DANS LE BESTIAIRE DU TAUREAU… L’OURS

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 15-05-2011

Dans le monde celtique, l’ours était l’emblème ou le symbole de la classe guerrière, s’opposant systématiquement au sanglier qui était le symbole de la classe sacerdotale. Dans le conte gallois de Kulhwch et Olwen, Arthur chasse le Twrch Trwyth et ses petits. Or, cet animal est un sanglier blanc et la lutte, qui dure longtemps, à savoir neuf jours et neuf nuits, exprime la querelle du Sacerdoce et de l’Empire.

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En Gaule, la déesse Artio, déesse qui semble avoir également été très vénérée par le peuple des Helvètes, et à Berne, toujours associée à l’ours, marque symboliquement le caractère féminin de la classe guerrière. On peut noter aussi que les Gallois nomment « cerbyd Arthur », le « char d’Arthur », les constellations à symbolisme polaire de la Grande et de la Petite Ourse.

Artio nous est connue par des inscriptions et une statuette de bronze datant du IIe siècle, mises au jour à Muri, dans la région de Berne, d’où le nom : Artio de Muri. La statuette est haute de 15,6 cm et longue de 19 cm. Elle représente un ours, peut-être une femelle, sur ses quatre pattes, tête relevée et gueule entrouverte, laissant apparaître deux canines. Un petit arbre portant deux branches, une feuille et des fruits est planté derrière l’ours, tandis qu’une femme assise dans une chaise fait face à l’ours. Cette femme, représentant la déesse romaine « Abondance », est un ajout ultérieur. La sculpture repose sur un large socle rectangulaire, en bronze lui aussi, portant l’inscription suivante : « Deae Artioni/Licinia Sabinilla », ce qui signifie « A la déesse Artio, ou Artioni/de la part de Licinia Sabinilla ».

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La déesse Artio, l’ours, et la Déesse de l’Abondance

« Artio » signifie « ours » en langue gauloise, animal emblématique de la royauté chez les Celtes. On retrouve la même racine dans d’autres langues celtiques : « art » en ancien irlandais, « arth » en gallois, « arz » en breton. C’est de cette racine que provient le nom du Roi Arthur.

Et puis, à Berne, l’ours est symboliquement et même physiquement très présent. Attesté dans un sceau, dès 1224, sa présence est probablement née de la proximité entre « Bär » qui signifie « ours » en allemand, et « Bern ». Diverses légendes circulent pour l’expliquer : l’une voudrait que Bertold V de Zähringen ait vaincu un ours à mains nues et fondé la ville en hommage, mais la présence de cultes liés à l’ours dans cette région est très ancienne. On retrouve l’ours aussi bien dans les armoiries que dans les boutiques de souvenirs ou dans le carnaval de Berne ou bien encore avec la célèbre fosse aux ours qui existe depuis le XVe siècle et où des ours sont présents depuis toujours. Par extension, l’ours est devenu un symbole du canton de Berne, voire de la Suisse entière. 

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Les Ours de Berne – Suisse

Toutefois, l’ours est aussi le symbole de Berlin et se retrouve sur toutes sortes d’objets d’art. Il fut très utilisé par la propagande nazie mais n’a jamais eu de rôle comparable à celui de l’ours de Berne. La capitale allemande décerne chaque année « l’ours d’or du meilleur film » qui est la plus prestigieuse récompense décernée lors du Festival de Berlin, organisé depuis 1951.

lours-de-madridL’ours est également un des symboles de la capitale espagnole Madrid.

Chez les Celtes, l’ours s’opposait donc, ou s’associait, au sanglier, comme le pouvoir temporel à l’autorité spirituelle. L’ours, relativement yin par rapport au sanglier yang, explique qu’il se soit fréquemment agi, en fait, d’un féminin. A l’autre extrémité du monde, l’ours est l’ancêtre des Aïnu du Japon. Les Aïnu, pleuplades anciennes vivant au Nord du Japon dans l’ïle d’Hokkaïdo, pensent que l’ours est une divinité des montagnes, suprême entre toutes. La fête de l’Ours a lieu en décembre chez eux. A ce moment-là, la divinité viendrait sur terre et serait accueillie par les humains. Leur laissant divers cadeaux, elle retournerait ensuite au monde divin.

