INTERPRETER UN THEME … ALBERT CAMUS

(13.02 - Etude de Cas - Avancés) par sylvietribut le 31-03-2010

Albert Camus est né en Algérie, à Mondovi, le 7 novembre 1913, à 2 heures (TU 2 h). Longitude : 7°44’ Est – Latitude : 36°41 Nord. Albert Camus est donc Scorpion Ascendant Vierge.

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Il a été tout à la fois philosophe, écrivain, romancier, dramaturge, philosophe, journaliste et séducteur. C’était aussi un grand humaniste.

« Il n’est pas de vraie création sans secret » disait-il. Derrière la façade de l’homme public, il y avait un homme simple, pudique, meurtri. En 1959, il reprochait aux critiques littéraires « de trop s’intéresser aux idées et d’avoir négligé la part obscure de son œuvre ». La postérité lui a donné raison. On a surtout retenu de lui son sourire, son talent, son élégante silhouette à la Humphrey Bogart, son succès populaire, son prix Nobel. Sa fierté l’empêchait d’afficher ses blessures intimes, profondes, de pupille de la nation, d’enfant pauvre et d’adolescent tuberculeux.

Son père, Lucien Camus, descend des premiers colons français arrivés dans ce pays du Sud de Bône, au milieu des vignobles. Mais il ne possède rien, et doit travailler la vigne pour nourrir sa femme Catherine et leur fils aîné, également prénommé Lucien. Quelques mois après la naissance d’Albert, le père est enrôlé dans un régiment de zouaves, lancé à la poursuite des Allemands sur le continent. Il meurt dans un hôpital de Bretagne en octobre 1914, des suites d’une blessure à la tête. Sa veuve recevra par la Poste l’éclat d’obus meurtrier, qu’elle conservera dans une boîte à biscuits.

Analphabète, presque muette, Catherine Camus ne peut pas s’en sortir seule. Elle s’installe chez sa mère, avec ses deux enfants, à Alger. La rue de Lyon est une voie populeuse d’un quartier ouvrier, en bordure du secteur arabe. L’appartement n’a pas l’eau courante. Il n’y a pas de four non plus. Il faut porter les plats chez le boulanger pour les faire cuire. Après la guerre, Catherine fait des ménages et rapporte ses maigres émoluments à sa mère qui s’occupe de l’éducation des enfants, le plus souvent à coups de fouet. Vit également avec eux, un oncle, force de la nature mais complètement sourd également et s’exprimant comme un petit enfant. Malgré cela Albert Camus est un enfant heureux.

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Plusieurs configurations indiquent qu’il n’a jamais connu son père, mort pour la France en 1914.

Tout d’abord Mercure, Maître de son Ascendant, s’oppose à Saturne. Ce qui évoque une solitude, un manque de référence de sa lignée pour sa propre croissance, une douleur qui persistera.

Saturne est avec le Soleil et la Maison V en rapport avec l’image du père dans un thème.

Dans celui d’Albert Camus, Saturne est Maître de la Maison V en Maison IX, dont le symbole est le lointain, l’étranger, l’au-delà aussi. Le père est quelque part au loin, en France, qui n’est pas pour l’enfant Albert Camus sa terre d’origine.

La Maison IV, Maison familiale et Maison des origines, superpose le signe double du Sagittaire. Jupiter, Maître du signe, occupe cette Maison IV mais dans sa partie Capricorne, s’opposant à Mars, le Maître de la Maison VIII de ce thème qui occupe le Bélier. Mars dont le symbole est la guerre, le feu, la tête…

La mère est représentée par la Lune en Verseau en Maison VI et Quinconce à Neptune : elle était domestique (Lune en Maison VI) et résignée (Lune quinconce Neptune).

Pourtant, c’est cette mère résignée qui saura résister à sa propre mère pour que son fils, Albert, poursuive ses études au lycée comme le suggérait son instituteur. La grand-mère voulait qu’il travaille.

C’est la Lune en Verseau, éprise de savoir, qui ose se libérer et se révolter pour sortir de la tutelle de sa mère et de la condition de servitude de la Maison VI.

La mère d’Albert Camus transparaît aussi à travers Mercure, Maître de la Maison X (Maison de la Mère) en Sagittaire et en Maison III s’opposant à Saturne. Cette opposition suggère sa surdité car Saturne a à voir avec l’ouïe, la surdité est un problème saturnien. Cette même configuration évoque aussi le vocabulaire restreint de cette mère. Mercure symbolise la communication et donc la parole. Noter que Mercure est en domicile en Maison III, ce qui lui a peut-être permis de comprendre l’importance des études pour un enfant, ce qu’elle-même n’avait pas connu puisqu’en même temps Mercure est en exil en Sagittaire, à moins que ce ne soit en rapport avec sa vie en retrait à cause de son propre manque d’instruction mais également sa surdité.

La grand-mère serait Pluton culminant au Milieu du Ciel, ainsi que Mars s’opposant d’ailleurs à Jupiter en Maison IV et Maître de la Maison III.

L’oncle apparaît à travers ce Mars, Maître de la Maison III, Maison de la fratrie (il est le frère de la mère) en Cancer, signe évoquant le stade infantile dans lequel il se complaît.

Pour  analyser l’histoire familiale dans un thème, il convient de regarder la Maison IV, son signe et le Maître de celui-ci en signe, en Maison, en aspect. On regardera également la position du Soleil et de Saturne pour le père, avec également la Maison V comme Maison du Soleil. Pour la mère, on choisira la Lune et parfois Jupiter, en signe, en Maison, en aspect, souvent la Maison X également. Pour les frères et sœurs, on se réfèrera à la Maison III et son Maître en signe, en Maison, en aspect. Les oncles et les tantes sont à repérer avec la Maison VI.  

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Un miracle, comme en produit parfois l’école publique républicaine, va changer son destin. Le bon Samaritain porte le nom de Louis Germain. Instituteur à l’ancienne, rescapé des champs de bataille, il prend en affection les orphelins de guerre. Albert en est un et possède une autre qualité : il est le meilleur de la classe en français. Louis Germain va convaincre sa famille de le laisser passer l’examen d’entrée au lycée, pour obtenir une bourse d’études. Quand on lui remettra le prix Nobel de littérature, en 1957, Camus lui dédiera son discours : « Ma première pensée, après ma mère, a été pour vous… ».

Uranus en Verseau et en Maison V au sextil de Mercure représente ce père de substitution qu’est Louis Germain, avec la dimension toute cérébrale et en même temps ce coup de chance que représente cet Uranus en dignité en Verseau. Toutefois, on pourrait également le percevoir aussi dans Saturne, Maître de V, en Gémeaux et en Maison IX, comme le père instruit qui pousse à élargir les horizons (Maison IX) de l’enfant Camus, à travailler son esprit (Saturne en Gémeaux). Saturne est d’ailleurs en IX au trigone de Vénus le premier Maître de IX.

A noter également que ce Saturne, Maître de V en Maison IX au trigone de Vénus en Maison II, pourrait également représenter le prix Nobel de littérature qui fut remis à Camus. Ce prix qu’il ira chercher en Suède et qui lui vaudra une coquette somme d’argent, sens de Vénus et de la Maison II.

A l’automne 1957, on trouve d’ailleurs Pluton à 0° Vierge au sextil de Pluton natal, le Maître de III. Or, Pluton c’est la planète dominante du thème qui promettait l’élévation de sa condition et ce que Pluton promettait à sa naissance se réalise en cette année 1957.

Neptune, Maître de VII en XI au quinconce de cette Maison XI pourrait représenter le jury du Nobel. Neptune céleste en Scorpion est alors trigone à Pluton, tant en état terrestre (sur le thème) qu’en état céleste (en transit).

Uranus est en Lion au sextil de Mercure dont il se sépare. Mercure est le Maître d’Ascendant et du Milieu du Ciel du thème de Camus. C’est la reproduction d’un aspect de sa naissance puisqu’on note sur son thème un Uranus en Verseau et en Maison V au sextil de Mercure. L’aspect est légèrement séparant.

Saturne traverse le Sagittaire et la Maison III, Maison Mercurienne, sans transit particulier. Cependant, par analogie on retrouve son Saturne natal qui se trouvait en Gémeaux, signe de Mercure, et en Maison IX, Maison en analogie avec le Sagittaire.

Jupiter superpose la Balance et l’Ascendant du thème de Camus, en conjonction de sa Vénus et au trigone à la fois de Saturne, Maître de la Maison V et de la Lune, Maître de la Maison XI de son thème. Jupiter transitant l’Ascendant évoque l’honneur que représente l’attribution de ce prix Nobel de littérature.

Ce prix lui rapporte puisque Jupiter transite sa Vénus, gouverneur de la Maison financière de son thème. Ce prix via Jupiter en bon aspect de Saturne va lui permettre de se structurer matériellement, de s’enraciner quelque part, quant au trigone de Jupiter à la Lune natale, Maître de XI, va lui permettre d’acheter une maison.

A noter d’ailleurs les bons rapports entre Uranus, Saturne et Jupiter en bon état céleste.

Enfin, Mars également transite la Balance. On a donc une conjonction céleste Mars/Jupiter en Balance et en Ascendant. Or ces deux astres était en aspect à la naissance puisqu’en opposition. L’opposition à l’expansion de la prime enfance se trouve dépassée avec la conjonction de ces deux planètes.

Malgré la pauvreté de son milieu d’origine, son thème suggère qu’il s’élèverait socialement et côtoierait les grands de ce monde. L’aspect de son thème qui l’évoque est sans doute l’opposition Mars/Jupiter, comme une réaction à sortir de l’austérité. Jupiter en tant que Maître de la Maison IV de son thème, en Capricorne qui évoque l’austérité des origines, fait un carré à Vénus, gouverneur des Maisons II et IX, permet cette élévation matérielle (Maison II) et sociale (Maison IX). L’élan est d’autant important que Mars fait également trigone à son Soleil natal, Maître de la Maison XII (Maison qui limite) du thème, superposant le Scorpion et la Maison II. Se souvenir que le « carré » est comme un obstacle à franchir, une marche à monter, un fossé à sauter… Ce carré pourrait même être considéré comme positif puisque c’est Vénus en domicile dans la Balance l’emporte sur Jupiter en chute en Capricorne et même sur Mars en chute dans le Cancer.

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Au moment de sa mort, il était le plus célèbre écrivain français. Il avait reçu deux ans auparavant le Prix Nobel de Littérature. Mais il était aussi patron de presse depuis qu’il avait fondé un journal, Combat. Il appartenait à la gauche libérale de l’époque. C’était un grand humaniste. Il écrivit également pour le théâtre.

L’écrivain c’est bien sûr sa dominante Mercurienne : Mercure, Maître de son Ascendant Vierge et de son Milieu du Ciel en Gémeaux, en domicile dans la Maison III de son thème, au sextil d’Uranus, le Maître de VI en Verseau et en V qui lui confère un talent d’écriture (Maison III) et un potentiel de création (Uranus en Verseau et en Maison V). De même, Pluton Maître de la Maison III du thème culmine au Milieu du Ciel, en Cancer signe de la Lune symbole même de l’inspiration. Enfin, Saturne Maître de la Maison V (la créativité) superpose le signe des Gémeaux, signe de Mercure, ainsi que la Maison IX, au trigone de Vénus, gouverneur de cette Maison IX.  

