DANS LE BESTIAIRE DU CAPRICORNE… LA CHEVRE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 15-01-2012

De la chèvre vorace au bouc émissaire

Le couple chèvre/bouc, hautement symbolique dans les traditions anciennes, semble s’être appauvri, ou c’est chargé de connotations neutres ou négatives avec le temps, surtout sous l’impact du christianisme.  

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On ne la connaît maintenant guère que par son agilité, son goût de la liberté, d’une liberté primesautière, qui fait que le nom de chèvre « capris » a été donné au « caprice », et on a occulté son ancien symbolisme qui persiste encore dans les traditions populaires. Dans une grande partie de l’Europe centrale et orientale en effet, la Chèvre est le déguisement zoomorphe le plus significatif dans le cycle des fêtes d’hiver. Maigres, lugubres, munies d’une longue tête en bois, les Schnabelgeissen « les chèvres au long bec », envahissent les rues des villages de Suisse centrale, à Ottenbach, dans les nuits qui précèdent Noël. Avec les claquements sinistres de leur gueule, et les hurlements qu’elles produisent, elles sont la terreur des âmes sensibles ou protectrices des hommes pendant ces nuits propres à la magie et aux mystères du solstice.

Cette tradition, qui a repris vie à partir des années cinquante, donne lieu actuellement à un événement qui dure tout le mois de décembre. Les chèvres sont embellies, et les cortèges se produisent désormais devant les auberges ou dans les maisons privées, avec des mimiques et des farces qui expriment peut-être une adaptation moderne, conforme aux besoins et aux mœurs de la société actuelle, d’une célébration ancienne.

La « Koza », la Chèvre, des différentes traditions slaves, est le personnage principal des déguisements rituels des sviatki, les douze « jours bénis ». C’est la chèvre qui mène les cortèges des chanteurs annonçant la bonne nouvelle de Noël, ou l’arrivée du Nouvel an. C’est toujours le plus agile, le plus futé, qui fait la Chèvre, revêtu de peaux de moutons retournées, de housses en drap blanc, le visage dissimulé par un masque découpé dans une peau de chèvre, ou sculpté en bois et muni d’une mâchoire intérieure mobile.

Loin d’être un pur amusement de la jeunesse, la Chèvre et son cortège manifestent la continuité, peut-être inconsciente, de conceptions archaïques. Dans la tradition lointaine de l’Inde, la chèvre, dont le nom signifie également « non-née », est le symbole de la substance primordiale non manifestée. Elle est la Mère du monde.

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Amalthée – Musée du Louvre

Dans la mythologie grecque ancienne, Zeus/Jupiter, le futur Père des hommes, tétait le lait de la chèvre Amalthée, qui fut par la suite transformée en déesse nourricière, en fille du Soleil, étoile de la constellation du Cocher, annonçant l’orage et la pluie. L’idée d’associer la chèvre à la manifestation du dieu est très ancienne. D’après Diodore de Sicile, des chèvres auraient guidé l’attention des hommes de Delphes vers le lieu où des fumées sortaient des entrailles de la terre. Prises de vertiges, elles dansaient. Intrigués par ces danses, des hommes comprirent le sens des vapeurs émanant de la terre : il leur fallait interpréter cette théophanie ; ils instituèrent un oracle.

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Constellation du Cocher

Enfin, chez les Grecs, la chèvre symbolise l’éclair et l’étoile de la Chèvre, dans la constellation du Cocher, annonce l’orage et la pluie. Alors que certaines peuplades de Chine mettent la chèvre en rapport avec le dieu de la foudre : la tête de la chèvre sacrifiée lui sert d’enclume. La même relation entre la foudre et la chèvre est attestée au Tibet. Elle figure en somme un instrument de l’activité céleste au bénéfice de la terre, et même plus précisément de l’agriculture et de l’élevage. Nous sommes bien dans le monde de Saturne. Notez aussi l’importance de Jupiter dans la symbolique du Capricorne. Voilà qui est tout à fait logique puisque le Capricorne est le lieu de chute de Jupiter.

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Jupiter en chute en Capricorne – Miniature in Liber Astrologiae XIIIe siècle – Palazzo di Sichelgaïta

Dans la Bible, Yahvé s’était manifesté à Moïse au mont Sinaï au milieu des éclairs et du tonnerre. En souvenir de cette manifestation, la couverture couvrant le tabernacle était composée de poils de chèvre : la foudre, c’est Jupiter, mais la chèvre c’est le Capricorne…

Un vêtement, nommé « cilicium », tissé de poils de chèvre, était porté par certains Romains, et par des Syriens, au moment de la prière, pour symboliser leur union avec la divinité. Chez les Chrétiens, le port ascétique du cilice prend le même sens, avec une intention de mortifier la chair par pénitence et de libérer ainsi l’âme vivifiée qui veut se donner pleinement à son Dieu. Ce qui n’est pas sans évoquer la robe de bure des moines.

Notons à ce propos que le mot « soufi » viendrait, selon la tradition la plus admise en Orient, de « souf », terme sous lequel on désigne le feutre de poil de chèvre dont était rituellement faite la robe des derviches de certaines confréries mystiques musulmanes particulièrement sévères dans leurs règlements intérieurs.

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Dionysos

Les Orphiques comparent l’âme initiée à un chevreau tombé dans le lait, c’est-à-dire vivant de la nourriture des néophytes, pour accéder à l’immortalité d’une vie divine. Dans les orgies dionysiaques, la peau des chevreaux égorgés revêtait les Bacchantes. Le chevreau désigne parfois Dionysos en transe mystique.

Dans la mythologie germanique, la chèvre Heidrun paît dans le feuillage du frêne sacré et son lait sert de nourriture providentielle aux guerriers du dieu Odin.

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La chèvre Heidrun – Manuscrit islandais du XVIIIe siècle

Dans le climat aride de la Méditerranée orientale, la chèvre, grande consommatrice de jeunes pousses, friande de verdure fraîche, est considérée comme la personnification même de la voracité, tandis que, dans le climat plus humide et tempéré des plaines russes et ukrainiennes, elle est un signe qui annonce, accélère et multiplie la production céréalière comme en témoigne un couplet chanté par la suite de la Chèvre :

Là où passe la Chèvre, pousse le blé.

A chaque coup de sa queue, voilà une gerbe toute prête,

A chaque coup de son pied, se dresse une fière moyette,

Chaque coup de ses cornes, c’est déjà une meule de faite,

Tantôt de ce côté-ci, tantôt de ce côté-là.

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Bouc

Le bouc, symbole de la puissance génésique, de la fécondité et de la force vitale, est l’animal indissociable des pulsions sexuelles, à la libido insatiable, en langage psy. Pourtant, le bouc est à l’origine de la tragédie et du théâtre, si l’on songe au mot « « tragos » qui signifie « bouc » en grec. C’est dans le contexte dionysiaque que les divinités mineures de la nature et de la fertilité : Silène, Pan, les Satyres, mi-boucs, mi-humains, sont passés des mimes, des gesticulations et des libertinages sexuels, propres aux cérémonies hivernales de la fécondité, aux compétitions et aux présentations théâtres d’une société en plein éveil culturel et spirituel : il s’agit de la société athénienne du Ve siècle avant Jésus-Christ qui a transformé le bouc fécondateur de terres en acteur de la fécondité de l’esprit.

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Pan et sa flûte

En frappant la sexualité de toute sorte d’interdits, on a attribué au bouc l’image même de la luxure : le bouc lascif, libidineux, de la tradition romaine, comme si la libido s’identifiait à la violence de la puissance sexuelle, aux débordements moraux. Dans cette perspective, achevée dans les traditions des sociétés médiévales, le bouc est l’animal puant, symbole d’abomination, signe de malédiction, personnification des démons dangereux, du Diable lui-même. C’est l’image qui déshonore son grand âge par des copulations effrénées. Le bouc, comme le balai, sert de monture aux sorcières dans leurs errances et il est présent lors des sabbats.

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La Befana italienne, sorcière à cheval sur son balai – Girouette

C’est le Satan à la tête de bouc des traditions chrétiennes qui remplace l’image positive de l’animal fécondateur des traditions anciennes. Pourtant, l’ampleur des tabous sexuels prévalant en Europe à la suite du Moyen Age n’a pas pu éliminer complètement les qualités positives du bouc, conservées dans plusieurs traditions populaires. Dans plusieurs villages du Sud-est européen, un bouc en pleine force est considéré comme protecteur se chargeant de tous les malheurs qui menacent la société. C’est un animal que l’on soigne, que l’on salue avec beaucoup de circonspection. Il n’est pas seulement le bouc fécondateur des chèvres mais aussi l’animal qui intercepte et canalise le mal hors des frontières de la commune. Dans cette perspective, l’utilisation largement répandue de peau et de cornes de caprins, pour la fabrication de masques et de costumes pendant les déguisements d’hivers et plus tard pour le carnaval, prend une toute autre perspective. Elle se rapproche de l‘usage du poil de chèvre, commun dans les traditions anciennes, pour la fabrication de vêtements rituels, qui protégeaient l’officiant contre le pouvoir surnaturel des théophanies, les « apparitions du dieu ».

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Masque satyrique de Silène

Dans les pratiques religieuses de plusieurs cultures, le bouc est, avec le Taureau, un animal par excellence sacrificiel. Mais la particularité du bouc est de servir aussi d’animal expiatoire des fautes, des impuretés, des péchés humains selon la loi de Moïse. Le bouc émissaire devient ainsi l’animal par excellence bénéfique à l’homme. Suivant le récit de la Bible, lors de la fête de l’Expiation, le grand prêtre recevait, en plus d’un bœuf, deux boucs. L’un, selon un tirage au sort, était immolé en l’honneur de Dieu ; les aspersions faites avec le sang des animaux assuraient la purification. L’autre, chargé symboliquement du poids des fautes du peuple, conduit dans le désert, retrouvait sa liberté. Ainsi se referme la bouche symbolique qui fait du couple chèvre/bouc des animaux bienfaiteurs de l’homme, et qui « chassent au loin les ténèbres », selon la tradition védique.