A l’opposé, l’ours est en Chine un symbole masculin, annonciateur de la naissance des garçons, expression du yang. Il est en rapport avec la montagne, qui est son habitat, et s’oppose au serpent, yin correspondant à l’Eau. Yu-le-Grand, l’organisateur du monde, prenait dans l’exercice de ses fonctions, la forme d’un ours.

Quant à l’ésotérisme islamique, il fait de l’ours un animal vil et répugnant !

En Sibérie et en Alaska, l’ours est assimilé à la Lune puisqu’il disparaît avec l’hiver et réapparaît au printemps. Ce qui montre également ses liens avec le cycle végétal, lui aussi régi par la Lune. Ailleurs encore, il est considéré comme l’ancêtre de l’espèce humaine « car l’homme, qui a une vie semblable à celle de la lune, n’a pu être créé que de la substance même ou par la magie de cet astre des réalités vivantes ».

Les Algonquins du Canada appellent l’ours « Grand-Père ». De cette dernière croyance provient vraisemblablement le mythe, très répandu, des femmes enlevées par des ours et vivant maritalement avec leur ravisseur. Pour de nombreuses populations de Sibérie, mais aussi chez les Giliaks, Tlingits, Tongas et Haïdas, l’ours est présent aux cérémonies d’initiation, de même qu’il jouait un rôle essentiel dans les cérémonies du paléolithique. Chez les Indiens Pomo de Californie du Sud, les candidats sont initiés par l’ours grizzly qui les tue et creuse, avec ses griffes, un trou dans leur dos.

Dans la Chine archaïque, dans une inscription de l’époque Chang et dans une autre du commencement de la dynastie Tcheou, certains croient avoir discerné un chamant danseur à masque et à peau d’ours.

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En Europe, le souffle mystérieux de l’ours émane des cavernes. Il est donc une expression de l’obscurité, des ténèbres : en alchimie, il correspond à la noirceur du premier état de la matière. L’obscurité et l’invisible, étant liés à l’interdit, cela renforce sa fonction d’initiateur.

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Artémis hellénique

Dans la mythologie grecque, l’ours accompagne Artémis, divinité lunaire aux rites cruels. Il est souvent la forme dont se revêt la déesse dans ses apparitions. L’animal lunaire incarne une des deux faces de la dialectique liée au mythe lunaire : il peut être monstre ou victime, sacrificateur ou sacrifié. En ce sens, l’ours s’oppose au lièvre. Il représente typiquement l’aspect monstrueux, cruel, sacrificateur de ce mythe. D’où l’interprétation qu’en fait la psychanalyse, avec Jung.

Comme toute hiérophanie lunaire, il est en rapport avec l’instinct. Etant donné sa force, Jung le considère comme symbole de l’aspect dangereux de l’inconscient. Comme tous les grands fauves, l’ours fait partie des symboles de l’inconscient chthonien : lunaire et donc nocturne, il relève des paysages internes de la terre-mère. Il est donc très explicable que plusieurs peuples altaïques le considèrent comme leur ancêtre. Sternberg mentionne «  qu’il existe dans la vallée de l’Amour plusieurs tribus qui dérivent leur origine d’un tigre ou d’un ours, parce que leur ancêtre aurait eu en songe des relations sexuelles avec ces fauves ». Il existait d’ailleurs, il y a peu de temps encore, des cimetières d’ours en Sibérie.

Selon le Dictionnaire des Rêves, les ours apparaissent fréquemment dans les rêves et peuvent évoquer le froid, tel l’ours polaire, impliquant une souffrance comme la solitude. L’ours est également associé aux pulsions sauvages et à l’anima. Au contraire, l’ourse évoquerait la mère, la possessivité, la tendresse exacerbée et l’ourson le désir d’être choyé et câliné. Les rêves d’ours symboliseraient la part naturelle et pure de l’individu et constituent un archétype, celui de la sagesse et de la force des instincts primordiaux.

