UNE SAINTE SAGITTAIRE… SAINTE CATHERINE D’ALEXANDRIE

(6.9 - LES SAINTS DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 25-11-2014

C’est dans un magnifique monastère byzantin sur le Mont Sinaï, aux confins de l’Afrique et de l’Asie, que se trouve le corps de Sainte Catherine d’Alexandrie. Elle serait née vers 290, en Egypte. Elle était la fille d’une riche famille de notables et fait rare pour l’époque, elle reçut une éducation philosophique. Suite à une vision extraordinaire et malgré le danger d’une telle démarche, elle se mit à prêcher le christianisme. La Vierge et l’Enfant lui seraient apparus et celui-ci lui remis un anneau en signe d’alliance.

MONASTERE BYZANTIN SAINTE CATHERINE D'ALEXANDRIE - SINAI

Monastère byzantin – Mont Sinaï

Fiancée du Christ, elle refusait donc toute proposition de mariage au grand désespoir de ses parents. Poursuivie par les autorités, elle fut martyrisée d’abord au moyen d’une roue garnie de lames tranchantes qu’elle aurait brisées avec l’aide du fiancé mystique, pour être enfin décapitée. Les mœurs de l’époque restent à peu près les mêmes dans notre XXIe siècle.

Pour elle, il se produit un incroyable prodige : de son malheureux corps coula non pas du sang mais du lait. Les anges l’auraient emportée ensuite à l’emplacement du monastère qui lui est consacré.

St_Catharine's_College_Crest_-_flat

Ecusson du St Catharine’s College de Cambridge

Sainte Catherine d’Alexandrie fut d’abord très populaire en Orient où la sainte est aussi la protectrice des jeunes filles. Puis, le culte de la sainte se répandit en Europe occidentale par l’intermédiaire des croisés qui créèrent un ordre en son honneur. Très vite, elle devint la patronne des corps de métiers utilisant des instruments tranchants : chirurgiens, barbiers, couturières, modistes, drapiers, cordiers, et à cause de la roue : fileuses, meuniers, cochers, charrons, rémouleurs, tailleurs, tourneurs etc… Les étudiants la reconnaissent aussi comme patronne, ainsi que les philosophes et les notaires, à cause de l’étendue de ses connaissances. La Sorbonne eut entre autres saints Sainte Catherine d’Alexandrie comme patronne. Le St Catharine’s College, l’un des trente-et-un collèges de la prestigieuse université de Cambridge, a pour écusson la roue dentée.

Elle est également la patronne des nourrices et gardes d’enfants, comme des filles à marier.

C’est la tradition de ses fiançailles mystiques qui a fait s’attacher à elle les jeunes femmes de vingt-cinq ans encore célibataires. Pour le grand public, elle est la vierge fiancée au Christ et on l’associe à Saint Nicolas pour la protection des enfants et des jeunes.

Ce culte a suggéré aux hagiographes médiévaux une représentation insolite : elle est la seule sainte que couronne une triple auréole : la blanche des vierges, la verte des hommes de lettres et de science et la route des martyrs. Ce qui permet de mieux comprendre le symbole des chapeaux de la Sainte-Catherine.

SAINTE CATHERINE D'ALEXANDRIE PAR CARAVAGE

Sainte Catherine d’Alexandrie par Caravage

De grands peintres italiens : Véronèse, Raphaël, Lotto, Caravage nous ont laissé de somptueuses images de la sainte, tandis que l’Orient évoque dans son iconographie aussi bien son martyre que son aspect de fiancée « royale ».

La fête de Sainte Catherine, occasion de mise en valeur des jeunes femmes solitaires, prend un aspect beaucoup plus symbolique si l’on songe à la place de cette fête dans les festivités cycliques et saisonnières ainsi que dans les traditions populaires. Elle est en effet célébrée à une date très importante pour le monde rural : la fin des semailles et la phase de la « germination mystique ». Les graines enfouies dans la terre qui est la gardienne de la fertilité jusqu’au printemps suivant. A cette période de l’année, une grande partie des récoltes est déjà consommée et on surveille les dépenses. Les mariages décidés à la suite des rencontres amoureuses du printemps et de l’été ont déjà été célébrés. Les filles solitaires, elles, sont obligées de mettre leur fécondité en veilleuse jusqu’au printemps suivant.

