DANS L’UNIVERS OCEANIQUE DE NEPTUNE, LE MAITRE DES POISSONS

(05 - PETIT COURS D'ASTROLOGIE, 5.3.9 - NEPTUNE) par sylvietribut le 26-02-2011

         Un peu d’histoire

Neptune a été découverte en 1846 par l’astronome allemand Johann Galle. Toutefois, Urbain Le Verrier avait déjà prouvé que la planète existait, à l’aide de calculs ; il avait aussi déterminé sa position alors qu’il constatait l’existence d’irrégularités dans son orbite, attribuées à la présence d’un champ gravitationnel. Coïncidence, Le Verrier était natif des Poissons. 

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Neptune

Les événements historiques qui ont coïncidé avec la découverte de Neptune sont complexes. Vers 1840, l’Europe est entrée dans le Romantisme, en réaction contre la philosophie des Lumières ; 1848 a vu le début du spiritisme moderne, après qu’un esprit se fut manifesté dans la maison des célèbres sœurs Fox, dans l’Etat de New York. Cette même année a aussi été marquée par la publication du Manifeste du parti communiste, ce qui a conduit à associer Neptune au socialisme, issu du désir de soulager les classes les plus défavorisées. Durant cette période, la photographie ainsi que les industries pétrochimiques et pharmaceutiques ont pris leur essor. Tous ces événements, courants de pensée et activités sont pour l’astrologue inspirés ou symbolisés par Neptune et appartiennent aux domaines des Poissons.

         Son graphisme

C’est un trident, symbole des divinités de la mer, dont le palais est au fond des abîmes aquatiques. A l’origine, le trident était l’image des dents des monstres marins, semblables aux vagues hérissées d’écume que soulèvent les tempêtes ; il est aussi une des plus anciennes armes de pêche. Il est également l’arme offensive d’une catégorie de gladiateurs, les rétiaires, qui combattaient avec un trident et un filet.

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Le trident est l’emblème de Poséidon/Neptune, dieu des océans, et il indique sa domination sur le monde des eaux qu’il peut agiter ou calmer. C’est aussi, avec le filet, dans la même perspective, le symbole du Christ, pêcheur d’hommes. Il est encore celui de la Trinité ; mais dans ce cas, ses branches doivent être égales. Il a pu servir comme représentation cachée de la Croix.

         Au plan astronomique

Neptune, c’est une petite géante gazeuse, elle a, approximativement, le même diamètre qu’Uranus (52 930 km). Cependant, elle est séparée du Soleil par 4 492 millions de kilomètres. Elle gravite autour de lui en 164,8 ans. On peut la voir, assez mal, avec des jumelles.

         Sa mythologie

Neptune est le dieu des Mers, des Océans, des Fleuves, des Sources, des Lacs, le domaine des eaux lui appartient. Son attribut, le trident, ou harpon à trois pointes, analogue au foudre de Jupiter, a pu représenter à l’origine le jaillissement des vagues et des éclairs. Car Neptune est un dieu redoutable : il est plutôt le dieu de la mer soulevée. Il connut de nombreuses liaisons amoureuses, avec des déesses ou des mortelles. C’était le plus volage des dieux, mais il n’engendra guère que des monstres et des bandits. Il eut une fille avec Déméter, on dit que seuls les initiés peuvent savoir son nom, peut-être Pausanias, car le secret est resté caché.  

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Statue de Neptune – Bologna – Italie

Neptune est également une puissance chthonienne, dieu des tremblements de terre, les séismes provenant, selon les Anciens, des tempêtes de la mer, sur laquelle reposent les continents ; il est le dieu qui fait tressaillir la terre. C’est à Neptune que Platon attribuera le pouvoir, dans l’Atlantide fabuleuse, de faire jaillir de dessous le sol deux sources d’eau, l’une chaude, l’autre froide et de faire pousser sur la terre des plantes nourricières de toutes sortes, en suffisance. 

Amphitrite, fille de Nérée et de Doris, est unie à Neptune par les liens du mariage. Ce dieu l’avait en effet aperçue alors qu’elle jouait sur une plage avec ses sœurs, les Néréides et l’avait désirée pour femme. Elle s’échappa et vint se réfugier auprès d’Atlas, aux toutes dernières et lointaines limites de la mer. Un dauphin l’enleva et la livra au dieu de la Mer qui la rendit mère de Triton. Ce dieu fut adoré par les marins et reçut ensuite un culte et une légende. Il avait pour demeure la mer toute entière par sa naissance. Il avait des apparences diverses, mais on le représente généralement comme un homme dont le corps se termine par deux énormes queues de poisson. A la fois bienveillant et terrible, il souffle dans une énorme conque marine qui mugit au cours des tempêtes. Il servait d’intermédiaire entre les marins et Neptune, son père. Il indiqua aux Argonautes la bonne route, rappela à lui les eaux du Déluge et calma la tourmente suscitée par Junon contre le Troyen Enée.

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         Au plan psychologique

De tendance plutôt introvertie, c’est-à-dire axé sur son Moi, Neptune n’entre pas totalement dans la classification créée par Jung. Il peut présenter des valeurs d’extraversion en fonction des périodes. Par contre, toujours dans l’optique jungienne, il pourrait représenter la fonction « transcendante ».

         En caractérologie

Neptune serait, selon André Barbault, soit émotif non actif-primaire, soit émotif non actif-secondaire, selon probablement l’importance de Saturne dans le thème. Contrairement à Uranus, il dispose d’un champ de conscience plus large, dans lequel les impressions diluent l’attention, au risque d’aggraver le manque de volonté et d’activité.

         Au plan psychanalytique

Neptune correspondrait à ce que l’on a appelé le complexe du « Nirvâna », cet état de dissolution et de flottement béat où le Moi n’a plus d’action. D’une façon plus générale, Neptune représente l’inconscient, de même que la Lune. Mais il s’agirait pour lui de l’inconscient collectif, réceptacle des tendances héritées des plus lointains ancêtres, la Lune au contraire représentant plus spécifiquement l’inconscient personnel indifférencié.

Sur le plan intellectuel, Neptune n’a rien de rationnel. Il est là aussi tout l’opposé d’Uranus. Il sent les choses en raison de sa perméabilité psychique. Il règle ses problèmes par intuition ; c’est le type « intuitif introverti ». Ses pensées surgissent de lui-même comme les nuages de la mer.  

On lui reproche souvent d’être « flou » ou d’avoir un psychisme « noyé », alors qu’il a l’impression de ne faire qu’un avec le monde. Comme l’a écrit un poète américain, « il flotte sur la rivière de ses pensées ».

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Il ne construit pas une œuvre de l’esprit, mais est porté par une œuvre formée d’elle-même au fond de lui. Mais son imagination, sa capacité de former des images, est souvent déformante, à l’image des reflets de la lumière sur le clapotis des vagues. Ce climat intérieur exclut donc toute logique et il est absolument vain de prétendre convaincre le Neptunien par des arguments raisonnables. Pour lui, rien n’est simple ; tout a une motivation ou une signification secrète inconnue du vulgaire. Mais si elle est déformante, son imagination est d’une grande fécondité.

Pour lui l’évasion nécessaire n’est pas tellement dans l’action, comme avec Uranus, mais dans le rêve, dans l’irréel. Et positivement, cela peut déboucher sur l’art, la mystique parfois. Il lui arrive de se trouver à la limite de l’étrange et de l’anormal : la fusion devient confusion, la raison se liquéfie. Chimères, chaos, utopie rêvée, il advient que tout cela tourne à la déception. La dimension supra-humaine risque d’être la proie de charlatans ou d’entités nocives. Mais le sens de l’infini subsistera toujours… tandis que le principe de dissolution liquéfie la volonté et toutes les structures de la personnalité. 

Dans les cas extrêmes d’aspects neptuniens difficiles, le déséquilibre mental glisse vers la schizophrénie. Au contraire d’Uranus, avec qui le Moi peut disparaître dans une explosion désintégrante de ses tendances, le Moi neptunien se fond peu à peu, se désagrège et n’a plus aucun contact avec la réalité.

         En astrologie

Selon une expression de Jean Carteret (un des plus prestigieux astrologues contemporains), Neptune représente « le monde en nous », par contraste avec Uranus qui est « soi dans le monde ». L’opposition diamétrale entre ces deux planètes dégage leurs grandes lignes respectives, qui traduisent une complémentarité. Pour l’astrologue, la planète Neptune est un principe d’extension, de fusion et de communion qui cherche à réaliser l’unité d’un monde, mais risque d’aboutir à la confusion et à la dissolution par son ignorance des réalités contraignantes. C’est aussi un principe d’évasion vers l’idéal, un point de contact avec l’infini.

La planète Neptune symbolise une force qui échappe entièrement à notre contrôle car elle se situe au-delà de la raison ou de tout ce qui est accessible à l’esprit logique. La seule façon de vraiment comprendre Neptune dans son essence consiste à s’y abandonner ; car elle se situe par définition et par fonction au-delà des frontières.  

Neptune est associée au mysticisme, au mystère, à l’unicité, au développement spirituel et à l’inspiration. On dit également qu’elle représente l’informel, l’illusion, la dissolution, l’imagination et l’idéalisme.

La manière la plus appropriée de décrire la signification essentielle de Neptune consiste à dire qu’elle représente le besoin de perdre son Moi dans un autre état de conscience (supérieur ou inférieur) et le besoin de se soustraire à toutes limitations, tant à celles de l’existence matérielle et de l’ennui qui lui est inhérent, qu’à celles de la personnalité et de l’ego. 

Liberté transcendante, unification, libération de l’ego et du Moi, désir de repousser ses limites personnelles et celles du monde matériel. Besoin d’expérimenter une identité avec la vie, immersion complète avec le tout, tel est Neptune.

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Fontana dei Pesci – Cerveteri – Province de Rome

Neptune est traditionnellement en affinité avec l’Eau et le signe des Poissons, les couleurs bleutés. La planète symbolise les croyances et les illusions, la religion et les mystères. C’est une fonction d’identification, un principe de perméabilité, de communion. Dans un thème elle représente les capacités d’assimilation, la réceptivité personnelle, les secrets et le merveilleux. Elle symbolise la complexité des choses : à la fois puissance de l’instinct grégaire et désir d’évasion. C’est un facteur de médiumnité ou d’inspiration, de tolérance ou de fanatisme, d’intuition et d’indécision. Elle présume aussi bien l’inertie que la continuité, l’enthousiasme que l’abandon, l’étrange ou l’irrationnel, l’immobilisation ou la fuite. Neptune sacrifie volontiers le matériel au spirituel. Elle estompe les limites physiques du monde visible et les contours de nos certitudes. Les lents changements de notre vie terrestre (la mort de certaines croyances, l’évolution des styles de vie, l’oubli des modes et des idées) sont sous l’influence du dieu de la mer mouvante.  

En politique, Neptune représente le socialisme. En économie, le pétrole. Dans sa forme la plus élaborée, Neptune induit au mysticisme et à la communion avec le Divin. Dans la vie quotidienne, elle organise les rêves et les visions, l’inspiration et la poésie. Elle encourage la charité, la sensibilité et l’esprit de sacrifice. Mais dans ses aspects négatifs, Neptune apporte la rapacité, la fraude, la déception, la désillusion et le cynisme. Dans ses attributions, comme dans ses influences symboliques, Neptune demeure vague, secret, flou, fluctuant.

