POISSON D’AVRIL

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 31-03-2012

La tradition des blagues du 1er avril est peut-être liée à l’adoption, en 1564, du calendrier grégorien. Avant cette date, le nouvel an était fêté le 25 mars et l’on s’échangeait des cadeaux pendant une semaine. Plus tard est née la mode des cadeaux fantaisie, sous forme de plaisanterie.

 

Une explication totalement légendaire avance que cette tradition trouve son origine en France, lorsque le roi de France Charles IX décida, par l’Edit de Roussillon, que l’année débuterait désormais le 1er janvier, qui marque le rallongement du jour, au lieu de fin mars, arrivée du printemps. Mais en fait, l’année civile n’a jamais débuté un 1er avril.  

Le Christ devant Pilate

Cependant, il existe une autre hypothèse sur l’origine du Poisson d’avril, comme le mentionne le Journal de Verdun paru en 1749 : « Plusieurs ouvrages attribuent à l’expression poisson d’avril une origine liée à la corruption de la passion du Christ qui arriva le 3 avril : Jésus étant renvoyé d’un tribunal à l’autre, sous les insultes et la dérision. De là, on aurait pris la coutume de faire courir et de renvoyer d’un endroit à l’autre, ceux dont on voulait se moquer ».

 

On donne également une autre origine, beaucoup plus récente, de cette expression : un prince de Lorraine que Louis XIII faisait garder à vue dans le château de Nancy, aurait trompé ses gardes et se serait sauvé en traversant la rivière de Meurthe, le premier jour d’avril. Certes, le duc Nicolas François, frère de Charles III, duc de Lorraine, quitta son évêché de Toul et le chapeau de cardinal par politique d’Etat, avant d’épouser à Lunéville, au mois de mars 1635, la princesse Claude, fille de Henri II. Puis, s’étant retiré à Nancy et ayant eu vent qu’on voulait le conduire à la cour de France, trompa ses gardes. Cependant, en réalité, le prince ne passa point la rivière de Meurthe à la nage, et sortit par une des portes de la ville, déguisé en paysan, portant une hotte pleine de fumier, de même que la princesse. Il aurait simplement délibérément choisi la date du 1er avril pour s’échapper et tromper les Français. Une jeune paysanne des environs de Nancy, qui fournissait journellement du laitage à la cour, reconnut la princesse malgré son déguisement et, l’ayant dit à quelques soldats de la garde, ceux-ci se figurèrent que cette fille voulait leur donner à tous le poisson d’avril, en les faisant courir mal à propos ; ce qui donna au prince et à la princesse le temps de gagner leurs chevaux pour se réfugier à Bruxelles, auprès du Cardinal Infant. Cette évasion fit dire au peuple que le roi avait donné à garder un poisson d’avril, mais l’usage était connu au XIVe siècle, à en juger par les manuscrits du pasteur Paul Ferry relatifs à l’histoire de Metz et dans lesquels il cite déjà l’expression.

  

La petite ville de Poissons jumelée avec celle d’Avril en Meurthe-et-Moselle

Pourquoi le choix du « poisson » ?

Si l’origine exacte de l’utilisation des poissons reste obscure, peut-être l’ichtus chrétien (symbole graphique représentant un poisson), la légende veut certains sujets se rebiffèrent à l’idée qu’on leur chamboulât le calendrier, et ils continuèrent à célébrer les environs du 1er avril. Pour se payer gentiment leur tête, des congénères profitèrent de l’occasion pour leur remettre de faux cadeaux et leur jouer des tours pendables. De plus, les cadeaux que l’on s’offrait en avril étaient souvent alimentaires. Ainsi naquit le poisson, le poisson d’avril, le jour des fous, le jour de ceux qui n’acceptent pas la réalité ou la voient autrement. Cette coutume de faire des plaisanteries s’est répandue dans de nombreux pays, bien que le poisson ne soit pas toujours exporté en même temps.

Autre explication : comme à cette période de l’année, au début du mois d’avril, en France la pêche est interdite, car c’est la période de frai des poissons, la période de reproduction, certains avaient eu comme idée de faire des farces aux pêcheurs en jetant des harengs dans la rivière. En faisant cela ils devaient peut-être s’écrier: « Poisson d’avril ! » et la coutume du « poisson d’avril » est restée. Aujourd’hui on ne met plus de harengs dans l’eau douce, mais on accroche, le plus discrètement possible, de petits poissons en papier dans le dos des personnes qui se promènent parfois toute la journée avec ce « poisson d’avril » qui fait bien rire les autres.

Cependant, les conjectures demeurent : ou bien on voulait marquer la sortie du signe zodiacal des Poissons, ou bien on voulait prolonger la période du carême, où il n’était permis de manger que du poisson, ou bien on voulait confondre le benêt en lui offrant un poisson à une époque de l’année, celle du frai, où la pêche était interdite.

En France, au début du XXe siècle, on s’envoyait de jolies cartes postales toutes ornées d’un poisson d’avril et richement décorées. On s’écrivait, pour cette occasion, des messages chaleureux et on s’envoyait des vœux.

En attendant, et ce n’est pas un poisson d’avril, le 6 avril est jour de pleine lune. Voilà qui est idéal pour se faire couper les cheveux : ils repousseront plus lentement et surtout, plus beaux et plus denses. Certains salons de coiffure restent d’ailleurs ouverts tard les soirs de pleine lune. Il est peut-être encore temps de prendre rendez-vous !

Quoiqu’il en soit, dans la symbolique astrologique le poisson fait partie du bestiaire lunaire à plus d’un titre et tout d’abord en tant que créature de l’élément liquide, dans lequel il vit.

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DANS LA SYMBOLIQUE DU BELIER… L’ARME

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 26-03-2012

L’arme, c’est l’anti-monstre, qui devient monstre à son tour. Forgée pour lutter contre l’ennemi, elle peut être détournée de son but et servir à dominer l’ami, ou simplement l’autre. De même, des fortifications peuvent servir de pare-chocs contre une attaque et de point de départ pour une offensive. L’ambiguïté de l’arme est de symboliser en même temps l’instrument de la justice et celui de l’oppression, la défense, la conquête. En toute hypothèse, l’arme matérialise la volonté dirigée vers un but. Et c’est bien là ce que s’assigne le Bélier.

 

Une autre utilisation de l’épée

Puisqu’elles servent les nobles causes, les armes sont associées à certaines vertus : l’honneur, l’idéal de justice et l’amour de la vérité. La mythologie accorde à certaines armes des pouvoirs magiques qui donnent une force surhumaine, voire rendent invincible. Symboles de l’autorité, les armes sont souvent richement décorées afin de servir dans les cérémonies.

