DANS L’HERBIER DU TAUREAU … UNE FLEUR … LA PIVOINE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 25-04-2010

L’étymologie de pivoine est « péan » ou « paeon ». Péan était un des plus anciens dieux guérisseurs grecs puisqu’il est mentionné dans les tablettes de Knossos en Crête. La pivoine lui aurait été recommandée par Léto, la mère d’Apollon et d’Artémis, pour soigner et guérir Hadès/Pluton et Arès/Mars de leurs blessures de guerre. Les anciens Grecs dénommaient aussi leurs pivoines « paeonia ». 

pivoine

La pivoine herbacée était connue des Grecs depuis les temps les plus anciens comme une plante médicinale. Hippocrate (460-370 avant Jésus-Christ) la prescrivait dans nombre de maladies des femmes : « Remède qui attire les règles et qui les fixe. Ayez trois ou quatre graines de pivoine, noires ou rouges : pilez-les dans du vin et faites boire », ou bien « Prenez du peucedanum (peucedanum officinale), du panaces (echinophora tenuifolia), de la racine de pivoine et faites prendre dans le vie. Ceci expulse l’embryon mort et les secondines » (De la Nature des femmes t VII, trad. Littré). Le médecin grec du premier siècle, Dioscoride, distingue la pivoine mâle (paionia arren) de la pivoine femelle (paionia theleia).

La pivoine est aussi une plante magique dont la cueillette était entourée de pratiques rituelles déconcertantes pour l’homme d’aujourd’hui. Ainsi Théophraste nous dit : «  Cette plante que l’on appelle aussi « glukusidê » doit être arrachée la nuit ; si on l’arrache de jour et que l’on est vu par un pivert en train de cueillir le fruit, on risque de perdre les yeux, et si on coupe la racine, on risque la procidence de l’anus » (H.P. IX, 8, 6).

Cette prescription de « l’arracher la nuit parce que si le pivert s’en aperçoit, il attaque les yeux pour la défendre » comme le disait aussi Pline (H.N. livre XXV, 29), témoigne simplement de l’alliance entre deux êtres animés, la pivoine et le pivert.

bouvreuil-pivoineMais savez-vous qu’il existe un bouvreuil-pivoine ?

Les astrologues grecs affirmaient qu’il existait une parfaite unité du cosmos se traduisant par l’interdépendance des éléments qui le composent. Ils décrivaient ainsi des « chaînes » verticales reliant entre eux divinités, astres, pierres, animaux, plantes et parties du corps.

La plupart des textes astrologiques de l’Antiquité attribue la pivoine à la Lune. Pour eux, la pivoine croissait et diminuait selon les phases de la Lune. Elle avait la vertu de signer les fièvres cycliques, les éruptions cutanées et de hâter la cicatrisation des plaies. A noter que le Taureau est le lieu d’exaltation de la Lune, ce qui confirme l’appartenance de la pivoine à ce signe. C’est d’ailleurs lorsque le Soleil traverse le signe du Taureau que fleurissent ces merveilleuses fleurs au parfum si subtil.

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Quoi qu’il en soit, Hyppocrate, Galien, Théophraste, utilisaient la pivoine dans le cas d’affections nerveuses ayant leur siège dans l’utérus. Les successeurs de Gallien continuèrent à la prescrire dans les cas d’hystérie, d’épilepsie, de danse de Saint Guy, les convulsions, la toux nerveuse et la coqueluche. Elle était préconisée dans les cas d’hydropisie. C’est surtout la racine qui est utilisée mais on prépare un sirop calmant avec les fleurs. Les semences sont émétiques et purgatives. On en faisait des colliers, jadis on pensait ainsi prévenir les convulsions chez les enfants.

La médecine grecque était traversée par différents courants, certains cherchant des causes naturelles aux phénomènes tout en excluant toute intervention divine, d’autres au contraire soutenant qu’il existe des relations multiples entre les êtres et que les plantes sont des êtres animés doués d’une âme car elles sont étroitement soumises à l’action de divinités.

Au Moyen Age, on faisait mordre aux épileptiques dans des racines de pivoines au moment où ils sentaient venir la crise, s’ils pouvaient parvenir à la mâcher la crise s’estompait, disait-on… Seule la pivoine officinalis femelle est actuellement utilisée. La pivoine femelle est celle qui a des semences noirâtres alors que la pivoine mâle est celle qui a des semences rouges. Les semences sont complètement supprimées de la phytothérapie française.

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Pivoines dans un bouquet – La Souris Verte Fleuriste – Les Ulis (91) – Tél. 06.88.02.31.11

La pivoine est en Chine un symbole de richesse et d’honneur, en raison du port de la fleur et de sa couleur rouge. Son nom « meoutan » renferme le mot « tan » (cinabre), drogue d’immortalité qui la fait associer au phénix. La pivoine est d’ailleurs cultivée dans ce pays depuis plus de deux mille ans et fait l’objet d’un véritable culte.

Par suite d’une déformation facile, à partir du langage : « rougir comme une pivoine », on en a fait abusivement de cette fleur le symbole de la honte. On peut d’ailleurs dire que c’est un abus de langage, car les pivoines ne sont pas toujours rouges. En fait, la fleur est souvent associée à la confusion des sentiments.

moutan_01Centro botanico di Moutan à Vitorchiano – Lazio – Italia

Il existe en Italie, dans le Latium, au pied des Monti Cimini, sur le territoire de la commune de Vitorchiano, un merveilleux jardin de pivoines. C’est la collection d’un passionné. Collection éphémère puisqu’après le 15 mai, la floraison est terminée. Le Centre Botanique Moutan compte la plus complète collection de pivoines chinoises offrant au visiteur un spectacle unique et merveilleux pendant toute la période de floraison.

A l’origine le nom Moutan dérive du mot “Mou Dan” utilisé en Chine pour désigner la fleur de la pivoine arbustive, il a été choisi pour ce Centre né en 1993 et fruit d’une grande passion. L’idée de base fut de créer un jardin mono-thème autour d’une demeure privée, après de premières étonnantes floraisons, cette idée s’est bien vite transformée en un désir de connaître toutes les variétés et espèces de pivoines arbustives chinoises, d’en faire la recherche dans les régions les plus reculées de l’Asie, les importer en Europe pour les rassembler dans un seul et unique lieu, assurer leur maintien et soin, les étudier, promouvoir leur diffusion, la connaissance et la protection.

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La pivoine et ses myriades de corolles vaporeuses, cette fleur à la délicatesse toute asiatique, possède son temple européen. Chaque printemps y déroule, sur quinze hectares, un tapis floral enchanteur où se cachent des spécimens extrêmement rares. Les hybrides ‘Beauté jumelle’, ‘Trône de corail’, ‘Lotus blanc ou pourpre’ et encore le ‘Yao jaune’ offrent par exemple des échancrures de pétales et des teintes insolites. Elles sont aussi intimement liées à la culture et à l’histoire de la Chine où les botanistes du Moutan sont partis les dénicher. Là bas, ils ont aussi découvert les vertus et usages thérapeutiques des pivoines. Après avoir commandé des recherches sur ce thème à une université italienne, le Centre du Moutan a donc lancé une ligne cosmétique baptisée « pèonyspa ». Pour garder la beauté éternelle…

C’est un coin de Chine dans la campagne du Latium, au Nord de Rome : une collection unique au monde, constituée de plus de 150 000 plantes et 600 variétés qui appartiennent à toutes les espèces arbustives et aux hybrides naturels cultivés, exemplaires adultes de 40-50 ans et très rares de P. Rockji que l’on ne peut trouver qu’ici.                            

Centro Botanico Moutan
S.S. Ortana, 46 – Località Il Pallone – 01030 Vitorchiano – Viterbo – tel +39.0761.300492

Ouverture au Public

Mars : lundi au samedi : 9.30/13.00 – 14.30/17.30
Avril et Mai : lundi au vendredi : 9.30/13.00 – 14.30/18.00
Samedi, dimanche et jours fériés (25 Avril et 1er Mai) : 9.30/18.00

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Parmi les pivoines, les roses grimpantes, les vignes américaines, les buissons d’acanthe, les callas, les ellébores et d’autres essences aromatiques, le Centre Botanique Moutan offre la possibilité de prolonger la visite en faisant un arrêt au COLOUR CAFÉ, un « garden restaurant » à l’apparence champêtre, simple et soigné. Un espace relaxant entre les parfums et les couleurs de la nature, un havre de tranquillité où déguster les saveurs de la cuisine locale.

Le COLOUR CAFÉ est ouvert le week-end, d’avril et de mai. Pour plus d’informations et de détails sur les ouvertures et les réservations, téléphoner au numéro suivant : +39.0761.300490

Automne 2010 – Les Journées des Plantes du Domaine de Courson (91). Le Centre Botanique Moutan sera présent en tant qu’exposant aux Journées des Plantes de Courson : un considérable événement floral où une ample sélection des variétés de la collection et toutes les couleurs des pivoines seront présentées.

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins 

                                                                           pivoine-bouton

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LES RUMINATIONS DU TAUREAU

(5.2 -Ballade à travers les signes) par sylvietribut le 20-04-2010

            Son graphisme _

Le graphisme du Taureau représente l’œuf du monde : le contenant de tous les ferments de la vie à venir. Il représente aussi la coupe qui reçoit la vie de l’esprit créateur.  Ainsi le cercle du Taureau est formé du disque solaire : principe masculin, positif, actif. Il est surmonté de la coupe lunaire : principe féminin, force en puissance.

le-taureau-3 Le Taureau – Johfra Bosschart – Peintre Hollandais

           

          – Ses symboles

Animal prolifique, il évoque la puissance et la force contenue. La coupe supérieure symbolise l’extrême réceptivité du signe et le cercle, sa prodigieuse mémoire. Second signe du zodiaque, de l’année astrologique, le Taureau est le symbole de la force créatrice. Il évoque aussi bien la puissance que le mâle impétueux. Le symbolisme du Taureau est également lié à celui de l’orage, de la pluie et de la Lune. Le Taureau et la foudre ont été, de bonne heure (dès 2400 ans avant J. C.), les symboles conjugués des divinités atmosphériques, le beuglement du taureau étant assimilé, dans les cultures archaïques, à l’ouragan et au tonnerre. Le Taureau est aussi symbole d’une grande puissance de travail, de tous les instincts, et principalement celui de conservation, de sensualité et d’une propension exagérée pour les plaisirs. Ce signe est gouverné par Vénus et sa couleur est le vert pré. 