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Bibliographie :

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas                            

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

 

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DANS LE BESTIAIRE DE LA BALANCE…LA LIBELLULE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 07-10-2011

La libellule appartient à la famille des Odonates. Cependant, le mot « libellule » vient du latin « libra », qui signifie « Balance » et ceci parce que dans son vol, la libellule tient ses ailes bien à l’horizontal. Pour d’autres, le mot « libellule » dériverait du latin « libella » désignant l’instrument qui sert à faire le niveau. Dans les deux cas, il s’agit d’instrument de mesure et d’équilibre, ce que représente la balance. 

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Gustave Moreau – La libellule

Savez-vous que la libellule est le symbole du Japon, pays qu’on désigne parfois sous le nom « d’île de la libellule ». Cette dénomination ne s’explique pas seulement par la forme générale de l’île de Hondô, mais elle proviendrait de l’exclamation légendaire de Jimmu-tennô, fondateur de la dynastie, alors qu’il contemplait le pays d’une hauteur : « On dirait une libellule » et il baptisa aussitôt son pays « Ile des libellules ». Pour les Japonais, la libellule est synonyme de force et de bravoure, symbolisant bonheur et victoire, aussi certains guerriers l’adoptèrent comme blason. A noter que le nom vernaculaire anglais de « mouches-dragons ». En Angleterre, on allait jusqu’à dire que leur corps se transformait en aiguilles et cousaient les bouches des enfants menteurs.

Chez les Hopi de l’Arizona, en Amérique du Nord, la libellule représente la vie et orne de nombreuses poteries.  

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De tous temps, la libellule a été admirée pour son élégance et sa légèreté. Pour certains, elle passe pour être une messagère des rêves. Pour d’autres, et notamment chez les Amérindiens, elle serait synonyme de duperie des sens car ses ailes scintillantes ont un effet magique, ce qui devrait nous donner à réfléchir sur la réalité apparente de notre monde. D’ailleurs, la libellule ne naît pas libellule : elle nous arrive sous forme d’œuf. Puis, pour une courte durée elle devient nymphe, ensuite elle passe par l’état de larve pour se transformer en libellule adulte, celle qui nous fait rêver…

A l’image de ses différentes transformations, la libellule a connu au cours de l’Histoire des fortunes diverses. Symbole de bonheur et de victoire en Orient où elle fait partie de la pharmacopée, comme au Japon où certaines espèces sont vendues pour guérir maux de gorge et fièvre, alors qu’en Occident elle est plutôt associée aux puissances maléfiques, tout en étant la muse des créateurs de bijoux et des peintres, ce qui nous ramène aux symboles propres à la Balance. Pourtant, au Moyen Age, les libellules étaient associées au diable. Depuis, la libellule est devenu un sujet d’inspiration pour le peintre Gustave Moreau, au siècle dernier. 

Et pourtant, il est plutôt bon signe de rencontrer des libellules car, très sensibles à la qualité des eaux dans lesquelles elles vivent, elles sont un excellent indicateur du degré de pollution d’un point d’eau. C’est peut-être pour ça qu’elles sont de moins en moins nombreuses et que certaines espèces ont disparu, alors que ces merveilleuses libellules jouent un rôle important dans l’écosystème car prédatrice de certains invertébrés aquatiques dont elles débarrassent mares et étangs. Attention donc à ne pas reboucher trop rapidement points d’eau et mares, il en va de la biodiversité et de la vie des libellules.   

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins  

 

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DANS LE BESTIAIRE SOLAIRE… L’APE REGINA… LA REINE DES ABEILLES

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 17-08-2011

Messagère de l’été, l’abeille est associée à la lumière et au soleil car selon la mythologie égyptienne, elle serait née des larmes du dieu-soleil Ré tombées sur terre. Pour les Nosaïris, hérésiarques musulmans de Syrie, Ali, lion d’Allah est le Prince des abeilles qui, selon certaines versions, seraient les anges, et selon d’autres, les croyants.

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Dans le langage métaphorique des derviches Bektachi, l’abeille représente le derviche et le miel est la divine réalité qu’il recherche. De même dans certains textes de l’Inde, l’abeille représente l’esprit s’enivrant du pollen de la connaissance.

Personnage de fable pour les Soudanais et les habitants de la boucle du Niger, elle est symbole royal en Chaldée, bien avant que le Premier Empire en France ne la glorifie. Ce symbolisme royal ou impérial est solaire.

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L’abeille dans l’Egypte ancienne

Symbole de l’âme, elle est parfois identifiée à Déméter pour la Grèce antique où elle peut représenter l’âme descendue aux enfers ; ou bien, au contraire, elle matérialise l’âme sortant du corps. A Eleusis et à Ephèse, les prêtresses portent le nom d’abeilles. Virgile en a célébré les vertus. On les trouve représentées sur les tombeaux en tant que signes de survie post-mortuaire. Car l’abeille devient symbole de résurrection. La saison d’hiver, trois mois, durant laquelle elle semble disparaître, car elle ne sort pas de sa ruche, est rapprochée du temps, trois jours, durant lequel le corps du Christ est invisible, après sa mort, avant d’apparaître de nouveau ressuscité.

On la retrouve au Cachemire et au Bengale, et dans de nombreuses traditions indiennes d’Amérique du Sud, ainsi qu’en Asie centrale et en Sibérie. Platon, enfin, affirme que les âmes des hommes sobres se réincarnent sous forme d’abeille.

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Les abeilles d’Aristée

Une histoire de la mythologie grecque raconte qu’un jour les abeilles d’Aristée, fils d’Apollon, étaient toutes mortes. Amoureux de la Dryade Eurydice, il fut cause de sa mort, en la poursuivant le jour de ses noces avec Orphée : comme elle fuyait devant lui, la malheureuse n’aperçut pas sous ses pieds un serpent caché dans les hautes herbes. Pour la venger, les nymphes, ses compagnes, firent périr toutes les abeilles d’Aristée. Sa mère, Cyrène, dont il implora le secours afin de réparer cette perte, le mena consulter Protée, dont il apprit la cause de son infortune, et reçut ordre d’apaiser les mânes d’Eurydice par des sacrifices expiatoires. Docile à ses conseils, Aristée, ayant immédiatement immolé quatre jeunes taureaux et autant de génisses, en vit sortir une nuée d’abeilles qui lui permirent de reconstituer ses ruches.

L’abeille symbolise également l’éloquence, la poésie et l’intelligence. La légende concerne Pindare et Platon, puisque des abeilles se seraient posées sur leurs lèvres au berceau,  elle est d’ailleurs reprise par Ambroise de Milan ; les abeilles frôlent ses lèvres et pénètrent dans sa bouche. Les propos de Virgile selon lequel les abeilles renferment une parcelle de la divine Intelligence reste vivant chez les Chrétiens du Moyen Age. On retrouve ici la valeur symbolique du bourdonnement, véritable chant, de l’abeille.

Par son miel et par son dard, l’abeille est considérée comme l’emblème du Christ ; d’un côté, sa douceur et sa miséricorde ; et de l’autre, l’exercice de sa justice en tant que Christ-juge. Les auteurs du Moyen Age évoquent souvent cette figure. Pour Bernard de Clairvaux, elle symbolise l’Esprit Saint.

Les Celtes se réconfortaient avec du vin miellé et de l’hydromel. L’abeille, dont le miel servait à faire de l’hydromel ou liqueur d’immortalité, était l’objet, en Irlande, d’une étroite surveillance légale. Un texte juridique dit que « la noblesse des abeilles vient du paradis et c’est à cause du péché de l’homme qu’elles vinrent de là ; Dieu répandit sa grâce sur elles et c’est à cause de cela qu’on ne peut chanter la messe sans la cire ». 

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Fontaine des Abeilles de Bernini à Rome (détail)

L’ensemble des traits empruntés à toutes les traditions culturelles dénote que, partout, l’abeille apparaît essentiellement comme douée d’une nature ignée, c’est un être de feu. Elle représente les prêtresses du Temple, les Pythonisses, les âmes pures des initiés, l’Esprit, la Parole ; elle purifie par le feu et elle nourrit par le miel ; elle brûle par son dard et illumine par son éclat.

Sur le plan social, elle symbolise le maître de l’ordre et de la prospérité, roi ou empereur, non moins que l’ardeur belliqueuse et le courage. Elle s’apparente aux héros civilisateurs, qui établissent l’harmonie par la sagesse et par le glaive. 

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Quant à la ruche, c’est un symbole lunaire et Cancer puisqu’elle est la maison des abeilles et, par métonymie, les abeilles elles-mêmes, en tant que collectivité, peuple. Sa valeur symbolique est claire : en tant que « maison », la ruche est rassurante, protectrice, maternelle. En tant que collectivité, elle est laborieuse : le but de la ruche n’est-il pas celui de l’atelier, de l’usine. Elle symbolise cette union appliquée, organisée, soumise à des règles strictes, qui est censée apaiser les inquiétudes fondamentales de l’être et donner la paix. Ainsi dans les sectes initiatiques ou les communautés religieuses formes d’organisations évoquant symboliquement celles par lesquelles certains maîtres, chefs d’Etat ou d’entreprise assurant aujourd’hui leur pouvoir, sous les noms d’ordre, de justice et de sécurité.