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Les personnes influencées par cette planète sont très changeantes et adoptent facilement des visages différents. On trouve beaucoup d’acteurs parmi les Neptuniens, ou bien des gourous, des escrocs, des gens qui font la mode, des mystiques et, au pire des gens qui tombent dans l’alcoolisme, la drogue.

         Au plan physiologique

L’élément physiologique attribué à Neptune est l’Eau, qui réunit le froid et l’humide. Il en résulte un tempérament lymphatique, assez semblable à celui de la Lune, donnant la priorité à l’appareil digestif, accentuant le côté végétatif, l’atonie, le besoin de repos. 

Les fonctions organiques les plus marquantes concernent la nutrition ainsi que l’action des glandes à sécrétions interne dans leur ensemble. La vitalité est liée à la nutrition et l’organisme a souvent besoin d’être stimulé. Le sujet neptunien peut aisément accuser une réceptivité excessive à toutes les infections, aux fermentations digestives.  

L’irrégularité de toutes les sécrétions doit être surveillée. Le Neptunien doit prendre les plus grandes précautions en période d’épidémie, de même qu’aux risques de pollution de toute nature. Son organisme est trop porté à devenir un bouillon de culture.

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La Fontaine de Neptune à Nettuno, station balnéaire du Latium, au sud de Rome  

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LE MAGNIFIQUE TAROT DES VISCONTI-SFORZA

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 18-02-2011

Les origines du Tarot posent un problème difficile à résoudre. Depuis Court de Gébelin qui, au XVIIIe siècle se passionna pour son interprétation, les théories les plus diverses ont été avancées. Qu’il vienne de Chine, des Indes, d’Egypte, qu’il soit l’œuvre même de Thot-Hermès Trismégiste, celle de Bohémiens, d’Alchimistes, de Kabbalistes ou d’un homme sage entre les sages, le Tarot présente en fait une iconographie assez nettement moyenâgeuse et mêlée de symboles chrétiens. C’est d’ailleurs à la fin du XIVe siècle que l’on voit apparaître les cartes à jouer, les plus proches de celles que nous connaissons aujourd’hui. En ce qui concerne le Tarot des Visconti-Sforza, on en a retrouvé plusieurs groupes incomplets de ce jeu, peint à la main, disséminés en Europe, avec une seule certitude les cartes n’ont pas été inventées en Europe.

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LE MONDE – XXIe LAME DU TAROT VISCONTI-SFORZA

On sait que les Chinois en utilisaient sous une forme embryonnaire dès le VIIe siècle, mais la parenté de ces « cartes à jouer » avec les cartes européennes via Marco Polo est peu probable. Les plus anciennes cartes à jouer d’origine chinoise apparurent durant la dynastie Tang au moment où le format des livres passe du rouleau à la feuille. Elles semblent s’être développées à partir des anciens dés en provenance d’Inde et en liaison avec des pratiques divinatoires.

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Carte à jouer chinoise datant de la dynastie des Ming

La piste du Proche-Orient est plus vraisemblable. On retrouve des traces remontant au XIIe ou XIIIe siècle d’un jeu mamelouk dont la forme est très proche du jeu italien. Par ailleurs, le nom de certaines figures comme « naib », « malik » et « thani naib » rappellent le mot italien « naibbe » ainsi que le mot espagnol « naipes » qui désignent les cartes à jouer. Un jeu complet de cartes Mamelouk a été découvert au palais du Topkapi à Istanbul en 1938. Ce jeu n’était pas plus ancien que 1400, mais il a permis d’identifier des fragments de jeux datés des XIIe et XIIIe siècles. D’autre part, un des plus anciens documents évoquant les cartes à jouer, la chronique de Viterbo (1379), évoque les « Sarrasins ».

Il est également probable que les jeux arabes aient eux-mêmes une origine plus orientale, de Perse ou d’Inde, mais aucune preuve matérielle, aucun écrit ne peut confirmer cette thèse.  

Les liens entre l’Europe et le Moyen-Orient étaient alors nombreux, que ce soit par l’Espagne alors occupée par les Arabes, ou par les marchands vénitiens et lombards, on pense que l’introduction des cartes en Europe s’est faite à peu près simultanément par ces deux canaux. La présence de cartes à jouer est attestée en Catalogne en 1371, en Allemagne et à Florence dès 1377, en Espagne et en France entre 1377 et 1381. Elles y sont peut-être arrivées par l’intermédiaire des Arabes ou par des échanges marchands avec les Mongols le long de la Route de la soie. Certains historiens suggèrent que les cartes à jouer aient pu stimuler en Europe le développement de la xylographie et en conséquence les autres techniques d’imprimerie.

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La cour de Milan jouant aux cartes – Fresque du Palais Borromeo à Milan – XVe siècle

Le jeu de Tarot apparaît dans la seconde moitié du XVe siècle. Très tôt sa structure se fixe : quatre enseignes composées de dix cartes numérales de l’as ou « ar », puis du deux au dix, quatre figures ou honneurs : valet ou « fante » ou encore « faon », cavalier, reine et roi. A ces quatre séries est ajoutée une cinquième série de cartes, les triomphes qui seront plus tard désignés comme les atouts, de vingt et une cartes numérotées et d’une carte habituellement non numérotée, le fou, ou fol ou mat ou encore plus tard l’excuse.

Quant au Tarot des Visconti-Sforza, il serait l’œuvre de Bonifacio Bembo, né à Brescia en Lombardie. Ce peintre italien vécu au XVe siècle, actif entre 1447 et 1477. Il était aussi miniaturiste. Il s’était formé à l’école de style gothique tardif et était influencé par le style Renaissance. Après sa rencontre avec Gemiste Pléthon, il fût influencé par les idéaux néoplatoniciens de ce dernier.

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Francesco Sforza 1er par Bonifacio Bembo

Son œuvre est visibles dans les fresques de l’église Saint-Augustin à Crémone. Il nous laisse aussi les portraits de Francesco 1er Sforza et de son épouse Bianca Maria Visconti, tous deux datés de 1462. On peut les voir à la Pinacoteca de Brera à Milan. Il a également peint pour le cloître La Colombe à Crémone. En 1447, Bembo était déjà en rapport avec Francesco Sforza qui l’invita à Pavie pour peindre la Grande Salle du Conseil. Il y retourna en 1468 pour décorer les salles du château des Visconti.

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Bianca Maria Visconti

Bembo est généralement considéré comme l’auteur d’un des fameux jeux de Tarot Visconti-Sforza dont le symbolisme reflète l’intérêt de Bembo pour le néoplatonisme. Ce tarot princier des Visconti-Sforza est un des plus anciens jeux de cartes de l’Histoire. Superbement peint et mis en dorure au début du XVe siècle, il nous est parvenu presque complet puisqu’il ne manque que quatre arcanes. Il est possible que ce tarot lui fût commandé à l’occasion du mariage de Francesco Sforza et de Bianca Maria Visconti.

Les Sforza étaient une famille italienne de la Renaissance. La dynastie avait été fondée par Muzio Attendolo, né à Cotignola près de Ravenna, en 1369. Ce condottiere de Romagne servit les rois angevins de Naples. Le condottiere Alberigo da Barbiano le surnomme Sforza, ce qui signifie « le Fort », en raison de ses qualités aux combats. A sa mort en 1424, Jeanne II de Naples souhaita que son surnom se perpétue. Ce fut le plus connu de cette dynastie de condottieri.

Les Visconti étaient une famille noble de Lombardie, du parti gibelin, qui régna sur le Duché de Milan pendant le Moyen Age jusqu’à la Renaissance, de 1277 à 1447. Ils portèrent longtemps le titre de « Seigneur », mais à partir de 1395, Jean Galéas prit celui de Duc de Milan.  A la mort du dernier duc, Filippo Maria, en 1447, la République ambrosienne fut instaurée dans la cité pour une période de trois ans. Cependant, la succession des Visconti à Milan fut assurée par Bianca Maria, fille de Filippo Maria, qui épousa donc Francesco Sforza, le condottiere qui reprendra le flambeau du duché en 1450. Le dernier descendant de la célèbre famille Visconti fut le célèbre metteur en scène Luchino Visconti, dont le Guépard ou même Rocco et ses frères sont à jamais dans nos mémoires. Quant aux armes héraldiques de cette célèbre famille, c’est une Vouivre, créature fantastique, en l’occurrence un serpent dressé et ondoyant, engloutissant un enfant.

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Le blason des Visconti

Pour en revenir à l’histoire de ce merveilleux tarot, sans doute l’un des plus anciens jeux qui nous soit aujourd’hui parvenu, et on en trouve plusieurs exemplaires disséminés dans quelques musées de par le monde. Il ne porte ni nom, ni numéro, mais c’est l’un des jeux le plus complet qui ait survécu jusqu’à aujourd’hui… Il ne lui manque que quatre cartes. Le jeu complet comportait 78 cartes et il n’en reste que 74.

Ce jeu fut forcément commandé pour un événement important et princier, la préciosité des gravures, l’utilisation de la feuille d’or en attestent. C’est d’ailleurs sans doute grâce à la feuille d’or que ces quelques exemplaires du jeu nous sont parvenus. A l’origine, on ne parlait pas de cartes de tarot, mais de cartes des triomphes. Ce n’est qu’un siècle plus tard qu’apparut le mot « tarocchi » en italien, ce qui donna en français « tarots ».

Tout comme l’Etat aujourd’hui rêve de taxer l’internet, les cartes au XVIe siècle étaient lourdement taxées, à tel point que les rentrées furent si conséquentes que les finances de l’Etat s’en trouvèrent redressées. Charles-Quint fut à l’origine de cette initiative fiscale, suivi en France par Henri III qui parvint ainsi à palier aux déficits de l’Etat. Malgré la résistance des cartiers, les fabricants de cartes, les taxes sur les cartes seront appliquées selon les besoins du moment et du pouvoir en place. C’est le Général de Gaulle, dont on connaît le goût des réussites, qui abolira la taxation des cartes.

Quoi qu’il soit le tarot Visconti-Sforza est une illustration des coutumes du Moyen Age et même une évocation de ce qui défrayait la chronique à l’époque. Avant de penser en termes de divination, il est intéressant d’observer chacune des lames de ce jeu splendide. On en retrouve d’ailleurs dans les sculptures ornant les cathédrales représentant les mêmes images que ces triomphes.  

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Le Diable – Arcane XV du Tarot des Visconti-Sforza

La lame représentant Le Pape est typiquement chrétienne, de même que la Tempérance qui représente un ange. La carte du Diable est judéo-chrétienne car les Egyptiens ne connaissaient ni diable cornu, ni satyre. Il en va de même du Jugement, tout comme la Mort, représentée par un squelette.

La Roue de la Fortune, même si elle comporte un sphinx, n’est pas de nature égyptienne car si l’on observe bien ce sphinx est ailé, ce qui évoque plutôt un sphinx sémitique ou grec. 