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Petit rappel : Fait partie de la dominante d’un thème toute planète en aspect avec le Soleil, l’Ascendant, le Maître d’Ascendant, la conjonction étant plus forte que tout. Ensuite, si aucun élément ne répond à ces critères, on valorisera un amas planétaire dans un signe ou dans une Maison.

En ce qui concerne le thème d’Albert Camus, quatre éléments viennent s’additionner pour en faire un Mercurien : Son Ascendant Vierge, Mercure le Maître de cet Ascendant en Maison III (Maison Gémeaux, Maison de Mercure), la Lune en Maison VI (Maison de la Vierge, autre Maison de Mercure) et enfin une planète en Gémeaux, signe de Mercure.

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A ce propos, notez qu’Albert Camus ne se contentait pas d’être journaliste et patron de presse, il avait aussi « le goût du marbre », avec la dimension collective de l’entreprise journalistique. Plus précisément, il éprouvait une dilection particulière pour la partie matérielle de la fabrication du journal. Et en ce temps-là, le cœur battant du bouclage du journal était « au marbre ». Là se mêlaient rédacteur en chef, secrétaires de rédaction et ouvriers du livre. Albert Camus, fils du peuple, se sent bien en la compagnie de cette aristocratie ouvrière que forment les linotypistes et les correcteurs. Il partage avec eux les rituels du casse-croûte et de l’apéro. Il respecte leurs savoir-faire.

On voit se profiler son Ascendant Vierge et l’amour de la Vierge pour les petites gens et son goût pour le travail, le labeur. Il en va de même pour sa Lune en Maison VI, laborieuse, répétitive, avec un sens aigu du service au point que cela devienne comme une servitude.

Quant au journalisme et au patron de presse, c’est toujours sa dominante Mercurienne qui parle, avec Mercure Maître d’Ascendant en Maison III au sextil d’Uranus, Maître de VI en Verseau et en V. Notez que le Verseau est lié au monde des médias. Mais le patron de presse c’est aussi le Milieu du Ciel en Gémeaux, avec Pluton, Maître de la Maison III, qui y culmine et qui évoque celui qui a le pouvoir, qui dirige, qui commande, qui donne l’impulsion.

Ses opinions « gauche libérale » sont exprimées par la Maison IX en Taureau et Vénus, gouverneur de cette Maison en Balance au carré de Neptune, planète qui symbolise la gauche alors que Saturne incarne la droite et tous les conservatismes. Neptune superpose la Maison XI, Maison d’Uranus, qui évoque le côté libéral de cette gauche. L’opposition Mars/Jupiter permet de combattre pour des idées. Le titre de « Combat » de son journal incarne bien cet aspect de son thème.

L’humaniste qu’il était s’incarne également dans ce Mercure, Maître d’Ascendant, en Maison III et en Sagittaire, au sextil d’Uranus. La Lune en Verseau au quinconce de Neptune en Maison XI parle également dans ce sens. Le Verseau, Uranus et la Maison XI sont les symboles de l’humanisme. A noter d’ailleurs qu’il porte également une dominante Uranienne puisque Mercure le Maître de son Ascendant est sextil à Uranus en Verseau, que la Lune est en Verseau et qu’on trouve une planète en Maison XI.

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Quand on parle de l’écrit, des écrits, que l’on soit écrivain, auteur, journaliste ou même imprimeur ou secrétaire, on regarde dans le thème dans quel signe se trouve la Maison III et son Maître, en signe, en Maison, en aspect. On fait de même avec Mercure, sa position dans le thème en signe, en Maison, en aspect et en même temps on s’intéresse aux Gémeaux et la Maison qui vient superposer ce signe.

La Maison VI est en rapport avec la vie professionnelle, plutôt dans le sens de servitude, avec même une connotation de subalterne ou de métier. On regardera donc la position qu’elle occupe dans le thème, et on fera de même pour le Maître de cette Maison, en signe, en Maison, en aspect. La Maison VI est également en rapport avec la santé qui a bien un caractère de servitude si l’on considère tous les efforts qu’il faut faire pour se garder en forme.

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Il écrivit aussi pour le théâtre. Il eut d’ailleurs une vraie passion pour une grande dame du théâtre, une Espagnole réfugiée en France, Maria Casarès, avec qui il entretiendra une liaison alors qu’il est marié. Elle s’illustrera dans le répertoire camusien jusqu’à la mort de l’auteur.

Le théâtre, c’est le monde de la Balance et de Vénus, en domicile en Balance dans le thème de Camus. C’est son côté dandy aussi. A noter qu’il est également Vénusien, du fait que Vénus se trouve en dignité dans la Balance, mais également parce que cette Vénus natale est planète focale, prise dans ce carré en T entre Mars en Cancer d’un côté et Jupiter en Capricorne de l’autre. A noter qu’une planète focale fait partie de la dominante d’un thème.

Le théâtre est un art scénique en rapport avec le signe du Lion, la Maison V, le Soleil, ainsi que la Balance et Vénus. Et toujours d’explorer Maître de la Maison V, signes, maisons et aspects des différents dépositaires du sujet qu’on cherche à explorer.

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Quant à la maîtresse étrangère, elle s’inscrit bien dans le thème. Elle s’inscrit dans la configuration suivante : Vénus, maître de IX, en Balance carré Mars, Maître de III par le Scorpion et de VIII, conjoint à Neptune, Maître de VII.  La Maison III est la Maison de la maîtresse pour un homme et de l’amant pour une femme. Noter que ce Mars, Maître de III s’oppose à Jupiter, maître de IV en IV, évoque l’exilée… comme lui en quelque sorte, bien que les raisons de leurs exils n’aient pas été les mêmes.

Il peut paraître étrange de représenter la maîtresse par la planète Mars. Toutefois, il est intéressant d’entendre ce que raconte Catherine Camus, la fille d’Albert. Alors qu’il prépare activement avec ses amis la sortie du journal Combat, il rencontre Maria Casarès, une actrice de vingt ans, fille d’un ministre espagnol. C’est le début d’une passion dévorante. « Ils se ressemblaient mon père et elle. Ils avaient ce même amour forcené de la vie ». Catherine Camus a rencontré la grande tragédienne après la mort de sa mère.

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Que ce soit dans le thème d’un homme ou dans celui d’une femme, la Maison que l’on regarde pour la maîtresse ou l’amant, c’est la Maison III, son Maître en signe, en Maison, en aspect. On examinera également la Maison V en signe et les planètes qu’elle abrite, pour comprendre la capacité à aimer et la façon d’aimer, et toujours le Maître de la Maison en signe, en Maison, en aspect. Les aspects de la Lune et de Vénus pour un homme et ceux du Soleil et de Mars pour une femme, pourront également apporter des éléments de réponse. 

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Albert Camus a été marié deux fois, il faut dire qu’il a également le talent d’attirer à lui les jolies femmes. Sa première épouse, Simone Hié, est une fille de médecin. Elle est provocante. Il aime sa liberté, sa fantaisie et ses robes transparentes. Problème, elle est morphinomane. Camus, pour la séduire, lui procure des ampoules de morphine, fournies par un ami pharmacien. Il l’épouse en 1934, au grand dam d’une belle-famille qui ne lui voit pas d’avenir. Le mariage lui apporte une certaine aisance matérielle et la possibilité d’habiter les quartiers chics d’Alger. Mais il réalise vite à quel point la dépendance de Simone devient un obstacle. Et, pour oublier son échec conjugal, il rejoint la troupe théâtrale de Radio Alger. Lors d’un voyage en Europe Central qui pourrait aider son épouse à décrocher, il tombe par hasard sur une lettre et découvre l’amère réalité : elle le trompe avec un médecin d’Alger qui lui fournit sa drogue. Camus demande aussitôt le divorce. Et se lance à corps perdu dans l’écriture, le théâtre… et la politique.

Avant de quitter l’Algérie, Camus a rencontré une jeune et jolie Oranaise, Francine Faure, a qui il a demandé sa main. Il aime quand elle joue Bach au piano. Il l’épouse à Lyon, en décembre 1940. Malgré son attachement à Francine, on ne compte plus ses maîtresses. Toutefois, ils auront ensemble des jumeaux, une fille et un garçon, Catherine et Jean, nés en 1945.

La Maison VII du thème d’Albert Camus superpose le signe double des Poissons. Neptune, Maître du signe et donc de la Maison VII, se trouve en Cancer et en Maison XI, au carré de Vénus. La dualité du signe évoque une double union possible. Le carré de Neptune à Vénus évoque aussi bien la personnalité de la première épouse et son état de dépendance à la morphine, ainsi que la trahison dont Albert Camus a été victime. Cependant, cette configuration est également en rapport avec le propre comportement de l’écrivain, tout à fait infidèle et il n’y eut pas que sa liaison avec Maria Casarès. Notez aussi, sa seconde union qui se place sous l’influence de la Maison IX et de Vénus, elle-même en Balance et donc carré à Neptune. On sait ce qu’il en a été des souffrances de Francine.

La Maison VII est celle des toutes les associations, de tous les contrats, dont le mariage. Ce sera également la Maison des procès et autres divorces. Pour les questions conjugales on analyse le signe où elle se situe, les planètes qu’elle contient et puis toujours le Maître de la Maison en signe, en Maison, en aspects. En cas d’unions multiples, on réservera la Maison VII pour le premier conjoint, la Maison IX pour le second, la XI pour le troisième et ainsi de suite.

Quant aux enfants, ils apparaissent dans le thème d’Albert Camus de la façon suivante : Maison V en Capricorne et Saturne, Maître du signe et de la Maison, superposant le signe double des Gémeaux qui évoque bien les deux enfants et les jumeaux, ceux qu’évoquent aussi bien Castor et Pollux, que les Dioscures, ou Romulus et Remus de la mythologie en totale résonnance avec les Gémeaux. Uranus dans la Maison V suggère la surprise de cette double naissance, son caractère peu banal d’autant qu’il s’agit d’une fille et d’un garçon. D’ailleurs, celui-ci pourrait être le garçon… Uranus et le Verseau évoque le masculin ; la fille serait liée à la Maison VII en Poissons et Neptune en Cancer, deux signes féminins et planète féminine.

Les enfants sont en rapport avec la Maison V, son signe et les planètes qu’elle contient éventuellement, mais aussi son Maître qu’on analyse en signe, en Maison, en aspect. La Maison V parlera davantage du premier enfant, la Maison VII est le second, la Maison IX représente le troisième, la Maison XI le quatrième…

Quoi qu’il en soit, c’est avec elle qu’il vivra et achètera une maison à Lourmarin  dans le Luberon, en 1958, avec ce que le prix Nobel de littérature lui avait offert. C’est une ancienne magnanerie, c’est-à-dire une ferme où on élève des vers à soie. Il y retrouve les lumières de son Algérie natale, avec ses volets verts, sa terrasse arrondie et son cyprès. Rien n’a changé, seul le nom de la Grand Rue de l’Eglise est devenue rue Albert-Camus.

Dans son thème, le chèque suédois est bien représenté. C’est Vénus, Maître de II (les finances) et de IX (l’étranger), en Balance et en Maison II du thème, au trigone de la Lune, symbole de la famille, mais également du patrimoine et du cadre de vie.