            Ses mythes

 

apis-bull-egyptEn Egypte, le taureau Apis était consacré à Osiris, le Soleil, mais portait entre ses cornes le croissant de la Lune. Isis, sa sœur et son épouse, était, elle, ornée des cornes de la vache supportant le disque solaire. Le Taureau symbolisait ainsi l’union d’Isis et d’Osiris : la synthèse des forces génératrices de la nature.

En Grèce, il est le terrible Minotaure, gardien du labyrinthe rejoignant la richesse incarnée par le Veau d’Or de la Bible. A eux deux, ils symbolisent la tentation, toujours renaissante, de diviniser les désirs matériels : appropriation des richesses, soif de pouvoir, empire des sens.

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C’est aussi l’épisode des vaches grasses et des vaches maigres évoquées également dans la Bible.

saint-luc-et-le-taureau-antrain C’est un taureau qui accompagne toujours Saint Luc l’Evangéliste.

Dans la tradition grecque, les taureaux indomptés symbolisaient le déchaînement sans frein de la violence. C’étaient des animaux consacrés à Poséidon/Neptune, dieu des océans et des tempêtes, à Dionysos, dieu de la virilité féconde.

C’est la forme d’un taureau, d’une blancheur éclatante, que prend Zeus/Jupiter pour séduire la belle Europe.

zeus-et-europe-palais-de-la-farnesina-a-rome                                   

                                      Zeus et Europe – Palais de la Farnesina à Rome

C’est en génisse que Zeus transforme Io pour la soustraire, en vain, à la vengeance de sa femme Hera.

Autre épisode de la mythologie, Héphaïstos avait forgé deux taureaux vigoureux et violents, aux sabots d’airain, soufflant le feu par les nasaux, apparemment indomptables. Jason devait sans aucune aide leur imposer le joug pour pouvoir conquérir la Toison d’Or ; cette condition signifiait que le héros devait avoir dompté la fougue de ses passions, avant de s’emparer de ce symbole de la perfection spirituelle, c’est-à-dire qu’il devait avoir sublimé ses désirs instinctifs.

Dans le temple de Salomon, douze taureaux portent la mer de bronze, destinée à contenir l’eau lustrale. 

            Sa psychologie

Dans la symbolique analytique de Jung, le sacrifice du Taureau représente le désir d’une vie de l’esprit qui permettrait à l’homme de triompher de ses passions animales primitives et qui, après une cérémonie d’initiation, lui donnerait la paix. Le Taureau est la force incontrôlée sur laquelle une personne évoluée tend à exercer sa maîtrise. L’engouement pour les corridas s’expliquerait peut-être, aux yeux de certains analystes, par ce désir secret et inavoué  de tuer la bête intérieure ; mais il se produirait comme une substitution et la bête sacrifiée à l’extérieur dispenserait du sacrifice intérieur ou donnerait l’illusion, par la médiation du toréador, d’une victoire personnelle.

Certains analystes ont vu aussi dans le Taureau l’image du père déchaîné, à  l’exemple d’Ouranos que son fils Chronos se détermina à châtrer. Autre forme du complexe d’Oedipe : tuer le Taureau, c’est supprimer le père.

Signe négatif, c’est un introverti. Signe Féminin parce que la Lune y est exaltée, rappelant sa double nature procréatrice et amoureuse. C’est d’ailleurs le croissant de lune qui forme les cornes du Taureau.

Au Taureau, il faut des plaisirs concrets. Le Taureau est le mal nommé du zodiaque car c’est une génisse porteuse dans ses flancs de toute la féminité du monde, règne de Vénus, planète et déesse de l’amour, à l’image des premières grandes déesses, mères et séductrices, telles Ishtar, Astarté, Aphrodite.

mithra-sacrifiant-le-taureauInséparable pourtant, dans sa dimension mythologique, le taureau sacrifié par Mithra dont le sang possède lui aussi un rôle fécondant. Par le sang, par le sperme, par la terre, par la graine et la semence, par l’ovule, il y a la vie. Nous sommes au cœur de la puissance d’Eros. Vache ou taureau, de toute façon, les mythes évoquent fécondité, animalité, puissance instinctive. 

Signe Fixe. C’est un ruminant psychique, il assimile lentement. Il remâche le passé et possède une grande mémoire. De nature paisible, il a un rythme physiologique lent. Attelé au travail, il avance régulièrement, utilisant sa puissance pour renverser les obstacles. Il peut assumer de lourdes responsabilités, mais il ne sait pas dételer et devient l’esclave de son travail.

Résolu, obstiné, patient, le Taureau est lent à s’engager mais ne revenant plus sur ses choix, il est fidèle en amitié et en amour.

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Signe de Terre. Cette terre du Taureau,  c’est la nature nourricière, fécondante et maternelle de la Lune.

 

 

Et si le Taureau était… 

Un animal… ce pourrait être un ours  WD002091 un crapaud crapaud-dans-lherbe et bien sûr boeuf-ugo un bœuf

Si c’était une plante, ce serait un chou chou-vert un rhododendron rhododendron

Une fleur… bouton-de-rose une rose ou pivoine-rose une pivoine

Un arbre fruitier… de préférence pommier-en-fleurs le pommier

Les couleurs du Taureau… rose-indien-et-vert-pre le rose indien ou le vert pré

Si le Taureau était un métal ce serait du cuivre pepite-de-cuivre

Et une pierre précieuse… coeur-demeraude l’émeraude

Si c’était un parfum, ce serait du musc musc-indien ou une tubéreuse tubereuses-blanches

Une saveur… elle serait grasse beurre ou sucrée barbe-a-papa

Si c’était un instrument de musique, ce serait cor-dharmonie1 le cor d’harmonie, basson le basson, ou le très populaire accordeon-diatonique-redon accordéon.

Enfin, si le Taureau était un objet de collection… ce serait objets-en-cuivre des cuivres… ou des masques la-bottega-delle-maschere-ezio-merlante comme sur l’aquarelle d’un peintre turinois Ezio Merlante… ou encore outils une collection d’outils

 

 

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DANS LA SYMBOLIQUE DU BELIER… UNE PLANTE… L’ORTIE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 19-04-2010

Pauvre ortie, elle ne mérite pas sa mauvaise réputation car, en la méprisant, on se prive de ses bienfaits sous prétexte que ses poils sécrètent un liquide contenant de l’acide formique qui irrite la peau quand on s’y frotte. Ces poils ont à leur extrémité une pointe de silice qui pénètre la peau des animaux qui s’en approchent trop. Les poils urticants de l’ortie sont aussi fragiles que du verre. Ils se brisent comme l’extrémité des ampoules de médicaments et injectent dans la peau l’histamine qui provoque des rougeurs. Mais renonce-t-on à déguster des oursins sous prétexte qu’ils sont recouverts de piquants ? 

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Ses feuilles hachées faisaient partie, avant l’apparition des farines industrielles, de la nourriture des volailles et des cochons. Ses graines, incorporées à la pâtée, poussaient les poules à pondre davantage. Ses tiges soumises au rouissage comme le chanvre, fournissaient un bon fil utilisé par les pêcheurs de différents pays, la Hollande et la Sibérie entre autres, pour la fabrication des cordages et des filets. Autrefois, les maquignons mêlaient l’ortie à l’avoine pour rendre leurs chevaux plus fringants et leur donner un poil brillant. L’ortie servait aussi au nettoyage des ustensiles de laiterie.

Dans certaines régions d’Allemagne, d’Italie et même de France, quand elle est fraîche, jeune et tendre, on l’a toujours consommée soit crue, mélangée à la salade ; soit cuite, préparée comme des épinards, ou d’abord bouillie puis hachée et additionnée à un potage auquel elle donne une saveur agréable. J’ai eu le plaisir de goûter un délicieux potage d’orties, en Italie, dans un restaurant charmant, juste en face d’un site époustouflant,  et d’un village perché, Cività di Bagnoregio dans la province de Viterbo, province au Nord de Rome, dans le Latium. Si vous passez par là, voici l’adresse : HOSTERIA DEL PONTE – Località Mercatello – BAGNOREGIO.

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Quant à l’ortie elle entrait encore dans la composition d’une boisson à la mode au milieu du XVIIIe siècle : « On est depuis quelque temps à Paris dans l’usage de prendre les feuilles d’ortie infusées dans l’eau bouillante à la manière du thé… ». Il n’est pas interdit d’essayer…

Enfin, cette plante facile à trouver a même joué un certain rôle dans les pratiques magiques. Par exemple, elle passait pour supprimer la peur si on la tenait avec des brins de millefeuille et pour permettre de prendre aisément des poissons à la main dans les rivières si l’on s’était préalablement enduit la peau de son suc associé au suc d’estragon. En Afrique noire, elle est toujours la plante fétiche d’une société secrète, laquelle l’utilise dans son épreuve d’initiation : on en frotte le corps du postulant et on l’envoie prendre un bain, ce qui est un supplice à la limite du tolérable.

Cependant, comme le soulignaient déjà ces deux vers traduisant les préceptes de l’Ecole de Salerne : « L’ortie, aux yeux du peuple herbe si méprisable, tient dans la médecine une place honorable ». De nos jours, l’homéopathie la prescrit (Urtica urens) dans l’urticaire avec des douleurs brûlantes et lorsque le prurit est intense ; la médecine de nos arrières grands-parents faisait également appel à elle dans des indications qui correspondent à celles qu’a maintenue la tradition populaire.

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Ainsi, l’ortie est considérée comme un fortifiant général, notamment en cas d’anémie, comme un dépuratif et régénérateur du sang contre les dartres et l’eczéma. C’est aussi un stimulant des fonctions digestives très efficace contre les lourdeurs et crampes d’estomac. C’est un appoint précieux dans le traitement du diabète et un élément non négligeable contre les rhumatismes, la sciatique et l’hydropisie car elle facilite la sécrétion urinaire. Elle est utilisée également avec succès dans la diarrhée, l’entérite et les hémorragies.