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L’abeille napoléonienne

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins 

 

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BESTIAIRE LUNAIRE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 09-07-2011

Savez-vous que la Lune entretient un cheptel particulier des plus étonnants ? Il est, en effet, composé de tous les animaux qui, dans les mythes, les légendes et les vieilles traditions, ont été associés à l’astre de la nuit. Les têtes d’affiche en sont sans doute le lièvre et son compère le lapin. Beaucoup ont d’ailleurs cru voir l’un ou l’autre de ces rongeurs dans les taches de l’astre. Ce sont en effet des animaux extrêmement prolifiques, qui sont donc en phase avec le symbolisme de fécondité et de fertilité de la Lune. En outre, le lièvre et le lapin sont des animaux nocturnes et, à ce titre, ils sont naturellement gouvernés par la reine des nuits. Autre signe lunaire qui ne trompe pas, ces animaux naissent les yeux ouverts, phénomène qui trahit une connaissance innée des mystères et des choses cachées. Or, les déesses lunaires présidaient naturellement à la science initiatique. Enfin, lièvre et lapin, considérés jadis comme lubriques, participent depuis la nuit des temps aux sabbats des sorciers et des sorcières, sous le signe de la magie et des démons, les soirs de pleine lune !

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Le bestiaire de l’astre comprend beaucoup d’autres pensionnaires : tous les oiseaux nocturnes par exemple, dont la chouette, attribut d’Athéna et symbole de sagesse, et la chauve-souris, messagère des divinités de la nuit, ou le crabe dont les pinces dessinent un croissant. C’est d’ailleurs un crabe qui symbolise le signe du Cancer, signe gouverné par la Lune. 

Il faut y ajouter dans un autre registre, tous les animaux blancs, en particulier la chèvre, telle Amalthée, nourricière de Jupiter, l’oie qui, chez les Romains, était consacrée à Junon, épouse de Jupiter, ou le taureau blanc, le Min égyptien, symbole de la part lunaire et féminine de l’homme. A noter que la Lune est également associée au Taureau pour les astrologues. On dit que dans ce signe elle y est en exaltation. 

La liste est loin d’être close et la ménagerie comprend encore les poules blanches et noires, le porc et la truie, la chienne, forme sous laquelle est généralement représentée Hécate, la vieille Lune, et bien entendu le loup. Pour l’astrologue, Hécate, c’est la position de la Lune dans le Scorpion de certains thèmes. 

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Il faut enfin faire un sort particulier au chat, le compagnon des sorcières, surtout en robe noire, qui semble montrer une activité sexuelle et vocale particulièrement élevée à la pleine lune.  

En tout état de cause, pour ces animaux comme pour ceux qui ont un rapport moins direct avec l’astre dans les mythes et les légendes, la médecine vétérinaire traditionnelle a tenu le plus grand compte de la Lune. Les traités qui nous sont parvenus montrent notamment que les praticiens saignaient par exemple les chevaux « au premier quadrant ». On considère que les préceptes valables pour l’homme le sont également pour les grands animaux et qu’il est, par exemple, plus judicieux de commencer un traitement de fond en lune croissante.  

Les éleveurs qui vivent avec la Lune estiment que les couvées qui éclosent dans les jours qui suivent la nouvelle lune sont plus saines et moins sujettes aux maladies. Il faut donc calculer en fonction le début de la couvaison, sachant que la durée totale est de 21 jours (28 jours pour le canard et 35 pour le canard de Barbarie). Enfin, le sacrifice des animaux de basse-cour et du cochon doit être pratiqué en lune croissante, la viande est alors plus goûteuse et se conserve mieux.  

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DANS LE BESTIAIRE DES GEMEAUX… LE SINGE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 12-06-2011

Comme les Gémeaux, le singe est bien connu pour son agilité, son don d’imitation, sa bouffonnerie. Comme pour les Gémeaux, il y a un aspect déconcertant dans la nature du singe, qui est celui de la « conscience dissipée ». Lie-tseu en fait un animal irritable et sot. L’agilité du singe trouve pourtant une application immédiate dans la Roue de l’Existence tibétaine, où il symbolise la conscience, mais au sens péjoratif du terme : car la conscience, celle du monde sensible, saute d’un objet à un autre, comme le singe de branche en branche. De même la maîtrise du cœur, sujet au vagabondage, est-elle comparée, dans les méthodes de méditation bouddhiques, à la maîtrise du singe.

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Le singe de Mons en Belgique

Pour les Tibétains, le singe est leur ancêtre, comme il est aussi le fils du Ciel et de la Terre, né de la division de l’œuf primordiale. Le singe est le compagnon de Hiun-tsang dans son voyage à la recherche des Livres saints du Bouddhisme, non seulement compagnon facétieux, mais magicien taoïste de grande envergure.

Et puis, il y a les rapports traditionnels du singe avec le vent. C’est la raison pour laquelle chasser les singes est, au Cambodge, un moyen d’obtenir la pluie. En Inde, les femmes stériles se dénudent et embrassent la statue du singe sacré Hanûman pour devenir fécondes.

Le Roi-singe atteint finalement à l’état de Bouddha. L’attitude du singe, dans l’art extrême-oriental, est souvent celle de la sagesse et du détachement, peut-être par dérision à l’égard de la pseudo-sagesse des hommes, comme dans l’émouvante peinture de Mori Sosen. Les célèbres singes du Jingoro, au temple de Nikko, qui se ferment, l’un les oreilles, le second les yeux, le troisième la bouche, sont encore une expression de la sagesse, et partant du bonheur. A quoi l’on ajoutera qu’en Egypte le cynocéphale est l’incarnation de Toth.

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Thot – Egypte au Louvre

Le rôle dévolu au singe dans la symbolique égyptienne rejoint dans ses grandes lignes le portrait que s’en font les Mézo-Américains. Sous la forme d’un grand cynocéphale blanc, le dieu Toth, figuré aussi par l’Ibis, est le patron des savants et des lettrés ; il est le scribe divin, qui note la parole de Ptah, le Dieu créateur, comme il note le verdict d’Anubis, lorsque celui-ci pèse les âmes des morts. Il est donc à la fois artiste, ami des fleurs, des jardins et des fêtes, magicien puissant capable de lire les plus mystérieux hiéroglyphes, et bien sûr psychopompe. Il gouverne les heures et le calendrier, il est le maître du temps. Mais en tant que dieu Baba, « le mâle d’entre les babouins », il est querelleur, lubrique et baveux. L’agressivité du cynocéphale avait frappé les Egyptiens : « après le verbe être furieux, on inscrivait un babouin montrant les dents, crispé sur ses quatre mains, et dressant avec colère sa queue ». Le cynocéphale, que l’on entend crier à l’aube, était supposé, à l’horizon du monde, aider le soleil à se lever chaque matin, par ses prières. A Babylone d’Egypte, « le babouin chaleureux était l’image du soleil lui-même, Phoebus simiesque qui maniait l’arc et la flèche ».

Lors du voyage de l’âme entre la mort et la réincarnation, chez les Egyptiens, Champollion précise que dans la partie de l’espace située entre la lune et la terre, séjour des âmes, le dieu Pooh (la Lune), figuré sous forme humaine et toujours représenté « accompagné du cynocéphale dont la posture indique le lever de la lune (Champollion, dans Panthéon égyptien).

Chez les Aztèques et les Maya, le symbolisme du singe est en quelque sorte apollonien. Les gens nés sous le signe du singe, il est le patron d’un des jours du calendrier, sont experts dans les arts, chanteurs, orateurs, écrivains, sculpteurs, ou bien industrieux et doués pour l’artisanat : forgerons, potiers. La pictographie maya montre l’association singe-soleil : le soleil, en tant que patron du chant et de la musique, appelé « le prince des fleurs », est fréquemment représenté sous la forme d’un singe.

Le mot « singe » est employé comme un titre honorifique signifiant « l’homme avisé » ou « l’homme industrieux ». Le même singe a également un caractère sexuel : symbole de tempérament ardent et même incontinent. Cependant, parfois le singe est également représenté comme un jumeau du dieu de la mort et de minuit ; le fond de la nuit a pour glyphe une tête de singe, accompagnée des images de Vénus et de la Lune. Il représente le ciel nocturne et symbolise tout ce qui est sacrifié, à l’aube, pour le retour du soleil.

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Les douze animaux du Zodiaque chinois

Dans le zodiaque chinois, le singe est l’un des douze animaux illustrant les cycles du calendrier. On associe chacun des animaux à ce zodiaque à certains traits de personnalité. Dans ce zodiaque le singe gouverne le signe du Sagittaire.

Pourtant l’adresse, l’agilité, la ruse, la souplesse, les techniques imprévisibles du singe évoquent bien les Gémeaux, de même ses parades acrobatiques. Dans un mythe des Indiens Bororo, le singe qui « en ce temps-là était comme un homme », apparaît en héros civilisateur : il invente la technique du feu par frottement. Le fait qu’il ruse avec le jaguar et trompe celui-ci qui l’engloutit, puis le déglutit, est significatif : le jaguar représente ici les forces chthoniennes, sa gueule est la bouche des enfers, le voyage qu’accomplit le sine est typiquement orphique, et fait de lui un initié, au moment où il vient de découvrir le feu et de s’en rendre maître. Ce mythe condense donc les éléments essentiels de la symbolique du singe qui est un malin magicien, masquant ses pouvoirs, dont le premier est l’intelligence, sous des aspects caricaturaux.

De nombreux autres mythes amérindiens insistent sur le danger qu’il y a pour l’homme à rire des plaisanteries et des farces de son beau-frère le singe, personnage dionysiaque et priapique, qui cache sa science et provoque l’homme à la débauche et à l’ivresse pour mesurer son empire sur lui-même. Et ces épreuves, en ce monde, ne sont que le reflet de celles, identiques, qui attendent l’âme dans son voyage post-mortem : là aussi l’homme rencontre le singe, grand initié tentateur. Pour les Egyptiens, les âmes, dans l’autre monde, doivent éviter les singes qui pêchent au filet.