Pour évaluer le rapport à l’argent d’une personne, sa façon d’en gagner, de gérer et de dépenser, on analysera la Maison II du thème, sa position en signe, les planètes qu’elle abrite, ainsi que le Maître de cette Maison II en signe, en Maison, en aspects. La Maison VIII est également liée à l’avoir, mais elle représente plutôt « l’argent qui vient des autres », via les dons, les legs, les héritages, les indemnités, les assurances, mais ce peut être aussi les prêts… argent des banques ou autres établissements de crédit.

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Albert Camus avait une santé fragile. A l’âge de 17 ans, alors qu’il vient de passer son baccalauréat avec succès et qu’il s’apprête à intégrer hypokhâgne, un coup du sort va briser son élan. Il se met à cracher du sang. On apprend qu’il a la tuberculose.

Gardien de but du Racing universitaire d’Alger, il doit arrêter le foot, qui restera d’ailleurs une de ses passions. Et ce qui est pire : la carrière d’enseignant à laquelle il aspirait lui est désormais interdite.

Cette fragilité de santé se perçoit très bien dans son thème. Mercure est le Maître de son Ascendant Vierge. L’Ascendant et son Maître sont des éléments à prendre en compte pour juger du physique et du physiologique d’une personne. Le Mercure natal d’Albert Camus est en exil en Sagittaire et surtout s’oppose à Saturne en Gémeaux. Les Gémeaux représentent tout ce qui est double dans le corps humain dans sa partie haute : les bras, les mains bien sûr, mais aussi les poumons. Notez également que la Maison VI du thème se trouve sous les auspices de l’imprévisible Uranus puisqu’en Verseau. Heureusement, Uranus est au sextil de Mercure, comme pour lui permettre de rétablir l’équilibre et s’il ne sera jamais enseignant, lui souffle la voie journalistique avec ce rapport à Mercure. La Lune est présente dans Maison VI au quinconce de Neptune en chute en XI, ce qui vient contrecarrer les projets initiaux. Chiron est également présent dans cette Maison VI, ce qui le prédisposait à se confronter à un problème de santé sortant de l’ordinaire, quoiqu’à l’époque et vu son appartenance sociale n’avait rien d’extraordinaire. Son biographe raconte que ce n’est que lorsqu’il est envoyé chez un de ses oncles qui est boucher, qu’il mange de la viande régulièrement.

C’est avec la Maison VI qu’on évalue la santé d’une personne : le signe qu’elle superpose, les planètes qu’elle contient, mais aussi son Maître, en signe, en Maisons, en aspects. On s’intéressera également à l’Ascendant du thème, son signe, les planètes qu’il abrite et toujours son Maître en signe, en Maison, en aspects. On regardera également la Maison XII, souvent en rapport avec les maladies chroniques et les séjours à l’hôpital, clinique, sanatorium, ou autre maison de repos.

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En ce début d’année 1960, Albert Camus est heureux, entouré de sa famille et de ses amis qu’il a réunis dans sa propriété du Luberon pour les fêtes. Il décide de rentrer en voiture avec les Gallimard. C’est sur une route de l’Yonne qu’Albert Camus sera tué sur le coup. Michel Gallimard, qui conduisait la mythique Facel Vega. Le romancier avait glissé dans un sac le manuscrit du « Premier homme ». C’était le 4 janvier 1960, à 13 h 55, que la Facel Vega vient s’écraser avec une violence inouïe sur un platane, sans doute le plus célèbre de la littérature française. On pense qu’un pneu a pu éclater… C’était Villeblin près de Fontainebleau.

Si l’on monte le thème du moment de l’accident et qu’on le superpose au thème natal, on trouve des coïncidences renversantes.

Tout d’abord, l’Ascendant de l’accident vient superposer le Taureau et la Maison VIII du thème d’Albert Camus dans sa partie Taureau. Cette Maison VIII est la Maison de la mort.

Le Milieu du Ciel de l’accident superpose le Capricorne et la Maison IV du thème d’Albert Camus dans sa partie Capricorne. Cette Maison IV est dite « de la fin des choses ».

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Deux configurations sont particulièrement significatives car elles se produisent tant en état céleste, le moment de l’accident, qu’en état terrestre, c’est-à-dire sur le thème même d’Albert Camus : la première semble planter le décor. C’est Pluton du moment de l’accident qui Mercure natal, l’aspect exact. De plus, Mercure du moment entre en Capricorne et s’oppose à Pluton du thème natal, l’aspect est également exact. Or, dans le thème de Camus, Pluton est le Maître de la Maison III, Maison relative aux déplacements. Mercure est donc le Maître symbolique des déplacements par analogie aux Gémeaux et à la Maison III. De plus, Mercure est le Maître de l’Ascendant Vierge d’Albert Camus, sa personne physique est atteinte.

Dans le thème natal d’Albert Camus, Mars occupe le Sagittaire et la Maison III. Par le Scorpion, ce Mars natal est à la fois Maître de III et Maître de VIII, il s’oppose à Jupiter, Maître de IV. Cette configuration natale évoquait à elle seule la mort violente en déplacement. Au moment de l’accident, on trouve Mars et Jupiter conjoint en Sagittaire et en Maison VIII, Jupiter étant le Maître de cette Maison VIII en dignité dans le Sagittaire, c’est-à-dire très fort et contrairement aux idées reçues pas du tout protecteur. Quant à Mars, il appartient à la Maison XII de ce moment de la l’accident. Cette conjonction est toutefois séparante, puisque Mars a dépassé Jupiter de 3°, comme dans le thème natal l’opposition entre Mars et Jupiter était séparante. De plus, Mars est au carré de la Lune en Poissons, en Maison XII et Maître de la Maison III de l’accident.

C. E. O Carter, dans son ouvrage « Interprétation des aspects en astrologie » – La Roue Céleste – Dervy Livres, indique que l’opposition Mars/Jupiter est un aspect fatal pouvant conduire à une véritable catastrophe.

Toujours en rapport le thème natal, la Lune natale se trouvait en Verseau au quinconce de Neptune en Cancer, au moment de l’accident la Lune est en Poissons au trigone de Neptune.

Pourtant, on trouve aussi dans ces transits du jour, Uranus en sextil exact avec Vénus natale, pendant que Vénus en Sagittaire est sextil à Uranus natal. Ces deux transits ont certainement à voir avec le succès qu’Albert Camus connaissait à l’époque. 

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Pour compléter cette petite analyse, il est intéressant de noter que certains éléments du thème d’Albert Camus sont en conjonction d’Etoiles Fixes, ce qui signe souvent un destin d’exception.

Mars, Maître de VIII du thème d’Albert Camus, se situe à 22° Cancer en conjonction de l’étoile Pollux, de la nature de Mars. Cette étoile semble être en rapport avec une mort violente. Mais elle indique aussi une nature subtile, de la bravoure, de l’audace, de l’intégrité, de l’astuce, de l’impulsivité et de la témérité. Or, comme on vient de le voir Mars a joué un rôle primordial le jour de l’accident.

Soleil, Maître de XII du thème d’Albert Camus, se situe à 14° Scorpion en conjonction de l’étoile Kiffa Australis. Cette étoile est de la nature de Mercure/Jupiter et Mars/Jupiter. Elle est aussi bien bénéfique et sa proximité promet fortune, honneurs et responsabilités, mais elle est également difficile car elle évoque une violence.

L’Ascendant du thème d’Albert Camus à 24° Vierge est conjoint à l’étoile Copula de la nature de Vénus. Cette conjonction parle de passions et aussi de cécité… On se souvient comment lors de sa première union Albert Camus n’avait pas été conscient de la personnalité et de la déloyauté de sa femme.

La Part de Fortune du thème d’Albert Camus, à 9° Capricorne, est conjointe à l’étoile Facies, de la nature Soleil/Mars. Cette conjonction parle d’accidents, de mort violente et une nouvelle fois de cécité.

Uranus, Maître de VI en V dans le thème d’Albert Camus, à 3° Verseau est conjoint à l’étoile Oculus, de la nature de Vénus/Saturne. L’influence d’Oculus est considérée comme bénéfique, conférant un esprit fin et pénétrant.

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Pour finir, un coup d’œil sur les degrés symboliques est également intéressant. J’utilise « Les 360 Degrés du Zodiaque Symbolisés par l’Image et par la Cabbale, de Janduz. Si vous possédez cet ouvrage, je vous conseille de vous y reporter, vous y trouverez tout un développement pour chacun des degrés suivants :

Saturne – 16° Gémeaux – Degré de surabondance mentale.

Mercure – 6° Sagittaire – Degré de savoir inutile

Jupiter – 13° Capricorne – Degré d’esprit critique

Uranus – 3° Verseau – Degré d’affliction

Lune – 28° Verseau – Degré de vie facile

Chiron – 10° Poisson – Degré de libre action   

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Différents ouvrages relatent la vie d’Albert Camus :

Le Premier Homme – Autobiographie retrouvée dans l’épave de la Facel Vega – Albert Camus – Editions Gallimard 1994

Le Dictionnaire Albert Camus sous la direction de Jean-Yves Guérin – Editions Robert Laffont/Bouquins

Le Soleil Malgré tout – François-Xavier Gauroy – Timée Editions

CAMUS – Virgil Tanase – Gallimard/Folio Biographies

Albert Camus, Une vie – Olivier Todd – Gallimard/Folio

Albert Camus, Soleil et ombre – Roger Grenier – Folio

Albert Camus, solitaire et solidaire – Catherine Camus – Michel Lafon Editeur 

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Bibliographie

Le Premier Homme – Albert Camus – Editions Gallimard 1994

Tout sur Camus – LIRE Mensuel n° 382 février 2010

Interprétation des aspects en astrologie – C.E.O. Carter – La Roue Céleste – Dervy Livres

Les 360 Degrés du Zodiaque symbolisés par l’image et par la Cabbale – Janduz – Editions Bussière

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DANS LE MONDE DU BELIER… LE RUBIS

(08 - LES PIERRES ET METAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 28-03-2010

VOUS AVEZ DIT : « RUBIS SUR L’ONGLE » ?

Dans l’Antiquité, le rubis était considéré comme l’emblème du bonheur, mais s’il changeait de couleur, c’était un sinistre présage, cependant il reprenait sa teinte pourprée lorsque le malheur était passé. On disait aussi qu’il bannissait la tristesse et réprimait la luxure, qu’il résistait au venin et prévenait de la peste, tout en détournant les mauvaises pensées.

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Rubis dans sa gangue de marbre blanc

Pierre de sang, le rubis fut utilisé homéopathiquement pour la préparation de médicaments antihémorragiques. Pour la même raison, la tradition populaire voulait en Russie qu’il soit bon pour le cœur, le cerveau, la mémoire, la vigueur et qu’il clarifie le sang. Il est par extension devenu la pierre des amoureux qui enivre sans contact.

Pourtant, s’il faut en croire le bon évêque Marbode, c’est l’œil unique et rougeoyant que portent au milieu du front dragons et vouivres. On l’appelle alors l’escarboucle. Elle surpasse toutes les pierres les plus ardentes, jette des rayons tels qu’un charbon allumé, dont les ténèbres ne peuvent venir à bout d’éteindre la lumière.