Certaines armes sont faites d’alliages de métaux. Toute l’armure d’Agamemnon, décrite par Homère, est une attentive composition d’or et d’argent. Les métaux les plus précieux s’y mêlent tant pour la cuirasse et le bouclier que pour l’épée.

 

Poignard en or, fer et turquoise

Comme chaque métal a sa valeur symbolique, on voit quelle richesse de signification chaque arme peut revêtir et de quelle puissance magique on s’efforce de l’investir. Le forgeron passait d’ailleurs pour être un magicien. Ensuite, celui qui la porte s’identifie à son armure. Aussi, l’échange des armes était-il, chez les Grecs, un signe d’amitié. De même les armes cassées représentent la fin des hostilités.

Chez les Chrétiens, les armes devinrent des métaphores de la puissance divine et de la guerre juste menée au nom du Christ. Dans plusieurs hymnes de Luther, le vocable de la guerre est devenu celui du cheminement spirituel. Saint Paul décrit dans l’Epître aux Ephésiens ce qu’on pourrait appeler la panoplie du Chrétien : « En définitive, rendez-vous puissants dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’armure de Dieu pour pouvoir résister aux manœuvres du Diable »… De ce point de vue spirituel et moral, les armes signifient des pouvoirs intérieurs, les vertus n’étant autre chose que les fonctions équilibrées sous la suprématie de l’esprit.

D’autres tables de correspondances ont été conçues, mettant les armes en relation avec d’autres objets. Par exemple, certaines symbolisent les quatre éléments. Ainsi :

–       La fronde naguère, le fusil, la mitraillette, le canon, le missile et la fusée d’aujourd’hui sont en relation avec l’élément Air ;

–       La lance, les armes chimiques sont en rapport avec l’élément Terre ;

–       L’épée, les armes psychologiques, appartiennent à l’élément Feu ;

–       Le trident est en rapport avec l’élément Eau.

Ainsi, le combat de l’épée contre la lance serait un combat du Feu et de la Terre.

 

Le trident d’or de Poséidon/Neptune

Certaines armes symbolisent des fonctions :

–       La massue, le bâton, le fouet sont des attributs du pouvoir souverain ;

–       La lance, l’épée, l’arc et la flèche sont des attributs du guerrier ;

–       Le couteau, le poignard, la dague, l’épieu, sont des attributs du chasseur ;

–       La foudre, les filets sont des attributs de la divinité suprême.

Poignard ou dague, faciles à dissimuler, sont associés à la trahison et aux procédés déloyaux. Armes favorites des assassins, les poignards sont aussi utilisés au cours des sacrifices, comme lorsque Abraham voulut sacrifier son fils Isaac. Les Aztèques sacrifiaient des êtres humains au moyen d’un couteau de silex ou en obsidienne, roche volcanique symbolisant la mort.

 

Hache à deux tranchants symbole lunaire

La hache quant à elle symbolise la puissance, l’autorité et le jugement. Une hache à deux tranchants pourrait avoir été utilisée par les rois minéens pour symboliser la lune. Cependant, dans nombre de cultures, le symbolisme de la hache est plutôt associé au soleil et aux tempêtes. Dans certaines régions d’Afrique, la hache est associée aux rituels visant à faire pleuvoir. A l’époque romaine, on apportait des branches et une hache liées ensemble devant les représentants de l’Etat en signe de leur puissance. Repris par Mussolini, ce symbole, appelé « faisceau » donna son nom au parti fasciste.

Il est probable que le trident, emblème de Poséidon/Neptune, le dieu de la mer, symbolisait la foudre. C’est également l’attribut de Britannia qui personnifie la Grande-Bretagne.

Dans la mythologie grecque, le bouclier était porté par Athéna, fille de Jupiter/Zeus, sortie armée et casquée de la cuisse de son père. Sur son bouclier figurait la tête de la Gorgone Méduse, sensée pétrifier ou méduser l’adversaire. Artémis, la déesse de la chasse, tenait aussi un bouclier. Au Moyen Age, les boucliers étaient décorés pour permettre l’identification des combattants, une pratique qui a donné naissance à l’héraldique.

La plume et l’Epée

L’épée est le symbole de la puissance militaire et royale. C’est l’arme des hommes de guerre, des chevaliers et des rois. Elle peut tout aussi bien servir à défendre, à protéger les faibles au nom de la justice et de l’honneur. Par association, elle symbolise le courage, les qualités chevaleresques et le pouvoir séculier. Elle est à la guerre ce que la plume est à la paix. L’épée symbolise le pouvoir de la parole qui permet de distinguer le vrai du faux : c’est l’épée de vérité. Arme d’attaque et de défense, la dualité de l’épée illustre parfaitement l’expression « d’arme à double tranchant », désignant un moyen susceptible de produire un effet contraire à celui recherché.

La légende du roi Arthur et l’épée Excalibur

Au Moyen Age, les épées furent à l’origine de nombreuses légendes, notamment dans la légende arthurienne. Excalibur était l’épée qui rendait légitime le souverain capable de la retirer du rocher où elle était plantée. Sur le plan de la forme, l’épée ressemble à la croix chrétienne et les Croisés l’utilisèrent souvent comme insigne. Quant au fil de l’épée, il est associé métaphoriquement à la perspicacité et à la lucidité, comme celle de Vishnou de la mythologie indienne, symbolisant la connaissance pure qui détruit l’ignorance. Il en va de même de l’épée de Manjusri, dieu bouddhiste de la sagesse.

 

Abbaye de Galgano en Toscane – Epée plantée dans la roche

Dans la psychanalyse jungienne :

–       Le couteau et la dague correspondent aux zones obscures du Moi, à l’Ombre et le côté négatif ou refoulé du Moi ;

–       La lance est en rapport avec l’Anima, la féminité consciente de l’être humain ou l’inconscient primitif ;

–       La masse, le gourdin, le filet, le fouet correspondent au Mana ;

–       L’épée est en rapport avec le Soi.

Quant aux rêves d’armes ils sont révélateurs de conflits intérieurs. La forme de certaines armes précise la nature du conflit. La psychanalyse voit dans la plupart des armes un symbole sexuel… La désignation de l’organe masculin est la plus claire, lorsqu’il s’agit de pistolets et de révolvers, qui apparaissent dans les rêves comme signe de tension sexuelle psychologique.

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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QUELQUES DEVINS CELEBRES (suite)

(6.4 - L'Astrologie dans l'Histoire) par sylvietribut le 19-03-2012

Contrairement à Cazotte, Mademoiselle Lenormand traversa sans trop d’encombre la Révolution, puis l’Empire et la Restauration. Elle sera incontestablement la voyante la plus célèbre de cette époque troublée de l’Histoire de France.

