URANUS L’INCONTROLABLE

(5.3.8 - URANUS) par sylvietribut le 27-01-2011

             Un peu d’Histoire

Depuis des temps immémoriaux, les cinq planètes les plus proches du Soleil, y compris Saturne, étaient observées et avait fait l’objet d’interprétations. Elles sont en effet visibles à l’œil nu. Avec l’invention de la lunette astronomique aux Pays-Bas au début du XVIIIe siècle, l’astronomie va faire un grand pas en avant. D’abord utilisé par l’armée et la marine, cet instrument fut rapidement mis au service de la recherche scientifique.   

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Uranus et ses nombreux anneaux 

Grâce à cette lunette, le ciel a révélé des merveilles jamais vues auparavant. Vers 1610, l’astronome italien Galilée (1564-1642) observa les satellites de Jupiter à l’aide d’un télescope muni de lentilles qu’il avait lui-même façonnées et polies, et grossissant plus de trente fois. Il fallut attendre plus de 70 ans pour que la première des planètes trans-saturniennes (au-delà de Saturne), Uranus, puisse faire l’objet d’observations précises grâce à l’astronome britannique William Herschel (1738-1822) ; en effet, au siècle précédent, plusieurs observateurs avaient pris cette planète pour une étoile. En fait, il n’est pas impossible de l’apercevoir à l’œil nu, mais comme elle est deux fois plus loin du Soleil que Saturne, elle est peu visible, perdue dans un environnement d’étoiles aussi peu lumineuses qu’elle.

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William Herschel

            Son graphisme

C’est un astronome berlinois, Johann Bode, qui proposa « Uranus », père et grand-père de Jupiter ; il convainquit la majorité des astronomes, mais « Herschel » et « Herchellium » furent des noms employés pendant de nombreuses années, et ils sont à l’origine du signe H qui désigne Uranus.

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            Au plan astronomique 

Les images fournies par les satellites montrent qu’Uranus est une planète étonnante ; elle est dotée d’un système d’anneaux et de 15 lunes. Mais, plus curieux encore, l’inclinaison de son équateur sur l’orbite est de 98°, ce qui lui donne un mouvement très différent de celui des autres planètes, car contrairement à celles-ci, Uranus tourne sur un axe est-ouest. 

            Sa mythologie

Uranus, en grec Ouranos, appartient à l’épopée saturnienne. L’une des versions grecques du mythe de la Création raconte que : « Au commencement de toutes choses, la Terre-Mère surgit du Chaos, et mit au monde son fils Ouranos tandis qu’elle dormait. Du haut des montagnes, il la regardait tendrement et fit descendre une pluie fertile sur ses fentes secrètes et elle donna naissance à l’herbe, aux fleurs, aux arbres et à tous les animaux et à tous les oiseaux qui convenaient à chacun. Cette même pluie fit couler les rivières et remplit d’eau tous les creux, et c’est ainsi que les lacs et les mers furent créés ».

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Ouranos, Gaia et leurs enfants

Le mot « Ouranos » (Uranus) signifie en grec : le ciel. Ainsi, tandis que Saturne symbolise le Temps, Uranus ouvre l’horizon sur le ciel illimité : l’espace. Le couple Uranus-Saturne, qui domine le signe du Verseau, est la personnification du couple espace/temps. 

L’étymologie d’Ouranos semble indiquer un lien avec le dieu-berger Varouna. Et son mariage avec la Terre-Mère suggère un fait historique, probablement une invasion indo-européenne très ancienne dans le Nord de la Grèce, de conquérants adorateurs de Varouna. 

Il est probable aussi que le dieu phénicien de la lumière, Ur ou Our, soit le même que l’Ouranos des Grecs. Car dans la mythologie grecque, Ouranos était le dieu du Ciel, considéré comme l’époux, mais aussi le fils de Gaïa, la Terre. Primitivement, alors qu’il n’y avait que la passivité universelle de l’Abîme, le Ciel et la Terre étaient confondus. Ils se séparèrent en naissant par l’action du souffle sur l’Abîme chaotique. Ouranos serait donc à la fois le souffle originel du démiurge, et le Ciel qui se forma sous son impulsion… Uranus est le souffle du feu primordial œuvrant dans l’Abîme.

Dans le mythe, les Cyclopes, enfants d’Ouranos, se révoltent contre leur père ; et lui, alors maître du monde, brise cette révolte en rejetant les insurgés au fond des Enfers. Ce sera la perte d’Ouranos puisque cette répression soulève l’indignation de la Terre-Mère : elle poussera Saturne et les Titans contre lui. Ouranos sera massacré brutalement, par surprise, de façon inattendue pour lui. Avec une faucille en silex donnée par Gaïa, Saturne châtre son père alors qu’il dormait. Saturne est alors élu roi de toute la Terre par ses frères les Titans. Cependant, en mourant, Ouranos prédit à son fils Saturne qu’il serait un jour, lui-même, détrôné par l’un de ses fils.

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Uranus émasculé par son fils Saturne

            Au plan psychologique

Le principe de base généré par Uranus c’est avant tout celui de la différenciation totale de l’individu, qui se traduit par une concentration de toutes les forces de l’être sur un objectif unique. Il en résulte un psychisme à haute tension, un individu généralement survolté. C’est donc l’esprit d’indépendance absolue, le dégagement de toute influence contrariante.

Sur le plan psychologique, son type d’attitude est l’extraversion, mais le sujet n’entre pas totalement dans cette classification : il a, en effet, des échanges avec le monde, mais ses attitudes contractées et de raidissement relèvent de l’introversion.

            En caractérologie

Là aussi les rapports ne sont pas précis, comme c’était le cas avec les sept premières planètes, d’où le qualificatif « ambivalent » qui marque Uranus. En effet, Uranus peut être actif-inémotif aussi bien qu’actif-émotif. Par contre, le champ de conscience uranien est plus net : ce champ est étroit, en raison de son intense concentration sur un sujet unique, car il ne se laisse pas disperser. Il en résulte une certaine raideur de l’intelligence et au mieux une application intense de la pensée sur un objet de recherche. 

            Au plan psychanalytique 

La psychanalyse, sur un tel sujet, n’offre guère de corrélations bien nettes. Il y a en lui un certain refus de l’instinct qui pourrait parfois lui faire jouer le rôle de « sur-moi ». Uranus se crée sa propre insensibilité, puisqu’il se contrôle au maximum. S’il est dissonant dans le thème, il peut ressentir le complexe de Prométhée, l’homme qui voulut ravir le feu céleste pour le donner aux hommes et il en fut cruellement puni. Ce rôle d’apprenti-sorcier est souvent joué par l’Uranien, mais peut se révéler constructif s’il est tenu par un Uranien équilibré, sachant se dégager à temps de l’emprise d’un projet envahissant le psychisme.

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Prométhée

L’affectivité est un vaste secteur qui n’a pas la priorité lorsqu’Uranus domine dans le thème. Par contre le sexe ne perd rien de son importance et peut être exigeant. Sur ce plan, Uranus représente l’homme libre, qui veut ignorer le sentiment, mais ne dédaigne pas de céder aux pulsions sexuelles, parfois même homosexuelles. Les grandes passions, pour lui, sont rares, ainsi que les attachements durables, il préfère les liaisons rapides, du genre « couple moderne » axé sur toutes les techniques.

Par contre, l’intellect domine, marqué par la raison, qui refuse les connaissances intuitives ou venues du passé, afin de les passer au crible de l’expérience. L’intelligence uranienne est donc expérimentale, volontiers orientée vers une technique, une spécialisation, en général récente, dans lesquelles il peut parfois manifester l’étincelle du génie novateur ou même créateur, tout au moins du bricoleur perfectionniste. Ce qui le caractérise, c’est l’esprit systématique qu’il applique dans ses travaux, auxquels il veut toujours donner une note personnelle. Il ne tient généralement aucun compte des remarques ou des conseils, se croyant détenteur de la vérité absolue qu’il finira bien par mettre au jour dans l’avenir. C’est en effet en fonction de l’avenir qu’il existe. L’Uranien est un individu qui cherche avant tout à faire respecter son indépendance et qui exprime ses idées et ses opinions avec une rude franchise, même avec parfois un évident désir de provoquer et de créer un choc.

 

            Uranus en astrologie

Uranus est traditionnellement en affinité avec l’élément Air et le signe du Verseau, les couleurs électriques et l’uranium. Il signifie le pouvoir et l’indépendance. C’est une fonction de transmission, un principe de rupture et d’innovation. Il représente dans un thème le non-conventionnel, l’exceptionnel et tous les extrémismes : les événements soudains comme les décisions radicales. Il est à la fois sens de la participation et puissance de dégagement ; il fait l’individualiste et le libéral, le novateur et l’excentrique. Uranus est aussi un facteur de chance et d’accident, de pénétration et de rapidité. Il présume l’opportunisme et un caractère accrocheur, l’hyper-susceptibilité et la nervosité, l’esprit de contradiction et le sens de l’improvisation.

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Le Verseau

 

Uranus symbolise une force qui se manifeste par des changements soudains, des modifications brusques de la conscience, des flashs d’intuition, de brefs jaillissements d’idées nouvelles et de conceptions originales. Il se manifeste par des tendances à l’indépendance, à la rébellion, à l’instabilité, au non-conformisme, à l’originalité, à l’étrangeté. L’influence d’Uranus ne participe pas à la stabilité d’un être, mais elle le transforme, grâce à quoi des idées nouvelles verront le jour. 

Uranus agit électriquement par impulsions soudaines. Cette puissance est nécessaire pour franchir les défenses saturniennes de l’ego et les barrières mentales de l’esprit conscient. Contrairement à certaines opinions, Uranus n’agit pas toujours de manière destructive. Il ne se traduit par la destruction que lorsqu’il y a résistance à son influence. 

Uranus représente une perspicacité intuitive et l’extension du processus rationnel au-delà des barrières spatio-temporelles. L’expérimentation vers laquelle les énergies uraniennes pressent un individu est due à ce sentiment intérieur qu’un individu possède la faculté de comprendre la vie d’une manière plus vaste et qu’il dispose du droit divin de rechercher cette connaissance sans avoir à prendre en considération les diktats de la sagesse conventionnelle.

Liberté individuelle, liberté de l’ego et du Moi, tendance à la différenciation, originalité et indépendance vis-à-vis des traditions, besoin insatiable de changement, d’excitation et d’expression : telle est l’état uranien. En découvrant Uranus, l’astronome Herschel a porté un coup fatal à la conception médiévale du cosmos, dans laquelle chaque chose avait sa place. Cette découverte menaçait de balayer une partie de la symbolique traditionnelle de l’astrologie et de la numérologie, car au lieu de sept planètes sacrées, il y en avait alors huit, un chiffre qui n’a rien de sacré. Uranus est donc lié à la notion de bouleversement et de révolution. D’ailleurs, sa découverte coïncide avec plusieurs révolutions : la Révolution française, la Révolution industrielle de l’Angleterre et l’Amérique du Nord qui entrait dans la guerre d’Indépendance. 

Uranus représente la révolution, le radicalisme, l’individualisme, l’indépendance, le progrès, l’humanisme, la philanthropie, le chaos, la terreur. Cette planète électrisante peut, à la limite, rendre antisocial et égoïste. Sa fonction principale est de culbuter tous les ordres établis, les conventions, les croyances traditionnelles et les comportements surannés. Les individus fortement aspectés par Uranus sont souvent motivés par le désir de se distinguer du reste de la masse et le rêve de changer la société.  

Uranus est-elle la planète de l’humanisme et de l’altruisme, qualités que l’on attribue au Verseau ? L’Uranien l’est sur le plan des principes, et beaucoup moins dans la réalité quotidienne. Uranus exprime les transformations soudaines et les nouvelles possibilités, chez les êtres comme dans les faits. Ces mutations peuvent être heureuses ou traumatisantes. A cet égard, Uranus implique parfois un climat d’insécurité, une cassure, une mise en danger momentanée, ce qui n’est pas nécessairement facile à assumer. 

Uranus, on le devine, est le symbole moderne des nouvelles technologies : électronique, nucléaire, satellitaire, informatique, médias, télévision, internet, etc… Uranus symbolise aussi l’astrologie. Le développement « foudroyant » (car Uranus c’est la foudre) de celle-ci va de paire avec celui de l’informatique, autre élément uranien, correspond à notre entrée dans cette ère du Verseau dont le Maître est Uranus.

Uranus, c’est l’inattendu, le futur. Tout ce qui est moderne, tout ce qui change ou surprend, brise ou crée. La personne marquée par une dominante uranienne est individualiste et originale. Elle aime se distinguer, se différencier. Elle se rebelle lorsqu’on cherche à la fixer ou l’enfermer dans un système. Son comportement est indépendant, voire marginal, sa façon de s’exprimer aussi. La personne uranienne fait valoir ses idées et ses opinions avec une rude franchise, avec même, parfois, un évident désir de provoquer et de créer un choc en retour.