Dans le registre de l’alchimie aussi, l’ours correspond aux instincts et aux phases initiales de l’évolution. Sa couleur est le noir de la matière première. Puissant, violent, dangereux, incontrôlé, comme une force primitive, il a été traditionnellement l’emblème de la cruauté, de la sauvagerie, de la brutalité. Mais, et c’est l’autre aspect du symbole qui apparaît aussi, l’ours peut être dans une certaine mesure apprivoisé : il danse, il jongle. On peut l’attirer avec le miel dont il est friand. Quel contraste entre la légèreté de l’abeille dont il aime le suc, celle de la danseuse, dont il imite le pas, et sa lourdeur native. Il symboliserait en somme les forces élémentaires susceptibles d’évolution progressive, mais capables aussi de redoutables agression.

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Ours dans le rucher à la recherche de miel – Gravure de Wenceslas Hollar

Comme on l’a vu, l’ours est le représentant de la caste guerrière face à la caste sacerdotale, et de ce fait il était parfois représenté sous son aspect féminin : c’est le cas dans le mythe d’Atalante, nourrie par une ourse et chassant le sanglier de Calydon. C’est aussi le cas des deux constellations polaires que nous connaissons. La Grande Ourse fut autrefois représentée par le sanglier ; le transfert à l’ourse est le signe de la défaite du sanglier, c’est-à-dire la prééminence du pouvoir temporel.

Dans la tradition hindoue, la Grande Ourse est la demeure des sept Rishi, symboles de la sagesse et de la tradition primordiale. La constellation est donc à la fois un séjour des Immortels et le centre, l’arche où se conserve la connaissance traditionnelle. En Chine toujours, la Grande Ourse avait été la Balance, puis le Boisseau. Tournant autour du centre du ciel, le Boisseau indique successivement par son manche les quatre divisions du jour et les quatre saisons de l’année. Il sépare aussi les quatre saisons et équilibre les cinq éléments ; il fait évoluer les divisions du temps et les degrés de l’espace. Enfin, l’étoile Polaire fut à l’origine une étoile de la Grande Ourse.

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Constellation de la Grande Ourse – Gravure d’Hevelius

Les sept étoiles de la Grande Ourse correspondent aux sept Recteurs qui évoquent, certes, les sept Rishi, mais aussi aux sept ouvertures du corps et aux sept ouvertures du cœur. Ainsi, le cœur, centre du microcosme humain, en est-il considéré comme la Grande Ourse. Le Seigneur T’ai-yi tient dans sa main gauche « le manche des sept étoiles du Boisseau, dans sa main droite le premier filet de la constellation boréale, c’est-à-dire l’étoile polaire », ce qu’on peut rapprocher de l’Apocalypse : « Le Christ du Nouvel Avènement tient dans sa main droite sept étoiles ».

Dans les légendes celtiques, la Grande Ourse se nommait Le Chariot d’Arthur.

Pourquoi associer l’Ours au signe du Taureau ? Comme on le sait, ce signe est le domicile de Vénus, mais également le lieu d’exaltation de la Lune que l’Ours symbolise. Par ailleurs, l’animal présente des caractéristiques du signe à travers la gourmandise et son goût du sucré, puisque c’est avec du miel qu’on va le mieux l’attirer. Comme le Taureau il donne une impression de puissance, de force primitive, de lourdeur, pourtant comme lui il peut charger, attaquer.

