JUPITER, GOUVERNEUR DU SAGITTAIRE ET DES POISSONS

(5.3.6 - JUPITER) par sylvietribut le 27-11-2010

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Son graphisme

glyphe-de-jupiter1C’est un aigle, les ailes étendues.

Jupiter au plan astronomique

Par sa taille et sa position, Jupiter occupe la place centrale parmi les astres qui tourbillonnent autour du Soleil. Elle est précédée par Mercure, Vénus, la Terre, Mars et les astéroïdes, et est suivie par le même nombre de corps célestes : Saturne, Uranus, Neptune, Pluton et les planètes trans-plutoniennes, dont la première est nommée déjà par certains, Minos. Jupiter est la plus grosse planète du système solaire. Son diamètre est de 142 700 km, onze fois celui de la Terre. Jupiter fait le tour du Soleil en 11 ans et 315 jours. Cette planète, très brillante, présente, lorsqu’on l’examine au télescope, de superbes couleurs bleues et orangées. Elle possède douze satellites dont les quatre plus gros ont été découverts par Galilée dès 1610.

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La plus volumineuse de nos planètes tourne sur son axe vertical avec majesté, emportant dans sa course le cortège de ses nombreux satellites. Elle impose tout comme Zeus, le maître de l’Olympe, et n’a pas eu de mal à emporter l’adhésion des astrologues.

Au plan cosmique

Jupiter correspond à l’élément Air, chaud et humide.

Sa mythologie

Dieu suprême des Romains, correspondant au Zeus des Grecs. Son nom a d’ailleurs les mêmes racines. « Ju » est apparenté à « dyeu », « ciel » et « piter », à « pater », « père ». Il apparaît comme la divinité du ciel, de la lumière diurne, du temps qu’il fait, et aussi de la foudre et du tonnerre… le pouvoir souverain, le président du conseil des dieux, celui de qui émane toute autorité. Jupiter symbolise l’ordre autoritaire, qui est imposé de l’extérieur. Sûr de son bon droit et de son pouvoir de décision, il ne recherche ni le dialogue, ni la persuasion ; il tonne.

En Gaule, le Jupiter celtique portait le nom de « Taranis » qui signifie « le tonnant ». En irlandais, gallican et breton « taran », c’est le tonnerre et la divinité est le plus souvent représentée dans l’iconographie avec la roue comme principal attribut. Mais cette roue n’est pas le symbole de la foudre comme la plupart des érudits modernes l’ont cru ; elle est la roue cosmique que l’on retrouve en Irlande dans la roue du druide irlandais Mog Ruith « serviteur de la roue ». Le principal aspect irlandais du Jupiter celtique est cependant le « Dagda » ou « dieu bon », possesseur de deux talismans royaux, le chaudron d’abondance et la résurrection, archétype pré-chrétien du Graal, et la massue, qui tue par un bout et ressuscite par l’autre. C’est elle qui correspond au fulmen de Jupiter.

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Taramis le Jupiter celtique

En psychanalyse

Jupiter correspond au stade où le nourrisson a pu satisfaire sans problème ses besoins nutritifs et affectifs, et ne se trouve devant aucun problème pour franchir le stade du sevrage qui n’altère en rien son développement à tous les niveaux. Il en résulte que le sujet sera par la suite très enclin à réussir ses contacts avec le monde extérieur et avec ses semblables, contrairement au sujet saturnien. L’orientation de la vie se fera donc sous le signe de l’adaptation facile, de la tolérance, de la générosité, d’une tendance que l’on qualifie d’oblative, c’est-à-dire disposée à donner de sa chaleur et de son aide. C’est pourquoi le type jupitérien est généralement heureux de vivre et son contact est apprécié parce qu’il réchauffe et stimule, même s’il peut agacer par une trop grande satisfaction de soi. 

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Jupiter de la mythologie romaine

La personnalité jupitérienne obtient facilement ce qu’elle désire, car l’équilibre qui est en elle rassure les autres. Sa pléthore lui permet de rendre sous une autre forme ce qu’elle a pris.

Sur tous les plans, on peut comparer Jupiter à un gourmand : ses appétits, gustatifs ou sexuels, sont puissants et exigent des satisfactions fréquentes. Mais il est avant tout un pacifique et s’il sait brandir son foudre, on se souviendra que Jupiter mythologique laisse toujours la vie à ceux qu’il punit. C’est le côté débonnaire de Jupiter, son exubérance détermine un épanouissement continuel.

Enfin, s’il vibre profondément à toutes les émotions, son bon sens l’empêche de tomber dans la sensiblerie et sa rectitude l’éloigne du morbide.

Le Jupitérien jouit d’un psychisme euphorique et optimiste par contraste avec le psychisme inquiet du Saturnien. L’adjectif « jovial » s’applique parfaitement à lui. Il vient d’ailleurs de « joris », nom latin familier de Jupiter. Par contre, il manque de patience, ses colères sont fréquentes, mais retombent aussi facilement, sans trace de rancune. Son jugement est mesuré et équilibré et le sujet cherche à trouver pour son activité un point d’application qui soit réel et concret. Ses aptitudes organisatrices sont remarquables et ses conceptions claires sont comprises de tous. Il est équitable et juste. Il a aussi le sens de la responsabilité car il ne veut surtout pas bouleverser l’ordre établi.

Le scandale n’est pas son fait et s’il n’a pas de scrupules pour goûter les plaisirs théoriquement défendus, il s’efforcera de tenir sa famille et les siens à l’abri de ses débordements. C’est avant tout un épicurien qui n’a nul désir de se priver des agréments de la vie ou de vivre dans les macérations du dévot. Mais il cherche toujours un ordre harmonieux où chacun puisse trouver sa place selon ses capacités, mais où nul n’est brimé ou sacrifié.

En astrologie

Jupiter gouverne dans le zodiaque deux signes : le Sagittaire, signe de la justice, et les Poissons, signe de la philanthropie. La médecine et la jurisprudence sont ses professions privilégiées. Dans l’organisme humain, Jupiter veille au fonctionnement de la circulation du sang et du foie.  

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Le Sagittaire comme les Poissons sont des signes dits « doubles », à cette image Jupiter possède donc deux visages : il est à la fois le dieu des dieux, dispensant sagesse et justice et, le jouisseur-séducteur. Pourtant, il incarne aussi le principe d’équilibre, d’autorité, d’ordre, de stabilité dans le progrès, d’abondance, de préservation de la hiérarchie établie. C’est la planète de la légalité sociale, de la richesse, de l’optimisme et de la confiance. Les Anciens l’avaient d’ailleurs gratifié du nom de « grand bénéfique ».