La position d’Uranus dans un thème, en signe, maison et aspects, nous renseigne sur : 

– les tendances individualistes et extrémistes du sujet, son indépendance à l’égard du milieu ambiant, ses difficultés à s’y adapter, son esprit de révolte ou ses capacités de projection vers l’avenir ; 

– les domaines de l’existence les plus personnalisés et ceux qui l’exposent à de brusques transformations et aux coups de théâtre.

L’Uranien se projette souvent dans une vie sociale qu’il voudrait organiser à sa façon, c’est-à-dire de manière autoritaire. On sait que les sujets ayant Uranus à l’Ascendant tendent à se comporter en dictateurs, à l’échelle de leur niveau social. Quelle que soit sa condition, l’Uranien est toujours dans un décalage constant avec son entourage.

Le destin uranien s’exprime dans un graphique en dents de scie. Il est souvent dépendant des événements collectifs, dus aux guerres ou aux convulsions sociales. L’imprévu y joue un rôle capital, et Uranus ne peut s’y adapter que s’il a su prévoir des solutions de rechange. La réussite, aussi bien que l’effondrement passager, peuvent l’un et l’autre être amenés très brutalement, sans signes avant-coureurs, mais avec la soudaineté de l’éclair. 

            Uranus au plan physiologique

Le tempérament uranien est surtout nerveux, parfois mixte, bilio-nerveux. Uranus exprime dans le corps le système nerveux central, comme Mercure, mais en plus haut voltage, une plus haute intensité, et donne toute son importance au sec. On dit d’ailleurs d’Uranus qu’il est l’octave supérieur de Mercure. Il en résulte une tendance aux crispations, tics, irritation nerveuse, crampes, convulsions. On ne peut pourtant lui attribuer une fonction organique bien déterminée.

Uranus pousse aux états paroxystiques, à la surexcitation, à l’agitation. Il a besoin d’apprendre à se détendre, à respirer profondément, à dormir. Comme Jupiter, il peut manifester des tendances paranoïaques, accentuées par la difficulté d’avoir un contact détendu avec l’entourage.

Lorsqu’Uranus est dissonant dans un thème, on se trouve alors en présence d’un être hypernerveux, impatient, se comportant sans indulgence et même avec dureté, cherchant à se faire remarquer, même par ses excentricités, son cynisme, son extravagance. 

Le 12 mars 2011 Uranus entrera dans le Feu du Bélier et y séjournera jusqu’en 2018-2019.

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L’HISTOIRE DES CONSTELLATIONS EST AUSSI CELLE DES HOMMES

(05 - PETIT COURS D'ASTROLOGIE, 5.2 -Ballade à travers les signes) par sylvietribut le 25-01-2011

ENTRE VERSEAU ET POISSONS

La onzième constellation, le Verseau ou Aquarius, culmine à minuit en août et en septembre. Elle se trouve au sud-ouest du Carré de Pégase. Le Verseau est représenté sous la forme d’un homme inclinant une cruche d’eau d’où jaillit un flot portant le nom de « fluvius Aquarii », la « Rivière du Verseau ». Ce flot éclabousse l’écliptique et dessine vers le Sud une grande courbe qui passe sous les pieds du porteur d’eau ; le Poisson austral y nage à contre-courant, marqué par la très brillante étoile Fomalhaut, de magnitude 1,16. Malgré ce repère, la constellation du Verseau est assez difficile à observer, car elle ne compte que des étoiles dont la magnitude est comprise entre 3 et 4. Il faut donc faire preuve de quelque imagination pour « voir » cette constellation qui, néanmoins, a depuis toujours fasciné l’homme  

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L’image que nous avons est à peu près celle qui est gravée dans les pierres de l’époque babylonienne : le porteur d’eau se trouve dans une position incommode, incliné en arrière, avec un bras allongé vers le Capricorne. Il pourrait être lié au Déluge, mentionné dans la Bible, mais aussi dans des textes de la haute époque babylonienne (IIe millénaire avant J. C.). En effet, durant cette période, le onzième mois, correspondant au Verseau, était appelée la « malédiction de la pluie ».

Le poète grec Pindare (v. 518-438 av. J. C.) évoque l’ancienne croyance selon laquelle la constellation du Verseau symbolisait l’esprit de la source du Nil, qui donne la vie à la Terre entière. Pour les anciens Egyptiens, ce fleuve était le dieu Hâpy, et il résidait près de la source primordiale, d’où il versait l’eau de ses urnes dans la Terre et dans le ciel.

Dans la mythologie grecque, le Verseau a les traits de Ganymède, beau prince troyen fils de Tros, fondateur de Troie. Jupiter, séduit par la beauté du jeune homme, prit la forme d’un aigle et l’enleva pour l’installer sur le mont Olympe, où il devint l’échanson des dieux.

Le Verseau, symbole d’humanité, est aujourd’hui à la mode à travers la théorie du New Age, ou âge du Verseau, qui correspondrait à un stade supérieur dans l’évolution spirituelle, et qui est liée au millénarisme. Mais étant donné la lenteur du mouvement des précessions, il faudra attendre trois siècles pour que l’équinoxe de printemps vienne dans l’alignement de la partie la plus à l’Est du Verseau. Celui-ci pourra alors déverser ses eaux de renouveau sur le monde.

Il faut aussi un peu d’imagination pour identifier la douzième constellation, les Poissons, voisine du Verseau. Il s’agit en effet d’un ensemble d’étoiles peu brillantes, qui occupe un large espace entre Pégase, situé au Sud, et le Bélier. Les queues des deux Poissons sont reliées par une corde qui passe par l’étoile Al Rischa (Alpha Piscium). Le poisson situé le plus au nord semble vouloir s’échapper vers Andromède, tandis que l’autre paraît se diriger vers l’Ouest, le long de l’écliptique, sous le Carré de Pégase. Les Poissons culminent à minuit en septembre et en octobre. Les Babyloniens donnaient déjà à cette constellation la forme de deux poissons reliés par un ruban, mais cette figure s’est précisée au cours des siècles.

Al-Biruni, astronome et astrologue arabe du XIe siècle, a sans doute raison quand il affirme que le groupe d’étoiles originel ne formait qu’un seul Poisson et non deux. Cela correspond aux dires de l’astronome, mathématicien et géographe Eratosthène (v. 276-v. 195 av. J. C.), qui assimile la constellation à la déesse syrienne Derketô (nommée Atargatis par les Grecs), un énorme poisson à tête de femme. Les Grecs ont enrichi la légende en rapprochant la déesse Artagatis de cette divinité syrienne, elle-même associée à Aphrodite (Astarté) – d’où le lien entre les Poissons et l’histoire d’Aphrodite-Astarté et de son fils Eros (Vénus et Cupidon pour les Romains). Le monstre Typhon, créé par la déesse Gaia, surprit un jour Aphrodite et son fils. Mais ces derniers, sachant qu’ils pourraient s’échapper par la voie des eaux, se changèrent en poissons et plongèrent dans la mer. Pour éviter de se perdre, ils se lièrent l’un à l’autre par la queue à l’aide d’une longue corde. Dans la version romaine de la légende, deux poissons sauvent Vénus et Cupidon en les transportant.

L’astronome Julius Stahl souligne la relation, souvent citée, existant entre le thème du poisson et celui du trésor, et évoque à ce propos un conte germanique. Un couple pauvre, vivant dans une cabane près de la mer, n’avait qu’une barque pour toute fortune. Un jour, l’homme, Antenteh, pêcha un poisson enchanté, qui lui offrit de satisfaire ses vœux à condition qu’il consente à lui rendre sa liberté. Antenteh était humble et ne souhaitait rien pour lui-même, mais sa femme désirait une belle maison avec de beaux meubles, et ce souhait fut exaucé sur-le-champ. Puis elle exigea de devenir reine, et enfin déesse. Rendu furieux par ces prétentions qu’il jugeait excessives, le poisson refusa d’accéder à sa demande et renvoya Antenteh et sa femme à leur cabane et à leur barque. Celle-ci a la forme du Carré de Pégase, tandis que les Poissons représentent le poisson enchanté.    

Bibliographie : Le langage secret des Etoiles et des Planètes – Geoffrey Cornelius/Paul Devereux

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DANS LE MONDE DE SATURNE… LE PLOMB

(08 - LES PIERRES ET METAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 17-01-2011

Symbole de la lourdeur et de l’individualité inentamable… Telle est sa définition. Mais on dit aussi : « Métal pesant, il est traditionnellement attribué au dieu séparateur, Saturne, la délimitation. C’est ainsi que, pour la transmutation du plomb en or, les alchimistes cherchaient symboliquement à se détacher des limitations individuelles, pour atteindre les valeurs collectives et universelles ». 

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Selon Paracelse, le plomb serait « l’eau de tous les métaux…Si les alchimistes connaissaient ce que contient Saturne, ils abandonneraient toute autre matière pour ne travailler que sur celle-là. Ce serait la matière de l’œuvre parvenue au noir ». Le plomb blanc s’identifierait au mercure hermétique. Il symboliserait la matière, en tant qu’elle est imprégnée de force spirituelle, et la possibilité des transmutations des propriétés d’un corps en celles d’un autre, ainsi que des propriétés générales de la matière en qualités de l’esprit. Le plomb symbolise la base la plus modeste d’où puisse partir une évolution ascendante.  

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Le plomb est relativement abondant dans la croûte terrestre et c’est d’ailleurs l’un des métaux des plus anciennement connus. On en a retrouvé des pigments recouvrant des tombes et même des dépouilles préhistoriques, c’est-à-dire environ 40 000 ans avant Jésus-Christ, ainsi que sur différents objets.

En dépit de sa toxicité, probablement en raison de sa facilité d’extraction, mais aussi de sa grande malléabilité et de son bas point de fusion, le plomb a été utilisé à l’âge de bronze, durci par l’antimoine et l’arsenic trouvés sur les mêmes sites miniers.

Le plomb est mentionné dans les écritures cunéiformes sumériennes, sous le vocable de « a-gar », il y a près de 5 000 ans, ou encore dans l’Exode, rédigé il y a plus de 2 500 ans. Il était considéré comme un sous-produit des mines d’argent.

A travers les siècles, de nombreux écrits relatent la présence du plomb aussi bien dans les cultures que dans les objets. Les Sumériens, les Egyptiens, les Grecs, les Hébreux ou encore les Romains savaient extraire le plomb. Ensuite, ils l’utilisaient pour colorer et émailler des céramiques, lester des hameçons, sceller les amphores, fabriquer des objets usuels et le plomb entrait même dans la fabrication des fards et du kohl. Cela se situait entre 4 000 et 2000 ans avant Jésus-Christ. On a d’ailleurs retrouvé des tuyaux de plomb sur les sites antiques romains, dont Pompéi et Herculanum. 

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Caducée sur pièce de monnaie romaine en plomb

Au Moyen Age, les alchimistes croyaient que le plomb était le métal le plus ancien et le plus froid et l’associaient à la planète Saturne. D’ailleurs, c’est pourquoi l’intoxication au plomb est appelée « saturnisme ». En fait, dès l’Antiquité la toxicité du plomb était connue des médecins et des mineurs, esclaves et prisonniers. Les Romains l’utilisaient sous forme d’acétate de plomb pour conserver et sucrer leur vin et ils s’étaient rendu compte que les gros buveurs, dont la classe aristocratique, souffraient d’intoxication au plomb. Plus tard, les symptômes spécifiques ont été décrits, associés à des métiers tels que les fondeurs, les peintres en bâtiment, artisans fabricants de vitraux et bien sûr les mineurs.

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Vitrail selon la technique du plomb

Le décès d’un enfant en Australie à la fin du XIXe siècle, suite à une intoxication au plomb, fut le premier cas à sensibiliser un gouvernement. Mais ce fut à la suite de l’étude de nombreux cas d’intoxication qu’une réglementation, que des recommandations et un dépistage se sont progressivement mis en place dans les pays riches, en Europe et aux Etats-Unis. Et c’est ainsi que le plomb fut interdit pour la confection des tuyaux de distribution de l’eau potable, d’abord en Suisse dès 1914, mais bien plus tardivement dans d’autres pays. Quant aux peintures au plomb, elles furent interdites en 1948 en France, mais l’interdiction totale des canalisations en plomb ne date que de 1995.

Dans le folklore français, les noces de plomb correspondent à 14 ans de mariage. Par ailleurs, le « Plomb » est le 5e niveau dans la progression de la Sarbacane Sportive.

Dans le vocabulaire et la dialectique le plomb symbolise la lourdeur ou l’oppression puisqu’on dort « d’un sommeil de plomb », on subit « un soleil de plomb », un projet qui rencontre des difficultés semble « avoir du plomb dans l’aile », pendant qu’une « chape de plomb » s’abat sur les pays qui s’enferment dans les dictatures ou sur les affaires sur lesquelles un gouvernement ne veut pas communiquer.