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L’Ours de la Grotte Chauvet

La plus ancienne trace connue d’association possible entre l’ours et la culture humaine figure dans la grotte du Regourdou, dans le Périgord, près de Lascaux, où l’on a retrouvé en 1965 une sépulture humaine datée de 80 000 ans avant notre ère et celle d’un ours brun sous une même dalle. Cette grotte fut alors définie par les Préhistoriens comme « un véritable sanctuaire permettant de résoudre le problème du culte de l’ours », et selon certaines thèses, cet animal aurait pu être le « premier dieu célébré par les hommes ». Au Paléolithique supérieur, soit environ 30 000 ans avant notre ère, les preuves d’une association symbolique de l’ours avec l’homme sont plus solides, entre autres la grotte Chauvet, en Ardèche, où des crânes d’ours probablement disposés volontairement de manière rituelle ont été retrouvées. La consommation de viande d’ours semble également avoir été courante.

L’ours figure dans l’art pariétal dès 35 000 ans avant notre ère et représente environ 2 % des dessins animaliers dans les grottes d’Europe occidentale. La grotte Chauvet contient plus de quinze représentations d’ours mais ces animaux ne sont présents que dans un dixième des 300 grottes paléolithiques connues en 2007, comme celle de Combarelles, de Montespan et des Trois-Frères, où est représenté un personnage thérianthrope avec des pattes antérieurs d’ours. Bien que les ours aient fait des cavernes leur habitat favori, elles n’ont vraisemblablement pas été habitées par les hommes qui en décorèrent les parois. Une célèbre statue d’argile, un temps la plus ancienne statue attestée, datant d’environ 15 000 ans avant aujourd’hui, représente un ours.

Cet animal possédait une symbolique particulière en Grèce antique au regard des preuves apportées par les textes de la mythologie : il n’était pas une divinité, mais l’attribut de certains dieux. La plus ancienne légende archétypale d’ours amateur de femmes serait celle de Pâris, nourri du lait d’une ourse, qui enlève ensuite Hélène et provoque la ruine de Troie. Un rituel est mentionné par Pausanias : les guerriers d’Arcadie revêtaient des peaux d’ours avant de partir en guerre contre Sparte.

Quant à Artémis, elle était parfois désignée comme la « déesse aux ours ». Elle pouvait en effet prendre l’apparence de cet animal et son nom dérive de la racine indo-européenne de l’ours. De plus, les prêtresses de ses temples, dont certains sont en lieu avec une légende d’ours, étaient parfois nommées « arktoi », c’est-à-dire « petites ourses ».

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Callisto dans les bras de Zeus qu’elle prend pour Artémis dont le croissant de lune orne le front

Il existe plusieurs variantes de l’histoire de la nymphe des bois Callisto, ce qui signifie en grec « la plus belle ». Elle avait fait vœu de chasteté sous la protection d’Artémis. Or, un jour Zeus/Jupiter vit Callisto et tomba sous son charme. Il n’eût plus qu’une idée, la séduire et en profiter. Il décida alors de se transformer en Artémis pour tromper la vigilance de Callisto, l’approcher et la séduire. Le stratagème fonctionna parfaitement et quand Callisto ne pût plus lui échapper, il se révéla à elle. Le malheur voulut pour Callisto qu’elle tomba immédiatement enceinte. Pour ne pas être chassé du cortège d’Artémis, la belle nymphe voulut cacher sa grossesse à sa maîtresse, mais celle-ci découvrit son état au cours d’un bain qu’elle prit avec ses suivantes. Le mythe raconte encore que, bien que folle de rage, Artémis ne tua pas Callisto et se contenta de la chasser. Callisto accoucha seule d’un enfant, Arcas, bâtard de Zeus/Jupiter. En apprenant cette nouvelle incartade de son auguste époux, Héra l’épouse jalouse de Zeus, transforma alors la belle nymphe en terrible ourse. Cependant, une autre version de la légende affirme que Callisto reçut une flèche d’Artémis qui la changea en ourse et la délivra de son enfant, Arcas dont le nom fait de nouveau référence à l’ours. C’est sous cette forme qu’elle fut tuée involontairement par ce fils alors âgé de 15 ans qui ne la reconnut pas. La fin du mythe est cependant plus heureuse, elle nous assure que Zeus dans sa mansuétude eût pitié de Callisto et de son fils et qu’il les transforma en constellations : Callisto devint la Grande Ourse tandis qu’Arcas se transforma en Petite Ourse ou l’étoile Arcturus. Pourtant, selon les versions, ils furent tous deux punis par l’Océan qui les condamna à tourner autour du Pôle Nord sans jamais pouvoir se reposer, à moins que ce ne soit Héra qui continuait à exiger une punition.