Avec la Papesse, doit-on voir l’histoire de la Papesse Jeanne qui aurait usurpé la papauté en cachant sa véritable identité sexuelle. La légende raconte même qu’elle aurait accouché d’un bâtard en pleine rue alors qu’elle prenait part à une procession solennelle. A noter que la Papesse du jeu de Tarot s’interprète comme une période d’attente et de gestation. Par ailleurs, il y eût une Papesse dans la famille Visconti, Soeur Manfreda Visconti da Pirovano, qui périt sur le bûcher de l’Inquisition vers 1300. Elle était chef spirituel d’un petit groupe de fidèles qui croyaient à la divinité de Sainte Guglielma, une nonne du même couvent, décédée en 1282. Le groupe pensait que cette nonne était l’incarnation de l’Esprit Saint et qu’elle reviendrait sur Terre.

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La Papesse – Arcane II du Tarot des Visconti-Sforza

La hiérarchie du groupe était identique à celle de l’Eglise Catholique Romaine, mais la différence était de taille que les femmes pouvaient être ordonnées prêtres. Ainsi, Manfreda avait même été élue Papesse. Quand l’existence de ce groupe, sorte secte, fut découverte suite à une enquête de pré-canonisation relative aux miracles qu’aurait accompli Guglielma, Manfreda et les autres membres de la secte furent poursuivis, jugés et brûlés vifs sur le bûcher de l’Inquisition.

Manfreda était la cousine de Matteo Visconti et comme certains membres puissants de la famille Visconti étaient adeptes de Manfreda, il est possible que la famille Visconti ait gardé en mémoire ces événements douloureux et l’ait représentée comme Papesse dans le jeu des Triomphes associé à la Famille Visconti. Il faut savoir que le culte de Guglielma était très populaire à Milan car elle fut souvent représentée dans différentes créations artistiques. Certains voient également dans l’habit porté par la Papesse celui revêtu par l’Ordre des Umiliati, l’ordre des Humiliés, nom de la secte de Gughielma et Manfreda. L’habit de l’Ordre des Humiliés est assez semblable à celui des Spirituels Franciscains, fait d’un matériau très simple, de la laine non teinte « lana non colorata ».

Dans cette perspective, il ne serait pas à négliger l’influence plausible des croyants néo-cathares sur les concepteurs du tarot.

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L’Hermite – Arcane IX du Tarot des Visconti-Sforza

L’Ermite quant à lui représente un vieillard portant soit un sablier, symbole du temps typiquement européen, soit une lanterne ce qui ferait de lui la représentation du philosophe Diogène qui était grec.

Le Monde, représentation du globe terrestre, est dans d’autres tarots que celui des Visconti-Sforza entouré des quatre animaux d’Ezéchiel qui sont les symboles des quatre évangélistes qui, eux-mêmes, correspondent aux quatre éléments :

       Le Lion de Saint Marc représente le Feu et le signe du Lion,

       L’Aigle de Saint Jean représente l’Eau du Scorpion

       Le Taureau de Saint Luc représente la Terre du Taureau

       L’Ange du Verseau symbolise Saint Matthieu ainsi que l’Air.

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Les quatre animaux d’Ezéchiel – Monastère des Météores – Thessalie

Ces quatre images illustrent également les signes Fixes du zodiaque : Taureau, Lion, Scorpion et Verseau.

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L’Amoureux – Arcane VI du Tarot des Visconti-Sforza

La lame dite « l’Amoureux » retient aussi l’attention, parmi les triomphes, elle est la seule qui n’est pas terminée. En effet, elle est restée au stade de l’apprêt, la feuille d’or n’a pas été apposée comme cela l’est pour les autres lames. Est-ce un oubli de Bonifacio Bembo ? Pourtant certains disent qu’il serait mort avant d’avoir terminé son travail.

Le Tarot des Visconti-Sforza a été offert selon toutes probabilités en tant qu’objet d’art et jeu d’argent, on joue d’ailleurs toujours « a coppa » dans l’Italie d’aujourd’hui, le jeu de la coupe. Cependant, quelques 150 ans plus tard, en 1589, on retrouve à Venise les minutes d’un procès qui suggèrent, au moins dans l’esprit des accusateurs, une association entre Tarot et Sorcellerie.

Les premières cartes à jouer sont illustrées artisanalement par des peintres miniaturistes et parfois rehaussées d’or fin, ces cartes étaient bien sûr réservées à l’aristocratie. Les jeux de cartes se sont toutefois démocratisés rapidement, en particulier grâce aux progrès de l’imprimerie. Dès le XVe siècle, des imprimeurs suisses et allemands produisaient des jeux en grandes quantités. Leur succès fut tel que l’Eglise s’en inquiéta et décida d’interdire l’usage des cartes.

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Maison-Dieu – Arcane XVI du Tarot – Cathédrale d’Amiens

Et pourtant, on trouve des représentations du Tarot jusque dans les cathédrales et notamment celle de Chartres, d’Autun, d’Amiens, à Saint-Sernin à Toulouse, dans les abbayes de Souillac et de Moissac.

Le nombre des cartes et leur répartition, points et figures, se sont stabilisés très tôt. En revanche, les symboles utilisés ont beaucoup variés suivant les pays, les époques et les fabricants. A l’origine les cartes à jouer présentaient quatre couleurs hérités des arabes et appelées : Bâtons, Epées, Coupes et Deniers. Ensuite, les cartes ont été renommées de la façon suivante :

       Coupe : Cœur

       Denier : Trèfle

       Bâton : Carreau

       Epée : Pique

C’est à la Révolution française qu’on décida de faire disparaître les signes de royauté et de féodalité inscrits sur les cartes. Les rois furent remplacés par des génies, les dames par des libertés et les valets par des égalités pour symboliser les valeurs révolutionnaires.

Il existe à Issy-les-Moulineaux, près de Paris, le Musée de la carte à jouer, seul musée en France à être consacré à ce thème. Il réunit près de 6 500 jeux de cartes, 980 gravures, dessins et affiches et plus d’un millier d’objets. C’est l’un des sept musées dans le monde à être dédié aux cartes à jouer. www.issy.com/musée 

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OISEAUX DE MAUVAIS AUGURE ?

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 16-02-2011

Cette allusion aux volatiles nous projette dans la Rome antique. En effet, les augures étaient des devins chargés d’observer le ciel et d’en lire et communiquer les présages aux autorités. La politique d’ailleurs dépendait essentiellement de ces présages et aucune décision n’était prise sans consultation des augures. Il existait deux types de présages : les auspices qui observaient le vol et le chant des oiseaux, et de l’autre, les augures qui lisaient dans la mise à mort, puis les entrailles des volatiles. Et selon les conclusions obtenues, on évoquait un oiseau de bon ou de mauvais augure.  

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L’expression nous est restée et désigne toujours un événement ou une personne qui ne laisse rien présager de bon. C’est souvent l’annonceur d’une mauvaise nouvelle ou, au contraire, qui présente des signes favorables.

En 1150, « Augure », au sens de présage et de divination, est emprunté au latin « augurium » qui signifie « présage favorable ». Augurium vient lui-même de « augur » qui signifie « prêtre qui donne des présages positifs propres à favoriser un projet ». La transformation négative de l’augure ne semble n’apparaître que vers le début du XVIIIe siècle, avec l’expression « prendre un mauvaise augure de quelque chose », mais aussi « de bon » ou « de mauvais augure », qu’on utilise toujours de nos jours.

« Augure » ou « auspice », dans la religion romaine est un présage à venir, de bonnes ou moins bonnes nouvelles dans le futur. C’est un message envoyé par les dieux qui doit être élucidé afin de déterminer une conduite à tenir pour satisfaire la volonté des dieux.

Le travail des devins de la Rome antique pratiquaient l’ornithomancie. Cela consistait à l’observation du chant et du vol des oiseaux comme nous venons de le voir, mais également la manière dont ceux-ci mangeaient. Bien sûr, ils s’aidaient également pour leur interprétation de l’observation des phénomènes célestes, tels que la foudre et le tonnerre, ce qu’on nommait la « brontoscopie », et des prodiges. On appelait ces devins « les haruspices fulgurateurs ». Les dieux étaient associés chacun à un des seize secteurs découpés sur l’horizon. Couleurs, formes, éclat composaient les variables de l’interprétation.

Tout ceci leur venait de « l’Etrusca disciplina », c’est-à-dire l’ensemble des pratiques divinatoires étrusques. A Rome aussi, ces ministres officiellement préposés à cette divination portaient le nom d’augures. Ils étaient tenus en grande considération.

Sénèque nous rapporte à ce propos : « Les Etrusques pensent quant à eux que les nuages se heurtent afin de produire la foudre ; en effet, comme ils rapportent toutes choses à la divinité, ils estiment non pas que les choses ont une signification parce qu’elles se produisent mais bien qu’elles se produisent à seule fin de signifier ».  

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Il existait d’ailleurs un Traité des Foudres « Libri fulgurales », attribué à Végoia dont on a connaissance par Sénèque et Pline. La doctrine des foudres exposait la signification des coups de tonnerre pour chaque jour de l’année. La foudre avait d’ailleurs une signification selon la portion du ciel d’où elle provenait et où, bien sûr, elle tombait. Le ciel, divisé en seize sections, constituait un langage virtuel, lui-même constitué par les phénomènes météorologiques qui s’y produisaient. Onze types de foudres étaient répertoriés, maniées par différents dieux. Aussi, le message était-il à chaque fois différent et il incombait aux spécialistes qu’étaient les haruspices, de les interpréter. On peut y voir des analogies avec la doctrine chaldéenne et y percevoir aussi l’influence des « Meteorologica » d’Aristote. Ce schéma fondamental, et cependant archaïque, repose sur le binôme macrocosme/ microcosme.

Quant aux augures, ils étaient les interprètes des volontés de Jupiter, maître des signes ; il était hors de question de partir à la guerre, de choisir l’emplacement d’un temple, de désigner un homme pour une fonction politique sans consulter les augures. Ainsi, en 63 avant Jésus-Christ, Marcus Calpurnius Bibulus tenta de s’opposer à l’une des actions de Jules César en affirmant que les augures étaient défavorables.

La science augurale se trouvait contenue dans des livres que les devins étaient obligés d’apprendre ou de consulter. Cette science se réduisait à douze chefs ou articles principaux, conformément aux douze signes du zodiaque.

De tous les phénomènes qui servaient à prendre l’augure, les plus importants étaient le tonnerre et les éclairs : s’ils venaient de l’Orient, ils étaient réputés heureux. S’ils passaient du nord à l’ouest, c’était tout le contraire. Les vents étaient aussi des signes de bons ou de mauvais présages. Enfin, les oiseaux dont on observait avec la plus grande attention le vol et le chant étaient l’aigle, l’oiseau qui accompagne toujours Jupiter, le vautour, le milan, le hibou, le corbeau et la corneille.

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L’aigle qui accompagne toujours Jupiter

Pour procéder à cette consultation, l’augure qui était successeur de l’haruspice étrusque, prenait son « lituus » sorte de bâton recourbé ne présentant aucun nœud, et traçait dans le ciel et, plus tard, sur le sol, le « templum », c’est-à-dire le périmètre sacré à l’intérieur duquel il entrerait en relation avec Jupiter. Cette opération était « l’inauguratio ». A l’intérieur de ce périmètre, l’augure traçait ensuite une ligne Nord-Sud et une ligne Est-Ouest ; il se plaçait à leur intersection, tourné vers l’Est, tandis que celui qui le consultait se tournait vers le Sud. L’augure, avec son épaule et son bras droits entièrement découverts, est saisi au moment où il « prend les auspices », c’est-à-dire le moment où il observe le vol des oiseaux. Si le vol passait à droite de l’observateur (dexter), les dieux étaient favorables, mais s’il passait à sa gauche (sinister) qui a donné le mot « sinistre », les dieux étaient défavorables.

