auteur d’un roman historique, « La Perle de l’Empereur » qui relate l’histoire de la perle « La Régente » que Napoléon 1er offrit à sa seconde épouse Marie-Louise. Depuis, elle raconte que ce beau bijou n’a cessé de faire couler le sang, causant damnations et malheurs à ses différents propriétaires.

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Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Collection Bouquins chez Robert Laffont/Jupiter 

Le Grand Livre de la Magie des Pierres – S. Da Ros – Editions Trajectoire.

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ASTARTEE : UNE DEESSE LUNAIRE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.6.4 - LES MYTHES DU CANCER ET DE LA LUNE) par sylvietribut le 06-07-2009

La mythologie évoque une déesse lunaire d’origine phénicienne, la déesse Astarté. Des œuvres de poètes grecs et romains nous parlent d’elle et le Nouveau Testament la cite sous des noms différents. Astarté présentait un caractère belliqueux, implantée dans la mythologie égyptienne sous les Ramessides. A califourchon sur son cheval, elle accompagnait et protégeait le souverain. Elle devint la fille de Rê ou de Ptah, et était une des compagnes de Seth.

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Athtart à Ougarit, Shaushka ou Shaushga chez les Hourrites, Ashtart en langue punicophénicienne, elle est l’équivalent de la déesse mésopotamienne Ishtar (pour les Babyloniens) ou Inanna (pour les Sumériens).

venere-ericina3Elle semble avoir comme descendance Aprodithe en Grèce, Turan en Etrurie et Vénus à Rome, sous le nom officiel de Venere Ericina. Elle était Tanit chez les Carthaginois. Tanit était une déesse d’origine phénicienne de la fertilité, présidant aux naissances et à la croissance. Elle était la déesse tutélaire de la ville de Sarepta et son culte prit de l’ampleur à Carthage où elle était nommée Oum.  

Il semble que dans ses temples phéniciens, la déesse Astarté était une espèce de bonne à tout faire pour les problèmes féminins et maternels. Astarté, nous dit-on, fut la reine des cieux, déesse de la Lune, mère de toute la vie sur la Terre, déesse des mers et des poissons. Les Grecs disaient que le temple d’Astarté constituait une grande attraction touristique, qui attirait des visiteurs de tous les pays d’Asie, offrant toutes sortes de divertissements et d’orgies. Mais au sujet d’Astarté, on raconte bien d’autres histoires, plus édifiantes. 

Après la période phénicienne, cette déesse fut vénérée en Egypte en tant que divinité de la Lune miséricordieuse. Dans son temple, comme nous le rapportent des manuscrits de la XXe dynastie, on guérissait les malades. Les légendes sur l’activité de la tribu Mage, à laquelle appartenait le prophète Homanes et les récits sur Ptah pourraient donc être considérés comme les marches conduisant au temple de la guérisseuse Astarté, la déesse de la Lune qui connaissait les secrets capables de provoquer les maladies et aussi de les guérir.  L’historien anglais John A. Wilson estime que l’art de guérir les malades en Egypte est né pendant la Ve dynastie, entre 2468 et 2328 avant Jésus-Christ. Il n’existe pas de documents originaux qui décrivent les méthodes des médecins de l’époque, mais l’on a retrouvé des copies sur papyrus écrites vers le XVIIe siècle avant Jésus-Christ. Ces documents extraordinaires sont le « papyrus Ebers » et le « papyrus Edwin Smith ». Le premier décrit les fonctions du cœur. Il s’agit d’un texte écrit il y a environ quatre mille ans qui explique comment cet organe « s’exprime » dans les différentes parties du corps humains. Le texte traite également des différentes relations organiques entre le cœur et le corps. Le papyrus Edwin Smith s’intéresse aux fractures des membres et donne une liste de méthodes de soins et de médicaments qu’on appellerait aujourd’hui des médicaments phytothérapeutiques. Il traite également des rapports entre les astres les organes du corps humain. John A. Wilson remarque que l’on y trouve des recettes d’herbes médicinales mêlées de notions de magie. 

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La déesse Astarté était représentée de deux façons. Au début, elle était vue comme une femme commune, probablement avec l’image qu’avaient d’elle les tribus qui passèrent de Phénicie en Egypte à la recherche de moyens de subsistances. Elle était vénérée dans le temple du dieu Baal ou Moloch. Astarté, déesse de la Lune, de la fécondité et de la maternité, ainsi que des plaisirs de la chair, était associée au dieu du ciel, au maître du Soleil, Baal, cruel et sans merci, comme les rayons de cet astre brûlaient la Terre et la vie à sa surface. Pour apaiser Baal, on sacrifiait la vie que la déesse de la Lune avait créée. Astarté, déesse mère de toute la vie sur la Terre, ne pouvait pas défendre les enfants nés de sa fécondité.

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Dans la déesse de la Lune Astarté, nous pouvons reconnaître les origines historiques de la position sociale de la femme et les changements que le statut de la femme a subis dans la culture des différentes époques.

La statue du dieu Baal se trouvait dans le temple d’Astarté, mais aussi en plein air, de préférence sur une hauteur. La représentation du dieu, à l’extérieur du temple, était un four métallique surmonté d’une tête de taureau et muni de deux bras à la hauteur d’une grande ouverture. Le sacrifice se faisait de manière à ce que l’enfant, placé par les prêtes dans les bras du monstre brûlant, tombe en se tordant de douleur dans l’ouverture.

le-dieu-baalLe dieu Baal

Un autre type de déesse Astarté a été adoré, toujours en compagnie du dieu Baal, à Carthage, ville née en 814-813 avant Jésus-Christ, près de l’actuelle Carthage en Tunisie. La déesse Astarté de Carthage, comme l’appelaient les Romains, était splendide et portait un casque et un sceptre. Astarté était la divinité principale de la ville. Là encore, dans son temple, on sacrifiait à Baal des enfants vivants.

Cela voudrait-il démontrer qu’Astarté, éblouissante et majestueuse, approuvait le sacrifice des enfants ? Toutes les femmes en tout cas n’étaient pas prêtes à applaudir cette cruauté. L’historien allemand Peter Michkwitz a affirmé en 1875 que certains soldats romains qui assistèrent à des sacrifices d’enfants vivants à Carthage racontèrent, de retour à leurs camps en Sicile, qu’autour du temple de la déesse Astarté, on obligeait les mères désespérées à assister en souriant au sacrifice de leurs enfants. D’où, toujours selon l’historien allemand, découla la mode de s’exercer à sourire méchamment, rictus que les Romains de l’époque baptisèrent « sourire sardonique ».

Au-delà du caractère anecdotique de ces récits, nous pouvons constater que dans l’ancienne Egypte, sous la protection de la déesse de la Lune Astarté, la femme réussit à évoluer et à devenir savante libre, prêtresse en possession de secrets capables de guérir les malades et de vaincre la mort. Au contraire, dans le monde gréco-romain, la femme fut soumise à l’homme, même dans son rôle de mère, bien après le christianisme : ainsi Astarté consentait au sacrifice de ses propres enfants en honneur de Baal.

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Bibliographie : Les pouvoirs de la Lune – E. LUKAS – Editions DE VECCHI POCHE

  

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