Tout ce que l’époque comptait de célébrités se pressa dans le cabinet garni de meubles d’érable et de vases de porcelaine. Dans ses Mémoires, Mademoiselle Lenormand se souvient de Robespierre : « J’ai vu de près le farouche Maximilien et j’ai pu le juger, livré à lui-même. C’était un homme sans caractère. Superstitieux à l’excès, il se croyait envoyé par le ciel pour coopérer à une entière régénération. Je l’ai vu, en me consultant, fermer les yeux pour toucher les cartes, frissonner à la vue d’un Neuf de Pique… J’ai fait trembler ce monstre mais peu s’en fallut que je ne devinse sa victime ».

Mademoiselle Lenormand

Pendant le Directoire, le prestige de Mademoiselle Lenormand s’accroît. Vingt équipages superbes stationnent en permanence devant l’immeuble de la rue de Tournon et les clients, parmi lesquels Barras, Tallien, Talma, Fouché et Madame Récamier, sont obligés de venir deux fois pour avoir la chance d’être reçus.

Un jour, la voyante accueille une jolie veuve créole venue la consulter à propos d’un projet de mariage que désapprouve sa famille. La jeune veuve s’appelle Joséphine de Beauharnais et est amoureuse d’un petit officier corse sans argent et probablement sans avenir. Après avoir tiré les cartes, Mademoiselle Lenormand lui dit : « Votre petite officier est promis au plus grand avenir. Il surpassera tous les hommes de son temps. Il vous associera à sa gloire, mais attention… cette gloire sera passagère et votre amour vous coûtera bien des larmes ».

 

Mademoiselle Lenormand et Joséphine de Beauharnais

Napoléon Bonaparte, car c’était lui, s’intéresse de très près aux arts divinatoires et pratique lui-même la chiromancie et l’astrologie. A la veille d’une bataille, il tente d’en prévoir l’issue en scrutant les étoiles… Regardant un jour la paume de la main de Talleyrand, il s’écrit : « Mon génie étonné tremble devant le sien »…

Malgré la confiance qu’on lui accorde, Napoléon se méfie de Mademoiselle Lenormand et de la trop grande influence qu’elle semble avoir sur Joséphine, devenue sa femme. Sous un prétexte fallacieux, il demande au préfet de police de l’arrêter et de perquisitionner à son domicile. Dûment escortée par le commissaire et quatre agents de police, la voyante est conduite chez le préfet qui lui dit d’un ton goguenard : « Mademoiselle, vous qui prétendez prédire l’avenir, vous auriez bien pu prévoir ce qui vous arrive aujourd’hui ! ». « Je le savais, répondit-elle, mon horoscope se trouve dans l’un des cartons que vous avez saisis chez moi. Vous pouvez vous en assurer. Le préfet fait quérir le carton, brise les scellés et lit l’horoscope. L’arrestation est effectivement mentionnée noir sur blanc. Fouché, en personne ; vérifiera les dires de la Sibylle qui, sur ordre de l’Empereur, retrouvera sa liberté.

 

Arrestation de Mademoiselle Lenormand

Mademoiselle Lenormand se sent désormais une dette envers Napoléon et ne compte pas en rester redevable longtemps. Dans les jours qui suivirent la grâce impériale, elle s’empressa de le prévenir de se « garder du vent du Nord ». Nous sommes alors au mois de juin 1812 et Napoléon lance la Grande Armée vers Moscou. Six mois plus tard, les troupes françaises battent en retraite. 600 000 hommes périront lors de cette campagne, une majorité ne pourra résister à l’hiver russe marqué par un vent glacial, le vent du Nord.

Après la chute de l’Empire et la paix revenue, l’heure de la retraite n’est pas pour autant sonnée pour Mademoiselle Lenormand. Elle renoue avec l’écriture et signe ses mémoires ainsi que de nombreux essais. Elle mourra à Paris, le 25 juin 1843, à l’âge de 74 ans… alors qu’elle prévoyait de vivre jusqu’à 101 ans !

Mademoiselle Lenormand fut la plus célèbre voyante du XIXe siècle. Elle exerça une influence décisive sur la tradition de la cartomancie et le type de cartes qu’elle utilisait vint à porter son nom. Inutile de préciser qu’elle laissa à ses héritiers une fortune considérable.

 

Le Grand Jeu de Mademoiselle Lenormand

A suivre 

 

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CAREME… QUARANTE… UN NOMBRE SYMBOLIQUE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 17-03-2012

Le salut de l’humanité passe souvent, selon la Bible, par le nombre quarante : quarante jours de Déluge punissent l’humanité pécheresse et, pendant la même durée, l’arche vogue sur les flots, grâce à l’alliance scellée entre Dieu et Noé, pour conserver les spécimens de la faune et de la flore terrestres ; Moïse est appelé par Dieu à l’âge de 40 ans, et il demeure quarante jours au sommet du Sinaï ; les grands rois d’Israël, Saül, David, Salomon règnent pendant quarante ans.

Le déluge et l’arche de Noé

Jésus prêche pendant quarante mois, se retire au désert pendant quarante jours, sort victorieux de la tentation qu’il y subit pendant quarante jours, il ressuscite après quarante heures de séjour dans le sépulcre puis, pendant quarante jours jusqu’à l’Ascension, il apparaît à ses disciples pour leur dispenser ses dernières recommandations.

Suivant les traditions répandues dans le monde proche-oriental, que le judaïsme a transmises vers l’Occident, les nouveau-nés sont présentés au temple, ou pour le christianisme à l’église paroissiale, quarante jours après leur naissance ; ils sont donc reconnus devant Dieu et la société, et à cette occasion la jeune mère est purifiée du sang de l’accouchement. C’est en réalité ce rite de relevailles qui, d’une certaine façon, restitue à la femme sa sexualité non dangereuse et la rend de nouveau accessible à son époux. Car, pendant les quarante premiers jours suivant l’accouchement, un lourd tabou sexuel pesait sur le couple avec des conséquences graves pour la vie, la richesse, la respectabilité de la famille et de sa progéniture.

Les relevailles de la Vierge

Le nombre quarante joue, dans un grand nombre de cultures, un rôle déterminant pour la pratique des rites mortuaires et du culte des ancêtres. C’est le nombre de jours considérés comme indispensables pour que la dépouille, débarrassée de tout lien avec le monde des vivants, accepte de partir définitivement vers le monde de l’au-delà. Les cérémonies et les rites accomplis ce jour-là visent à lever les interdits du deuil, à purifier les parents du défunt de la souillure mais aussi à satisfaire le mort ; il faut pendant quarante jours de deuil adoucir sa peine, alléger son chagrin, le préparer à la séparation pour qu’il accepte désormais son rôle d’ancêtre bienveillant au lieu d’errer entre le monde des vivants et celui des morts.

