DANS LE BESTIAIRE DES GEMEAUX… SOURIS DES VILLES OU SOURIS DES CHAMPS… SOURIS VERTE OU SOURIS BLANCHE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 06-06-2018

Quelle dualité… Quelle complémentarité… Nous sommes bien dans l’univers double des Gémeaux. En fait au cours de l’Histoire, ces rongeurs sont souvent confondus mais partagent un même aspect culturel. Et, depuis la Préhistoire, qu’ils soient rats ou souris, au sens large, ils ont toujours accompagné l’homme. C’est pourquoi ces bestioles occupent une très forte symbolique qu’on retrouve aussi bien dans le folklore que dans le domaine littéraire ou artistique. Ainsi, Jean de La Fontaine, dans certaines de ses fables, emploie parfois le mot « rat » parfois celui de « souris ». Bien plus loin encore, Homère dans une de ses œuvres, la « Batrachomyomachia », les évoque et ce qui est amusant c’est que, selon la langue, ce titre est traduit par « La bataille des grenouilles et des rats », mais aussi par « La bataille des grenouilles et des souris ». Même assimilation en Asie où Mûshika, la monture du dieu Ganesh peut tout aussi bien être un rat qu’une souris. Et puis, dans l’astrologie chinoise, le premier signe du zodiaque est le Rat, parfois désigné sous le nom de « souris ». Cependant, la langue chinoise ne fait pas de distinction entre le rat et la souris dans le langage courant.

LE RAT DES VILLES ET LE RAT DES CHAMPS

Rat des villes et Rat des champs

Dans l’Antiquité grecque et romaine, souris et rat ne se distinguent pas vraiment dans le langage et de ce fait ne se distinguent pas non plus dans les croyances de l’époque. La souris est connue dans toute l’Antiquité alors que le rat aurait été introduit plus tardivement. Celui-ci est symbole de la vie souterraine, tenu pour maléfique et nuisible, c’est un animal glouton et prolifique qui dévaste les réserves alimentaires et les champs tout en propageant les épidémies. Strabon, qui était géographe et historien grec, affirmait que le rat avait répandu la peste en Ibérie, c’est-à-dire l’Espagne. Pourtant quelques valeurs positives sont également associées au rat et à la souris en Occident durant l’Antiquité. Pline l’Ancien dit, par exemple, que l’on ne doit pas négliger les rats puisqu’ils peuvent être porteurs de présages et ainsi rendre service. Les souris sont d’ailleurs utilisées pour la divination par de nombreux peuples de l’Afrique de l’Ouest.

Dans l’Iliade, Apollon est évoqué sous le nom de « Sminthée », dérivé d’un mot qui signifie « rat ». L’ambivalence du nom attribué à Apollon correspondrait à un double symbole : le rat propageant la peste serait le symbole de l’Apollon de la peste et, dans le passage de l’Iliade, le vieillard Chrysès appelle le dieu à la vengeance contre un affront.

Apollon, d’autre part, protège contre les rats, en tant que dieu des moissons. On voit que, dans la symbolique, le même rôle destructeur que possèdent les rats peut justifier deux applications différentes : l’utilisation de ce rôle par vengeance, la suppression de ce rôle par bienfaisance ; de là, le double aspect du dieu appelé Sminthée. Se souvenir qu’Apollon est lié à la médecine et à l’art divinatoire. D’ailleurs, des souris blanches étaient élevées dans son temple.

Cette tradition primitive et agraire d’un Apollon, dieu rat, qui envoie les maladies, comme la peste, et qui en même temps la guérit, est à rapprocher d’une tradition indienne d’un dieu rat, qui serait le fils de Rudra et qui aurait aussi ce double pouvoir d’apporter les maladies et de guérir, les malades. Apollon Sminthée et Ganesha incarneraient les puissances bénéfiques et guérisseuses du sol.

CONSEIL TENU PAR LES RATS - JEAN DE LA FONTAINE - ILLUSTRATION GUSTAVE DORE

Le conseil tenu par les rats – Gustave Doré

Les rats ou les souris sont présents dans la littérature antique, outre l’Iliade d’Homère qu’on peut dater de la fin du VIIIe siècle avant Jésus-Christ, comment ne pas évoquer les nombreuses fables de l’écrivain grec Esope qui vivait entre les VIIe et VIe siècles avant Jésus-Christ. Ces fables ont notamment inspirées La Fontaine et c’est à Esope que l’on doit attribuer la paternité de ce genre littéraire qu’est la fable. Parmi ces fables, on peut citer les titres qu’on attribue à La Fontaine : « La grenouille et le rat », « Le rat des villes et le rat des champs », « Le lion et le rat », « Le conseil tenu par les rats », « Le combat des rats et des Belettes ». Chez Jean de La Fontaine on se souvient de : « Le Taureau et le Rat », « Le serpent, la belette et les rats » ainsi que « Le lion qui a peur d’une souris et le renard ».

Plus près de nous, Freud signale dans « L’homme aux rats » cet animal, réputé impur, qui fouille les entrailles de la terre, revêt une connotation phallique et anale, qui le relie à la notion de richesses et d’argent. C’est ce qui fait qu’il est souvent considéré comme une image de l’avarice, de la cupidité, de l’activité nocturne et clandestine. Le Yi-King rejoint ici les traditions européennes. Dans une interprétation valorisante, l’accent est mis sur sa fécondité, comme au Japon, où il est le compagnon du dieu de la richesse, Daikoku. L’interprétation est la même en Chine et en Sibérie.

Cependant, le rat, insatiable fureteur, est aussi considéré comme un voleur, ne parle-t-on pas du « rat d’hôtel ». En Inde, la souris Mûshaka est la monture de Ganesha. Elle est, elle aussi, associée à la notion de vol, d’appropriation frauduleuse des richesses. Quant à l’astrologie, elle a fait des Gémeaux et de Mercure son Maître, les symboles des commerçants et des voleurs.

LA SOURIS DANS LA LITTERATURE ENFANTINE

Souris dans la littérature enfantine

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevallier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

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