Enfin, on peut soulager les piqûres d’orties en y frottant du plantain. C’est une plante à feuilles rondes et aux nervures prononcées qui pousse généralement près des orties. Il existe également un moyen rapide et efficace pour soulager la sensation de brûlure : la salive. Pour de meilleurs résultats, la salive doit être appliquée le plus rapidement possible à l’endroit même des piqures. Le vinaigre est aussi une alternative efficace.

Et puis, sachez que l’ortie est classée parmi les plantes aphrodisiaques, notamment les graines de l’ortie. Plusieurs auteurs suivent Galien qui déclarait que « prises en breuvage en vin cuit, elles excitent au jeu de l’amour » et de ce fait, elles sont fortement conseillées contre l’impuissance. Voici la recette : une cuillerée à café de semences réduites en poudre mélangée à de la confiture ou du miel.

La tradition populaire lui a donné ses heures de gloire. Une pratique aujourd’hui disparue consistait à frotter les parties génitales pour produire un « coup de fouet » grâce à la vasodilatation que provoque l’urtication. Ces pratiques se retrouvaient en usage vétérinaire sur les chevaux et le bétail.

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L’ortie était aussi utilisée lors de flagellations que ce soit en Afrique noire pendant des rituels initiatiques ou encore au Pérou quand une femme était accusée d’adultère. En Europe, on saupoudrait des feuilles d’orties de sel fin avant de les récolter, puis on les glissait en douce sous les draps à l’insu du partenaire. Les feuilles lui provoquaient d’intenses émois.

Autrefois également, ces graines d’ortie étaient utilisées couramment à la campagne contre l’incontinence d’urine, ou énurésie ou tout simplement le « pipi au lit », sous deux formes : de petits gâteaux à base de ses graines et de farine de seigle, d’eau chaude et de miel, cuits au four et que l’on donnait tous les soirs aux enfants durant huit à vingt jours ; on pouvait également mélanger du beurre et de la poudre de semence d’ortie, de la poudre d’écorce de chêne et de la poudre de tormentille. On étalait ensuite cette préparation sur une tartine de pain, en y ajoutant du miel ou de la confiture et on la donnait le soir à l’enfant, comme pour les petits gâteaux.

Comme l’ortie est astringente, on l’utilisait en cas de règles trop abondantes. Elle agit également sur les troubles de la ménopause. Enfin, contre les angines, elle peut entrer dans la composition des gargarismes.

En usage externe, le suc de l’ortie fraîche (feuilles, jeunes tiges ou racine) introduit dans les narines sur un morceau de coton, arrête presque instantanément l’hémorragie nasale. De même pour tonifier le cuir chevelu, combattre la calvitie et faire disparaître les pellicules, on peut recourir aux lotions d’ortie quotidiennes. Un autre procédé visant au même but consiste à se peigner à rebours chaque matin en trempant le peigne dans du suc d’ortie.

Pour garder les mains blanches, il faut se les laver tous les soirs avec une décoction de 50 à 80 gr de racines d’ortie bouillies dix minutes dans un litre de vin blanc dans lequel on a ajouté un verre de vinaigre de vin.

Enfin, il existe un traitement que l’on peut qualifier d’héroïque qui était pratiqué du temps de Pétrone par les libertins épuisés qui réveillaient ainsi leurs appétits amoureux. Il était recommandé par l’abbé Kneipp, pour un tout autre dessein, bien entendu : « Si vous avez des rhumatismes rebelles à tout remède, disait-il, frappez ou frottez chaque jour, pendant quelques minutes, avec des orties fraîches les parties souffrantes. La peur, inspirée par cette verge inusitée, fera bientôt place à la joie de sentir votre état s’améliorer ». 

L’Ortie provient du latin « urtica » (urere) qui fut l’ancien nom de cette plante dans l’Antiquité. Par extension, cela a donné « urticaire », « urtican », « urtication » mots employés pour toutes espèces de démangeaisons similaires à celles provoquées par les piqures d’orties. En ancien français, flageller quelqu’un avec un rameau d’ortie, se disait « ortier ». Il existe d’ailleurs de nombreuses expressions imagées autour de l’ortie. Par exemple, « le jardin aux orties » désigne le cimetière. Ou encore, « le mal d’Ortie » qui parle d’une éruption d’urticaire. « Gracieux comme une poignée d’orties » désigne une personne très désagréable… « Etre sur des orties » signifie ne pas être vraiment à l’aise. Ou encore : « Sur quelle touffe d’ortie a-t-elle marché pour me traiter de la sorte ».

« Jeter son froc aux orties » : Renoncer à l’état monacal ou ecclésiastique. Dans sa chanson « Le Mécréant, Georges Brassens trouve une soutane dans les orties. Dans cette expression, « froc » est à prendre au sens ancien du terme qui apparaît vers 1160 pour désigner la partie de l’habit des moines qui recouvre la tête, les épaules et la poitrine. A partir du XVIIe siècle, le mot s’utilise pour nommer l’habit monacal dans son ensemble, mais ce n’est qu’au XXe siècle que l’argot récupère ce mot pour remplacer « pantalon ». Cette expression tend à tomber en désuétude compte tenu de la raréfaction des vocations religieuses en France.

« Il ne faut pas pousser grand-mère dans les orties » ou bien « il ne faut pas pousser mémé ou mémère dans les orties » signifie qu’il ne faut pas exagérer. Cette expression sert à avertir quelqu’un qu’il va dépasser les bornes ou faire une provocation de trop. Voilà qui cadre bien avec les manières Bélier.

Trois cent vingt noms populaires pour désigner ont été recensés à ce jour. Ces noms sont souvent proches du mot « ortie » ou de sa racine latine. D’autres font référence à ses piquants, d’autres encore précisent leur usage. De même de nombreux lieux sont nommés en fonction de l’abondance et de la présence de la plante.

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Dans le monde de la magie, on associe cette plante à Mars, planète qui gouverne le Bélier, et au Feu, l’élément qui correspond à Mars et au Bélier. Et pour se protéger d’un environnement énergétique malsain, on devait porter sur soi un sachet de tissu rouge, couleur du Bélier, rempli de poudre d’ortie.

Dans le langage des fleurs, l’ortie signifie « trahison ». Comme dans le mythe du Bélier, Jason trahira Médée. D’ailleurs sur le plan symbolique, l’ortie représente aussi la franchise, car contrairement à d’autres plantes, elle ne cherche pas à masquer derrière une apparence flatteuse ses défauts… En quelque sorte c’est bien là le comportement d’un Bélier-type.

jason-et-medee Jason et Médée

L’ortie est peut-être la plante qui fait le plus parler d’elle. Elle est présente un peu partout alors qu’elle est combattue depuis des lustres. Certains voient dans cette plante une ennemie à détruire, alors que d’autres la recherchent pour ses vertus. Il faut bien dire que son côté urticant nous la fait craindre. Mais à y regarder de plus près, on se rend compte qu’elle est bourrée de qualités importantes cette méchante plante.

Et puis souvenez-vous, il avait été fortement question il y a quelques temps, du purin d’ortie. C’est en effet un engrais puissant, riche en azote mais pauvre en potasse qu’on obtient en faisant macérer un kilo d’orties dans 10 litres d’eau qu’on laisse en plein soleil pendant 15 jours. Ce liquide obtenu doit être utilisé à 10 %. Mais attention, l’odeur de ce purin peut vite devenir épouvantable, pour vous, mais penser aussi à vos voisins… En pulvérisation, ce purin dilué est un excellent fongicide et insecticide naturel.

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Bibliographie 

Nos grand-mères savaient – La Vérité sur les Plantes et la vie naturelle – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont

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POUR LE BELIER C’EST PEUT-ETRE SANS TAMBOUR MAIS AVEC TROMPETTE

(12 - ASTROLOGIE ET MUSIQUE) par sylvietribut le 19-04-2010

Les premières trompettes ont été inventées dans l’Antiquité. Elles apparurent en Egypte, il y a plus de trois mille ans. Deux trompettes ont d’ailleurs été retrouvées dans le tombeau de Toutânkhamon. En Grèce, la trompette était appelée salpinx et était considérée comme une discipline olympique. On y trouvait trois épreuves : le son le plus fort, avec le plus de décibels, le son portant de loin et le son le plus aigu. A Rome, on utilisait le cormu ou buccina et le lituus ; les Celtes utilisaient le carnyx.

La trompette, instrument de musique, était utilisée pour régler les principaux moments du jour ou bien annoncer les grands événements historiques et cosmiques : le Jugement dernier, l’assaut, une cérémonie solennelle. Une circumambulation silencieuse alternant avec les sons de trompe fit s’effondrer les murs de Jéricho.

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Les armées romaines connaissaient et pratiquaient cette alternance terrifiante du silence profond et du concert aigu des trompettes.

Souvent les anges sont représentés sonnant de la trompette. L’Athéna salpinx (joueuse de trompette) d’Argos est évidemment dotée d’une trompette. Cet instrument associe le ciel et la terre dans une célébration commune. Et le début d’une bataille revêt toujours un caractère sacré : d’où l’usage à la fois religieux et militaire de cet instrument métallique.

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Chez les Grecs, la trompette sert à rythmer la marche dans les grandes processions… Elle a un pouvoir d’évocation : à Lerne, dans les fêtes de Dionysos, on pense faire sortir le dieu des marais en soufflant dans des trompettes cachées par les Thyrses ; Plutarque compare ce rite à la fête juive des Tabernacles où l’on place également les trompettes sacrées entre les rameaux.

A Rome aussi la trompette est un instrument essentiel dans les cérémonies religieuses : deux fois par an, on procède à la lustration des trompettes sacrées. Aux sacrifices, aux jeux publics, aux funérailles, ainsi que dans les défilés triomphants, on sonne de la trompette.

