LE NOIR… UNE COULEUR SCORPION

(16 - LES COULEURS DU ZODIAQUE, 4.5 - L'INGRES DECEMBRE 2011) par sylvietribut le 30-10-2016

Contre-couleur du Blanc, le Noir est son égale en valeur absolue. Comme le blanc il peut se situer aux deux extrémités de la gamme chromatique, en tant que limite des couleurs chaudes comme des couleurs froides ; selon sa matité ou sa brillance, il devient alors l’absence ou la somme des couleurs, leur négation ou leur synthèse.

Symboliquement, il est le plus souvent entendu sous son aspect froid, négatif. Contre-couleur de toute couleur, il est associé aux ténèbres primordiales, à l’indifférencié originel. En ce sens, il rappelle la signification du blanc neutre, du blanc vide et sert de support à des représentations symboliques analogues, telles que les chevaux de la mort, tantôt blancs, tantôt noirs.

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Cheval noir et cheval blanc

Installé au-dessous du monde, comme peut l’être le monde du Scorpion et de Pluton, le noir exprime la passivité absolue, l’état de mort accomplie et invariante, entre ces deux nuits blanches où s’opèrent, sur ses flancs, les passages de la nuit au jour et du jour à la nuit. Le noir est donc la couleur du deuil, non point comme le blanc, mais d’une façon plus accablante. Le deuil blanc a quelque chose de messianique. Il indique une absence destinée à être comblée, une vacance provisoire. C’est le deuil des Rois et des Dieux qui vont obligatoirement renaître : le Roi est mort, vive le Roi !  Ce qui correspond bien à cette cour de France où le deuil se portait en blanc. Le deuil noir, lui, est, pourrait-on dire, le deuil sans espoir. Le deuil noir c’est la perte définitive, la chute sans retour dans le Néant. En Egypte, une colombe noire était le hiéroglyphe de la femme qui reste veuve jusqu’à sa mort. Cette colombe noire peut être considérée comme l’éros frustré, la vie niée.

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Diana Efesina – Musei Capitolini – Rome

Dans le Zoroastrisme, Adam et Eve s’habillent de noir lorsqu’ils sont chassés du Paradis. Couleur de la condamnation, le noir devient aussi la couleur du renoncement à la vanité e ce monde. Cependant, le noir est aussi symbole de fertilité. C’est Homère qui voit l’Océan noir. Ce sont les grandes déesses de la Fertilité, ces vieilles déesses-mères qui sont souvent noires en vertu de leur origine chthonienne : les Vierges noires reconduisent ainsi les Isis, les Déméter, les Cybèle et les Aphrodite noires.

Ce noir est le ventre du monde où, dans la grande obscurité gestatrice, opère le rouge du feu et du sang, symbole de la force vitale. D’où l’opposition fréquente du rouge et du noir dans l’Axe Nord-Sud, ou, ce qui revient au même, le fait que rouge et noir peuvent apparaître comme de substituent. D’où aussi la représentation des Dioscures montés sur deux chevaux, l’un noir et l’autre rouge, sur un vase grec. Il en va de même pour le costume de Camillus, le grand psychopompe des Etrusques, qui a le corps rouge, mais des ailes, une tunique et des bottines noires.

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Arcane XIII du Tarot de Marseille – Arcane sans nom

Les couleurs de La Mort, Arcane 13 u Tarot, sont significatives. Cette mort initiatique, prélude d’une véritable naissance, fauche le paysage de la réalité apparente – paysage des illusions périssables – d’une faux rouge, tandis que ce paysage est lui-même peint en noir. L’instrument du trépas représente la force vitale et sa victime le néant : fauchant la vie illusoire, l’Arcane 13 prépare l’accès à la vie réelle. Le symbolisme du nombre confirme ici celui de la couleur ; 13, qui succède à 12, chiffre du cycle accompli, introduit à un nouveau départ, amorce un renouvellement.

Dans le langage du blason, la couleur noire se nomme « sable », ce qui exprime ses affinités avec la terre stérile, habituellement représentée par un aune ocre, qui est parfois aussi le substitut du noir ; c’est ce même jaune de terre ou de sable qui représente le nord, froid et hivernal, pour certains peuples amérindiens, ainsi que pour les Tibétains et les Kalmouk. Le sable signifie : prudence, sagesse et constance dans la tristesse et l’adversité. Du même symbolisme relèverait le fameux vers du Cantique des Cantiques : « Je suis noire et pourtant belle, fille de Jérusalem qui, selon les exégètes de l’Ancien Testament, est le symbole d’une grande épreuve ».

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Bâtonnets de charbon de bois

Par ailleurs, les noirs ont été les premiers pigments préparés par l’homme à partir de bois carbonisé, le noir de charbon, puis par combustion, le noir de carbone et le noir de fumée. Ces deux noirs mélangés à un liant aqueux ont servi à fabriquer les premières encres d’écriture.

Pline l’Ancien parle « d’atramentum » à propos des noirs de carbone. Il explique comment obtenir différents noirs : « On fabrique le noir de plusieurs façons, avec la fumée que donne la combustion de la résine ou de la poix ; aussi a-t-on construit pour cela des laboratoires qui ne laissent pas cette fumée s’échapper. Le noir le plus estimé se fait de cette façon, avec le « pinus teda » ; on le falsifie avec le noir de fumée des fourneaux et des bains, et c’est de celui-là dont on se sert pour écrire les livres. Il en est qui calcinent la lie de vin desséchée ; et ils assurent que si la lie est d’un bon vin, le noir ainsi obtenu ressemble au noir indien. Polygnote et Mica,, les célèbres peintres d’Athènes, en ont préparé avec du marc de raisin, qu’on appelle « tryginon » en grec « trux », la lie. Appelle a imaginé d’en préparer avec l’ivoire brûlé, et lui a donné le nom « d’éléphantinum ». On apporte aussi de l’Inde le « noir indien » dont jusqu’à présent la composition m’est inconnue. Les teinturiers en font avec une efflorescence noire qui s’attache aux chaudières de cuivre. On l’obtient encore en brûlant le bois du « pinus teda », et en triturant les charbons ans un mortier. Les seiches, par une propriété merveilleuse, ont un noir, mais on ne s’en sert pas. La préparation de tout noir se complète au soleil : du noir à écrire, par l’addition de la gomme ; du noir à enduit par l’addition de la colle ».

La couleur noire étant la plus consommée par l’homme pour l’écriture (encre de Chine), l’imprimerie, les photocopieuses, les imprimantes, la peinture, c’est probablement aussi la couleur par laquelle il existe le plus grand nombre de procédés de production.

Les pigments noirs sont d’origines diverses. Chacun a une tendance plus ou moins prononcée, vers le bleu, le rouge, le vert, etc. qui se manifestent quand ils sont dilués. En peinture, « rabattre » un ton, c’est lui ajouter un peu de noir.

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

 

 

 

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