Pour les enfants, la devinette marche toujours… Est-ce le kilo de plomb qui pèse plus lourd que le kilo de plumes ? 

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Connaissez-vous la Molybdomancie ?

C’est tout simplement une méthode de voyance par le plomb ou un métal fondu. Cette technique consiste à laisser tomber du plomb en fusion dans de l’eau. Elle serait utilisée dans l’Est de l’Europe. Cependant, la difficulté de se procurer et de manier le métal inviterait à se rabattre sur la cire, tout compte fait moins dangereuse et plus maniable à tout niveau, d’où la Ceromancie pour certains et Ciromancie pour d’autres.

En attendant…toujours pas trouvée la formule pour transformer le plomb en or…  

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Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles – Alain Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

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SOUS LE REGNE DE SATURNE… LE MAITRE DU CAPRICORNE

(5.3.7 - SATURNE) par sylvietribut le 13-01-2011

Au plan astronomique

Saturne est la dernière planète à être visible à l’œil nu. Son diamètre est de 120 500 km et son temps de révolution est de 29 ans et 167 jours. Saturne a plusieurs satellites et il est entouré d’anneaux. Par sa taille, Saturne est la seconde des planètes du système solaire. Elle représente 94 fois la masse de la Terre. Située à  1 426 millions de kilomètres du Soleil, c’est la planète la plus éloignée que les anciens astrologues aient pu observer, et elle est moins lumineuse que Jupiter, Vénus ou Mars. 

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Saturne et ses anneaux

Depuis qu’on a inventé le télescope, on peut observer les anneaux de Saturne, qui ont marqué l’imagination populaire, un superbe système composé d’une myriade de petits fragments gravitant, comme des petites lunes, sur le plan équatorial de cette planète. Ce système d’anneaux a un diamètre extérieur de 273 588 km, mais son épaisseur est inférieure à 16 kilomètres et il n’est pas visible à l’œil nu. Titan, principal satellite de Saturne, découvert en 1665, est plus grand que la Lune et peut être observé avec des jumelles ; sa composition chimique, riche et complexe, a donné à penser aux scientifiques que sa structure moléculaire pourrait ressembler à celle qu’avait la Terre peu après sa naissance.

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Une faux stylisée, car Saturne est représenté sous la forme d’un vieillard exsangue, tenant dans sa main une faux, symbole de renoncement aux illusions, aux espoirs de la folle jeunesse car Saturne, en grec Cronos, est le dieu du Temps.

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Saturne et sa faux

Sa mythologie

En fait, le Saturne romain ne s’identifie pas au Cronos grec, contrairement à des interprétations un peu hâtives, qui ne sont justes qu’à une date assez tardive. Son association avec le roi Janus, qui l’aurait accueilli à Rome, aurait laissé le souvenir d’un âge d’or ; il symbolise ici le héros civilisateur et, en particulier, celui qui enseigne la culture de la terre.

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Les Saturnales Romaines

Lors des fêtes qui lui étaient consacrées, les Saturnales, les rapports sociaux étaient renversés, les serviteurs commandaient aux maîtres, ceux-ci servaient à table leurs esclaves. Etait-ce un obscur rappel du fait que Saturne avait détrôné son père, Ouranos, avant de l’être à son tour par son fils Zeus ou Jupiter ? Une telle cérémonie ne pourrait-elle s’interpréter dans le sens psychanalytique du complexe d’Œdipe : la suppression du dieu, du père, du maître ? Pendant les Saturnales, pour une brève durée, le peuple faisait subir à ses chefs le sort que ceux-ci avaient imposé à leurs pères, le sort que Saturne avait réservé à son père.

Pour les Sumériens et les Babyloniens, Saturne était l’astre de la justice et du droit. On retrouverait ici le sens qu’il aura dans la Rome primitive. Il serait apparemment rattaché à des fonctions solaires de fécondation, de gouvernement et de continuité dans la succession des règnes, comme des saisons.

Pour la pensée hermétique, aux yeux des chimistes vulgaires, Saturne est le plomb. Mais pour les Philosophes hermétiques, c’est la couleur noire, celle de la matière dissoute et putréfiée ; ou encore le cuivre commun, le premier des métaux ; ou le vitriole azoïque de Raymond Lulle, qui sépare les métaux. Toutes images qui indiquent une fonction séparatrice, à la fois une fin et un début, un arrêt dans un cycle et le commencement d’un nouveau cycle, l’accent étant plutôt mis sur une cassure ou sur un frein dans l’évolution.

Au plan psychologique

Saturne a des implications psychologiques très complexes. On l’a parfois appelé « le Soleil noir » parce qu’il tient le rôle de « l’ombre », c’est-à-dire les recoins de la psyché que l’on juge toujours inacceptables. Ces composantes de l’âme, en effet, ne disparaissent jamais totalement dans l’inconscient. Elles se révèlent, au cours de l’existence de chacun d’entre nous, par des chemins sinueux, inattendus, malvenus et généralement mal vécus. Saturne amène fréquemment des difficultés et des situations conflictuelles, soit créées par le subconscient du sujet, soit assenées par un destin mystérieux et vengeur. Saturne semble alors être le gardien de la tragédie. Devant des circonstances saturniennes, l’être se trouve invariablement dans l’obligation de changer son comportement intérieur fondamental s’il veut sortir du gouffre. De façon plus générale, Saturne entraîne des obstructions et des retards. Il est le symbole de la limitation et de la restriction. 

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Albert DÜRER – La Mélancolie – Tous les symboles de Saturne sont présents dans cette œuvre

Le principe de conservation de soi et de repli sur soi peut se manifester par des attitudes défensives, craintives ou par un effort conscient vers la réalisation des ambitions personnelles de l’individu et la prise en charge de ses devoirs et responsabilités. Il est possible qu’il indique un repli sur soi favorisant une indépendance et une force intérieure plus grandes.

Le principe de forme, de structure et de stabilité est donc lié aux traditions juridiques, culturelles et sociales, au père et à toutes les représentations de l’autorité.

Le principe du temps et de l’apprentissage par l’expérience directe n’est du qu’aux leçons répétées de la vie. Par voie de conséquence, ce principe débouche sur les nombreuses qualités saturniennes communément mentionnées : le sérieux, la prudence, la sagesse, la patience, l’économie pratique et le conservatisme.

Saturne concerne également la cristallisation, c’est-à-dire les anciens schémas de vie et de personnalité qui deviennent rigides au fil du temps. Du fait de cet apprentissage lié au temps, des Saturniens coupent parfois de la vie et deviennent tyranniques, sceptiques, circonspects à l’égard de la nouveauté et réticents à révéler leurs véritables sentiments. Mais le même type d’expérience amène d’autres personnes à développer une sensibilité pour les valeurs durables, une appréciation et une faculté pour la modération, l’ordre, l’efficacité et, dans certains cas, une sagesse détachée, tranquille.

Le désir est intense de défendre sa structure existentielle, son intégrité personnelle et le besoin d’établir la sécurité par le biais de réalisations tangibles.

Dans ses aspects positifs, Saturne représente l’effort de longue haleine, le travail acharné, la capacité d’organisation et la loyauté. Il renseigne sur le type de contrôle que le sujet parvient à exercer sur lui-même et la façon dont le milieu crée en lui des inhibitions.

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Saturne par Il Perugino – Palazzo dei Priori – Collegio del Cambio – Perugia – Italia

La personnalité saturnienne, d’une logique rigoureuse, portée vers l’abstraction, méticuleux, très analytique, manque cependant d’objectivité et fait preuve d’une grande méfiance envers tout ce qui ne lui plaît pas. Il n’y a pas de philosophe ou d’inventeur sans l’influence de Saturne. Il y a toujours en lui une recherche d’absolu, accompagnée d’un esprit de système. Tout cela devenant chez le Saturnien dissonant, empreint de négativisme, de scepticisme, d’entêtement, de fanatisme intellectuel. Trop prudent, trop cartésien, il possède néanmoins un type d’intelligence qui peut atteindre, par la méditation et la concentration, un haut degré de philosophie. On peut lui reprocher un manque d’imagination créatrice, un sens esthétique inexistant qui lui fait apprécier tout ce qui est grave, rigide, sombre, calculé, sans exubérance.

La personne marquée par une dominante saturnienne agit lentement et réfléchit beaucoup. Elle refuse les compromis, elle a un sens du devoir qui peut étouffer ses désirs et s’oblige à des renoncements. Elle est aussi persévérante et va jusqu’au bout de ses entreprises : goût de l’effort, tendance à défendre sa structure et son intégrité personnelles ; goût pour la sécurité à travers la réalisation tangible ; besoin de reconnaissance sociale et besoin d’associer ses propres ressources et son travail.

Ayant conscience de la durée, de la continuité des efforts, de la précision des objectifs, Saturne est un stratège. Il manque la permanence, la chronicité. C’est un facteur de logique et d’intégrité de renoncement et d’autonomie. Il correspond au cycle de la vieillesse. Il présume aussi bien des devoirs et des sacrifices personnels que l’autodiscipline et le contrôle de ses émotions. 

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En psychanalyse

Saturne correspond au stade oral, celui où le nourrisson est fixé au sein maternel ou au biberon. Si le sevrage se traduit par un traumatisme et est mal accepté, l’enfant suce son pouce, s’accroche à sa mère, craint le monde. Marqué par la nostalgie du sein maternel, il aura besoin de protection, de sécurité, s’attachera constamment au passé. C’est le complexe de sevrage, exprimant une avidité d’amour toujours insatisfaite compromettant l’épanouissement affectif de l’adulte, qui déplore de se voir chichement mesurer les joies de l’amour partagé. Tout au moins manifestera-t-il un instinct possessif excessif, une jalousie insupportable. Au mieux, une certaine mélancolie accompagnera les étapes de sa vie amoureuse, marquée par l’insatisfaction, la solitude ou les séparations.

L’émotion typiquement saturnienne est la peur. Celle-ci s’explique par le faible coefficient d’agressivité martienne que possède en général un Saturnien. Celui-ci se sent alors frappé d’un sentiment d’infériorité, réelle ou imaginaire, donnant naissance à la crainte, à la peur et à l’inhibition devant le risque. Le Saturnien essaie de compenser cela par la recherche, d’avantages durables et sans risques, satisfaisant ainsi son besoin de sécurité. Nous retrouvons ici l’instinct de conservation.

Au contraire de Jupiter, Saturne est dans l’impossibilité de donner l’excès de vitalité et de chaleur qu’il ne possède pas : tous les excès lui sont donc interdits, sous peine d’épuiser ses ressources profondes. Il se replie et trouve un certain épanouissement dans le royaume de la cérébralité, où il se délecte à manier les idées, les théories, tout en regrettant amèrement de ne pouvoir jouer le rôle brillant imparti aux astres plus dynamiques. Le pire serait qu’à défaut même de joies cérébrales, il évolue vers la mélancolie, trouvant même un plaisir morose dans les tourments délicieux du masochisme. Le sentiment de culpabilité est également l’un des coins sombres où Saturne risque d’aboutir lorsque les dissonances astrales bloquent toute réaction positive.

Saturne représente une dimension du complexe de l’ego qui peut devenir, et en général, devient, rigide avec l’âge.

Saturne est également en relation avec ce que Jung nomme « l’ombre », c’est-à-dire ces parties de nous-mêmes que nous bloquons, que nous redoutons et qui engendrent la culpabilité. Nous projetons donc ces caractéristiques sur les autres.

Saturne symbolise le talon d’Achille de l’armure que l’homme porte face au monde, l’instinct de repli. Saturne indique également l’ambition profondément enracinée d’actualiser les potentialités inhérentes au moment de la naissance. Cette ambition est perçue comme une pression intérieure pour devenir ou pour accomplir quelque chose de précis en fonction de notre schéma intérieur de potentialités. Saturne représente une expérience concentrée et un apprentissage que seule la vie dans un corps physique, au plan matériel, permet d’acquérir.

Avec Saturne, il semble souvent que les choses n’en finissent pas, et notre patience est mis à l’épreuve tout au long du chemin, mais la persévérance à travers la résistance inerte de la matière nous montre ce qui dure et ce qui ne dure pas, où nous rencontrons les épreuves et où nous échouons. L’action de Saturne nous indique les épreuves et où nous échouons. L’action de Saturne nous indique sans ambiguïté le coût de nos désirs et de nous attachements. Elle révèle les limitations de notre ego, et elle nous indique qu’une conscience hautement concentrée et une compréhension profonde sont les principaux biens que nous emporterons de ce monde quand nous le quitterons. Elle nous montre la valeur du travail.