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La trompette symbolise une conjonction importante d’éléments et d’événements, marquée par une manifestation céleste : air, souffle, son…

Pourquoi apparenter la trompette au Bélier ? Parce que comme lui l’instrument fait du bruit, ne passe pas inaperçu… Comme le sport, que le Bélier affectionne particulièrement, la trompette était une discipline olympique, elle rythmait aussi les marches. Elle appartient aux festivités militaires et a pour fonction d’initier, de commencer un événement, une bataille… Tout comme le Bélier est initiateur d’abord du printemps, mais aussi de toute chose. Par définition, le Bélier commence, initie, ouvre des portes, livre des batailles… Et puis, le matériau de prédilection du Bélier c’est le métal,  qui appartient au monde de Mars, le Maître incontesté du Bélier.

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Bibliographie :

Dictionnaire des symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Editions Robert Laffont/Jupiter. 

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UN MYTHE BELIER : JASON OU L’ESPRIT DE CONQUETE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 17-04-2010

Ce le mythe raconte l’histoire de Jason partant à la conquête de la Toison d’or. Dans les tribulations de Jason on perçoit les caractéristiques les plus représentatives du Bélier. Imaginez ce héros qui embarque sur l’Argo, superbe navire brillant comme le soleil, avec une cinquantaine de valeureux compagnons dont il prend la tête et qu’on appellera les Argonautes.                                                                   

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Arrivée de Jason et des Argonautes sur les côtes de Colchide – Lorenzo Costa

L’histoire des Argonautes se déroule sur plusieurs épisodes, comme une bande dessinée racontant ce long voyage plein de bruit et de fureur, de morts, de passions et de larmes, aboutissant à la fois au succès de l’entreprise, la conquête de la Toison d’Or, et au drame personnel de Jason, pour crime de légèreté face à Médée, la redoutable. Mais ne se conduit-il pas comme un Bélier impulsif, ne maîtrisant pas ses emballements passagers ? Ne prend-il pas un risque extrême en abandonnant sans autre forme de procès la femme qu’il a séduite et épousée : Médée, entière, possessive, ayant tout perdu, ayant trahi les siens, contribué par amour au sacrifice de son frère, n’a plus qu’un recours : la mort ou la vengeance.

Pour les Grecs, le Soleil était représenté par un bélier et c’est aussi le soleil que désigne l’étincelant vaisseau. Mais pour l’astrologue, le Bélier n’est-il pas le lieu d’exaltation du Soleil ?

Les héros du Bélier, sous le commandement de Jason, se trouvent embarqués, pour un temps fort long, très certainement exaltés par l’idée des périls qui les attendent.

De ce récit, il existe plusieurs versions, comme toujours avec les mythes.

L’histoire se passe avant la guerre de Troie et précède le voyage d’Ulysse. L’architecte qui dessina la nef, Argos, donna son nom au bateau. Mais, pour le faire avancer, il faut cinquante-quatre rameurs, robustes et courageux. Jason, chef de l’expédition, saura convaincre les plus valeureux de son temps de le rejoindre. Tous ne sont pas passés à la postérité, mais tous étaient bien nés. Cette jolie brochette d’hommes dont Jason, peut-être, espérait qu’ils seraient protégés par leurs divins pères, bien que ce fût Athéna qui les sauva de plus d’un péril…

Certains prétendent que Jason avait Ulysse pour cousin. Assurément, c’était un prince grec, fils d’Aeson, le petit fils d’Eole, roi d’Iolcos en Thessalie, détrôné par Pélias son demi-frère. En bon Bélier, Jason a le sens de la justice et décide de rendre son trône à son père. Il a lui-même été éduqué par Chiron, le grand Centaure pédagogue et savant, instructeur de bien des héros.

Pélias avait appris par un oracle qu’il serait menacé par un homme n’ayant qu’une sandale au pied ; or Jason, en aidant Héra déguisée en vieille femme à traverser une rivière, aurait perdu une chaussure à l’eau. Mais on dit aussi que les Eoliens combattaient toujours avec une seule sandale au pied, signalant ainsi leur nature de guerrier. Averti du danger, Pélias prit peur et promit de restituer le trône… mais à une condition : Jason devrait lui rapporter la Toison d’or cachée en Colchide et gardée par un serpent toujours éveillé. La plupart des rois hypocrites agissent ainsi, promettant monts et merveilles mais bien déterminés à faire courir des risques mortels à leurs ennemis. Le destin du héros, précisément, consiste à franchir l’infranchissable, à défier le destin, à surmonter l’insurmontable. Ce fut aussi le destin d’Hercule, autre personnage Bélier. 

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On situe la Colchide près des monts du Caucase, du côté de la Géorgie d’aujourd’hui… bien loin de la Thessalie natale de Jason. Il convenait donc de préparer avec soin l’expédition et la présence de tous ces princes, représentants des villes grecques les plus diverses ou fils de divinités remarquables s’avérait indispensable.

Avant de partir à la conquête de la Toison d’Or, Jason cherche à obtenir la protection d’Héra, d’autant qu’elle a elle-même quelques griefs contre Pélias… Elle l’a d’ailleurs mis à l’épreuve. Ainsi Jason a le mérite d’avoir aider Héra déguisée en vieille femme, bien qu’il fût pressé, comme tous les Béliers, d’arriver chez Pélias. Et c’est ainsi qu’il va perdre sa sandale, comme on vient de le voir. Jason agit là comme le Bélier qu’il est, avec désintéressement puisqu’il ignore l’identité de la déesse. Mais en manifestant une spontanéité généreuse, il met à jamais Héra dans son camp.

Naïf, franc, direct, Jason va donc trouver Pélias. Celui-ci fait semblant d’être conciliant et de bonne volonté. Il promet le trône, mais avec une exorbitante condition. Si valeureux qu’il soit, l’homme chargé de cette mission a toutes les chances de mourir cent fois avant de toucher le but. Avant de surmonter les obstacles innombrables semés sur sa route, Jason risque en effet mille fois la mort pour lui et ses compagnons, tous d’ailleurs ne reviendront pas.

Pourquoi la Toison d’Or ? C’est la peau et les poils en or d’un bélier magnifique qui a sauvé la vie de Phrixos et de Hellé sa sœur. L’aventure de ces deux jumeaux va conduire cette toison d’or en Colchide où elle sera précieusement gardée, comme un trésor que personne n’aura le droit de voir ni de dérober, sauf par un être intrépide, comme le sera Jason.

Avant de partir Jason est allé interroger la Pythie sur l’issue de son voyage. Il reçoit une réponse favorable et l’assurance qu’Héra l’aidera tout au long de son périple, relayée parfois par Athéna qui veillera notamment sur le navire. La grande aventure peut commencer.

Parmi les dons accordés à Jason, il faut en mentionner un, à double tranchant peut-être, mais un fait est là, Jason plaît aux femmes. Et cela va rendre service à l’aventurier qui aura souvent besoin du secours d’une femme amoureuse, prête à tout pour aider son héros. Et c’est ainsi que Jason va séduire Médée, usant pour justifier son abandon, du médiocre prétexte selon lequel, si Médée s’éprend de lui, c’est parce que Aphrodite en a décidé ainsi, qu’elle seule est responsable et que lui, bien sûr, n’a cédé aux avances de Médée que dans le seul but de lui être agréable ou d’obéir aux ordres de la déesse.  

Mais auparavant, au début de l’expédition, Jason commença par séduire Hypsipyle, reine de Lemnos, à laquelle il donna deux fils, Eunéos et Thoas. Cette première escale est pourtant périlleuse car l’île était alors affectée d’une terrible calamité. Les femmes de Lemnos, ayant négligé leurs devoirs envers Aphrodite/Vénus et cessé d’entretenir le culte qui lui était dû, avaient été châtiées d’une cruelle façon : l’ombrageuse déesse de l’amour les affligea toutes d’une odeur pestilentielle, si abominable que pas un seul de leurs époux ne s’approcha plus d’elles, prenant même la fuite. Cette odeur repoussante atterre les femmes de l’île mais elles en pardonneront pas à leurs maris d’avoir déserté et elles les massacreront tous dès qu’ils tenteront de débarquer à nouveau et c’est ainsi que pas un n’en réchappa. C’est donc avec enthousiasme que leur reine Hypsipyle accueillera Jason et ses marins. Comme la période d’abstinence avait été longue tant pour les femmes que pour les navigateurs, le problème de l’odeur passa en second plan. On dit même qu’à la demande d’Héphaïstos, époux mal aimé d’Aphrodite, celle-ci accepta de lever la malédiction. Ainsi les femmes de Lemnos en seront d’autant plus reconnaissantes aux Argonautes que, grâce à eux, elles redeviennent des femmes désirables et aptes à repeupler leur île que la disparition des hommes avait mise en danger. On raconte même que Jason et ses Argonautes séjournèrent un an sur l’île.                                                                                                          

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Jason dans une fresque romaine – Musée du Louvre

Après cet épisode, ils repartent pour une brève halte dans la fameuse île de Samothrace. Mais là, il ne se passe pas grand-chose. En route vers la mer Noire, ils passent par l’Hellespont, avec une pensée émue pour Hellé. Puis ils s’arrêtent dans une autre île habitée par des êtres d’une force inouïe mais dont Héraklès ne fera qu’une bouchée, empilant ses victimes sur la plage en un tas impressionnant. Et ils reprennent la mer après avoir fait provisions d’eau et de vivres. Malheureusement, cette fois les vents leur sont contraires et les rejettent en arrière. Et là, pris pour des pirates, ils sont combattus. Ayant à nouveau repris la mer, ils subissent une tempête. Doxios, le devin, les avertit que Cybèle doit être apaisée. Voici les navigateurs contraints de se rendre au sanctuaire de la déesse.

Les Argonautes mettent le cap sur Thrace, patrie d’Orphée et feront escale à Slamydessos, où ils devront affronter les Harpies, terrifiantes créatures mi-femmes, mi-oiseaux, avec des visages de jeunes filles, des seins et des serres aiguisées. Les Argonautes font ensuite voile vers le Bosphore, mais Phinée le roi aveugle de Thrace, les avertit des dangers qui les y attendent, leur expliquant comment éviter les très dangereux écueils flottants. Malheureusement, des blocs de pierre se referment sur l’Argo, mais Athéna veille sur le navire et le pousse avec force de telle sorte que les rochers n’atteindront que la poupe et après quelques réparations, ils peuvent repartir.

