SYMBOLE DE MERCURE ET DE LA VIERGE… LE CADUCEE

(5.3.3 - MERCURE) par sylvietribut le 09-09-2011

Symbole des plus anciens, dont l’image se trouve déjà gravée sur la coupe du roi Gudea de Lagah, 2 600 ans avant Jésus-Christ, et sur les tablettes de pierre, appelées en Inde « nâgakals ». Les formes et les interprétations du caducée sont beaucoup plus variées qu’on ne le croit généralement et elles ne s’excluent pas nécessairement.  

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Le caducée

Le caducée, emblème d’Hermès/Mercure, est une baguette autour de laquelle s’enroulent en sens inverse deux serpents. Elle équilibre ainsi les deux aspects, gauche et droit, diurne et nocturne, du symbole du serpent. Le serpent possède ce double aspect symbolique : l’un, bénéfique, l’autre maléfique, dont le caducée présente, si l’on veut, l’antagonisme et l’équilibre ; cet équilibre et cette polarité sont surtout ceux des courants cosmiques, figurés d’une façon plus générale par la double spirale.

La légende du caducée se rapporte au chaos primordial que symbolisent les deux serpents qui se battent, et à sa polarisation que représente la séparation des serpents par Hermès/Mercure, et l’enroulement final autour de la baguette réalisant l’équilibre des tendances contraires autour de l’axe du monde, ce qui fait parfois dire que le caducée est un symbole de paix. 

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Hermès/Mercure

Hermès est le messager des dieux et aussi le guide des êtres dans leurs changements d’état, ce qui correspond aux deux sens ascendant et descendant des courants figurés par les deux serpents. Une autre interprétation du caducée met l’accent sur le symbolisme de fécondité. Fait de deux serpents accouplés sur un phallus en érection, le caducée semble une des plus anciennes images indo-européennes. On le trouve dans l’Inde ancienne et moderne, associé à de nombreux rites ; dans la mythologie grecque où il est l’emblème d’Hermès ; puis chez les Latins qui le transfèrent à Mercure. Spiritualisé, ce phallus d’Hermès le psychopompe pénètre selon l’expression d’Henderson, disciple de Jung, du monde connu dans le monde inconnu, « à la recherche d’un message spirituel de délivrance et de guérison ». On sait, aujourd’hui, que le caducée est l’emblème universel de la science médicale.

En effet, le terme « caducée » est souvent appliqué dans un contexte médical au bâton d’Asclépios/Esculape et à un miroir symbolisant la prudence, à la coupe d’Hygie pour les pharmaciens, à un diapason pour les audioprothésistes ou à un serpent représentant la courbure du ventre de la femme enceinte pour les sages-femmes.

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Asclépios/Esculape

En grec ancien, le caducée « kêtukeion » est le sceptre des hérauts, qui rend leur personne inviolable. A l’origine, il était simplement en olivier, encore avec ses branches, ou « rhabdos », le bâton. Il est composé d’un bâton surmonté de deux ailes, autour duquel s’enroulent deux serpents qui se font face à son sommet. Le mythe dit aussi que ce sont les branches qui enroulées autour du bâton figurent des serpents. D’ailleurs, le caducée ne prend tout son sens qu’à l’époque grecque, lorsque les ailes viennent surmonter les deux serpents : dès lors le symbole devient une synthèse chthono-ouranienne, transcendant ses origines, qui n’est pas sans évoquer les dragons ailés chinois et la représentation du dieu aztèque Quetzalcóatl qui après son sacrifice volontaire, renaît par une ascension céleste sous la forme du serpent à plumes.  

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Le dieu aztèque Quetzalcóatl

« La baguette magique que représente le caducée et qui est généralement composée d’une verge autour de laquelle s’enroulent deux serpents évoque des cultes, très anciens dans le bassin égéen, de l’arbre et de la terre nourricière des serpents. En effet, le caducée hindou est associé à l’arbre sacré… Le caducée mésopotamien montre une baguette centrale. Elle semble bien être le souvenir de l’arbre… On est donc en droit de regarder la baguette du caducée d’Hermès, et aussi d’ailleurs le bâton du caducée d’Esculape, comme le symbole de l’arbre, associé, demeure ou substitue de la divinité.

Le mythe raconte qu’Apollon échangea avec Hermès/Mercure sa baguette d’or contre une lyre. Selon Hygin, lorsqu’Hermès/Mercure voulut séparer deux serpents en lutte, ceux-ci s’enroulèrent autour de la baguette. 