Il est tout à fait vraisemblable que la coutume de la quarantaine, dont le but est de libérer mutuellement morts et vivants, est à l’origine d’une croyance largement répandue selon laquelle le nombre quarante symbolise un cycle de vie ou de non-vie. Il constitue le point de passage vital d’un cycle à l’autre, et c’est en ce sens que le nombre est devenu déterminant dans la notion philosophique et métaphysique de l’éternité ou de l’éternel retour.

Dans le monde balkanique, plaque tournante entre l’Orient et l’Occident, le nombre quarante, prometteur de richesses et d’abondance, est particulièrement significatif dans le cadre des travaux agricoles. « Mange quarante, bois quarante et plante quarante », y recommande un dicton populaire ; les femmes font au printemps une sorte de tarte avec quarante espèces d’herbes pour assurer l’abondance, les jeunes filles tissent avec quarante fils, de trame, pour devenir de bonnes ménagères, etc.

 

Sainte Françoise la Romaine

Mais, pour multiplier ses biens par quarante, il faut suivre une règle morale qui consiste à accomplir quarante actes de charité, appelés « psykhika », littéralement « œuvres de l’âme ». C’est ainsi que l’Eglise orthodoxe vénère, le 9 mars, la mémoire de quarante martyrs, particulièrement respectés par les cultivateurs, dont leur fête est le 10 mars pour les catholiques qui, le 9, fêtent sainte Françoise, noble romaine qui fut veuve après 40 ans et mourut en 1440 dans le couvent qu’elle avait fondé. D’après les légendes, il s’agit de quarante soldats de l’armée romaine qui se livrèrent volontairement aux moins des légionnaires et trouvèrent la mort pour leur foi chrétienne vers la fin du IIIe siècle dans la ville arménienne de Sébastia. Les tortionnaires, pour éviter toute nouvelle conversion, avaient décidé un martyre exemplaire : jeter les jeunes hommes dans l’eau glaciale d’un lac. Un seul, ne pouvant supporter les affres de cette mort lente, chercha refuge dans les eaux chaudes d’une installation de bains voisine. Mais l’endurance des trente-neuf autres émut profondément l’un des officiers qui assistaient au martyre ; il se jeta dans le lac pour rejoindre ceux dont la foi allait rendre la souffrance supportable et les martyrs se retrouvèrent quarante.

La valeur métaphorique de la forme même du martyre par rapport aux préoccupations du monde rural est facile à saisir : le début du mois de mars, avec ses écarts de température et ses changements de temps imprévisibles, constitue une période critique pour les cultures printanières et le repiquage des plantes maraîchères.

C’est aussi la date à laquelle commencent à s’activer les séricicultrices qui se mettent volontiers sous la protection des Quarante Saints. Le jour de leur fête, elles apportent à l’église les œufs des vers à soie qu’elles comptent élever dans l’année, afin qu’ils soient bénis et ne dépérissent pas à la suite des intempéries. Cette célébration du 9 mars, qui se trouve toujours en pleine période de Carême, est l’occasion de réjouissances rituelles qui permettent de rompre, par une mi-carême, avec l’austérité et la tristesse de la quarantaine.

Combat de Carnaval contre Carême – Pierre Bruegel l’Ancien

Le quarantième jour avant Pâques « quadragesima dies », nom transformé en « quaresima » marquent le début du Carême. L’opposition entre Carnaval et Carême représentée sous forme de cuisine grasse et cuisine maigre, que Bruegel a bien représenté, revêtait une certaine bonhommie aujourd’hui effacée par l’interprétation religieuse.

La coutume de préparer pour l’arrivée de Pâques un jeûne de quarante jours s’imposa dans les différentes Eglises d’Orient à la suite des conciles de Nicée (325) et de Laodicée (365) et fut adoptée définitivement trois siècles plus tard à Rome, où la pratique du jeûne et de la pénitence était facultative.

 

Bibliographie

Fêtes et Croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas 

 

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DANS L’HERBIER DES POISSONS… LA VIOLETTE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 16-03-2012

Dans le langage des fleurs, la violette symbolise la modestie, la pudeur et la timidité, sans doute parce que sa petite corolle semble hésiter à sortir de son écrin de feuilles. Si elle est bleue, elle représente la fidélité ; si elle est blanche elle évoque le bonheur tranquille. On dit aussi que la violette représente l’amour secret et c’est ce que signifie, en principe, l’offrande d’un bouquet de violettes. Souvenez-vous dans les « Jeunes filles » d’Henry de Montherlant, Mademoiselle Andrée Hacquebaut dépose un bouquet de violettes devant la porte de Pierre Costals dont elle est amoureuse, ce qui plonge ce dernier dans un profond embarras.

Auparavant la timide violette avait été distinguée par Pétrarque, semée ici et là dans l’œuvre de Shakespeare pour finir en bouquets ronds, dans leur collerette de feuilles imbriquées, piqués sur les manchons de fourrure, apportant une touche de chic aux toilettes des élégantes de la Belle époque.

Le bouquet de violettes

 

Ainsi ai-je réprimandé la violette osée :

Où as-tu pris, voleuse, l’embaumante douceur,

Sinon au souffle

De mon bien-aimé ? Le pourpre orgueil qui sur tes

Joues est comme

Un teint, outrageusement tu l’as teinté aux veines

De mon aimé.

William Shakespeare

On dit aussi que la pensée, autre forme de la violette, symbolise le souvenir. En effet, dans la mythologie, la nymphe Io fut aimée de Jupiter. Mais la liaison fut découverte par Junon, l’épouse légitime de Jupiter, qui métamorphosa sa rivale en génisse. Comme Io errait tristement elle vit sortir de terre de petites fleurs qui tournaient leurs corolles vers elle. Elle reconnut en elles les pensées de ses amis venus la consoler. Io aurait donc donné son nom à ces petites fleurs… Io… Ion… Viole… Veieln, Veilchen, Violtje, Violina… Violet… Violette. Dès 400 avant Jésus-Christ, les Athéniennes achetaient des bouquets de violettes au coin des rues et les utilisaient en pommades ou en tisanes pour leurs vertus médicinales. Quant aux Romains, ils les appelaient « les violettes odorantes » ou « violettes de mars », en raison de leur saison de floraison. Ils en tressaient en couronne qu’ils mettaient sur leur tête pour effacer les affres des migraines provoquées par leurs libations.

