DANS L’HERBIER DU SAGITTAIRE… LA PETITE CENTAUREE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 28-11-2012

C’est une kyrielle de noms que l’on donne à cette plante et qui nous ramène au mythe du Sagittaire. La Centaurée est aussi appelée Gentiana centaurium ou Erythosa centaurium, mais également Herbe au Centaure, gentiane centaurée, herbe de Chiron, herbe de la fièvre, quinquina d’Europe, fiel de terre, chironde, chironée, gentianelle et centaurelle.

 

La petite Centaurée

La Centaurée est « un purifiant universel »… telle est la définition, juste un peu exagérée, qu’on donne dans un vieil ouvrage qui voit en cette plante un fébrifuge par excellence, un spécifique des maladies contagieuses, un détersif, un apéritif… et la liste est longue.

La légende raconte que le centaure Chiron, lequel enseigna la chirurgie au dieu de la médecine Esculape, fut le premier à l’utiliser pour guérir les blessures qu’Hercule lui avait faite avec une flèche empoisonnée, ce qui valut à la plante d’être tenue pour magique : chez les Romains, on la brûlait pour chasser les serpents et les Gaulois l’employaient comme antidote.

Chiron enseignant Achille – Eugène Delacroix

Dans la mythologie grecque, Chiron était un centaure. Il était fils de Cronos/Saturne et de l’Océanide Philyra. Il vivait dans une grotte sur le Mont Pélion, en Thessalie. Réputé pour sa grande sagesse et ses nombreuses connaissances contrairement aux autres représentants de son espèce, il se vit offrir l’immortalité par les dieux et se fit confier par les hommes l’éducation de nombreux héros qui devinrent ses disciples, notamment Achille et Asclepios/Esculape. Héraclès/Hercule tua Chiron par erreur, lors d’une bataille contre de nombreux centaures, il reçut une flèche empoisonnée par le sang de l’hydre de Lerne dans le genou. La blessure était inguérissable et Chiron était immortel. Il demanda aux dieux le retrait de son immortalité pour cesser de souffrir. Zeus/Jupiter le transforma en constellation.

On rencontre cette centaurée aussi bien en plaine qu’en montagne, dans les clairières des forêts que dans les prairies ensoleillées, le long des chemins que sur les terres sablonneuses. Elle a des tiges carrées de 25 à 50 cm de haut, ramifiées seulement à la partie supérieure, portant de petites feuilles ovales et opposées. Ses petites fleurs rouge pâle, dont la base est tubulaire et le haut déployé en étoile à cinq branches, forment de jolis bouquets au sommet des tiges.

 

La Petite Centaurée – Planche Botanique

Ce sont les sommités fleuries qu’on récolte et qu’on fait sécher à l’ombre au moment de leur plus grande vigueur florale, c’est-à-dire entre juillet et septembre, pour préparer une tisane particulièrement indiquée contre la fièvre. Elle remplaçait d’ailleurs le quinquina aux époques où celui-ci venait à manquer. La Centaurée est tout aussi indiquée en cas de manque d’appétit et les digestions pénibles. Cependant, pour être apéritive, elle se prend avant les repas et pour être digestive, après. Elle est recommandée en cas d’insuffisance hépatique avec constipation, infection des voies biliaires, anémie, hydropisie, les dermatoses et même les oxyures et les ascaris qu’elle n’est pas suffisante à détruire, mais elle renforce l’action des véritables vermifuges.

La dose habituelle pour l’infusion est de 30 grammes de sommités fleuries pour un litre d’eau. On laisse infuser entre cinq à dix minutes. Trois tasses par jour de préférence avant le repas. Voilà une tisane assez amère à laquelle on peut ajouter quelques feuilles de menthe ou de l’angélique.

La petite Centaurée s’utilise comme tonique en cas d’anémie ou en convalescence. On peut en faire un vin de centaurée avec 60 grammes de plante dans un litre de bon vin blanc, quelques baies de genièvre. On laisse macérer huit jours. Puis, on filtre et on sucre avec du miel de préférence : un verre à bordeaux avant les repas.

On peut également utiliser la petite Centaurée en usage externe, en lotions et compresses sur les ulcères variqueux et les plaies atones. En lotion, elle passe pour arrêter la chute des cheveux. Faire une décoction avec 60 grammes de plante pour un litre et on laisse bouillir quelques minutes.

On utilise la petite Centaurée comme plante médicinale depuis le Ve siècle avant Jésus-Christ. Dans la Grèce antique, on lui attribuait des vertus purgatives, emménagogues. On la disait bénéfique aussi bien pour les yeux que pour la cicatrisation des plaies.

La petite Centaurée fait partie de la famille de la gentiane et ses propriétés sont similaires.

Bibliographie

Nos Grand-mères savaient – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont

 

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JUPITER… LE BRILLANT

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 27-11-2012

Sur le signe du Sagittaire, plane la grande ombre de Zeus-Jupiter, maître du signe.

Zeus est un dieu composite, hybride, porteur d’une double origine, véhiculant des attributs et des vertus, ou des défauts, le plus souvent contradictoires, voire inconciliables.

Zeus-Jupiter le Brillant, son aigle et Ganymède qui lui tend la coupe de l’ambroisie

Si on se réfère à l‘étymologie, Zeus, et les autres noms qui le désignent, est associé au Ciel Brillant ou Lumineux. Il est l’éclat même du jour. Euripide le désigne comme « éther brillant ». Zeus, c’est Dieu en grec, Zin en vieux haut allemand, Tyr en vieux norrois, Dyauspiter en sanscrit, très proche de Jupiter, c’est-à-dire encore « Père du jour ».

Associée à lui, on retrouvera Dioné, l’une de ses épouses, proche de Diane. Il est « jovial », du latin « jovis » : Jupiter, tant qu’il ne se met pas en colère, ne fait pas de l’autoritarisme gratuit, ne manifeste pas son extrême susceptibilité et son absolu manque d’humour, qu’il ne joue pas, enfin, des tours pendables aux mortelles et aux déesses qu’il convoite, viole ou trompe par des ruses indignes, ou bien encore lorsqu’il ne fait pas peser sur les humains ses terribles menaces et ses vengeances écrasantes.

Admettons toutefois qu’il n’est pas toujours facile de démêler ce qui lui vient de ses origines indo-européennes et de son caractère grec.

Selon les textes les plus anciens, Zeus serait né en Crète, c’est-à-dire en terre non hellène. Là où sa mère doit le cacher pour qu’il échappe à la dévoration paternelle.

 

Ganymède et l’aigle de Jupiter – Pierre Julien – Musée du Louvre

La Crète est liée aux religions archaïques, celles de la Déesse Mère. Au point qu’il existe des représentations d’un Zeus androgyne, en Carie, barbu mais avec six mamelles disposées en triangle, comme il existe une « Vénus barbata » ou une Cybèle mi-mâle, mi-femelle. Peut-être cela nous aidera-t-il à comprendre la diversité des expériences sexuelles de Zeus, son coup de foudre pour le beau Ganymède, dont le nom viendrait de « catamite », objet sexuel masculin, et dont Minos aurait tenté de faire son giton après que Zeus lui eut donné le mauvais exemple. Est-ce là pure homosexualité ? Est-ce un vieux vestige de bisexualité ? Et cela expliquerait-il aussi ses gestations nombreuses dans sa « cuisse »… par exemple ?

 

                     La Nymphe et la chèvre Amalthée – Pierre Julien – Laiterie de la Reine – Parc du Château de Rambouillet                  

Bibliographie

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Robert Laffont Editeur       

 

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LA CONSTELLATION DU SAGITTAIRE

(5.7 - CONSTELLATIONS ET ETOILES FIXES) par sylvietribut le 25-11-2012

S’étendant largement au sud de l’équateur, le Sagittaire n’est pas une constellation très importante pour un observateur situé dans l’hémisphère boréal ; à une latitude moyenne, elle apparaît tout juste au-dessus de l’horizon, dans le ciel d’été, de juin à août, et on ne la voit jamais complètement. Cependant, dans l’hémisphère austral, à la même époque, elle est très visible, haut dans le ciel.