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Petit singe – Fontaine du Jardin Boboli à Florence

Le singe, bandit de grand chemin, aventurier de belle humeur, qui irrite, mais désarme par ses plaisanteries, est illustré par le mythe des Cercopes, dont vient le nom de Cercopithèques : « brigands de grande taille, d’une force considérable, ils détroussaient les passants et les mettaient à mort ; ils s’attaquent un jour à Héraclès endormi ; celui-ci se réveille, a facilement raison d’eux et, furieux, les ficelle et les charge sur son épaule comme des chevreaux pour aller les vendre au marché ; mais, par leurs plaisanteries, ils le mirent de si bonne humeur qu’il consentit à les relâcher ; finalement, irrité par leur vie de rapines et de brigandages, Zeus les transforma en singes ». C’est dire qu’ils se révélèrent être des singes.  

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Héraclès portant les Cercopes

Ces Cercopes de la mythologie grecque sont de bien proches parents du Trickster, héros mythologique des Indiens Winebago d’Amérique du Nord, en qui on peut voir le type du Héros dans sa forme la plus primitive : « le cycle de Trickster correspond à la première période de la vie, la plus primitive. Trickster est un personnage dominé par ses appétits. Il a la mentalité d’un enfant. Comme il n’a d’autre but que la satisfaction de ses besoins les plus élémentaires, il est cruel, cynique, insensible… Mais, simultanément, il se transforme, et à la fin de sa carrière de chenapan, il commence à prendre l’apparence physique d’un homme fait » (Henderson).

Henderson compare justement ce héros, aux motivations tout instinctives, au singe du Théâtre traditionnel chinois. Mais il ne faut pas oublier qu’en Chine, comme ailleurs, cet aspect du singe ne correspond qu’au sens superficiel du complexe symbolique représenté par cet animal. Car le singe chinois, comme tant d’autres, est en réalité un sage initié, qui cache sa véritable nature sous cette apparence bouffonne. Ce joueur de tours, ce baladin provocant, parent de Thot et d’Hermès/Mercure, n’est-il pas aussi le Bateleur, arcane premier du Tarot, qui inaugure la quête de sagesse représentée par ce jeu symbolique, quête qui aboutit à l’arcane du Monde.

Ce Trickster est souvent représenté par les Indiens sous la forme d’un coyote, ce qui évoque une parenté symbolique entre le singe et les canidés.

Henderson précise que Trickster, dans la mythologie des Navaho, « invente la contingence nécessaire de la mort, et, dans le mythe de l’émersion, aide son peuple à traverser le roseau creux par lequel les hommes passent d’un monde inférieur à un monde supérieur, échappant au danger d’une inondation ». On retrouve bien ici l’image du Maître initiatique, installé comme Hermès/Mercure au carrefour du visible et de l’invisible.

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Dans l’iconographie chrétienne, le singe est souvent l’image de l’homme dégradé par ses vices et, en particulier, par la luxure et la malice.

Peut-être la synthèse de ces traditions, à la fois contradictoires et homogènes, se trouverait-elle dans l’interprétation qui fait du singe le symbole des activités de l’inconscient. L’inconscient se manifeste en effet, sans qu’il puisse être dirigé par un régulateur, soit sous une forme dangereuse, en déclenchant des forces instinctives, non contrôlées et en conséquence dégradantes ; soit sous une forme favorable et inattendue, en donnant soudain un trait de lumière ou une inspiration heureuse à agir. Il a, de l’inconscient, le double aspect, maléfique à l’instar du sorcier, bénéfique à l’image de la fée, mais tous les deux aussi irrationnels.

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Le Roi-Singe

Cette interprétation recevrait une singulière illustration de l’histoire tibétaine du singe Mani bka’bum’ et de sa femme, la Démone-des-Rochers, très joliment présentée et traduite par Ariane Macdonald : « Longtemps après une inondation originelle, sujette à caution, du Tibet, Avalokiteçvara et Târâ se sont incarnés en singe et en Démone-des-Rochers. De leur union, six êtres sont issus, mi-hommes, mi-singes. Petit à petit, leurs poils tombent, leur queue raccourcit et ils deviennent des hommes ». Le singe n’avait épousé la Démone-des-Rochers que sur le conseil des dieux et mû par la compassion, quand l’habile Démone l’avait menacé :

« … par la force de mes appétits, je t’aime, je brûle pour toi ;                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               par la force de cet amour, je te poursuis et te supplie ;                                                                                                        

nous devons ne pas vivre ensemble toit et moi, j’irai moi-même                                                                          

servir de compagne aux démons ;                                                                                                                                 

une multitude de petits démons naîtra,                                                                                                                                     

ils dévoreront chaque matin mille fois mille êtres…                                                                                                           

Et moi, lorsque le pouvoir de mes actes antérieurs                                                                                        

me fera mourir,                                                                                                                                                                    

je tomberai dans le grand enfer des êtres… ».

C’est ainsi que l’humanité naquit au Tibet du singe compatissant et de la Démone-des-Rochers toute d’amour éprise. Ces premiers parents offrirent à leurs enfants les dix vertus des hommes et attirèrent sur eux, de la part des dieux, graines, or et pierres précieuses. 

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Les deux singes de Breughel

Quand des singes se présentent dans des rêves, l’analyse y voit d’abord une image d’indécence, de lubricité, d’agitation, d’insolence et de vanité ; elle y perçoit aussi un effet d’irritation provenant de la ressemblance du singe à l’homme, l’ancêtre velu, la caricature du moi, brutale, cupide et lascive ; le singe du rêve est l’image méprisable de ce que l’homme doit fuir de lui-même. Mais poursuit justement Ernest Aeppli : «  Le singe… a un tout autre aspect pour les peuples qui le connaissent comme un animal libre, particulièrement agile et vivant. Ils admirent ses étonnantes capacités ; ils pensent que les dieux ont pour lui une préférence particulière. Ils voient même en lui la présence des dieux et des démons. Dans la mythologie hindoue, la grande épopée de Râmayana fait du singe le sauveur de Dieu au moment du célèbre passage du grand pont. Certains indigènes vont jusqu’à dire que l’orang-outan ne parle pas parce qu’il est trop sage ! Les rêves de singe sont un appel original en faveur d’un développement de la personne, à la fois varié et étroitement lié à la nature ».  

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Le singe peintre par Jean-Baptiste Deshayes – XVIIIe siècle

Enfin nous devons à Jean de La Fontaine une fable qui illustre bien le comportement du singe, il s’agit de la fable Le Singe et du Chat.

Bertrand avec Raton, l’un Singe et l’autre Chat,
Commensaux d’un logis, avaient un commun Maître.
D’animaux malfaisants c’était un très bon plat ;
Ils n’y craignaient tous deux aucun, quel qu’il pût être.
Trouvait-on quelque chose au logis de gâté,
L’on ne s’en prenait point aux gens du voisinage.
Bertrand dérobait tout ; Raton de son côté
Etait moins attentif aux souris qu’au fromage.
Un jour au coin du feu nos deux maîtres fripons
Regardaient rôtir des marrons.
Les escroquer était une très bonne affaire :
Nos galants y voyaient double profit à faire,
Leur bien premièrement, et puis le mal d’autrui.
Bertrand dit à Raton : Frère, il faut aujourd’hui
Que tu fasses un coup de maître.
Tire-moi ces marrons. Si Dieu m’avait fait naître
Propre à tirer marrons du feu,
Certes marrons verraient beau jeu.
Aussitôt fait que dit : Raton avec sa patte,
D’une manière délicate,
Ecarte un peu la cendre, et retire les doigts,
Puis les reporte à plusieurs fois ;
Tire un marron, puis deux, et puis trois en escroque.
Et cependant Bertrand les croque.
Une servante vient : adieu mes gens. Raton
N’était pas content, ce dit-on.
Aussi ne le sont pas la plupart de ces Princes
Qui, flattés d’un pareil emploi,
Vont s’échauder en des Provinces
Pour le profit de quelque Roi.

Il en existe une autre un peu moins connue, toujours de Jean de La Fontaine, il s’agit du Singe et du Léopard.

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

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DANS LE BESTIAIRE DU TAUREAU… L’OURS

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 15-05-2011

Dans le monde celtique, l’ours était l’emblème ou le symbole de la classe guerrière, s’opposant systématiquement au sanglier qui était le symbole de la classe sacerdotale. Dans le conte gallois de Kulhwch et Olwen, Arthur chasse le Twrch Trwyth et ses petits. Or, cet animal est un sanglier blanc et la lutte, qui dure longtemps, à savoir neuf jours et neuf nuits, exprime la querelle du Sacerdoce et de l’Empire.

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En Gaule, la déesse Artio, déesse qui semble avoir également été très vénérée par le peuple des Helvètes, et à Berne, toujours associée à l’ours, marque symboliquement le caractère féminin de la classe guerrière. On peut noter aussi que les Gallois nomment « cerbyd Arthur », le « char d’Arthur », les constellations à symbolisme polaire de la Grande et de la Petite Ourse.

Artio nous est connue par des inscriptions et une statuette de bronze datant du IIe siècle, mises au jour à Muri, dans la région de Berne, d’où le nom : Artio de Muri. La statuette est haute de 15,6 cm et longue de 19 cm. Elle représente un ours, peut-être une femelle, sur ses quatre pattes, tête relevée et gueule entrouverte, laissant apparaître deux canines. Un petit arbre portant deux branches, une feuille et des fruits est planté derrière l’ours, tandis qu’une femme assise dans une chaise fait face à l’ours. Cette femme, représentant la déesse romaine « Abondance », est un ajout ultérieur. La sculpture repose sur un large socle rectangulaire, en bronze lui aussi, portant l’inscription suivante : « Deae Artioni/Licinia Sabinilla », ce qui signifie « A la déesse Artio, ou Artioni/de la part de Licinia Sabinilla ».