Comme leur situation de laissées pour compte n’est pas enviable, la société leur permet de détourner la dérision d’ont-elles sont l’objet en rencontres allègres, voire érotiques, à l’occasion d’un amusement dotn les chapeaux sont l’emblème. Si le chapeau est le signe distinctif par excellence de la jeune mariée, partout ans le monde rural, le couvre-chef des Catherinettes en est le détournement et la parodie.

On dit qu’en Grèce, dans les îles, l’invocation de la Sainte le jour de sa fête peut donner des rêves prémonitoires : les jeunes filles désireuses de connaître leur avenir vont à la messe et se procurent des mains du prêtre, un morceau de pain consacré. Placé sous l’oreiller, ce pais peut révéler le nom ou l’aspect de leur futur époux.

C’est encore dans les îles de la Mer Egée, comme au Proche-Orient où la pluie se fait rare jusqu’au mois de décembre, que la sainte vole, ou emprunte au bénéfice des paysans, l’eau si précieuse à la terre assoiffée.

En Espagne, Sainte Catherine se charge de distribuer des cadeaux, se déplaçant dans le ciel sur une grande roue qui évoque celle de son supplice. Il s’agit encore une fois de pratiques et de rites de passage centrés autour des dates cardinales. La Sainte trouve sa place dans ce chapelet de personnages mythiques et son culte dans les rites et les faits qui permettent d’égayer les journées courtes et obscures de cette période de l’année.

CATHERINETTE

Catherinette sous son chapeau

Plus près de nous, dans les ateliers de couture, le jour de la Sainte-Catherine, tout travail s’arrêtait et on coiffait de chapeaux farfelus les jeunes filles ayant atteint l’âge de vingt-cinq ans. Cette pratique donnait lieu à des réjouissances et à des bals populaires. C’était évidement une façon de faire entrer rituellement dans le « circuit » des épouses potentielles celles qui, sans cela, risquaient d’en être exclues.

Enfin, il existe une prière invocation prononcée à l’occasion du renouvellement annuel de la coiffure de la statue de Sainte Catherine qui résume bien sa réputation populaire :

« Sainte Catherine était fille de roi,

Sa mère était chrétienne, son père ne l’était pas.

O ! Santa Maria Catharina

Donne-moi l’homme qui me conviendra ».

chapeau de catherinette

Bibliographie

Fêtes et Croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Bordas

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

L’ASTROLOGIE DANS LES MONUMENTS – CURIOSITE ROMAINE

(6.3.2 - A l'étranger) par sylvietribut le 20-11-2014

La Casina delle civette – La Petite Maison des Chouettes – Villa Torlonia – Roma

 La Casina delle Civette fut la demeure du Prince Giovanni Torlonia jusqu’à sa mort en 1938. Elle est le résultat d’une série de transformations et d’ajouts apportées à la « Capanna Svizzera » ou la « Cabane suisse », construite au XIXe siècle. Elle se trouve à la lisière du parc et se cache derrière une colline artificielle. A l’origine, c’était un lieu d’évasion par rapport au caractère officiel de la résidence principale.

LA CASINA DELLE CIVETTE - VILLA TORLONIA - ROMA

La Casina delle Civette – La Petite Maison des Chouettes

Le chalet, conçu en 1840 par Giuseppe Jappelli à la demande du Prince Alessandro Torlonia, avait l’aspect d’un bâtiment rustique avec des parements extérieurs en tuf à bossage et à l’intérieur peint à la détrempe pour recréer des rochers imités et d’illusoires planches de bois. Les deux bâtiments : le pavillon principale et la dépendance, reliés entre eux par une petite galerie en bois et par un passage souterrain, dont est formé à l’heure actuelle le complexe architectural, n’ont pratiquement plus rien du romantique refuge au caractère alpestre imaginé par Jappelli au XIXe siècle, si ce n’est de par les structures de maçonnerie des deux corps de bâtiment principaux disposés en L, l’empreinte résolument rustique et l’emploi de différents matériaux de construction et le toit à pans inclinés.

Dès 1908, le « chalet suisse » commença à subir une transformation progressive, puis radicale, voulue par le petit-fils d’Alessandro, Giovanni Torlonia Junior, et finit par prendre l’aspect et le nom de « Village médiéval ». C’est l’architecte Enrico Gennari qui dirigea les travaux et le petit bâtiment devint une résidence raffinée aux grandes fenêtres avec des logettes, des arcades, des tourelles, à décorations de faïence et de vitraux colorés.