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Le lituus de l’haruspice

Il existait deux sortes d’auspices : ceux que l’on sollicitait avec l’augure qu’on appelait « imperativa » et ceux qui s’offraient d’eux-mêmes, nommés « obliticia ».

Le Collège des Augures, à Rome, aurait été fondé, dès les origines de la Cité, par Numa, le second roi. Mais les auspices ou la consultation rituelle du vol des oiseaux, des météores et des phénomènes atmosphériques, qui est la fonction propre des augures, remontent à une très haute antiquité, et probablement aux Chaldéens.

Le mot « augur », de même racine que le verbe « augeo », signifiait un pouvoir d’accroissement. Les augures sont les seuls interprètes autorisés de la volonté des dieux, sauf recours exceptionnel aux haruspices. Les augures prennent les auspices au nom de l’Etat. La réponse est donnée par « oui » ou par « non » à une question précise, posée par un magistrat, selon un rituel rigoureux. La décision de l’augure est sans appel, son pouvoir considérable puisqu’il peut différer une bataille, une élection… Les augures ont aussi fonction d’inaugurer rituellement des villes, des temples et autres lieux, des prêtres même. L’augure est généralement vêtu d’une robe rouge, une couronne sur la tête, son bâton augural à la main, debout et observant le ciel.

L’augure ne pouvait être dessaisi de ses privilèges sacrés : il en était marqué pour la vie. « Même condamné pour les plus grands crimes, dit Plutarque, l’augure ne peut, de son vivant, être dépouillé de son pontificat ». Interprète tout-puissant et infaillible des messages divins, à travers une écriture inscrite dans les cieux, il symbolise la prédominance de l’esprit sur la raison. Il est le lecteur de l’invisible à travers les signes visibles du ciel. Des causes mystérieuses d’échec ou de succès échappent à l’intelligence humaine : il faut les percevoir par d’autres moyens d’investigation. L’augure a vu, a lu, a parlé, il convient de s’incliner. Les collusions historiques entre la voix de l’augure et le désir des autorités publiques, à une époque où les croyances s’étaient affaiblies, n’affectent en rien cette valeur de symbole. 

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Sur l’Aventin à Rome – le Jardin des Oranges

Romulus et Remus, en désaccord sur le lieu de formation de leur ville, guettèrent ainsi les auspices, chacun sur la colline qu’il avait choisie. Remus, sur l’Aventin, fut le premier à voir six vautours, mais Romulus, peu de temps après, en compta douze. C’est ainsi qu’il sut que le Palatin, qu’il avait choisi, était agréé par les dieux.

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Sur le Palatin à Rome – Vestiges

Outre le vol et le cri des oiseaux, en particulier des pies, des corbeaux et des corneilles, l’augure observait aussi l’appétit des poulets sacrés : qu’ils refusent les grains et le présage était néfaste ; qu’ils le mangent avec voracité et le présage était faste.

Les augures connus sous le nom d’haruspicine du terme « haru-spicere » qui signifie « regarder les entrailles » ou bien « observer les viscères » (exta) des victimes sacrifiées. Ainsi, si le foie, la rate, l’estomac, les poumons, le cœur et les reins présentaient les caractéristiques voulues, ils étaient brûlés sur l’autel en offrande aux dieux, sinon on recommençait le sacrifice. C’était l’haruspice qui interprétait la volonté divine dans les entrailles de l’animal sacrifié. Celui-ci devait être rituellement abattu. L’haruspice pouvait alors examiner la taille, la forme, la couleur, les signes particuliers de certains organes, généralement le foie.

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Le foie de Piacenza

On a retrouvé des maquettes de bronze à usage didactique de ce type de divination, tel celui de Piacenza, mais il en existe aussi un autre exemplaire, hittite, provenant de Boghazhoi, ainsi qu’une version babylonienne.

L’organe était divisé en quatre parties correspondant aux quatre points cardinaux, chacune d’entre elle représentait la demeure de certaines divinités invoquées, auxquelles l’officiant demandait l’intercession dans les affaires humaines. L’animal abattu, la viande était rôtie et divisée entre les participants de la cérémonie au cours d’un banquet. Les organes internes, « exta » le siège de la vie de l’animal, étaient cuits et jetés dans le feu du foyer en offrande aux dieux.

Il semble qu’il n’y ait jamais eu de femmes dans le collège des haruspices, ni à avoir jamais exercé cette fonction. Il y avait par contre des stryges, c’est-à-dire des sorcières. Comme en témoignent les Métamorphoses d’Apulée, celles-ci étaient particulièrement nombreuses et réputées, notamment en Thessalie. Certaines magiciennes, telles Circé ou Médée, ou encore la Pythie de Delphes, sont restées célèbres. L’un des devins de l’Antiquité le plus célèbre fut Calchas. Homère cite aussi Tirésias, également très renommé. 

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Calchas – Musée du Vatican

D’ailleurs lorsqu’il s’agissait d’une affaire d’Etat, l’augure devait être fait par un spécialiste renommé, et en présence des magistrats, ainsi on était sûr de savoir si les dieux étaient ou non favorables à l’entreprise. Afin qu’un chef d’armée eût toujours à sa disposition les moyens de consulter les dieux par l’entremise des oiseaux, il se faisait accompagner d’augures portant dans des cages les poulets sacrés. Ces augures appelés « pullaires » avaient pour unique fonction de nourrir ces volailles, et de les observer à toute heure du jour. Les haruspices ou ministres chargés spécialement d’examiner les entrailles des victimes pour en tirer des présages étaient, en général, choisis dans les meilleures familles de Rome, après avoir longtemps été des Etrusques embauchés pour cela par l’empereur Claude qui avait étudié la langue étrusque, appris à la lire, et qui avait créé un « collège » de 60 haruspices qui exista jusqu’en 408. 

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Le temple de la Sibylle à Tivoli près de Rome dans le Latium

A la différence de la Sibylle, les augures ne prédisaient pas l’avenir. Ils ne faisaient que consulter les dieux pour dire ce qui était « fas » et ce qui était « nefas », autrement dit ce qui était autorisé ou interdit. En validant ainsi la force sacrée des actions des hommes, les augures les libéraient de l’angoisse de l’indécision.

Notons aussi qu’aujourd’hui encore, lorsque l’avis reçu est de mauvais augure, on dit que celui qui a donné cet avis qu’il « joue les Cassandre », la voyante que personne ne croyait (cf. une précédente chronique parue en juin 2009).

Une légende raconte l’histoire d’Attus Navius : cet augure vivait à l’époque de Tarquin l’Ancien. Il devint célèbre en s’opposant aux desseins de ce prince qui voulait augmenter le nombre des centuries de chevaliers, prétendant qu’il ne le pouvait sans être autorisé par les augures. Le roi, blessé de cette opposition, et voulant l’humilier lui proposa de deviner si ce qu’il pensait dans le moment pouvait s’exécuter.

       « Cela peut se faire », lui dit Attus Navius après avoir pris les augures.

       « Or, repris Tarquin, je me demandais si je pourrais couper cette pierre à aiguiser avec un rasoir ».

       « Vous le pouvez donc », répondit l’augure.

Sur le champ, la chose fut faite et les Romains, frappés d’admiration, érigèrent une statue à Attus Navius.

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Consultation des Augures dans la Rome antique

Une autre histoire raconte que durant la Première guerre punique, le consul Publius Claudius Appius Pulcher étant sur le point d’engager sur mer une bataille contre la flotte carthaginoise prit d’abord les auspices. Le pullaire vint lui annoncer que les poulets sacrés refusaient de sortir de leur cage et même de manger.

       « Eh bien ! » reprit le consul, « qu’on les jette à la mer : au moins ils boiront ».

Cette parole répétée aux soldats superstitieux abattit leur courage et l’armée subit un désastre.

Les Celtes ont connu des druides, des poètes et des devins, mais aucun collège d’augures spécialisés. La divination a été l’apanage indivis de toute la classe sacerdotale. C’est là la grande originalité des augures en terre celtique. Abstraction faite de cette particularité, les procédés utilisés ne diffèrent pas tellement de ceux des pays classiques : divination par les éléments, par les oiseaux, par la chute d’un animal sacrifié. 

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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DANS L’UNIVERS VERSEAU… MASQUE S et BERGAMASQUES

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 14-02-2011

Votre âme est un paysage choisi

Que vont charmant masques et bergamasques                                                                                                   

Jouant du luth et dansant et quasi                                                                                                                 

Tristes sous leurs déguisement fantasques

Tout en chantant sur le monde mineur                                                                                                           

L’amour vainqueur et la vie opportune 

Ils n’ont pas l’air de croire à leur bonheur   

Et leur chanson se mêle au clair de lune,

Au calme clair de lune triste et beau,                                                                                  

Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres 

Et sangloter d’extase les jets d’eau, 

Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres

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Paul Verlaine – CLAIR DE LUNE – Premier poème de Fêtes Galantes

Ce poème qui n’est sans évoquer le Pierrot de Watteau semble évoquer une fête où tristesse et mélancolie se côtoient comme si les masques et déguisements ne cherchaient qu’à tromper les apparences. Cet univers de fête n’est finalement que leurre ou tricherie d’une vie davantage jouée que réellement vécue, et cela est d’autant plus ressenti que la bergamasque est une danse populaire italienne de fantaisie, du XVIIIe siècle, originaire de la ville de Bergamo en Lombardie.

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Par habitude culturelle ou par négligence intellectuelle, on parle de carnaval sitôt qu’il est question de déguisements, d’abondante consommation de nourritures riches et d’alcool, d’amusements, de débridements et de transgressions des règles sociales. Sous la protection du rite et de l’anonymat, ces fêtes ressemblent à une inversion du temps « quotidien ».

Un rapide parcours à travers la polysémie du masque peut éclairer l’origine du carnaval et ses rapports avec les déguisements et faire mieux comprendre peut-être les ambiguïtés que l’on peut déceler sur les fonctions sociales de ces rites. Sans masque, point de déguisement et point de carnaval ; le masque semble l’élément indispensable de toutes les fêtes qui mobilisent les sociétés européennes, rurales ou urbaines, globalement entre le 1er novembre et le 1er mai.

Dans l’histoire des institutions sociales européennes, l’utilisation du masque est variable et riche. En fait, il est présent pendant des funérailles et ensuite pour le culte des ancêtres, dans la mise en œuvre des rites agraires de fertilité et de renouveau de la nature, dans le déroulement des cérémonies initiatiques. Il est aussi manifeste dans le théâtre ou comique, les cortèges, les danses spontanées ou ritualisées.