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Atalante

Par ailleurs, il existe aussi une version ancienne de la légende d’Iphigénie, sauvée de la mort par une métamorphose, non pas en biche mais en ourse. Quant à l’héroïne Atalante, elle aurait été recueillie et nourrie par une ourse après sa naissance. Après son mariage avec Hippomène, le couple oublia de remercier Aphrodite/Vénus qui, selon la version la plus courante, les changea en lions.

Des cas de passions entre humains et ours sont également évoqués, ainsi Polyphonte eût-elle de son union avec un ours, Agrios et Orios, alors qu’une ourse enfanta Acrisios avec Céphale.

Dans la Bible même l’ours est présent. C’est David, berger, qui doit défendre ses brebis contre un ours et un lion, ou encore Elisée qui prononce une malédiction au nom de Yahvé contre deux enfants qui se moquent de lui. Aussitôt, une ourse sort des bois et les dévore. De manière générale, les apparitions de l’ours sont celles d’un animal dangereux et féroce.

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La place de l’ours dans la Bible et la volonté de lutter contre les rituels et traditions païens qui célébraient les saisons, la nature, la position des astres, et les animaux expliquent pourquoi ils furent peu à peu remplacés au cours du Moyen Age par des fêtes chrétiennes célébrant les saints, le Christ ou la Vierge. Par exemple, le 11 novembre devint la fête de Saint Martin dans une grande partie de l’Europe de l’Ouest. De même, les mois d’hiver où l’ours était traditionnellement célébré furent associés à des « saints à l’ours ». Ainsi, le 2 février devint la Chandeleur, parfois nommée jusqu’au XVIIIe siècle « Chandelours » en souvenir de son origine.

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Allégorie Animaux et Sept Péchés Capitaux

La vénération des animaux allait à l’encontre des préceptes de la foi chrétienne médiévale, fortement imprégnée des écrits de Saint Augustin. Il prônait la supériorité de l’homme sur les animaux, considérés comme des êtres inférieurs et imparfaits. Ainsi, il dit dans son « Sermon sur Isaïe » que « l’ours, c’est le Diable ». Tous les rituels liés à une forme vénération de l’ours, ainsi que les déguisement souvent associés à des pratiques transgressives liées à la fertilité, furent interdits et sévèrement combattus par les autorités chrétiennes. Ainsi vers 852 une prescription aux évêques de la province de Reims de ne plus les tolérer, puis quelques années plus tard, il en alla de même dans la région de Laon. Les déguisements d’ours furent eux aussi interdits, de même qu’au IXe siècle les « jeux avec des ours », peut-être inspirés de ceux du cirque de la Rome antique.

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Saint Seraphim et l’ours

L’hagiographie abonde d’exemples où des saints apprivoisent des ours, tels Saint Blaise, Saint Colomban, Saint Seraphim et Saint Gall. Tous avaient pour fonction de lutter contre les cultes païens liés à l’ours. L’ours sauvage y dévore souvent la monture ou la bête de trait du saint. Ce dernier force alors l’ours à remplacer son animal, généralement un âne, une mule ou un bœuf, et à porter ses bagages ou tirer une charrue. Saint Eloi, saint Claude, saint Arige, saint Corbinien et saint Viance apprivoisèrent chacun un ours de cette façon. Saint Florent de Saumur parvint même à faire garder ses moutons par un ours, Saint Aventin de Larboust être une épine de la patte d’un ours et il existe de nombreuses histoires de saintes épargnées par un ours.