Doit-on voir dans toutes ces épreuves rencontrées, la nature pionnière du Bélier qui défriche pour ceux qui suivront ?

Mais les voici enfin en Colchide, but de leur long voyage. Sur île dédiée, comme par hasard à Arès/Mars, le gouverneur astrologique du Bélier, ils subiront l’attaque des oiseaux aux plumes d’acier, autre symbole martien et Bélier. Celles-ci sont acérées comme des flèches et les Argonautes devront se protéger avec leurs boucliers, crier, faire beaucoup de bruit pour les éloigner. Là encore on retrouve bien le comportement bruyant du Bélier… Et puis pour le Bélier il vaut mieux terrifier l’adversaire plutôt que le surprendre. Sans doute y a-t-il plus de gloire et de mérite à affronter le danger que de recourir à la ruse. Du moins le héros Bélier pense-t-il ainsi. Après l’attaque des oiseaux d’acier, les Argonautes parviennent enfin chez Phrixos.                                                                                                                         

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Médée la Magicienne

C’est là qu’Héra répandra sur Jason et certains de ces compagnons une nuée qui les rendra presque invisibles. Et c’est sur le rivage que Jason va rencontrer Médée, la fille du roi Aeétès. Médée, la puissante magicienne, celle qui connaît les plantes médicinales et tous les philtres, apercevant Jason, éprouve le plus immédiat, le plus irrésistible, le plus fulgurant des sentiments amoureux. Aphrodite/Vénus inspire sur le champ à Médée une irrépressible passion. On peut penser que Jason partage ces sentiments intenses, mais fugaces, comme c’est souvent dans la nature d’un Bélier. Dès cet instant, il fera d’elle une alliée, une alliée qui prendra tous les risques. Il va aider Jason à vaincre ses adversaires, son propre père et son propre frère ; elle les trahira tous les deux. Pour lui, elle ira jusqu’au crime de sang. Et c’est sans doute la raison pour laquelle la trahison finale de Jason ne pourra être lavée que par la mort de sa rivale et des descendants de Jason, les propres enfants de Médée.

Aeétès, le père de Médée, est vaincu par Jason mais il refuse de lui livrer la Toison d’or. Médée, inquiète des dispositions que son père va prendre, décide de monter à bord de l’Argo et là, Jason lui promet le mariage. Imprudente promesse du héros masculin inconscient, vivant l’instant et ne se souciant pas du lendemain, ne mesurant pas l’ampleur des dangers auxquels il s’expose. Médée lui a promis son aide à condition qu’il s’engage et qu’il soit fidèle. Trahir une magicienne aussi puissante que Médée, c’est courir à sa perte et manifester une confiance infantile en son propre pouvoir.

Contre cette promesse, Médée conduit Jason au bois d’Arès/Mars. Grâce à ses sortilèges et au philtre d’invulnérabilité qu’elle lui fit boire, Jason s’empare de la précieuse Toison ; elle parvient à endormir le serpent-dragon à l’œil toujours ouvert. Ainsi, sans elle, jamais Jason n’aurait pu conquérir la Toison d’or.

Avec leur trésor, ils filent tous deux à bord de l’Argo mais au lever du jour la flotte d’Aeétès les poursuit. Lorsque Médée aperçoit les bateaux de son père, elle n’hésite pas à poignarder son frère qu’elle a emmené en otage ; elle le coupe en morceaux, selon la coutume du morcellement liée aux nombreux mythes de création ou à des traditions venues d’Egypte et du Soudan. Elle sème les membres de son frère sur le rivage, le long de la côte et dans la mer, pour retarder la poursuite de son père, contraint de reconstituer le puzzle inquiétant fabriqué par Médée. Car le roi ne peut laisser son fils sans sépulture. Désormais, ce pacte mortel lie Jason à Médée, jusqu’à la tragédie finale.

Dans une autre version du mythe, Médée feint d’être retenue de force par Jason et supplie son frère de la tirer de ses griffes et lorsque celui-ci ouvre les bras à sa sœur, Jason surgit et poignarde Absyrtos, le frère de Médée. Acte impie, indigne d’un héros, trahison doublée d’un crime et d’une lâcheté. Les dieux ne vont pas manquer de protester, à leur façon.

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DELACROIX – Médée tuant ses propres enfants

Mais auparavant, Jason et Médée vont vivre dix ans à Corinthe et auront plusieurs enfants. Ces dix années écoulées, Créon, roi de Corinthe offre à Jason la main de sa fille, Glaucé. Ce mariage pouvant se révéler d’une grande utilité pour Jason, il accepte, mais pour cela il lui faut répudier Médée qui, en tant qu’étrangère n’a aucun droit aux yeux de la loi grecque d’épouser légitimement un Grec. Jason va donc répudier Médée et Créon la bannit de Corinthe. De colère et de chagrin, Médée décide de punir son mari et de briser son nouveau mariage. Ayant préparé sa vengeance, elle tue Glaucé, Créon et ses propres enfants, puis s’enfuit à Athènes sur le char d’Hélios, tiré par des dragons ailés. Telle est la version de la Médée d’Euridipe. Jason n’avait plus d’héritier.

Une légende indique que Jason trouva la mort à Corinthe, soit qu’il fût lui aussi tué par Médée, soit qu’il se suicidât. Mais, selon la tradition la plus connue, il survécut encore quelque temps, rêvant à sa gloire passée ; mais un jour, alors qu’il se reposait à l’ombre de son vieux bateau, à Corinthe, un élément de la carcasse, peut-être la proue aux dons prophétiques, qui venait d’un chêne de la forêt de Dodone, se détacha et, en tombant, tua Jason sur le coup…

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Bibliographie

Dieux et héros du zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Editions Robert Laffont

Dictionnaire de la Mythologie – Michael Grant & John Hazel – Editions Marabout

 

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DANS LE BESTIAIRE BELIER… LE COQ…

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 11-04-2010

Le coq, animal familier qui sait se faire entendre, a trouvé une place importante dans de nombreuses religions et traditions. Symbole universel, les vertus qu’on prête à cet animal solaire sont innombrables. Porte-bonheur, prophète guérisseur, il incarne le courage, l’intelligence, et on l’associe volontiers à la résurrection.

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Le coq est connu comme emblème de fierté, ce que justifie l’allure de l’animal, et comme emblème de la France. Mais c’est une notion récente, sans valeur symbolique, fondée sur le double sens du mot « gallus » qui signifie « coq » et « Gaulois ». L’animal apparaît, à côté de Mercure, sur quelques représentations figurées gallo-romaines. On le trouve aussi sur des monnaies gauloises. Mais les Romains ont fait un jeu de mots entre « gallus coq » et « Gallus Gaulois ». C’est l’origine du « coq gaulois » dont la valeur symbolique traditionnelle est quasiment nulle. Les caractères du coq et du Français ne sont cependant pas symboliquement sans rapport.

Disparu au haut Moyen Age, on retrouve le coq en Allemagne dès le XIVe siècle pour évoquer la France. A partir du XVIe siècle, le Roi de France est parfois accompagné de cet oiseau sur les gravures et les monnaies… C’est la Révolution française qui va en faire un plus large usage. On le trouve notamment représenté sur des assiettes et sur le sceau du Directoire. Proposé comme emblème à Napoléon 1er par une commission de conseillers d’Etat, il fut refuser pour la raison suivante : « Le coq n’a point de force, il ne peut être l’image d’un empire tel que la France ».

coq3-je-veuille-pour-la-nation-assiette Musée des Arts et Traditions Populaires – Paris

A partir de 1830, il est à nouveau très apprécié. Par une ordonnance du 30 juillet 1830, le coq gaulois doit figurer sur les boutons d’habit et doit surmonter les drapeaux de la garde nationale. Cependant, il sera également dédaigné par Napoléon III, pour redevenir un symbole quasi officiel sous la IIIe république. La grille du parc du Palais de l’Elysée installée à la fin du XIXe siècle est ornée d’un coq et une pièce d’or fut frappée également en 1899.

Si la République Française lui préfère aujourd’hui le symbole de la Marianne, il figure toutefois sur le sceau de l’Etat qui est celui de la Seconde République : la liberté assise tient un gouvernail sur lequel est représenté le coq. Il est surtout utilisé à l’étranger pour évoquer la France, notamment comme emblème sportif.  

grille-du-coq-palais-de-lelysees-paris Grille du Parc du Palais de l’Elysée – Paris

Le coq est universellement un symbole solaire parce que son chant annonce le lever du soleil. A ce titre, il est, en Inde, l’attribut de Skanda, qui personnifie l’énergie solaire. Au Japon, son rôle est important, car son chant, associé à celui des dieux, fait sortir Amaterasu, déesse du Soleil, de la caverne où elle se cachait ; ce qui correspond au lever du soleil, à la manifestation de la lumière. C’est pourquoi, dans l’enceinte des grands temples shintoïstes, des coqs magnifiques circulent en liberté : des coqs sacrés sont entretenus au temple d’Ise. Une homophonie douteuse fait parfois considérer les « torii » des temples shintoïstes, comme étant originairement des perchoirs pour ces coqs.

La vertu de courage que les Japonais attribuent au coq se retrouve dans les autres pays de l’Extrême-Orient, où le coq a un rôle spécialement bénéfique : d’abord parce que le caractère qui le désigne en chinois (Ki) est homophone de celui qui signifie « de bon augure, favorable » ; ensuite, parce que son allure générale et son comportement le rendent apte à symboliser les cinq vertus : les vertus civiles, le port de la crête lui conférant un aspect mandarinal ; les vertus militaires, par le port des ergots ; le courage, en raison de son comportement au combat, en des pays où les combats de coqs sont spécialement prisés) ; la bonté car il partage sa nourriture avec les poules ; la confiance, en raison de la sûreté avec laquelle il annonce le lever du jour.