A partir de 1916, on commença à appeler ce bâtiment « Villino delle Civette », « Pavillon des chouettes », à cause de la présence d’un vitrail représentant deux chouettes stylisées parmi des sarments de lierre, réalisé par Duilio Cambellotti, en 1914, et en raison aussi de la présence répétée et presque obsessionnelle du thème de la chouette dans les décorations et dans le mobilier, thème voulu par le Prince Giovanni qui était un homme au caractère ombrageux et passionné de symboles ésotériques.

soffitto camera da letto Casina delle Civette

La carte du ciel du Prince Giovanni Torlonia Junior

Et puis, peu de personnes le savent, mais on dit que le plafond de la chambre à coucher de la Casina delle Civette de la Villa Torlonia représenterait l’horoscope du prince Giovanni Torlonia Junior, outre la décoration avec les chauves-souris, les étoiles du plafond représenteraient en fait la disposition astrologique du moment de la naissance du Prince.

De 1925 à 1943, la villa fut accordée en location à Benito Mussolini pour la somme symbolique d’une lire par an, tandis que le Prince Giovanni Torlonia Junior se retirait dans la Casina delle Civette.

En 1939, à la mort du dernier héritier direct, commença la décadence de la villa, d’abord à cause de complexes vicissitudes d’héritage, puis avec la désastreuse occupation de l’armée anglo-américaine entre 1944 et 1947 qui fut suivie de dizaines d’années d’abandon et de dégradation. C’est en 1978 que la Ville de Rome l’acheta et que commencèrent la restauration des édifices et du parc.

HOROSCOPE CACHE DU PRINCE GIOVANNI TORLONIA JUNIOR - CASINA DELLE CIVETTE

 

 

 

 

 

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

DANS L’UNIVERS DU SCORPION… FIGUES ET FIGUIERS

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 11-11-2014

Avec la vigne et l’olivier, le figuier se partage l’honneur d’être le plus souvent cité dans la Bible et s’il est un arbre dont on peut dire qu’il « appartient à l’histoire de l’humanité », c’est bien lui.

On suppose qu’Adam et Eve se servirent de ses feuilles pour couvrir leur nudité, le cache-sexe était né. Cependant, certains soutiennent que ce premier vêtement fut emprunté à la vigne. Les Egyptiens estimaient que son fruit avait succédé au gland comme nourriture de nos plus lointains ancêtres et ils accordaient une vénération spéciale à la figue qu’ils faisaient entrer dans de nombreux remèdes.

A L'OMBRE DU FIGUIER

A l’ombre d’un figuier

Les Hébreux, les Grecs et les Romains le cultivaient. On dit même que c’est sous un figuier que les futurs fondateurs de Rome, Romulus et Rémus, furent abandonnés et trouvés par la louve qui les allaita. Et, si l’on en croit les historiens, plusieurs guerres n’eurent d’autre mobile que la conquête de terres produisant d’aussi délicieux fruits.

La figue est considérée comme le plus ancien fruit domestiqué, après la découverte en 2006, dans la vallée du Jourdain en Palestine, de neuf figues parthénocarpiques, c’est-à-dire ne produisant pas de graines et dont la culture nécessitait l’intervention de l’homme, en recourant à des boutures. Ces figues seraient vieilles de 9 400 à 9 200 avant Jésus-Christ et donc domestiquées à la même époque que celle du riz en Asie, mais 1 000 ans plus tôt avant celle du blé, de l’orge et des légumineuses.

FIGUES

Figues fraîches

Le fruit défendu de l’Arbre de la connaissance du bien et du mal dans le récit du Livre de la Genèse est assimilé à la pomme d’Adam dans la tradition chrétienne, mais c’est  la figue dans la tradition juive. Vers – 100 avant Jésus-Christ, Pline l’Ancien évoquait déjà la culture de vingt-neuf variétés de figues différentes.

Bien plus tard, en France, Louis XIV fut un grand amateur de figues. La Quintinie, son jardinier, planta donc plus de sept cents figuiers de diverses variétés dans le potager du Roi au château de Versailles pour satisfaire la passion du Roi Soleil.

LES FIGUES DE BARTOLOMEO BIMBI

Différentes variétés de figues – Bartolomeo Bimbi – 1696

En Italie, les grands-ducs de Toscane appréciaient également de nombreuses variétés de figues comme en témoigne une peinture de Bartolomeo Bimbi.

Consommée à longueur d’année, fraîche ou séchée au soleil, par les peuples du pourtour de la Méditerranée, la figue fut aussi un précieux atout thérapeutique. L’Ancien Testament en signale l’emploi en cataplasmes contre les abcès des gencives et les inflammations de la bouche. Il rapporte aussi ce qui peut être considéré comme l’un des plus antiques cas de guérison : en ce temps-là, lit-on dans le Livre d’Isaïe, Ezéchias, roi de Juda, fut « malade à mort » d’une grave tumeur et Isaïe le prophète avait dit : « Qu’on apporte une masse de figues et qu’on les étende sur l’ulcère et Ezéchias vivra ». Ce qui fut fait et ce qui se réalisa.

Platon appelle les figues les « amies des philosophes » parce qu’elles « renforcent l’intelligence ». Les travaux modernes ont établi qu’il voyait juste puisqu’on recommande de manger des figues en cas d’asthénie physique et nerveuse. Dioscoride les conseille aussi, mangées avec des noix, pour se protéger contre d’éventuels empoisonnements. Quant à l’Ecole de Salerno, elle affirme que la figue « nourrit et engraisse ». Platon en faisait la « nourriture des athlètes par excellence ». Ce dernier raffolait des figues à tel point qu’on lui donna le nom de « philosukos », c’est-à-dire « l’amateur de figues ». On sait maintenant que 100 grammes de figues fraîches apporte 100 calories et 100 grammes de figues sèches, 250 calories, « lâche le ventre, adoucit la poitrine et guérit beaucoup de tumeurs », indications qui se retrouve dans la vieille pharmacopée qui classe la figue parmi les quatre fruits pectoraux avec la datte, le jujube et les raisins secs. On préconise la figue contre la toux, les rhumes opiniâtres, les maladies des poumons en général, les maux de gorge et la constipation.

Un proverbe dit que « pour qu’une figue soit bonne, elle doit avoir un habit de pauvre, c’est-à-dire une pellicule grisâtre et fripée, un œil d’ivrogne, mouillée avec une gouttelette perlant à l’ostiole, et un cou de dévote c’est-à-dire retombante par rapport au pédoncule.

CORBEILLE DE FIGUES DANS LA ROME ANTIQUE

Corbeille de figues – Fresque romaine

La figue est aussi l’objet de nombreux jeux de mots et lapsus, entre Français, Italiens et Corses. En effet, en italien, les mots « fica » et « figa » désignent vulgairement le sexe féminin, alors que le figuier et son fruit sont nommés « fico », masculin pour l’arbre et le fruit. Le geste de la « figue », consistant à placer le pouce entre l’index et le majeur repliés, est particulièrement offensant dans de nombreux pays du monde. On est bien dans l’univers du Scorpion. Au Brésil, une amulette représentant una « figa » est en revanche un porte-bonheur.

En latin, le foie d’oie engraissé aux figues se nommait « ficatum ». Ce nom est à l’origine des mots « foie » en français, « fegato » en italien, « higado » en espagnol, et des mots de même sens dans les autres langues romanes.

Quant au figuier, il est déjà mentionné dans la Bible. Au IIIe siècle avant Jésus-Christ, le philosophe péripatéticien Théophraste, au Livre V de son ouvrage « Histoire des Plantes », recommande le figuier pour les échafaudages, comme pour tout support vertical. Le figuier était jadis considéré comme une plante magique, associée à la magie. Là encore, l’influence du Scorpion se fait bien sentir.

Toujours dans cette influence plutonienne, arbre sacré des traditions indo-méditerranéennes, le figuier est fréquemment associé à des rites de fécondation. Dans la pensée dravidienne, « il doit son pouvoir fécondant à son latex, et parce que le latex est de même essence que l’énergie universelle, incluse dans l’élément Eau. Se souvenir que le Scorpion appartient à cet élément. Les Eaux Inférieures de la Genèse sont assimilables au Rasa. Le latex est également le suc vital Ojas qui communique la vie à l’enfant in utero.

FICUS CARICA - PLANCHE BOTANIQUE

Ficus carica – Planche botanique

D’innombrables rites de magie imitative attestent l’importance symbolique des arbres à latex, ainsi l’usage dravidien d’accrocher le placenta de la génisse, enveloppé dans de la paille, à la branche d’un branian, autre arbre à latex, pour que la vache ait du lait et de nouveaux petits. Dans toute l’Inde, le figuier des Pagodes est l’arbre de Vishnu et de Civa. Son culte est associé à celui du serpent, l’association arbre-serpent étant créatrice de force fécondante par excellence. Dans le bestiaire du Scorpion, figure en bonne place les reptiles et le serpent. 