Jupiter représente l’épanouissement et l’expansion dans quelque domaine que ce soit : spirituel, émotionnel, mental ou matériel, selon sa position dans le thème. En effet, Jupiter a des rapports spécifiques avec la religion, la loi, la pédagogie, la philosophie. La planète partage avec Mercure la domination de tout ce qui concerne la raison et l’intellect. Si Mercure apporte la connaissance et la communication, Jupiter pourvoit en entendement, en sagesse et en savoir-faire. Comme Mercure, Jupiter régit les voyages, de longues distances, les explorations et les aventures, y compris celles qui sont spirituelles. Le travail de Jupiter, c’est la croissance et la réalisation. Enfin, Jupiter est connu pour ses influences positives dans le domaine de la fortune, du succès, des récompenses et des opportunités heureuses. Mais il faut se souvenir que Jupiter a toujours besoin de Saturne pour affirmer ses conquêtes. Jupiter est philosophe et voyageur en Sagittaire, mais plus renfermé et mystique en Poissons.

Dans un thème, Jupiter donne des indications sur le développement de l’être et son évolution potentielle. En outre, cette planète influence la destinée dans son ensemble, exprimant les points forts d’une existence et ses chances de réussite. Il est expansion et grâce. Il donne une tendance à s’intégrer dans un ordre vaste ou à établir une relation entre soi et un tout plus vaste. Besoin de confiance, de vérité et confiance en soi et dans la vie, besoin de s’améliorer.

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Jupiter en chute dans les Gémeaux et en exil dans la Vierge

Jupiter signifie encore une volonté, faible à l’extérieur, mais obstinée à l’intérieur, et l’épanouissement. C’est une fonction d’organisation, en principe d’expansion. Il représente dans un thème les tendances spirituelles, les aspirations sociales. C’est un facteur d’honnêteté, de sociabilité, de plénitude. Il correspond dans le développement personnel au cycle de la cinquantaine. Il règne sur la jouissance des biens matériels et spirituels acquis dans les cycles précédents. Il présume aussi bien des capacités de gestion et d’administration que du standing et des droits et privilèges personnels.

Sur le plan social, les Jupitériens sont faits pour présider. Ils on le sens social du devoir actif envers le groupe. La société est pour lui une nécessité. C’est l’animal politique. Dissonant, il tend à l’anarchie et à la révolte. Jupiter met chaque entité individuelle en contact avec des groupes actifs plus importants, donnant le sens et le sentiment d’une vie plus grande.

Un aspect tout différent du principe jupitérien nous est donné par son rôle religieux. Il ne faut pas négliger le puissant magnétisme vital de Jupiter, souvent apte à devenir un guérisseur et qui, sur le plus du transfert, apporte une aide puissante par la confiance pacifiante qu’il inspire. Jupiter peut aussi symboliser le patriarche qui comprend la vie et ses problèmes à l’inverse de Saturne qui serait le moine solitaire. Le message de Jupiter est un message de joie de vivre et non d’austérité.

Dans un thème individuel, on étudie la position et les aspects de Jupiter afin d’être informé sur :

       Les possibilités d’expansion du sujet, liées à son optimisme, à son esprit social et conformiste, respectueux de l’ordre établi, à son équité, à sa bienveillance ;

       Son intégration dans la vie en général ;

       Le domaine où il trouve son profit, s’épanouit et tente sa chance avec un certain bon sens, sous le signe de l’optimum et de l’abondance.

La personne marquée par une dominante jupitérienne est sociable et avenante. Elle aime les plaisirs concrets, se montre volontiers autoritaire, mais avec bienveillance. Epicurienne, elle en impose par son assurance.  

Au plan physiologique

Jupiter préside à l’équilibre de la vie organique et à l’organisation de la substance, ainsi qu’à la régularisation de la circulation artérielle. Il est lié aux fonctions hépatiques de digestion et d’assimilation par le foie. Il fonctionne en mettant en œuvre tout particulièrement le système nerveux sympathique, les glandes surrénales, ainsi que le nerf sciatique.

Planète d’Air, chaude et humide, Jupiter incarne un type de tempérament sanguin. Sa vitalité est grande, mais risque d’être amoindrie par une tendance aux excès, en raison de l’importance de ses appétits physiques. Il peut en résulter une tendance à la pléthore, aux surcharges entraînant l’encrassement de l’organisme, en dépit d’une bonne élimination. La tendance à l’expansion se retrouve dans la morphologie dilatée et ses formes pleines.

Jupiter dans la tradition et l’imagerie populaire

Jupiter est couramment représenté comme un noble vieillard, quelque peu autoritaire, faisant régner l’ordre dans l’Olympe comme parmi les hommes. Il brandit le foudre dont il frappe ceux qui ont provoqué son mécontentement.

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Jupiter brandissant le foudre – Versailles – Galerie des Glaces

Jupiter, c’est le grand bénéfique, censé apporter réussite et opulence. Dans cette optique, il est donc synonyme d’épanouissement et d’optimisme, de chance et de pouvoir reconnu, de célébrité aussi. C’est oublier trop facilement les significations négatives du dit Jupiter basées essentiellement sur l’idée d’une perte des valeurs essentielles. Jupiter signe donc l’inflation sous toutes ses formes : exagération, amplification. Le monarque bienveillant devient le tyran abusif. Car ce qui caractérise vraiment Jupiter au négatif, c’est l’absence de limites, et le « bling-bling » ambiant.

Les extensions symboliques de Jupiter sont en relation avec les lois, les gouvernants, la hiérarchie, la politique, la religion officielle.

La présence dominante de Jupiter dans un thème peut faire le ministre, l’acteur, et tout personnage dont l’image est marquée d’une certaine ampleur et d’un besoin évident d’être reconnu.

On trouve des Jupitériens dans les professions libérales (médecins, avocats, architectes…), mais aussi dans le monde de la finance (banque, bourse, change), chez les enseignants, professeurs, universitaires, dans le monde des jeux et des courses et même chez les propriétaires de chevaux. Les professions du tourisme et du voyage sont également occupées par des Jupitériens : explorateurs, guides, voyagistes. Enfin, on les rencontre également dans les hautes sphères de l’Eglise, qu’ils soient cardinaux ou évêques, comme dans celles de la Justice avec les magistrats.

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Le monde jupitérien c’est également celui de la bourgeoisie.

Le Jeudi est le jour de Jupiter.

Ses qualificatifs sont : jovial, joyeux, jouisseur…

Ses couleurs sont : le violet, le parme, le pourpre, le bordeaux et le bleu nuit.

Ses fleurs sont glaieul le glaïeul et orchidee_papillon l’orchidée

et ses plantes sont le romarin romarin-en-fleurs et la menthe Single peppermint plant

hetre Son arbre est le hêtre aux feuilles d’or et au tronc lisse, pour sa force et sa noblesse.