Parce qu’il annonce l’avènement du soleil, il est en outre efficace contre les mauvaises influences de la nuit ; et il les éloigne des maisons, si l’on a soin de le placer en effigie sur la porte. Au Viêt-Nam encore, la patte de coq bouillie est une image du microcosme et sert à la divination.

Toutefois, dans le Bouddhisme tibétain, le coq est un symbole exceptionnellement néfaste ; il figure au centre de la Roue de l’Existence, associé au porc et au serpent, comme l’un des trois poisons. Sa signification est le désir, l’attachement, la convoitise, la soif. De même en Europe, il est occasionnellement pris comme une image de colère, explosion d’un désir démesuré et contrarié.

Selon les traditions helléniques, le dieu au coq des Crétois, Velchanos, s’est assimilé à Zeus. Le coq se trouvait auprès de Léto, enceinte de Zeus/Jupiter, lorsqu’elle accoucha d’Apollon et d’Artémis. Aussi, est-il consacré à la fois à Zeus, à Léto, à Apollon et à Artémis, c’est-à-dire aux dieux solaires et aux déesses lunaires. Les « Vers d’or » de Pythagore recommandent en conséquence : « Nourrissez le coq et ne l’immolez pas, car il est consacré au soleil et à la lune ». Symbole de la lumière naissante, il est cependant un attribut particulier d’Apollon, le héros du jour qui naît. Malgré le conseil attribué à Pythagore, un coq était rituellement sacrifié à Asclépios, fils d’Apollon et dieu de la médecine.  

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Socrate rappelle à Criton, avant de mourir de sacrifier un coq à Asclépios/Esculape. Sans doute faut-il voir là un rôle de psychopompe attribué au coq ; il allait annoncer dans l’autre monde et y conduire l’âme du défunt ; elle ouvrirait les yeux à une nouvelle lumière, ce qui équivalait à une nouvelle naissance. Or, le fils d’Apollon était précisément ce dieu qui, par ses médecines, avait opéré des résurrections sur terre, préfiguration des renaissances célestes. Pour la même raison, le coq était l’emblème d’Attis, le dieu solaire, mort et ressuscité, parmi les divinités orientales. Ce rôle de psychopompe explique aussi que le coq soit attribué à Hermès/Mercure, le messager qui parcourt les trois niveaux du cosmos, des Enfers au Ciel. Asclépios/Esculape étant aussi un héros guérisseur, avant de devenir un dieu, le coq est censé guérir les maladies.

Dans les traditions nordiques le coq est un symbole de vigilance guerrière. Il surveille l’horizon dans les plus hautes branches du frêne Yggdrasil pour prévenir les dieux, quand les géants, leurs éternels ennemis, se prépareront à les attaquer. Mais le frêne, arbre cosmique, est à l’origine de la vie. Le coq, qui veille à son faîte, comme sur la flèche d’une église, apparaît ainsi comme le protecteur et le gardien de la vie.

Le coq est aussi l’emblème du Christ, comme l’aigle et l’agneau. Mais il met en un particulier relief son symbolisme solaire : lumière et résurrection. Comme le Christ, il annonce l’arrivée du jour après la nuit, c’est-à-dire, symboliquement, celle du bien après le mal. Dans « Job », déjà, le coq est le symbole de l’intelligence venue de Dieu ; qui a mis dans l’ibis la sagesse de Yahvé, donné au coq l’intelligence. Aux deux oiseaux une faculté de prévision était accordée : l’ibis annonce infailliblement les crues du Nil, le coq la naissance du jour. Comme le Messie, il annonce le jour qui succède à la nuit. Aussi figure-t-il sur les flèches des églises et les tours des cathédrales.                                                                                                             

coq-sur-la-cathedrale-de-prague Le coq de la Cathédrale de Prague

Cette position à la cime des temples peut évoquer la suprématie du spirituel dans la vie humaine, l’origine céleste de l’illumination salvifique, la vigilance de l’âme attentive à percevoir dans les ténèbres finissantes de la nuit les premières clartés de l’esprit qui se lève. On ignore l’origine de cette tradition qui remonte au moins au IXe siècle, puisque le plus ancien coq de clocher connu se trouve à Brescia, en Italie, et date de cette époque. Deux hypothèses : au Moyen Age, le coq symbolise le prédicateur qui doit réveiller ceux qui sont endormis ; cette tradition est peut-être liée à l’histoire de Saint Pierre qui, selon l’Evangile, aura renié Jésus trois fois avant que le coq chante deux fois. Le coq, témoin de la trahison de Pierre, serait placé sur les clochers pour rappeler aux hommes leur faiblesse. Le coq est un attribut récurrent de Saint Pierre.

Quant au Talmud il fait du coq un maître de politesse, sans doute parce qu’il introduit son Seigneur le Soleil, en l’annonçant de son chant.

Le coq jouit en Islam d’une vénération sans égale par rapport aux autres animaux. Le Prophète lui-même disait : « Le coq blanc est mon ami ; il est l’ennemi de l’ennemi de Dieu… ». Son chant signale la présence de l’ange. On attribue également au Prophète la défense de maudire le coq qui appelle à la prière ; il lui aurait donné une dimension cosmique. Pour les Musulmans, le coq a un rôle annonciateur car selon le Prophète le grand coq blanc avertira les Musulmans du jour du jugement dernier. Dans cette culture islamique, il est comparé au muezzin, le religieux chargé d’appeler aux cinq prières quotidiennes de l’Islam : comme lui, il réveille les croyants et les invite à la prière. Le muezzin remplit son devoir depuis une tour de la mosquée, le minaret.

Enfin, le coq est souvent rapproché du serpent ; c’est le cas notamment pour Hermès/Mercure et Asclépios/Esculape. Dans l’analyse des rêves, le serpent et le coq sont tous deux interprétés comme des symboles du temps. Ils marquent une phase de l’évolution intérieure : l’intégration des forces chthoniennes au niveau d’une vie personnelle, où l’esprit et la matière tendent à s’équilibrer dans une unité harmonieuse.  

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Dans la mythologie gréco-romaine le coq apparaît également dans l’épisode où Ganymède, dans l’Olympe, entouré de Zeus qui lui a justement offert un coq, est couronnée par une déesse et plus, juste plus loin Hébé.  Le coq s’associe donc au thème de l’enlèvement de Ganymède par Zeus/Jupiter.

Comme symbole maçonnique le coq est à la fois le signe de la vigilance et celui de l’avènement de la lumière initiatique. Il correspond au mercure alchimique.

le-coq-girouette Girouette

On attribue au coq de nombreuses qualités en rapport avec ses caractéristiques physiques ou son comportement. Sa démarche, le buste en avant, le fait passer pour fier. Parce qu’il a pour lui seul de nombreuses poules, on en a fait un symbole de virilité. Il est d’ailleurs d’usage de dire d’un homme qui cherche à séduire les femmes qu’il fait le coq.

Parce qu’il porte à ses pattes de dangereux ergots et qu’il ne rechigne pas à se battre dans des combats à mort, on a fait du coq un symbole de bravoure. Dans l’Antiquité grecque, le coq représentait le courage militaire. Les Romaines sacrifiaient un coq à Mars, le dieu de la guerre, chaque premier jour du mois qui porte son nom.

Le coq est universellement un symbole solaire parce que son chant annonce le lever du soleil, l’arrivée du jour si bien qu’on a pu croire que c’était lui qui le faisait naître. On le croyait aussi capable d’écarter les fantômes au lever du soleil.

Malheureusement, le coq fut un animal très souvent sacrifié dans les rites païens et l’objet de rituels sanglants. Les sacrifices d’animaux, en particulier de volailles, sont fort nombreux dans l’histoire de l’humanité. Ils ont pour but de s’attirer la faveur des dieux. Les Romains sacrifiaient des coqs aux dieux pour obtenir la protection de leur maison. Au XVIIe siècle, les marins de l’île de Ceylan, au sud de l’Inde, offraient des coqs au roi des vents pour s’assurer une navigation sans encombre.

Au Bénin, où l’on pratique un culte appelé Vodoun, le coq est un symbole de vie. Selon la tradition, pour faire revenir à la vie quelqu’un qui est mort violemment, il convient de faire tournoyer un coq vivant par les pattes au-dessus de la dépouille. L’animal est ensuite sacrifié, et son foie est mangé cru. Ces rites ont traversé l’Atlantique avec les esclaves africains et survivent en Haïti notamment sous le nom de Vaudou.

En Guinée-Bissau, au sud du Sénégal, le peuple des Bijogos se sert de poulets pour savoir si les étrangers sont les bienvenus. Leur roi ne peut décider seul d’accueillir un visiteur : il doit demander à l’esprit protecteur du village sa bienveillance. Pour cela, il saisit un poulet et lui tranche le coup d’un geste sûr. Quand le poulet s’immobilise, le roi verse les dernières gouttes de son sang sur une statuette représentant l’esprit protecteur. Une prêtresse l’aide à interpréter la réaction de l’esprit

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Le coq à la Perle, célèbre fable de La Fontaine – Musée Denon à Chalon-sur-Saône

Le coq, c’est aussi un animal fabuleux et de légende. Il a donné naissance aux chimères et autres monstres à l’aspect composite, comme le basilic, animale fabuleux ayant l’apparence d’un coq à queue de dragon ou d’un serpent aux ailes de coq. Pour le voir naître, il faut qu’un coq âgé de sept ans ponde un œuf, le dépose dans du fumier et le fasse couver par un crapaud ou une grenouille. La bête qui en sort, mi-coq mi reptile, est redoutable : son regard ou son souffle suffit à tuer quiconque l’approche.

cocatrixLe cocatrix est un autre animal fabuleux qui posséderait une tête de coq, des ailes de chauve-souris et un corps de serpent. Quant à l’hippalectryon de l’Antiquité grecque, il possède l’avant d’un cheval et l’arrière d’un coq.