La Constellation du Sagittaire

Neuvième constellation du zodiaque, elle est représentée sous la forme d’un centaure, mi-homme, mi-cheval. Celui-ci est armé d’un arc et d’une flèche, qui constituent la partie occidentale de la silhouette, et qui se trouvent sur la Voie lactée qui, dans cette zone, a l’aspect d’une large bande. La courbe de l’arc est figurée par trois étoiles : Kaus Borealis, Kaus Medius et Kaus Australis, la plus brillante, qui correspondent respectivement aux parties nord, centrale et sud de l’arc : lambda, delta et epsilon Sagittarii. La main de l’archer, qui tire la flèche, est l’étoile Nunki, de magnitude 2 (sigma Sagittarii). La flèche part de Kaus Medius et arrive à Al Nasl (gamma Sagittarii), qui en est la pointe ; elle nous donne une orientation utile puisque l’archer semble viser Antarès du Scorpion, située à environ 20° à l’ouest de la limite de la Voie lactée, et légèrement au-dessus de la ligne de tir. Mais l’archer cherche peut-être une cible encore plus grande, un autre nuage d’étoiles formé dans la Voie lactée, le centre de notre vaste galaxie.

La représentation du Sagittaire sous la forme d’un centaure a évidemment donné lieu à quelques confusions avec la constellation australe du Centaure. Cependant, il s’agit de deux personnages mythologiques bien distincts. Contrairement au Centaure austral, fort pacifique, le Sagittaire est farouche et guerrier. Dans la mythologie mésopotamienne, il est apparu sous la forme de l’archer Nergal, qui dominait Mars, la planète guerrière.

Artémis Déesse de la Chasse

En revanche, la mythologie grecque a assimilé le Sagittaire au Centaure Chiron, sage et savant. Cette identification vient d’un mythe qui concerne Artémis, déesse de la Chasse. On dit qu’Artémis fut à l’origine de la mort d’Orion, parce qu’elle envoya un scorpion le piquer au talon. Pour le venger, Chiron tua le Scorpion d’une flèche, et dans le ciel le Centaure vise toujours le cœur du Scorpion, Antarès. Cette histoire tend à se confondre avec celle d’Asclépios, la constellation d’Ophiucus qui écrasa le scorpion ; il faut se rappeler que, comme Asclépios, Chiron avait le pouvoir de guérir.

Le Sagittaire – Détail du Globe céleste de Coronelli

Bibliographie

Le Langage Secret des Etoiles et des Planètes – Geoffrey Cornelius/Paul Devereux – Editions Solar

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LE LABYRINTHE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 20-11-2012

Originellement, le labyrinthe était le palais crétois de Minos où était enfermé le Minotaure, d’où Thésée ne put sortir qu’à l’aide du fil d’Ariane. On retient donc essentiellement la complication de son plan et la difficulté de son parcours.

Le labyrinthe est, essentiellement, un entrecroisement de chemins, dont certains sont sans issue et constituent ainsi des culs-de-sac, à travers lesquels il s’agit de découvrir la route qui conduit au centre de cette bizarre toile d’araignée. La comparaison avec la toile d’araignée n’est pas exacte car celle-ci est symétrique et régulière, alors que l’essence même du labyrinthe est de circonscrire dans le plus petit espace possible l’enchevêtrement le plus complexe de sentiers et de retarder ainsi l’arrivée du voyageur au centre qu’il veut atteindre.

Labyrinthe de la cathédrale de Chartres

Cependant, ce tracé complexe se retrouve à l’état de nature dans les couloirs d’accès de certaines grottes préhistoriques ; il est dessiné, assure Virgile, sur la porte de l’antre de la Sibylle de Cumes ; il est gavé sur les dalles des cathédrales ; il est dansé en diverses régions, de la Grèce à la Chine ; il était connu en Egypte. C’est que, et son association à la caverne le montre bien, le labyrinthe doit à la fois permettre l’accès au centre par une sorte de voyage initiatique, et l’interdire à ceux qui ne sont pas qualifiés. En ce sens, on a rapproché le labyrinthe du mandala, qui comporte d’ailleurs parfois un aspect labyrinthique. Il s’agit d’onc d’une figuration d’épreuves initiatiques discriminatoires, préalables au cheminement vers le centre caché.

Les labyrinthes gravés sur le sol des églises étaient à la fois la signature de confréries initiatiques de constructeurs et les substituts du pèlerinage en Terre Sainte. C’est pourquoi on trouve parfois au centre, soit l’architecte lui-même, soit le Temple de Jérusalem : l’élu parvenu au Centre du monde, ou symbole de ce Centre. Le croyant qui ne pouvait accomplir le pèlerinage réel parcourait en imagination le labyrinthe jusqu’à ce qu’il arrive au centre, aux lieux saints : c’était le pèlerin sur place. Il faisait à genoux le trajet, par exemple, des deux cents mètres du labyrinthe de Chartres.

Le labyrinthe a été utilisé comme système de défense aux portes des villes fortifiées et des forteresses. Il était tracé sur des maquettes de maisons grecques antiques. Dans un cas comme dans l’autre, il s’agit d’une défense de la cité, ou de la maison, comme située au centre du monde. Défense non seulement contre l’adversaire humain, mais aussi contre les influences maléfiques. On notera le rôle identique de l’écran placé au milieu de l’allée centrale des temples, dans le monde sinoïsé, où lesdites influences sont censées ne se propager qu’en ligne droite.

La danse de Thésée appelée « danse des grues » est évidemment en rapport avec le cheminement labyrinthique. Or il existe aussi en Chine des danses labyrinthiques qui sont des danses d’oiseaux et dont le rôle n’est pas moins d’ordre surnaturel.

 

Labyrinthe dans le Parc du château de Thoiry – Yvelines

Symbole d’un système de défense, le labyrinthe annonce la présence de quelque chose de précieux ou de sacré. Il peut avoir une fonction militaire, pour la défense d’un territoire, d’un village, d’une ville, d’un tombeau, d’un trésor : il n’en permet l’accès qu’à ceux qui connaissent les plans, aux initiés donc. Il a une fonction religieuse de défense contre les assauts du mal : le mal est non seulement le démon, mais aussi l’intrus, celui qui est prêt à violer les secrets, le sacré, l’intimité des relations avec le divin. Le centre que protège le labyrinthe sera réservé à l’initié, à celui qui, à travers les épreuves de l’initiation, à savoir les détours du labyrinthe, se sera montré digne d’accéder à la révélation mystérieuse. Une fois parvenu au centre, il est comme sacré ; introduit dans les arcanes, il est lié par le secret.

Les rituels labyrinthiques sur lesquels se fonde le cérémonial d’initiation ont justement pour objet d’apprendre au néophyte, dans le cours même de sa vie d’ici-bas, la manière de pénétrer, sans s’égarer, dans les territoires de la mort, qui est la porte d’une autre vie… D’une certaine manière, l’expérience initiatique de Thésée dans le labyrinthe de Crète équivalait à la recherche des Pommes d’Or du Jardin des Hespérides ou de la Toison d’Or de Colchide. Chacune de ces épreuves se ramenait, en langage morphologique, à pénétrer victorieusement dans un espace difficilement accessible et bien défendu, dans lequel se trouvait un symbole plus ou moins transparent de la puissance, de la sacralité et de l’immortalité.

Thésée et le Minautore

Le labyrinthe pourrait avoir aussi une signification solaire, à cause de la double hache, dont il serait le Palais, et qui est gravée sur beaucoup de monuments minoens. Le Taureau enfermé dans le labyrinthe est également solaire. Peut-être symbolise-t-il, dans ces perspectives, la puissance royale, la domination de Minos sur son peuple.

Tandis que les spires étagées du ziggurat épousent la projection dans l’espace à trois dimensions d’un dédale hélicoïde, le nom même du labyrinthe, palais de la Hache, rappelle qu’à Cnossos le logis mythique du Minotaure était surtout le sanctuaire de la hache double, emblème de la royauté, c’est-à-dire du foudre archaïque de Zeus/Minos.

 

Pasiphae et la fausse vache

Petit rappel du mythe du labyrinthe de Cnossos, en Crète qui symbolise ce qu’il en coûte aux hommes de transgresser les interdits. Le roi Minos avait refusé de sacrifier un magnifique taureau au dieu des Océans, Poséidon/Neptune. Ce dernier, courroucé, fit en sorte que l’épouse de Minos, Pasiphaé, tombe amoureuse de l’animal. L’architecte royal, Dédale, construisit à sa demande une génisse creuse dans laquelle Pasiphaé copula avec le taureau. Elle donna naissance à un être mi-homme, mi-taureau, le Minotaure. Furieux et horrifié, Minos ordonna à Dédale de construire un enclos de tunnels dont le Minotaure ne pourrait jamais s’échapper, le fameux Labyrinthe.