Son animal est le cheval cheval-mustang mais c’est encore le cerf animal-jupiterien-le-cerf 

Le zèbre zebre le chien chien et le dauphin dauphin

etain Son métal est l’étain et ses pierres sont grenat-perles le grenat et amethyste-pierre-de-jupiter l’améthyste.

Et puis, Jupiter se parfume citrus-cedrat au cédrat, bergamote1 à la bergamote, cuir-de-russie au cuir de Russie, ylang-ylang à l’Ylang-Ylang.

Son instrument de musique est saxophone le saxophone.

Et ses objets sont arc-fleches-et-carquois l’arc, ses flèches et son carquois  

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deco_noel11Pour vos cadeaux de Noël, vos étrennes de Nouvel An, pour une fête, un anniversaire, ou tout simplement pour faire plaisir, pensez à offrir une consultation astrologique.

Sur ce site, au chapitre de mes chroniques, dans la rubrique « Cadeaux », vous trouverez les modalités d’organisation de cette consultation, ainsi qu’un exemple d’une carte-invitation.

 

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LE DERNIER DES DOUZE TRAVAUX D’HERCULE… DESCENTE DANS L’UNIVERS DU SCORPION ET DE PLUTON

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 20-11-2010

Le dernier des travaux d’Hercule nous parle de sa descente dans les Enfers. Il eut pour ordre d’aller chercher le chien Cerbère, gardien des morts. Certains disent que ce chien avait cent têtes, d’autres trois, d’autres encore seulement deux… Quoiqu’il en soit il n’a rien d’un animal de compagnie attachant et le ramener ne peut être une partie de plaisir. Le héros doit l’appâter avec un gâteau de miel, mais Cerbère a vite fait de dévorer le bras et le reste du corps de celui qui s’approche de lui.  

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Hercule et Cerbère

Et pourtant, Hercule parviendra à ramener Cerbère à Trézène, dans la patrie de Thésée, le vainqueur du Minotaure. Pour une courte durée pourtant car le chien des Enfers ne peut demeurer longtemps absent.

Le succès de la mission imposée à Hercule n’apparaît pas comme essentiel. Mais, pour réussir, le héros doit passer par l’initiation aux Mystères, à Eleusis. Sans ce passage par la mort, sans cette préparation ultime, jamais Hercule n’aurait pu affronter les Enfers, pas plus qu’Enée n’aurait pu le faire sans être accompagnée de la Sibylle.

Hercule prolonge son initiation en demeurant un mois sous les ordres de Pluton, chez les Morts. Là, il va délivrer ceux qui sont assis sur la chaise d’oubli, Thésée et Pirithos, bien que certains assurent que seul Thésée fut libéré. Hercule vient à bout du berger qui garde les troupeaux infernaux, Ménoetès, puis s’empare du chien et, selon certains, le ramène en Argolide.

Ainsi le héros achève ses travaux sur la plus angoissante des épreuves. Entrer dans les Enfers, y rencontrer des âmes célèbres, surmonter tous les pièges de la traversée, à l’aller comme au retour, prépare son âme à sa propre fin, proche alors… Car bientôt Hercule enfilera la tunique imprégnée de poison que sa femme Déjanire lui fait porter dans l’espoir que son mari lui gardera son amour. Nessos qui voulait venger la mort des Centaures tués par Hercule lui ayant assuré que le liquide contenu dans le pot qu’il lui avait remis lui garantirait la fidélité de son époux. Elle découvre, trop tard, qu’il s’agit d’un terrifiant poison. Mais Lichas est déjà parti au galop, avec la chemise mortelle. De désespoir, comprenant que Nessos s’est joué d’elle, Déjanire se poignarde ou se pend.  

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Hercule et la tunique empoisonnée

Pendant ce temps, Hercule, ayant enfilé la chemise, commence à brûler dans tout son corps, s’arrachant la peau, hurlant de douleur. Le poison fait rapidement son effet et s’empare du héros comme un feu dévorant, à tel point que pour mettre un terme à ses souffrances il se jette dans le bûcher qu’il a fait préparer par un de ses fils, choisissant ainsi son heure. Jupiter se réjouit de cette mort pleine de dignité et affirme à tous qu’il accueillera bientôt la part immortelle de son bien-aimé fils. Il envoie alors sa foudre pour réduire en cendres le bûcher et consumer le corps d’Hercule.

« Un nuage le ravit aux yeux de ses compagnons tandis que, dans le fracas du tonnerre, Jupiter l’enlevait au ciel sur un char tiré par quatre chevaux ; Athéna le prit alors par la main et le présenta solennellement à ses amis les dieux ». Et là, nous dit Robert Graves, Hercule devint l’infatigable portier du Ciel. Ensuite, il épousa Hébé, la déesse de la jeunesse et Jupiter le plaça parmi les constellations.

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La constellation d’Hercule

La fonction de l’Hercule classique est assumée en Irlande par Cùchulainn, qui est le fils du dieu Lug, comme Hercule est le fils de Jupiter. La popularité ou célébrité du héros celtique suffit à rendre compte de la grande extension du culte d’Hercule en Gaule à l’époque romaine. Les auteurs grecs racontent que le héros était, en Gaule, le père de Keltos et de Galatos, et qu’il avait parcouru toute la Celtique, mais les détails qu’ils apportent sont lacunaires. L’Hercule celtique symbolise uniquement la force pure. Il a part aussi à l’aspect magique de la fonction guerrière. 

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Hercule et l’hydre

Bibliographie

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Robert Laffont                                                                                                                                           Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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DANS LE BESTIAIRE SCORPION… LE SANGLIER

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 19-11-2010

Le symbolisme du sanglier est d’origine très ancienne et couvre la plus grande partie du monde indo-européen. Le mythe est issu de la tradition hyperboréenne. Le sanglier y figure l’autorité spirituelle. Ce qui peut être en rapport avec la retraite solitaire en forêt du druide ou du brahmane, ou avec la propriété du sanglier de déterrer la truffe mystérieuse produit de la foudre, selon d’anciennes légendes, et de se nourrir des fruits du chêne, arbre sacré. A lui s’oppose l’ours, emblème du pouvoir temporel. En Gaule, aussi bien qu’en Grèce, on chasse le sanglier, et même on le met à mort. C’est l’image du spirituel traqué par le temporel.  