Couronne de violettes

Après les villas romaines, les violettes furent adoptées dans les monastères et les jardins de simples du Moyen Age. En 904, paraît en araméen un texte sur la culture des violettes. Ce traité, assez original, révèle l’influence puissante des signes du Zodiaque qui règle l’ordonnance des divers travaux. Chaque rang de plantation était précédé d’un pied de rue, herbe médicinale dont l’effet protecteur n’est pas parvenu jusqu’à nous. Cependant, le Moyen Age a beaucoup utilisé la violette et il existe de nombreux ouvrages anciens consacrés à l’usage de cette petite plante.

 

Violettes dans un jardin de simples

Il existe de magnifiques planches de violettes d’une surprenante précision, datant du début du XVIe siècle : la Flore de Basilius Besler, botaniste et pharmacien de l’Archevêché d’Eichstâtt en Allemagne. Les espèces sauvages de la violette de mars voisinent avec les variétés cultivés à fleurs doubles de la Viola martia.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, Henri IV puis Louis XIII et leurs descendants se parfumaient et se poudraient à la violette pour couvrir les odeurs du corps. Et c’est tout naturellement que les violettes se retrouvèrent dans le Potager du Roy à Versailles, en bordure des carrés de légumes et, de là, sur les tables du palais. La Quintinie, le jardinier du Roi, a évoqué comment il cultivait certaines variétés de couleur rose, blanche ou bleue, sous forme d’arbres pour la gloire de Louis XIV.

Se souvient-on encore que Napoléon Bonaparte était surnommé Père la Violette par ses soldats lors de son séjour à l’île d’Elbe parce qu’il devait revenir avec les violettes, c’est-à-dire avec le printemps. Cette fleur fut ensuite le signe de ralliement des bonapartistes durant les Cent-Jours. Peut-être cet emblème était-il dû au fait que Joséphine aimait les violettes et en avait fait son message amoureux. En effet, lors de sa rencontre avec Napoléon, elle portait à son corsage un petit bouquet de violettes qu’elle lui donnant et toute sa vie, à son anniversaire, Napoléon, lui en offrit un bouquet. On dit même, qu’avant de partir pour Sainte-Hélène, il en cueillit quelques brins sur sa tombe qu’il garda dans un médaillon, porté à son cou jusqu’à sa mort.

 

L’image de la « violette impériale » réapparaît en France sous le Second Empire lorsque les Palmes académiques adoptent cette couleur en 1866. « Violettes impériales » est également le titre d’une opérette interprétée par Luis Mariano, d’abord sur la scène du théâtre Mogador, puis à l’écran dans un film de Richard Pottier, en 1952, et dont l’action déroule sous le Second Empire.

Violette est un prénom féminin, d’origine latine, issu du nom « viola » qui désigne également la fleur, la violette, symbole de pureté et de fraîcheur et que l’on fête le 5 octobre, à la Sainte Fleur, comme les autres prénoms floraux.

En Italie Santa Viola était une vierge et martyre, qui reste particulièrement honorée à Vérone et fêtée le 3 mai.

Deux villes ont pour emblème la violette :

–       Toulouse où il existe une « Confrérie de la violette », appelée la « Cité des violettes », car la production de cette fleur y était très importante. La « Violette » est devenue l’une des récompenses décernées par l’Académie des Jeux floraux de Toulouse. Cependant, l’origine de la violette de Toulouse est mal connue. Les Historiens la datent aux environs de l’année 1854. Les premières cultures connues se trouvent au nord de la ville et les petits producteurs vendaient leur production sur le Marché aux Violettes des Jacobins et dans les rues du centre ville. C’est en en 1908 que sera créée une coopérative : la Coopérative des Violettes et des Oignons.

Violette de Toulouse

La violette de Toulouse connaîtra ses heures de gloire durant la première moitié du XXe siècle. Elle était exportée à travers toute l’Europe jusqu’en Russie. Cette production occupera alors jusqu’à 600 producteurs sur une vingtaine d’hectares. Puis, la culture de la violette connut une crise qui finit par tuer la plupart des producteurs, en particulier l’hiver très rigoureux de 1956 provoquera de nombreuses pertes. Avec le développement de la culture sous serres on obtient désormais d’autres fleurs que la violette en hiver et en 1983, la coopérative disparaît. Seuls ne subsistent que quelques producteurs.

La Violette de Parme

–       Parme, en Italie, qui a fait de la violette son emblème sans doute parce qu’un célèbre parfumeur fit sa réputation sur le subtil parfum de la violette. Bien des histoires circulent à propos de la violette de Parme et notamment cette petite fleur aurait été adorée par notre Impératrice Marie-Louise, seconde épouse de Napoléon 1er, devenue Duchesse de Parme après la chute de l’Empire en 1814 qui fut comblée de bouquets de violettes qu’elle adorait.                                                                                                                              

 Au Canada, la violette est l’emblème de la province du Nouveau-Brunswick.

 

 

Enfin, il faut savoir que tout est utile dans la violette. Les fleurs entrent dans la composition classique des « fleurs pectorales » et sont indiquées contre les rhumes, les bronchites, les irritations des voies respiratoires :

–       soit en décoction légère (5 à 10 grammes de fleurs séchées pour un litre d’eau) : tremper à froid quelques minutes, porter à ébullition et laisser infuser une dizaine de minutes. Cette décoction est efficace en cas de maux de tête, accompagnée de compresses qui en sont imprégnées et que l’on applique sur le front, indication qui remonte à l’Antiquité et à l’école de Salerne qui déclarait : « Pour dissiper l’ivresse et chasser la migraine, la violette est souveraine : d’une tête pesante elle ôte le fardeau, et d’un rhume fâcheux délivre le cerveau ». 

Décoction de violettes

–       soit en sirop ou miel violat, préparation non seulement expectorante et calmante contre la toux, mais aussi légèrement laxative, ce qui la fait recommander en cas de constipation, spécialement pour les enfants.

–       les feuilles fraîches, écrasées et posées en emplâtre sont préconisées pour les tumeurs bénignes et les gerçures du sein. 

–       la racine en décoction est vomitive, et s’emploie en cas d’intoxication alimentaire.

 

Fleurs de violette séchées

La violette est donc efficace comme expectorant et émollient, comme antirhumatismal à cause de sa teneur en acide salicylique, comme cicatrisant notamment dans les cas d’ulcères gastroduodénaux et même pour les soins de la peau, puisque se révèle être un adoucissant des peaux fatiguées et sensibles.