Cependant, Saturne seul, sans amour et souplesse, représente la rigidité et la mort. C’est la raison pour laquelle le complément de Saturne est Jupiter, et dans certains cas, Neptune. En effet, nous n’avons pas seulement besoin d’efforts (Saturne), mais aussi de la grâce (Jupiter/Neptune), et l’expérience directe et de la confiance dans les faits (Saturne), mais aussi de la foi (Jupiter/Neptune). L’effort et la grâce opèrent simultanément ; ce sont les deux faces de la même médaille. Saturne nous conduit à expérimenter la limitation qui est une caractéristique inhérente du monde matériel. Saturne ne laisse aucune place à l’illusion, à la fuite et à la rationalisation. Saturne teste la concentration réelle de notre croissance spirituelle et de notre conscience.

Saturne enlève ce dont on n’a plus besoin, mais on ne sait pas qu’on n’en a plus besoin.

Saturne correspond au type « Pensée introvertie » de Jung, avec accentuation de la cérébralité, tout étant passé au crible de la réflexion logique ; le sujet dès lors fait montre d’hésitation et manque d’esprit de décision.

Il existe deux sous-types saturniens : tout d’abord le mal sevré qui, devant son mal de vivre, se réfugie dans le détachement, l’indifférence et parfois l’ascèse et la sagesse. L’autre n’a pas accepté sa carence affective et s’efforce de la combler par un violent attachement à l’existence et à la matière ; il manifeste alors une boulimie de possession et de jouissance, un égoïsme qui confine au parasitisme. C’est le cas de nombreux « souteneurs » au psychisme infantile.

En caractérologie

Selon la caractérologie de Le Senne, Saturne est non émotif, actif secondaire, de type flegmatique. En réalité, l’émotivité de Saturne existe bien, mais elle est refoulée. Aussi, extérieurement, le sujet peut paraître froid et in-émotif, bien qu’il puisse être perturbé intérieurement.

En astrologie

Saturne gouverne les signes du Capricorne et du Verseau dont on dit qu’ils sont les domiciles de Saturne. Ces deux signes sont opposés à ceux des luminaires, respectivement le Cancer et le Lion, et s’opposent donc à la lumière et à la joie de l’existence.  

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Saturne, Maître du Capricorne et du Verseau

Saturne est en affinité avec l’élément Terre. En opposition complète avec Jupiter, il régit les principes de limitation et de restriction, de consolidation et de structuration. Il représente l’autodiscipline et, à l’extrême, la régression et l’inhibition.

Saturne est en tous points l’opposé de Jupiter et on les comprend mieux en les opposant l’un à l’autre. Jupiter déverse sa surabondance : il donne et de ce fait, il reçoit. Saturne au contraire ressent un manque et croit qu’il ne doit pas donner : le circuit d’échanges ne se produit pas. Par principe, Saturne est un être de concentration, de rétractation, de cristallisation, de pesanteur. Saturne tend à limiter, à restreindre, à ralentir, à conserver, à épargner, à fixer. Il représente l’instinct de conservation et le besoin de sécurité. Il établit des structures afin de durer et manifeste ainsi une avidité à tous les niveaux. Mais il exprime aussi l’usure inéluctable des choses.

Dans l’organisme, Saturne gouverne la charpente osseuse, les articulations et la peau.

Lorsque dans un thème Saturne est rétrograde, il est le symbole d’une image « père » quelque peu incertaine.

En astrologie également Saturne incarne le principe de concentration, de contraction, de fixation, de condensation et d’inertie. C’est en somme une force qui tend à cristalliser, à fixer dans la rigidité les choses existantes, s’opposant à tout changement. Le nom de « grand maléfique » lui est donc à juste titre alloué, car Saturne symbolise les obstacles de toutes sortes, les arrêts, les carences, la malchance, l’impuissance, la paralysie. Le bon côté de son influx confère une profonde pénétration à force de longs efforts réfléchis et correspond à la fidélité, à la constance, à la science, au renoncement, à la chasteté et à la religion.  

Saturne est la planète maléfique des astrologues dont la triste et chétive lumière fut, depuis les premiers âges, évocatrice des chagrins et des épreuves de la vie, et que l’allégorie représente sous les traits funèbres d’un squelette animant une faux. Au plus profond de la fonction biologique et psychologique que symbolise Saturne, nous découvrons en fait un phénomène de détachement : la série d’épreuves de séparation qui s’enchaîne tout au long de l’histoire de l’être humain, depuis la rupture du cordon ombilical du nouveau-né jusqu’au dépouillement ultime du vieillard, en passant par les divers abandons, renoncements et sacrifices que la vie nous impose. A travers ce processus, Saturne est ainsi chargé de nous libérer de la prison intérieure de notre animalité et de nos attaches terrestres, en nous délivrant des chaînes de la vie instinctive et de ses passions. En ce sens, il constitue une puissance de frein au profit de l’esprit et est le grand levier de la vie intellectuelle, morale et spirituelle.  

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Rubens – Saturne dévorant ses enfants

Le « complexe saturnien » est la réaction de refus de perdre ce à quoi l’on est successivement attaché sur le parcours de sa vie, fixation cristallisée dans l’enfance, lors du sevrage et des diverses situations de frustration affective et conduisant à une exaspération de l’avidité sous ses diverses formes (boulimie, cupidité, jalousie, avarice, ambition, érudition…), rejoignant l’aspect cannibalesque du mythe avec le thème de Cronos dévorant ses propres enfants. L’autre face de ce Janus présente le tableau inverse d’un détachement excessif sous les divers aspects de l’effacement de soi, du désistement de l’ego, de l’insensibilité, de la froideur, renoncement débouchant à l’extrême sur le pessimisme, la mélancolie et le refus de vivre.

Au plan physiologique

L’élément cosmique propre à Saturne est la Terre, le sec et le froid, ce qui chez l’individu se traduit par un tempérament nerveux, analogue à celui de Mercure, mais beaucoup plus froid, donc aux réflexes lents ; le sujet saturnien est un asthénique et non un émotif remuant. 

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Saturne et l’Arcane Sans Nom

Saturne représente l’ossature du corps, le métabolisme du calcium, les parathyroïdes. Son action s’exerce aussi par le nerf vague, ou nerf pneumogastrique, qui ralentit le grand sympathique jupitérien.

L’action perturbatrice de Saturne se traduit par des processus tels que le vieillissement, les carences, l’asthénie, les scléroses, les atrophies, l’arthritisme par manque d’élimination, les lithiases, les rhumatismes déformants, la constipation, les caries, les maladies osseuses, la surdité. Les maladies chroniques ou à évolution lente sont gouvernées par Saturne.

Lorsqu’il n’est pas dissonant dans le thème, Saturne accroît au contraire la résistance organique ; s’il économise ses forces et suit un mode de vie convenable, il peut au contraire être un facteur de longévité et d’équilibre.

Sur le plan physiologique, Saturne apporte avec lui l’introversion la plus typique. Les affects subits ne provoquent pas de réaction extériorisée et l’émotion s’intériorise ; il se produit un mouvement de repli vis-à-vis du monde extérieur, avec le risque de perte de contact vivant que cela peut entraîner.

Dans la tradition et l’imagerie populaire

Divinité des semailles (satus = semailles), des moissons et de la vigne dans la mythologie populaire romaine, Saturne était présenté souvent comme un vieillard voûté par le poids de l’âge et appuyé sur une faucille. Il est identifié au dieu Cronos, qu’un antique jeu de mot a transformé en Chronos, le Temps) des Grecs, le fils de Gaia, la Terre, et d’Ouranos, le Ciel, l’un des Titans. Cronos échappe à son père qui, ayant peur d’être détrôné par ses fils, les élimine sitôt nés…

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Saturne émasculant son père Ouranos

Enfant encore, Saturne sépare le Ciel de la Terre en émasculant son père à l’aide d’une serpe, outil agricole. Il s’unit alors à sa sœur, Rhéa, dont il aura plusieurs enfants qu’il dévore dès leur naissance avant que leur mère, attendrie par leurs cris, puisse les secourir. Car il connaissait la destinée, comparable à celle de son père, qui lui était réservée : un de ses enfants lui ferait perdre sa puissance et son trône olympien.

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Rhéa présentant la pierre emmaillotée à Saturne

Ce dieu céleste, en effet, s’était établi sur la terre qu’il avait affranchie du poids oppressant du ciel. Mais Rhéa, furieuse d’être privée de sa progéniture, réussit à sauver son cadet, Zeus, que nouveau-né elle cache dans une grotte crétoise où il est allaité par Amalthée, chèvre divinisée par la suite. La « corne d’Amalthée », est restée, depuis, synonyme de richesse et de bonheur. Rapidement devenu adulte, Zeus contraint Cronos à quitter l’Olympe et à régurgiter ses frères et sœurs, puis il le précipite dans le Tartare.

D’après les traditions romaines, Saturne détrôné par son fils Jupiter trouve refuge en Italie auprès de son ami Janus, le dieu aux deux visages, qui régnait alors sur le Latium. Sous leur double influence l’humanité s’épanouit, une période bénie de prospérité et de bonheur commence, qui restera dans la mémoire des gens comme l’Age d’or.

Dans cette théogonie, un ensemble d’idées sont exprimées d’une façon symbolique et poétique à travers les mythes. Saturne représente à la fois le caractère inexorable du Temps, dont le cours prend son départ avec la séparation du ciel et de la terre, d’où s’ensuit l’alternance des jours et des nuits, et l’ambition dévorante, créatrice d’épreuves. La sagesse immanente de Saturne découle de sa nature terrienne : il est bien le fils de la Terre et il préside aux temps des semailles, par extension à celui des moissons. Cette nature terrienne, mûrie dans l’exclusion du pouvoir et du royaume des cieux, fait de lui un bienfaiteur des hommes.

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Janus au double visage – Musée du Vatican

A partir du moment où il s’identifie à Janus, Saturne acquiert la sagesse ultime : car Janus est une personnification de la destinée humaine par sa double nature, celle d’un jeune homme indissociable de celle du vieillard. Janus aux deux visages est le dieu qui culmine à un point critique dans le temps, celui du changement de l’année. C’est le moment où le Vieil An, le vieux Cronos, doit partir pour laisser sa place au Nouvel An, son fils. Ce changement inauguré par une sorte de crise originelle du pouvoir divin, se perpétue au cours des siècles sans débordements vengeurs, sans désordre destructeur. Le temps se renouvelle, sans crise majeure ; l’Age d’or se reproduit symboliquement chaque année, les hommes fêtent ce moment critique. Les Saturnales sont moins, dans ce sens, la recherche d’un âge perdu que la constatation de la continuité de l’ordre divin. D’où la joie : et la fête commence, « le Roi boit ».

« Or Janus, ayant donné l’hospitalité à Saturne qu’un vaisseau amena dans son pays et, ayant appris de lui l’art de l’agriculture et celui d’améliorer les aliments, partagea avec lui la couronne. Ce fut Janus aussi qui frappa des monnaies de cuivre, et témoigna dans cette institution un tel respect pour Saturne qu’il fit frapper d’un côté un navire et de l’autre l’effigie du dieu pour transmettre sa mémoire » – Macrobe, les Saturnales). Telle est la transcription du mythe de Saturne selon Macrobe, auteur latin du IVe siècle, l’un des derniers zélateurs de la religion païenne. En l’honneur de Saturne, le roi mythique, initiateur des travaux agricoles et Maître du temps de maturité des semences, les Romains ont instauré la fête primordiale des Saturnales, qui ouvrait l’année cérémonielle.

On attribuait l’institution de la fête à Janus, divinité importante du panthéon romain, qui voit la fin de l’année écoulé et regarde le commencement de celle qui s’ouvre ; car le 1er janvier, ainsi que tout ce mois, était dédié à Janus aux deux visages. Roi mythique de Rome, maître de la paix et de l’abondance, Janus est aussi le dieu des portes et des passages : « On lui donne deux visages parce que les deux portes du ciel sont soumises à son pouvoir, qu’il ouvre le jour en se levant et le ferme en se couchant, tel le soleil ».

Entre le 17 et le 24 décembre, Rome et les provinces romaines retentissaient de la musique et des joies de la fête : festins, danses, amusements, satires, travestissements, inversions de rôles comme on l’a vu le maître devenant l’esclave et vice-versa, débordements de toute sorte accompagnaient la célébration.

Dans les festivités familiales, il est important de souligner le sacrifice du cochon de lait et l’élection par le sort, d’un roi de dérision, détenteur pour ce jour de la liberté de parole et du commandement des affaires de la famille. Ce sont les traits que l’on retrouve même de nos jours dans les fêtes qui, en Europe, marquent le retour des saisons. Si l’on ne sacrifie plus le cochon de lait, on perpétue à Rome et dans le Latium comme dans quelques provinces environnantes cette tradition du cochon de lait… que l’on nomme « porchetta ».  

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La Porchetta

Par ailleurs, dans la tradition également, Saturne est la planète des Juifs. C’est pourquoi, alors que cette planète se trouvait en conjonction avec Jupiter dans les Poissons, les rois mages, après un rêve prémonitoire, conclurent qu’était né quelque part en Judée le « Roi des Juifs ». Il faut dire que cette conjonction planétaire était activée par une comète. On dit que ces mages eurent connaissance d’une vieille prédiction juive relative au Messie.