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Le quatrième des douze travaux d’Hercule consistait à capturer vivant le sanglier d’Erymanthe, animal malfaisant qui se terrait sur cette montagne d’Arcadie appelée Erymanthe. C’est également Homère qui nous rapporte dans un de ces récits comment Heleager, aidé de Thésée et d’Atlante, donne la chasse au sanglier monstrueux de Calydon, envoyé par Artémis pour punir l’impiété de son roi Oené. Il y a là, de toute évidence, un symbolisme d’ordre cyclique, par substitution d’un règne à un autre. Notre cycle est désigné par les Hindous comme étant celui du sanglier blanc.

En astrologie chinoise, le sanglier est considéré comme un signe particulièrement auspicieux et un gage de loyauté.

Au Japon, le sanglier est un animal zodiacal, associé au courage, voire à la témérité. Il sert de monture au Kami de la guerre. Inoshishi, porc sauvage-sanglier, est le dernier des douze animaux du Zodiaque. Au Japon, il est donc symbole de courage et de témérité. Devant les sanctuaires shintoïstes consacrés à Wakenokiyomaro se trouvent des statuettes de sangliers. Le dieu de la guerre, lui-même, Usa-Hachiman est parfois représenté sur un sanglier.

Si le sanglier apparaît au centre de la Roue de l’Existence bouddhique, c’est sous la forme d’un animal noir, symbole de l’ignorance et des passions. On le désigne parfois comme un porc et c’est bien sous cet aspect qu’il faut voir les significations obscures de l’animal, autant est vil celui du porc. Le porc sauvage est le symbole de la débauche effrénée et de la brutalité.

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Il Porcellino – Loggia del Mercato Nuovo – Florence

Pendant tous ces temps anciens, il est frappant de constater que le sanglier fut pour l’homme non seulement un concurrent mais aussi un adversaire réellement dangereux. A l’époque gauloise au moment où se sont développées les grandes forêts en Europe, l’animal est chassé autant par plaisir que par nécessité. C’est à cette même époque qu’il prend une valeur symbolique de plus en plus importante et l’allure d’un véritable symbole guerrier. Les représentations figurées qui attestent de ce caractère abondent. L’une des plus célèbres est la statuette retrouvée à Euffigneix en Haute-Marne. Le sanglier figure très fréquemment sur des enseignes militaires gauloises, en particulier sur celles de l’Arc de Triomphe d’Orange et sur des monnaies de l’indépendance. On possède un assez grand nombre de sangliers votifs en bronze et de nombreuses représentations sur des reliefs de pierre. L’animal n’a cependant rien à voir avec la classe guerrière, si ce n’est pour s’opposer à elle en tant que symbole de la classe sacerdotale.

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Sanglier sur insigne militaire gauloise

Le sanglier est, comme le druide, en rapport étroit avec la forêt : il se nourrit du gland du chêne et la laie, symboliquement entourée de ses neuf marcassins, fouit la terre au pied du pommier, l’arbre de l’immortalité. Confondu avec le porc, dont il se distingue du reste très mal, les Celtes avaient des troupeaux de porcs vivant pratiquement à l’état sauvage, le sanglier constitue la nourriture sacrificielle de la fête de Samain et c’est l’animal consacré à Lug. Dans plusieurs récits mythiques, il est question du porc magique qui, dans les festins de l’Autre Monde, est toujours cuit à point et ne diminue jamais. Au grand festin de la fête de Samain, le premier novembre, la nourriture principale consiste en viande de porc.

Moccus « porc » est un surnom de Mercure dans une inscription gallo-romaine de Langres. Le twrch trwyth, en irlandais triath, le roi, qui s’oppose à Arthur, représente le Sacerdoce en lutte contre la royauté à une époque de décadence spirituelle. Le père de Lug, Cian, se transforme en porc druidique pour échapper à ses poursuivants. Il meurt toutefois sous forme humaine.

En aucun cas, et pas même dans des textes irlandais d’inspiration chrétienne, le symbolisme du sanglier n’est pris en mauvaise part. Il y a là une contradiction entre le monde celtique et les tendances générales du christianisme. On pense par association d’idées à Dürer, remplaçant, près de la crèche de Noël, le bœuf et l’âne par le sanglier et le lion.

Cependant, bien avant les Gaulois, les hommes chassaient et vénéraient les sangliers. A l’époque néolithique, l’homme cherche à domestiquer l’animal et le porc domestique est né à cette époque et, pendant des siècles, il fournit la plus grande partie de la viande consommée par l’homme en Europe.

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Sanglier dans la Grotte de Lascaux

Durant la Préhistoire, la cohabitation, plus ou moins concurrentielle, plus ou moins prédatrice, de l’homme et du sanglier, connut sans doute des phases diverses principalement du fait de l’alternance de périodes glacières et de phases interglaciaires. A cette même époque, le sanglier est très présent dans le pourtour méditerranéen et apparaît fréquemment dans la mythologie et notamment celle des Grecs, comme évoqué précédemment.

Dans la tradition chrétienne, le sanglier symbolise le démon, soit qu’on le rapproche du cochon, goinfre et lubrique ; soit que l’on considère son impétuosité, qui rappelle la fougue des passions ; soit encore que l’on évoque son passage dévastateur dans les champs, les vergers et les vignobles.

Ce symbolisme du sanglier était très riche chez les Celtes, mais il était aussi présent de façon généralisée dans les mythes indo-européens comme dans la Grèce mycénienne, l’Inde védique, chez les Germains, laissant penser à une origine commune. Il représente la force et le courage ainsi que la Connaissance et a un rapport avec l’Au-delà. Les Celtes le considéraient comme un animal sacré. Des têtes de sanglier ornent les armes et sa viande accompagne les défunts dans leur dernier voyage.

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Chasse au sanglier de Calydon par Maléagre et Artémis – Sur monument funéraire – Musée du Capitole à Rome

Les pratiques funéraires de l’époque reflètent d’ailleurs l’importance accordée à l’animal. Dès l’âge de Bronze (2000 – 800 avant Jésus-Christ), on dépose dans les sépultures des défenses de sanglier. On y voit une promesse d’abondance dans l’au-delà, peut-être pour le guerrier la préfiguration du banquet divin qui attend les plus méritants. Son rôle est à rapprocher de celui du taureau dans les mythologies des origines de l’Europe. Certains druides, dont le sanglier était l’attribut, se faisaient appeler « sanglier ».

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Blason de Givonne dans les Ardennes

Le Moyen Age européen reprit cette symbolique dans l’Héraldique où le sanglier est très représenté, notamment dans les Ardennes, mais également dans le vocabulaire de l’escrime avec l’expression « dent du sanglier ». En règle générale, le sanglier apparaît dans les blasons, de profil et « passant » c’est-à-dire semblant avancer, trois pattes au sol, une patte avant levée. Il est dit « défendu » si ses défenses sont d’une couleur différente de celle du corps. Sa tête se dit « hure », son nez « boutoir » et sa couche « bauge ».

