INTOLERANCE ET BARBARIE… TOUJOURS A L’ORDRE DU JOUR

(2.3 - DANS L'ACTUALITE AUJOURD'HUI... REAGISSEZ) par sylvietribut le 14-12-2009

1327 : L’ASTROLOGUE CECCO D’ASCOLI MEURT SUR LE BUCHER DE L’INQUISITION

NOVEMBRE 2009 : ALI HUSSEIN SBAT, ASTROLOGUE LIBANAIS, EST CONDAMNE A MORT EN ARABIE SAOUDITE

Il s’appelait Francesco Stabili, dit Cecco d’Ascoli. Il était né en 1269 près d’Ascoli Piceno dans les Marches, aux confins des Abruzzes. C’était un poète et encyclopédiste italien du Moyen Age, auteur d’un poème intitulé Acerba, écrit en italien, une sorte d’encyclopédie où il traitait de la physique et de l’astrologie. Et c’est pour ce sujet qu’il est mort sur le bûcher de l’Inquisition le 10 septembre 1327 à Florence.

cecco-dascoli

Il avait sans doute fait des études de médecine à l’université de Salerno en Campanie, mais rien ne l’atteste. A cette époque, il rencontre et échange avec Dante, décédé lui en 1321. Entre 1322 et 1324, il vit à Bologne où il enseigne à l’université. Il commente l’œuvre de Jean de Sacrobosco, dit aussi Jean de Halifax, auteur de Sphaera mundi, Sphère du Monde, en 1231.

En 1324, Cecco d’Ascoli connaît une première condamnation de l’Inquisition. L’inquisiteur, un dominicain nommé Lamberto di Cingoli, l’accuse de « mal parler » de la foi catholique. Il lui impose une pénitence et met ses livres sous sequestre. Frappé également d’une amende, Cecco d’Ascoli doit quitter Bologne en décembre 1324. L’année suivante la défense d’enseigner est levée. Il n’en commente pas moins le De principiis astrologiae, Des principes de l’astrologie, d’Alcabitius et, ironie de l’Histoire, ce n’est autre qu’Al-Qâbisi, auteur arabe d’une Introduction à la science de l’astrologie évaluative, parue en 949 et traduite en latin par Jean de Séville Hispalensis.

Fin 1326, Cecco d’Ascoli se rend à Florence, comme astrologue-médecin du duc Charles de Calabre. Un nouveau procès le rattrape, dirigé par un franciscain cette fois, Accursio, évêque d’Aversa. C’est la seconde condamnation de l’Inquisition qui tombe en juillet 1327. L’évêque déclare Cecco d’Ascoli relaps, c’est-à-dire « retombé en hérésie ». Il le condamne au bûcher et fait détruite ses œuvres : le Commentaire sur le « De Sphaera » de Sacrobosco, le Commentaire sur le « De principiis astrologiae » d’Alcabitius, l’Acerba (*).

En fait, ce n’est pas l’astrologie qui est condamnée puisqu’elle est acceptée, enseignée, mais une utilisation non orthodoxe. Les chefs d’accusation à Florence reprennent ceux de 1324 à Bologne, c’est-à-dire que :

1)     Cecco d’Ascoli a affirmé qu’on pouvait, sous certaines constellations, accomplir des choses extraordinaires, qu’il croyait en l’existence d’esprits malins dans les sphères supérieures, ce qui le rapproche de la croyance cathare ;

2)     Il croit que la naissance du Christ peut être datée par la position des astres, ce qui entre en contradiction avec le dogme catholique de la toute puissance divine ;

3)     Il croit que la venue de l’Antéchrist peut être prédite, et astrologiquement, ce qui est contraire aux Evangiles.

Les veines du front taillées, Cecco d’Ascoli est brûlé par l’Inquisition de Florence, le 10 septembre 1327.

(*) L’Acerba fut imprimé pour la première fois à Venise en 1476. Le livre s’oppose à la vision du monde de Saint Thomas telle qu’on la voit chez Dante.

ascoli_piceno Ascoli Piceno

19 Novembre 2009 – Le Journal Le Monde titre : Condamné à mort en Arabie Saoudite pour avoir dit la bonne aventure au Liban.

http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2009/11/19/condamne-a-mort-en-arabie-saoudite-pour-avoir-dit-la-bonne-aventure-au-liban_1269293_3218.html

Al-Aïn, vallée de la Bekaa, Cécile Hennion, Envoyée spéciale

Condamné à mort pour « sorcellerie », Ali, ressortissant libanais de 46 ans, n’a plus que quelques jours à vivre au fond d’une lointaine geôle d’Arabie saoudite. Au Liban, sa famille est sous le choc face à la sentence, « démesurée, incompréhensible », et tente désespérément de trouver un sens au scénario cauchemardesque qui a mené Ali au pied de l’échafaud. Originaire d’Al-Aïn, un village chiite du nord du Liban, Ali Hussein Sbat est marié et père de quatre enfants.

Il avait trouvé du travail à Beyrouth, au sein d’une petite chaîne de télévision câblée baptisée « Shéhérazade », diffusée au Liban et dans la région. Devant la caméra, il recevait des appels téléphoniques de téléspectateurs à qui il « prédisait » l’avenir. Travail, santé, amour, les problèmes qui lui étaient exposés trouvaient une issue heureuse ou une parole d’encouragement.