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Tribune de l’Assemblée – Sur le côté le caducée

Aujourd’hui, le caducée est un symbole de commerce mais il évoque aussi l’éloquence. Il figure d’ailleurs sur la tribune de l’Assemblée Nationale. Alors que le caducée d’Asclépios/Esculape est un symbole de la médecine en Europe, celui d’Hermès/Mercure représente la médecine en Amérique.

Dans l’Ancien Testament, on trouve également la mention de bâton orné de serpents d’airain jouant un rôle thérapeutique dont celui de guérir des morsures de serpents : « L’Eternel dit à Moïse : ‘Fais-toi un serpent brûlant, et place-le sur une perche ; quiconque aura été mordu, et le regardera, conservera la vie’. Moïse fit un serpent d’airain, et le plaça sur une perche ; et qui conque avait été mordu par un serpent, et regardait le serpent d’airain, conservait la vie ».

Ce serait là l’origine du symbole du caducée utilisé par les médecins et les pharmaciens. Le suffixe « an » spécifie qu’il y avait en réalité deux serpents sur le bâton d’airain, un symbole alors très proches des serpents entrelacés du caducée d’Hermès/Mercure.

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Hermès/Mercure le psychopompe, assis sur un rocher, s’apprête à conduire une âme défunte dans les Enfers. Lécythe attique à fond blanc, vers 450 avant Jésus-Christ

Pour Court de Gébelin, qui cite Athéna-gore et Macrobe, le bâton symbolise l’équateur, les ailes le temps et les deux serpents, mâle et femelle, représentent « le soleil et la lune qui dans le cours d’une année, parcourent l’écliptique sur laquelle ils sont tantôt séparés, tantôt unis ».

Cette interprétation convient surtout au rôle d’Hermès/Mercure considéré comme le père de l’astronomie et de l’agriculture. Les alchimistes n’ont pas manqué, de leur côté, de donner aussi une interprétation  du caducée : « Il est le sceptre d’Hermès, dieu de l’alchimie. Reçu d’Apollon en échange d’une lyre de son invention, il comporte une baguette d’or entourée de deux serpents. Ceux-ci représentent pour l’alchimiste les deux principes contraires qui doivent s’unifier, que ce soient le soufre et le mercure, le fixe et le volatil, l’humide et le sec, ou le chaud et le froid. Ils se concilient dans l’or unitaire de la tige du caducée qui apparaît donc comme l’expression du dualisme fondamental qui rythme toute la pensée hermétique et doit être résorbé dans l’unité de la pierre philosophale.

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Asclépios/Esculape et Hygie

Cette interprétation met sur la voie d’une conception qui fait du caducée un symbole d’équilibre par l’intégration des forces contraires. Il représenterait le combat entre deux serpents, qu’arbitrerait Hermès/Mercure. Ce combat peut symboliser la lutte intérieure entre des forces contraires, d’ordre biologique ou d’ordre moral, qui compromet la santé ou l’honnêteté d’un être. C’est ainsi que pour les Romains, le caducée représente l’équilibre moral et la bonne conduite : « le bâton représente le pouvoir, les deux serpents la prudence, les ailes la diligence, le casque les pensées élevées ».

L’interprétation toutefois ne dépasse guère ici le niveau de l’emblématique. Le caducée réunit aussi les quatre éléments de la nature et leur valeur symbolique : la baguette correspond à la Terre, les ailes à l’Air, les serpents au Feu ainsi qu’à l’Eau. Ce n’est pas seulement leur reptation qui les fait ressembler au mouvement ondulant des vagues et des flammes et assimiler à l’Eau et au Feu : c’est leur nature même, à la fois brûlante par leur morsure venimeuse, et quasi liquide par sa fluidité, qui les fait à la fois source de vie et de mort.

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Selon l’ésotérisme bouddhique, et en particulier l’enseignement tantrique, le bâton du caducée correspond à l’axe du monde et les serpents à la Kundalini, cette force qui dort lovée en bas du dos et qui s’élève à travers les chakras successifs jusqu’au-dessus de la fontanelle, symbole de l’énergie pure qui anime l’évolution intérieure de l’homme. En fait, ce qui définit l’essence du caducée, c’est la composition même et la synthèse de ses éléments. Il évoque l’équilibre dynamique de forces opposées, qui s’harmonisent pour constituer une forme statique et une structure active, plus hautes et plus fortes. La dualité des serpents et des ailes montre ce suprême état de force et de maîtrise de soi qui peut être achevé tant sur le plan des instincts que les serpents symbolisent, qu’au niveau de l’esprit représenté par les ailes.