 

Dédale et le Labyrinthe

Minos conquit Athènes et ordonna aux citoyens de la ville de sacrifier au monstre sept garçons et sept fillettes chaque année. Une année, Thésée, le héros, décida de les accompagnés, déterminé à tuer le Minotaure. Ariane, fille de Minos, tomba amoureuse de Thésée et lui remit un fil qu’il put défiler au fur et à mesure qu’il avançait dans le noir labyrinthe et finit par arriver dans l’antre du Minotaure. Il tua la bête et conduisit les enfants hors du labyrinthe toujours grâce au fil d’Ariane. Thésée s’enfuit de Crète avec Ariane, pour finalement l’abandonner sur une île, victime innocente des péchés de ses parents. Ariane fut retrouvée par le Dionysos qui l’épousa et changea sa couronne en constellation.

Sur le plan psychologique, le labyrinthe symbolise nos peurs et nos anxiétés les plus profondes, ainsi que des interdits réprimés. Le Minotaure représenterait notre nature primitive et animale.

Dans la tradition kabbalistique, reprise par les alchimistes, le labyrinthe remplirait une fonction magique, qui serait un des secrets attribués à Salomon. C’est pourquoi le labyrinthe des cathédrales, série de cercles concentriques, interrompus sur certains points, de façon à former un trajet bizarre et inextricable, serait appelé labyrinthe de Salomon.

 

Le Labyrinthe de la cathédrale d’Amiens

Le labyrinthe conduit aussi à l’intérieur de soi-même, vers une sorte de sanctuaire intérieur et caché, dans lequel siège le plus mystérieux de la personne humaine. On songe ici au « mens », temple du Saint-Esprit dans l’âme en état de grâce, ou encore aux profondeurs de l’inconscient. L’un et l’autre ne peuvent être atteints par la conscience qu’à la suite de longs détours ou d’une intense concentration, jusqu’à cette intuition finale où tout se simplifie par une sorte d’illumination. C’est là, dans cette crypte, que se retrouve l’unité perdue de l’être, qui s’était dispersé dans une multitude de désirs.

L’arrivée au centre du labyrinthe, comme au terme d’une initiation, introduit dans une loge invisible, que les artistes des labyrinthes ont toujours laissée dans le mystère ou, mieux, que chacun pouvait remplir selon sa propre intuition ou ses affinités personnelles. A propos du labyrinthe de Léonard de Vinci, Marcel Brion évoque « cette société, composée d’hommes de tous les siècles et de tous les pays, remplissant le cercle magique que Léonard avait laissé en blanc, car il n’était pas dans le dessein de son esprit de trop expliciter la signification de ce sanctuaire central du labyrinthe.

Le labyrinthe serait une combinaison de deux motifs de la spirale et de la tresse et exprimerait une volonté très évidente de figurer l’infini, sous les deux aspects qu’il revêt dans l’imagination de l’homme, c’est-à-dire l’infini perpétuellement en devenir de la spirale laquelle, théoriquement du moins, peut être pensée sans achèvement, et l’infini de l’éternel retour figuré par la tresse. Plus le voyage est difficile, plus les obstacles sont nombreux et ardus, plus l’adepte se transforme, et au cours de cette initiation itinérante acquiert un nouveau soi.

La transformation du Moi qui s’opère au centre du labyrinthe et qui s’affirmera au grand jour à la fin du voyage de retour, au terme de ce passage des ténèbres à la lumière, marquera la victoire de spirituel sur le matériel et, en même temps, de l’éternel sur le périssable, de l’intelligence sur l’instinct, du savoir sur la violence aveugle.

Labyrinthe de la Villa Pisani – Stra – Un des plus beaux d’Italie

QUELQUES LABYRINTHES CELEBRES

On trouve des labyrinthes précolombiens aussi lointains qu’au Pérou. Dans le comté de Western Riverside, en Californie, figure dans un rocher un labyrinthe de motif Soboba à Hermet, qui est techniquement un méandre, sans commencement ni fin. En forme de svastika, emblème solaire très répandu, il représente peut-être le Père-Ciel. Des labyrinthes figuraient parfois sur des tombeaux, à la fois pour protéger les défunts des vivants et pour empêcher le défunt de revenir du monde souterrain.

En Angleterre, autour d’une colline qu’on appelle Tor de Glastonbury, dans le Somerset, serpente ce qui semble être les restes d’un ancien labyrinthe. Son sentier en spirale, qui en fait le tour sept fois, témoigne peut-être d’un ancien rituel sur un site sacré au sommet de la colline. L’endroit se distingue aujourd’hui par les ruines d’une église médiévale consacrée à l’archange Saint Michel, comme c’est souvent le cas des églises qui ont remplacé les sanctuaires préchrétiens.

Toujours en Angleterre, les bergers gallois et corniques construisaient autrefois des labyrinthes de tourbe, un étroit sentier menant en leur centre. Ils les appelaient Caer Droia, ce qui signifie « ville des courbes ». Il se peut que ces labyrinthes aient servi lors de voyages initiatiques de pénitence.

En Italie, cette fois, l’une des marques ou « impresa » de la puissante dynastie des Gonzague était un labyrinthe parfois décrit comme une île avec une montagne en son centre, représentant le Palazzo Tè à Mantoue, construit sur l’îlot d’un lac marécageux. La devise des Gonzague « Forse che si, forse che no » qui se traduit par « Peut-être que oui, peut-être que non », rappelle judicieusement l’incertitude du pouvoir et la difficulté de faire des choix dans la vie.

Le labyrinthe des Gonzague

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

 

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DANS LE BESTIAIRE DU SCORPION… LE SERPENT… L’ANCETRE MYTHIQUE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 18-11-2012

Le serpent, à cause de notre tradition judéo-chrétienne, est dans notre mémoire associé à la mort. C’est méconnaître toutes les autres facettes de l’animal, lié tout au contraire, dans d’autres civilisations, à la vie, à l’immortalité même, puisqu’il quitte sa vieille peau et réapparaît brillant et lisse. C’est pourquoi il est aussi lié à la Déesse Mère qui est représentation de la vie, de la mort et de la renaissance. Tout comme le signe du Scorpion est porteur de métamorphoses puisqu’il fait sa mue. Gilgamesh parti à la recherche de la plante d’immortalité se la fera voler par le serpent, alors qu’il espérait la rapporter et sauver son ami Enkidu.

La Fontaine au serpent de la petite ville de Stia – Province d’Arezzo – Toscane

Le serpent est partout lié à la sagesse, à la connaissance, à la guérison. Le sang de la Gorgone avait le pouvoir, par une veine de tuer, et par l’autre de ressusciter. Le serpent est racine et terre, phallus et résurrection, détenteur d’un savoir sur la vie et sur la mort qu’il s’efforce de transmettre à Eve, en la tentant, puisque Yahvé l’a dépêché auprès d’elle afin qu’elle transmette à Adam cette conscience de sa mort à venir qu’il ne peut acquérir sans elle, médiatrice et initiatrice choisie par le Créateur.

Le serpent, c’est aussi le Python femme qui règnait sur Delphes avant qu’Apollon, représentation du patriarcat, ne le chasse, n’y laissant plus que les pythies inspirées, à l’écoute des bruits et des souffles provenant des fissures de la terre.

Le serpent, c’est toute la puissance de l’inconscient, des énergies libidinales. Comment ne pas l’associer aux valeurs du Scorpion.

Le serpent Apopis

Dans le livre des Morts des Egyptiens, le serpent Apopis, immense, gigantesque, vit au cœur du « restau », le monde des morts. Chaque nuit il doit parcourir douze chambres et chaque chambre correspond à une heure. Il appelle ceux qui viendront le combattre dans une région infestée de serpents et qui tirent sur la corde de la barque solaire porteuse du défunt. Cette corde se transforme en serpent. Apopis absorbait la barque elle-même ; la barque est tirée à travers lui sur une longueur de 2 300 coudées ; au lever du soleil, Râ tue « le grand serpent-dragon », et le soleil réapparaît sous la forme du scarabée. « Le mort doit se faire digérer par l’intestin serpentiforme de la terre ».