Bibliographie

Nos Grand-mères savaient – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont 

 

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LE ZODIAQUE AMOUREUX… MADAME POISSON AMOUREUSE

(14 - LE ZODIAQUE AMOUREUX) par sylvietribut le 14-03-2012

Il n’y a pas plus romanesque de Madame Poisson. Il n’y a pas davantage plus amoureuse qu’elle car il n’y a rien de plus naturel pour elle que d’aimer. Mieux vaut ne pas trop lui parler du Mouvement de Libération de la Femme, ni de revendications par trop féministes. A ses yeux, rien de tout cela n’a de sens… Elle ne revendique qu’un droit, celui d’aimer et d’être aimée. Elle n’a qu’un seul désir, rencontrer un homme qui acceptera sa tendresse, se laissera aimer plus encore peut-être qu’il ne l’aimera. On ne peut pas parler de passion ; sa conception de l’amour ne peut être masochiste, elle n’est pas en quête d’une souffrance accueillie avec gratitude… loin d’elle cette perversion-là. Elle ne veut qu’être partie de l’être aimé, fondue en lui, baignée par le sentiment qui l’envahit. Elle ne conçoit l’amour que comme une communion, une sorte d’extase qui n’exige nulle pensée et lui apporte le bien-être… le Nirvana…

La sirène de John William Waterhouse

Sans un être à chérir, Madame Poisson se retrouve exactement comme le drogué en état de manque. On lui prête parfois, à cause de cela, une nature hyper-sensuelle et nympho-maniaque… rien de plus injuste. Sa sexualité est chez elle un moyen, un véhicule de l’âme et du corps… Son érotisme évoque plus le mysticisme que la pornographie…

Madame Poisson inspire souvent à son amoureux le désir de la protéger bien que, sous une innocente face de femme fragile, elle cache un caractère assez fort pour voler de ses propres ailes. Et pourtant, celui qui tombe dans ses filets, une fois devenu amoureux d’elle, trouvera bien difficile de l’oublier quand elle aura cessé d’aimer… Avis à tout homme qui tient à sa liberté, tout au moins libre de penser à s’intéresser à une autre femme.

Toutefois, Madame Poisson risque d’être plus souvent déçue que comblée ; peu d’hommes sont capables d’assumer un pareil amour et cette avalanche affective leur fait peur, tout en les attirant, car ils pressentent chez cette femme une qualité d’amour exceptionnelle en même temps qu’une très grande exigence. Il suffit d’un rien, d’un regard, d’un geste brusque, d’un mot dit au mauvais moment pour que Madame Poissons sorte de cet univers merveilleux où elle était si heureuse. Mais lorsqu’elle a cessé d’aimer, elle ne souffre pas et celui qu’elle adorait la veille n’a plus sur elle l’ombre d’une emprise. Elle retrouve, d’un amour à l’autre, une disponibilité intacte, une capacité d’émerveillement jamais entamée. C’est un état de grâce.

Cependant, lorsque Madame Poisson, la femme du douzième signe du zodiaque, ne rencontre pas l’homme capable de répondre à son amour, elle se construira un amour idéal et aimera en silence celui qui ne devine pas et qui ne comprendra jamais, qu’elle le pare de vertus chimériques.

Sensible, secrète pour ne pas dire insondable, indécise souvent, elle préfère être conquise que conquérir. Et puis, il lui arrive que ce n’est pas tant l’être aimé qui compte que l’amour lui-même, c’est pourquoi les amours de Madame Poisson aboutissent souvent à des situations embrouillées, qu’elle ne peut rompre ou trancher tant qu’elle éprouvera encore un lien affectif, aussi tenu soit-il.

Dans un quotidien tranquille, Madame Poissons se montrera aimante, dévouée, agréable. Elle soignera son partenaire avec un grand dévouement le cas échéant. Pourtant, il sera souvent surpris qu’elle ait oublié l’heure du repas : une émission, un livre, une occupation qui l’accapare toute entière et la passionne en seront la cause.

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LE ZODIAQUE AMOUREUX… MONSIEUR POISSON AMOUREUX

(14 - LE ZODIAQUE AMOUREUX) par sylvietribut le 14-03-2012

Difficile de résister à Monsieur Poisson tant il est naturellement charmant et séduisant. Mais si vous arrivez à rassembler assez de courage pour lui dire « non », vous aurez l’impression, devant son expression et ses yeux peinés, que vous lui refusez la chose la plus précieuse du monde, et… du même coup, c’est vous qui pourriez vous sentir coupable.

Monsieur Poisson et sa sirène

Cependant, si vous aimiez Monsieur Poisson, on peut penser que vous aimez les énigmes car vous auriez près de vous, au quotidien, une énigme vivante que vous chercherez à comprendre tout au long de votre existence. Mais le jour où vous aurez compris qu’on ne traite pas Monsieur Poisson suivant les règles de la froide logique, mais plutôt en essayant de sentir les choses comme il les ressent lui-même, alors vous aurez trouvé la clé. Comme il ne saura jamais s’expliquer car sa grande émotivité l’empêche d’employer les mots jutes, ce sera à vous de faire l’effort nécessaire. Vous le croirez absent, alors que peut-être, au contraire, votre présence répond tout à fait à son besoin d’idéal. Mieux vaut ne pas exiger de lui des réponses nettes, ne lui imposez pas des obligations qui lui sembleront autant de chaînes et surtout ne le harcelez pas trop avec les questions matérielles. Au contraire, encouragez-le et faites un pas à sa rencontre.

Parfois, il arrive à Monsieur Poisson de chercher à imiter Don Juan et à jouer les collectionneurs, plus soucieux de son tableau de chasse que de la qualité de ses amours. Ou bien, romanesque et sentimental, il met l’élue de son cœur sur un piédestal et la divinise. Mais malheur à elle, si elle montre quelque humaine exigence.

On reproche parfois à Monsieur Poissons de mal agir mais il ne faut pas le juger selon les critères habituels : il est amoral plus qu’immoral. Il se dit d’ailleurs volontiers « fidèle mais inconstant ». Les tabous et les préjugés lui paraissent méprisables, comme tout ce qui limite l’homme. Il se prêtera même à toutes les expériences, pour se prouver à lui-même qu’il n’est pas prisonnier et surtout pour éprouver quelque chose de nouveau.

On l’aura compris, épouser Monsieur Poisson, être charmant, séduisant, infiniment sensible, capable d’attentions extraordinaires et de tendresse, sensuel et bon amant, est toutefois une aventure pleine de périls. Avec lui, pas de sécurité, pas de certitudes, pas de sol ferme sur lequel s’appuyer. L’amour peut se retirer de lui comme les vagues se retirent de la plage. Contre son visage fermé, contre la glace qui le pétrifie, aucun geste n’est possible. Il n’y a plus qu’à abandonner la partie ou accepter la défaite pour conserver au moins un semblant d’amitié.