Toujours selon la légende, sainte Richarde bâtit l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul d’Andlau grâce à une ourse qui lui montra l’emplacement. Des fouilles archéologiques ont révélé les restes d’un ancien sanctuaire celtique probablement dédié à Artio dans les fondations de l’église.

lours-sur-les-armes-du-pape-benoit-xvi L’ours dompté de saint Corbinien figure sur les armes du Pape Benoît XVI.

La famille Orsini, en latin Ursinis et en français des Ursins, c’est-à-dire « des ours » a été l’une des familles princières les plus importantes de l’Italie médiévale et de la Renaissance. Les membres les plus célèbres de cette famille furent de papes : Célestin III, Nicolas III ou Benoît XIII ; elle donna aussi de nombreux condottieres et d’autres figures politiques ou religieuses d’importance.

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                                    Pitigliano en Toscane

En surplomb des gorges de la Lente, la petite ville de Pitigliano est accrochée à une falaise de tuf. Le lacis de ses ruelles laisse deviner l’empreinte du passé : nécropoles étrusques taillées dans la roche, ruines romaines, maisons médiévales, églises baroques et sur une place, la petite statue d’un ours qui rappelle que la ville appartenait aux Orsini. Cette petite ville est également appelée la « petite Jérusalem » et l’on peut y retrouver les vestiges du ghetto juif et sa synagogue. Protégée par les Orsini, puis les Médicis, une communauté juive avait en effet trouvé refuse à Pitigliano au XVIe siècle. Aujourd’hui, la petite ville s’est tournée vers les vignobles qui, grâce à ses caves naturelles, ont fait sa réputation.

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L’Ours des Orsini à Pitigliano

Mais revenons aux rapports entre l’ours et l’Eglise. De nombreux théologiens s’inspirèrent de saint Augustin et même de Pline l’Ancien pour dresser un portrait diabolique du l’ours et le dévaloriser. Ainsi associé au diable, l’ours devint son animal favori ou l’une des ses formes. Dans l’iconographie chrétienne, le diable possède sous les pieds, le mufle et le pelage d’un ours, et prend la forme de l’animal dans les rêves des saints, des rois et des moines. L’apparence velue de l’ours et sa couleur brune devinrent un signe de bestialité diabolique, l’animal se vit chargé de péchés capitaux tels que la tromperie, la luxure, la goinfrerie, la colère, l’envie et la paresse. D’autres études arrivent à la même conclusion, il s’agissait d’une façon de mettre un terme aux survivances du culte de l’ours en Europe, tout comme la généralisation des montreurs d’ours, l’interdiction des « jeux » et l’hagiographie contribuèrent à y mettre fin.

Les légendes se firent l’écho de cette représentation. Ainsi la « Malebeste de Vendée » était réputée dévorer les troupeaux, ou bien la rumeur courut que toutes les jeunes filles du bourg d’Angles finirent sous ses crocs. Seul un homme d’Eglise parvint à la vaincre grâce à sa foi.

Ce sont principalement des clercs et des prélats qui, dès l’époque de Charlemagne, luttèrent impitoyablement contre les traditions du paganisme germanique et scandinave afin de convertir ces peuples au Christianisme. Toutes ces légendes cherchaient à provoquer l’effroi que pouvait inspirer la proximité entre l’ours et l’homme pour en justifier la chasse, alors que les populations visaient à s’approprier la force de l’animal. Les traditions liées à l’ours ont d’ailleurs perduré jusqu’aux environs de l’an 1000, période à laquelle l’ensemble des peuples qui pratiquaient le paganisme nordique furent christianisés.

Preuve de cette proximité, une légende saxonne rapportée par Guillaume d’Auvergne parle d’un ours d’une force prodigieuse qui enleva la femme d’un chevalier et l’amena jusqu’à la caverne où il hivernait chaque année. Il la viola pendant plusieurs années et trois enfants naquirent, jusqu’au jour où la femme fut délivrée par des charbonniers, retrouva son mari et éleva ses enfants qui devinrent tous les trois chevaliers, mais se distinguaient par une pilosité abondante et l’habitude d’incliner la tête sur la gauche, comme les ours. Ils furent nommés « Ursini », les fils de l’ours. Il s’agit d’un thème symbolique que l’on retrouve très fréquemment dans d’autres cultures et à toutes les époques.