Le sanglier est la mascotte et le symbole des Ardennes où il abonde. En effet, la sculpture du « plus grand sanglier du monde », Woinic, symbolise le département des Ardennes.

obelix-et-le-sanglierDans la bande dessinée Astérix, les Gaulois et notamment Obélix, sont connu pour leurs rôtis de sanglier.

Le sanglier apparaît souvent dans la pharmacopée du passé. L’utérus de laie, après marinade, fournissait une poudre qui passait pour renforcer celui de la femme et de le rendre propre à la fécondation. L’urine de l’animal tué restant dans sa vessie était, après adjonction d’un peu d’huile, mise à sécher dans la cheminée. Lorsqu’elle avait pris la consistance du miel, c’était un remède contre les calculs biliaires et les vers chez l’enfant.

Les défenses des mâles furent également employées comme talisman pour la protection. Les Romains en fixaient aux harnais de leurs chevaux avant les batailles. Aujourd’hui, on les voit toujours comme pendentifs pour les ânes ou les mules dans certains pays.

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Les soies de l’animal continuent pour leur part à fournir à la brosserie une matière première d’une qualité exceptionnelle et irremplaçable, d’une dureté qui les rend inusables, tout en étant d’une grande douceur.

Enfin, le sanglier joue un grand rôle sur la dissémination des truffes. En effet, le sanglier en mangeant vers de terre et insectes contribue à la dissémination des ascopores et du mycélium truffier dans la forêt. De plus par son action de remuage et d’aération du sol, le sanglier semble favoriser le développement de la truffe, tout en faisant des dégâts sur de jeunes truffières plantées en arrachant les arbres. La truffe c’est ce champignon souterrain de la taille d’une noix, que l’on appelle « le diamant noir » dans le Périgord et en Provence, bien dans la symbolique plutonienne ou Scorpion et de tout ce que recèle le monde souterrain.

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

sanglier-embleme-des-druides Sanglier, emblème des druides

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UNE FLEUR SCORPION… LA PERVENCHE…

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 14-11-2010

VIOLETTE DES MORTS… VIOLETTE DES SORCIERS… VIOLETTE DES SERPENTS

A la fin de l’automne, on récolte les sommités de la pervenche, vinca minor, plante toxique, qu’on utilise comme médication contre les saignements de nez, des gencives et en gynécologie. Les substances qu’elle contient, confèrent à cette plante des qualités hypoglycémiantes et anti-tumorales. Avant même que ces propriétés pharmacologiques soient établies, la tradition considérait la pervenche comme capable d’arrêter les hémorragies : « Elle étanche le sang de quelque part qu’il coule », affirmaient les auteurs anciens, tandis qu’on l’employait dans les campagnes pour arrêter le flux menstruel et empêcher les avortements si on la portait attachée autour de la cuisse. Cette dernière croyance rejoint d’ailleurs une de ses indications majeures : arrêter les hémorragies car elle est astringente. Elle est également vulnéraire, fébrifuge et sudorifique. Par ailleurs, on en frottait les morsures de serpents en récitant des formules secrètes.

pervenche La pervenche

Mais la pervenche se distinguait surtout par ses vertus magiques : si, après en avoir jeté des tiges dans le foyer, on prononçait certaines invocations ou formules propres à attirer les âmes des trépassées, les volutes de la fumée faisaient apparaître les figures des êtres chers. Capable de ramener au monde visible ceux qui appartiennent au monde invisible, la pervenche entrait tout naturellement dans les philtres d’amour, pour redonner vigueur aux liaisons rompues et faire revenir les amants volages.

Les feuilles de cette plante vivace, d’un vert brillant, sa vigueur parfois envahissante et sa capacité à se renouveler par des rejets ont certainement contribué à établir une relation entre la pervenche et l’idée d’immortalité. Cela lui a valu, en Italie le jour des Morts, d’être tressée en couronnes qu’on posait sur la tombe des enfants et des adolescents pour ainsi exprimer le souhait de les voir se réincarner « dans la descendance de la même famille ». En Flandre, on jonchait le chemin que suivaient les futurs mariés pour se rendre à l’église, ses fleurs d’un bleu pur symbolisant l’innocence de la fiancée et ses feuilles la pérennité des sentiments amoureux.

Les lettres de noblesse de cette jolie fleur bleue lui ont été données par celles de Madame de Sévigné qui, en 1684, écrivait à sa fille, Madame de Grignan : « Enfin, ma bonne, quoi qu’il en soit, consolez-vous et guérissez-vous avec votre bonne pervenche, bien verte et bien amère mais bien spécifique à vos maux et dont vous avez senti de grands effets : rafraîchissez-en cette poitrine enflammée ».

Ce fut ensuite le cœur de Jean-Jacques Rousseau qu’elle fit battre pour qui elle évoquait Madame de Warrens qui la lui avait montrée sur le chemin des Charmettes. Elle a d’ailleurs séduit de nombreux poètes, y compris Georges Brassens.  

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La Pervenche – Planche botanique

Parce que ses tiges souples qui rampent sur le sol conservent toute l’année leurs petites feuilles ovales d’un beau vert foncé et luisant, on l’a tout naturellement associée à l’idée d’éternité.

Savez-vous qu’on préparait autrefois un excellent vin fortifiant que l’on donnait à raison de deux à quatre cuillerées à soupe par jour, avant les repas, aux sujets fatigués, faibles des poumons. Il existe deux techniques : soit faire macérer pendant dix jours 100 grammes de feuilles coupées, fraîches de préférence, dans un litre de Banyuls ; passer en exprimant à travers un linge fin ; soit faire infuser 100 grammes de feuilles coupées dans un litre de vin rouge bouillant avec 100 grammes de sucre. On laisse refroidir et on passe en exprimant. Une décoction composée de 50 à 60 grammes de feuilles pour un litre d’eau ou de vin s’emploie en gargarismes et bains de bouche contre l’inflammation des amygdales, de la luette, les ulcérations buccales ; en lavages et compresses sur les plaies se cicatrisant mal. Une feuille fraîche, écrasée entre les doigts et introduite dans la narine, arrête le saignement de nez.  

Toutefois, on a commencé à s’intéresser aux bienfaits de la pervenche en 1539 puisque Agricola la préconisait déjà pour soigner les angines. Celle qui pousse à Madagascar est utilisée par les guérisseurs locaux contre le diabète. Des études récentes ont montré que l’un de ses soixante alcaloïdes, la vinorelbine, freine la multiplication cellulaire dans certains cancers. Un médicament, la Navelbine, a été mis au point à partir de cette substance. Les études cliniques ont montré qu’il est efficace dans 60 % des cancers du sein résistants aux chimiothérapies classiques.  