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Les Rois Mages : Gaspard, Melchior et Balthazar

Qui se souvient que les dieux planétaires gouvernent les jours de la semaine, dans un système occulte élaboré durant l’Empire romain, avant 100 avant Jésus-Christ. Les planètes étaient disposées en cercle, selon l’ordre chaldéen, établi en fonction du mouvement relatif des planètes, à partir de Saturne,  la plus lente et la plus éloignée, jusqu’à la Lune, la plus rapide et la plus proche de la Terre. Pour suivre la semaine, commençant le dimanche, on partait du Soleil, on traçait une ligne allant jusqu’à la Lune, et on continuait ainsi, sans jamais repasser au même endroit, jusqu’à ce que l’on achève de parcourir l’étoile à sept branches. Le jour de la semaine qui correspond à Saturne, c’est bien sûr samedi ou Saturday en anglais.

Dans la tradition, Saturne avait très mauvaise réputation contrairement à Jupiter puisqu’il était en plus appelé le Grand Maléfique. Ses mots-clés sont : rigueur, patience, sagesse. Il gouverne le long terme, le dépouillement des apparences, l’accès aux vérités authentiques. Ses vertus sont l’austérité, la sobriété, la lucidité : les limites qui manquent à Jupiter prennent avec Saturne tout leur essor, peut-être est-ce pour cela que l’astrologie traditionnelle a tant médit sur son compte. Mais ces limites sont aussi celles qui empêchent de verser dans l’exagération. Il y a également dans sa symbolique une dialectique intéressante de l’avidité et du renoncement. Il dévore ses petits, puis les restitue et parvient enfin à la sagesse en renonçant à posséder. C’est là la leçon de Saturne.

Au positif, Saturne c’est l’image du sage détaché des vanités terrestres. Au négatif, c’est Harpagon qui veille jalousement sur son tas d’or, rien n’empêchant à ce dernier de devenir comme le premier. L’être marqué par une dominante saturnienne est réfléchi et introverti. Il refuse les compromis comme l’imprudence, il a un sens du devoir parfois étouffant qui le pousse à des choix souvent frustrants. Chez lui, la rigueur peut se muer en rigidité et la persévérance en acharnement. Saturne gouverne encore le passage du vécu à l’abstrait, la capacité à sublimer, à approfondir, à tirer un enseignement des expériences.

Dans l’optique traditionnelle, Saturne correspond en tant que planète froide et sèche, au tempérament nerveux d’Hippocrate et ses extensions symboliques vont de la couleur noire au plomb, à l’onyx, aux frustrations, privations, pauvretés diverses ainsi qu’au pouvoir solitaire.

Enfin, Saturne domine dans les thèmes de scientifiques et autres chercheurs.

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L’Onyx – Pierre de Saturne

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Edition Bordas

Le Langage secret des Etoiles et des Planètes – Geoffrey Cornelius/Paul Devereux

deco_noel14Pour pour une fête, un anniversaire, ou tout simplement pour faire plaisir, pensez à offrir une consultation astrologique. Sur mon site, au chapitre de mes chroniques, dans la rubrique « Cadeaux » vous trouverez les modalités d’organisation de cette consultation, ainsi qu’un exemple d’une carte-invitation.

 

 

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DANS LA SYMBOLIQUE DU CAPRICORNE ET DE SATURNE/CHRONOS : LE TEMPS

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 07-01-2011

La notion de temps s’enracine dans le mouvement soli-lunaire. En effet, les événements périodiques, en premier chef les mouvements du Soleil et de la Lune, deviennent des signaux… d’organisation.

Le Soleil et la Lune sont les clefs de voûtes du système social. Ils n’en sont pas seulement les horloges externes, ils règlent le métabolisme interne de la société : le calendrier, fixé sur la Lune ou le Soleil, ne sert pas seulement de repère au cours des événements, il fixe et déclenche le cycle discursif de la vie sociale. 

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Le temps est souvent symbolisé par la Rosace, par la Roue, avec leur mouvement tournant, par les douze signes du Zodiaque, qui décrivent le cycle de la vie et, en général, par toutes les figures circulaires. Le centre du cercle est alors considéré comme l’aspect immobile de l’être, le pivot qui rend possible le mouvement des êtres, tout en s’opposant à celui-ci comme l’éternité du temps. Ce qui explique la définition augustinienne du temps : « image mobile de l’immobile éternité ». Tout mouvement prend figure de cercle, dès lors qu’il s’inscrit dans une courbe évolutive entre un commencement et une fin et tombe sous la possibilité d’une mesure, qui n’est autre que celle du temps. Pour tenter d’exorciser l’angoisse et l’éphémère, l’horlogerie contemporaine n’a pas trouvé mieux, inconsciemment, que de donner aux montres et aux réveils une forme carrée, plutôt que ronde, symbolisant ainsi l’illusion humaine d’échapper à la roue inexorable et de maîtriser la terre, en lui imposant sa mesure. Le carré symbolise l’espace, la terre, la matière. Ce passage symbolique du temporel au spatial n’arrive cependant pas à supprimer toute rotation dans l’un ou l’autre sens, mais occulte l’éphémère, pour n’indiquer que l’instant présent dans l’espace.

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L’architecture et la sculpture d’inspiration chrétienne ont souvent représenté le Christ, surtout dans l’art roman, comme par exemple au tympan de l’église d’Autun, sous la forme du Maître du Temps, chronocrator, qui rejoignait celle du Maître de l’univers et de ses rythmes, cosmocrator. L’art est conçu comme une lutte contre la mort, ainsi d’ailleurs que la mystique. L’un et l’autre symbolisent un combat pour l’éternité : le temps est pour Baudelaire « l’ennemi vigilant et funeste, l’obscure ennemi qui nous ronge le cœur » (Spleen et Idéal).

Dans le langage comme dans la perception, le temps symbolise une limite dans la durée et la distinction la plus sentie d’avec le monde de l’Au-delà, qui est celui de l’éternel. Par définition, le temps humais est finie et le temps divin infini, ou plutôt, il est la négation du temps, l’illimité. L’un est le siècle et l’autre l’éternité. Il n’existe donc entre eux aucune commune mesure possible. Cette différence de nature, que l’intelligence ne peut normalement pas concevoir, est marquée en Irlande par une discontinuité ou une rupture symbolique du temps humain à chaque fois que les humains pénètrent dans le « Sid » (Autre Monde) ou sont en relation avec des gens du « Sid ». Ils croient avoir été absents quelques jours ou quelques mois et l’ont été en fait pendant plusieurs siècles : la conséquence en est que, s’ils reviennent en Irlande et mettent pied à terre, ils ont brusquement l’âge qu’ils auraient s’ils avaient mené une existence terrestre, et meurent brusquement. Inversement, des personnages héroïques peuvent avoir passé plusieurs jours dans le « Sid » et n’avoir été absents que pendant quelques heures. L’Irlande s’est tirée d’affaire en limitant les contacts entre les humains et le « Sid » à la courte période de la fête du  1er novembre (Samain), début de l’année celtique : cette fête, qui jouxte donc deux années, clôt l’une et ouvre l’autre, en fait en réalité partie ni de l’une ni de l’autre. Elle est symboliquement en dehors du temps.

D’une façon générale les fêtes, les orgies rituelles, les extases sont comme des échappées hors du temps. Mais cette échappées ne peut se réaliser que dans l’intensité d’une vie intérieure et non dans le prolongement indéfini de la durée : sortir du temps, c’est sortir totalement de l’ordre cosmique, pour entre dans un autre ordre, un autre univers. Le temps est indissolublement lié à l’espace. 

– Etymologie 

Le mot « temps » provient du latin « tempus », lui-même dérivé du grec « temnein » qui signifie « couper » et qui fait référence à une division du flot du temps en éléments finis. Il est à noter que « temples » (templum) dérive également de cette racine et en est la correspondance spatiale : le templum initial et la division de l’espace du ciel ou du sol en secteurs par les augures. Enfin « atome » (insécable) dérive également de « temnein ». 

Eléments généraux

Le temps historique est découpé en trois périodes : 

·         Le passé qui désigne l’espace du réel qui n’est plus, avant le présent.

·         Le présent qui désigne l’espace du réel, entre le passé qui n’est plus, et le futur qui n’est pas encore.

·         Le futur qui désigne l’espace du réel qui n’est pas encore, après le présent.

Le Chronos est un concept qui permet de définir le temps. Ces concepts sont apparus chez les Grecs.

Le Chronos est le tout du temps, relatif au présent : « Hier était le jour précédent et demain sera le jour suivant parce que je suis aujourd’hui. »

Il est un point mouvant sur la flèche du temps qui définit les infinis à ses deux bornes. La notion de temps est un corollaire de la notion de mouvement : le mouvement se fait dans la durée et si le temps venait à s’arrêter plus rien ne bougerait.

Ainsi, selon Aristote, le temps est le nombre du mouvement selon l’antérieur et le postérieur. A contrario le temps semble ne plus faire sens quand l’idée de mouvement disparaît, car le temps suppose la variation.

Changement, permanence, espace, simultanéité, succession, antériorité, postériorité… ces notions font notamment appel à la mémoire. Le classement des événements dans un ordre quelconque ne peut se faire que si l’on se souvient. De façon opposée, la mémoire se construit grâce au fait que certains événements se répètent, autorisant ainsi l’apprentissage.

De façon plus générale, il semble que le temps puisse être considéré (et considérer n’est pas connaître) sous deux aspects : 

·         l’aspect cyclique : cycle des jours, des saisons, de la vie…

·         l’aspect linéaire : évolution, transformation irréversible, passage de la naissance à la mort

La régularité de certains événements a permis d’établir très tôt une référence de durée (calendrier, horloge…) et donc de quantifier le temps : « quantifier le temps », c’est lui associer un nombre et une unité, en effectuer une mesure. Toutefois, cette connaissance est au mieux celle d’une substance du temps : elle n’apprend rien sur sa nature intime, car la mesure n’est pas le temps – il faut du temps pour établir une mesure. Et bien que l’intuition du cours du temps soit universelle, définir le temps en lui-même semble au-delà de nos capacités.

cadran-solaire-saint-veran

Cadran Solaire de Saint-Véran

L’Horloge

C’est un système de mesure du temps et spécialement pour marquer et indiquer l’heure.

Il existe des horloges à toutes les échelles de l’univers, de la plus petite à la plus grande, par exemple :

horloge-astronomique-de-prague Horloge Astronomique et astrologique de Prague 

·         horloges mécaniques qui peuvent être portatives :  

·         pendule,

·         horloges de plancher,

·         horloge de clocher,

·         montres

·         horloges cristallographiques à quartz; l’horloge d’un processeur en est un exemple,

·         horloges atomiques

·         horloges pneumatiques

·         horloges à eau ou clepsydre

·         horloges cosmiques :

·         horloges terrestres : rotation diurne et révolution annuelle autour du Soleil

·         horloge lunaire : lunaison  

·         horloges météorologiques comme le retour de la mousson

·         horloges biologiques : pulsation cardiaque, battement de cils, respiration, sommeil, menstruations, etc.  

Pourquoi et comment ? 

Les horloges utilisent en général les oscillations d’un système à sa fréquence propre : balancier, ressort, cristal de quartz, fréquence d’une raie atomique. La stabilité de cette fréquence propre et l’entretien de ses oscillations sont fondamentales. 

Une fois fabriquée et démarrée, l’horloge doit être mise à l’heure, c’est-à-dire synchronisée avec l’horloge de référence : il faut tourner les aiguilles ou régler un affichage numérique pour la caler sur la référence choisie.

horloge-mondiale-a-berlin Horloge Mondiale de Berlin

Son travail est ensuite de garder cette heure, du mieux qu’elle peut (elle a généralement été conçue pour cela : une horloge est un garde-temps), mais il est prudent de régulièrement vérifier et si nécessaire restaurer sa synchronisation. 

La rotation diurne de la Terre est la plus commune des horloges. Les horloges mécaniques ont été conçue pour suivre cette horloge naturelle, et la découper en intervalles conventionnels (variables selon les lieux et les époques), comme les heures ; l’origine de la journée dépend également de la civilisation (lever du soleil, coucher, milieu de la nuit…).  

Les horloges mécaniques ont également repris (sauf exceptions originales et notables) le sens de rotation de l’ombre du style d’un cadran solaire. 