Par ailleurs, en Grèce, le figuier était consacré à Dionysos, une divinité plutonienne. Toujours en Grèce, dans certains cultes agraires primitifs, les sycophantes étaient chargés de « révéler la figue ». Sans doute l’expression cache-t-elle symboliquement un rite d’initiation aux mystères de la fécondité. Plus tard, lorsque l’exportation des figues fut interdite hors de l’Attique, on appela « sycophantes » ou révélateurs de figue par dérision les dénonciateurs des contrebandiers. Le mot en vint à désigner les délateurs et les maîtres chanteurs.

FIGUES FRAICHES

Bibliographie

Nos Grand-mères savaient – La Vérité sur les plantes et la vie naturelle – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

DANS L’HERBIER DU SCORPION… LES ASPHODELES

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 04-11-2014

Pour les Grecs et les Romains, les asphodèles, liliacées aux fleurs régulières et hermaphrodites, étaient toujours liées à la mort. Fleurs des prairies infernales, elles étaient consacrées à Hadès/Pluton et son épouse Perséphone/Proserpine, qui régnaient sur le monde des morts et que l’astrologie place sous l’influence du Scorpion.

Le champ de l’Asphodèle ou Plaine des Asphodèles était un lieu des Enfers. Dans cet endroit séjournait la plupart des fantômes des morts qui y menaient une existence sans objet. C’étaient les âmes qui avaient commis ni crime, ni action vertueuse qui y habitaient. Ces âmes y étaient là, sans but, et patientaient éternellement. C’est d’ailleurs dans ce pré que se trouvait le palais des deux souverains des Enfers, Hadès et Perséphone.

Les Anciens, eux-mêmes, ne savaient guère pourquoi il en était ainsi et cherchaient à couper ou même à corriger ce nom pour lui faire signifier « champ de cendres » ou « les décapités, c’est-à-dire, mystiquement, ceux dont la tête ne commande plus aux membres, ne dicte plus de volontés.

ASPHODELES

Asphodèles

On en tirait de l’alcool. L’asphodèle symboliserait donc la perte du sens et des sens, caractéristique de la mort. Bien que les Anciens lui aient prêté une odeur pestilentielle, sous l’influence peut-être d’une association avec l’idée de mort, alors que le parfum de l’asphodèle s’apparente à celui du jasmin. Victor Hugo l’évoque dans « Booz endormi » au milieu « d’une ombre nuptiale, Elle à demi vivante et moi mort à demi, » où la vieillesse, le doute, l’affaiblissement des sens contrastent avec l’attente de l’amour :

Un frais parfum sortait des touffes d’asphodèles ;

Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala…

Ruth songeait et Booz dormait ; l’herbe était noire…

La plupart des espèces d’asphodèles poussent autour du bassin méditerranéen, avec une prédilection pour les sols calcaires. A noter qu’il existe une espèce alpine, ainsi qu’une autre espèce poussant à la fois sur les côtes de Bretagne et de Galice.

Dans l’Antiquité, les asphodèles étaient souvent utilisés pour fleurir la tombe des morts, d’où la légende du Pré de l’Asphodèle, lieu des Enfers dans la mythologie grecque. Le Pré de l’Asphodèle désignait une région des enfers grecs.

CHAMP D'ASPHODELES

Champ d’asphodèles

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

PHRYNE LA COURTISANE ATHENIENNE

(6.6.8 - LES MYTHES DU SCORPION ET DE PLUTON) par sylvietribut le 02-11-2014

La prostitution, les prostituées et courtisanes font partie du monde du Scorpion, de la Maison VIII, de Pluton, de Vénus en Scorpion, ou bien lorsque le thème présente une dominante plutonienne, s’y mêle aussi un côté Neptunien et Maison XII et le monde clos des Maisons closes.

 Phryné était une hétaïre grecque, célèbre au IVe siècle avant Jésus-Christ. Elle était fille d’Epiktès, née Mnésareté ce qui signifie en grec ancien « celle qui se souvient de la vertu », alors que Phryné se traduit littéralement par « crapaud », surnom qu’on lui avait donné à cause de son teint jaunâtre.