Le masque est reconnu, de premier abord, comme une modalité infaillible de manifestation du divin, de l’Etre universel. La personnalité du porteur n’est en général pas modifiée. Cependant, sous un autre aspect, le masque impose à l’acteur qui le porte une obligation d’identification au rôle qu’il figure, cette identification étant parfois le but même de la représentation. Néanmoins, figuratif, réaliste ou irréel, le masque a une valeur spirituelle, qui opère une catharsis, et c’est pour cela qu’il n’est pas utilisé ou manipulé innocemment.

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Masque funéraire égyptien

Que l’utilisation du masque soit au départ rituelle ne laisse guère de doute depuis les temps les plus reculés. Il serait long et fastidieux de décrire l’amplitude du phénomène. En revanche, il serait intéressant d’insister sur le masque funéraire dans lequel le mort était supposé se réintégrer. Entre masque royaux mycéniens en or et portraits funéraires du Fayoum existent plusieurs autres modalités dans des témoignages artistiques provenant du monde méditerranéen.

Il existe aussi la tradition romaine des « images », masques en cire moulés sur le visage des défunts, exposés ensuite dans des niches autour de l’atrium ; il s’agit d’un privilège des familles patriciennes, servant à justifier l’ancienneté et la noblesse de la famille. Pendant les funérailles d’un membre de la famille, parents et amis portant ces masques s’intégraient au cortège funèbre, pour ainsi permettre aux ancêtres de participer au deuil.

Portés aux moments critiques de l’année, les masques chasseraient, conjureraient ou apaiseraient les âmes des morts. L’usage du masque pour les représentations théâtrales est bien connu : dès leur origine, la tragédie et la comédie en sont marquées. Dans le caractère rituel et liturgique de la tragédie se refléterait un esprit héroïque proche du culte des ancêtres, tandis que dans la comédie survivraient encore les esprits de la fertilité des parades et cortèges carnavalesques des fêtes dionysiaques.

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Masque comique – Mosaïque romaine – IIe siècle après Jésus-Christ

On pourrait voir dans la comédie grecque ancienne une institutionnalisation des rituels ruraux ; cette forme de représentation théâtrale a été transformée en farces populaires et en mascarades à travers les représentations ou bouffonneries parodiques en Sicile et en Italie méridionale. Les « personae » ou porte-voix, masques scéniques romains en carton-pâte colorié ont perdu leur fonction rituelle et ne visent qu’à amuser le public.

La tradition latine a survécu dans le haut Moyen Age grâce aux artistes ambulants, et constamment les jongleurs interviendront dans les jeux et les rites du carnaval, indépendamment des déguisements populaires. Les confréries d’acteurs succéderont aux sociétés des Fous, et ces groupements de danseurs et de musiciens animeront les fêtes carnavalesques dans plusieurs villes, perpétuant ainsi les liens entre le théâtre et le carnaval. Les démons, le diable, le fol ou le bouffon opèrent le renversement des hiérarchies et rappellent que le monde dualiste dissimule le mal sous de multiples masques, monstrueux ou grotesques. Carnaval et mystères théâtraux rivalisent dans la présentation des diableries, dans un contexte où le sens du sacré reste néanmoins présent. Dans les Temps modernes et pour la Commedia dell’arte, l’usage du masque semble dégagé de tout esprit de rite tout en gardant la disposition au mime, à l’improvisation et à l’animation des masques. On est naturellement tenté de découvrir dans les fêtes carnavalesques l’origine de la Commedia dell’arte ainsi que de reconnaître entre Bergamo, Padoue et Venise, au milieu des cortèges masqués du carnaval, le Docteur de Bologna, Pantalone, Brighella, etc.… Le passage de Zanni à Arlequin achève la transformation. A partir du XVIIe siècle règnent bateleurs et théâtres de foire où l’on rivalisait de nombreuses créations pour le mardi gras. C’est le carnaval qui prendra la relève de la Commedia dell’arte mourante, au XVIIIe siècle.

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Arlequin et Colombine

Certes, les carnavals et les masques contemporains sont parfois l’envers du carnaval et des masques traditionnels : ils sont une inversion grotesque d’un rituel déjà basé sur l’inversion de la réalité sociale mais toujours dans le même but, faire du rire le sacre de l’homme.

En Orient, le symbolisme du masque variait selon ses usages. Ses types principaux étaient le masque de théâtre, le masque carnavalesque, le masque funéraire, utilisé notamment chez les Egyptiens.

Le masque de théâtre, qui était aussi celui des danses sacrées, était une modalité de la manifestation du Soi universel. La personnalité du porteur n’en est généralement pas modifiée ; ce qui signifie que le Soi est immuable, qu’il n’est pas affecté par ses manifestations contingentes. Sous un autre aspect pourtant, une modification par l’adaptation de l’acteur au rôle, par son identification à la manifestation divine qu’il figure, est le but même de la représentation. Car le masque, notamment sous ses aspects irréels et animaux, est la Face divine et plus spécialement la face du Soleil, que traverse le rayonnement de la lumière spirituelle. 

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Masque de Barong II de Bali

Le masque extériorise parfois aussi des tendances démoniaques comme c’est le cas dans le théâtre de Bali où les deux aspects s’affrontent. Mais c’est plus encore le cas dans les masques carnavalesques où l’aspect inférieur, satanique, est exclusivement manifesté, en vue de son expulsion ; il est libérateur ; il l’était aussi lors des antiques fêtes chinoises du No, correspondant au renouvellement de l’année. Il opère comme une catharsis. Le masque ne cache pas, mais révèle au contraire des tendances inférieures, qu’il s’agit de mettre en fuite. Le masque ne s’utilise pas, ni ne se manipule jamais impunément : il est l’objet de cérémonies rituelles, non seulement chez les peuples africains, mais aussi au Cambodge, où les masques de la danse du Trot font l’objet d’attentions spéciales : ils seraient, dans le cas contraire, dangereux pour les porteurs.  

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Masque d’exorcisme chinois

Le masque funéraire est l’archétype immuable, dans lequel le mort est censé se réintégrer. Il tend aussi à retenir dans la momie le souffle des ossements, modalité subtile inférieure de l’homme. Ce maintien ne va pas sans danger, lorsqu’il ne s’agit pas d’un individu, qui est parvenu à un certain degré d’élévation spirituelle. Bien que ce soit selon des modalités différentes, le masque destiné à fixer l’âme errante, le Houen, fut également usité en Chine, avant l’usage de la tablette funéraire. Lui perçait-on les yeux, comme on pointe la tablette pour signifier la naissance du défunt dans l’autre monde ?

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Masque de cérémonie Iroquois

Dans la pensée dualiste des Iroquois, les danses masquées relèvent toutes du deuxième Jumeau Créateur, le Mauvais Frère, qui règne sur les Ténèbres. Il y a deux confréries de masques chez les Iroquois, qui appartiennent à la grande union des sociétés secrètes. Leur fonction est essentiellement médicale ; elles préviennent et guérissent aussi bien les maladies physiques que les maladies psychiques. Dans les rites pratiqués, les hommes masqués représente la création manquée, comme les nains, les monstres, etc. Au printemps et à l’automne, ils chassent les maladies des villages ; c’est-à-dire aux charnières des deux moitiés de la course solaire. Ces danses masquées proviendraient originairement de rites de chasse. Elles seraient devenues danses de guérison, du fait de la croyance que les animaux enverraient les maladies pour se venger des chasseurs. C’est à rapprocher du fait que, chez les Pueblos, les dieux-animaux sont les chefs des Sociétés de Médecine. Les danses masquées des Indiens Pueblos célèbrent le culte des Coco Katchina, qui sont à la fois des ancêtres et les morts. Ces Dieux-Animaux ne sont fêtés qu’en hiver, avec des rites particulièrement importants au solstice, ce qui relève bien du même symbolisme que les cérémonies iroquoises. Ils sont non seulement les maîtres des simples et des rites de guérison, mais aussi de la sorcellerie et de la magie noire.

En Afrique, l’institution des masques est associée à des rites agraires, funéraires, initiatiques. Dès la plus haute Antiquité, elle apparaît à cette phase de l’évolution où les peuples deviennent agriculteurs et sédentaires.  

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Masque africain

Les danses en processions masquées évoquent, à la fin des travaux saisonniers des labours, semailles, moissons, les événements des origines et l’organisation du monde, ainsi que de la société. Elles font plus que de le rappeler ; elles les répètent, afin d’en manifeste la permanente actualité et de réactiver, en quelque sorte, la réalité présente, en la rapportant à ces temps fabuleux où la conçut le dieu, avec l’aide des génies.

Les masques raniment, à intervalles régulier, les mythes qui prétendent expliquer les origines des coutumes quotidiennes. D’après les symboles, l’éthique se présente comme une réplique de la cosmogénèse. Les masques remplissent une fonction sociale : les cérémonies masquées sont des cosmogonies en acte qui régénèrent le temps et l’espace ; elles tentent par ce moyen de soustraire l’homme et les valeurs dont il est dépositaire à la dégradation qui atteint toute chose dans le temps historique. Mais ce sont aussi de véritables spectacles cathartiques, au cours desquels l’homme prend conscience de sa place dans l’univers, voit sa vie et sa mort inscrites dans un drame collectif qui leur donne un sens.

Dans les rites d’initiation, le masque prend un sens quelque peu différent. L’initiateur masqué incarne le génie qui instruit les hommes ; les danses masquées insufflent dans l’adolescent cette persuasion qu’il meurt à sa condition ancienne pour naître à sa condition d’adulte.

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Le Masque

Les masques revêtent, parfois, une puissance magique : ils protègent ceux qui les portent contre les malfaiteurs et les sorciers ; à l’inverse, ils servent aussi à des membres de sociétés secrètes pour imposer leur volonté en effrayant.

Le masque est aussi un instrument de possession : il est destiné à capter la force vitale qui s’échappe d’un être humain ou d’un animal au moment de sa mort. Le masque transforme le corps du danseur qui conserve son individualité et, s’en servant comme d’un support vivant et animé, incarne un autre être : génie, animal mythique ou fabuleux, qui est ainsi momentanément figuré, et dont la puissance est mobilisée.

Le masque remplit également la fonction de l’agent qui règle la circulation, d’autant plus dangereuse qu’elle est invisible, des énergies spirituelles éparses dans le monde. Il est piège pour empêcher leur errance. Le masque vise à maîtriser et à contrôler le monde invisible. La multiplicité des forces circulant dans l’espace expliquerait la variété composite des masques où se mêlent des figures humaines et des formes animales en des thèmes indéfiniment entrelacés et parfois monstrueux.

Mais le masque n’est pas sans danger pour celui qui le porte. Celui-ci ayant voulu capter les forces de l’autre en l’attirant dans les pièges de son masque, peut être à son tour possédé par l’autre. Le masque et son porteur s’intervertissent tour à tour et la force vitale qui s’est condensée dans le masque peut s’emparer de celui qui s’était placé sous sa protection : le protecteur devient le maître. Le porteur, ou même la personne qui voudrait seulement le toucher, doit s’habiliter au préalable à entretenir un contact avec le masque et se prémunir à l’avance contre tout choc en retour ; c’est pourquoi, pendant un temps plus ou moins long, il observe des interdits : alimentaires, sexuels, etc.… et il se purifie par des bains et des ablutions. Il célèbre des sacrifices et des prières.