La révolution de la Terre autour du Soleil, ou de la Lune autour de la Terre, ont servis à définir les années et les mois (importants pour le repérage des saisons, des périodes de chasse ou de travaux agricoles).

horloge-republicaine  Horloge Républicaine 

L’absence d’absolu légitime l’usage d’horloges différentes selon le domaine. Cette absence rend également nécessaire le choix purement arbitraire d’une horloge de référence. La référence de temps actuelle, l’UTC , est basée sur la rotation terrestre traduite, grosso modo, par le retour du soleil au méridien d’un lieu : c’est l’heure de tous les jours donnée par des horloges atomiques, à un décalage horaire près. Mais cela peut changer : il est envisagé de supprimer le lien entre la rotation terrestre et les horloges atomiques et de baser le temps de tous les jours uniquement sur les indications de ces dernières.

horloge-a-balancier 

Mais les horloges de référence ne sont pas toujours accessibles directement ou facilement utilisables en pratique : il est alors possible de considérer qu’une horloge plus simple et plus facile à construire et à manipuler est représentative de l’horloge de référence pendant un certain intervalle de temps : c’est le cas de nos montres de tous les jours. Par exemple il est possible de se servir d’une montre bien calée sur le temps de l’horloge atomique de référence pour repérer le moment du lever du soleil, autre expression de l’horloge terrestre. 

La montre

Une montre est une horloge portative. Au XXIe siècle, la montre se porte généralement au poignet, mais les premières montres étaient portées dans une poche de gilet, de veste (ou veston), ou bien encore attachées à l’extrémité d’un court ruban fixé en haut de la culotte ou du pantalon.

montre-molle-salvador-dali

Salvador DALI – Montre Molle 

Une horloge ne peut fonctionner que dans une seule position, au contraire de la montre qui fonctionne dans toutes les positions. De ce fait, deux éléments techniques lui sont indispensables : 

– le ressort moteur, alors qu’une horloge peut fonctionner avec des poids dont la descente actionne le rouage ; 

– le coq, qui est le point de pivotement supérieur du balancier, alors que l’horloge peut fonctionner avec un pendule.

Le réveil

Un réveille-matin (également abrégé en réveil) est une horloge qui émet un son à une heure prédéterminée. On l’utilise généralement pour se réveiller en début de journée, d’où son nom. Il a été inventé par Antoine Redier.

cocorico-reveille-matin-vivantCOCORICO – Réveille-matin vivant

Il en existe plusieurs types :

·         mécanique, à ressort ;

·         électrique.  

penduleLa pendule

Le terme pendule en horlogerie désigne : 

·         . une petite horloge d’appartement

·         . une horloge dont le balancier est un pendule.

Le chronographe ou chronomètre

Un chronographe, ou chronoscope, est un instrument horaire permettant de mesurer la durée d’un événement. Dans le langage commun, on utilise souvent le terme chronomètre pour désigner un chronographe. Le nom est dérivé du grec « chronos », signifiant le temps.

Le plus souvent, le chronographe est actionné par des poussoirs permettant d’enclencher le comptage (Départ ou Start), de l’arrêter (Arrêt ou Stop) et de faire la Remise à zéro (Reset).

Dans les mouvements mécaniques, un mécanisme réalisant cette fonction constitue une complication.

Le temps et la musique

Le temps est le paramètre principal de la musique, un des rares arts à s’inscrire dans une évolution temporelle et à créer un temps. La différenciation entre temps subjectif et temps objectif y joue un rôle primordial, puisque l’émotion procurée se mesure à l’aune de ce temps subjectif de l’écoute active, temps non quantifiable, et qui fait l’objet de plusieurs recherches en psychologie. Plusieurs compositeurs contemporains, comme Arvo Pärt, Pierre Boulez, José Manuel Lopez Lopez et bien d’autres, ont recherché des formes d’écriture, des procédés musicaux pour suspendre ce temps subjectif, pour inscrire le temps vécu dans une dimension contrôlée.

·         Dans le solfège, le temps est une subdivision de la mesure et suggère la dynamique à apporter à l’interprétation (temps fort – temps faible).  

L’observation des conduites musicales enfantines permet une approche un peu différente. La musique, dans sa pratique « de concert » implique en effet un temps commun. Il s’agit d’un temps à la fois pratique et formel. Un des penseurs de l’Ars Nova, au XIIIe siècle, Francon de Cologne exprime brillamment cette idée : le Tempus est la mesure de la musique émise et de la musique omise. L’observation met en évidence la construction de ce temps formalisé par les enfants, qui passent de l’activité égocentrique (dans le sens piagétien !) à un temps pratique, basé sur le concret, perceptif et actif qui le produit, puis à ce temps formalisé qui permet les activités interactives, complémentaires. Ce niveau n’est guère atteint avant la sixième année.

metronomeUn métronome est un instrument donnant un signal audible ou visuel permettant d’indiquer un tempo, vitesse à laquelle doit être jouée une musique. Il est surtout utilisé dans l’étude d’une partition, la mise en place d’une interprétation ou la recherche du minutage (timing) d’une œuvre musicale. 

Mesurer le temps dans sa cuisine 

Un sablier est un instrument qui permet de mesurer un intervalle de temps par écoulement de sable ou quelconque matière solide fractionnée. Le mécanisme similaire pour les liquides est la clepsydre. Bien que l’on ne sache pas exactement quand le sablier a été inventé, son utilisation est avérée à partir du Xe siècle. A l’origine il était constitué de deux bulbes de verre placés l’un sur l’autre et reliés par un tuyau fin.

Les progrès du soufflage du verre ont permis par la suite de les réaliser d’une seule pièce. Le bulbe rempli de sable fin, ou d’un corps similaire, est placé en haut et par l’effet de la gravité, le sable s’écoule lentement et régulièrement dans l’autre. Une fois que tout le sable est dans le bulbe du bas, on peut retourner le sablier pour mesurer une autre période de temps.

En général, les sabliers communs écoulent leur sable en 1 à 5 minutes. Une utilisation courante et familière est le contrôle de la cuisson des œufs à la coque avec des sabliers de 3 minutes. Le sablier est aussi utilisé dans les jeux de société pour limiter les tours de jeu. Autrefois il était utilisé sur les bateaux pour mesurer le temps par demi-heure. Les marins qui pour abréger leur quart retournaient l’ampoule avant qu’elle ne soit complètement vide « mangeaient du sable » selon une expression proverbiale du temps.

logoSablier du XVIIIe siècle

Le sablier n’est pas un outil fiable pour mesurer précisément l’écoulement du temps : des facteurs peuvent affecter la durée d’écoulement du sable : la finesse du sable, la forme des bulbes, la taille du tube qui les relie, son usure par l’écoulement du sable, la position plus ou moins horizontale, l’effet des mouvements accentuant ou ralentissant l’écoulement du sable.

Le sablier représente le temps qui passe. Il est parfois représenté avec des ailes d’oiseau ou de chauve-souris pour symboliser la fugacité du temps qui passe. Les allégories du Temps ou de la Mort portent souvent un sablier et par extension celles de la mélancolie.

Une minuterie ou minuteur (timer en anglais) est un dispositif, souvent programmable, permettant de mesurer le temps. D’abord mû par un mécanisme d’horlogerie pour remplacer le sablier, il est souvent aujourd’hui complètement électronique. Celui-ci permet d’alimenter une alarme (comme un beeper), ou une fonction, quand le temps défini choisi est écoulé.

Une minuterie peut être un ustensile de cuisine permettant de contrôler les temps de cuisson. Elle est souvent intégrée aux fours (traditionnels ou micro-ondes). De nombreuses autres appareils électroménagers sont munis de minuteries, tels que la machine à laver ou le sèche-linge.

Aujourd’hui, la plupart des appareils électroniques, tels les téléphones portables ou ordinateurs personnels, sont dotés d’une fonction « minuterie ».

La minuterie est un élément important de l’équipement de laboratoire de biologie moléculaire, qui permet de contrôler avec précision les temps d’expériences en cours, telles que les digestions enzymatiques.

À la maison, un système muni d’une minuterie peut être utilisé afin de simuler une présence lors d’une absence afin de diminuer les risques de vols.

Utilisée avec des explosifs, une minuterie permet de programmer le déclenchement de l’explosion, afin d’avoir le temps de dégager un périmètre par exemple.

chronosLe temps dans la mythologie 

Dans la mythologie grecque, Chronos est un dieu primordial (Titan) personnifiant le temps. Il apparaît essentiellement dans les traditions orphiques, et est confondu avec Cronos, le roi des Titans dans les traditions tardives.

C’est un être immatériel, apparu à la création du monde. Il est représenté sous les traits d’un serpent à trois têtes (une d’homme, une de lion et une de taureau) enlacé avec son épouse Anankè (déesse de la Nécessité, de la Fatalité) autour du monde-œuf. Ils sont censés entraîner le monde céleste dans sa rotation éternelle. Selon la cosmogonie orphique, ils seraient les géniteurs de Chaos et Éther. Dans la culture contemporaine, il est surtout connu pour être représenté sous les traits d’un vieil homme à longue barbe, vêtu d’une toge et tenant une faux, souvent aussi un sablier. En anglais, il est souvent surnommé sous cette forme Father Time (« Père Temps »).

lhermite-tarot-des-visconti-sforza L’HERMITE et son sablier – Tarot des Visconti-Sforza XVe siècle 

Bibliographie : Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant

frise  

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Mythes, Légendes et Traditions

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 06-01-2011

calendrier-des-postesL’HISTOIRE DU CALENDRIER A TRAVERS LES SIECLES

Avec la petite histoire du calendrier, permettez-moi de vous présenter mes meilleurs voeux pour cette nouvelle année qui commence, que les étoiles vous soient douces et que vos désirs, les plus secrets, les plus utopiques soient-ils, se voient exhaussés. 

Comme toujours, c’est au latin que nous devons le mot « calendrier ». A l’époque, on parlait de « calendarium » et aussi de « calendae ». Les « calendes » étaient un livre de comptes portant l’indication des diverses calendes, c’est-à-dire les dates, auxquelles les débiteurs venaient payer les intérêts de leurs dettes. C’est devenu en même temps un système élaboré par les hommes pour recenser de façon logique, les jours, les semaines, les mois, les années en restant en accord avec les principaux phénomènes astronomiques directement observables : la position du Soleil dans l’espace et éventuellement celle de la Lune et de Vénus.

Notre calendrier est purement solaire. Il vise à réaliser une moyenne d’année civile aussi voisine que l’année tropique (365,2422 jours solaires moyens), sur laquelle sont réglées les saisons, ces dernières revenant à date fixe. Nous utilisons de nos jours le calendrier grégorien, mais il n’en a pas toujours été ainsi.

calendrier-du-xve-siecle-avec-mois-du-zodiaque 

Calendrier du XVe Siècle avec mois du Zodiaque 

Il nous paraît aujourd’hui évident que le jour et la nuit, tout comme les saisons, rythment un temps abstrait. Il nous faut faire un effort d’imagination pour réaliser que l’humanité considérait, jusque dans un passé récent, que le temps lui était donné par le ciel, par l’alternance du jour et de la nuit, et par les saisons. Dans la majorité des civilisations, le cycle annuel du Soleil et les phases mensuelles de la Lune ont été à la base de différents calculs des divisions du temps autres que les jours. Les sociétés agraires se sont surtout préoccupées du cycle solaire, faisant des passages annuels du Soleil à l’écliptique, les équinoxes et les solstices, les quatre grands moments de l’année.

Pour établir un calendrier, il faut résoudre un problème de calcul : en effet, un mois lunaire comporte environ 29,5 jours, et une année compte non pas 365 jours, mais 365 jours 1/4. Ces fractions d’unités s’accumulent rapidement et, ainsi, les fêtes célébrant certains événements s’en éloignent de plus en plus. Pour y remédier, on a eu recours à l’intercalation : on intercalait une unité de temps, soit un jour supplémentaire, soit un mois lunaire, pour rester en phase avec le temps céleste. 

rajasthan-calendrier-indienLe premier calendrier indien, décrit dans le « Rigveda » (livre d’hymnes sacrés écrit vers 1200 avant J. C.), combine les cycles du Soleil et de la Lune. Il comprend douze mois lunaires divisés en trente jours, mais fait intervenir un mois supplémentaire tous les deux ou trois ans, après le quatrième ou le cinquième mois lunaire. Le mois solaire comprenait de 27 à 32 jours, en fonction de l’entrée du Soleil dans chacun des signes du zodiaque, déterminé à partir de l’équinoxe de printemps (point vernal). Le mois lunaire correspondant commençait à la première Pleine Lune (en Inde du Nord) ou à la Nouvelle Lune (en Inde du Sud) qui suit l’entrée du Soleil dans la constellation. Les grandes fêtes trouvaient leur place dans cette structure temporelle. C’est ainsi que Divali, la fête indoue de la Lumière, se tenait chaque année  la Nouvelle Lune du huitième mois de Kârtikka (octobre-novembre). Elle célèbrait la victoire de Râma sur Râvana, le Démon, et la visite annuelle de Lakshmî, déesse de la Prospérité ; chacun allumait des lampes pour la guider, afin d’attirer ses bienfaits sur son foyer.