C’est en Béotie, à Thespies, qu’elle vit le jour. Elle s’installe probablement à Athènes après la destruction de sa ville par les Thébains, en 371 avant Jésus-Christ, où elle devint hétaïre. Très vite, elle a pour amants certains hommes parmi les plus distingués de l’époque. C’est d’abord le sculpteur Praxitèle qui, selon Athénée et Pline l’Ancien, l’utilise comme modèle pour son Aphrodite de Cnide. Athénée y ajoute le peintre Apelle qui l’utilise également comme modèle pour son Aphrodite Anadyomène.

Elle était également célèbre pour ses tarifs élevés. Selon le poète comique Machon, elle réclame une mine pour une nuit. Une mine était une unité de compte monétaire valant 100 drachmes, soit 432 grammes d’argent. Vers 149 Ploutos d’Aristophane mentionne le prix extravagant de 10 000 drachmes, soit un talent. Cependant, toujours selon Machon, son tarif varie suivant ses humeurs. Elle accumula de telles richesses que, selon le grammairien Callistrate, elle aurait offert de rebâtir les murailles de Thèbes, abattues en 336 avant Jésus-Christ par Alexandre le Grand, sous réserve qu’on y grave l’inscription : « Détruites par Alexandre, rebâties par Phryné, l’hétaïre ». Mais l’offre aurait été refusée.

PHRYNE PAR PRAXITELES

Phryné d’après Praxitèle

Organisatrice d’une confrérie religieuse vouée au culte du dieu thrace Isodaetes, elle fut accusée par l’un de ses anciens amants d’introduire une divinité étrangère à Athènes et par là même de corrompre les jeunes femmes. Elle fut défendue par l’orateur Hypéride, l’un de ses amants. Selon Athénée, celui-ci sentant à cours d’argument et peut-être aussi la cause perdue, aurait déchiré le peplos qui drapait Phryné, dévoilant aux Héliastes toutes les splendeurs secrètes de sa beauté. Les juges saisis devant une appréhension religieuse ne voulurent pas que l’on porte la main sur une telle beauté, emportant ainsi la faveur du jury. Phryné sera acquittée et portée en triomphe au temple d’Aphrodite/Vénus tandis que le rhéteur adverse était chassé de l’Aréopage.

Selon Elien, les Grecs auraient dressé sur une colonne, à Delphes, une statue en or de Phryné. Athénée précise qu’elle est l’œuvre de Praxitèle et qu’elle porte l’inscription « Phryné, fille d’Epiclès de Thespies ». Plutarque parle également de cette statue comme étant œuvre de Praxitèle présente dans le sanctuaire d’Apollon à Delphes.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, elle nourrit l’imaginaire de nombre d’artistes français, comme Aspasie et Sapho, perpétuant la tradition classique des femmes illustres et controversées. Elle sera le thème de seize peintures et trente-et-une sculptures notamment comme femme dénudée devant les juges.

Jean-Leon-Gerome-Phryne-devant-l-areopage--1861--

Phryné devant l’Aréopage – Jean-Léon Gérôme – 1861

Phryné restera à travers les siècles une inspiration, notamment on la retrouve sur une toile de Jean-Léon Gérôme « Phryné devant l’Aréopage » en 1861. C’est Camille Saint-Saëns qui lui dédie un opéra en 1893 « Phryné ». On peut toujours voir au musée de Grenoble une statue de marbre de Paros, dû au sculpteur James Pradier. Cette œuvre fut l’une des plus remarquées au salon de 1845 et louée par Baudelaire.

Dans le monde littéraire, Charles Baudelaire, dans ses poèmes Lesbos et La Beauté, ainsi que Rainer Maria Rilke, dans le poème « Die Flamingos », se sont inspirés de la beauté et de la réputation de Phryné. En 1891, le futur académicien Maurice Donnay connaît un grand succès en présentant au théâtre l’ombres du Chat Noir sa fantaisie « Phryné ».

Enfin, c’est le cinéma qui, en Italie, en 1953, fera de l’histoire de Phryné un film « Frine, cortigiana d’Oriente » ou « Phryné, courtisane d’Orient », réalisé par Mario Bonnard. Quant à Charles Gounod, dans son ballet « Faust », écrit une « Danse de Phryné ».

APHRODITE-PHRYNE

Aphrodite dont Phryné aurait été le modèle – Musée du Louvre

 

 

 

 

 

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,