C’est un peu comme une préparation des échanges mystiques. Des ethnologues ont d’ailleurs rapproché l’utilisation du masque des méthodes pratiques d’accès à la vie mystique. Cependant, les différentes conceptions de la mystique se situent au niveau des différentes théologies de la vie religieuse.

La force captée ne s’identifie ni au masque qui n’est qu’une apparence de l’être qu’il représente, ni au porteur qui la manipule sans se l’approprier. Le masque est médiateur entre deux forces et indifférent à celui qui l’emportera dans cette lutte dangereuse entre le captif et le captateur. Les relations entre ces deux termes varient dans chaque cas, et leur interprétation avec chaque tribu. Si le langage chiffré des masques est universellement répandu, le code des significations n’est ni toujours, ni partout, ni en tout point le même.  

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Masque celtique

Les langues celtiques ne connaissent pas de nom de « masque » ; elles ont emprunté le mot au latin ou au roman. Mais l’archéologie a fourni un certain nombre de masques celtiques et de nombreuses figurations, et l’on pourrait déduire de quelques descriptions mythologiques irlandaises que certains personnages ou envoyés de l’Autre Monde portaient un masque. La disparition de tout terme celtique original après la christianisation permet de soupçonner l’existence d’une donnée traditionnelle importante qui ne nous est plus accessible.

Les traditions grecques, ainsi que les civilisations minoenne et mycénienne, ont connu les masques rituels des cérémonies et des danses sacrées, les masques funéraires, les masques votifs, les masques de déguisement, les masques de théâtre. C’est même ce dernier type de masque, figurant un personnage (prosopon), qui a donné son nom à la « personne ». Ces masques de théâtre, généralement stéréotypés, comme dans le théâtre japonais, soulignent les traits caractéristiques d’un personnage : roi, vieillard, femme, serviteur, etc.… Il existe un répertoire de masques, comme de pièces de théâtre et de types humains. L’acteur qui se couvre d’un masque s’identifie, en apparence ou par une appropriation magique, au personnage représenté. C’est le symbole de l’identification. Le symbolisme du masque s’est prêté à des scènes dramatiques, dans des contes, des pièces, des films, où la personne s’est identifiée à tel point à son personnage, à son masque, qu’elle ne peut plus s’en défaire, qu’elle ne peut plus arracher le masque ; elle est devenue l’image représentée. Si elle a, par exemple, revêtu les apparences d’un démon, elle s’est finalement identifiée à lui. On image tous les effets que l’on peut tirer de cette force assimilante du masque. On conçoit aussi que l’analyse s’exerce à arracher les masques d’une personne, pour la mettre en présence de sa réalité profonde.

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Masque de théâtre hindou

Sous la forme de figurines, des divinités ou des génies en effigie sont portés sur les vêtements ou suspendus aux murs des temples. Mais peut-être rejoindrait-on là les mythes hindous et chinois du lion, du dragon ou de l’ogre qui demandent au dieu qui les a créés des victimes à dévore et qui entendent celui-ci leur répondre : nourrissez-vous de vous-mêmes ; ils s’aperçoivent alors qu’ils ne sont qu’un masque, qu’une apparence, qu’un désir, qu’un appétit insatiable, mais vide de toute substance.

Plus près de nous, le carnaval de Venise, fête traditionnelle italienne remontant au Moyen Age, est apparu vers le Xe siècle. Il fut institutionnalisé et codifié durant la Renaissance. Après une période d’éclipse au cours du XXe siècle, il est réapparu, sous sa forme actuelle, en 1979. Il se déroule tous les ans au mois de février ou début mars, au cours de la période de douze jours précédant Mardi Gras. Il attire des foules considérables venues du monde entier pour participer à la fête, en se déguisant. Il est devenu une attraction touristique planétaire et a quelque peu perdu de son authenticité et de son caractère vénitien.

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Masque vénitien – La Bauta

En 1094, le carnaval était déjà mentionné dans une charte du Doge Vital Faliero de Doni et, en 1269, le Sénat prescrivait qu’on eût à considérer la veille du Carême comme un jour de fête (mardi gras). On pouvait alors porter le masque, grâce auquel on retrouvera plus tard une ombre de l’égalité perdue au cours du temps, quand sous des vêtements d’emprunt les Nobles fraternisaient encore avec le peuple.

Inspiré par la Commedia dell’arte, le déguisement traditionnel est la « bauta », comprenant le « tabarro », la « larva » et le tricorne, ou encore le masque d’arlequin : son habit est coloré à losanges. Au XVIe siècle, loin d’être élégant, l’habit était simplement rapiécé pour figurer les haillons d’un mendiant.

Et puis, ces déguisements permettaient à tous les Vénitiens, quelle que soit leur condition sociale de participer à la fête. Cependant, suite à des problèmes, le carnaval fut interdit par Napoléon durant de très nombreuses années. Ensuite, il faut de nouveau autorisé par les Autrichiens qui avaient repris le contrôle de Venise.

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Bibliographie

Fêtes et Croyances Populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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OISEAU DU VERSEAU… L’INDEPENDANTE HIRONDELLE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 12-02-2011

Bien qu’un vieil adage prétende que « l’hirondelle ne fait pas le printemps », on ne peut que constater comme l’écrivit Rémi Belleau que « les hirondelles sont du printemps les messagères ». D’ailleurs, en Chine, on faisait même autrefois correspondre l’arrivée et le départ des hirondelles à la date exacte des équinoxes. Le jour du retour des hirondelles, à l’équinoxe de printemps, était l’occasion de rites de fécondité. Ce dont on peut sans doute rapprocher plusieurs légendes qui rapportent la fécondation merveilleuse de jeunes filles par l’ingestion d’œufs d’hirondelles, comme l’histoire de Hien-ti ou encore l’histoire de l’ancêtre de la famille Chang, dont descendait Confucius. Confucius n’en est pas moins, si l’on ose dire, le fils de l’hirondelle. Autre signe du printemps : des galettes en forme d’hirondelle étaient fixées au-dessus des portes, l’hirondelle paraît d’ailleurs se confondre ici avec un autre oiseau du printemps qui pourrait être le loriot.

En outre, le rythme saisonnier, yin-yang, des migrations de l’hirondelle s’accompagne d’une métamorphose : elle se réfugie dans l’eau (yin, hiver) où, rapporte Lie-Tseu, elle devient coquillage, puis redevient hirondelle, en accompagnant le mouvement ascendant du soleil (yang, été).

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Dans le même sens, Isis se transformait en hirondelle, la nuit, tournoyant autour du cercueil d’Osiris et se lamentant en des cris plaintifs, jusqu’au retour du soleil. Symbole de l’éternel retour et annonce de la résurrection. Sur les tombeaux des Egyptiens l’hirondelle signifiait la vie après la mort. 

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L’hirondelle est représentée dans le domaine mythique celtique par le nom de Fand, épouse du dieu de la mer Manannan. Tombée amoureuse de Cùchulainn, elle l’invite dans l’autre monde et il passe un mois auprès d’elle. Puis, il l’abandonne et est repris par sa femme Emer. Avec beaucoup de mélancolie, Fand retourne alors vers son mari, qui est revenu la chercher. Un autre personnage mythique en relation avec le nom de l’hirondelle est Fandle, l’un des trois fils de Nechtan Scene, tué par Cùchulainn lors de sa première expédition sur la frontière de l’Ulster. Fandle était d’une extrême légèreté et combattait au-dessus de l’eau. L’hirondelle apparaît, là encore, liée à un symbolisme de la fécondité, de l’alternance et du renouveau.

Au Mali, l’hirondelle est un auxiliaire, une manifestation, du démiurge Faro, maître des eaux et du verbe et expression suprême de la pureté, par opposition à la terre, originellement souillée. L’hirondelle doit son rôle important au fait qu’elle ne se pose jamais sur la terre : elle est donc exempte de souillure. C’est elle qui recueille le sang des victimes des sacrifices offerts à Faro, pour l’emporter dans les espaces supérieurs, d’où il redescendra sous forme de pluie fécondante. Elle joue donc un rôle de véhicule dans le mécanisme cyclique de la fécondation de la femme, par l’intermédiaire du jus de la tomate sauvage, qu’elle porte également au ciel. 

hirondelle

L’hirondelle est le symbole du renoncement et de la bonne compagnie en Islam ; elle est appelée « l’oiseau du paradis ». Chez les Persans, « le gazouillement de l’hirondelle sépare les voisins et les camarades ; elle signifie solitude, émigration, séparation, sans doute à cause de sa nature d’oiseau migrateur.

Une légende hellénique raconte aussi que Pandion, roi de l’Attique, épousa une naïade, nommée Zeuxippé et dont il eut deux fils : Erechté et Boutès, mais aussi deux filles : Philomèle et Procné. Alors que Pandion régnait sur l’Attique, à Thèbes c’était Labdacos qui était roi : les peuples de ces deux royaumes n’arrivaient pas à s’entendre et la guerre éclata entre Thèbes et Attique. Pandion s’allia avec le roi de Thrace, Térée qui, disait-on, était le fils d’Arès, Mars chez les Romains. Et, pour mieux sceller l’alliance, Pandion lui donna en mariage sa fille aînée, Procné. Bientôt, celle-ci eût un fils, nommé Itys. Cependant, Procné s’ennuyait à Thrace, loin d’Athènes et ce qu’elle souhaitait le plus au monde c’était de faire venir auprès d’elle sa sœur Philomèle. Térée y consentit et partit chercher la jeune fille. Mais pendant le voyage de retour, Térée tomba amoureux de Philomèle et lui fit violence. Puis, pour l’empêcher de se plaindre à sa sœur, il lui coupa la langue.  

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                                                      Procné et Philomèle par William Adolphe BOUGUEREAU (XIXe siècle)                                                                           

Musée National du Château de Fontainebleau

Cependant, Philomèle imagina un moyen de se faire entendre et sur une tapisserie, elle broda l’histoire de la violence qui lui avait été faite. Procné décida de la venger. Pour cela, elle tua Itys son propre fils, le fit bouillir, et donna sa chair à manger à Térée. Après quoi, elle s’enfuit avec sa sœur. Lorsqu’il comprit ce que sa femme avait fait, Térée saisit une hache et se lança à la poursuite des deux sœurs. Il les rejoignit à Daulis, en Phocide. Cependant, en le voyant arriver, Philomèle et Procné implorèrent les dieux qui eurent pitié d’elles et les transformèrent en oiseaux. Procné devint une hirondelle et Philomèle, un rossignol. Térée fut lui aussi métamorphosé en oiseau et devint une huppe.

« L’hirondelle est venue, ramenant le beau temps, annonçant les années heureuses ».

Ainsi chantaient les enfants en Grèce pendant l’Antiquité, à la fin de l’hiver, en promenant un simulacre d’hirondelle en bois, aux ailes mobiles fixées à l’extrémité d’un bâton, décoré d’épis et de plantes vertes. En écho à cette coutume, on retrouve dans l’ensemble des pays balkaniques la célébration du retour des hirondelles fixée symboliquement au 1er mars et

les enfants promènent toujours une hirondelle, cette messagère du printemps et de l’éternel retour, en accomplissant à la même occasion des rites de fécondité et d’abondance.