 

hippalektryon

De nombreuses légendes évoquent le coq :

blason-de-saint-tropez-caius-silius-torpetiusC’est par exemple l’histoire de Caïus Silvius Torpetius, né à Pise. Il était grand officier de la cour de Néron, mais fut séduit par des idéaux pacifistes. Converti par Saint Paul en l’an 68, il engendra la colère de l’empereur par son refus d’abjurer sa foi chrétienne. Il fut torturé, martyrisé et décapité à Pise et son corps fut jeté dans une barque sur l’Arno en compagnie d’un coq et d’un chien censés se nourrir du cadavre. Le courant ligure ramena la barque jusqu’au rivage de l’actuel Saint-Tropez, autrefois appelé Héraclès. Les moines de l’Abbaye de Saint-Victor de Marseille, propriétaires au XIe siècle de la presqu’île, et de toutes les terres adjacentes, trouvèrent la barque, cachèrent le corps du saint martyr et élevèrent une chapelle qu’ils baptisèrent « Ecclesia Sancti Torpetis ». Torpes devint finalement Tropez. On raconte que le coq s’arrêta dans un champ de lin à quelques kilomètres de là. Le coq au lin donna le nom du village de Cogolin. Et le chien : Grimaud qui signifie « chien » en vieux français. La tête de Torpetius est encore conservée et vénérée à Pise.

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Une autre légende, est celle du Coq de Barcelos, au Portugal.  Au XVIe siècle, un crime fut commis à Barcelos sans que le coupable soit démasqué. Les habitants étaient donc sur le qui-vive. Un jour apparut un homme de Galice sur lequel se portèrent tous les soupçons. Malgré les protestations de son innocence, il fut immédiatement arrêté par les autorités. Personne ne voulait croire que cet homme se rendait à Saint Jacques de Compostelle pour remplir un vœu ; qu’il était un fervent dévot du saint que l’on vénérait à Compostelle, ainsi que de Saint Paul et de Notre-Dame. C’est pourquoi il fut condamné à être pendu… Au moment où on le conduisait à la potence, il demanda à être présenté devant le juge qui l’avait condamné. On l’emmena donc à la résidence du magistrat qui à ce moment même était en train de festoyer avec quelques amis. Devant eux, il réaffirma son innocence, montra un coq rôti sur la table et s’exclama : « Il est aussi sûr que je suis innocent qu’il est sûr que ce coq chantera au moment où on me pendra ». Toute la salle éclata de rire, mais personne ne toucha au coq. Et ce qui semblait impossible arriva. Au moment où le pèlerin allait être pendu, le coq rôti se dressa sur la table et chanta. Personne ne doutait plus de l’innocence du condamné. Le juge courut à la potence et qu’elle ne fut pas sa stupéfaction quand il vit le pauvre homme la corde au cou, mais le nœud refusant absolument de se serrer. Immédiatement délivré, on le renvoya en paix. Quelques années plus tard, il revient à Barcelos et il fit ériger un monument à la Vierge et à Saint Jacques.

le-coq-de-ceska-trebovaDans la ville de Ceska Trebova, en République Tchèque, en Bohême-Moravie, dans un passé très lointain, un magistrat eut le malheur d’égarer le sceau de la ville. En colère, les habitants s’accordèrent pour le pendre. La potence fut dressée et le prêtre accompagna le condamné au supplice, jusqu’à ce qu’un coq se mit à chanter et à gratter le fumier sur lequel il se tenait, mettant à jour le sceau égaré. Depuis cet événement, le coq figure dans les armes de la ville.

Pour en revenir au rapport entre le coq et l’astrologie, et plus précisément le signe du Bélier, il faut se souvenir que le Bélier est le lieu d’exaltation du Soleil et comme on l’a vu à travers mythes, légendes et symboles, le coq est l’oiseau solaire par excellence puisqu’on a l’impression que c’est son chant qui suggère au soleil de réapparaître…

Ensuite, le côté belliqueux, viril, courageux et conquérant du coq n’est pas sans rappeler les caractéristiques de Mars, le Maître du Bélier. Comme le Bélier, le coq mène des combats. Signe du printemps, le Bélier comme le coq est symbole de renouveau, de résurrection. Notez également l’importance de la tête chez le coq et surtout la couleur rouge de sa crête, presque rubis, couleur Bélier ; mais dans le corps humain le Bélier correspond à la tête. De plus, comme le Bélier prend la tête de son troupeau, le coq mène ses poules dans la basse-cour. Enfin, le coq est l’emblème des sportifs. Or, les plus grands sportifs sont souvent Bélier, Ascendant Bélier ou possèdent un Mars puissant dans leur thème.

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Coq gaulois à la mémoire des Girondins – Esplanade des Quinconces – Bordeaux

Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Editions Robert Laffont/Jupiter.

 

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UN LIEU CHARGE DE SYMBOLES ET D’HISTOIRE : LE CHAMP DE MARS A PARIS

(6.2 - Paris Insolite - Paris Mystérieux - Paris Esotérique) par sylvietribut le 05-04-2010

A l’origine, les mois de l’ancien calendrier romain portaient un nom qui indiquait leur rang au sein de l’année primitive. Le « premier », Primus, fut vite consacré à Mars, père supposé de Romulus et initialement dieu de l’Agriculture. Ce mois était très important dans la vie romaine car, sous le climat méditerranéen, il confirmait le renouveau de la végétation et ouvrait en même temps une nouvelle période de campagnes militaires.

C’est ainsi que Mars, le dieu protecteur de la « tribu » romaine, deviendra par la suite, avec l’évolution des mœurs et de l’histoire romaine, le dieu de la Guerre pour s’identifier finalement à Arès, le dieu « détestable » du Panthéon grec. Mais Mars, même à l’apogée de sa puissance militaire, est resté attaché à la terre par sa fusion avec Quirinus, dieu archaïque de la Nature. Par ailleurs, la coutume romaine interdisait les mariages pendant les premiers jours de mars.

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Ce sont les Romains, impressionnés par la vaillante défense des Gaulois, baptisèrent « Champ de Mars » l’endroit exact où se déroula la bataille entre les légionnaires de Labienus et les soldats de Camulogène… C’est en effet en 52 avant Jésus-Christ que les Romains vinrent attaquer les modestes Parisii pour envahir leur territoire des bords de Seine. C’est Jules César lui-même, soucieux de discipliner les marches de l’Empire, qui envoie sur les bords du fleuve son meilleur général, Titus Labienus, à la tête de quatre légions. Affolés les Lutéciens font venir de Mediolanum Aulercorum, aujourd’hui Evreux, un vieux chef que tout le monde appelle respectueusement Camulogène, ce qui signifie « fils de Camulus », fils du dieu gaulois de la Guerre. Les habitants vont donc lui confier unanimement leur destin pour organiser la riposte et repousser l’ennemi.

A la tête d’une petite armée mal entraînée que peut faire un vieillard, même avec des hommes courageux ? Il va pourtant préparer sa défense et ce n’est pas dans Lutèce qu’il attendra les Romains, mais aux abords, dans un bivouac dressé au milieu des marais, au cœur de la zone humide qui enserre Lutèce. Labienus fait donc face au camp improvisé des Gaulois. La confrontation devient inévitable. Bien que disciplinés, casqués d’airain et cuirassés d’acier, les Romains ne peuvent guère progresser et se trouvent vite déstabilisés par ces espaces mouvants entre terre et eau. Les barques s’embourbent et les hommes se noient. La cavalerie reste hors jeu car les sabots des chevaux collent à la boue.

Les Gaulois, eux, sont à l’aise sur cette glèbe instable et se ruent sur les troupes ennemies. Jusqu’à la tombée de la nuit les combattants s’étripent, l’eau stagnante des marais en est rougie. Le général Labienus fait sonner la retraite. Lutèce se croit sauver… Pour se venger, il remonte les berges de la Seine et va attaquer Metlosedum, devenue depuis Melun, piètre victoire des légionnaires romains… Ils ne trouvent devant eux que des femmes et des vieillards, les hommes valides ayant rejoints Camulogène à Lutèce. Ils quittent d’ailleurs assez vite la ville une fois qu’ils l’eurent pillée et dévastée. Ne pouvant se présenter devant César avec un si piètre résultat, Labienus redynamise ses troupes et retourne vers Lutèce. Avec des barques ils cherchent à encercler Camulogène et, pour éviter cela, ce dernier décide de brûler la ville et les ponts, puis avec ses hommes remonte la Seine par la rive gauche. Il pense que le fleuve de la déesse Sequana les protègera. Ensuite, elle donnera son nom à notre beau fleuve parisien…

                                                                                            la-deesse-gauloise-sequanaLa déesse gauloise Sequana

Les Romains vont donc retrouver Lutèce réduite à un tas de cendres. A l’aube, ce sera l’affrontement final pour posséder une ville qui n’existe plus. Le chef gaulois et ses cohortes remontent le cours de la Seine, invoquant Camulus, dieu muni d’une pique et d’un bouclier, puissance redoutée, maître de la guerre et de la mort violente… De leur côté, les légions romaines invoquent Mars, leur dieu de la Guerre et veulent en découdre jusqu’au bout de leurs forces pour remporter la victoire et toucher leur solde… Les Romains rejoignent les Gaulois sur la plaine de Garanella, au bord de la Seine… Garanella, la petite garenne, où aux temps heureux on y chassait lapins, sangliers et chevreuils… Pour les Gaulois, mourir pour la patrie est le sort le plus beau et ils s’en vont au combat bien décidés à s’offrir en sacrifice aux appétits sanglants du terrible Camulus… D’ailleurs, le vieux Camulogène les galvanise en leur criant qu’ils doivent périr pour Camulus. Un moment les Gaulois parviennent à enfoncer les lignes romaines… Mais soudain une légion romaine de quatre mille mercenaires qui se tenaient en réserve viennent surprendre les Gaulois par l’arrière… Aucune retraite n’est plus possible… Le choc sera épouvantable et le carnage horrible…. De part et d’autre, on se bat avec un égal acharnement, pour mourir ou pour toucher sa solde. Camulogène lui-même trouvera la mort dans cette ultime défense d’une Lutèce déjà détruite.   