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La déesse Artio, l’ours, et la Déesse de l’Abondance

« Artio » signifie « ours » en langue gauloise, animal emblématique de la royauté chez les Celtes. On retrouve la même racine dans d’autres langues celtiques : « art » en ancien irlandais, « arth » en gallois, « arz » en breton. C’est de cette racine que provient le nom du Roi Arthur.

Et puis, à Berne, l’ours est symboliquement et même physiquement très présent. Attesté dans un sceau, dès 1224, sa présence est probablement née de la proximité entre « Bär » qui signifie « ours » en allemand, et « Bern ». Diverses légendes circulent pour l’expliquer : l’une voudrait que Bertold V de Zähringen ait vaincu un ours à mains nues et fondé la ville en hommage, mais la présence de cultes liés à l’ours dans cette région est très ancienne. On retrouve l’ours aussi bien dans les armoiries que dans les boutiques de souvenirs ou dans le carnaval de Berne ou bien encore avec la célèbre fosse aux ours qui existe depuis le XVe siècle et où des ours sont présents depuis toujours. Par extension, l’ours est devenu un symbole du canton de Berne, voire de la Suisse entière. 

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Les Ours de Berne – Suisse

Toutefois, l’ours est aussi le symbole de Berlin et se retrouve sur toutes sortes d’objets d’art. Il fut très utilisé par la propagande nazie mais n’a jamais eu de rôle comparable à celui de l’ours de Berne. La capitale allemande décerne chaque année « l’ours d’or du meilleur film » qui est la plus prestigieuse récompense décernée lors du Festival de Berlin, organisé depuis 1951.

lours-de-madridL’ours est également un des symboles de la capitale espagnole Madrid.

Chez les Celtes, l’ours s’opposait donc, ou s’associait, au sanglier, comme le pouvoir temporel à l’autorité spirituelle. L’ours, relativement yin par rapport au sanglier yang, explique qu’il se soit fréquemment agi, en fait, d’un féminin. A l’autre extrémité du monde, l’ours est l’ancêtre des Aïnu du Japon. Les Aïnu, pleuplades anciennes vivant au Nord du Japon dans l’ïle d’Hokkaïdo, pensent que l’ours est une divinité des montagnes, suprême entre toutes. La fête de l’Ours a lieu en décembre chez eux. A ce moment-là, la divinité viendrait sur terre et serait accueillie par les humains. Leur laissant divers cadeaux, elle retournerait ensuite au monde divin.

A l’opposé, l’ours est en Chine un symbole masculin, annonciateur de la naissance des garçons, expression du yang. Il est en rapport avec la montagne, qui est son habitat, et s’oppose au serpent, yin correspondant à l’Eau. Yu-le-Grand, l’organisateur du monde, prenait dans l’exercice de ses fonctions, la forme d’un ours.

Quant à l’ésotérisme islamique, il fait de l’ours un animal vil et répugnant !

En Sibérie et en Alaska, l’ours est assimilé à la Lune puisqu’il disparaît avec l’hiver et réapparaît au printemps. Ce qui montre également ses liens avec le cycle végétal, lui aussi régi par la Lune. Ailleurs encore, il est considéré comme l’ancêtre de l’espèce humaine « car l’homme, qui a une vie semblable à celle de la lune, n’a pu être créé que de la substance même ou par la magie de cet astre des réalités vivantes ».

Les Algonquins du Canada appellent l’ours « Grand-Père ». De cette dernière croyance provient vraisemblablement le mythe, très répandu, des femmes enlevées par des ours et vivant maritalement avec leur ravisseur. Pour de nombreuses populations de Sibérie, mais aussi chez les Giliaks, Tlingits, Tongas et Haïdas, l’ours est présent aux cérémonies d’initiation, de même qu’il jouait un rôle essentiel dans les cérémonies du paléolithique. Chez les Indiens Pomo de Californie du Sud, les candidats sont initiés par l’ours grizzly qui les tue et creuse, avec ses griffes, un trou dans leur dos.

Dans la Chine archaïque, dans une inscription de l’époque Chang et dans une autre du commencement de la dynastie Tcheou, certains croient avoir discerné un chamant danseur à masque et à peau d’ours.

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En Europe, le souffle mystérieux de l’ours émane des cavernes. Il est donc une expression de l’obscurité, des ténèbres : en alchimie, il correspond à la noirceur du premier état de la matière. L’obscurité et l’invisible, étant liés à l’interdit, cela renforce sa fonction d’initiateur.

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Artémis hellénique

Dans la mythologie grecque, l’ours accompagne Artémis, divinité lunaire aux rites cruels. Il est souvent la forme dont se revêt la déesse dans ses apparitions. L’animal lunaire incarne une des deux faces de la dialectique liée au mythe lunaire : il peut être monstre ou victime, sacrificateur ou sacrifié. En ce sens, l’ours s’oppose au lièvre. Il représente typiquement l’aspect monstrueux, cruel, sacrificateur de ce mythe. D’où l’interprétation qu’en fait la psychanalyse, avec Jung.

Comme toute hiérophanie lunaire, il est en rapport avec l’instinct. Etant donné sa force, Jung le considère comme symbole de l’aspect dangereux de l’inconscient. Comme tous les grands fauves, l’ours fait partie des symboles de l’inconscient chthonien : lunaire et donc nocturne, il relève des paysages internes de la terre-mère. Il est donc très explicable que plusieurs peuples altaïques le considèrent comme leur ancêtre. Sternberg mentionne «  qu’il existe dans la vallée de l’Amour plusieurs tribus qui dérivent leur origine d’un tigre ou d’un ours, parce que leur ancêtre aurait eu en songe des relations sexuelles avec ces fauves ». Il existait d’ailleurs, il y a peu de temps encore, des cimetières d’ours en Sibérie.

Selon le Dictionnaire des Rêves, les ours apparaissent fréquemment dans les rêves et peuvent évoquer le froid, tel l’ours polaire, impliquant une souffrance comme la solitude. L’ours est également associé aux pulsions sauvages et à l’anima. Au contraire, l’ourse évoquerait la mère, la possessivité, la tendresse exacerbée et l’ourson le désir d’être choyé et câliné. Les rêves d’ours symboliseraient la part naturelle et pure de l’individu et constituent un archétype, celui de la sagesse et de la force des instincts primordiaux.

Dans le registre de l’alchimie aussi, l’ours correspond aux instincts et aux phases initiales de l’évolution. Sa couleur est le noir de la matière première. Puissant, violent, dangereux, incontrôlé, comme une force primitive, il a été traditionnellement l’emblème de la cruauté, de la sauvagerie, de la brutalité. Mais, et c’est l’autre aspect du symbole qui apparaît aussi, l’ours peut être dans une certaine mesure apprivoisé : il danse, il jongle. On peut l’attirer avec le miel dont il est friand. Quel contraste entre la légèreté de l’abeille dont il aime le suc, celle de la danseuse, dont il imite le pas, et sa lourdeur native. Il symboliserait en somme les forces élémentaires susceptibles d’évolution progressive, mais capables aussi de redoutables agression.

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Ours dans le rucher à la recherche de miel – Gravure de Wenceslas Hollar

Comme on l’a vu, l’ours est le représentant de la caste guerrière face à la caste sacerdotale, et de ce fait il était parfois représenté sous son aspect féminin : c’est le cas dans le mythe d’Atalante, nourrie par une ourse et chassant le sanglier de Calydon. C’est aussi le cas des deux constellations polaires que nous connaissons. La Grande Ourse fut autrefois représentée par le sanglier ; le transfert à l’ourse est le signe de la défaite du sanglier, c’est-à-dire la prééminence du pouvoir temporel.

Dans la tradition hindoue, la Grande Ourse est la demeure des sept Rishi, symboles de la sagesse et de la tradition primordiale. La constellation est donc à la fois un séjour des Immortels et le centre, l’arche où se conserve la connaissance traditionnelle. En Chine toujours, la Grande Ourse avait été la Balance, puis le Boisseau. Tournant autour du centre du ciel, le Boisseau indique successivement par son manche les quatre divisions du jour et les quatre saisons de l’année. Il sépare aussi les quatre saisons et équilibre les cinq éléments ; il fait évoluer les divisions du temps et les degrés de l’espace. Enfin, l’étoile Polaire fut à l’origine une étoile de la Grande Ourse.

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Constellation de la Grande Ourse – Gravure d’Hevelius

Les sept étoiles de la Grande Ourse correspondent aux sept Recteurs qui évoquent, certes, les sept Rishi, mais aussi aux sept ouvertures du corps et aux sept ouvertures du cœur. Ainsi, le cœur, centre du microcosme humain, en est-il considéré comme la Grande Ourse. Le Seigneur T’ai-yi tient dans sa main gauche « le manche des sept étoiles du Boisseau, dans sa main droite le premier filet de la constellation boréale, c’est-à-dire l’étoile polaire », ce qu’on peut rapprocher de l’Apocalypse : « Le Christ du Nouvel Avènement tient dans sa main droite sept étoiles ».

Dans les légendes celtiques, la Grande Ourse se nommait Le Chariot d’Arthur.

Pourquoi associer l’Ours au signe du Taureau ? Comme on le sait, ce signe est le domicile de Vénus, mais également le lieu d’exaltation de la Lune que l’Ours symbolise. Par ailleurs, l’animal présente des caractéristiques du signe à travers la gourmandise et son goût du sucré, puisque c’est avec du miel qu’on va le mieux l’attirer. Comme le Taureau il donne une impression de puissance, de force primitive, de lourdeur, pourtant comme lui il peut charger, attaquer.