Plus près de nous, en Lorraine et plus particulièrement dans la région de Metz, on assure que l’hirondelle préserve de la foudre et porte bonheur à la maison qu’elle choisit pour y bâtir son nid. On dit encore que celui qui tue une hirondelle deviendra victime d’un malheur.  

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Dans le Petit Dictionnaire des Traditions populaires Messines, on apprend que les hirondelles arrivent le jour de l’Annonciation, le 25 mars, et qu’elles quittent le pays le 8 septembre, le jour de la nativité de la Vierge.

Tout aussi poétique et charmant, Jules Renard disait : « L’accent circonflexe est l’hirondelle de l’écriture ». Quant à Henri Lacordaire, il affirmait : « Il n’y a que le cœur qui aille aussi vite que les hirondelles ».

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La Vierge à l’hirondelle – Carlo Crivelli – Eglise San Francesco in Matelica

Il existe aussi une Madone à l’hirondelle. C’est une œuvre de Carlo Crivelli, commanditée en mars 1490 par Ranuzio Ottoni et Giorgio di Giacomo, du couvent franciscain, pour l’église San Francesco in Matelica (*). L’œuvre fut réalisée entre 1490 et 1492. C’est une Vierge à l’Enfant, entourée de saint Jérôme et de Saint Sébastien, nommée par la suite « Vierge à l’hirondelle » pour l’oiseau perché au-dessus de la Vierge, sur le retable, symbole de la Résurrection.

En fait, c’est depuis toujours que l’hirondelle est un symbole de résurrection puisque avec sa venue, la nature revit après sa mort hivernale. Elle l’est également parce qu’on lui attribuait, chez les Anciens, la capacité de donner la vue à ceux de ces petits qui seraient nés aveugles, grâce au suc de la chélidoine, plante employée pour soigner les verrues et qu’on appelle aussi « l’herbe des hirondelles ».

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La Chélidoine ou l’herbe des hirondelles

Selon Pline l’Ancien, le sang des hirondelles entrait dans la composition des collyres. Cette possibilité de redonner est un autre symbole de résurrection puisque le Christ ouvrait les yeux des ressuscités. Et pourtant, dans les légendes populaires, celui qui tue une hirondelle est menacé de cécité.

Quant aux premiers Chrétiens, ils ont vu en elle le symbole de la prière puisqu’un verset de la Bible rappelle : « Comme l’hirondelle, je pépie. Mes yeux faiblissent à regarder en haut » ; un autre verset fait de l’hirondelle un symbole d’habitation dans la maison de Dieu : « Le passereau a trouvé une maison et l’hirondelle un nid où poser ses petits : tes autels, Yahvé Sabaot, mon Roi et mon Dieu ».

Et puis, durant la « Drôle de guerre », l’hirondelle devint un symbole d’espoir. En effet, pour tromper leur attente des soldats ont peint avec des moyens de fortune une hirondelle sur l’un des murs de la casemate qui les abritait.

Enfin, à Paris, il existe la rue de l’Hirondelle. C’est une voie très ancienne de la rive gauche de Paris. Connue dès 1200 sous le nom d’Arrondale-en-Laas. Elle s’appela ensuite celui d’Hyrondale, de Lyrundelle et enfin d’Irondelle, en relation avec une enseigne représentant une hirondelle, en vieux français on disait arondale.

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Rue de L’Hirondelle – Paris 6e

En 1855, la création de la place Saint-Michel l’amputa sur près de la moitié de sa longueur. Aujourd’hui, cette rue étroite présente la particularité de communiquer avec la place Saint-Michel par un escalier et un passage voûté discret, ce qui lui donne l’aspect tranquille d’une impasse retirée dans un quartier très animé.

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matelica-macerata-marche-italia (*) Matelica est une petite ville située dans la région des Marches, en Italie centrale, dans la province de Macerata.

 

 

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Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

Petit Dictionnaire des Traditions populaires Messines

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L’URANIUM… D’URANUS…

(08 - LES PIERRES ET METAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 11-02-2011

L’uranium est un élément naturel, blanc argenté, brillant, dense et faiblement radioactif. L’uranium est un métal. Il se trouve donc dans la nature, en quantités variables mais faibles, notamment dans les roches, le sol, mais aussi dans l’eau, l’air, les plantes, les animaux et les êtres humains. Ainsi, il est présent dans l’organisme humain approximativement pour 90 microgrammes qui proviennent de l’air, de l’eau et même des aliments absorbés. Environ 66 % se situent dans le squelette, 16 % dans le foie, 8 % dans les reins et les   10 % restants occupent les autres tissus. 

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Uranium brut

Cet élément naturel est assez fréquent, d’une abondance supérieure à celle de l’argent, comparable à celle de l’arsenic. Il se trouve en fait partout à l’état de trace, y compris dans l’eau de mer.

C’est en 1789 que l’Uranium fut mis en évidence par le chimiste prussien Martin Heinrich Klaproth en examinant un morceau de roche qu’on lui avait apporté de Saint Joachimsthal. Klaproth le nom « d’Urane » ou « uranite » au composé qu’il venait d’identifier, en référence à la découverte de la planète Uranus faite par William Herschel huit ans plus tôt en 1781.

Ce n’est qu’en 1841 que le chimiste français Eugène-Melchior Péligot établit que l’urane était composé de deux atomes d’oxygène et d’un métal qu’il isola et nomma uranium. Il estima alors la masse volumique de l’uranium à 19 g/cm3. Toutefois, encore un Français, Henri Becquerel, qui découvrit la propriété radioactive de l’uranium, mais beaucoup plus tard, en 1896, lorsqu’il constata que des plaques photographiques placées à côté de sels d’uranium avaient été impressionnées sans avoir été exposées à la lumière. Les plaques avaient été noircies par les rayonnements émis par les sels : c’était la manifestation d’un phénomène jusqu’alors inconnu, la radioactivité naturelle.

L’Uranium est un métal lourd radioactif. Sa faible radioactivité génère une puissance de 0,1 watt par tonne ce qui en fait avec le thorium la principale source de chaleur qui tend à maintenir les hautes températures du manteau terrestre, en ralentissant de beaucoup son refroidissement. Cette énergie est de plus d’un million de fois supérieure à celle des combustibles fossiles pour une masse équivalente. De ce fait, l’uranium est devenu la principale matière première utilisée par l’industrie nucléaire. 

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Glyphe d’Uranus

En astrologie, Uranus représente la force cosmique qui provoque des changements et des bouleversements subits, brusques et imprévus, des interventions, des créations originales et du progrès. Ses domaines de prédilection sont l’électricité, l’aviation, le cinéma, la télévision, l’informatique et bien sûr le nucléaire. Par ailleurs, l’esprit nouveau qui souffle depuis deux siècles sur l’humanité provient principalement de cet astre, qui est aux yeux des astrologues le vrai créateur du monde moderne, fondé sur les principes de la Révolution française (1789) au plan social, et sur le machinisme et l’industrialisation dans la sphère du travail.

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1789 – Révolution Française : Prise de La Bastille

Le domicile d’Uranus est le Verseau qu’il partage avec Saturne. Au moment de sa découverte par William Herschel en 1781, Uranus occupait le signe des Gémeaux, le signe zodiacal qui gouverne les Etats-Unis. La civilisation de ce pays, en bien comme en mal, est la manifestation la plus parfaite à ce jour de l’influx uranien : son prodigieux dynamisme, l’égalité des sexes, la mentalité de jeune pionnier, les principes démocratiques coexistant avec le régime présidentiel, la première industrie du monde, le problème noir, la brutalité, le gangstérisme, tout, jusqu’à Hollywood et à la chaise électrique, porte la marque distinctive d’Uranus. Le processus uranien se situe, à l’origine, comme un moment de la colère du Chaos : c’est l’éveil du feu primordial.  

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Bibliographie 

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

 

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DANS L’HERBIER DU VERSEAU… LA CORIANDRE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 08-02-2011

Cette petite plante nous vient du Maroc. C’est une herbacée annuelle à l’odeur fétide de « punaise écrasée ». Elle pousse dans les terrains meubles et se cultive dans les jardins. Et pourtant, la coriandre est connue depuis toujours tant au Moyen Orient qu’en Asie du Sud-est. C’est l’aromate des cuisines indiennes, pakistanaises, chinoises, mais elle entre également dans les cuisines latino-américaines.

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La Coriandre

En Europe, la Coriandre était déjà utilisée dans l’Antiquité, tant comme plante médicinale que comme plante aromatique. Des graines ont été retrouvées dans les sépultures de l’ancienne Egypte. Les Romains s’en servaient pour conserver la viande. Toutefois, les graines étaient déjà employées par les peuples sémitiques 6 000 ans avant Jésus-Christ puisqu’on sait que les Egyptiens, les Hébreux, les Grecs et les Romains en aromatisaient leur pain ainsi que des galettes. La Coriandre est d’ailleurs mentionnée dans la Bible où elle est comparée à une manne et dans l’Exode on peut même lire « La Maison d’Israël donna à cette nourriture le nom de manne. Elle ressemblait à de la graine de coriandre ; elle était blanche, et avait le goût d’un gâteau au miel ». Enfin, ce sont encore les Romains qui introduisirent la Coriandre en Angleterre d’où elle partit à la conquête de l’Amérique bien des années plus tard.

Au Moyen Age, la Coriandre se répand dans toute l’Europe et elle sera introduite en Amérique du Sud par les Espagnols lors de la conquête. Au Moyen Age toujours, on l’utilisait pour éloigner les poux ou les démons. On disait d’ailleurs que consommée en grande quantité ou respirée de trop près, la coriandre pouvait provoquer des étourdissements. Parfois, encore, on l’appelait « persil arabe » ou même « persil chinois » et elle était consommée lors de la Pâque juive.

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La fleur de Coriandre

Le terme « coriandre » est apparu au XIIe siècle. Il vient du latin « coriandrum » qui l’a emprunté au grec « Koriandron ». Ce mot signifie « punaise » (kori) « mâle » (andros), par allusion à l’odeur désagréable des graines et de ses feuilles fraîches qui rappellerait celle que la punaise mâle émet. Certains parlent du « mari de la punaise ». Cependant, la dessiccation chasse l’odeur et la graine devient agréable et de saveur aromatique.

Pourtant, le Dictionnaire historique de la langue française réfute cette version, parlant d’un terme probablement d’origine méditerranéenne. Certains font un rapprochement entre la forme mycénienne du mot « koriadnon » et le nom d’Ariane, fille de Minos, célèbre pour avoir aider Thésée à échapper au Minotaure.

Cependant, cette plante aromatique, au goût fort et piquant, est entièrement comestible. A l’exception du Portugal, où la coriandre entre dans une multitude de plats traditionnels, son utilisation en Occident est relativement récente car on lui reprochait cette odeur fétide. Toutefois, sous l’influence des différentes vagues d’immigrants qui ont apporté avec eux leurs traditions culinaires, la situation s’est complètement inversée au point que la coriandre fraîche est aujourd’hui l’une des herbes les plus populaires du marché.  