Le scarabée d’or

Atoum, qui est aussi serpent, dit : «  Je suis ce qui demeure. Le monde retournera au chaos, à l’indifférencié ; je me transformerai alors en serpent qu’aucun homme ne connaît, qu’aucun dieu ne voit ». Implacable transcendance d’Atoum au commencement et à la fin de la création.

Partout le serpent est porteur d’initiation. Initier signifie « faire passer par la mort ». Là où il y a serpent, il y a rite de passage. Celui qui était initié aux Mystères, comme cela se passait chez Ophites dont les adeptes devaient « mettre la main dans le panier », qui sans doute contenait un serpent, prouvait qu’il avait surmonté sa peur de la mort, qu’il possédait une sagesse exemplaire.

 

Le serpent est une très vieille bête… chargée de 380 millions d’années. De quoi occuper notre inconscient et nourrir nos fantasmes depuis le commencement des temps. Il est, comme Ananta en Inde, porteur du monde, tout comme les tortues, les crocodiles, les éléphants, tous animaux sans âge.

En Afrique, il ne faut pas nommer le scorpion, pas plus que les Grecs ne devaient prononcer le nom d’Hadès. Nommer, c’est faire exister, faire apparaître.  Au Mali, le scorpion nocturne est venin, passe pour « embusqué », mortel. Chargé de valeurs diurnes, il est associé au sacrifice, à l’abnégation maternelle… ces bonnes « louves » de mères Scorpion.

Autant que l’homme, mais contrairement à lui, le serpent se distingue de toutes les espèces animales. Si l’homme est l’aboutissement d’un long effort génétique, nous devons aussi, nécessairement, placer cette créature froide, sans pattes, ni poils, ni plumes, au commencement du même effort. En ce sens, Homme et Serpent sont les opposés, les complémentaires, les Rivaux. En ce sens aussi, il y a du serpent dans l’homme et, singulièrement, dans la part de celui-ci que son entendement contrôle le moins.

Un psychanalyste dit que le serpent est un vertébré qui incarne la psyché inférieure, le psychisme obscur, ce qui est rare, incompréhensible, mystérieux. Il n’y a pourtant rien de plus commun qu’un serpent, rien de plus simple. Mais il n’y a sans doute rien de plus scandaleux pour l’esprit, en vertu même de cette simplicité.

Les serpents sont souvent associés aux forces de la création, comme dans le mythe hindou qui relate l’enroulement par des dieux de Vasuki, un « naga » géant, serpent fabuleux, autour d’une montagne ; ceux-ci, tirant ensuite sur sa tête et sa queue, utilisèrent la montagne comme pivot pour « baratter » la merde lait primordiale et déclencher la création de l’univers. Selon la cosmologie hindoue, celui-ci est sans cesse crée, détruit, puis recréé selon de longs cycles, et entre ces cycles, le grand dieu créateur Vishnou se repose sur les anneaux du serpent cosmique Ananta.

Hercule et l’Hydre de Lerne – Gustave Moreau

Ayant un venin souvent mortel, les serpents d’eau incarnent le danger des obscures profondeurs et inspirèrent de terribles serpents de mer mythiques, en particulier chez les marins. Dans la mythologie grecque, il y a : l’Hydre à neuf têtes qui vainquit Héraclès, les serpents de mer qui tuèrent Laocoon et ses fils, et le monstre marin à six têtes Scylla qui terrorisait les marins.

Dans la mythologie nordique, le serpent Nidhögg vit au fond de la mer d’où il ronge une racine de l’arbre Yggdrasil, représentant l’inéluctabilité de la destruction. Cependant, les serpents d’eau sont aussi de puissants créateurs pour les Indiens d’Amazonie, l’Anaconda représente un ancêtre mythique qui remonta le grand fleuve et régurgita les premiers hommes sur la Terre. Chez les Africains et les Australiens, le Serpent Arc-en-Ciel vit dans les eaux souterraines, mais apparaît sous la forme d’un arc-en-ciel.

Le serpent d’airain

Quelques serpents célèbres

Le cobra à capuchon était vénéré par les Egyptiens en tant que manifestation d’Ouadjet, la déesse-cobra de la Basse-Egypte, la région du delta du Nil. L’image d’Ouadjet ornait la couronne du pharaon sous la forme de l’uraeus dorée, cobra dressé prêt à cracher son venin dans les yeux de ses ennemis. Son équivalent au sud, la Haute-Egypte, est Nekhbet, la déesse-vautour, autre animal de la symbolique Scorpion.

 

Le cobra indien

Apparaissant souvent dans les cultures indiennes, le naga est un fabuleux serpent à capuchon de cobra. Il symbolise e lien entre la Terre et le Ciel, ainsi que les forces invisibles telles que les séismes. Selon une légende bouddhiste, le naga Muchalinda abrita Bouddha sous ses sept capuchons alors qu’il méditait pendant un orage. Emergeant de l’obscurité, le serpent symbolise aussi l’éveil.

Déesse de la terre aztèque dont le nom signifie « jupes de serpent », Coatlicue, l’être par lequel l’esprit devient matière, est symbolisée par un serpent (coatl) : un serpent ayant une tête à chaque extrémité de son corps serait un de ses emblèmes. Coatlicue est la mère de Quetzalcóatl, le Serpent à plumes vertes, de même que du dieu du soleil Huitzilopochtli. Quetzalcóatl est l’emblème national du Guatemala.

Dans la mythologie grecque, la déesse de la Terre, Gaïa, fit garder par Python son sanctuaire à Delphes, dont on croyait alors qu’il était le centre du monde. Python incarnait l’énergie sacrée et la puissance prophétique de la Terre, octroyée aux pythies, les prophétesses de l’oracle de Delphes. Python aurait été tué par le dieu solaire Apollon, qui fit de Delphes son propre sanctuaire.

L’Ouroboros le serpent qui se dévore la queue

L’Ouroboros, ou Ourobouros, est un symbole très ancien représentant un serpent se dévorant la queue. Il évoque les cycles éternels de l’univers, la transcendance de la dualité et l’union des contraires. A l’origine, il aurait exprimé la renaissance quotidienne du dieu-soleil égyptien après son trajet nocturne dans l’obscurité des enfers.

Quant au Caducée il est l’insigne des médecins depuis l’Antiquité. Il consiste en deux serpents entrelacés autour d’une baguette ailée. Il était l’emblème d’Asclépios dieu grec de la médecine, Esculape chez les Romains. Ceux qui cherchaient un remède dormaient parmi les serpents dans son temple. L’emblème représente la dualité du serpent en tant que force du mal, l’empoisonnement, et du bien puisqu’il est fils de Gaïa, la Terre, et porteur de magie guérisseuse. Le dieu Hermès/Mercure portait aussi le caducée comme sceptre de héraut : un emblème de paix protecteur.

Enfin, dans l’Ohio aux Etats-Unis, il existe le Tertre du Grand Serpent. C’est un ouvrage de terre monumental de plus de 400 mètres de long, crée par les Amérindiens il y a environ 1 000 ans, qui illustre un serpent géant semblant dévorer un œuf. La tête pointe vers le couchant au solstice d’été, l’effigie représente donc peut-être le serpent cosmique avant le soleil que l’œuf représente au solstice, moment majeur de l’année. Le serpent est un symbole puissant pour de nombreux peuples amérindiens.

La symbolique du serpent est l’une des plus profondes et complexes. Il n’est guère de cultures et de mythologies qui n’aient leur Grand Serpent, presque toujours marin et ambigu, sinon ambivalent. Serpents, dragons, amphisbènes, basilics, guivres, hydres, chimères, les monstres ophidiens sont présents sous de nombreuses formes dans presque tous les folklores. Ils y jouent deux rôles principaux : celui de gardien comme dans les légendes de la Toison d’Or et de Saint Georges, ou d’initiateur comme dans Sigurd et Fafnir.

 

Saint Georges terrassant le Dragon – Raphaël

Le « Grand Serpent », le Trimégiste, cosmogonique ou cosmique, n’a cessé de hanter l’imaginaire des hommes, de Ras Shamra au Loch Ness. Il cristallise les peurs, les angoisses, les désirs, les espoirs. On remarquera d’ailleurs que la figure serpentine est souvent présente dans les hallucinations, chamaniques ou non, provoquées par des plantes psychotropes.

Le serpent ne peut être regardé en face, comme le soleil dont il semble l’antagoniste, parce que le serpent qui a les paupières soudées ne cille pas ni ne semble jamais dormir. Opposé au « Feu Primal », il est cependant fortement associé à la Terre à cause de son mode de déplacement. Puisque chthonien et rival de la lumière primale, il est associé au monde de la nuit et des morts, et certainement aussi parce que son corps étrangement froid semble se passer de la chaleur de la vie.

Puisqu’il connaît les secrets de l’après-vie et qu’il est une figure de patience, il devient symbole de toute sagesse et de gnose. Il est souvent le hiérophante du héros perdu, comme Sigurd et Marduk. Il possède le savoir inquiétant et mystérieux, essentiel et vital, capable de révéler l’avenir et le passé.

Le serpent est également associé à l’Eau parce que ses écailles le rapprochent du poisson, bien que celles-ci soient soudées contrairement aux poissons, mais comme tous les reptiles. Sa reptation qui lui permet de se mouvoir comme la vague évoque l’Eau. Le serpent paraît se jouer des catégories topiques, semblable de corps et de régime, qu’il habite dans l’eau ou sur terre. Voilà sans doute pourquoi de nombreux mythes l’ont doté d’ailes. Enfin, le Grand Serpent, porteur de la connaissance, évoque un autre porteur de lumière, Lucifer.

Dans la Gnose, le symbole du Serpent ramène à la symbolique de la peau et de cette mue que l’homme subit et qu’il quitte afin de devenir éveillé. De plus, dans toutes les cultures, il est le symbole de la Connaissance Divine. La mue du serpent rappelle également le dualisme entre la matière et l’esprit et donc, plus particulièrement, de l’âme et du corps.

Enfin, à travers cette mue qui le régénère quand la saison est venue, cette aptitude à changer peau et à faire peau neuve, le serpent représente l’une des plus vieilles aspirations chimérique à la jeunesse éternelle, il apparaît comme rajeuni ou, plutôt, jamais mort. D’ailleurs, les Alchimistes pensent que la pierre philosophale est logée dans sa tête oblongue. 

Méduse – Bernini – Musée Capitolini – Roma

Par ailleurs, le serpent semble souvent s’opposer à un dieu, au Dieu : à l’aigle, symbole de Zeus/Jupiter qui affronte Typhon ; de même, Python s’oppose à Apollon qui symbolise le soleil qui le terrasse ; c’est Héraclès/Hercule qui tout enfant étrangle un serpent envoyé par Héra, puis plus tard qui viendra à bout de l’Hydre de Lerne et combattra Achéloüs métamorphosé en serpent  ; quant à la chevelure de Méduse n’est-elle pas formée d’un nœud grouillant de vipères que l’on retrouve sur le bouclier de Persée son vainqueur. Les figures allégoriques de l’envie sont également représentées avec une chevelure de serpents. Toujours dans l’iconographie antique, le caducée est l’attribut de Mercure et porte deux serpents, tandis que le bâton d’Esculape n’en porte qu’un seul.

Dans l’iconographie chrétienne, le serpent est un symbole plus ambigu. C’est Satan qui s’oppose au Dieu biblique ou Saint Georges terrassant le Dragon, mais il apparaît aussi dans le récit de la tentation d’Adam et Eve, sous le nom de Nahash. Il y symbolise le tentateur, le mal, le péché, ainsi que l’avènement de la mort. Par extension, il devient un attribut de Lilith. Il figure également dans les représentations de Moïse changeant en serpent la verge d’Aaron, ou encore l’épisode du serpent d’airain. Plus tard, Saint Jean l’Evangéliste est parfois représenté tenant la coupe de poison qui se transforme en serpents lorsqu’il la bénit. Quelques siècles plus tard, le serpent apparaît foulé aux pieds, notamment dans les représentations de la Vierge de l’Immaculée Conception. Le serpent est alors le mal écrasé par la foi. Enfin, dans le bestiaire sculpté des cathédrales où il est associé aux crapauds, il est aussi, avec le miroir, un des attributs de la Prudence.

 

Saint Jean l’Evangéliste – Jan Van Eyck

Dieu du panthéon hindou, Shiva porte une guirlande de serpents autour du cou. Le serpent apparaît également dans les représentations de Bouddha protégé par le Naga. Et puis, ce sont également Marduk et Tiamat, ainsi que Thor pêchant Jörmungand, Thraetona et Azi ou Dahaka en Iran…  L’art martial du serpent symbolise le serpent : fluidité, rapidité. Les mains, telles la tête du serpent, sont dressées et prêtes à mordre. Les bouts des doigts y frappent directement les points vitaux.

En fait, toutes les traditions ont des reptiles titanesques et volants qui mêlent la puissance physique à l’intelligence, tandis que d’autres opposent au travers du serpent et du héros salvateur, la domination de l’esprit sur le corps, ou la domination de l’homme sur la nature, ou sa nature sauvage.

Tous ces mythes ont fourni aux peintres matière à des épisodes où le serpent figure de façon prééminente, notamment la mort d’Eurydice, la femme d’Orphée, piquée par un serpent, sans oublier Cléopâtre qui se suicide en se laissant mordre par un aspic.

L’immaculée conception écrasant la tête du serpent

Bibliographie 

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

Dieux et Héros du zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Editions Robert Laffont

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L’HEMATITE… UNE PIERRE SCORPION… NOIRE AU CŒUR ROUGE

(08 - LES PIERRES ET METAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 17-11-2012

L’hématite est une espèce minérale composée d’oxyde de fer avec des traces de titane, d’aluminium, de manganèse, d’eau. C’est en fait un minéral très courant, de couleur noire à gris argenté, brun à rouge, ou même rouge, avec de nombreuses formes cristallines. Une fois polie, cette pierre prend une magnifique couleur noire aux reflets métalliques.

Son nom vient du grec « Haimatos » qui signifie « sang ». On l’appelle aussi le sang de la terre mère. La poudre d’hématite était d’ailleurs utilisée comme pigment rouge.

 

L’Hématite noire au cœur rouge

Son existence est rapportée par Pline l’Ancien dès 77 qui, citant Zachalias de Babylone disait de l’hématite qu’elle guérissait les maux du foie et des yeux, qu’elle faisait accepter les demandes faites aux rois, qu’elle était utile dans les procès et les débats. Il ajoutait qu’il était recommandé aux combattants de s’en munir.

Déjà, dans l’Egypte ancienne, l’hématite était considérée comme ayant le pouvoir de guérir les maladies du sang, sans doute parce que ce minéral composé principalement de fer a la particularité de teinter l’eau en rouge. C’est aussi pourquoi les Egyptiens pensaient qu’elle favorisait la production de sang.

En Afrique, l’hématite est considérée comme le sang de la terre-mère. Certains hommes de la Préhistoire enduisaient le corps de leurs défunts de poudre d’hématite. Les Indiens d’Amérique et les anciens Chinois l’utilisaient dans le même but.

Hématite

Dans l’Antiquité, également, en Afrique du Nord et dans l’Egypte antique prédynastique, l’hématite était utilisée, comme le plomb sous forme de céruse et tout aussi toxique, dans certains cosmétiques : fards, bâton à lèvres l’ancêtre du rouge à lèvre, enduits de peinture à base d’hématite… Aujourd’hui, l’hématite est employée en bijouterie fantaisie car certaines pierres peuvent être taillées comme des pierres fines.

L’hématite est le minerai de fer le plus abondant. Broyée finement, elle peut servir de pigment et entre dans la composition d’émaux et d’engobes pour la céramique.

En 2004, on a trouvé sur la planète Mars, des sphères qui pourraient être intégralement ou en partie composée d’hématite. L’hématite se forme habituellement par l’action érosive de l’eau, ce qui suppose la présence, à une époque, d’eau sur Mars.

Porter une hématite sur soi peut aider à combattre une difficulté latente, à dominer des peurs, à débloquer et pousser une personne à s’investir ou qui ne s’apprécie pas à sa juste valeur.

En période de dépression ou de fatigue générale, l’hématite est d’un grand secours : elle renforce la vitalité et stimule notre force intérieure. Elle réveille la volonté de vivre, d’agir tout en évitant la dépréciation de soi. L’hématite tonifie le corps physique et contribue à atténuer les carences en fer.

 

Bracelet d’hématite noire et de jaspe rouge

 

Bibliographie : Le grand livre de la magie des pierres – S. Da Ros – Editions Trajectoire

 

 

 

 

 

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SAINT MARTIN DE TOURS… UN SAINT SCORPION

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 10-11-2012

Le 11 novembre… Saint Martin… le pourvoyeur d’abondance… « Le onzième jour du onzième mois à 11 heures, l’esprit du jeûne est réveillé ».

La Saint-Martin marquait jadis le début d’un carême que les capitulaires de Charlemagne rendaient obligatoires. C’était le jour où l’on tuait le cochon pour préparer les réserves alimentaires de l’hiver et de Noël ; ailleurs on mangeait ce jour-là l’oie grasse dans une ambiance de fête, avant de se lancer dans les bals masqués.

 

Saint Martin de Tours – Eglise de Beuron – Allemagne

La date sert de prétexte pour allumer les premiers feux de la saison hivernale, pour défiler avec des lampions en forme de masques, pour former des cortèges avec des flambeaux au bout de cannes, avec des lanternes creusées dans des betteraves ou encore pour distribuer des cadeaux : toutes ces manifestations sont propres à une fin de saison et à un nouveau départ. Si les traditions purement rurales s’estompent, les célébrations urbaines de la Saint-Martin, elles, connaissent un renouveau. A Düsseldorf et à Bonn, monté sur un cheval, drapé dans on manteau rouge, coiffé d’un casque doré, Saint Martin traverse la ville en tête d’un cortège d’enfants, au son de fifres et des tambourins ou de la fanfare municipale. S’agit-il d’une réplique de la fête de Saint Nicolas, le chevalier bienfaiteur du 6 décembre ? En Allemagne et dans une partie des Pays-Bas, le carnaval s’ouvre en fait le 11 novembre, à la Saint-Martin. C’est le signe d’un changement de saison, d’un changement de cycle liturgique, d’un changement de cycle agraire. Là, débutent les réjouissances et les activités hivernales.

La Saint-Martin précède de quarante jours le solstice d’hiver, définitivement confondu avec les fêtes de Noël et de fin d’année. Suivant celles-ci à quarante jours de distance, la Chandeleur, le 2 février, lui fait pendant. Le 11 novembre ouvre la période de l’hiver : c’est la date à laquelle, selon plusieurs traditions, l’ours entame son hibernation en se retirant dans sa tanière, tandis que le 2 février marque potentiellement le retour du beau temps. C’est une date possible pour le réveil de l’ours et sa sortie de sa tanière. Elle peut également donner accès au carnaval, traditionnellement associé au Carême et à la fête de Pâques.

Dans les pays alémaniques, en automne, cette période de fin de récoltes est le moment d’ouverture des grandes foires rurales : Forêt-Noire, Bade-Würtemberg, Bavière. Dans une grande partie de l’Europe centrale, Saint Martin est considéré comme le patron des bergers, et sa fête était jadis le jour où ils résiliaient ou renouvelaient leurs contrats.

« Saint Martin boit le bon vin

Et laisse l’eau courre au moulin ».

Selon les traditions françaises et jurassiennes, c’est la date à laquelle le vin nouveau est goûté, mais aussi celle où le retour de la saison humide est vivement souhaité.

Il serait difficile de comprendre l’importance de cette fête sans évoque la figure de Saint Martin, dominante à partir du IVe siècle. D’après la tradition, jeune soldat de l’armée romaine, il rôdait aux environs d’Amiens lors d’un hiver rigoureux ; attristé de la misère du peuple transi de froid, il distribua ses vêtements, ne gardant que sa cape militaire. Alors qu’il retournait à son campement, en état d’extase, il eut une révélation et, croisant ensuit un autre malheureux, il partagea sa cape avec lui. Converti au Christianisme, évêque de Tours vers 370, il mourut en novembre 397.

Saint Martin de Tours – Eglise Saint-Germain – Auxerre

La cape de Saint Martin, du latin cappella, était une célèbre relique et son nom devint celui de l’autel où elle était conservée, et plus tard de toute structure similaire, d’où le mot « chapelle ». La cape a aussi une connotation de dissimulation.

Saint Martin devint le protecteur des Francs et de leur dynastie ; son manteau fut l’emblème de la monarchie franque depuis la conversion de Clovis. C’est parce qu’il fut considéré comme le principal artisan de la christianisation de la Gaule et de la Germanie que Saint Martin était apprécié par l’ordre des Bénédictins, héritiers des moines défricheurs du VIIe siècle, et très populaire dans de nombreuses régions de l’Europe occidentale. En France seulement, on dénombre plus de 3 000 églises qui lui sont dédiées.

Sa fête, placé au changement de saison est donc importante pour des raisons fort divergentes : pour l’Eglise et le clergé d’une part, il représente une personnalité importante à une époque cruciale de la chrétienté, celle qui vit se nouer les liens entre pouvoirs laïque et religieux, entre la politique impériale et celle de l’Eglise. D’autre part, elle coïncide avec les foires agricoles et les manifestations paysannes d’abondance, car c’est en réalité la fin d’une année rurale.

Les vigiles de Saint-Martin, occasion de ripailles, et comme telles parfois condamnées par les autorités religieuses, furent néanmoins, à partir des XIe et XIIe siècles, l’occasion de prodigalités offertes au peuple : en Angleterre et en Italie, l’usage était de dresser des échafaudages de cocagne, où l’on suspendait bœufs, porcs, moutons et volailles. Les hommes grimpaient au mât de cocagne, armés de coutelas, et découpaient les animaux vivants. Considérée comme barbare, la coutume fut abolie ; les bouchers se chargèrent de tuer et découper en quartiers les animaux destinés à la fête, laquelle disparut pendant la Réforme, absorbée ensuite dans les festivités des grandes foires d’automne.

La coutume de Gansabhauet, l’abattage de l’oie de la Saint-Martin qui subsiste encore à Sursee, en Suisse, dérive peut-être de ces traditions anciennes : désignés par tirage au sort, les concurrents, revêtus d’un manteau rouge, le visage couvert d’un masque en forme de soleil rayonnant, s’efforcent de décapiter, d’un seul coup de sabre, une oie morte depuis peu et suspendue à un fil de fer.

 

Bête à ferrer une oie

« Ce n’est pas à la Saint-Martin qu’on ferre les oies » prétend un dicton de l’est de la France ; notons par ailleurs que l’oie, associée dans une grande partie de l’Europe à la Saint-Martin, fut un symbole d’initiation, et l’oiseau consacré à Odin chez les Germains.

Bibliographie : Fêtes et Croyances Populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

 

 

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LA MAISON VIII DU THEME ASTRAL… LA MAISON SCORPION

(5.6 - LES MAISONS ASTROLOGIQUES) par sylvietribut le 09-11-2012

La Maison VIII est en analogie avec le huitième signe, le Scorpion. C’est une Maison d’Eau, gouvernée par Pluton et Mars, deux astres qui provoquent la crainte et en même temps le désir, notamment celui d’en découdre pour vaincre. C’est une Maison Fixe suggérant un certain déterminisme pour arriver à ses fins.

Cette Maison est indissociable de l’Axe Maison II/Maison VIII, sorte de passage entre le matériel, monde de la Maison II et la « métaphysique », celui de la Maison VIII. Cette Maison VIII serait une sorte de capitalisation des ressources de la Maison II en vue de leur transformation. Ce serait comme l’accumulation des outils et ressources de l’Avoir de la Maison II, pour le « Faire » de la Maison VIII. La Maison VIII c’est la transformation des ressources et du capital de la Maison II.

 

Analogie Signes/Planètes/Maisons astrologiques

Si la Maison II représente un besoin de jouissance suggérée par l’analogie de la Maison II avec le Taureau, la Maison VIII, c’est l’après-jouissance. Par extension cet axe est celui de la Vie et de la Mort : Taureau, Maison II, Printemps, pour la première : Scorpion, Maison VIII, Automne pour la seconde. C’est encore l’axe de l’Eros et de Thanatos, de l’oralité (Taureau)/analité (Scorpion). Ici sont présents et imbriqués l’amour et la possession : de la sexualité donneuse de vie et de mort, argent et fortune, comme pour exorciser la mort, chair vivante vouée à la destruction inexorable, mais aussi à une renaissance spirituelle.

On l’aura compris la Maison VIII est la Maison de la sexualité, une sorte de jeu avec la mort dans lequel la joie d’aimer et de procréer, devenant « amour à mort », notamment si on pense à certaines maladies à caractère sexuel. La Maison VIII est une sorte de chaudron dans lequel se déversent les multiples ingrédients de l’amour, d’où il émerge des « produits » souvent surprenants. Pour l’essentiel, cette mystérieuse alchimie peut se réduire à la lutte éternelle entre « les démons » de la chair et du plaisir, qui appartiennent plutôt à la Maison II, à l’aspiration à la « sainteté » ou peut-être seulement à la « spiritualité », selon le dogme chrétien du « péché » initiatique. Ainsi, il peut sortir du chaudron de la Maison VIII des diables à la queue fourchue ou des saints auréolés de lumière… A moins que, comme ce fut souvent le cas, des débauchés qui se révèlent être des saints.

Eros et Thanatos

Si l’on devait résumer la Maison VIII d’un point de vue sexuel, on dirait qu’il s’agit d’un désir de plaisir enrobé dans le complexe de la tentation, pouvant s’appliquer tout aussi bien au plaisir en tant que tel à la jouissance charnelle. Il n’est donc pas étonnant de trouver dans la Maison VIII la recherche alchimique de la transmutation du plomb en or, très riche symbolique qui pourrait se résumer ainsi : « concret-physique-terre » du Taureau, « psychique-spirituel-souterrain » du Scorpion.

Le roi Midas, son or et ses oreilles d’âne

Et puis, il y a l’argent de la Maison VIII, qui n’est pas celui de la Maison II « gagné » à la sueur de son front, mais d’un argent « hérité », argent pour le plaisir, la jouissance sensuelle de le contempler, le toucher, le caresser… L’image qui vient à l’esprit est bien sûr celle d’Harpagon et de son or, ou plus loin encore c’est le roi Midas qui demande à ce que tout ce qu’il touche se transforme en or… Et, comme on le sait quand les dieux veulent nous punir ils exhaussent nos prières, Midas sera exhaussé et mourra de faim et de soif, le fruit qu’il veut porter à sa bouche devient pomme d’or et l’eau de la coupe quand elle touche ses lèvres devient le fleuve pactole… Autre exemple, illustrant cette Maison VIII et se situant dans notre inquiétant XXIe siècle, la crise des Subprimes, ou prêts hypothécaires, aux USA, qui a chassé des milliers de familles de chez elles. Cependant, les maisons n’ont pas trouvé preneur et des villes entières se trouvent  sinistrées. On démolit maintenant car se dégradant, ces maisons ne trouveront jamais preneurs… L’exemple qu’on nous cite est la ville de Cleveland, totalement ruinée. Voilà un exemple de la grande négativité et improductivité de la Maison VIII, le détruire pour détruire…

Cimetière du Père Lachaise – Paris

Plus prosaïquement, l’argent de la Maison VIII est celui qui nous vient des autres. Bien sûr on pense d’abord aux héritages, mais par extension ce sera aussi l’argent des indemnités, des dons, des legs, des hypothèques. Et ce sera aussi l’argent des emprunts, des prêts, des crédits. Ainsi, la Maison VIII devient la Maison des Dettes. Et puis, ce sera aussi la Maison de tous ceux que la « mort » emploie : des entreprises de Pompes funèbres, des cimetières aux fossoyeurs, du croque-mort au thanatopracteur… sans oublier les notaires et les médecins légistes. Enfin, les enquêteurs et la police judiciaire, en général, appartiennent également au monde de la Maison VIII, il faut bien reconnaître qu’ils enquêtent souvent sur des meurtres ou des escroqueries.

Dans un thème, la Maison VIII est associée à la mort, le genre de mort qui nous attend, mais aussi les morts qui vont jalonner notre existence. C’est donc aussi la Maison de la tristesse et de la crainte. C’est encore la Maison des dernières années de vie et parfois des suicides. C’est la Maison du veuvage. On dit aussi que c’est la Maison des antiquités. Et puis, dans le jeu des Maisons dérivées, elle représente la Maison de la fortune des époux, ou du/de la partenaire, ou d’une association, puisque la Maison VIII devient la Maison II de la Maison VII… ce qui nous ramène à l’argent qui nous vient des autres. Ce seront donc les gains ou les pertes résultant soit d’associations légales : mariage, contrats, ou dans le cas d’afflictions dans le thème d’argent apporté par divorce ou procès, ou encore les dettes du partenaire ou conjoint.

Dans ce grand fourre-tout qu’est la Maison VIII, on doit aussi évoquer un monde de crises, de destructions et de renaissances, de mort morale ou physique, sans oublier la sexualité : des tendances sexuelles de chacun, à la façon d’aborder et surtout de vivre la sexualité. N’appelle-t-on pas l’orgasme « la petite mort ». On l’aura compris, la Maison VIII est une Maison très indiscrète pour qui sait la lire.

Chrysanthème, fleur de la Maison VIII

  

 

 

 

 

 

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DANS LA MYTHOLOGIE SCORPION… LA TRES PUISSANTE HECATE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 07-11-2012

Plus puissante que Perséphone… telle est Hécate, la déesse des enchantements et de la magie, la plus grande et la plus belle de toutes les sorcières qui, sans aucun doute, était à l’origine une Déesse Mère, Triple Déesse dotée de pouvoirs considérables. Elle ne les perdra jamais, même lorsque les Hellènes cherchèrent à la « noircir », à ne plus voir en elle qu’une déesse dangereuse, destructrice, invoquée secrètement au cours d’opérations de magie noire et aux carrefours de trois routes où sa statue dotée de trois têtes se dressait, avec dans ses mains les attributs du pouvoir : la torche qui éclaire le chemin menant aux enfers, le poignard sacrificiel, le fouet pour réveiller les consciences endormies, et parfois la clef qui ouvre les portes interdites ou secrètes. Zeus/Jupiter lui-même ne pourra lui retirer le pouvoir d’accorder aux mortels ce qu’ils désirent au plus profond de leur cœur.

Hécate

Hécate possédait « le pouvoir suprême au ciel et sur la terre », comme la plupart des grandes déesses mères dont Isis, par exemple, fait partie. Elle était la fille de Persès et d’Astéria, et appartenait à la première génération des dieux. Lorsque les enfants de Cronos/Saturne régnèrent sous la souveraineté suprême de Zeus/Jupiter, Hécate conserva ses privilèges et ses prérogatives antérieurs. En ces temps reculés, elle était considérait comme une déesse bienfaisante, elle dispensait en toutes choses les richesses matérielles et spirituelles, les victoires, aussi bien aux mortels qu’aux immortels et aux dieux, qui la respectaient tout en la craignant aussi. Ce n’est que peu à peu qu’elle acquit un caractère redoutable et maléfique.

Hécate, « qui frappe et agit comme il lui plaît », « qui voit loin » et dont le nom évoque le sacrifice des cent bœufs, l’hécatombe, viendra en aide à Déméter lorsque celle-ci errait par les routes à la recherche de Perséphone. C’est elle qui, accompagnée de ses chiens noirs, la conduira jusqu’au royaume des morts afin qu’elle y retrouve sa fille. 

Hécate – William Blake

On la représente parfois avec une tête de lion, une tête de chien et une autre, de jument, tous attributs de la Déesse Mère antique. On lui élevait aussi des statues sur les lieux où avaient été commis des crimes. Elle faisait apparaître des fantômes au cours des fêtes qui lui étaient dédiées, les Hécatées. On lui prête aussi, par pure malveillance, les cauchemars, ces « juments de la nuit », et les terreurs nocturnes. A moins qu’elle n’ait laissé dire, histoire d’entretenir une certaine crainte respectueuse chez les humains. On dira même, plus tard, que les Erinyes (*) l’accompagnaient, elles qui poursuivaient les coupables comme des remords harcelants. Comme toutes les Déesses Mères archaïques, elle était aussi déesse de la fertilité et des accouchements autant que de la magie. Ses dons incluaient la richesse spirituelle, tout autant que matérielle, comme toute divinité ayant accès aux trésors de Hadès/Pluton le riche. Hécate apportait même la sagesse et on voit en cela que la fréquentation du royaume de la mort peut favoriser l’évolution de l’être. Hécate est bien une déesse Scorpion.