                                                                                                              camulus-dieu-gaulois-de-la-guerreCamulus le dieu gaulois de la guerre

Bien plus tard, à l’endroit même où reposent les restes du chef gaulois et de ses hommes, s’élèvera la tour Eiffel, comme un tumulus qui aurait été construit pour honorer ces guerriers. Mais qui s’en soucie aujourd’hui, sait-on seulement qu’en venant se promener au Champ de Mars, on foule une terre qui, depuis plus de vingt siècles, a absorbé les ossements de ces Parisii qui ont offert à leur peuple le sacrifice suprême de leur vie.

En 1750, la région de la plaine de Garanella, devenue commune de Grenelle, située à l’ouest de l’agglomération du Gros-Caillou et annexée à Paris sous le second Empire, était encore un lieu désert, sablonneux et stérile, où l’on chassait toujours le lièvre et la perdrix. L’abbaye de Sainte-Geneviève y possédait depuis le XIIe siècle un fief, la seigneurie de Grenelle, dans lequel se trouvaient une maison, des granges, cours, colombiers et jardins, appelée la Ferme de Grenelle. L’abbaye de Saint-Germain-des-Prés y avait une ferme appelée le Château de Grenelle, construction d’un étage coiffé d’un très haut comble et occupant l’emplacement de la caserne Dupleix actuelle.

A l’agriculture se substitue au fil des siècles, l’armée… Ainsi, en 1750, le financier Pâris-Duverney, avec l’appui de la Marquise de Pompadour, proposa à Louis XV l’établissement, à proximité de l’Hôtel des Invalides, d’un collège académique pour 500 jeunes gentilshommes pauvres, de préférence fils d’officiers tués ou devenus infirmes au service, destinés à fournir à l’armée des officiers instruits ; cet établissement devait être dans la pensée des fondateurs un édifice aussi grandiose que l’était l’Hôtel Royal des Invalides construit sous le règne de Louis XIV.

Louis XV accepta le projet, ainsi qu’il l’écrivit à la marquise en janvier 1751 : « Approuvé, le projet, approuvé, petite bien-aimée, puisque vous le voulez absolument ». En conséquence, on acheta en juin 1751, les terrains du château de Grenelle, acquisition suivie en février 1753 de celle de la ferme de Grenelle. Jacques-Ange Gabriel en 1732, comme premier architecte du roi, fut chargé d’établir le projet des constructions. La construction de l’Hôtel Royal Militaire commença en 1752. Elle fut assez lente étant donné, d’une part, son ampleur et, d’autre part, le manque de fonds ; à celui-ci, Madame de Pompadour remédia souvent en prélevant des sommes importantes sur sa cassette particulière, et le roi en allouant à l’Ecole les produits d’une loterie, les revenus de l’Abbaye de Laon, et ceux d’un impôt sur les cartes à jouer. Et l’école put ouvrir des classes dès 1760.

L’Ecole Militaire fut réorganisée en 1777 par le comte de Saint-Germain, sous le nom d’Ecole des cadets-gentilshommes. Elle était réservée aux seuls gentils hommes et l’élite des écoles militaires de province y était reçue en stage pendant un an. C’est ainsi qu’elle reçut le 22 octobre 1784 cinq jeunes gens du collège de Brienne, dont Bonaparte, âgé de quinze ans. Il fut incorporé sous cette mention : « 22 octobre 1784, de Buonaparte (Napoleone), né le 15 août 1769 (E.R.) (élève du roi) ; il quitta l’école un an après avec le grade de sous-lieutenant dans le régiment de la Fère-Artillerie qui tenait garnison à Valence.

bonaparte

Après avoir servi quelque temps au début de la Révolution de dépôt de blé et de farine, l’Ecole Militaire servit de quartier de cavalerie à partir de 1793. Le Second Empire l’agrandit pour qu’elle servît aussi à un quartier d’artillerie. L’Ecole est aujourd’hui le siège de l’Ecole supérieure de Guerre et d’autres centres d’études militaires.  

Tout naturellement, le Champ-de-Mars était le terrain de manœuvre des élèves de l’Ecole Militaire. Il servit surtout comme terrain de revues des troupes de la Maison du Roi, en remplacement du terrain des Sablons. On l’agrandit une première fois afin qu’il puisse contenir pas moins de 10 000 hommes rangés en bataille. Pourtant, ce terrain de manœuvre fut jugé insuffisant et on lui incorpora en 1773, l’extrémité occidentale de l’île des Cygnes après le comblement du petit bras de la Seine qui l’en séparait. Ce Champs-de-Mars fut également utilisé pour l’expérience aérostatique du physicien Charles et des frères Robert lorsqu’ils lâchèrent ici, le 27 août 1783, le premier ballon, sans nacelle et sans équipage, conçu scientifiquement. Cependant, ce ballon s’abattit à Gonesse, 45 minutes après son envol. L’année suivante, le 2 mars 1784, Blanchard s’envola à son tour du Champ-de-Mars afin de démontrer qu’il avait trouvé le problème de la direction des ballons, mais au lieu d’atterrir, comme il l’avait prévu, à La Villette, il atterrit à Billancourt.

paris_ecole_militaire_981 L’Ecole Militaire – Paris VIIe

A partir de 1790, le Champ-de-Mars devint le théâtre de nombreux événements révolutionnaires dont le premier fut la Fête de la Fédération où Talleyrand officia, le 14 juillet 1790, devant 300 000 spectateurs. L’évêque d’Autun était assisté de 300 prêtres et d’une centaine d’enfants de chœur : La Fayette prêta le premier serment de fidélité à la Nation et à la Constitution que répétèrent sous une pluie diluvienne les 300 000 spectateurs ainsi que la famille royale installée dans une tribune devant l’Ecole Militaire.

Pourtant en novembre 1793, le Champ-de-Mars renouait avec les épisodes sanglants de son histoire, Bailly y fut décapité dans des conditions odieuses. Le 8 juin 1794, le Champ-de-Mars vit l’apothéose de la fête de l’Etre Suprême et aussi celle de Robespierre dont heureusement la popularité commença à décliner à partir de ce jour. La Restauration y reconstitua, en 1826, un des combats de l’expédition d’Espagne de 1823, en édifiant sur la colline située en face, de l’autre côté de la Seine, un fort de Cadix, le Trocadéro, qu’avaient défendu les Espagnols.

Enfin, le Champ-de-Mars hébergea les expositions universelles de 1867, 1878, 1889 surtout avec l’édification de la Tour Eiffel, puis celles de 1900 et de 1937. A noter que le fer appartient à la symbolique de Mars…

Et pour rester dans cet univers guerrier du Champ-de-Mars, celle qui est devenue la rue Dupleix était un ancien chemin de terre de la plaine maraîchère de Grenelle qui conduisait au XVe siècle à la ferme de Grenelle évoquée plus haut. L’abbaye de Sainte-Geneviève a eu dans ces parages ses fourches patibulaires, d’où son nom, en 1540, de chemin du Gibet. Enfin, en 1794, on installa dans le château et la ferme de Grenelle une fabrique de poudre dont la direction fut confiée au chimiste Chaptal. Cet endroit avait été choisi pour sa solitude. Le 30 août 1794, 150 000 kilos de poudre explosèrent pour une cause qui n’a jamais été connue. Les dégâts furent considérables et s’étendirent loin puisque le grand orgue de l’église Saint-Germain L’Auxerrois fut détérioré, et que de nombreuses personnes furent tuées ou blessées dans Paris.

On se souvient que Mars est à la fois le dieu de la guerre et de l’agriculture. Au Champ-de-Mars appartient également cette double casquette. C’est en 1771 qu’Antoine Parmentier, alors âgé de seulement 20 ans, rapporte des Amériques la pomme de terre. A cette époque, l’Europe connaissait une importante famine. Pourtant, il faudra attendre 1788 pour que le parlement autorise la culture de ce tubercule pour combler les besoins alimentaires de la France. Les premiers lieux de culture en France auraient été situés sur l’actuel emplacement du Champ-de-Mars, les pommes de terre étant plantées aux alentours du mois de mars. Petit rappel, le Soleil entre en Bélier, signe de Mars, le 21 mars.

parmentierAntoine Augustin Parmentier

Par ailleurs, le monde de Mars est également celui des sportifs et notamment ceux qui pratiquent la course à pied. Or, de nombreux coureurs et joggeurs s’entraînent autour du Champ-de-Mars dont le tour fait un peu moins de 2 kilomètres. Chaque année, le dernier week-end de septembre, est organisé le Famillathlon, dans le cadre de la fête du « Week-end du sport en famille » ainsi que celui du Champ-de-Mars. Ce vaste espace accueillit également les épreuves de fleuret et de sabre des Jeux olympiques d’été de 1900, autres disciplines typiquement en rapport avec Mars le guerrier, ne dit-on pas « croiser le fer »….

fontaine_de_mars2Enfin, il existe également à Paris, non loin du Champ-de-Mars, la Fontaine de Mars, œuvre de Beauvallet, édifiée entre 1806 et 1809. Elle se situe rue Saint-Dominique dans la partie comprise entre l’avenue Bosquet et l’esplanade des Invalides (n° 129-131). Le bas-relief d’une de ses faces représente Hygie, la déesse de la Santé, donnant à boire à Mars, le dieu de la Guerre. On voit entre ses pilastres des vases entourés par le serpent, symbole d’Esculape. Elle recevait l’eau de la pompe à feu du Gros-Caillou. Cette fontaine est aujourd’hui classée. Près de celle-ci se trouvait, de 1765 à 1892, l’hôpital militaire du Gros-Caillou, fondé par le Maréchal de Biron pour ses gardes-françaises.

Dans un passé très proche, on a beaucoup parlé de la Fontaine de Mars, il s’agissait alors du restaurant tout proche, devenu du même coup célèbre puisque le Président des Etats-Unis, Barack Obama, choisit d’y dîner en famille, lors d’une visite officielle en France. Il y eut également un « Promeneur du Champ de Mars » célèbre en la personne de François Mitterand…

la-deesse-hygie-deesse-de-la-sante-et-de-la-proprete Hygie

Bibliographie 

Connaissance du Vieux Paris – Jacques Hillairet – Club Français du Livre

Métronome – Histoire de France au rythme du métro parisien – Lorànt Deutsch – Editions Michel Lafon

pomme-de-terre  

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