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                                                                                                      La Vouivre et son rubis sur le front

Comme on le voit, le rubis fait bien partie des pierres symboles du Bélier, par sa couleur, pas son effet dynamique et positif sur le moral. Son usage en homéopathie contre les hémorragies quand on sait que, dans le corps humain, le sang est du domaine de Mars et du Bélier.

Mais pourquoi dit-on « Payer rubis sur l’ongle »

En aucun cas il ne s’agit pas de régler une dette au moyen d’une pierre précieuse ou d’un bijou de petite taille pouvant tenir sur un ongle. Il s’agirait plutôt de payer comptant jusqu’au dernier sou. En fait, son origine vient d’une autre expression plus ancienne « faire rubis sur l’ongle » qui signifiait vider son verre jusqu’à ce que la dernière goutte soit si petite qu’elle tienne sur un ongle sans déborder, de manière à y dessiner un joli petit rubis. A noter que le rubis tire son nom de sa couleur, rouge, du latin « rubeus » qui a également donné l’adjectif « rubicond », teint de celui qui fait trop souvent rubis sur l’ongle…

Le latin « ruber » ou « rouge » d’où découle la dénomination « rubis » est relativement récente puisqu’elle date du XIIIe siècle. Depuis toujours le rubis fut tenu en haute estime. Les Indiens le nommaient « Reine des pierres précieuses » ou encore « la première des pierres précieuses » et considéraient qu’il recelait un inextinguible feu interne. Cette référence au feu ardent se retrouve dans tout le Bassin méditerranéen.

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François 1er qu’on pourrait qualifier de roi rubicond

D’autre part, on raconte également qu’au XVIe siècle, François Ier était marquée d’une légère infirmité peu connue de l’Histoire : il n’avait pas d’ongle au pouce de la main droite. Aussi, quand il recomptait les billets pour régler ses royaux fournisseurs, on avait coutume de dire qu’ils avaient été payés « au rubis sur l’ongle du roy ».

Dans le symbolisme du Rubis

Tout d’abord, le rubis est symbole de victoire, d’amour, de bonheur et de passion. Dans l’Histoire, cette pierre a longtemps été réservée aux hommes de pouvoir : rois, sultans ou autres maharadjahs. Cet insigne royal était souvent porté sur les couronnes ou les heaumes. Il protégeait le chevalier des blessures et le gardait en bonne santé. Et c’est par extension qu’on attribua au rubis le pouvoir de combattre les hémorragies.

Evoquant le sang et le feu, le rubis est naturellement associé au courage. Associé à la passion, il est censé calmer la colère et protéger des séductions. Tous ces symboles évoquent bien le monde de Mars, le monde du Bélier. De ce fait, le rubis est devenu le symbole de la victoire, de la charité et de l’amour. D’ailleurs, dans le folklore français, les noces de rubis correspondent à 35 ans de mariage.

Enfin, dans les temps anciens, le rubis était considéré comme la pierre la plus précieuse de toutes les autres pierres précieuses car il représentait le sang du Christ, notamment dans les sociétés chrétiennes primitives.

 

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Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Editions Robert Laffont/Jupiter

Dictionnaire comique – Philibert-Joseph Le Roux – publié en 1718

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LA PLACE DE L’ETOILE SERAIT-ELLE LA CARTE DU CIEL DE PARIS ?

(6.2 - Paris Insolite - Paris Mystérieux - Paris Esotérique) par sylvietribut le 24-03-2010

Bien avant d’être débaptisée pour prendre le nom de Charles-de-Gaulle, la place était déjà une étoile.

Cette place coiffe l’ancienne colline du Roule dont l’écrêtement, proposé par Ange Gabriel qui n’était pas celui que vous croyez mais l’inspecteur des Bâtiments du roi, fut commencé, en 1768, par un dénommé Perronet, afin que « le chemin fût d’une égale pente depuis la place devenue Louis XV jusqu’au pont de Neuilly ». Ces travaux de terrassement durèrent jusqu’en 1774 et eurent pour effet d’abaisser de plus de 5 mètres le sommet de la « butte de l’Etoile » ; les terres enlevées servirent à remblayer les Champs-Elysées et à former les pentes de nos rues Balzac et Washington.

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Cette butte portait déjà depuis 1730 le nom « d’étoile de Chaillot » à cause des quelques allées qui s’y croisaient. Le mur des Fermiers-Généraux la contourna par l’Est, la barrière de l’octroi, située antérieurement dans l’avenue des Champs-Elysées à la hauteur de la rue de Chaillot y fut transférée, avec sa grille, en 1787. Ledoux édifia pour le service de l’octroi, à la hauteur du débouché, sur l’avenue, de nos rues de Presbourg et de Tilsitt, deux lourds monuments ornés chacun de vingt colonnes annelées qui restèrent là jusqu’en 1860, date à laquelle l’octroi fut transféré à la porte de Neuilly (place de Verdun).

Jusqu’en 1854, cinq voies seulement rayonnaient de cette place : deux qui constituaient la route de Paris à Neuilly (nos avenues des Champs-Elysées et de la Grande-Armée), deux autres qui étaient des chemins de ronde extérieurs au mur d’octroi des Fermiers-Généraux (nos avenues Kléber et de Wagram), et enfin, la cinquième, l’avenue de l’Impératrice (avenue Foch) que Hittorf venait de terminer.

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C’est Napoléon 1er qui décida l’élévation de l’Arc de Triomphe, monument à la gloire de la Grande Armée et de ses propres campagnes. Cependant, la chute de l’Empire entraîna l’arrêt de la construction dont seules les fondations étaient achevées. Plus tard, Louis-Philippe décida l’achèvement de ce monument dont l’inauguration eut lieu le 29 juillet 1836. Haut de 49,546 mètres et large de 44,820 mètres, l’Arc de Triomphe de l’Etoile est le plus grand monument de ce genre que l’on connaisse.  

Alors qu’il séjournait à Biarritz, Napoléon III décida, le 13 août 1854, l’aménagement de la place de l’Etoile dont la direction fut confiée au Baron Haussmann. En 1857, on ouvrit sept autres voies. Ce furent les avenues de Friedland, de la Reine-Hortense (avenue Hoche), du Roi-Jérôme (avenue de Mac-Mahon), d’Essling (avenue Carnot), d’Eylau (avenue Victor-Hugo), d’Iéna et de Joséphine (avenue Marceau). Douze avenues rayonnèrent dès lors d’une façon rigoureusement géométrique de cette place de 240 mètres de diamètre, convergeant toutes vers l’Arc de Triomphe, monument qui est à l’origine du développement de tout le quartier. Une étroite rue circulaire (nos rues de Presbourg et de Tilsitt) entoura la place.

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Entre cette place et cette rue, Hittorf édifia douze hôtels particuliers d’architecture symétrique, aux façades uniformes, qu’il conçut trop basses ; elles n’ont en effet que 16 mètres de haut. « Ils se trouvèrent si mal en harmonie avec les vastes proportions de la place, écrivait Haussmann, que je dus faire planter en avant des massifs d’arbres pour les masquer ». Et il ajoutait : « Je considère cette belle ordonnance, que je suis fier d’avoir su trouver, comme une des œuvres les plus réussies de mon administration ».

Toutefois pour tout astrologue la symbolique de cette place est plus que clair : nous avons douze signes zodiacaux répartis de part et d’autre de la trajectoire solaire matérialisée par l’axe Champs-Elysées/avenue de la Grande-Armée. Cet axe est d’autant plus important qu’il voit, le jour du solstice d’été, le soleil se coucher entre ses piliers. Ensuite, les douze hôtels particuliers ne sont autres que les douze maisons astrologiques, venant superposer les douze signes zodiacaux.

Par ailleurs, on note des pavés de couleurs différentes qui dessinent sur le sol de la place deux étoiles dont les pointes arrivent pour l’une au milieu des avenues et pour l’autre entre les avenues.

Le baron Haussmann était-il lui-même initié à l’astrologie ?

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Bibliographie 

Lutece à prefent nômee Paris Cité capitalle de France – Connaissance du Vieux Paris – Jacques Hillairet – Editions de Minuit

 

 

 

 

  

 

 

 

 

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LES CONQUETES DU BELIER

(5.2 -Ballade à travers les signes) par sylvietribut le 22-03-2010

 

            Son graphisme glyphe-du-belier

Les branches du graphisme du Bélier représentent une arche repliée. La vie n’existe pas, ne s’exprime pas encore. Tout est à l’origine, en état de sommeil, d’attente. Bientôt l’extrémité inférieure s’enflera pour former le cercle du Taureau. Du graphisme du Bélier à celui du Taureau, les formes s’inversent entre le haut et le bas. Le graphisme du signe est aussi un A renversé : Alpha grec, première lettre de l’alphabet, comme Aleph en hébreu. 

En analogie avec l’élément Feu que les alchimistes représentaient par un triangle renversé, pointe tournée vers le bas, symbole de l’esprit fécondant la matière.

Ce hiéroglyphe représente encore les cornes du bélier enroulées en spirale : la spirale est d’abord le symbole de l’évolution et ensuite de toute initiation.

le-belier-2Le Bélier – Johfra Bosschart – Peintre Hollandais

 

            Ses symboles

Le Bélier est le premier signe du zodiaque, il ouvre un nouveau cycle ; il est le symbole de la vie qui repart au printemps. Symbole de l’énergie printanière, il est en analogie avec la force solaire croissante qui va l’emporter sur la nuit : équinoxe de printemps.

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Signe de Feu, il est le symbole de la lumière qui revient et rallume nos enthousiasmes, qui nous poussent à l’action. Il est en affinité avec Mars et le Soleil et ses couleurs sont le rouge et l’or.

            Ses mythes

L’ère du Bélier est dominée par les grandes figures fanatiques des prophètes de la Bible et de Yahvé, dieu des armées, lançant leurs imprécations véhémentes contre la civilisation précédente, celle du Taureau, faite de luxure et de plaisir, celle du Veau d’Or.

Le nom même du signe est très ancien : le Bélier, c’est en Inde le « Feu des origines » que l’on traduit par AGNI. C’est de ce Feu que sortira toute la création.

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AGNI a donné AGNEAU : c’est cet animal que les Hébreux sacrifient à la Pâque et que les Chrétiens reprennent comme symbole christique : le Christ devient ainsi l’Agneau de Dieu qui s’offre à la mort pour le salut des pêcheurs. Mais le Christ est aussi le Bon Pasteur et les fidèles acceptent sa mort expiatrice, après lui et en lui : ceci dans la sublimation de la symbolique du Feu, du sang et de la fécondité régénératrice.

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 Giotto – La Pentecôte

Toujours dans le Nouveau Testament, le Feu des origines, c’est l’Esprit devenu langues de Feu à la Pentecôte.

De la Gaule à l’Afrique noire, de l’Inde à la Chine, même célébration de cette chaîne symbolique associant : feu créateur, fertilité, et même par le truchement de la vie principielle, immortalité. 