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La Pervenche de la famille des Apocynacées

La pervenche est une plante herbacée pérenne de la famille des Apocynacées. En zone européenne tempérée, à la différence du muguet et de l’anémone des bois, elle serait un bio-indicateur qui signale qu’une parcelle a été autrefois cultivée, éventuellement plusieurs siècles ou millénaires auparavant. Elle renseigne donc sur la naturalité des forêts… Son symbole d’immortalité est donc bien approprié.

Le mot « pervenche » vient du latin « vinca pervinca » ou « vinca » : c’est-à-dire pervenche, de « vincire » qui signifie « lier », « attacher », car cette plante dont les horticulteurs font des bordures s’étend comme une corde. Par ailleurs, la pervenche a donné son nom à une teinte de bleu mauve, le bleu pervenche, qui rappelle celle de ces fleurs. Et ce nom de « pervenche » désigne les contractuelles de Paris qui collent des « papillons » sur nos pare-brises, en raison de la couleur de leur uniforme.

Enfin, elle inspira à Lamartine un joli poème, « La Pervenche » :

Pâle fleur, timide pervenche,

Je sais la place où tu fleuris

Le gazon où ton front penche

Pour humecter tes yeux flétris !…

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                  

Cette petite fleur en forme d’hélice un peu vrillée, très vivace, présente un autre avantage, elles repoussent les orties sans même qu’on s’en occupe.  

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Bibliographie

Fêtes et Croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – EditionsBordas                                                                                                                                                  Nos grand-mères savaient – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont                                                                                                                                                        Les Plantes et leurs vertus – Marie Borrel – Editions du Chêne  

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DANS LA SYMBOLIQUE SCORPION… UN METAL… L’AIRAIN OU LE BRONZE

(08 - LES PIERRES ET METAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 13-11-2010

Airain, du latin « aes », est un terme synonyme de bronze, utilisé dans certains contextes. Dans l’Antiquité, ce terme était utilisé pour désigner le bronze d’une façon noble. On le retrouve dans la mythologie grecque avec l’épisode de la Biche de Cérynie, la biche au pied d’airain, et celle des pays nordiques. Le terme est également utilisé dans la Bible et dans un registre poétique. Ce terme désigne aussi l’alliage utilisé pour la fonderie des cloches.

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Cloche Saint-Antoine à Murat

Cet alliage de différents métaux, principalement d’étain et d’argent avec du cuivre, l’airain est symboliquement issu du mariage des contraires, ces métaux étant associés les uns avec la Lune et l’eau, l’autre avec le Soleil et le Feu. D’où l’ambivalence, et le caractère violemment conflictuel des deux faces de son symbolisme. Métal éminemment sonore, il est tout d’abord une voix, d’un côté celle du canon, de l’autre celle de la cloche, voix contraires s’il en est, mais toutes deux terribles et puissantes. 

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Hésiode décrit en termes effrayants la troisième race des hommes, la race de bronze, caractérisée par sa démesure : « Et Zeus, père des dieux, créa une troisième race d’hommes périssables, race de bronze, bien différente de la race d’argent, fille des frênes, terrible et puissante. Ceux-là ne songeaient qu’aux travaux gémissants d’Arès (Mars) et aux œuvres de démesure. Ils ne mangeaient pas le pain ; leur cœur était comme l’acier rigide ; ils terrifiaient. Puissante était leur force, invincibles les bras qui s’attachaient contre l’épaule à leur corps vigoureux. Leurs armes étaient de bronze, de bronze leurs maisons, avec le bronze ils labouraient, car le fer noir n’existait pas. Ils succombèrent, eux, sous leurs propres bras et partirent pour le séjour moisi de Hadès (Pluton) frissonnant, sans laisser de nom sur la terre. Le noir trépas les prit, pour effrayants qu’ils fussent, et ils quittèrent l’éclatante lumière du soleil » – Les Travaux et les Jours, traduction de Paul Mazon, les Belles-Lettres, Paris 1928.

Métal des œuvres de force et de violence, dans la mythologie d’Hésiode, il l’est encore dans la philosophie de l’évolution développée par Lucrèce. Métal sacré, l’airain fut employé pour les instruments du culte depuis l’antiquité jusqu’au bouddhisme et au christianisme. Chez les Hébreux, le serpent d’airain surmonte les étendards et un seul regard vers son image préserve de la mort par la piqûre du serpent brûlant ; il sera exposé dans le temple, comme un symbole de protection divine ; chez eux encore, les quatre coins de l’autel des holocaustes seront couverts de cornes d’airain : le criminel qui les saisissait était à l’abri du châtiment.

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D’airain, les vases qui tintaient au vent dans les bois sacrés de Zeus à Dodone ; d’airain, le palais d’Héphaïstos,  les portes des temples, le toit du temple de Vesta, la première statue romaine de Cérès, les coupes des libations sacrées ; d’airain la voûte du ciel pour les Egyptiens. D’airain, chez les Romains, le rasoir qui coupe les cheveux des prêtres et la charrue qui trace les limites d’un camp ou d’une nouvelle ville. Ce métal dur était symbole d’incorruptibilité et d’immortalité, ainsi que d’inflexible justice ; si la voûte du ciel est d’airain, c’est qu’elle est impénétrable comme ce métal, et c’est aussi que ce métal est lié aux puissances ouraniennes les plus transcendantes, celles dont la voix résonne comme le tonnerre, inspirant aux hommes un sentiment fait de respect et d’épouvante.

« Tout ange est terrible », disait Rilke, et c’est bien à la manière de cet ange que l’airain est terrible. Il n’est pour s’en rendre compte que d’entendre sonner quelque part le gros bourdon d’une cathédrale.

C’est bien la résonance exceptionnelle de cet alliage qui fait que Fama, la déesse de la Renommée, l’a choisi comme matériau pour construire son palais, au sommet d’une montagne. Là encore, apparaît la dualité du symbole. Car Fama, dans son palais qui renvoie en les amplifiant les paroles qui lui parviennent, « vit entourée de la Crédulité, de l’Erreur, de la Fausse Joie, de la Terreur, de la Sédition, des Faux Bruits ».