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L’Ours de la Grotte Chauvet

La plus ancienne trace connue d’association possible entre l’ours et la culture humaine figure dans la grotte du Regourdou, dans le Périgord, près de Lascaux, où l’on a retrouvé en 1965 une sépulture humaine datée de 80 000 ans avant notre ère et celle d’un ours brun sous une même dalle. Cette grotte fut alors définie par les Préhistoriens comme « un véritable sanctuaire permettant de résoudre le problème du culte de l’ours », et selon certaines thèses, cet animal aurait pu être le « premier dieu célébré par les hommes ». Au Paléolithique supérieur, soit environ 30 000 ans avant notre ère, les preuves d’une association symbolique de l’ours avec l’homme sont plus solides, entre autres la grotte Chauvet, en Ardèche, où des crânes d’ours probablement disposés volontairement de manière rituelle ont été retrouvées. La consommation de viande d’ours semble également avoir été courante.

L’ours figure dans l’art pariétal dès 35 000 ans avant notre ère et représente environ 2 % des dessins animaliers dans les grottes d’Europe occidentale. La grotte Chauvet contient plus de quinze représentations d’ours mais ces animaux ne sont présents que dans un dixième des 300 grottes paléolithiques connues en 2007, comme celle de Combarelles, de Montespan et des Trois-Frères, où est représenté un personnage thérianthrope avec des pattes antérieurs d’ours. Bien que les ours aient fait des cavernes leur habitat favori, elles n’ont vraisemblablement pas été habitées par les hommes qui en décorèrent les parois. Une célèbre statue d’argile, un temps la plus ancienne statue attestée, datant d’environ 15 000 ans avant aujourd’hui, représente un ours.

Cet animal possédait une symbolique particulière en Grèce antique au regard des preuves apportées par les textes de la mythologie : il n’était pas une divinité, mais l’attribut de certains dieux. La plus ancienne légende archétypale d’ours amateur de femmes serait celle de Pâris, nourri du lait d’une ourse, qui enlève ensuite Hélène et provoque la ruine de Troie. Un rituel est mentionné par Pausanias : les guerriers d’Arcadie revêtaient des peaux d’ours avant de partir en guerre contre Sparte.

Quant à Artémis, elle était parfois désignée comme la « déesse aux ours ». Elle pouvait en effet prendre l’apparence de cet animal et son nom dérive de la racine indo-européenne de l’ours. De plus, les prêtresses de ses temples, dont certains sont en lieu avec une légende d’ours, étaient parfois nommées « arktoi », c’est-à-dire « petites ourses ».

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Callisto dans les bras de Zeus qu’elle prend pour Artémis dont le croissant de lune orne le front

Il existe plusieurs variantes de l’histoire de la nymphe des bois Callisto, ce qui signifie en grec « la plus belle ». Elle avait fait vœu de chasteté sous la protection d’Artémis. Or, un jour Zeus/Jupiter vit Callisto et tomba sous son charme. Il n’eût plus qu’une idée, la séduire et en profiter. Il décida alors de se transformer en Artémis pour tromper la vigilance de Callisto, l’approcher et la séduire. Le stratagème fonctionna parfaitement et quand Callisto ne pût plus lui échapper, il se révéla à elle. Le malheur voulut pour Callisto qu’elle tomba immédiatement enceinte. Pour ne pas être chassé du cortège d’Artémis, la belle nymphe voulut cacher sa grossesse à sa maîtresse, mais celle-ci découvrit son état au cours d’un bain qu’elle prit avec ses suivantes. Le mythe raconte encore que, bien que folle de rage, Artémis ne tua pas Callisto et se contenta de la chasser. Callisto accoucha seule d’un enfant, Arcas, bâtard de Zeus/Jupiter. En apprenant cette nouvelle incartade de son auguste époux, Héra l’épouse jalouse de Zeus, transforma alors la belle nymphe en terrible ourse. Cependant, une autre version de la légende affirme que Callisto reçut une flèche d’Artémis qui la changea en ourse et la délivra de son enfant, Arcas dont le nom fait de nouveau référence à l’ours. C’est sous cette forme qu’elle fut tuée involontairement par ce fils alors âgé de 15 ans qui ne la reconnut pas. La fin du mythe est cependant plus heureuse, elle nous assure que Zeus dans sa mansuétude eût pitié de Callisto et de son fils et qu’il les transforma en constellations : Callisto devint la Grande Ourse tandis qu’Arcas se transforma en Petite Ourse ou l’étoile Arcturus. Pourtant, selon les versions, ils furent tous deux punis par l’Océan qui les condamna à tourner autour du Pôle Nord sans jamais pouvoir se reposer, à moins que ce ne soit Héra qui continuait à exiger une punition.

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Atalante

Par ailleurs, il existe aussi une version ancienne de la légende d’Iphigénie, sauvée de la mort par une métamorphose, non pas en biche mais en ourse. Quant à l’héroïne Atalante, elle aurait été recueillie et nourrie par une ourse après sa naissance. Après son mariage avec Hippomène, le couple oublia de remercier Aphrodite/Vénus qui, selon la version la plus courante, les changea en lions.

Des cas de passions entre humains et ours sont également évoqués, ainsi Polyphonte eût-elle de son union avec un ours, Agrios et Orios, alors qu’une ourse enfanta Acrisios avec Céphale.

Dans la Bible même l’ours est présent. C’est David, berger, qui doit défendre ses brebis contre un ours et un lion, ou encore Elisée qui prononce une malédiction au nom de Yahvé contre deux enfants qui se moquent de lui. Aussitôt, une ourse sort des bois et les dévore. De manière générale, les apparitions de l’ours sont celles d’un animal dangereux et féroce.

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La place de l’ours dans la Bible et la volonté de lutter contre les rituels et traditions païens qui célébraient les saisons, la nature, la position des astres, et les animaux expliquent pourquoi ils furent peu à peu remplacés au cours du Moyen Age par des fêtes chrétiennes célébrant les saints, le Christ ou la Vierge. Par exemple, le 11 novembre devint la fête de Saint Martin dans une grande partie de l’Europe de l’Ouest. De même, les mois d’hiver où l’ours était traditionnellement célébré furent associés à des « saints à l’ours ». Ainsi, le 2 février devint la Chandeleur, parfois nommée jusqu’au XVIIIe siècle « Chandelours » en souvenir de son origine.

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Allégorie Animaux et Sept Péchés Capitaux

La vénération des animaux allait à l’encontre des préceptes de la foi chrétienne médiévale, fortement imprégnée des écrits de Saint Augustin. Il prônait la supériorité de l’homme sur les animaux, considérés comme des êtres inférieurs et imparfaits. Ainsi, il dit dans son « Sermon sur Isaïe » que « l’ours, c’est le Diable ». Tous les rituels liés à une forme vénération de l’ours, ainsi que les déguisement souvent associés à des pratiques transgressives liées à la fertilité, furent interdits et sévèrement combattus par les autorités chrétiennes. Ainsi vers 852 une prescription aux évêques de la province de Reims de ne plus les tolérer, puis quelques années plus tard, il en alla de même dans la région de Laon. Les déguisements d’ours furent eux aussi interdits, de même qu’au IXe siècle les « jeux avec des ours », peut-être inspirés de ceux du cirque de la Rome antique.

                                                                                                          saint-seraphim-et-lours                                                                                                          

Saint Seraphim et l’ours

L’hagiographie abonde d’exemples où des saints apprivoisent des ours, tels Saint Blaise, Saint Colomban, Saint Seraphim et Saint Gall. Tous avaient pour fonction de lutter contre les cultes païens liés à l’ours. L’ours sauvage y dévore souvent la monture ou la bête de trait du saint. Ce dernier force alors l’ours à remplacer son animal, généralement un âne, une mule ou un bœuf, et à porter ses bagages ou tirer une charrue. Saint Eloi, saint Claude, saint Arige, saint Corbinien et saint Viance apprivoisèrent chacun un ours de cette façon. Saint Florent de Saumur parvint même à faire garder ses moutons par un ours, Saint Aventin de Larboust être une épine de la patte d’un ours et il existe de nombreuses histoires de saintes épargnées par un ours.

Toujours selon la légende, sainte Richarde bâtit l’église Saint-Pierre-et-Saint-Paul d’Andlau grâce à une ourse qui lui montra l’emplacement. Des fouilles archéologiques ont révélé les restes d’un ancien sanctuaire celtique probablement dédié à Artio dans les fondations de l’église.

lours-sur-les-armes-du-pape-benoit-xvi L’ours dompté de saint Corbinien figure sur les armes du Pape Benoît XVI.

La famille Orsini, en latin Ursinis et en français des Ursins, c’est-à-dire « des ours » a été l’une des familles princières les plus importantes de l’Italie médiévale et de la Renaissance. Les membres les plus célèbres de cette famille furent de papes : Célestin III, Nicolas III ou Benoît XIII ; elle donna aussi de nombreux condottieres et d’autres figures politiques ou religieuses d’importance.

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                                    Pitigliano en Toscane

En surplomb des gorges de la Lente, la petite ville de Pitigliano est accrochée à une falaise de tuf. Le lacis de ses ruelles laisse deviner l’empreinte du passé : nécropoles étrusques taillées dans la roche, ruines romaines, maisons médiévales, églises baroques et sur une place, la petite statue d’un ours qui rappelle que la ville appartenait aux Orsini. Cette petite ville est également appelée la « petite Jérusalem » et l’on peut y retrouver les vestiges du ghetto juif et sa synagogue. Protégée par les Orsini, puis les Médicis, une communauté juive avait en effet trouvé refuse à Pitigliano au XVIe siècle. Aujourd’hui, la petite ville s’est tournée vers les vignobles qui, grâce à ses caves naturelles, ont fait sa réputation.