Le Bélier est également la monture de la divinité hindoue Kuvera, gardienne du Nord et des Trésors, ce qui n’est pas sans évoquer la Toison d’Or et Jason conduisant les Argonautes à la conquête de cette Toison d’Or : légende grecque pleine d’actions, de rebondissements, de luttes, de violence explosive, riche de promesses et de projets vite éclos, puis envolés. Mais peut-être les quêtes de la Toison d’Or sont-elles surtout celles d’un trésor spirituel, c’est-à-dire la sagesse.

                                                                                                                                     jason-et-la-toison-dor Jason et la Toison d’Or

Après la Toison, c’est la Corne du Bélier qui se charge d’une valeur symbolique, source d’innombrables coutumes, traditions et images dérivées du même symbolisme original, dont la plus vivace est sans doute la Corne d’abondance, la corne de la chèvre Amalthée qui nourrit Jupiter.

la-valkyrieDans la mythologie nordique, le Bélier c’est le jeune et bouillant Siegfried, armé de son seul courage, inconscient du danger, forçant le passage pour tenir dans ses bras la Walkyrie et traversant le Feu pour accéder à Brunehilde dont il tombe amoureux avant même de la voir.

 

Dans la mythologie moderne, le Bélier, c’est Zorro, vengeur masqué, qui vole au secours de la veuve et  de l’orphelin sans jamais douter de la victoire.

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      Sa psychologie

Voici comment la psychologie moderne évoque et résume ce signe : « Le Bélier, générateur du troupeau, est aussi la machine qui permet d’abattre les portes et les murs des villes assiégées, donc d’ouvrir la carapace des collectivités. La forme en spirale de ses cornes ajoute encore une idée d’évolution et renforce la valeur d’ouverture et d’initiation évoquée par le V de toutes les cornes d’animal ».

Le Bélier représente bien l’initiation : il est doué de verbe et de raison. Il symbolise la force psychique et sacrée, la sublimation. Sa force de pénétration est toutefois ambivalente : elle fertilise, blesse ou tue.

Le type Bélier appartient au colérique, émotif-actif-primaire, de la caractérologie moderne avec sa vitalité incandescente, son ardeur à vivre bride abattue, dans le tumulte et l’intensité de son instinct, ses émotions fortes, ses sensations violentes, l’activisme de l’existence avec ses dangers, ses prouesses, ses chocs…

 Signe positif, c’est un extraverti.Signe cardinal, il lui faut des objectifs pour meubler sa vie, il lui faut relever des défis. Il est « moteur », commence, entreprend sans toujours aboutir. L’action entraîne le Bélier plus que le but même de cette action. Si le but le motive au départ, il a parfois du mal à conclure.

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Signe de Feu, il brûle trop vite. « Tout de suite » est sa devise. Juvénile, enthousiaste, prêt à risquer sa vie, oubliant la présence du danger, c’est un téméraire, convaincu de son bon droit. Mais lié au Feu, il y a aussi la purification.

 Dans tous les domaines ses passions sont fulgurantes, mais pas durables. Il est plus hussard que bon amant. 

Le Bélier se croit porteur de vérité, il a donc bonne conscience. Il porte en lui les caractéristiques de l’ère des prophètes de la Bible. 

Si le Bélier était…

… un animal, ce serait coq un coq ou un jaguar jaguar 

Si c’était un arbre, il serait cèdre cedre S’il était une plante : ortie-piquante l’ortie…

                  Une fleur…  le canna canna ou le réséda reseda

S’il était un condiment : il serait ail ail, ou moutarde-herbes-provence1 moutarde ou même basilic basilic 

S’il était métal, ce serait le fer fer-a-cheval ou l’acier maillon_chaine_acier

 Pierre, c’est un silex silex qui permet de faire du feu, 

mais si la pierre est précieuse… ce sera le rubis rubis-de-madagascar  ou bien coeur-de-jaspe-rouge lejaspe rouge.

Son parfum est la myrrhe. myrrhe-et-arbre-a-myrrhe

Sa couleur est toutes les nuances de rouge torsades-degrade-de-rouge dont le vermillon.

S’il était instrument de musique, il ne pourrait être que trompette trompette tant il aime faire du bruit.

 

S’il était objet de collection, ce serait des armes-a-feu armes à feu.      

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LE CORAIL : ARBRE AQUATIQUE DE L’UNIVERS DES POISSONS

(08 - LES PIERRES ET METAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 18-03-2010

Arbre des eaux, le corail participe au symbolisme de l’arbre, comme axe du monde, et à celui des eaux profondes, origine du monde. Sa couleur rouge l’apparente au sang. Il a des formes tourmentées. Tous ces signes en font un symbole des viscères.

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Il serait né, selon une légende grecque, des gouttes de sang versées par la Méduse, l’une des Gorgones : ce serait la tête de Méduse, tranchée par Persée, qui se serait transformée en corail, tandis que du sang jaillissant naissait Pégase. Le sang de Méduse aurait en fait touché le varech en le pétrifiant et le transformant en corail. Le corail se dit d’ailleurs en grec « Gorgeia », c’est-à-dire Gorgone. Et ceci paraît cohérent selon la dialectique interne des symboles, si l’on se rappelle que la tête de Méduse avait la propriété de pétrifier ceux qui la regardaient.

                                                                                                        les-trois-gorgones Les Trois Gorgones

Le symbolisme du corail tient autant à sa couleur qu’au fait qu’il présente la rare particularité de faire coïncider en sa nature les trois règnes animal, végétal et minéral.

Chez les Anciens, le corail était utilisé comme amulette, pour préserver du mauvais œil. Il était également censé arrêter les hémorragies, comme un coagulant, et écarter la foudre.

Sous le nom de « partaing », dont l’étymologie est obscure, le rouge corail a servi, dans les textes moyen-irlandais, à des comparaisons touchant la beauté féminine, les lèvres principalement. Il ne participe pas, selon toute apparence, en milieu celtique, au symbolisme guerrier de la couleur rouge. Mais les documents archéologiques établissent l’usage du corail dans les décors celtiques au deuxième âge du Fer : casques, boucliers… Puis le corail ayant fait défaut, les Celtes l’ont remplacé par l’émail rouge qu’ils inventèrent.

Très utilisé dans ses formes naturelles par les orfèvres baroques d’Europe centrale, du XVIe au XVIIIe siècle, il donne naissance, associé à des figures de métal précieux, à toutes sortes de monstres et d’êtres mythiques, qui en font une représentation matérielle innée de l’imaginaire et du fantastique… Nous sommes bien dans le monde onirique des Poissons.

Dans le folklore français, les noces de corail symbolisent les 11 ans de mariage.

                                                                                                         persee-de-cellini-loggia-dei-lanzi-florence Le Persée de Cellini – Loggia dei Lanzi – Florence

Cependant, si nous quittons le symbolisme, nous constatons que le corail est en fait un animal, de l’embranchement des Cnidaires, vivant généralement en colonies d’individus, les polypes, construisant tout au long de leur vie un squelette extérieur à partir de minéraux présents dans l’océan. Chez les coraux constructeurs de récifs, l’accumulation de ces squelettes forme un récif corallien. De nombreux coraux vivent en symbiose avec des végétaux unicellulaires : les zooxanthelles dans les mers chaudes ou d’autres espèces de phytoplancton dans les mers froides. En effet, le corail n’est pas une spécificité des mers chaudes.

                                                                                               corail-champignon   Corail-champignon

Les colonies coralliennes semblent être les plus vieux animaux coloniaux vivants du monde. En tant que colonies, leur longévité dépasse de loin celle des tortues vivant plus de 210 ans ou des palourdes quahog qui peuvent vivre plus de 405 ans. Certaines colonies auraient peut-être plusieurs centaines voire plusieurs milliers d’années selon certains experts.

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Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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DANS LA FLORE DES POISSONS …LE LOTUS

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 16-03-2010

Fleur première et qui éclot sur des eaux généralement stagnantes et troubles, avec une si sensuelles et souveraine perfection qu’on l’imagine aisément comme la toute première apparition de la vie sur l’immensité neutre des eaux primordiales. Ainsi apparaît-elle dans l’iconographie égyptienne, la toute première, après quoi le démiurge et le soleil jaillissent de son cœur ouvert. La fleur de lotus est donc avant toute chose le sexe, la vulve archétypale, gage de la perpétuation des naissances et des renaissances. De la Méditerranée à l’Inde et la Chine, son importance symbolique, aux manifestations si variées, vient, au profane comme au sacré, de cette image fondamentale. « Le lotus bleu, » qui était considéré comme le plus sacré au pays des Pharaons, « offrait une senteur de vie divine : sur les parois des hypogées thébains, on verra l’assemblée familiale des vivants et des morts respirer gravement la fleur violacée, en un geste où se mêlent la délectation et la magie de la renaissance ».  

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La littérature galante chinoise qui allie le goût de la métaphore à un profond réalisme, emploie le mot « lotus » pour désigner expressément la vulve, et le titre le plus flatteur que l’on puisse donner à une courtisane est celui de Lotus d’Or. Cependant, les spiritualités indiennes ou bouddhiques interpréteront dans un sens moral la couleur immaculée du lotus, s’ouvrant intact au-dessus de la souillure du monde.

Tcheou Touen-yi dans une connotation qui semble bisexuelle, et donc totalisante, reprend la notion de pureté, y ajoute celles de sobriété et de rectitude, et en fait l’emblème du sage. Plus généralement, l’idée de pureté étant constante, on y ajoute : la fermeté pour la rigidité de sa tige, la prospérité pour la luxuriance de la plante, la postérité nombreuse pour l’abondance des graines, l’harmonie conjugale puisque deux fleurs poussent sur la même tige, le temps passé, présent et futur puisqu’on rencontre simultanément les trois états de la plante : bouton, fleur épanouie et graines.

Les grands livres de l’Inde font du lotus, issu de l’obscurité et qui s’épanouit en pleine lumière, le symbole de l’épanouissement spirituel. Les eaux étant l’image de l’indistinction primordiale, le lotus figure la manifestation qui en émane, qui éclot à sa surface, comme l’œuf du monde. Le bouton fermé est d’ailleurs l’équivalent de cet œuf, dont la rupture correspond à l’ouverture de la fleur : c’est la réalisation des possibilités contenues dans le germe initial, celle des possibilités de l’être, car le cœur est aussi un lotus clos.  

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C’est encore car le lotus traditionnel a huit pétales comme l’espace a huit directions, le symbole de l’harmonie cosmique. On l’utilise en ce sens dans le tracé de nombreux mandala et tantra. L’iconographie hindoue représente Vishnu dormant à la surface de l’océan causal. Du nombril de Vishnu émerge un lotus dont la corolle épanouie contient Brahma, principe de la tendance expansive. Il faut ajouter que le bouton de lotus, comme origine de la manifestation, est aussi un symbole égyptien. L’iconographie de l’Inde distingue le lotus rose, ou Padma, celui que nous venons d’envisager, emblème solaire et symbole aussi de la prospérité, du lotus bleu, ou Utpala, emblème lunaire.