 

Bon à savoir : Monsieur Poisson ne sera jamais invulnérable à la tentation et son rêve peut toujours le porter ailleurs, vers quelque fantasme imprévisible ou que son érotisme, très riche, réagira un jour devant un visage que son imagination transfigurera d’un coup de baguette magique.

Monsieur Poisson aime les femmes mystérieuses et si l’homme de votre vie est ce Monsieur Poisson, sachez qu’il vaudrait mieux ne jamais vous dévoiler tout à fait si vous voulez conserver sur lui un semblant de pouvoir…

 

Les amoureux Poissons de Peynet

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DANS LE BESTIAIRE DES POISSONS… L’HIPPOCAMPE OU CHEVAL DE MER

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 11-03-2012

Savez-vous que les premiers fossiles d’hippocampes connus remontent à environ 40 millions d’années, c’est-à-dire la fin de l’Eocène. Quant au mot « hippocampe » il est issu du grec ancien « hippokampê » qui se traduit par « cheval » et de « kanunoc » qui signifie « monstre ». L’hippocampe serait donc un « cheval monstrueux ». En français, l’hippocampe est souvent appelé « cheval marin », afin d’éviter une confusion avec l’hippocampe zoologique.

 

L’hippocampe ou cheval marin

Dans la mythologie grecque, l’hippocampe ou « cheval marin » est une créature fantastique dont la partie antérieure est celle d’un cheval : la tête, l’encolure, les deux jambes antérieures, et la partie postérieure celle d’un poisson, d’un serpent ou d’un monstre marin. Deux hippocampes tiraient le char de Poséidon/Neptune, ou servaient de monture à d’autres divinités marines comme les Tritons et les Néréides. Chez les Etrusques, on les trouve aussi, souvent représentés sur les objets d’art de la période antique comme les mosaïques et les poteries en relation avec le milieu aquatique. Ces hippocampes étrusques ont généralement une longue queue couverte d’écailles vertes et de nageoires de poisson. Par la suite, la figure des hippocampes fut reprise en héraldique et dans certaines œuvres modernes.

Les hippocampes sont en fait très peu décrits dans les textes mythologiques. On sait seulement que Poséidon/Neptune régnait sur les chevaux puisque Homère le nomme « Poseidon Hippios », mais Poséidon régnait aussi sur les mers et les océans. Ses coursiers sont décrits comme des chevaux marins. Homère évoque d’ailleurs ces chevaux « aux sabots d’airain » qui jaillissaient de la mer en tirant le char de Poséidon. Dans les Argonautiques, le poète Apollonios de Rhodes décrit ces mêmes chevaux émergeant de la mer et galopant à travers les sables de la Libye, mais sans plus de précision.

Les Anciens croyaient que l’hippocampe zoologique était la première forme de l’hippocampe mythologique. Aussi, lorsque les marins trouvaient de véritables hippocampes dans leurs filets, ils croyaient qu’il s’agissait de la progéniture des chevaux de Neptune/Poséidon.

Néréide sur un hippocampe au mariage de Poséidon et d’Amphitrite

Tout compte fait, c’est surtout dans l’art qu’apparaissent les hippocampes, d’abord dans la civilisation étrusque. On les retrouve dans les tombes, les peintures et les reliefs, parfois même représentés avec des ailes. Peut-être faut-il y voir une relation avec l’une des croyances étrusques à propos d’un voyage en mer vers l’autre monde.

Dans la Grèce antique et une partie de l’empire romain, Poséidon/Neptune était représenté conduisant un chariot marin traîné par des hippocampes. Ces deux figures demeurèrent longtemps indissociables car les hippocampes apparaissent avec ce dieu à la fois dans les représentations anciennes et modernes, les fontaines du XVIIIe siècle. Le plus bel exemple est la Fontaine de Trevi à Rome où le dieu de la mer est entouré d’hippocampes.

Rome – La Fontaine de Trevi

Dans l’Antiquité, les hippocampes apparaissent aussi bien en relation avec les eaux douces que les eaux salées. Cette particularité s’explique par la méconnaissance du cycle de l’eau à l’époque de la Grèce antique. Les Grecs ne tenaient pas compte de la condensation de l’eau dans l’atmosphère sous forme de pluie pour reconstituer les nappes phréatiques, mais imaginaient que les eaux de la mer comme des rivières venaient de la terre depuis de vastes cavernes souterraines.

Et tout naturellement, l’hippocampe devint une décoration populaire pour tout ce qui avait un rapport avec l’eau et cette image fut naturellement reprise par les Romains, comme le prouvent de nombreuses mosaïques qui ornent thermes et bains publics où se mêlent hippocampes et autres créatures marines comme les dauphins. A Ostia Antica, une mosaïque représente un lion à queue de poisson dans les Thermes de Neptune. 

Ostia Antica – Mosaïque des thermes de Neptune

Le cheval aquatique est un thème qu’on retrouve dans de nombreuses croyances, contes et légendes. Ainsi, un épisode des Mille et Une Nuits évoque le premier voyage de Sindbad le marin et sa rencontre avec le roi Mahrajan. Celui-ci faisait conduire les meilleures pouliches de son haras royal au bord de la mer, où des chevaux marins venaient les saillir et tenter de les entraîner avec eux dans les flots. Les hommes du roi repoussaient alors les étalons marins et ramenaient les juments pleines au haras royal où, quelque temps plus tard, elles mettaient bas de fabuleux poulains.

Sindbad le Marin

Le cheval n’est pas le seul mammifère à avoir été associé à l’élément marin. D’autres animaux se sont vu attribuer des queues de poisson : le lion, le taureau, le léopard et même le bélier. Ce dernier est devenu célèbre par le biais de la constellation du Capricorne. Ces créatures mystérieuses étaient censées vivre, selon les Anciens, dans l’Océan Indien.

Quant à la couleur des hippocampes, elle varie selon les espèces dont le nombre tourne autour de 220. Leur taille varie de 7 à 15 cm. Ils ressemblent d’ailleurs au cavalier du jeu d’échecs. Leur petite couronne est presque aussi particulière à chaque individu que les empreintes digitales chez l’homme. Leur durée de vie varie de cinq à sept ans.

Le Cavalier du jeu d’échecs

Leur corps est cuirassé par une série d’anneaux osseux ce qui permet à l’hippocampe de se déplacer verticalement grâce à sa nageoire dorsale, mais de manière assez lente. Le plus souvent, les hippocampes vivent attachés par leur queue préhensible à une algue ou une feuille de posidonie. Ils attendent en embuscade avec leur camouflage les petits crustacés et utilisent leur bouche comme un puissant aspirateur, ou plutôt, compte tenu de sa forme tubulaire, comme une paille.

