ASCLEPIOS… LE DIEU DE LA MEDECINE
(05 - PETIT COURS D'ASTROLOGIE, 06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 21-09-2010
Comment ne pas être tenté d’associer Asclépios au signe de la Vierge ? Il était le dieu de la médecine et nous ne pouvons séparer cet art du signe qui fournit un grand nombre de thérapeutes, de soignants, d’êtres dévoués aux autres, soucieux de les soigner.
L’élève bien-aimé de Chiron mérite bien une petite place. On dit que la mère d’Asclépios, Coronis, voulu épouser un mortel, un Arcadien, alors qu’elle était enceinte des œuvres d’Apollon. Terrible affront pour un dieu qui se vengera en tuant son rival et la future mère qui attendait un garçon. Il retira le fœtus du corps consumé par le bûcher et le confia à Chiron. Encore un fils sans mère… éduqué par un maître plein de sagesse qui lui révèle tous ses secrets. Asclépios apprit très vite, lui aussi intelligent et observateur, comme une « Vierge » peut l’être. Sans être l’inventeur du Caducée, qu’on réserve en général à Hermès et sur lequel il y a litige, il fit néanmoins du serpent le symbole de la médecine, peut-être en souvenir des pouvoirs archaïques de la Grande Mère dont il avait été séparé, ou à cause de la réputation d’immortalité liée à ce très vieil animal.

Asclépios quitta Chiron à l’âge venu, épousa Epioné et devint célèbre. Il eut deux fils, Machaon et Podalirios, qui furent tous deux médecins. Tradition qui, on l’a souvent constaté, a tendance à se perpétuer. Même ses filles, Hygie, Panacée, Iaso, Méditrine et Eglé furent attachées à la pratique thérapeutique. Ces deux fils combattirent tous deux à Troie et soignèrent les blessés.
Asclépios et Hygie
Toutefois, le jour où avec le sang de Méduse, Asclépios se mit à ressusciter des morts, notamment Hippolyte, fils de Thésée et victime des appétits de Phèdre, Zeus/Jupiter s’inquiéta et en prit ombrage. Hadès/Pluton commençait lui aussi à se plaindre d’une baisse d’affluence dans son royaume. Alors Zeus, dans un de ces vieux réflexes fatals, foudroya le dieu qui se retrouva aussitôt au ciel. Apollon, le père d’Asclépios, vengea son fils en tuant les Cyclopes, fils de Zeus qui fabriquaient la foudre de leur père. Zeus punit Apollon en l’obligeant à servir comme esclave, pendant un an, à la cour du roi Admète.
Le serpent fut consacré à Asclépios qui, disait-on, s’était réincarné sous la forme de cet animal ; lorsque son culte fut transporté à Rome, en 293 avant Jésus-Christ, il arriva d’Epidaure sous l’aspect d’un serpent qui, selon certains, avait nagé jusqu’à la côte et avait choisi sa propre demeure. Asclépios fut placé au firmament par Apollon et serait devenu pour certains la constellation du Serpentaire.
Son culte se célébrait à Epidaure. Là se rendaient d’innombrables malades qu’on soignait. Il semble même qu’on y traitait la stérilité… ce mal associé au signe de la Vierge. Les descendants d’Asclépios y prodiguaient leurs soins et Hippocrate traitait là les malades ; la psychosomatique était déjà chose connue et le rêve éveillé y était pratiqué. Du moins les Grecs avaient-ils compris la fonction thérapeutique des symboles.
Zeus aurait, selon certaines versions, rendu la vie à Asclépios, réalisant ainsi la prédiction selon laquelle Asclépios deviendrait un dieu, mourrait et redeviendrait un dieu.
Une autre version affirme que les habitants d’Epidaure, ville où se trouve le plus important des temples consacré à Asclépios, préférèrent croire que Coronis accoucha pendant qu’elle visitait la ville avec son père. Puis, d’après cette tradition, elle abandonna son enfant sur le Mont Pyrtion. Là, le bébé fut nourri par un troupeau de chèvres et fut recueilli par leur berger, bien que celui-ci eût été terrifié par les éclairs qui émanaient du corps de l’enfant. En Messénie, on disait que la mère d’Asclépios était Arsinoé, fille de Leucippos.