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Empédocle scrutant l’Univers – Luca Signorelli – Orvieto Cappella Nuova

Duel et donc ambivalent aussi est le symbole contenu dans la légende de la « Biche au pied d’airain », comme celui de la sandale d’Empédocle, également d’airain. Il se peut que le métal symbolise dans ces cas une séparation de la condition terrestre et de la corruption. Si l’Etna, dans le cratère duquel le philosophe se serait plongé, rejeta sa sandale de bronze, c’est, considéraient les Anciens, pour que sa doctrine reste sur terre immarcescible, tandis que son auteur était admis dans la société des dieux. Sa doctrine serait immortelle parmi les hommes, comme il l’était devenu parmi les dieux. Le pied d’airain de la biche est ambivalent : il peut signifier aussi bien la séparation de la terre corrompue grâce à ce métal dur et sacré que l’alourdissement de la biche, de nature légère et pure, par le poids des désirs terrestres : d’un côté, sublimation de la nature ; de l’autre, dépravation. C’est le caractère bipolaire du symbole. Plus simplement, il souligne la fuite éperdue de la biche infatigable, se dérobant aux poursuites des chasseurs : course perpétuelle et sacrée de la vierge farouche.

Du fait qu’il était sacré, l’airain isolait la biche du monde profane, et du fait qu’il était lourd, il l’asservissait à la terre. On aperçoit alors les deux aspects, diurne et nocturne, de la biche aux pieds d’airain : son caractère virginal en était accentué, mais il pouvait se pervertir en lourds désirs terrestres, qui interdisaient tout envol.

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La biche aux pieds d’airain poursuivie par Héraclès – Gustave Moreau

C’est du point de vue de la symbolique propre à la biche que l’on peut interpréter la légende. La biche est l’animal à la course légère, rapide comme la flèche : si l’on accentue ce caractère, on dira qu’elle est infatigable, que ses sabots sont inusables, qu’elle a en ce cens les pieds d’airain ; si, d’autre part, on considère son caractère farouche, sa fuite lointaine jusque chez Hyperboréens, qui étaient les sages des origines, la biche aux pieds d’airain, qu’Héraclès veut capturer vivante au terme d’une longue poursuite, dans la direction du Nord, symbolisera la sagesse, si difficile à atteindre… Ici le symbole du métal sacré et celui de la biche fugitive se rejoignent.

Pour en revenir à l’airain ou au bronze, un grand nombre de mentions textuelles irlandaises concernent des armes, des outils ou des bijoux de bronze. Ce métal symbolise la force militaire, quoiqu’il indique aussi un état ancien de civilisation matérielle, l’Age de Bronze. Mais un problème est posé par le finduine ou bronze blanc dont on ne sait trop s’il désigne le laiton ou l’électrum. Il est probable que les Irlandais l’ont appliqué, tantôt à l’un, tantôt à l’autre.

Dans la tradition grecque, c’est le premier roi de Chypre, Cinyros, venu probablement de Byblos, qui aurait inventé le travail du bronze.

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La Mort de Talos

D’après Hésiode, la race de bronze est terrible et puissante. L’un des derniers représentants sur terre de cette race de bronze aurait été Talos, personnage de la légende crétoise, tantôt être humain, tantôt mécanique de bronze, semblable à un robot, qui aurait été fabriqué, soit par Héphaïstos, soit par Dédale, l’ingénieur-architecte du roi Minos. Ce Talos de bronze était une créature redoutable. Il était chargé par Minos d’empêcher les étrangers d’entrer en Crète et les habitants de l’île d’en sortir. Il bombardait les contrevenants d’énormes pierres, ou pire encore, portant au rouge son corps de bronze, il poursuivait, étreignait et brûlait les coupables. C’est pour lui échapper que Dédale se serait enfui de l’île par la voie des airs. Mais, notation importante, « Talos était invulnérable sur tout son corps, sauf au bas de la jambe, où se trouvait une petite veine, fermée par une cheville… Médée réussit, par ses enchantements, à déchirer cette veine, et Talos mourut ». Et ce fut la fin de la race de bronze. Ce qui est ici remarquable, c’est cette vulnérabilité au bas de la jambe, comme Achille n’était vulnérable qu’au talon. C’est l’indice d’une faiblesse psychique et morale. Il est singulier de toute la puissance énergétique du robot de bronze se soit écoulée par ce canal, une fois qu’il eut été ouvert par la magicienne. Peut-on s’aventurer à dire que Talos symbolise l’énergie de mauvaise aloi, de nature purement matérielle, l’énergie pervertie, entièrement soumise aux charmes de la magie, cette magie fût-elle celle de la science et de l’art d’un Dédale, d’un Héphaïstos, d’une Médée ?

Dans le folklore français, les noces de Bronze correspondent à 22 ans de mariage. 

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Bibliographie 

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

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FATUM ET DESTIN : LE RENDEZ-VOUS DE SAMARRA

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 08-11-2010

Il était une fois un jeune homme qui vivait à Ispahan où il était serviteur chez un riche marchand. Un matin, très tôt, le jeune homme chevaucha jusqu’au marché, et dans son galop tintinnabulaient dans le coffre les pièces avec lesquelles il devait acheter la viande, les fruits et le vin. Mais en arrivant sur la place du marché, il vit la Mort qui lui faisait signe comme pour lui parler. Terrorisé, il fit faire volte-face à son cheval et partit en fuyant, en direction de Samarra.

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A la tombée de la nuit, épuisé et sale, il arriva à une auberge et avec l’argent des marchandises, il paya une chambre et s’écroula sur le lit, fatigué, et en même temps soulagé parce qu’il croyait avoir dupé la Mort. A minuit, on frappa à la porte de la chambre et, c’était la Mort, souriant aimablement.

« Comment se fait-il que vous soyez ici ? demanda le jeune homme, pâle et tremblant. Ce matin, je vous ai vu sur la place du marché d’Ispahan ».

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Et la Mort répondit :

« Parce que je suis allée te chercher, comme il est écrit. En te voyant ce matin sur la place du marché d’Ispahan, j’ai essayé de te dire que j’avais rendez-vous avec toi cette nuit à Samarra, mais tu n’as pas voulu me parler et tu es parti en vitesse ».

Ceci est un bref et beau conte populaire et nous pouvons y percevoir de nombreux thèmes. Néanmoins, malgré l’apparente simplicité, il contient un enseignement sur le destin : son irrévocabilité et, paradoxalement, sa dépendance à la volonté de l’homme pour en profiter.

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Un conte comme celui-là, dans son paradoxe, invite à tout type de spéculation philosophique et métaphysique, de telle façon que la personne sensible ne s’occupe pas d’elle-même. Par exemple : si le jeune homme était resté à Ispahan et eût parlé avec la Mort, serait-il mort à Samarra ? Que serait-il arrivé s’il avait pris un autre chemin ? Aurait-il pu prendre un autre chemin ? Quel pouvoir interne ou externe, le conduisait au rendez-vous ? Que serait-il arrivé si, comme dans le cas du chevalier du « Septième sceau » de Bergman, il avait défié la Mort ?