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L’Ours des Orsini à Pitigliano

Mais revenons aux rapports entre l’ours et l’Eglise. De nombreux théologiens s’inspirèrent de saint Augustin et même de Pline l’Ancien pour dresser un portrait diabolique du l’ours et le dévaloriser. Ainsi associé au diable, l’ours devint son animal favori ou l’une des ses formes. Dans l’iconographie chrétienne, le diable possède sous les pieds, le mufle et le pelage d’un ours, et prend la forme de l’animal dans les rêves des saints, des rois et des moines. L’apparence velue de l’ours et sa couleur brune devinrent un signe de bestialité diabolique, l’animal se vit chargé de péchés capitaux tels que la tromperie, la luxure, la goinfrerie, la colère, l’envie et la paresse. D’autres études arrivent à la même conclusion, il s’agissait d’une façon de mettre un terme aux survivances du culte de l’ours en Europe, tout comme la généralisation des montreurs d’ours, l’interdiction des « jeux » et l’hagiographie contribuèrent à y mettre fin.

Les légendes se firent l’écho de cette représentation. Ainsi la « Malebeste de Vendée » était réputée dévorer les troupeaux, ou bien la rumeur courut que toutes les jeunes filles du bourg d’Angles finirent sous ses crocs. Seul un homme d’Eglise parvint à la vaincre grâce à sa foi.

Ce sont principalement des clercs et des prélats qui, dès l’époque de Charlemagne, luttèrent impitoyablement contre les traditions du paganisme germanique et scandinave afin de convertir ces peuples au Christianisme. Toutes ces légendes cherchaient à provoquer l’effroi que pouvait inspirer la proximité entre l’ours et l’homme pour en justifier la chasse, alors que les populations visaient à s’approprier la force de l’animal. Les traditions liées à l’ours ont d’ailleurs perduré jusqu’aux environs de l’an 1000, période à laquelle l’ensemble des peuples qui pratiquaient le paganisme nordique furent christianisés.

Preuve de cette proximité, une légende saxonne rapportée par Guillaume d’Auvergne parle d’un ours d’une force prodigieuse qui enleva la femme d’un chevalier et l’amena jusqu’à la caverne où il hivernait chaque année. Il la viola pendant plusieurs années et trois enfants naquirent, jusqu’au jour où la femme fut délivrée par des charbonniers, retrouva son mari et éleva ses enfants qui devinrent tous les trois chevaliers, mais se distinguaient par une pilosité abondante et l’habitude d’incliner la tête sur la gauche, comme les ours. Ils furent nommés « Ursini », les fils de l’ours. Il s’agit d’un thème symbolique que l’on retrouve très fréquemment dans d’autres cultures et à toutes les époques.

Durant le haut Moyen Age, l’ours fut célébré dans une grande partie de l’Europe, en particulier le 11 novembre qui correspond à la fois à la date théorique du son début d’hivernation et à l’hivernage pour les paysans. Cette symbolisait « le passage du dehors au-dedans, de la vie à la mort » en relation avec le calendrier ; elle donnait lieu à des rites païens impliquant des déguisements, des danses et des jeux sexuels. De même, les 2 et 3 février étaient associés à la sortie de l’hivernation et les fêtes impliquaient des viols et rapts simulés. Ces festivités étaient particulièrement fréquente dans les Ardennes et le croissant alpin, deux régions où étaient vénérées les déesses celtes liées à l’ours, Arduinna et Artio. Une très ancienne légende, probablement issue d’un motif indo-européen, veut que l’ours expulse les âmes des morts qu’il porte dans son ventre en émettant un pet à son réveil de l’hivernation et, chevaucher un ours était censé guérir divers maux.

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Boucles d’or et les Trois Ours

Comment ne pas évoquer aussi deux contes de Grimm : Boucle d’or et les Trois Ours et Neige-Blanche et Rose-Rouge. Le premier évoque la rencontre entre trois ours anthropomorphes et une petite fille, Boucle d’or. Un jour, en attendant que leur pudding refroidisse, les ours partent se promener. Bouche d’or découvre la maison vide, y entre par curiosité et se mêle aux affaires de la famille avant de s’assoupir dans le lit de l’ourson. De retour chez eux, les trois ours la réveillent et, selon les versions, la tuent ou l’effraient avant de la mettre en fuite.

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Quant à Neige-Blanche et Rose-Rouge, le conte met en scène deux filles qui rencontrent un ours effrayant capable de parler et l’invitent ponctuellement dans leur logis. Il s’agit d’un prince maudit par un nain qui l’a condamné à errer dans les bois sous forme d’ours jusqu’à être libéré de son sort.

Par ailleurs, dans le langage courant, l’ours a donné naissance à une grande variété d’expressions. Ainsi, « Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué ». Ce qui signifie « anticiper un succès incertain ». Ce proverbe a été popularisé par La Fontaine avec sa fable « L’Ours et les deux compagnons », mais se trouvait auparavant dans les proverbes populaires.

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L’ours et les deux compagnons

Un proverbe polonais affirme : « Un ours grogne quand une branche lui tombe sur la tête, mais il se tait sous le poids d’un arbre ».

Et puis, il y a le célèbre « Etre un ours mal léché », qui signifie être bourru, désagréable. C’est une expression populaire datant du XVIIe siècle. Elle est employée pour désigner une personne faisant preuve d’un comportement social grossier, rustre, qui n’est ni poli, ni convenable, qui ne sait que peu de choses des usages du monde. Cependant, cette expression est sans doute associée au comportement de l’ours lui-même. En effet, l’animal est généralement solitaire et nos ancêtres pendaient que les oursons n’étant pas tout à fait formés à la naissance, leur mère devait donc les lécher pour qu’ils soient complètement achevés.

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L’ourse léchant son ourson – Bestiaire anglais – 1200

Rabelais disait déjà : « Ainsi que l’ourse, à force de lécher son petit, le met en perfection ». L’expression « mal léché » va donc signifier « mal élevé et sans éducation » et s’applique à une personne dont la « formation » aux règles de vie en société n’a pas été entièrement accomplie.

Au XVe siècle, mais surtout aux XVIe et XVIIe siècles, le « pavé de l’ours » ou « rendre un service d’ours » apparait fréquemment signifie « nuire à une personne en ayant eu l’intention de l’aider ». Cette expression provient d’un certain nombre de légendes où un ours, croyant bien faire, jette un pavé ou un objet lourd sur un homme afin de chasser un insecte ou autre bête parasite, et le tue sur le coup.

L’expression « Fort comme un ours » existe dans toutes les langues européennes et désigne les personnes possédant une grande force physique.

D’une personne qui éprouve une colère impuissante qu’elle se sent « comme un ours en cage ».

Dans l’argot des typographes, on appelait « ours » l’ouvrier pressier, peut-être par l’analogie de son mouvement avec le « lourd balancement de l’ours », par opposition à l’ouvrier compositeur appelé « le singe », qui disposait ses caractères avec des mouvements vifs. De nos jours, on appelle « ours » l’encadré où se trouvent les noms des collaborateurs d’un journal ou d’un magazine.

Pendant la Guerre du Vietnam, les pilotes américains de F 105 biplaces surnommaient « ours » leur opérateur de guerre électronique assis à la place arrière. Ils employaient l’expression « ours bien dressé » pour les désigner.

Quant à l’expression « Avoir ses ours » signifie « Avoir ses règles ». Cette locution ne s’applique qu’aux femmes non ménopausées. Mais que viennent faire ces plantigrades dans ces manifestations aussi régulières et naturelles ? Trois explications sont possibles pour cette expression qui daterait du début du XXe siècle.

On sait qu’un ours désigne un homme bourru, à l’humeur parfois massacrante. La première explication vient donc de l’humeur ou de l’énervement que peuvent avoir les femmes quand elles ont leurs règles. La seconde origine pourrait venir d’une plaisanterie faite à partir de l’ancienne expression « avoir ses jours » employée pour désigner ces jours où une femme préférait ne pas trop de se montrer en société. Mais une telle plaisanterie ne se comprend vraiment que lorsqu’on sait que, jusqu’à la fin du XIXe siècle, « ours » se prononçait « our », ce qui explique la très forte similitude de prononciation entre « avoir ses jours » et « avoir ses ours ». La troisième hypothèse serait en rapport avec le cycle lunaire identique au cycle des femmes, cycle lunaire qui évoque l’ours puisque comme nous l’avons vu précédemment l’ours appartient au bestiaire lunaire, du fait de son apparition et de sa disparition, de son hivernation et de son retour à la lumière, exactement comme la lune visible et non visible au cours des vingt-huit jours de sa révolution.

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Enfin, à notre époque, l’ours est surtout associé aux enfants à travers l’ours en peluche, devenu l’un des jouets les plus populaires de tous les temps. Ainsi sont apparus les « ours mignons » qui consolent les enfants, en particulier dans les films et les séries d’animation, ainsi que les confiseries en gélatine et en forme d’ours, qui viennent d’Allemagne où on les appelle « Gummibär » ou « ours en gomme ». En 1922, une autre société avait lancé les « Ours d’or », précurseurs de ceux d’aujourd’hui. 

Le lien entre l’ours et l’enfant est purement affectif et émotionnel, et l’animal est familièrement surnommé « nounours ». C’est dans les premières années du XXe siècle que les ours en peluche commencent à se diffuser, à partir de l’Allemagne et des Etats-Unis, où ils furent inventés quasi simultanément comme jouets pour les enfants. Devenu « confident, complice et ange gardien » des enfants, voire membre de la famille, la diffusion de l’ours en peluche s’étend désormais au monde entier, déchaînant les passions. Ainsi, l’ours en peluche possède ses propres magasins spécialisés, ses lignées, ses associations de collectionneurs, les arctophiles, ses ateliers de réparation, ses musées et ses magazines. Des thérapies par l’ours en peluche ont été développées afin d’aider les enfants traumatisés, handicapés, en rupture de communication, autistes, hospitalisés ou victimes de maladies graves.