L’Asclépios grec n’est autre que l’Esculape romain. Son attribut principal est le bâton d’Asclépios, autour duquel s’enroule un serpent, devenu symbole de la médecine. Son principal lieu de culte est situé à Epidaure, où il guérit les pèlerins par incubation. Il est invoqué dans le serment d’Hippocrate aux côtés de son père Apollon et de ses filles Hygie et Panacée. Il est l’ancêtre mythique des Asclépiades, une dynastie de médecins exerçant à Cos et Cnide, dont Hippocrate est le plus illustre membre.
« Je jure par Apollon, médecin, par Asclépios, par Hygie et Panacée, par tous les dieux et toutes les déesses, les prenant à témoin que je remplirai, suivant mes forces et ma capacité, le serment et l’engagement suivant… ». Tel est le serment d’Hippocrate faisant référence à Hygie et Panacée, mais aussi à Apollon et Asclépios.
Hygie vue par Klimt
Hygie, c’est la déesse de la santé, de la propreté et de l’hygiène. Elle correspond chez les Romains à Salus. Elle symbolise la médecine curative. Les Grecs l’honoraient comme une déesse puissante, chargée de veiller sur la santé des êtres vivants, pas seulement celle des hommes, mais les animaux étaient également l’objet de ses soins. C’est elle qui suggérait mystérieusement aux uns et aux autres le choix des aliments nécessaires à leur existence et les remèdes appropriés à leurs maux. Elle personnifiait en quelque sorte l’instinct de la vie et, en soutenant les forces de mortels, en prévenant même la maladie, évitant à son père la peine d’intervenir continuellement afin d’alléger ou de guérir la douleur. Elle fut plus tard associée à la Lune. Elle est souvent représentée couronnée de laurier et tenant un sceptre à la main droite, comme Reine de la médecine. Sur son sein est un serpent à plusieurs replis, qui avance la tête pour boire dans une coupe qu’elle tient à la main gauche.
Panacée était la déesse qui prodiguait aux hommes des remèdes par les plantes. Son nom grec se décompose en « pan » qui signifie « tout » et « akos » qui se traduit par « remède ». Elle possédait un autel dans le temple d’Amphiaros qui passait pour être le fils d’Apollon, à Thèbes. Son nom est passé dans le langage courant au Moyen Age. Aujourd’hui le mot « panacée » est une appellation ironique pour désigner une idée, un concept qui semble être, ou que certains veulent faire passer pour, le remède à tous les maux.
Iaso, sœur d’Hygie et de Panacée, était une divinité de la médecine. Elle est assimilée à la romaine Juturne, déesse des fontaines, des puits et des sources. Comme on sait très peu de choses d’elle, peut-être n’était-elle qu’une demi-déesse. Elle n’en avait pas moins des disciples, les Iasides dont Madame Blavatsky qui écrivit dans « Le Caractère ésotérique des Evangiles d’Helena » : « Iaso, fille d’Asclépios, était la déesse de guérison et tous les candidats à l’initiation dans le temple de son père étaient sous son patronage, novices ou chestoi, appelés ‘les fils d’Iaso’ ».
Toutes les divinités de la Médecine : Mercure, Apollon, Asclepios, Hygie, Panacée, Iaso
Notez les trois divinités féminines de la Médecine, à l’image des trois déesses lunaires représentant les trois faces visibles de la Lune.
La baguette d’Hermès, Mercure pour les Romains, n’est pas le bâton d’Asclépios/Esculape. Le Caducée reprend deux symboles du bâton d’Asclépios et est utilisé par les professions médicales et paramédicales.
Mais en France, c’est le bâton d’Asclépios
qui est utilisé par les médecins et les pharmaciens.
Pour les médecins, le bâton est surmonté d’un miroir pour symboliser la prudence
Pour les pharmaciens, le bâton est surmonté par la coupe d’Hygie, dans lequel le serpent crache son venin, pour indiquer la préparation des remèdes.
Il est en Italie, une bourgade perdue dans les hautes montagnes de l’Abruzzo, Cocculo, qui fête tous les ans les serpents. On peut se demander si San Domenico n’a pas mis ses pas, involontairement, dans ceux d’Asclépios/Esculape. En effet, l’histoire de Cocculo révèle que bien avant l’époque romaine, la même fête honorait Angizia. C’était une divinité adorée des Marsi, Peligni et autres peuples Osques-Ombriens qui peuplaient cette région d’Italie. Angizia était associée aux cultes des serpents. Comme les serpents ont toujours été dans l’inconscient collectif associés aux arts soignants, Angizia était probablement une déesse de guérison, comme Hygie est la déesse de la santé, fille d’Asclépios. Son nom est d’ailleurs la racine de notre mot « hygiène ». On est bien dans le monde de la Vierge.