Autre particularité de l’hippocampe : il fait partie d’une des rares espèces animale où c’est le mâle qui porte les œufs, 100 à 200 dans sa poche ventrale. L’incubation est de deux à trois semaines et une autre recommence presque immédiatement avec des œufs provenant de la même femelle. La fameuse parade nuptiale est souvent dirigée par la femelle qui, lassée par des préliminaires du mâle, passe brutalement à l’action en l’enlaçant. Les œufs de la femelle passent de son oviducte à la poche du pâle.

 

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LES ECURIES D’AUGIAS… UN MYTHE POISSONS

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 10-03-2012

Comme on l’imagine l’Eau est associée aux rites de purification. Et si l’on aborde les douze travaux d’Hercule/Héraclès dans la perspective d’une exploration astrologique liée aux douze signes du zodiaque, il apparaît tout naturel que l’entreprise du héros pour nettoyer les écuries d’Augias évoque le douzième et dernier signe, les Poissons.

Parmi ses travaux, cette entreprise est la seule qu’Héraclès propose spontanément, sans qu’elle lui soit imposée par quiconque. Cette histoire évoque un rite de purification par l’eau. On évoque les scories, on nettoie l’âme elle-même. C’est aussi un rite d’initiation.

 

Hercule dans les écuries d’Augias – Dessin de Daumier

Mais de quoi en retourne-t-il exactement de ces écuries d’Augias ? C’est l’histoire du Roi d’Elis, Augias dont les écuries avaient vraiment besoin d’être nettoyées car le roi négligeait son royaume, laissant les terres en jachères sans même les irriguer. Ce roi avait peut-être pour père Hélios, le Soleil, ou peu bien Neptune/Poséidon, cela n’a jamais été clarifié. Il avait fait partie des Argonautes partis à la conquête de la Toison d’Or. Il possédait un immense troupeau, mais il avait laissé s’amonceler le fumier qui encombrait les étables et les cours. Et c’est ainsi qu’Héraclès reçut l’ordre de les nettoyer en un jour. Cependant, celui-ci rusa et demanda à Augias une rétribution, à savoir le dixième de son troupeau. Toutefois, en tant qu’esclave il n’y avait pas droit. Il prit le fils d’Augias, Phylée, comme témoin. Ensuite, il fit une brèche dans le mur des écuries et y fit pénétrer les eaux de l’Alphée qu’il avait détourné et d’une autre rivière. Le fleuve accomplit le travail et emporta tout le fumier qu’il alla déposer dans la mer.

 

Hercule détourne les fleuves

Le soir venu, Héraclès avait fait renter le fleuve dans son lit et reconstruit le pan du mur des écuries qu’il avait abattu le matin. Ensuite, il alla réclamer ses gages à Augias. Cependant, ce dernier avait découvert la ruse d’Héraclès et déclara le contrat nul et non avenu, allant même jusqu’à nier l’existence d’un contrat, faisant ainsi injure à son propre fils, Phylée. Et c’est ensemble qu’Héraclès et Phylée quittèrent Elis, ce dernier promettant de se venger, pendant qu’Héraclès trouvait refuge à Dulichium. Mais il revint plusieurs années plus tard avec une armée d’Arcadiens.

Augias s’était préparé à une attaque et possédait aussi une armée, conduite par Amaryncée et les Molionides. Il avait convaincu ces derniers d’être ses alliés en leur promettant une part de son royaume. Les Arcadiens d’Héraclès furent vaincus, puis chassés, une fois de plus Héraclès quitta Elis. Mais, plus tard, il tendit une embuscade aux Molionides, à Cléonae, et de nouveau il envahit le pays. Cette fois-ci, il fut vainqueur et tua Augias où bien le détrôna, le mythe n’est pas clair à ce sujet. Puis, il fit revenir Phylée de Dulichium et le fit roi d’Elis.

Mais revenons au rôle qu’a tenu Héraclès dans cette affaire. Héraclès est un héros et quand sa force ne lui fait pas commettre de graves sottises, a le cœur généreux. Il voulut rendre la vie plus agréable aux habitants de la région incommodés par des relents horribles.

Les Poissons – Psautier à usage de Troyes – Musée de Besançon

Voici ce qu’Isoline Agenet écrit, à propos de la « mystérieuse intuition » du héros qui l’incite, pour mener à bien sa tâche à utiliser les « forces de l’eau ». Elle rappelle que la jonction de deux fleuves ressemble au glyphe même du signe des Poissons, reliés l’un à l’autre et voici ce qu’elle décrit : « Héraclès cette fois ne se trouve pas en face d’un animal terrifiant mais d’un magma envahissant », adversaire indéfini, informe « capable de se diluer à l’entour et de s’étaler sans contours. Ce double mouvement évoque évidemment le double mouvement inversé du signe ».

Comme le rappelle encore Isoline Agenet, la dernière étape de l’initiation passe par la putréfaction, évocatrice de la mort, de la transformation en cadavre, de la transmutation alchimique et du passage à un autre état. Cette notion évoque le cycle ultime des Poissons, douzième et dernier signe, fin de cycle et promesse de recommencement, d’un nouveau cycle.

« Pour nettoyer les étables et les immondices qui les submergent, Héraclès est bien inspiré. Il fait passer les grands courants des deux fleuves, objets de culte chez les Grecs, divinisés comme puissances aux décisions mystérieuses. Ils inspiraient crainte et vénération. Ils pouvaient fertiliser ou engloutir, porter la barque ou la noyer. On leur sacrifiait des animaux, on abandonnait à leurs flots des nouveau-nés pour qu’ils soient sauvés s’ils étaient prédestinés à devenir des héros, possédant toutes les apparences de la vie, on les a adorés en tant qu’êtres vivants ; c’est pourquoi si le travail d’Héraclès paraît s’adresser à l’informe, au mouvant, c’est tout de même la vie qui est là avec le fleuve, la vie dans l’eau ».

 

Neptune – Statue à Virginia Beach

Après le nettoyage des écuries, l’eau redevient claire, limpide, fécondante et les champs produiront à nouveau les récoltes.

Enfin, le contrat a été passé devant ses neveux, frères siamois, doubles comme le signe, leur père n’étant autre que Neptune/Poséidon. Neptune pour l’astrologue est le Maître incontesté des Poissons.

 

Bibliographie 

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Editions Robert Laffont 

Dictionnaire de la Mythologie – Michael Grant & John Hazel – Chez Marabout

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