Durant le haut Moyen Age, l’ours fut célébré dans une grande partie de l’Europe, en particulier le 11 novembre qui correspond à la fois à la date théorique du son début d’hivernation et à l’hivernage pour les paysans. Cette symbolisait « le passage du dehors au-dedans, de la vie à la mort » en relation avec le calendrier ; elle donnait lieu à des rites païens impliquant des déguisements, des danses et des jeux sexuels. De même, les 2 et 3 février étaient associés à la sortie de l’hivernation et les fêtes impliquaient des viols et rapts simulés. Ces festivités étaient particulièrement fréquente dans les Ardennes et le croissant alpin, deux régions où étaient vénérées les déesses celtes liées à l’ours, Arduinna et Artio. Une très ancienne légende, probablement issue d’un motif indo-européen, veut que l’ours expulse les âmes des morts qu’il porte dans son ventre en émettant un pet à son réveil de l’hivernation et, chevaucher un ours était censé guérir divers maux.

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Boucles d’or et les Trois Ours

Comment ne pas évoquer aussi deux contes de Grimm : Boucle d’or et les Trois Ours et Neige-Blanche et Rose-Rouge. Le premier évoque la rencontre entre trois ours anthropomorphes et une petite fille, Boucle d’or. Un jour, en attendant que leur pudding refroidisse, les ours partent se promener. Bouche d’or découvre la maison vide, y entre par curiosité et se mêle aux affaires de la famille avant de s’assoupir dans le lit de l’ourson. De retour chez eux, les trois ours la réveillent et, selon les versions, la tuent ou l’effraient avant de la mettre en fuite.

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Quant à Neige-Blanche et Rose-Rouge, le conte met en scène deux filles qui rencontrent un ours effrayant capable de parler et l’invitent ponctuellement dans leur logis. Il s’agit d’un prince maudit par un nain qui l’a condamné à errer dans les bois sous forme d’ours jusqu’à être libéré de son sort.

Par ailleurs, dans le langage courant, l’ours a donné naissance à une grande variété d’expressions. Ainsi, « Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ». Ce qui signifie « anticiper un succès incertain ». Ce proverbe a été popularisé par La Fontaine avec sa fable « L’Ours et les deux compagnons », mais se trouvait auparavant dans les proverbes populaires.

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L’ours et les deux compagnons

Un proverbe polonais affirme : « Un ours grogne quand une branche lui tombe sur la tête, mais il se tait sous le poids d’un arbre ».

Et puis, il y a le célèbre « Etre un ours mal léché », qui signifie être bourru, désagréable. C’est une expression populaire datant du XVIIe siècle. Elle est employée pour désigner une personne faisant preuve d’un comportement social grossier, rustre, qui n’est ni poli, ni convenable, qui ne sait que peu de choses des usages du monde. Cependant, cette expression est sans doute associée au comportement de l’ours lui-même. En effet, l’animal est généralement solitaire et nos ancêtres pendaient que les oursons n’étant pas tout à fait formés à la naissance, leur mère devait donc les lécher pour qu’ils soient complètement achevés.

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L’ourse léchant son ourson – Bestiaire anglais – 1200

Rabelais disait déjà : « Ainsi que l’ourse, à force de lécher son petit, le met en perfection ». L’expression « mal léché » va donc signifier « mal élevé et sans éducation » et s’applique à une personne dont la « formation » aux règles de vie en société n’a pas été entièrement accomplie.

Au XVe siècle, mais surtout aux XVIe et XVIIe siècles, le « pavé de l’ours » ou « rendre un service d’ours » apparait fréquemment signifie « nuire à une personne en ayant eu l’intention de l’aider ». Cette expression provient d’un certain nombre de légendes où un ours, croyant bien faire, jette un pavé ou un objet lourd sur un homme afin de chasser un insecte ou autre bête parasite, et le tue sur le coup.