Un certain nombre d’oursons fictifs ont vu leurs aventures acquérir une diffusion internationale, tel Winnie l’ourson, devenue une star des produits dérivés pour les jeunes enfants. L’ours Paddington, Baloo, Yogi l’ours, Colargol ou encore Bouba ont également marqué des générations de lecteurs et de téléspectateurs.

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins 

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DANS LE BESTIAIRE DU BELIER… L’AGNEAU

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 11-04-2011

Les premières traces d’élevage d’agneaux sont attestées au Moyen Orient et remontent à plus de 12 000 ans. A toutes les étapes du développement de la civilisation méditerranéenne, civilisation de pasteurs nomades autant que d’agriculteurs sédentarisés, l’agneau premier-né, celui qu’on appelle aujourd’hui « agneau de la Saint-Jean », apparaît, dans sa blancheur immaculée et glorieuse, comme une cratophanie printanière. Il incarne le triomphe du renouveau, la victoire, toujours à refaire, de la vie sur la mort. C’est cette même fonction archétypale qui fait de lui par excellence la victime propitiatoire, celui qu’il faut sacrifier pour assurer son propre salut.  

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Et là, comme en beaucoup d’autres rites et coutumes, les adeptes de Dionysos préfigurent le temps des grandes révélations : ainsi, pour permettre au dieu de réapparaître aux bords du lac de Lerne, par lequel il était descendu aux enfers chercher sa mère Sémélé, « ils jetaient dans le gouffre un agneau pour apaiser le Pylaochos, gardien des portes infernales ».

Dans le monde proche-oriental, depuis le néolithique, la tension entre bergers nomades et paysans sédentaires ne cesse de croître avec les siècles. Elle est souvent une explication aux conflits ethniques synthétisés par la lutte fratricide de Caïn et d’Abel. Ici, l’agneau prend des connotations nouvelles.

Avec la révélation hébraïque ce symbole va prendre tout son sens : l’agneau, ou la brebis, symbolise d’abord l’Israélite, membre du troupeau de Dieu paissant sous la conduite de bergers, c’est-à-dire les chefs politiques ; l’image sera d’ailleurs reprise par le christianisme.

Mais surtout, avec une constance qu’aucun événement ne vient altérer, jusqu’à nos jours, l’agneau de lait, des juifs aux chrétiens, et de ceux-ci aux musulmans, est la victime sacrificielle de toutes les occasions, et surtout du Renouveau où se succèdent Pâque juive, Pâques chrétiennes, mort et résurrection du Christ agneau de Dieu, et sacrifice du Ramadam, ce Kurban qui, dans la langue courante au Moyen-Orient devient l’apostrophe affectueuse par laquelle on salue l’ami véritable, comme on lui dirait « frère ».

Une étude détaillée de ces trois rituels fait apparaître la continuité de leurs significations symboliques, jusque dans les moindres détails. Ainsi l’effusion du sang rédempteur du Christ sur la croix n’est pas sans rapport avec ce sang salvateur de l’agneau sacrifié dont les juifs enduisent les montants et le linteau de leur porte pour écarter de leur maison les forces du mal.

Lorsque Jean-Baptiste s’écrie en voyant Jésus : « Voici l’agneau de Dieu qui ôte le péché du monde », il se rattache certainement, au moins en partie, au thème sacrificiel. C’est l’accent pascal qui apparaît au premier plan dans la première épitre de Pierre : le chrétien est libéré, comme jadis Israël d’Egypte, par le sang d’un agneau, Jésus-Christ. Jean affirme également que la mort du Christ accomplit parfaitement le sacrifice de l’agneau pascal. Toutefois, le christianisme primitif se rattache également, en parlant de Jésus comme d’un agneau, à une autre prophétie de l’Ancien Testament : la mystérieuse page dans laquelle Isaïe annonce un messie souffrant, symbolisé par l’image d’un agneau mené à l’abattoir. 

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Le Bélier – Zodiaque de la Cathédrale Notre-Dame d’Amiens

L’agneau est sur la montagne de Sion et au centre de la Jérusalem céleste, dans l’Apocalypse. Se fondant sur une description presque identique du Brahma-pura donnée par la Bhagavad-Gitâ et de la Jérusalem céleste, Guénon a suggéré un rapprochement, purement phonétique, entre l’agneau et l’Agni védique, lequel est d’ailleurs porté par un bélier. La similitude ne saurait être fortuite car, outre le caractère sacrificiel d’Agni, l’un et l’autre apparaissent comme la lumière au centre de l’être, celle qu’on atteint dans la quête de la Connaissance suprême. Ce rapprochement avec le dieu védique du feu manifeste l’aspect solaire, viril et lumineux de l’agneau : c’est la face léonine de l’agneau que l’on trouve également signalé dans l’Apocalypse, qui emploie 28 fois le mot agneau pour désigner le Christ. Comme, d’une part, le mot grec n’est pas exactement le même que dans les cas précédents, et que, d’autre part, cet agneau exerce sa colère, fait la guerre et remporte la victoire, on a pu, non sans quelque vraisemblance, supposer une influence du symbolisme astral, le bélier du Zodiaque. Quoi qu’il en soit, la symbolique antérieure est encore présente : il s’agit d’un agneau immolé et donc sacrificiel ou même pascal. Mais le symbole renvoie ici au Christ ressuscité et glorifié. C’est pourquoi on y décèle des harmoniques nouvelles : l’agneau vainqueur de la mort, des puissances du mal, tout-puissant, divin et juge.

C’est sans doute pour éviter toute confusion des cultes et des croyances, qui pourrait résulter de la similitude des symboles, qu’un concile tenu à Constantinople, en 692, ordonna que l’art chrétien représente le Christ en Croix, non plus sous la forme de l’agneau, ni entouré du soleil et de la lune, mais sous les traits de l’homme.

En dehors des trois religions du Livre, l’agneau était présent dans plusieurs religions en tant qu’animal sans défense par excellence, doux et docile. Des agneaux noirs étaient sacrifiés aux divinités grecques des vents pour s’assurer une bonne navigation. Dans les grandes religions modernes, l’agneau est sacrifié à Dieu.

Par ailleurs, l’agneau qualifié d’animal pur, cacher et hallal, peut être mangé dans la religion juive ou musulmane. Dans l’Islam, un agneau est égorgé aux fêtes de l’Aïd.

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Agneau de Tartarie ou Barometz

Enfin, on désigne sous le nom « d’agneau de Sibérie, agneau des Scythes, agneau de Tartarie », une créature mythologique mi-animale, mi-plante, qu’on appelle également Barometz.

Dans la religion chrétienne, on retrouve l’agneau dans les bestiaires médiévaux mais aussi dans :

-       L’Agneau de Dieu que l’on retrouve dans l’Evangile selon Jean désigne Jésus,

 

-       L’Agnus Dei est un chant religieux,  

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Agneau de la Corporation des Drapiers à Rouen

-       L’agneau de Pâques ou Agneau pascal qui est l’emblème des corporations de drapiers. On le retrouve aussi en héraldique dans le blason de plusieurs villes, comme Grasse ou Rouen.

-       Dans l’iconographie chrétienne, on rencontre souvent l’agneau couché sur le livre aux sept sceaux : cette figure, tirée de l’Apocalypse, orne presque tous les autels, tant en peinture qu’en relief. On place souvent entre les pattes de l’agneau la croix de la Résurrection. On représente également parfois l’agneau debout au-dessus d’un rocher, d’où s’échappent les quatre fleuves du Paradis, symboles des quatre Evangélistes.  

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Sainte Geneviève Patronne de Paris – Eglise Saint-Etienne-du-Mont à Paris

-       Toujours dans l’iconographie chrétienne, l’agneau est le symbole du Christ dont il évoque le sacrifice. C’est également l’attribut de Jean-Baptiste, de Sainte Agnès, Sainte Reine ou encore de Sainte Geneviève.

-       Dans les représentations d’Adam et Eve après la chute, la présence d’un agneau rappelle que le péché originel a été racheté par Jésus-Christ, l’Agneau de Dieu.

-       Les illustrations du sacrifice d’Abel le montrent parfois portant un agneau sur ses épaules.

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Giotto – La Nativité

-       Des agneaux figurent dans les représentations de l’annonce faites aux bergers, ou de la Nativité.

Par ailleurs, dans les contes et la littérature, l’agneau garde souvent une valeur de victime innocente :

-       C’est la victime du loup dans les fables d’Esope que Jean de la Fontaine reprendra dans Le Loup et l’Agneau.  

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-       C’est Thibault Agnelet, le berger de Maître Guillaume dans la Farce de Maître Patelin, qui est tout naturellement le naïf de la farce.  

-       Une légende autour du pic de la Dent du Chat montre un agneau servant d’appât pour traquer un chat sauvage qui terrorise les voyageurs. 

-       Le titre du roman américain le Silence des Agneaux, dont est tiré le film du même nom réalisé par Jonathan Demme en 1991, évoque l’impuissance des victimes d’un tueur en série. 

-       Et puis, ne dit-on pas aussi : Doux comme un agneau.

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Agnolotti d’Italie

D’autre part, savez-vous que les « agnolotti » italien sont des pâtes farcies en forme de petites poches semi-circulaires ?

Présent sur la table des repas de Pâques, à côté d’autres nourritures grasses, l’agneau semble avoir perdu son exclusivité rituelle, sauf en Alsace : sous forme de gâteau, saupoudré de sucre glacé, un ruban rouge autour du cou, l’agneau pascal devient cadeau et décoration indispensable de la fête. On y raconte encore qu’un agneau d’or surgit à l’aurore du jour de Pâques et sautille par trois fois devant le soleil levant, avant de disparaître. