L’ASTROLOGIE AU CHATEAU DE CHANTILLY

(6.3.1 - En France) par sylvietribut le 21-10-2013

Henri d’Orléans, duc d’Aumale, fils du roi Louis-Philippe 1er, lègue en 1897 le château de Chantilly, avec l’ensemble de ses collections à l’Institut de France. Il abrite plusieurs salles aménagées en musée, ainsi que les anciens grands et petits appartements aménagés aux XVIIIe et XIXe siècle par les Princes de Condé et par le duc d’Aumale lui-même.

Chateau de Chantilly

Château de Chantilly

Le Musée Condé présente une collection de peintures anciennes qui compte parmi les plus importantes de France. Elle est principalement constituée d’œuvres italiennes et françaises, dont trois tableaux de Fra Angelico et trois de Raphaël pour la peinture italienne et cinq peintures de Nicolas Poussin, quatre d’Antoine Watteau et cinq signés Ingres, pour la France. Ce Musée de Condé abrite aussi un cabinet de 2 500 dessins et une bibliothèque comportant 1 500 manuscrits dont 200 sont enluminés. Le plus célèbre d’entre eux : les Très Riches Heures du Duc de Berry. S’y ajoutent des collections d’estampes, de portraits miniatures, de sculptures, d’antiquités, de photographies anciennes et d’arts décoratifs, meubles et porcelaine notamment.

L’ensemble de ces collections n’est visible qu’à Chantilly car le legs du duc d’Aumale interdit tout prêt des collections et aucune modification des salles d’exposition n’est par ailleurs possible. En conséquence, la muséographie n’a pratiquement pas changé depuis l’ouverture en 1898. Environ 250 000 visiteurs fréquentent le musée Condé chaque année. Quatre exposition temporaires sont organisées par an et permettent de voir une partie des œuvres conservées en réserve habituellement.

Les Très Riches Heures du Duc de Berry est un livre d’heures commandé par le duc Jean 1er de Berry et actuellement conservé dans ce Musée Condé à Chantilly, sous la cote Ms.65.

Ce livre d’heures fut commandé par le duc aux frères Paul, Jean et Herman de Limbourg vers 1410-1411. Inachevé à la mort des trois peintres et de leur commanditaire en 1416, le manuscrit fut probablement complété, dans certaines miniatures du calendrier, par un peintre anonyme dans les années 1440. Certains historiens de l’art y voient la main de Barthélemy d’Eyck. Mais c’est en 1485-1486 qu’il fut achevé dans son état actuel par le peintre Jean Colombe pour le compte du Duc de Savoie. Acquis par le Duc d’Aumale en 1856, il est toujours conservé dans son château de Chantilly et n’en peut sortir en raison des conditions du legs du Duc.

Après un oubli de trois siècles, les Très Riches Heures ont acquis rapidement une grande renommée au cours des XIXe et XXe siècle. Les miniatures ont contribué à façonner une image idéale du Moyen Age dans l’imaginaire collectif. C’est particulièrement le cas des images du calendrier, les plus connues, représentant à la fois des scènes paysannes, aristocratiques et des éléments d’architectures médiévales remarquables. Il s’agit de l’un des plus célèbres manuscrits enluminés.

 L'AUTOMNE - LES TRES RICHES HEURES DU DUC DE BERRY

Les Très Riches Heures du Duc de Berry – Septembre-Octobre

C’est certainement le calendrier, ensemble de miniatures, le plus célèbre du livre, si ce n’est de toutes les enluminures du Moyen Age. Présent dans tous les livres d’heures, le calendrier permet au lecteur de repérer la prière correspondant au jour de l’année et à l’heure de la journée. Sont ainsi notés : le nombre de jours dans le mois solaire et lunaire, les jours et le saint qui leur correspondent, ainsi que les fêtes religieuses. De plus, la durée de chaque jour précise son nombre d’heures et de minutes.

Il prend cependant ici une importance particulière : pour la première fois, il est illustré de miniatures de pleines pages. Par ailleurs, le calendrier inclut des données astronomiques qui atteignent un degré de précision jamais atteint jusqu’alors. Est indiqué notamment un nombre d’or, pour la première fois encore, servant au calcul des dates des nouvelles et pleines lunes. C’est en effet une des premières applications de la proposition de réforme du calendrier faite par Pierre d’Ailly qui préfigure le futur calendrier grégorien. Ces détails peuvent s’expliquer par l’intérêt porté par le commanditaire à l’observation des astres et à l’astrologie.

Chaque miniature est surmontée des signes zodiacaux correspondant au mois en cours, inscrits dans un demi-cercle. Ils sont entourés d’inscriptions astrologiques inscrites dans de petites cases, au-dessus et en-dessous. Cependant, quatre des miniatures correspondant à Janvier, Avril, Mai et Août, sont vierges d’inscription. Lorsqu’elles sont présentes, ces inscriptions contiennent elles aussi des informations astronomiques très détaillées. Au centre de ce demi-cercle, est représenté à chaque fois le dieu Apollon dans son char. Cette représentation est en grande partie inspirée d’un revers d’une médaille byzantine acquise par le duc de Berry, mentionnée dans un de ses inventaires, et représentant l’empereur Héraclius dans un char semblable.

L’HOMME ANATOMIQUE

On trouve cette miniature à la fin du calendrier. Un tel thème ne se retrouve dans aucun autre livre d’heures de cette époque. Elle représente l’influence des astres sur l’homme. Il se peut qu’elle soit inspirée d’ouvrages traitant de médecine ou d’astrologie. Plusieurs manuscrits avaient déjà représenté un homme dont les différentes parties du corps sont reliées à un des douze signes du zodiaque. L’originalité tient ici dans le dédoublement de l’homme et la double mandorle qui l’entoure, dans laquelle sont reproduits à nouveau les signes du zodiaque.

ASTROLOGIE ET SANTE AU MOYEN AGE

L’Homme-zodiaque

Dans chaque coin supérieur de la miniature sont peintes les armes du Duc de Berry : « Trois fleurs de lys d’or sur fond d’azur avec bordure engrêlée de gueule ». Dans chaque coin inférieur, on trouve le chiffre « VE » ou « UE » enlacés. Ces lettres ont fait l’objet d’interprétations diverses : il s’agit soit d’une allusion aux premières lettres d’une devise du duc « En Vous » ; soit d’une allusion à la première et dernière lettre du nom « Ursine ». Ce nom fait lui-même l’objet d’une double interprétation : soit Saint Ursin, le patron du duché de Berry, soit le nom d’une maîtresse que le duc aurait connu en captivité en Angleterre. Ce nom se retrouve dans les symboles héraldiques parlants qui parsèment à plusieurs reprises les marges du manuscrit : l’ours et le cygne.

Chaque coin est complété par quatre inscriptions latines décrivant les propriétés de chaque signe du zodiaque selon les quatre complexions : chaud, froid, sec ou humide ; les quatre tempéraments : colérique, mélancolique, sanguin et flegmatique et les quatre points cardinaux : « Le Bélier, le Lion et le Sagittaire sont chauds et secs, colériques, masculins, orientaux », en haut à gauche. « Le Taureau, la Vierge et le Capricorne sont froids et secs, mélancoliques, féminins, occidentaux », en haut à droite ; « Les Gémeaux, la Balance et le Verseau sont chauds et humides, masculins, sanguins, méridionaux » en bas à gauche ; « Le Cancer, le Scorpion et les Poissons sont froids et humides, flegmatiques, féminins et septentrionaux », en bas à droite.

La miniature datant d’avant 1416 est attribuée à l’un des frères de Limbourg. 

RAMPE DU CHATEAU DE CHANTILLY

Le Bélier – Rampe de l’escalier du Château de Chantilly

 

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