Du point de vue bouddhique, le lotus est la nature du Bouddha, non affectée par l’environnement boueux du samsâra. Le joyau dans le lotus, c’est l’univers réceptacle du dharma, c’est l’illusion formelle, ou la Mâya, d’où émerge le nirvâna. D’autre part, le Bouddha au centre du lotus à huit pétales s’établit au moyeu de la roue à huit rayons dont le padma est l’équivalent. Le centre du Lotus est, en d’autres circonstances, occupé par le mont Meru, axe du monde. Dans le mythe vishnouïste, c’est la tige du lotus lui-même qui s’identifie à cet axe, lequel étant, comme l’on sait, le phallus et renforce l’hypothèse d’un symbolisme bisexuel, ou sexuellement totalisant. Dans le symbolisme tantrique, les sept centres subtils de l’être que traverse l’axe vertébral, sont figurés comme des lotus à 4, 6, 10, 12, 16, 20 et 1 000 pétales. Le lotus aux mille pétales signifie la totalité de la révélation.

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Dans une interprétation plus banalisante, la littérature japonaise fait souvent de cette fleur, si pure au milieu des eaux sales, une image de la moralité, qui peut demeurer pure et intacte au milieu de la société et de ses vilenies, sans qu’il soit besoin pour elle de retraite en un lieu désert.

Il semblerait enfin que le lotus ait eu, en Extrême-Orient, une signification alchimique. En effet plusieurs organisations chinoises ont pris le lotus blanc pour emblème, ainsi qu’une communauté amidiste fondée au IVe siècle au mont Lou et une importante société secrète taoïstes, à laquelle le symbolisme bouddhique peut servir de couverture, mais qui pourrait aussi se référer au symbolisme de l’alchimie interne, car la fleur d’or est blanche.

lotus-blancEn botanique, le lotus dont le nom dérive du grec « lotos » et par le latin « lotus », est un nom vernaculaire ambigu qui désigne en français diverses plantes, arbres, arbustes ou herbes, terrestres ou aquatiques, qui portaient déjà ce nom dans l’Antiquité. Le lotus conserve des feuilles propres grâce à l’effet lotus : les gouttes d’eau glissent le long des feuilles sans s’étaler grâce à des micro-aspérités. Parmi toutes ces plantes, celle qui correspond au lotus du langage courant est le lotus sacré ou nélombo, une herbacée aquatique de la famille des Nélumbonacées. 

Comment ne pas évoquer aussi le Lotus bleu, ou Les Aventures de Tintin, reporter en Extrême-Orient, cinquième album de bande dessinée des aventures de Tintin, prépublié entre 1934 et 1935. Mais la version couleur actuelle est parue en 1946. 

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Sous nos climats, le lotus s’est fait nénuphar. Selon la légende, son nom lui fut donné par une nymphe qu’un amour passionné pour Hercule conduisit au tombeau. Le héros qui l’avait si cruellement repoussée voulut éterniser sa mémoire et la changea en nymphea ou nénuphar.

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Dans la glyptique maya, le nénuphar est un symbole d’abondance et de fertilité, lié à la terre et à l’eau, à la végétation et au monde souterrain. Il est souvent le glyphe symbolique du Jaguar et du Crocodile monstrueux portant la terre sur son dos. Il est donc l’expression des puissantes et obscures forces chthoniennes.

Même fonction symbolique chez les Dogons du Mali : le nénuphar est le lait des femmes. Il est en rapport avec le thorax et les seins. On donne à manger des feuilles de nénuphar aux femmes allaitant, de même qu’aux femelles du bétail ayant mis bas. Le bélier mythique qui a fécondé le soleil descend sur la terre par l’arc-en-ciel et plonge dans une mare couverte de nénuphars, en criant « la terre m’appartient ».

Nénuphar vient de l’égyptien « nanoufar » qui veut dire « les belles » ; dans l’Egypte ancienne on donnait ce nom aux nymphéas, considérés comme les plus belles des fleurs. « Un grand lotus sorti des eaux primordiales » est le berceau du soleil au premier matin. Ouvrant leur corolle à l’aube et la refermant le soir, les nymphéas, pour les Egyptiens, « concrétisaient la naissance du monde à partir de l’humide ».

claude-monet-les-nympheasEt puis, le grand peintre des Nymphéas n’est-il pas Claude Monet. Le plaisir d’une promenade dans les jardins de Giverny vous permettra de découvrir les motifs qui ont inspiré le maître des lieux. Car Monet, reclus chez lui, puise son inspiration dans son jardin. En 1893, il avait fait l’acquisition d’un terrain situé au fond du Clos Normand, de l’autre côté de la voie de chemin de fer. Il détourne le petit bras de l’Epte, le Ru. L’étang ainsi créé deviendra le « jardin d’eau », aujourd’hui présent sur les cimaises des plus grands musées du monde.

« J’ai mis du temps à comprendre mes nymphéas » se souvient Monet… « Je les cultivais sans songer à les peindre… Un paysage ne vous imprègne pas en un jour… Et puis, tout d’un coup, j’ai eu la révélation des fééries de mon étang. J’ai pris ma palette. Depuis ce temps, je n’ai guère eu d’autre modèle ».

N’est-on pas dans l’univers aquatique, reposant, spirituel et inspiré des Poissons ?

jardins-claude-monet-giverny2                                                             Le jardin d’eau de Monet à Giverny (27) 

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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DANS LE BESTIAIRE DES POISSONS… LE CYGNE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 12-03-2010

De la Grèce ancienne à la Sibérie, en passant par l’Asie Mineure, aussi bien que par les peuples slaves et germaniques, un vaste ensemble de mythes, de traditions et de poèmes célèbre le cygne, oiseau immaculé, dont la blancheur, la puissance et la grâce font une vivante épiphanie de la lumière. 

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Il y a toutefois deux blancheurs, deux lumières : celle du jour, solaire et mâle ; celle de la nuit, lunaire et femelle. Selon que le cygne incarne l’une ou l’autre, son symbole s’infléchit dans un sens différent. S’il ne se clive pas et s’il veut assumer la synthèse des deux, comme c’est parfois le cas, il devient androgynal et de plus chargé de mystère sacré. Enfin, de même qu’il y a un soleil et un cheval noirs, il existe un cygne noir, non pas désacralisé, mais chargé d’un symbolisme occulte et inversé.

Il existe un conte bouriate qui évoque un chasseur qui surprit un jour trois splendides femmes se baignant dans un lac solitaire. Elles n’étaient autres que des cygnes qui s’étaient dépouillés de leur manteau de plumes pour entrer dans l’eau. L’homme vola l’un de ces costumes et le cacha, ce qui fit qu’après leur bain, deux seulement des femmes-cygnes purent reprendre possession de leurs ailes et s’envoler. Le chasseur prit la troisième pour épouse. Elle lui donna onze fils et six filles, puis repris son costume et s’envola après lui avoir tenu ce discours : « Vous êtes des êtres terrestres et vous resterez sur la terre, mais moi, je ne suis pas d’ici, je viens du ciel et je dois y retourner. Chaque année, au printemps, lorsque vous nous verrez passer, volant vers le Nord, et chaque automne, quand nous redescendrons vers le Sud, vous célèbrerez notre passage par des cérémonies spéciales ».

Un conte analogue se retrouve chez la plupart des peuples altaïques, avec des variantes, où l’oie sauvage se substitue souvent au cygne. Dans tous ces récits, l’oiseau de lumière, à la beauté éblouissante et immaculée, est la vierge céleste, qui sera fécondée par l’eau ou la terre, le lac ou le chasseur, pour donner naissance au genre humain. Cette lumière céleste cesse d’être masculine et fécondatrice pour devenir féminine et fécondée. On rejoint par ces mythes la représentation égyptienne de la hiérogamie Terre-Ciel : Nout, déesse du Ciel, est fécondée par Geb, dieu de la Terre. Il s’agit alors en ce cas de la lumière lunaire, laiteuse et douce, d’une vierge mythique. Cette acceptation du symbole du cygne semble avoir prédominé chez tous les peuples slaves, ainsi que chez les Scandinaves, les Iraniens et les Turcs d’Asie Mineure. L’image, ou pour mieux dire la croyance, est parfois poussée jusqu’à ses plus extrêmes conséquences. Ainsi, dans le bassin du Iénisséi, on crut longtemps que « le cygne avait des règles comme la femme ». Mais le cygne, au hasard des peuples, a de nombreux avatars : outre l’oie sauvage, déjà mentionnée, mais également la mouette chez les Tchouktches, et la colombe et le pigeon en Russie. 

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Le cygne incarne le plus souvent la lumière mâle, solaire et fécondatrice. En Sibérie même, cette croyance, bien qu’elle ne soit pas généralisée, a laissé quelques traces. Ainsi, toujours chez les Bouriates, les femmes font une révérence et adressent une prière au premier cygne qu’elles aperçoivent au printemps. Mais c’est dans la lumière pure de la Grèce que la beauté du cygne mâle, inséparable compagnon d’Apollon, a été le plus clairement célébrée ; dans les mythes, cet oiseau ouranien est également le lien qui fait correspondre, par ses migrations saisonnières, les peuples méditerranéens et les mystérieux Hyperboréens. On sait qu’Apollon, dieu de la musique, de la poésie et de la divination, est né à Délos, un jour sept. Des cygnes sacrés firent, ce jour-là, sept fois le tour de l’île, puis Zeus remit à la jeune divinité, en même temps que sa lyre, un char attelé de ces blancs oiseaux. Ceux-ci l’emmenèrent « d’abord dans leur pays, sur les bords de l’océan, au-delà de la patrie des vents du Nord, chez les Hyperboréens qui vivent sous un ciel toujours pur ». Dans son ouvrage sur les mystères d’Eleusis, Victor Magnien suggère que le cygne « symbolise la force du poète et de la poésie ». Le cygne sera l’emblème du poète inspiré, du pontife sacré, du druide habillé de blanc, du barde nordique…  

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VERONESE – Zeus changé en cygne pour approcher Léda

Le mythe de Léda semble, à première vue, reprendre la même interprétation, mâle et diurne, du symbole du cygne. A l’examiner de plus près on remarque, cependant, que si Zeus se change en cygne pour approcher Léda, reine de Sparte, c’est, nous précise le mythe grec, après que celle-ci « s’est métamorphosée en oie pour lui échapper ». Or, nous avons vu que l’oie est un avatar du cygne dans son acceptation lunaire et femelle. Les amours de Zeus-Cygne et de Léda-Oie représentent donc la bipolarisation du symbole, ce qui conduit à penser que les Grecs, rapprochant volontairement ses deux acceptions diurne et nocturne, ont fait de cet oiseau un symbole hermaphrodite où Léda et son divin amant ne font qu’un. Par ailleurs, le cygne était l’oiseau dédié à Apollon.

Cette même idée sous-tend l’analyse que fait Gaston Bachelard d’une scène du second Faust. Dans les eaux fraîches, ces eaux voluptueuses dont Novalis dit qu’elles se montrent « avec une céleste toute-puissance comme l’élément de l’amour et de l’union » apparaissent les vierges au bain ; des cygnes les suivent, qui ne sont tout d’abord que « l’expression de la nudité permise » suggère toujours Bachelard.

Et puis il faut aussi citer « le cygne » de Goethe :

Comme fièrement et avec complaisance la tête et le bec se meuvent … 

Un d’entre eux, surtout, semble se rengorger avec audace,     

                                                                    Et fait voile rapidement à travers tous les autres ;

                                                                    Ses plumes se gonflent comme une vague sur la vague,       

                                                                    Il s’avance en ondulant vers l’asile sacré…

L’interprétation de cette tête et de ce bec, celle de ces plumes gonflées, celle enfin de l’asile sacré se passent de commentaire : voici le cygne mâle en face du cygne femelle, représenté par les jeunes filles ; et Bachelard de conclure : « l’image du cygne est hermaphrodite. Le cygne est féminin dans la contemplation des eaux lumineuses, il est masculin dans l’action. Pour l’inconscient, l’action est un acte. Pour l’inconscient, il n’y a qu’un acte… ». L’image du cygne, dès lors, se synthétise, pour Bachelard, comme celle du Désir, appelant à se confondre les deux polarités du monde manifestées par ses luminaires. Le chant du cygne peut donc s’interpréter comme les éloquents serments de l’amant… avant ce terme si fatal à l’exaltation qu’il est vraiment « une mort amoureuse. « Le cygne meurt en chantant et chante en mourant », il devient de fait le symbole du désir premier qui est le désir sexuel.

Poursuivant l’analyse du chant du cygne, il est troublant de retrouver, par le biais de la psychanalyste, la chaîne symbolique lumière-parole-semen, si présente dans la pensée cosmogonique des Dogons, G. Durand note : « Jung, rapprochant le radical «sven » du sanscrit « svan », qui signifie « bruire », va même jusqu’à conclure que le chant du cygne, oiseau solaire, n’est que la manifestation mythique de l’isomorphisme étymologique de la lumière et de la parole ». 

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On peut citer un exemple de l’inversion symbolique à laquelle se prête l’image du cygne noir. Dans le conte d’Andersen « Le camarade de voyage », qui puise aux sources du folklore scandinave, une vierge ensorcelée et sanguinaire apparaît sous la forme d’un cygne noir. Plongé par trois fois dans un bassin d’eau purifiante, ce cygne devient blanc, et la princesse, exorcisée, sourit enfin à son jeune époux.

En Extrême-Orient, le cygne est aussi symbole d’élégance, de noblesse et de courage. C’est pourquoi, selon Lie-tseu, les Mongols firent boire du sang de cygne à l’empereur Mou des Tcheou. Il est encore symbole de la musique et du chant, tandis que l’oie sauvage, dont on sait l’extrême méfiance, est un symbole de prudence, dont le Yi-king fait usage pour indiquer les étapes d’une progression circonspecte. Cette progression est susceptible, bien entendu, d’une interprétation spirituelle.

Ces différents animaux sont mal distingués par l’iconographie hindoue, dans laquelle le cygne de Brahma (hamsa), qui lui sert de monture, possède la morphologie de l’oie sauvage. Le hamsa, c’est l’oiseau aquatique. Monture de Brahma, c’est le symbole de l’élévation du monde informel vers le ciel de la connaissance.

Le symbolisme du cygne ouvre d’autres perspectives encore en ce qu’il pond ou qu’il couve l’œuf du monde. Telle est « l’oie du Nil » dans l’Egypte ancienne. Tel encore le « hamsa » couvant le « Brahmanda » sur les Eaux primordiales dans la tradition de l’Inde. Tel enfin l’œuf de Léda et de Zeus, dont sont issus les Dioscures, coiffés chacun d’une moitié de cet œuf dont ils figurent la différenciation. Il n’est pas inutile d’ajouter que, selon des croyances fort répandues encore à une époque récente, les enfants, nés de la terre et de l’eau, étaient apportés par des cygnes. De l’union de Zeus déguisé en cygne et de Léda serait née Hélène de Troie à la beauté aussi légendaire que celle du cygne.

Dans les textes celtiques, la plupart des êtres de l’Autre Monde qui, pur une raison ou pour une autre, pénètrent dans le monde terrestre, empruntent la forme du cygne et y voyagent le plus souvent par deux, reliés par une chaîne d’or ou d’argent. Dans bien des œuvres d’art celtiques, deux cygnes figurent chacun sur un côté de la barque solaire, qu’ils guident et accompagnent dans son voyage sur l’océan céleste. Venant du Nord ou y retournant, ils symbolisent les états supérieurs ou angéliques de l’être en cours de délivrance et retournant vers le Principe suprême. Sur le continent et même dans les îles, le cycle est souvent confondu avec la grue, d’une part, et l’oie, d’autre part ; ce qui explique l’interdit alimentaire dont cette dernière faisait l’objet, d’après César, chez les Bretons.

Le cygne fait également partie de la symbolique de l’alchimie. « Il a toujours été regardé, par les Alchimistes, comme un emblème du mercure. Il en a la couleur et la mobilité, ainsi que la volatilité proclamée par ses ailes. Il exprime un centre mystique et l’union des opposés (eau-feu), en quoi l’on retrouve sa valeur archétypale d’androgyne. Au monastère franciscain de Cimiez, la devise latine dégage l’ésotérisme de l’image « Divina sibi canit et orbi » : « Il chante divinement pour soi et pour le monde ». Ce sifflement est nommé le chant du cygne (le signe chantant), parce que le mercure, voué à la mort et à la décomposition, va transmettre son âme au corps interne issu du métal imparfait, inerte et dissous (Basile Valentin, « Les Douze Clefs de la Philosophie – Editions de Minuit).

Le Cygne Blanc, également appelé The Nordic Swan ou plus simplement The Swan, est un écolabel d’origine scandinave, dont voici le logo :

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Il est délivré pour une durée de trois ans et encourage une conception durable des produits. Ce programme environnemental a été créé en 1989 par la Norvège et la Suède. La Finlande a rejoint le dispositif en 1990, l’Islande en 1991 et le Danemark en avril 1997. Aujourd’hui, plus de 1 000 produits sont certifiés.

le-lac-des-cycles-ballet1Comment ne pas évoquer également Le Lac des Cygnes, le célèbre ballet de Tchaïkovski, malédiction vécue par Tchaïkovski lui-même. En effet, après l’échec d’un mariage de pure convenance, Tchaïkovski tente d’échapper à sa nature profonde et à son homosexualité dans une relation épistolaire idéalisée avec sa protectrice Nadedja von Meck. Cette relation, purement platonique, durera plus de quatorze ans. Nadedja von Meck ne se doute jamais de la vraie nature de Tchaïkovski mais elle lui écrit : « Piotr Illyich avez-vous aimé ? Il me semble que non. Vous aimez trop la musique pour aimer une femme ».

Effectivement, la partition du Lac des Cygnes est une composition révélatrice des aspirations et du tempérament d’un Tchaïkovski poursuivi par le sentiment d’une implacable fatalité : son homosexualité. Comme Siegfried, les amours féminines lui sont interdites. Le prince ne peut avoir de relation charnelle avec le cygne blanc, symbole de pureté. Ceci serait contraire aux lois humaines. La création du Lac des Cygnes et les représentations qui suivent sont une cruelle humiliation pour le compositeur qui la vit comme une nouvelle malédiction. Le ballet est retiré de l’affiche et tombe dans l’oubli. Un oubli qui durera dix-huit ans. Il faut attendre la reprise de la chorégraphie par Petipa, en 1890, pour redonner au Lac des Cygnes la place qui lui revient.  

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En 1984, Rudolf Noureev signe pour l’Opéra de Paris une version à résonance « freudienne », probablement la plus achevée du Lac des Cygnes. Noureev explique sa vision du ballet en ces termes : « Le Lac des Cygnes est pour moi une longue rêverie du Prince Siegfried… Celui-ci, nourri de lectures romantiques qui ont exalté son désir d’infini, refuse la réalité du pouvoir et du mariage que lui imposent son précepteur et sa mère… C’est lui qui, pour échapper au destin qu’on lui prépare, fait entrer dans sa vie la vision du lac, cet « ailleurs » auquel il aspire. Un amour idéalisé naît dans sa tête avec l’interdit qu’il représente. Le cygne blanc est la femme intouchable, le cygne noir en est le miroir inversé. Ainsi, quand le rêve s’évanouit, la raison du Prince ne saurait y survivre ». 

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C’est de là que naît une vision psychanalytique et introspective de l’œuvre tant dans le traitement du récit que dans le développement des personnages. L’œuvre gagne un surcroît de complexité dans un subtil jeu de miroirs identitaires.

Le Cygne est aussi le treizième mouvement du Carnaval des animaux de Camille Saint-Saëns. Cette pièce est un solo très poétique de violoncelle soutenu par le piano.

Le Cygne est également un poème de Baudelaire, publié dans la section « Tableaux parisiens » des Fleurs du Mal, et dédié à Victor Hugo (1857). C’est aussi le très beau poème de Sully Prud’homme qui s’intitule « le cygne ».

L’aspect culturel du cygne est très riche en Europe. Le conte le plus connu est certainement la fable du Vilain Petit Canard. Cette histoire est centrée sur un vilain canard qui est maltraité jusqu’à ce qu’il rencontre des cygnes. Ceux-ci l’accueillent et le canard se transforme en un magnifique cygne blanc. Les cygnes sont un symbole de l’amour  ou de la fidélité parce qu’ils entretiennent des relations monogames de longue durée, même si même chez eux ça ne dure pas toute la vie… De nombreuses autres œuvres mettent en scène des cygnes : Lohengrin ou Parsifal.

Pour en revenir à l’oiseau proprement dit, il existe plusieurs types de cygnes : tel le cygne chanteur, le cygne noir, le cygne siffleur, le cygne trompette et le cygne tuberculé. Tous ont le même régime de vie, sauf pour le cygne siffleur qui habite l’Arctique et ne souffre pas du froid grâce à son plumage très épais. Au plus fort de l’hiver, il migre vers la Californie et la Caroline du Nord.

Le cygne est le plus gros oiseau volant au monde. Il est facile à domestiquer et on le protège pour sa grande beauté. On peut le voir toute l’année sur les lacs et les cours d’eau. En période de gel, il se dirige vers un endroit où l’eau n’a pas gelé. Le cygne est végétarien et se nourrit de feuilles, de tubercules et de plantes aquatiques.  

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Au début du printemps, le cygne sauvage délimite son territoire. Il construit son nid dans un endroit entouré d’eau comme des barrages de castor ou tout autre objet flottant. Le couple s’emploie à la construction du nid et l’utilise d’une année sur l’autre. On dit que le couple cygne est fidèle toute la vie, rien n’est moins vrai, le mâle peut avoir jusqu’à quatre partenaires et même divorcer pour une autre dame cygne. Disons qu’il est en général uni au moins pour une saison.

La femelle pond un œuf tous les deux jours et cela jusqu’au nombre de six. Elle les couve pendant près de 30 jours. Le mâle, quant à lui, monte la garde. Les petits cygnes qu’on appelle « cygneaux » verront le jour entre le 15 juin et le début juillet. Ils vont à l’eau immédiatement après l’éclosion. Ils seront élevés par les deux parents. La femelle couve les cygneaux qui montent souvent sur le dos des adultes et le plus souvent sur la femelle. Les jeunes ont leur plumage complet à l’âge de 60 jours environ. Ils ne pourront voler qu’au bout de 4 ou 5 mois. Ils atteignent leur maturité sexuelle à l’âge de trois ans. Ils restent avec les parents jusqu’au printemps suivant, jusqu’à la période de reproduction. Les couples dont la nidification a échoué, abandonnent leur territoire et rejoignent des groupes pour muer. Enfin, certains comportements homosexuels et transsexuels ont été observés chez les cygnes tuberculés.

Le cygne mue en été et en peut voler pendant un bon mois. La femelle mue au moment où ses petits oisillons sont au nid. Le mâle mue lorsque la femelle recommence à voler. Il y a donc toujours quelqu’un pour défendre la couvée. Trois mois après leur naissance, les jeunes cygnes peuvent voler à leur tour.  

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Le cygne a deux occupations principales : se nourrir et se reposer. Il n’a pas de prédateur, sauf parfois un aigle, un hibou ou un coyote en capturera un, mais ce sera toujours un vieux cygne, ou un cygne malade, ou bien encore un très jeune.  Dans la nature, le cygne sauvage a une durée de vie  d’environ une vingtaine d’années, alors qu’en captivité, sa longévité est de 35 à 40 ans environ.

Et puis, il y a ce fameux « chant du cygne ». En fin de compte, le cygne drense, drensite, siffle ou trompette et cela n’a rien de vraiment harmonieux ; quant à son cri d’agressivité, il ressemble à un sifflement de serpent. Juste avant de mourir, le cygne chanterait davantage et avec plus de force. Cette caractéristique a donné l’expression qui remonte à l’Antiquité grecque, en référence au dernier discours de Socrate condamné à mort pour impiété.

Ce serait plutôt le son produit par les battements de ses ailes pendant le vol, souvent décrit comme un vrombissement ou un bourdonnement musical, qui est très audible. Il utilise des signes évidents pour communiquer avec ses postures. Durant la saison de nidification, le mâle se montre hautement territorial et agressif. Dès qu’un intrus s’approche de trop près du nid, animal ou humain, il adopte une attitude caractéristique, arrivant rapidement sur l’eau, cou et tête rejetés vers l’arrière comme un arc prêt à se détendre. Il forme aussi un arc avec les secondaires de ses ailes vers le dos. Il peut infliger un douloureux soufflet avec ses ailes, contrariant la rumeur populaire disant que les cygnes ne peuvent pas mordre. Il arrive même que les jeunes cygneaux soient parfois attaqués par leurs parents.

A l’état sauvage ou en semi-liberté, le cycle a besoin d’un territoire assez vaste, entre 1,5 et 4 hectares, qui peuvent inclure un petit lac ou un étang. En hiver, on le rencontre fréquemment sur les eaux maritimes. Il vit alors dans les baies abritées, les marais découverts, les lacs et les étangs, les cours d’eau des zones côtières. Il niche en Grande-Bretagne, au Nord et dans le Centre de l’Europe, au Centre et dans le Nord de l’Asie. En hiver, il gagne l’Afrique du Nord, le Proche-Orient et la Corée. Il a été introduit avec succès en Amérique du Nord où il est résident.

Le cygne est un oiseau très lourd qui peut peser jusqu’à 15 kg. De ce fait, son envol est laborieux et puissant. Agitant ses grandes ailes, il marche sur l’eau avant de s’élever majestueusement. Il vol avec le cou et tendus vers l’avant. Chaque battement d’ailes produit un bruissement ondulant et sonore lorsqu’il est en phase de vol, et ce son peut s’entendre à plusieurs dizaines de mètres. Il a une vitesse en vol de 85 à 88 km/heure.

Malheureusement, le cygne est menacé par la contamination due au plomb présent au fond des lacs et des étangs. Ses populations sont stables et il se reproduit très bien en captivité et en semi-captivité. Ces grands oiseaux aquatiques appartiennent à la famille des anatidés. 

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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UN MYTHE POISSONS : ŒDIPE OU LES PIEDS ENFLES

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 06-03-2010

Parmi les mythes liés au signe des Poissons, il en est un qui semble s’imposer et dont bien sûr une autre interprétation pourrait être proposée. Après Freud, cela semble bien présomptueux. Œdipe, en effet, semble toujours vivre sa vie à contretemps, prendre conscience de la réalité un instant trop tard, incapable de maîtriser un destin qui perpétuellement lui échappe. Le seul nom d’Œdipos nous met sur la voie. Œdipe aux pieds gonflés, celui dont, enfant on a transpercé les pieds en le livrant aux bêtes de la forêt, pour qu’il ne puisse plus marcher et se fasse ainsi plus rapidement dévorer. Aimables parents que ceux qui se débarrassent ainsi d’un enfant sous prétexte qu’un oracle a prédit le meurtre, par lui, de son père. Pas un instant nous n’entendons la mère élever la moindre protestation. Tiamat, la mère terrible des Mésopotamiens, est moins inflexible. A dire vrai, la fin tragique des parents d’Œdipe n’est-elle pas méritée ?

En astrologie, les pieds font partie de la zone du corps associée au signe des Poissons. Le pied est symboliquement lié à l’âme, au destin subi par cette âme ; il est, dans son mouvement, ambivalent, alternativement incrusté dans le sol ou séparé de lui, au cours de la marche. Il se pose et s’élève. Il permet de voir ce que les yeux ne perçoivent pas, en appréhendant le sol avec prudence. Certaines femmes Maya disent qu’avec des chaussures elles ne peuvent plus voir… L’empreinte du pied de Bouddha inscrit en quelque sorte dans le sol sa loi, sa sagesse.

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Rubens – Thémis plongeant Achille, son fils, dans les eaux du Styx

On pense aussi au talon d’Achille, ce point vulnérable d’un héros invincible. Pour le tremper dans l’eau qui devait le protéger de la mort, il fallait bien que sa mère le tienne, peut-être n’avait-il pas encore de cheveux… En le saisissant par un pied, par le talon, elle pouvait espérer le sauver de tous les périls. Et c’est au talon, bien sûr, qu’Achille sera blessé. Ne pas oublier non plus, une autre symbolique du pied, sexuelle celle-là. Quant à Œdipe, il est recueilli par des gens bienveillants qui le soignent et le sauvent, et qu’il prendra, bien sûr, pour ses véritables parents.

Lorsque dans l’Œdipe Roi de Sophocle, le roi Œdipe refuse de croire ce que lui dévoile le devin Tirésias, nous retrouvons l’homme terrifié par ce destin annoncé, cette malédiction écrasante… et nous percevons qu’il se défend de ce qu’il sait inconsciemment, de ce que lui-même a pressenti de ce destin. Il refuse la révélation et insiste en même temps pour savoir, au risque de tuer Jocaste qui a compris avant lui, la vérité dont sont chargés les propos de Tirésias.

oedipe-roi Achille et Tirésias

Sa mère n’a pas d’autres recours que de mourir, elle qui n’a pas su affronter cette terrible réalité, découvrir qu’elle est à la fois la mère d’Œdipe, sa femme et la génitrice de leurs enfants, et devoir regarder en face Œdipe qui désormais connaît son histoire, découvre que c’est elle, sa mère, qui a projeté de le faire mourir. S’il n’avait été recueilli par un berger alors qu’il n’était encore qu’un nouveau-né, tout cela à cause d’une autre prédiction susceptible de faire d’Œdipe le meurtrier de Laïos, son père et l’époux de sa royale mère, il aurait été dévoré par les bêtes sauvages.

On dit parfois que, pour empêcher le retour du mort, de son fantôme, on lui transperce les pieds. On ne peut se tromper sur les intentions meurtrières de Laïos et de Jocaste. Dans d’autres traditions, on coupe les morts en morceaux pour les empêcher de revenir hanter les vivants. Le « diasparagmos », le morcellement d’Osiris et plus tard de bien d’autres, d’Orphée, de Dionysos, serait lié à cette tradition, originaire, sans doute de l’Egypte soudanaise.

jocaste Jocaste

Peut-être aussi les découpe-t-on pour que le sang attire les bêtes et qu’ils soient dévorés plus vite. En ce qui concerne Jocaste, il n’est dit nulle part qu’elle confie l’enfant à un berger pour qu’il le sauve. Si la vision de ce bébé émeut de compassion cet homme simple qui le remettra à un couple stérile, c’est qu’Œdipe était condamné par les dieux à accomplir son destin, inscrit de toute éternité dans les tables célestes… L’ami du berger est un roi, Polybe, qui aimera Œdipe comme son fils. Mais, apprenant la prophétie selon laquelle il est condamné à tuer son père aimant et à partager la couche de sa mère, Œdipe s’éloignera, il tentera de fuir pour les préserver. La tragédie se noue sur un malentendu. Incertitudes, non-dits, mystères, secrets, nous sommes bien ici dans le registre des Poissons, pieds inclus…

Ne dit-on pas que la Maison XII du thème astral, en analogie avec le douzième signe, celui des Poissons, qu’elle est un lieu d’épreuves ? Certes elle est également un lieu de sacrifice et de rédemption. Mais nous retrouvons ici cette notion de « rites de passage », eux aussi toujours porteurs de sacrifices. Œdipe, plus qu’aucun autre héros grec, cumule sa part d’épreuves… Dans son histoire il y a le poids de la culpabilité mais encore celui de l’irresponsabilité ; l’aveuglement qui se traduira concrètement par la cécité. Et le sacrifice, terme essentiellement lié à la nature oblative des Poissons.

                                                                                                              oedipe-humoristique  Philippe Geluck – Le Chat

Œdipe n’est pas conscient des forces destructrices dont il est porteur. Son innocence ne saurait être contestée. S’il est violent parfois, comme la mer peut l’être, il n’est ni cruel ni méchant. Ses intentions ne sauraient apparaître comme mauvaises. C’est lui, dès l’origine, la victime. Œdipe est un homme de bonne volonté, qui s’éloigne de ses parents aimés pour ne pas leur nuire et sans doute lui en coûte-t-il…

Les Grecs invoquent volontiers le Fatum, le destin, les épreuves imposées par les dieux. Œdipe pourrait légitimement se dire qu’il n’y est pour rien, que tout cela ne le concerne pas. Ce serait la tentation de l’inconscience et de l’irresponsabilité. Mais, face au Fatum, à ce destin inscrit dans les dieux, il y a le sacrifice, ce sacrifice qui est fait pour « faire du sacré », remettre de l’ordre dans le monde, dans le jeu entre ciel et terre. Nous retrouvons ici des concepts neptuniens, Poissons…

L’histoire d’Œdipe met en scène une âme blessée, humaine, accablée par un destin d’une cruauté extrême menée jour après jour au sacrifice par ces dieux aux intentions indéchiffrables.

Dans l’Œdipe à Colone, Œdipe parvient là où il veut aller. Aidé par Thésée, il écartera ses filles Antigone et Ismène, pour aller mourir en un lieu mystérieux, où il disparaîtra, enfin pardonné par les dieux mais sans que le lecteur connaisse jamais exactement le secret de sa mort. La présence de Tirésias, dans cette aventure œdipienne, est constante, du début, à la naissance même d’Œdipe, jusqu’à sa mort. Comment les pouvoirs du devin seraient-ils absents d’un mythe Poissons ?

Le signe, en effet, est inséparable des oracles, de la voyance, du don de double vue, si fréquent en outre chez les aveugles dont Tirésias, et Œdipe, font partie…

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Bibliographie : Dieux et Héros du zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Editions Robert Laffont

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