Les civilisations amérindiennes mesuraient le temps en se basant sur le nombre 20, à partir d’un ancien calendrier de 365 jours. Les Mayas ont pu effectuer des calculs astronomiques précis à partir de leur calendrier. Ils ont évalué la révolution synodique de Vénus (temps nécessaire pour que cette planète revienne à la même position par rapport au Soleil et à la Terre) à un peu moins de 584 jours (la valeur exacte est de 583,92 jours). Ainsi, cinq révolutions synodiques de Vénus             (2 920jours) correspondaient à huit années solaires de 365 jours. Les Mayas célébraient une cérémonie tous les 8 ans, quand ils ajustaient leur calendrier de Vénus pour tenir compte des cinquièmes de journée de décalage. Pour les civilisations amérindiennes, Vénus était une planète-clé ; en tant qu’étoile du matin, elle représentait le dieu Quetzalcoatl, le Serpent à plumes.

calendrier-aztequeOn a retrouvé un calendrier aztèque en pierre, pesant 22 tonnes, représentant le visage du dieu du Soleil, Tonatiuh entouré des cinq âges de l’humanité. Ensuite, sont gravés les symboles des jours et les étoiles, puis le ciel, entourés de serpents. 

Le calendrier moderne garde des traces profondes du culte que les Babyloniens et les Chaldéens rendaient aux astres, même si elles sont peu visibles, mais il en reste des vestiges dans les langues européennes. Lundi vient de Lune, en latin « luna », mardi de Mars, mercredi de Mercure, jeudi de Jupiter, vendredi de Vénus. Le samedi correspond au sabbat (en français, mais aussi en italien et en espagnol). L’anglais « monday » (lundi) renvoie explicitement à la Lune (moon) et « saturday » (samedi) à Saturne. 

En anglais et en allemand, les autres jours évoquent des dieux teutons équivalant aux dieux grecs latinisés : « tuesday » et « Dienstag » pour mardi, renvoient à Tyr, ou Dien, le dieu de la Guerre (Mars) ; « thursday » et « Donnerstag », pour jeudi, à Thor, ou Donar, le dieu du Tonnerre, l’équivalent de Jupiter ; « friday » et « Freitag », vendredi, à Frigg, ou Frija, assimilée à Vénus, la femme d’Odin, divinité suprême chez les Teutons. Enfin, « wednesday » (mercredi) est rattaché à Woden, forme ancienne d’Odin. 

LES JOURS DE LA SEMAINE DANS LES LANGUES EUROPEENNES

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Français                                    Espagnol                        Italien              Allemand                       Anglais

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Lundi                                        Lunes                             Lunedi               Montag                         Monday

Mardi                                       Martes                         Martedi             Dienstag                       Tuesday

Mercredi                                  Miércoles                      Mercoledi           Mittwoch                     Wednesday

Jeudi                                        Jueves                         Giovedi               Donnerstag                   Thursday

Vendredi                                   Viernes                         Venerdi               Freitag                         Friday

Samedi                                      Sabado                          Sabato               Samstag                        Saturday

Dimanche                                   Domingo                        Domenica            Sonntag                        Sunday

___________________________________________________________________________________

Les dieux planétaires gouvernaient les jours de la semaine, dans un système occulte élaboré durant l’Empire romain, 100 avant J.C. Les planètes sont disposées en cercle, selon l’ordre chaldéen, établi en fonction du mouvement relatif des planètes, à partir de Saturne, la plus lente et la plus éloignée, jusqu’à la Lune, la plus rapide et la plus proche de la Terre. Pour suivre la semaine, commençant le dimanche, on part du Soleil, on trace une ligne allant jusqu’à la Lune, et on continue ainsi, sans jamais repasser au même endroit, jusqu’à ce que l’on achève de parcourir l’étoile à sept branches. 

LE CALENDRIER JULIEN

Il a été établi en 46 avant J.C. par Jules César, sur les conseils de l’astronome Sosigène, pour remplacer le système employé à Rome et tombé dans un désordre extraordinaire. L’ère à la période julienne est un espace de 7 980 années juliennes, inventé par Scaliger et dans lequel l’an 4714 du monde correspond à l’an I de l’ère chrétienne. La création d’une année bissextile, sur quatre, portait l’année Julienne à 365,25 jours en moyenne. Les Romains commençaient l’année au premier mars ; c’est d’après eux que les mois de septembre, octobre, novembre et décembre conservent encore aujourd’hui leur dénomination dans le calendrier romain.

calendrier-gregorien-sceance-de-reforme-du-calendrier 

Séance de la Commission pour la Réforme du Calendrier Julien en présence du Pape Grégoire XIII

Peinture sur tablette datant de 1582 – Archives d’Etat de la ville de Sienne.

Sous la monarchie française, l’année catholique commença à Noël et à Pâques. L’année, commençant à Pâques, était tantôt de onze mois et tantôt de treize, suivant les détours de la lune, ce qui devait gêner le commerce. En 1564, un édit de Charles IX fit invariablement commencer l’année au premier janvier 1565. Cet édit fut suivi en France jusqu’en 1792, où la république succéda à la monarchie, et changea entièrement l’ordre et le nom du calendrier. L’année commença au 22 septembre. En 1806, deux ans après l’élection de Bonaparte comme Empereur, le calendrier républicain fut réformé, et la France adopta deux annuaires, celui de l’Empire, qui répondait au 2 décembre, premier de l’Empire ; et l’ancien, nommé calendrier grégorien, qui commençait au premier janvier. Ce retour à l’ancien ordre des choses a ramené les anciens usages des visites, des compliments, et surtout des étrennes, dont l’origine venait de très loin, de la Chine antique.

calendrier-gregorien-octobreLE CALENDRIER GREGORIEN

C’est donc notre calendrier actuel. Il a été établi par le Pape Grégoire XIII en 1582. Comme dans le calendrier Julien, les années bissextiles sont celles divisibles par 4, sauf les années séculaires dont le nombre de siècles n’est pas divisible par 4. Exemple : 1700, 1800, 1900 ne sont pas bissextiles car le nombre de siècles de ces années (17, 18, 19) n’est pas divisible par 4. Pour maintenir les saisons aux mêmes dates qu’en 325 (Concile de Nicée), il fut alors décidé que, le lendemain du 4 Octobre 1582 serait le 15 Octobre. Il existe pourtant, encore, une petite erreur, mais elle est de 1 jour sur 4000 ans. Le calendrier grégorien prendra de plus en plus d’extension et les calendriers anciens ne subsisteront guère que pour les usages liturgiques de certaines civilisations.

LE CALENDRIER REPUBLICAIN

Ce calendrier trouve son origine dans le mouvement de déchristianisation déclenché par la Révolution française. Il fut institué par décret de la Convention le 24 octobre 1793 ; son principal artisan fut Gilbert Romme, aidé par quelques astronomes. L’année commençait à l’équinoxe d’automne (22 septembre) et était composée de 12 mois de 30 jours divisés en trois décades qui remplaçaient la semaine, auxquels on ajoutait cinq ou six jours complémentaires pour que l’année ait une durée moyenne de 365,25 jours. Ces jours étaient consacrés à la célébration des fêtes républicaines : les Sans Culottides.

calendrier-revolutionnaire-thermidor  

Les noms des mois, dus au poète Fabre d’Églantine (l’auteur de « Il pleut, il pleut Bergère… »), étaient : vendémiaire, brumaire, frimaire pour les trois premiers, qui sont des mois d’automne, nivôse, pluviôse, ventôse pour les mois d’hiver, germinal, floréal, prairial pour les mois de printemps, et messidor, thermidor, fructidor pour les mois d’été. Dans chaque décade, les jours étaient appelés primidi, duodi, tridi, quartidi, quintidi, sextidi, septidi, octidi, nonidi, décadi, et, au lieu du nom d’un saint comme dans le calendrier grégorien, il leur est affecté le nom d’un produit agricole, d’une plante ou d’un outil. Le début de l’année était fixé au minuit, compté en temps vrai de l’Observatoire de Paris, qui précèdait l’instant de l’équinoxe d’automne. L’an I de l’ère républicaine débuta donc le 22 septembre 1792. Le calendrier républicain resta en vigueur jusqu’en décembre 1805 ; il fut aboli par Napoléon qui restaura le calendrier grégorien, le 1er janvier 1806.

LE CALENDRIER MUSULMAN                                                             

calendrier-musulman

Purement lunaire, le calendrier musulman contient 12 mois qui ont alternativement 30 et 29 jours, sauf le dernier mois, qui peut comporter 29 ou 30 jours. L’année peut donc contenir 354 ou 355 jours : 33 années grégoriennes correspondent à 34 années musulmanes, puisque l’année contient 12 lunaisons plus 10,875 jours. Ces années varient dans un cycle de 30 ans musulmans, qui comporte 10 631 jours : 19 années de 354 jours (années communes) et 11 années de 355 jours (années abondantes), soit une durée moyenne de l’année de 354 jours 8 heures 48 minutes. La durée moyenne du mois est de 29 jours 12 heures 44 minutes. Les années sont comptées depuis le 16 juillet 622 (1er Mouharram), jour de l’hégire, ou « émigration » de Mahomet de La Mecque pour Médine. Ainsi, 1992 correspond en partie aux années 1412 et 1413 de l’hégire. L’année ayant 10, 11 ou encore 12 jours de moins que l’année grégorienne, le nouvel an musulman survient chaque année en avance de ce même nombre de jours. Le début du mois commence à la nouvelle Lune réellement observée, lorsqu’on voit, au coucher du Soleil, un mince croissant à l’horizon, ce qui peut entraîner un certain décalage avec le calendrier théorique. 

calendrier-hebraique1LE CALENDRIER HEBREU

Le calendrier hébreu remonte pour sa forme actuelle au IVe siècle après J.-C. Luni-solaire, il assure une valeur moyenne du mois voisine de la lunaison et une durée moyenne de l’année voisine de l’année tropique. L’année se compose de 12 ou 13 mois lunaires comprenant 29 ou 30 jours ; l’année de 12 mois est dite commune, et celle de 13 mois embolismique. De plus, chaque année varie de trois façons : l’année commune peut contenir 353 jours (défective), 354 jours (régulière) ou 355 jours (abondante) ; l’année embolismique offre les mêmes variations : 383 jours (défective), 384 jours (régulière) ou 385 jours (abondante). La longueur de la lunaison est de 29 jours 12 heures 44 minutes 3 secondes ; les deux sortes d’années varient dans un cycle de 19 ans (cycle de Méton), qui comprend 235 lunaisons : 12 communes et 7 embolismiques. Les années sont comptées depuis l’époque admise de la création du monde, soit en 3762 avant J. C. ; ainsi 1992 correspond en partie aux années 5752 et 5753. Le nouvel an (1er Tisseri) tombe toujours en septembre ou en octobre grégorien au moment du coucher du Soleil, instant du commencement du jour.

bonne-anne-2011  

Je vous renouvelle tous mes voeux pour une année 2011 heureuse et prospère malgré ou avec la crise…

cadran-solaire-avec-les-heures-planetaires-xvie-siecle-san-benigno-cavavese-to  

Bibliographie : Le Langage Secret des Etoiles et des Planètes par Geoffrey Cornelius et Paul Devereux.  

deco_noel13Pour vos étrennes de Nouvel An, pour une fête, un anniversaire, ou tout simplement pour faire plaisir, pensez à offrir une consultation astrologique. Sur mon site, au chapitre de mes chroniques, dans la rubrique « Cadeaux » vous trouverez les modalités d’organisation de cette consultation, ainsi qu’un exemple d’une carte-invitation.

 

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EPIPHANIE… GALETTES… ROIS MAGES… ET… ASTROLOGUES

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 02-01-2011

PARCE QUE LES ROIS MAGES ETAIENT DES ASTROLOGUES ON A FAIT DE L’EPIPHANIE LA FETE DES ASTROLOGUES

Epiphanie est un mot d’origine grecque Epiphaneia qui signifie  « manifestation » ou encore « apparition ». Cette fête chrétienne célèbre la manifestation de Jésus, le Messie du monde. Elle a lieu le 6 janvier. Comme en France, ce n’est pas un jour chômé, elle est souvent reportée au dimanche suivant ou anticipée au dimanche précédent. On commémore aussi l’adoration des Rois Mages, venus selon la tradition, à Bethléem, guidés par une étoile. Au sens grec, ce sont des astrologues ou des magiciens orientaux. Cette fête s’appelle aussi Théophanie qui signifie « manifestation de Dieu ». Cet ancien nom subsiste aujourd’hui dans le prénom féminin Tiphaine, en anglais Tiffany.

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La fête était à l’origine et jusqu’à la fin du IVe siècle, la grande et unique fête chrétienne de la manifestation du Christ dans le monde : incarnation, Nativité, manifestation par la venue des Mages, manifestation par la voix du Père et la colombe sur le Jourdain, manifestation par le miracle de Cana. Depuis l’introduction d’une fête de la Nativité, Noël, le 25 décembre, l’Epiphanie s’est spécialisée de façons diverses, selon les confessions et a adopté des sens variés. 