Cocullo au cœur des montagnes de l’Abruzzo – Province de L’Aquila – Italie
Quant aux Marsi, ils considéraient Angizia davantage comme une magicienne que comme une déesse, à cause de sa connaissance de l’utilisation des herbes curatives et plus particulièrement celles contre les morsures de serpents. On lui prêtait aussi d’autres pouvoirs, comme celui de tuer les serpents de son seul toucher. Par la suite, les Romains l’associèrent parfois à la Bona Dea, ce qui signifie la Grande Mère. On comprend aisément que l’Eglise catholique ne pouvait amalgamer cette Angizia à la Vierge Marie charger pourtant elle aussi de tuer le serpent tentateur. Comme il lui fallait bien récupérer une fête toujours aussi populaire et encore célébrée à notre époque, c’est un dénommé Saint Dominique Abbé qui fit l’affaire.
San Domenico Abate sorti en procession et décoré de serpents vivants à la Fête dei Serpari à Cocullo en Italie
Il ne s’agit pas de Saint Dominique le théologien pourfendeur des Hérétiques et présidant au tribunal de la Sainte Inquisition, mais d’un saint local, appelé Domenico di Foligno, ville d’Ombrie où il naquit en 951, et parfois aussi Domenico di Sora, ville du Latium où il mourut en 1031. On prête à ce Saint qui vivait en ermite quelques miracles, comme celui d’avoir sauvé un jeune garçon de la chute d’un arbre et surtout d’avoir changé en serpents des poissons. Ce qui est pour le moins curieux à défaut d’être utile… Mais là je n’en sais pas plus…
Pour en revenir aux serpents d’Asclépios, chacun d’eux représente le mercure et le soufre philosophiques, réunis au moyen du sel philosophique, la baguette. Il s’agit des clés permettant d’obtenir la médecine universelle, sensée pouvoir guérir toute maladie humaine, y compris la vieillesse, ce qui n’est pas sans évoquer un autre mythe celui de la Fontaine de Jouvence, fontaine de vie, symbole d’immortalité ou de perpétuel rajeunissement.
La Fontaine de Jouvence
En revanche, tel n’est pas le cas du bâton d’Asclépios, qui ne possède qu’un seul serpent. Dans le mythe « Asclépios vit un serpent qui se dirigeait vers lui, il lui tendit un bâton. L’animal s’y enroula. Asclépios frappa le sol et l’assomma. Un second serpent apparut, tenant dans sa gueule une herbe avec laquelle il rappela le premier à la vie ». C’est ainsi qu’il eût, selon la légende, la révélation du pouvoir des plantes médicinales. Le serpent représente alors la connaissance de la guérison par les plantes et par extension de l’allopathie et de l’homéopathie.
Tout ceci n’est pas sans rappeler la Bible et les nombreuses représentations moyenâgeuses du Paradis où Adam et Eve sont séparés par un arbre sur lequel s’est enroulé un serpent, exactement comme le serpent sur le bâton d’Asclépios. Il faut aussi se souvenir de ce petit texte de la Genèse indiquant qu’il y avait deux arbres majeurs au paradis : « Yahvé Dieu fit pousser du sol toute espèce d’arbre séduisant à voir et bons à manger, et l’arbre de vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal ». Et le texte de poursuivre : « Mais de l’arbre de la connaissance du bien et du mal tu ne mangeras pas car le jour où tu en mangeras, tu mourras certainement ». Ainsi, le bâton d’Hermès, pourvu de deux serpents, serait sans doute relatif au second arbre, celui de vie dont Adam et Eve ne pouvaient pas goûter les fruits.
Comme chacun sait la Vierge est un signe dit « mutable » et « double ». La légende d’Asclépios renvoie à cette duplicité du signe… Tout y est double, tout est affaire de choix : les double serpents bien sûr, mais aussi les deux arbres de vie et de la connaissance, deux écoles médicales Cos et Cnide, jusqu’aux deux façons de se soigner entre allopathie et homéopathie, sous oublier les deux noms de San Domenico la vedette de Cocullo…

Dévotion et croyances à Cocullo
Bibliographie
Dieux et héros du zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Robert Laffont Editeur
Dictionnaire de la Mythologie – Michael Grand et John Hazel – Chez Marabout



