Cependant, tranquillisez-vous, en aucun cas l’astrologue ne doit prédire la mort. Toutefois, une même question demeure sur bien d’autres sujets : « savoir ou ne pas savoir ? ». Que faire de certaine révélation ? Evitez l’événement ? Ou s’y préparer pour mieux l’affronter…

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PREMIER NOVEMBRE …LA TOUSSAINT A TRAVERS L’HISTOIRE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 01-11-2010

« Vilaine veille de Toussaint ne présage rien de bien », telle est la conviction populaire : la Toussaint, en effet, met un terme aux fêtes et aux réjouissances de l’automne, à la célébration des abondances. Et comme « à la Toussaint, le froid revient et met l’hiver en train », les foires se raréfient et les paysans enfin se reposent puisque « la Toussaint arrivée, le blé doit être semé, fruits, pommes de terre et vin rentrés ». 

Ces quelques dictons, comme la présence du culte de tous les saints, confirment la continuité des rites essentiels en ce jour de 1er novembre, passage symbolique d’une période à une autre, de l’ère des abondances à celle de la gestation. Que les morts, anonymes ou éponymes, soient symboliquement présents à cette date n’a donc rien d’étonnant.

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La fête de la Toussaint existait déjà en Orient comme commémoration de tous les martyrs de la Foi, célébrée le premier dimanche après la Pentecôte. Elle a été introduite en Occident par le Pape Boniface IV, vers la fin du VIe siècle et fixée au 13 mai, en l’honneur de tous les saints et plus particulièrement de Marie. 

Le Panthéon de Rome, temple de tous les dieux, fut consacré à ce culte collectif. La date choisie correspondait aux célébrations dans le calendrier romain aux premiers jours de mai des « Lemuria », culte des ancêtres. Mais cette tradition funéraire ne s’étendait pas à l’ensemble du monde catholique. C’est pourquoi Louis le Pieux institua en 835 une Toussaint au 1er novembre dans l’espoir de couper court aux rituels peu chrétiens pratiqués en cette période de l’année. L’enjeu était de substituer la commémoration de tous les saints, ancêtres virtuels de tous les fidèles, au culte des morts familiers, pratiqué à cette période, tradition commune à une grande partie du monde occidental. 

Pour unifier ces pratiques discordantes, le Pape Grégoire IV, en 875, sous l’instigation de Louis le Débonnaire, fixa la fête de la Toussaint au 1er novembre, pour mieux répondre aux besoins de la grande majorité des catholiques.

Vain espoir, car le culte des morts au 1er novembre, profondément enraciné dans les coutumes populaires, se poursuivit comme si de rien n’était et, au Xe siècle, Odilon, abbé de Cluny, plus diplomate, ordonna la célébration d’une messe solennelle le 2 novembre, « pour tous les morts qui dorment en Christ ». Cette fête des Morts, née en France, ne fut jamais officiellement avalisée par l’Eglise, mais fut progressivement adoptée dans toute la chrétienté occidentale.

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Les Chrysanthèmes de la Toussaint

De nos jours, les deux fêtes se confondent. Le calendrier civil reconnaît seul férié le 1er novembre et cela en l’honneur des morts pour la patrie. En ce même jour, du Portugal à la Lituanie et jusqu’aux marches de l’Ukraine, des centaines de milliers de personnes prennent le chemin des cimetières chargés de souvenirs douloureux. Bouquets de fleurs, verdures, bruyères et chrysanthèmes sont déposés sur les tombes pour transmettre à ceux et celles qui nous précèdent dans l’au-delà un message d’amour.

Hommes et femmes vivant dans la charité ou l’égoïsme, dans l’espoir ou la désillusion, ne restent pas insensibles au message « métaphysique » qu’une longue tradition a transmis jusqu’à nous, né de la rencontre de deux mondes, celui des morts et celui des vivants.

En fait, le 1er novembre correspond au Nouvel An des traditions celtiques, date à laquelle avaient lieu les très importantes fêtes de Samain. Le seul témoin de la répartition du temps dans l’année celte, le calendrier de Coligny, postérieur à la conquête romaine, place le mois de Samain, correspondant à novembre, en tête de l’année. Les sept premiers jours et nuits étaient consacrés à des festins rituels et à des débauches, rites de « re-naissance » du monde. 

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1er Novembre : Fête de Samain de la tradition celtique

Cette fête avait un caractère agraire et en même temps de retour à l’origine mythique de « fondation » de l’ordre cosmique. La veille, on éteignait tous les feux et, le lendemain, on inaugurait la nouvelle période avec des feux nouveaux. La classe des guerriers, qui venait d’achever la période estivale d’hostilités, était aussi au centre de la fête.

Les nourritures offertes pour ces jours de renouveau : viande de porc, vin, bière et hydromel, boissons des dieux, étaient censées assurer l’immortalité. La participation aux banquets commémorant à la fois les soldats tombés sur les champs de bataille et les autres défunts était une obligation pour tous et on croyait que ceux qui s’en abstenaient étaient frappés de folie et de mort ; on dressait par ailleurs leur tumulus funèbre dès le lendemain.

Mais le but essentiel de la fête était de rétablir le contact entre la communauté des morts et celle des vivants, car les « sidhs », les tertres où vivaient les morts étaient entrouverts pendant cette période et les morts en profitaient pour revenir sur terre. Charnière entre deux mondes et deux années, le 1er novembre concentrait alors tous les rites propices aux « passages » que nous pratiquons encore de nos jours autour du Nouvel An, ne serait-ce qu’inconsciemment. La présence de masques, de déguisements et de rites funéraires en plein hiver aux alentours du solstice d’hiver est une preuve indéniable de ce retour inopiné des spectres de l’autre monde. Quand, dans la journée grise et humide de la Toussaint, nous empruntons les chemins des cimetières pour honorer les défunts de la famille, nous perpétuons en réalité des rites forts anciens qui visent à rétablir l’ordre cosmique renversé par la disparition d’un proche. Nous faisons en sorte de confirmer chaque année la transformation des défunts dangereux en ancêtres propices, favorables à la société, bien disposés à l’égard des graines enfouies au sein de la Terre.

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Calendrier de Coligny

Souci commun de toutes les sociétés, les rites de mort n’expriment pas seulement l’affection des vivants pour ceux qui partent, mais concentrent aussi les espoirs de ceux qui peinent aux labours ; les morts, familiers ou inconnus, apaisés par les rites, serviront de médiateurs entre nous et les forces souterraines, pour toute la durée d’une année ; d’où la densité de cérémonies commémoratives à toutes les dates charnières.

Monde des vivants et monde des morts se rencontrent ainsi à chaque passage d’une année à une autre, à chaque saison critique de l’année.

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Bibliographie

Fêtes et Croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

chrysantheme  

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