L’Epiphanie commémore donc la visite des trois rois mages, venus dit-on d’Orient, en suivant la lumière d’une étoile pour les guider jusqu’à Bethléem. Melchior, Gaspard et Balthazar apportaient des présents à l’Enfant Jésus qu’ils nommèrent « le Nouveau Roi des Juifs ». Quand ils le découvrirent dans l’étable, près de ses parents, Marie et Joseph, ils s’agenouillèrent devant lui en signe de respect. Ils apportaient en cadeau de l’or, de la myrrhe et de l’encens. 

L’origine des Rois Mages est aujourd’hui encore obscure. On les dit savants, riches mais errants. Ces mystérieux personnages alimentèrent l’imaginaire qui entoure Noël. Melchior venait de Nubie. C’était le plus âgé des trois. Il apportait de l’or, symbole royal. Balthazar apportait de la myrrhe, symbole sacerdotal. La myrrhe est une sorte de gomme produit d’un arbre d’Arabie, le balsamier, utilisée dans les préparations cosmétiques et en pharmacie. Gaspard était le plus jeune et apportait l’encens, symbole prophétique, une résine dégageant un parfum quand on la fait brûler. 

Dans les Evangiles, c’est Matthieu qui mentionne leurs noms et les présentent comme de riches personnages ayant visité l’Enfant Jésus à Bethléem, en Judée, du temps du roi Hérode. Alors que Luc ne parle pas des Mages, mais évoque par contre la visite des bergers. 

Les Rois Mages furent d’abord présentés comme des Perses. Un manuscrit grec, traduit en latin, révèle leurs noms qui, plus tard, furent légèrement déformés et deviendront : Balthazar avec la peau cuivrée, Gaspard avec la peau foncée et Melchior avec la peau blanche. De même, on les fera paraître l’un imberbe, l’autre moustachu et le troisième barbu, leur attribuant ainsi les trois âges de la vie. Ils représentaient les « non Juifs » des trois continents. Il faut se dire que les quatrième et cinquième continents n’avaient pas encore été découverts.  

Quant à leurs offrandes, elles sont particulières. Saint André révèle que l’Encens, la Myrrhe et l’Or forment l’acronyme EMO, signalant l’obligatoire transsubstantiation du sang humain en sang divin. Quant à l’anagramme du mot, il donne OME, homophonie de HOMME, signalant que ces cadeaux de royauté sont aussi dévolus à l’humain.

or-ameriques-paris-expositionL’OR, richesse et aussi métal, représente selon certaines interprétations la paROle, Orare en latin. Ne dit-on pas d’ailleurs que « la parole est d’or »… C’est en effet une richesse car manier le verbe est le plus grand des pouvoirs, mais c’est un métal si la parole devient vénale, qui alourdit son possesseur. Ne dit-on pas aussi à l’initié « Laisse tes métaux ».

La MYRRHE, la résine qui guérit et qui sert à embaumer les morts, est la promesse de la résurrection, d’un cycle de vie pour accomplir son destin.

L’ENCENS scelle le lien avec notre origine, par l’intermédiaire des prières ou reconnaissance sentimentale envers notre source. A ce titre, les Rois Mages, les trois, représentent la divinité tri-unitaire présente dans toutes les religions. Ce sont des inconnus qui nous ont apportés ces cadeaux que sont la parole, l’immortalité et les liens affectifs qui nous unissent à eux.

Enfin, longtemps ce jour-là, on célébra le miracle de Cana : l’eau changée en vin… Un rituel de quête terminait jadis la période des douze jours de fêtes. Les quêteurs recevaient souvent en guise de présent une part de galette. Et voilà pourquoi nous perpétuons la tradition et dégustons des galettes à l’époque de l’Epiphanie.

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Les Noces de Cana – Enluminure des Grandes Heures de Jean de Berry

OR, ENCENS ET MYRRHE : EN SAVOIR UN PEU PLUS

Les Anciens avaient l’habitude d’honorer les personnes selon leur rang et leur dignité. Les cadeaux offerts à Jésus symbolisent la considération que les nations païennes avaient de lui. On voit habituellement dans l’or, la reconnaissance de la royauté de Jésus, dans l’encens, la reconnaissance de sa divinité, dans la myrrhe, la reconnaissance de son humanité car on rapproche souvent ce cadeau de celui de Nicodème lors de son embaumement. Cependant, cette interprétation très répandue est doublement déficiente. Elle l’est parce que Matthieu, dans son évangile ne parle pas de Nicodème. Il ne connaît pas cette tradition. Elle viendra plus tard, dans un autre évangile : celui de Jean. La myrrhe dans Matthieu ne peut donc prendre ici le sens de l’humanité de Jésus lié à sa mort. Matthieu, qui se réfère très souvent aux Écritures, voit dans la myrrhe plutôt l’incarnation du Messie attendu car la myrrhe dans l’Ancien Testament n’est jamais mise en rapport avec la mort ou avec l’ensevelissement, mais avec l’amour et plus précisément l’amour de Dieu. On se sert de la myrrhe pour oindre l’Arche d’Alliance, pour décrire les vêtements du Roi-Messie dans le contexte de ses fiançailles avec Israël ou pour décrire la parole du Très-Haut. La myrrhe apparaît en tout douze fois dans les écrits de l’Ancien Testament dont sept fois dans le Cantique des Cantiques lié à l’amour des fiancés. La myrrhe dans Matthieu décrit donc la reconnaissance de l’amour du Messie pour son peuple.

myrrheA propos de la Myrrhe

Le mot Myrrhe vient du latin « murra » ou « myrrha », lui-même emprunté au grec, l’étymologie étant certainement une racine sémitique contenant l’idée d’amertume, une des composantes de l’odeur de la myrrhe. L’histoire de la myrrhe est aussi ancienne que celle de l’encens. Les Egyptiens la connaissaient depuis quatre millénaires et en faisaient un des composants du kyphi. Elle était également utilisée dans les embaumements. Dans la Bible, la myrrhe est l’un des principaux composants d’une huile d’onction sainte, mais c’est surtout un parfum chargé d’érotisme, mentionné à ce titre sept fois dans le Cantique des cantiques, par exemple dans le verset I, 13 : « Mon bien-aimé est un sachet de myrrhe, qui repose entre mes seins. » La myrrhe fait également partie des cadeaux apportés à Jésus par les Mages. Les Grecs ont fait un grand usage de la myrrhe, allant jusqu’à en parfumer leur vin. Ils l’ont aussi associée à une légende : Myrrha était la fille de Cinyras, roi de Chypre. Des Gorgones la poussèrent à avoir des relations incestueuses avec son père. Après quoi elle fut transformée en arbre à myrrhe, dont l’écorce se fendit pour donner naissance à Adonis.

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La Naissance d’Adonis

La myrrhe est utilisée comme composant de médicaments pour ses propriétés antispasmodiques et stimulantes, mais c’est surtout la parfumerie qui continue à en faire la gloire, notamment dans les parfums de type oriental, où elle accroît la sensualité des notes de rose. Par ailleurs, elle entre dans la composition d’une célèbre liqueur, la Bénédictine.  

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« La Myrrhe » médicament est utilisée dans le traitement des ulcères de la bouche et des gencives. C’est un astringent. En aromathérapie, on extrait de cette gommo-oleorésine deux huiles essentielles intéressantes : herabolène et eugénol. 

myrrhe-et-arbre-a-myrrheL’arbre à myrrhe ou balsamier (Commiphora myrrha) est un arbre de la famille des Burseraceae qui pousse dans les régions sèches du Nord-Est de l’Afrique : Djibouti, Ethiopie, Soudan, Somalie, Kenya, mais aussi de la Péninsule arabique : Yémen et Oman. Cette espèce de Commiphora est un arbuste ou un petit arbre d’une hauteur d’environ 3 mètres, avec de nombreuses branches écailleuses, noueuses et hérissées d’épines. Les petites feuilles ovales caduques sont composées de trois folioles inégales. A la fin de l’été, l’arbuste se couvre de fleurs rouge-orangé, tandis que son tronc se boursoufle de nœuds. C’est de ces boursouflures que s’écoule la myrrhe, en petites larmes jaunes que l’on recueille une fois qu’elles ont séché.

A propos de l’Encens

L’encens est une résine produite par un arbre appelé Boswellia sacra, de la famille des Burséracées. L’arbre serait originaire du Dhofar, dans l’actuel sultanat d’Oman. Il y est encore cultivé aujourd’hui et est exporté par le port de Salaalah. Autres lieux de production : la Somalie et le Yémen (pays qui vit de cette marchandise) et l’Inde, où l’on cultive surtout le Boswellia serrata, dont le produit est l’oliban. Seul l’arbre mâle, haut de trois mètres à maturité, produit la précieuse résine, mais il faut attendre une bonne dizaine d’années pour qu’il fournisse un produit de qualité. L’écorce est incisée, et les sécrétions de résine sont collectées trois semaines plus tard. On dit que la meilleure résine est recueillie en automne, à la suite d’incisions pratiquées pendant l’été. C’est ce qu’on appelle l’encens blanc par opposition à l’encens roux, recueilli au printemps après des incisions hivernales.

larbre-a-encens-le-boswellia-sacraL’arbre à encens

 

Dans la langue française, le mot encens est relativement tardif : il a été emprunté vers 1135 au latin ecclésiastique incensum, désignant une matière brûlée en sacrifice (participe passé neutre du verbe incendere = brûler, enflammer). Chez les Romains on l’appelait thymiama, un mot proche de thym, à rattacher à deux racines grecques : l’une, thuos évoque à la fois l’idée d’offrande et de parfum, d’aromate; l’autre, thuien, correspond à la notion de sacrifice (que l’on fait brûler). A l’origine, sans doute une racine indo-européenne « dhu » qui signifie « faire brûler ».

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Les termes ci-dessus montrent bien l’importance de l’encens dans la religion, les dieux étant apparemment friands de ses fumées qui montaient vers eux en sacrifice. Le dieu assyrien Baal en était un grand consommateur, mais Yahvé dans l’Ancien Testament, aimait également beaucoup l’encens, mentionné à 113 reprises dans les divers livres. On notera surtout un passage de L’Exode  (XXX: 34-37) dans lequel Yahvé précise à Moïse la composition du mélange qu’il faut faire brûler pour lui (storax, onyx, galbanum, aromates et pur encens), tout en lui indiquant que ce mélange ne doit pas être utilisé de façon profane :

« Le parfum que tu fais là, vous n’en ferez pas pour vous-mêmes de même composition. Il sera saint pour

toi, réservé à Yahvé. Quiconque fera de même pour en humer l’odeur sera retranché de son peuple ».

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Brûleur d’encens

 

Les Egyptiens, considérés comme les plus grands parfumeurs de l’Antiquité, firent eux aussi un grand usage de l’encens, qui entrait notamment dans la composition du Kyphi. Même chose chez les Grecs et les Romains. La nature divine de l’encens est évoquée par Ovide dans ses Métamorphoses, puisque selon lui le premier arbre à encens aurait poussé sur la tombe de Leucothoé, maîtresse d’Apollon, châtiée par son père Orchamos. Le christianisme, dans la continuité de l’Ancien Testament, perpétua l’utilisation de l’encens, puisqu’il fait partie des cadeaux apportés au Christ par les Mages. D’où les encensoirs dont le parfum raffiné a envahi les églises pendant des siècles. De tous les parfums, l’encens est certainement celui qui a le passé le plus prestigieux. On le considérait dans l’Antiquité comme plus précieux que l’or, et la route de l’encens a fait la fortune de plusieurs royaumes arabes. C’était un peu l’équivalent du pétrole d’aujourd’hui. Toutefois, des études ont montré la grande toxicité des vapeurs d’encens car sa combustion dégage des vapeurs contenant des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), produit cancérigène. Il est donc déconseillé d’en utiliser plus d’un bâton par jour et recommandé d’aérer la pièce après.

encens 

En parfumerie proprement dite, l’encens est assez peu utilisé, mais il semble être revenu un peu à la mode : il entrait notamment dans la composition de Coco Mademoiselle, parfum créé par la Maison Chanel en 2001. A préciser également que le terme encens désigne parfois toute matière brûlée lors de rites religieux, et que le copal des Mayas ou les mélanges asiatiques à base de santal sont souvent appelés encens.

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deco_noel1Noël est bien sûr passé, mais il n’est pas encore trop tard pour penser à vos étrennes de Nouvel An, à moins qu’une fête, ou un anniversaire, se profile, ou tout simplement pour faire plaisir… pensez à offrir une consultation astrologique… Sur mon site, au chapitre de « mes chroniques », dans la rubrique « Cadeaux » vous trouverez les modalités d’organisation de cette consultation, ainsi qu’un exemple d’une carte-invitation.

 

 

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