SYMBOLE DE MERCURE PAR EXCELLENCE… LE CADUCEE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 27-05-2012

Le caducée est le symbole des plus anciens dont on trouve la représentation gravée sur la coupe du roi Gudea de Lagash, 2600 ans avant Jésus-Christ, et sur les tablettes de pierre, appelées en Inde « nâgakals ». Les formes et les interprétations du caducée sont beaucoup plus variées qu’on ne le croit généralement et elles ne s’excluent pas nécessairement.

Le caducée d’Hermès/Mercure

Le caducée est l’emblème d’Hermès/Mercure, baguette autour de laquelle s’enroulent en sens inverse deux serpents. Elle équilibre ainsi les deux aspects, gauche et droit, diurne et nocturne, du symbole du serpent. Le serpent possède ce double aspect symbolique : l’un, bénéfique, l’autre maléfique, dont le caducée présente, si l’on veut, l’antagonisme et l’équilibre ; cet équilibre et cette polarité sont surtout ceux des courants cosmiques, figurés d’une façon plus générale par la double spirale.

La légende du caducée se rapporte au chaos primordial : deux serpents se battent, et à la polarisation : séparation des serpents par Hermès, l’enroulement final autour de la baguette réalisant l’équilibre des tendances contraires autour de l’axe du monde, ce qui fait parfois dire que le caducée est un symbole de paix.

Hermès/Mercure était le messager des dieux et aussi le guide des êtres dans leurs changements d’état, ce qui correspond bien aux deux sens ascendant et descendant des courants figurés par les deux serpents.

 

Mercure et les deux serpents

Autre interprétation du caducée met l’accent sur le symbolisme de fécondité. En effet, les deux serpents accouplés sur un phallus en érection fait du caducée une des plus anciennes images indo-européennes. On le trouve dans l’Inde ancienne et moderne, associé à de nombreux rites ; dans la mythologie grecque où il est l’emblème d’Hermès/Mercure.

D’ailleurs le caducée prend tout son sens à l’époque grecque, lorsque les ailes viennent surmonter les deux serpents ; dès lors le symbole devient une synthèse chthono-ouranienne, transcendant ses origines, qui n’est pas sans évoquer les dragons ailés chinois et la représentation du dieu aztèque Quetzalcoatl qui, après son sacrifice volontaire, renaît par une ascension céleste sous la forme du serpent à plumes.

Le caducée est le symbole de l’énigmatique complexité humaine et des possibilités infinies de son développement. L’attribut d’Hermès/Mercure est fait d’une baguette qui est la verge d’or, ou l’arbre de vie, et autour de laquelle s’enroulent symétriquement, en forme de 8, deux serpents.

La baguette pourrait rappeler l’origine agraire du culte d’Hermès/Mercure et les pouvoirs de magiciens qu’il détient ; les deux serpents évoqueraient le caractère originellement chthonien de ce dieu, capable de descendre aux Enfers et d’y envoyer ses victimes, aussi bien que d’en revenir à son gré et d’en ramener à la lumière certains prisonniers.

Pausania signale un culte rendu à l’Hermès noir et à l’Hermès blanc, les deux aspects chthonien et ouranien, néfaste et favorable, du même dieu. Les serpents du caducée désignent cette ambivalence, qui est celle-là même de l’homme.

Comme on l’a vu, le caducée fait partie des attributs d’Hermès/Mercure, au même titre que le pétase, son chapeau rond ailé, tout comme ses sandales. Hermès/Mercure est le dieu du commerce, des voyageurs, des voleurs aussi. Il est le conducteur des âmes aux enfers et même le messager des dieux. C’est surtout la personnification de l’ingéniosité et de l’intelligence. C’est le dieu le plus proche des hommes et le plus bienveillant à leur égard. Il leur donna l’écriture, les poids et mesures pour mieux gérer leur vie, mais aussi la flûte et la lyre pour l’enchanter.

Le caducée à Marseille

Quant à Marseille, cité du commerce et porte de l’Orient, elle abrite de nombreuses représentations sculptées d’Hermès/Mercure et de ses attributs, et notamment sur le blason même de la ville. 