Hésiode en parle en termes enthousiastes, faisant d’elle une déesse procurant la gloire, les victoires, les chasses heureuses, la prospérité et l’inspiration. Les âmes emportées par la tempête, nous dit-il encore, lui étaient confiées. Active collaboratrice d’Hadès/Pluton, elle est aussi à l’aise que lui dans le royaume souterrain et en connaît tous les chemins. Il faudra beaucoup plus de temps à Perséphone pour acquérir cette aisance.

Parce qu’elle est représentée sous les traits d’une divinité à trois têtes, la triple Hécate fut assimilée parfois aux trois divinités : Séléné, Artémis et Perséphone. Sa statue s’élevait aux carrefours ; on offrait à la déesse des sacrifices et on cherchait à se la rendre favorable par des incantations.

 

Oreste poursuivi par les Erinyes – William-Adolphe Bougereau

(*) Les Erinyes étaient au nombre de trois : Alecto (l’Implacable), Tisiphone (la Vengeance) et Mégère (la Haine). Munies de fouets, portant des torches, au corps ailé et à la chevelure de serpents, elles étaient les ministres de la vengeance des dieux et parcouraient la surface de la Terre pour tourmenter les mortels coupables. Selon Hésiode, elles sont nées de la Terre fécondée par le sang d’Ouranos, que Chronos/Saturne avait émasculé.

Eschyle, se faisant sans doute l’interprète d’une tradition plus tardive, attribue la paternité des Erinyes à l’Achéron, qui s’était uni à la Nuit. Divinités infernales, elles pourchassaient sans relâche les criminels qui, par leurs actions néfastes, avaient troublé l’ordre public et social. Elles envoyaient parfois des punitions collectives à toute une région sous forme d’épidémie. Mais le plus souvent, elles poursuivaient le criminel, en lui inspirant des remords, la crainte du châtiment, l’angoisse sans fin. Oreste, meurtrier de sa mère, est le type de héros qui n’échappe pas aux Erinyes. Elles pouvaient à l’occasion susciter des haines inexpiables, comme celles qui opposèrent Etéocle et Polynice. Leurs actions démoniaques s’étendaient naturellement au Monde souterrain : elles torturaient les âmes des humains qui s’étaient rendus coupables d’impiétés et de parjures ; elles les fouettaient et les insultaient. Aussi était-ce avec un respect mêlé de crainte qu’on évoquait ces divinités dont le nom d’Erinyes était remplacé, selon un superstitieux euphémisme, par le terme « d’Eumérides », les « Bienveillantes ».

Mégère, la Haine

Mégère, la Haine, est la plus connue des Erinyes et son nom est passé dans le langage commun. Elle avait deux fonctions principales : elle suscitait parmi les hommes les querelles armées, les colères et les crimes de la jalousie et de l’envie. Aux Enfers, avec ses sœurs, elle tourmentait les coupables mortels qu’elle avait elle-même incités au meurtre.

Bibliographie

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Editions Robert Laffont

Dictionnaire de la Mythologie Grecque et Romaine – Joël Schmidt – Larousse Editions

 

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SI LE SCORPION ETAIT UN PARFUM… IL SERAIT… SANTAL

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 05-11-2012

Le bois de santal était mentionné dans les livres sacrés sanskrit et les manuscrits chinois d’il y a 4000 ans. Quant à l’huile de santal, elle aussi était utilisée dans les rituels religieux et les nombreux temples construits de ce bois. Facile à tailler, le bois de santal permettait de sculpter des divinités parfumées. Le bois de santal est d’ailleurs probablement le plus ancien cosmétique naturel utilisé par l’homme. On sait que des onguents de santal étaient utilisés dès la Haute Egypte. Les Egyptiens importaient le santal, d’abord pour l’utilisation qu’ils en faisaient en médecine et ensuite pour l’embaumement des corps des défunts.

Arbre de santal

Ensuite, dans l’Antiquité, on utilisait le bois de santal pour la fabrication des meubles, dont le parfum éloignait les insectes. Les premiers Chrétiens se servaient du santal dans leurs rites de méditation, de clairvoyance, de purification de l’atmosphère contre les influences négatives et dans une recherche d’harmonie.

En Birmanie, la coutume voulait que les femmes aspergent chaque personne d’un mélange d’huile de santal et d’eau de rose dans le but de laver les péchés commis dans l’année, purifier ainsi le corps et l’esprit. Le Bouddhisme considère le santal comme l’un des trois encens intégraux, avec le bois d’Agar et le clou de girofle. Il affirme aussi que les senteurs de santal sont capables de transformer les désirs et de conserver l’attention d’une personne s’exerçant à la méditation.

Shiva

Dans l’hindouisme, le santal est couramment utilisé lors des cérémonies et rituels. Il fait partie de la recette des pâtes d’embaumement utilisées dans les temples dédiées à Shiva. Une majorité d’Hindous portent sur le front une marque faite avec cette pâte, supposée garder le troisième œil au frais. Le bois de santal est également présent dans la médecine traditionnelle, notamment l’huile essentielle de santal que l’on retrouve, même pure, en médecine ayurvédique et pour traiter l’angoisse. D’après certains textes, dès le IXe siècle, le santal était utilisé pour embaumer les princes défunts de Ceylan.

Le santal est l’un des principaux constituants de l’encens fabriqué en Chine, à Taïwan, au Japon, au Vietnam, en Corée. Il est destiné à être allumé dans les temples ou lors des cultes. En Inde, on l’utilise également pour ces mêmes applications.

Quant à la Bible, en Israël au temps du roi Salomon, elle relate que ce bois de santal était utilisé pour la fabrication de harpes, de luths et même pour les balustrades du temple de Jérusalem.

Mysore est la patrie du santal. Le long des routes qui mènent à la ville, on respire un parfum léger qui va s’intensifiant alors que l’on gagne les rues, ombragées de santal, qui mènent au fort et au majestueux palais du Maharadjah. Et puis, dans les boutiques de la vieille ville, la senteur devient enivrante.

Mysore – Palais du Maharaja

Mysore se situe à 146 km au sud-ouest de Bangalore, la capitale du Karnataka. Le nom de Mysore est la version anglicisée de « Mahishuru », qui signifie « le corps de Mahisha ». « Mahisha » vient de Mahishasura, un démon de la mythologie hindoue.

Santal est le nom ambigu désignant certains bois d’arbres appartenant principalement au genre « Santalum », de la famille des Santalacées. Les arbres des espèces produisant ce type de bois poussent naturellement en Inde, au Népal, en Australie, en Nouvelle-Calédonie et à Hawaii.

Le bois de santal est utilisé comme encens, en aromathérapie et en parfumerie. Il est surtout utilisé comme note de fond. C’est un excellent fixateur qui permet de capturer les arômes de tête des autres huiles essentielles. « Egoïste » de Chanel, une fragrance masculine, est dominé par le santal de Mysore. Il fut lancé en 1990. Des boîtes à bijoux précieuses sont également façonnées en santal.

Le bois de santal est un des éléments des masques de beauté traditionnels portés par les femmes de certaines cultures est-africaines, comme les femmes des Comores et du Mozambique. Ce masque s’appelle en comorien « msindanu ».

 Le bois de santal n’est pas vraiment utilisé comme bois de construction ou de charpente, bien que des temples aient été construits en santal, notamment en Inde. Ils conservent leur arôme depuis des siècles.

Il faut savoir que le santal népalais est une espèce végétale en danger et le gouvernement du Népal en régule l’exploitation. Cela fait donc du santal une essence très chère et malgré les peines encourues des centaines d’arbres sont abattus illégalement chaque année. L’huile essentielle de santal qu’on tire de ce bois peut atteindre des prix allant de 1 000 à 1 500 dollars le kilogramme. Cependant, le commerce de ces huiles est considéré par certains pays comme représentant un risque écologique, dans la mesure où il encourage l’exploitation des arbres.

 

Egoïste de Chanel dominé par le santal de Mysore

 

 

  

 

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