L’expression « Fort comme un ours » existe dans toutes les langues européennes et désigne les personnes possédant une grande force physique.

D’une personne qui éprouve une colère impuissante qu’elle se sent « comme un ours en cage ».

Dans l’argot des typographes, on appelait « ours » l’ouvrier pressier, peut-être par l’analogie de son mouvement avec le « lourd balancement de l’ours », par opposition à l’ouvrier compositeur appelé « le singe », qui disposait ses caractères avec des mouvements vifs. De nos jours, on appelle « ours » l’encadré où se trouvent les noms des collaborateurs d’un journal ou d’un magazine.

Pendant la Guerre du Vietnam, les pilotes américains de F 105 biplaces surnommaient « ours » leur opérateur de guerre électronique assis à la place arrière. Ils employaient l’expression « ours bien dressé » pour les désigner.

Quant à l’expression « Avoir ses ours » signifie « Avoir ses règles ». Cette locution ne s’applique qu’aux femmes non ménopausées. Mais que viennent faire ces plantigrades dans ces manifestations aussi régulières et naturelles ? Trois explications sont possibles pour cette expression qui daterait du début du XXe siècle.

On sait qu’un ours désigne un homme bourru, à l’humeur parfois massacrante. La première explication vient donc de l’humeur ou de l’énervement que peuvent avoir les femmes quand elles ont leurs règles. La seconde origine pourrait venir d’une plaisanterie faite à partir de l’ancienne expression « avoir ses jours » employée pour désigner ces jours où une femme préférait ne pas trop de se montrer en société. Mais une telle plaisanterie ne se comprend vraiment que lorsqu’on sait que, jusqu’à la fin du XIXe siècle, « ours » se prononçait « our », ce qui explique la très forte similitude de prononciation entre « avoir ses jours » et « avoir ses ours ». La troisième hypothèse serait en rapport avec le cycle lunaire identique au cycle des femmes, cycle lunaire qui évoque l’ours puisque comme nous l’avons vu précédemment l’ours appartient au bestiaire lunaire, du fait de son apparition et de sa disparition, de son hivernation et de son retour à la lumière, exactement comme la lune visible et non visible au cours des vingt-huit jours de sa révolution.

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Enfin, à notre époque, l’ours est surtout associé aux enfants à travers l’ours en peluche, devenu l’un des jouets les plus populaires de tous les temps. Ainsi sont apparus les « ours mignons » qui consolent les enfants, en particulier dans les films et les séries d’animation, ainsi que les confiseries en gélatine et en forme d’ours, qui viennent d’Allemagne où on les appelle « Gummibär » ou « ours en gomme ». En 1922, une autre société avait lancé les « Ours d’or », précurseurs de ceux d’aujourd’hui. 

Le lien entre l’ours et l’enfant est purement affectif et émotionnel, et l’animal est familièrement surnommé « nounours ». C’est dans les premières années du XXe siècle que les ours en peluche commencent à se diffuser, à partir de l’Allemagne et des Etats-Unis, où ils furent inventés quasi simultanément comme jouets pour les enfants. Devenu « confident, complice et ange gardien » des enfants, voire membre de la famille, la diffusion de l’ours en peluche s’étend désormais au monde entier, déchaînant les passions. Ainsi, l’ours en peluche possède ses propres magasins spécialisés, ses lignées, ses associations de collectionneurs, les arctophiles, ses ateliers de réparation, ses musées et ses magazines. Des thérapies par l’ours en peluche ont été développées afin d’aider les enfants traumatisés, handicapés, en rupture de communication, autistes, hospitalisés ou victimes de maladies graves.

Un certain nombre d’oursons fictifs ont vu leurs aventures acquérir une diffusion internationale, tel Winnie l’ourson, devenue une star des produits dérivés pour les jeunes enfants. L’ours Paddington, Baloo, Yogi l’ours, Colargol ou encore Bouba ont également marqué des générations de lecteurs et de téléspectateurs.

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins 

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