En 2008, Shéhérazade ferme ses portes et Ali se reconvertit dans les plantes médicinales. Au printemps de la même année, il part en pèlerinage dans les lieux saints chiites, en Iran, puis en Arabie saoudite, à La Mecque. Le 7 mai 2008, il faisait la sieste dans un hôtel de Madinat Al-Mounawara saoudien, dernière étape avant son retour au Liban, quand la police des mœurs saoudienne vient le tirer de son lit. Ali disparaît pendant un temps avant de réapparaître à la télévision saoudienne.

« Parce qu’il est chiite »

Il est filmé, pieds et poings liés, « avouant » avoir pratiqué de la « magie ». Le verdict rendu par la cour de Madinat Mounawara est tombé le 9 novembre 2009. Ali Hussein Sbat est jugé coupable de « sorcellerie », de « mécréance », d’insulte à l’islam et violation de la charia (loi islamique) pour ses activités télévisées à Shéhérazade et condamné à la peine capitale.

la-mecque-lieu-de-pelerinage-des-musulmansLa Mecque

Comment ce ressortissant libanais, n’ayant par ailleurs jamais exercé sur le sol saoudien, a-t-il pu se retrouver dans une telle situation ? « C’est parce qu’il s’appelle Ali, pense son frère Mehdi. Il est chiite avec un nom chiite et il avait un visa iranien sur son passeport ». Les tensions au Proche-Orient entre communautés chiites et sunnites seraient, selon ses proches, une des explications. En Arabie saoudite, le bras de fer qui se joue entre le roi Abdallah et certaines autorités religieuses pourrait en être une autre. « En tout cas, c’est politique », murmure-t-on dans la famille du condamné.

Al-Aïn, le village d’Ali, se situe à 35 kilomètres au nord de Baalbeck dans la vallée de la Bekaa. Sur les murs, le visage de l’ayatollah Khomeiny veille, sévère, sur une population pieuse et modeste. Entre montagnes, petits vergers et routes défoncées, le temps semble avoir suspendu son vol. Mais pour les proches d’Ali, il s’est mué en compte à rebours mortel. Ils avaient trente jours pour faire appel du verdict. Le 19 novembre, il n’en restait déjà plus que 20. « Nous avons regardé sur Internet, raconte Mehdi, le frère. Les châtiments pour actes de magie ne dépassent pas les peines de dix ans de prison ». « Une main coupée, peut-être… » suggère le père. Tous se sentent abandonnés par le député local qui a promis son soutien le jour des élections, le 12 juin, mais qui ne s’est plus manifesté depuis, alors que l’ambassadeur du Liban en Arabie saoudite n’a toujours pas rendu visite à Ali en prison.

Consulté, le cheikh Abdel Amir Qabanlan, plus haute autorité religieuse chiite du Liban, a estimé que les activités d’Ali relevaient de « l’aide psychologique » pour des gens en « manque d’espoir », et non de la « magie » ou d’autres activités contraires à l’islam. L’avocate libanaise May Khansa, connue pour accepter les dossiers les plus déshérités, dénonce un « procès sans avocat pour un acte qui ne relève tout au plus que de l’escroquerie », les « tortures infligées à Ali pendant son interrogatoire » et le prix, « un million de dollars, réclamé par les avocats saoudiens » pour entreprendre une procédure en appel.

Cette étrange affaire embarrasse les autorités libanaises, elles-mêmes divisées entre sunnites et chiites, alors que l’Arabie saoudite est un « parrain » très influent au Liban. Le ministre libanais de la justice, Ibrahim Najjar, affirme avoir fait « le nécessaire ». Opposant déclaré à la peine de mort, il précise être dans l’incapacité de se prononcer sur un dossier relevant d’une justice étrangère. « Je respecte la justice saoudienne et la charia, souligne-t-il, mais en tant que juriste, je remarque que la sorcellerie n’est plus ici qu’un vulgaire délit. Il ne viendrait à l’idée de personne au Liban de condamner à mort une diseuse de bonne aventure. Ce serait ridiculement perçu ». Claire Hennion

Comme on peut l’imaginer cette nouvelle a suscité une grande émotion dans la communauté astrologique mondiale et en France l’astrologue Emmanuel Leroy a fait une proposition de lettre à l’Ambassadeur d’Arabie Saoudite à Paris. Que vous soyez astrologue ou simplement sensible à cette triste histoire d’un autre temps, reprenez ce petit texte en le signant de votre nom et adressez-le à l’adresse suivante : amb.arabiesaoudite@gmail.com

                Monsieur l’Ambassadeur,

La presse a annoncé qu’un astrologue libanais, Monsieur Ali Sbat, avait été condamné à mort dans votre pays pour avoir pratiquer publiquement l’astrologie.                                                                 

La communauté des astrologues français s’émeut de cette condamnation… En effet, la discipline de notre art n’est en rien contraire au respect des religions. Et l’astrologie a d’ailleurs été remarquablement enrichie par les recherches et les travaux des astrologues arabes.

Par ailleurs, il nous semble que cette condamnation est totalement contraire au respect des droits de l’homme qui promeut la liberté de conscience.

Nous vous demandons donc solennellement d’intervenir auprès de votre gouvernement pour que cette condamnation à mort ne soit pas exécutée et qu’une solution juridique humaine soit trouvée, afin que Monsieur Ali Sbat puisse être expulsé d’Arabie Saoudite et rapatrié dans son pays d’origine.

Dans l’attente de votre réponse, soyez assuré, Monsieur l’Ambassadeur de mes sentiments les plus respectueux.

Le 10 décembre 2009, sur France Culture, le journaliste Mars Kravetz a évoqué ce cas pénible et douloureux.

Si vous le pouvez reprenez cette information sur vos sites ou sur vos blogs. 

 

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