 

Le bâton d’Asclépios

Enfin, suivant l’interprétation symbolique, inspirée de son éthique-biologique, et suivant l’interprétation mythologique qui attribue le caducée à Asclépios, père des médecins et futur dieu de la médecine, parce qu’il savait utiliser les poisons pour guérir les malades et ressusciter les morts et ceux qui cherchaient un remède dormaient parmi les serpents en tant que force du mal (empoisonneur) et du bien (fils de Gaïa, la Terre, et porteur de magie guérisseuse). Hermès/Mercure portait lui le caducée comme sceptre de héraut : un emblème de paix protecteur.

C’est toute l’aventure de la médecine qui se déroule dans le mythe d’Asclépios et se résume dans le caducée : la véritable guérison, la véritable résurrection, sont celles de l’âme. Le serpent s’enroule autour du bâton, qui symbolise l’arbre de vie, pour signifier la vanité domptée et soumise : son venin se transforme en remède, la force vitale pervertie retrouve la voie droite. La santé, c’est : « la juste mesure, l’harmonisation des désirs (la symétrie des volutes des serpents), la mise en ordre de l’affectivité, l’exigence de spiritualisation-sublimation, qui président non seulement à la santé de l’âme mais co-déterminent la santé du corps. Cette interprétation fait du caducée le symbole privilégié de l’équilibre psychosomatique.

Le caducée de l’Antiquité était une sorte de sceptre qui attestait de la fonction de celui qui le portait. Apollon, Hermès/Mercure, Esculape… Mais qui était véritablement le propriétaire du caducée dans la mythologie ?

 

Hygie

Peut-être l’attribut d’Hermès/Mercure, cette baguette autour de laquelle s’enlacent deux serpents ailés, a-t-il voulu symboliser le commerce. Toutefois, selon l’Encyclopédie de Diderot et même le Littré, le caducée est l’attribut de Mercure, opinion partagée par bon nombre de chercheurs qui ont étudié le sujet. Pourtant, certains revendiquent cette même dénomination au bâton serpentaire d’Esculape, voire même à la coupe d’Hygie enlacée par le serpent.

Le caducée pharmaceutique représente un serpent qui s’enroule, se redresse et renverse sa tête vers le bord d’une coupe. La coupe est celle dans laquelle Hygie, fille d’Esculape et déesse de la santé, donnait à boire au serpent du temple d’Epidaure. C’est vers le IXème siècle avant Jésus-Christ que s’établit en Grèce le culte d’Asclépios, l’Esculape romain, dieu de la médecine, représenté avec un bâton autour duquel s’enroule un serpent. Le serpent serait lié à l’art de guérir, à la fécondité et à la vie. Le bâton d’Esculape aurait été utilisé pour la première fois comme emblème de la Médecine au VIe siècle.

Le caducée des Apothicaires

C’est à Padoue, en 1222 qu’apparaît le serpent d’Epidaure enlaçant une coupe chez les apothicaires de comme symbole distinctif de la pharmacie, devenant le motif principal de leur bannière. Cependant, ce n’est qu’en 1820 qu’on le retrouve en France, à côté de la tête d’Hygie, sur un jeton gravé pour la Société de Pharmacie de Paris, devenue depuis le décret du 5 septembre 1946, l’Académie de Pharmacie.

L’usage de ce symbole n’était pas très répandu en France, lorsqu’en 1942 le Conseil Supérieur de la Pharmacie, à la demande du Secrétariat d’Etat à la Santé, le choisit comme emblème de la pharmacie française. Le modèle proposé par la Maison Draeger fut adopté, le seul dont les pharmaciens soient autorisés à se servir officiellement et publiquement, qu’il s’agisse d’enseignes, lumineuses ou non, d’affiches, d’appositions sur papier de commerce ou de toutes autres signalisations d’ordre professionnel, selon le Bulletin de la Pharmacie française de 1942.

Le caducée n’est plus utilisé pour la signalisation des officines. Il a été remplacé par des croix vertes qui prennent parfois des couleurs et des formes qui n’ont plus rien à voir avec la croix grecque. 

 

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter

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