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Les graines de coriandre

La coriandre est cultivée à grande échelle pour ses graines : en Ukraine, Russie, Chine, Inde, Argentine, Roumanie, mais aussi au Pakistan, au Mexique… La plus grande partie de production mondiale va à la préparation de la poudre du curry qui en contient entre 25 et 40 %. De plus, on en tire une huile essentielle surtout employée en boulangerie et en charcuterie ; elle entre dans la composition des liqueurs et des confiseries, ainsi que dans l’Eau de mélisse des Carmes. Elle est aussi utilisée en parfumerie et dans l’industrie pharmaceutique pour masquer l’amertume de certains médicaments. En effet, les graines de coriandre ont une saveur sucrée qui rappelle l’écorce d’orange. Elles accommodent également les légumes à la grecque.

En Algérie, dans les hauts plateaux, les graines de coriandre sont moulues et mélangées à une préparation d’ail, ce qui donne une poudre ayant une très forte odeur. Cette poudre est utilisée dans la préparation de nombreux plats, dont le couscous.

En Europe de l’Est et en Russie, on cultive une sous-espèce de coriandre dont les graines sont plus petites, mais plus riche en huile essentielle.

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Les racines de coriandre

Dans le sud-est asiatique, on utilise les racines de la coriandre que l’on ajoute à la soupe, aux ragoûts et aux condiments marinés. Ces racines relèvent les currys thaïlandais.

Quant aux feuilles fraîches de coriandre, elles doivent être ajoutées au plat en fin de cuisson, car leur parfum anisé est très volatile. La coriandre fraîche parfume également très agréablement les salades.

Lorsqu’on parle de coriandre, on fait référence à une seule plante, mais il en existe deux emplois : les graines qui fournissent une épice et les feuilles, l’herbe aromatique. Si les premières portent toujours le nom de « coriandre », les secondes sont parfois appelées « cilantro », ce qui peut donner à penser qu’il s’agit de deux plantes différentes, mais il n’en est rien. Quant à la plante appelée « coriandre vietnamienne » dans le commerce, elle n’a rien à voir avec la véritable coriandre, pas plus que celle qu’on désigne sous le nom de « coriandre mexicaine ».  

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Planche botanique de la coriandre

Enfin il faut savoir que la coriandre est très efficace dans les maladies gastro-intestinales car elle aide à la sécrétion du suc gastrique et favorise l’expulsion des gaz. On l’utilise en cas de digestions difficiles, contre l’aérophagie, les ballonnements. Très stimulante, elle est recommandée à la suite d’un repas pantagruélique afin de lutter contre la sensation de sommeil propre à l’après-gueuleton. Antispasmodique, la coriandre soulage des flatulences et des coliques.

Est-ce l’universalité de la coriandre qui la fait se classer dans la symbolique d’Uranus et du Verseau ? Est-ce son excentricité : son odeur de punaise qui devient saveur au point de flatter les papilles, ou ses fragrances qui lui permettent d’entrer dans la composition de parfums aussi célèbres que le « Coco » de Chanel ou « l’Eau d’Hermès » ?…

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Eau d’Hermès

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LES THES DU ZODIAQUE – LE THE DU VERSEAU

(7.01 - LES THES DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 05-02-2011

C’est son anniversaire… c’est votre anniversaire… offrez-lui… offrez-vous… le thé de son signe… le thé de votre signe…

21 janvier au  19 février : un thé Verseau

MELANGE VENITIEN

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Le VERSEAU – Signe d’Air – Signe Masculin – Signe Fixe – Ses Maîtres : l’imprévisible Uranus et le vieux Saturne. Et si le Verseau était une saveur ce serait un goût de vanille mêlé à celui des fruits rouges.

Pourquoi associer le Verseau à Venise ? Parce que c’est dans le mois du Verseau qu’à lieu Mardi Gras et le Carnaval et celui de Venise est le plus prestigieux, le plus mystérieux, le plus chatoyant aussi. Le Mélange Vénitien est tout aussi mêlé que peut l’être le peuple de Venise quand il se déguise, puisque derrière le masque il n’existe plus de classe sociale, d’origine, de statut et même de sexe. De plus, c’est un subtil mélange de thé noir de Chine, non fumé, et de thé de Ceylan auquel se mêlent des saveurs de vanille et de fruits rouges, dans les habits colorés des pétales d’hélianthe et de fleurs de mauve.  

heliantheLa fleur d’hélianthe est tout à fait surprenante, à l’image du Verseau, puisque chaude et lumineuse, elle n’en est pas moins la fleur d’un légume très rustique qui rappelle encore à certains les temps difficiles de la dernière guerre mondiale, c’est-à-dire le topinambour. L’hélianthe est en effet la fleur du topinambour.

 

la-mauveLa mauve est déjà plus frivole. Dans l’Antiquité, on la cultivait comme plante ménagère. Pythagore et ses disciples la regardaient comme propre à modérer les passions et tenir le ventre et l’esprit en liberté, à l’image du Verseau qui n’aime pas les contraintes. Cicéron, dans une de ses lettres, racontait qu’il lui devait d’avoir été copieusement purgé pour l’avoir mangée en ragoût, mêlée à des bettes. Horace et Martial disait qu’elle développait les facultés intellectuelles et la pratique de la vertu. Pline affirmait que « quiconque prendra une cuillerée de mauve sera ce jour-là exempt de toutes les maladies qui pourraient venir à lui ». On utilise les fleurs et les feuilles de mauve, séchées à l’ombre, pour leur richesse en mucilage qui en fait, après la racine de guimauve et la graine de lin, l’émollient le plus employé dans les inflammations aiguës des voies respiratoires, gastriques, urinaires, de la peau et des yeux.  

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Ce thé du nom de « Mélange vénitien » aurait été très apprécié des marchands de Venise, dont le plus connu était Marco Polo. Il s’appelait à l’époque « le thé des Marchands ».

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Mélange Vénitien

Une excellente adresse et un charmant magasin pour trouver ce thé « Mélange Vénitien » :

CAF’THE – 15 bis rue Chasles  à RAMBOUILLET

Laurence CHIRONI -Tél. 01.34.83.33.11

Bibliographie : Nos grand-mères savaient – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffond

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L’ARBRE DU VERSEAU… LE PEUPLIER

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 04-02-2011

D’après les légendes grecques, le peuplier était consacré à Héraclès, l’Hercule romain. Lorsque le héros descendit aux Enfers, il se fit une couronne de rameaux de peuplier pour le protéger de son combat contre Cerbère, le chien féroce à trois têtes qui gardait l’entrée de l’Enfer. La sueur qui perla du front du demi-dieu changea la couleur du feuillage qui devint blanc d’un côté et le resta, alors que le côté tourné vers l’extérieur prit la couleur sombre de la fumée. De là vient la double couleur des feuilles du peuplier et c’est sur cette différence qu’est fondée la symbolique de l’arbre. Il signifie la dualité de tout être.

Observation amusante : cet arbre qui pousse sur des terrains humides, sert aujourd’hui à fabriquer les allumettes. Nous voilà donc dans un rapport Eau/Feu…  

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Peupliers d’Italie

Les Héliades, sœurs de Phaeton, qui avaient confié sans autorisation à leur frère la conduite du char solaire furent transformées en peupliers noirs. Elles continuent de pleurer leur frère qui serait tombé dans le Pô. Ce peuplier noir est l’arbre de la mort et remplaça alors l’if, le cyprès. C’était une tradition de planter des peupliers, à défaut de cyprès, dans les cimetières.

Une Hespéride, également, fut transformée en peuplier, pour avoir perdu les pommes du Jardin sacré.

Quant au bois du peuplier blanc, c’était le seul dont il fût permis de se servir, lors des sacrifices offerts à Zeus/Jupiter.

La nymphe Leuké, fille de l’Océan, était convoitée par Hadès/Pluton. Pour lui échapper, elle se métamorphosa en peuplier blanc et depuis ce jour ce peuplier fut considéré comme l’arbre de la résurrection. A la mort de la nymphe, Hadès plaça un peuplier blanc dans son royaume des Enfers, sur les Champs-Elysées, pour garder auprès de lui cette mortelle qu’il aimait. Dans la mythologie romaine, Leuké est assimilée à Perséphone qui passait trois mois par an aux Enfers et neuf mois sur terre. On retrouve dans ce mythe la notion de mort et de résurrection.

Cet arbre apparaît donc lié aux enfers, à la douleur et au sacrifice, ainsi qu’aux larmes. Arbre funéraire, il symbolise les forces régressives de la nature, le souvenir plus que l’espérance, le temps passé plus que l’avenir des renaissances.

Ainsi, pour l’astrologue, Uranus est dit « en exaltation » dans le signe du Scorpion, le signe de Pluton…

Dans l’astrologie celtique, le peuplier représente l’incertitude, ce que symbolise bien Uranus, planète de l’imprévu et des bouleversements.

Le genre « Populus », mot latin qui signifie « peuple », est un arbre très curieux, à l’image du caractère Uranien. Cet arbre comporte pas moins de trente-cinq espèces dans les régions tempérées et froides de l’hémisphère nord. Il comprend aussi de nombreux hybrides naturels ou créés par l’homme. Les peupliers, arbres à la croissance rapide, se rencontrent rarement en forêt dense mais plutôt dans les ripisylves et aux abords des zones humides, comme les saules. Ils sont très appréciés des castors. Leur système racinaire, important, souvent superficiel et traçant, comme celui du peuplier d’Italie par exemple, peut détruire des murs, soulever les enrobés bitumés et coloniser des tuyaux d’égouts, alors que certaines autres espèces,  comme le pleuplier-tremble par exemple, peuvent pousser sur des sols sableux pauvres, supportant relativement bien les embruns marins, toutefois à une certaine distance de la mer.

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Gentile da Fabriano – Vierge – Retable – Tempera à l’œuf sur peuplier – 1425 – National Galery Londres

Quant au peuplier d’Italie c’est en fait un arbre originaire d’Iran. Il fut introduit en Italie d’abord, puis en France, notamment sur les bords du canal de Briare, en 1749. Le général Bonaparte, qui n’était pas encore Napoléon, apprécia cet arbre lors de ses campagnes d’Italie et en fit planter dans l’Est de la France. Le peuplier était avec l’aulne et l’orme l’un des arbres qui servait à fabriquer les gibets. Lors des journées de 1830 et 1848, en France, le peuplier fut planté en grandes cérémonies, comme « arbre de la liberté ». Et son nom latin, « populus » en fit bien l’ambassadeur du peuple. En fait, c’est le bruissement que font les feuilles du peuplier au moindre souffle de vent qui, rappelant le bruit confus d’une foule, lui aurait valu ce nom de « populus » pour les Romains, devenus « peupliers » en français.

De toutes les espèces, le peuplier faux-tremble, ou son équivalent européen, le tremble, est celui dont les feuilles s’agitent le plus. A cause de cette caractéristique, il s’est vu attribué toutes sortes de légendes, ainsi qu’une symbolique « religio-mytique ». Ainsi, les premiers Chrétiens croyaient que les feuilles tremblaient de honte, le Christ ayant été soi-disant crucifié sur une croix faite de bois de tremble.

En France, dans certaines régions, on donnait jadis au peuplier noir le nom de « liard », du verbe « lier », car les jeunes tiges de cet arbre ont souvent remplacé l’osier. Au Québec, on a attribué ce nom à deux espèces de peupliers : le peuplier balsamifera et le peuplier deltoide.

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Peupliers dans les méandres de la rivière Boutonne en Saintonge

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins. 

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