ETRE RAVI AU SEPTIEME CIEL

(6.1 - Etymologie) par sylvietribut le 17-07-2017

Voilà une expression française qui exprime l’idée de ravissement total ou de bonheur intense.

Dans l’Antiquité, on pensait que la Terre était le centre du monde. Les astres et les dieux avaient été imaginés dans des sphères de cristal.

Chaque sphère représentait un ciel. Il y avait donc un ciel pour chaque planète, dans l’ordre exact de leurs distances : le ciel de la Lune d’abord, la plus près, le ciel de Mercure, puis de Vénus et celui du Soleil. « Le Soleil est de trois épicycles, c’est-à-dire ciels ou estages, au-dessus de la Lune » expliquait A. Paré. Venaient ensuite le ciel de Mars, de Jupiter et de Saturne. Au-delà était une dernière sphère, plus solide, qui portait toutes les étoiles ensemble, et qu’on appelait le firmament ou bien encore empyrée. Derrière cet ultime écran se tenait Dieu, en majesté, coiffant l’ensemble depuis qu’il avait séparé cette enveloppe, le premier jour de Sa création, les eaux d’en bas d’avec les eaux d’en haut.

On disait à l’époque, lorsque l’on avait du plaisir à quelque chose, que l’on était « ravi au ciel ». Le troisième ciel était celui de Vénus, déesse de l’amour, ce qui explique que l’on disait aussi « être au troisième ciel ». Cependant, après que les théories de Galilée aient été démontrées, on garda « être au septième ciel », pour conserver une référence aux dieux dans l’organisation des astres.

Au XVe siècle, Alain Chartier disait :

«  Il est ravy trop hault qu’aux tiers cieulx

Et pend pour soy toujours la chose aux mieulx ».

Depuis il y a eu de l’escalade et la jouissance extrême vous transporte carrément au septième ciel.

CIEL-TERRE

C’était bien confortable cette Terre logée au chaud, tranquille, protégée au milieu de ses globes rassurants, comme une matrice, avec Dieu tout autour, noyant le tout dans les « eaux d’en haut ». On peut juger si Copernic le chanoine et après lui Kepler et Galilée firent une fâcheuse impression au XVIe siècle, avec leur théorie nouvelle. On comprend que ces astronomes qui venaient mettre en morceaux ces jolies sphères de cristal millénaires aient été reçus comme des bœufs dans un magasin de porcelaine.

Personne n’en voulait de leur système d’orbites mathématiques dans lequel la Terre n’était plus le centre de rien, tournant toute seule sur elle-même, comme une vieille folle, courant après son soleil perdu dans les immensités galactiques. Ce fut de l’humanité le premier veuvage, ce firmament réduit en miettes, en étoiles froides du diable vauvert. Il faut comprendre les Anciens, il ne leur restait plus que la lune pour pleurer. Alors, ils gardèrent dans le langage les cieux, tout de même au pluriel, et ce septième ciel des ravissements.

SOLEIL ET DIFFERENTES PHASES DE LA LUNE - XIIIe SIECLE

Bibliographie

La puce à l’Oreille – Anthologie des expressions populaires avec leurs origines – Claude Duneton – Le Livre de Poche

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