Cependant le caducée reste le symbole de l’énigmatique complexité humaine et des possibilités infinies de son développement. L’attribut d’Hermès/Mercure est fait d’une baguette qui est la verge d’or, ou l’arbre de vie, et autour de laquelle s’enroulent symétriquement, en forme de 8, deux serpents.

« Hermès, dit Homère dans l’Iliade, saisit la baguette au moyen de laquelle il charme à son gré les yeux des mortels ou réveille ceux qui dorment ».

La baguette pourrait rappeler l’origine agraire du culte d’Hermès/Mercure, d’où sa maîtrise sur le signe de Terre de la Vierge, et les pouvoirs de magiciens qu’il détient et l’apparente au signe d’Air des Gémeaux. Quant aux deux serpents, ils évoqueraient le caractère originellement chthonien de ce dieu, capable de descendre aux Enfers et d’y envoyer ses victimes, aussi bien que d’en revenir à son gré et d’en ramener à la lumière certains prisonniers. D’ailleurs, Pausanias signale un culte rendu à l’Hermès noir et à l’Hermès blanc, les deux aspects chthonien et ouranien, néfaste et favorable, du même dieu. Les serpents du caducée désignent cette ambivalence, qui est celle-là même de l’homme.

Enfin, suivant l’interprétation symbolique, inspirée de son éthique-biologique, et suivant l’interprétation mythologique qui attribue le caducée à Asclépios/Esculape, père des médecins et futur dieu de la médecine, parce qu’il savait utiliser les poisons pour guérir les malades et ressusciter les morts.

Paul Diel explique ainsi le caducée : « la massue, l’arme contre la banalité, s’est transformée en bâton-sceptre, symbole du règne spirituel sur la vie terrestre, symbole du règne de l’esprit sur le corps, et le serpent-vanité, négation de l’esprit, exaltation imaginative, principe essentiel de tout dérèglement malsain, verse son venin dans la coupe salutaire ».

C’est toute l’aventure de la médecine qui se déroule dans le mythe d’Asclépios/Esculape et se résume dans le caducée : la véritable guérison, la véritable résurrection, sont celles de l’âme. Le serpent s’enroule autour du bâton, qui symbolise l’arbre de vie, pour signifier la vanité domptée et soumise : son venin se transforme en remède, la force vitale pervertie retrouve la voie droite. La santé, c’est : « la juste mesure, l’harmonisation des désirs (la symétrie des volutes des serpents), la mise en ordre de l’affectivité, l’exigence de spiritualisation-sublimation, qui président non seulement à la santé de l’âme, mais co-déterminent la santé du corps ». Cette interprétation ferait du caducée le symbole privilégié de l’équilibre psychosomatique.

Nous sommes bien là aussi dans le monde de la Vierge et de la Maison VI du thème astral. En France, d’ailleurs, le caducée de la médecine est composé d’un bâton surmonté du miroir de la prudence, autour duquel s’enroule un unique serpent, dessiné rouge sur fond blanc.

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Hygie

La coupe d’Hygie est un attribut de la déesse Hygie de la mythologie grecque, autre déesse de la Vierge, dont le nom est la racine du mot « hygiène ».  La coupe d’Hygie est utilisée comme symbole de la pharmacie dans de nombreux pays. On rencontre également le terme « caducée d’Hygie » ou « caducée pharmaceutique » dans ce contexte par analogie avec le caducée d’Hermès. Elle ne doit pas être confondue avec le bâton d’Asclépios, utilisé par d’autres professions médicales. Elle est utilisée, en France, comme emblème de la pharmacie, depuis 1942.

De nombreuses statues et monuments représentent Hygie tenant un « patera », bol médicinal, ainsi qu’un serpent enroulé autour d’elle et sur le point de se nourrir dans la coupe. Certains voient dans cette coupe et le serpent comme un symbole de vie en harmonie avec la Terre. Le serpent peut symboliser le patient qui doit faire le choix de prendre part ou non à la médecine pour se soigner, prendre en main son propre bien-être en faisant les bons choix. Le serpent est également lié aux croyances anciennes car il possédait la sagesse et le pouvoir de guérison.

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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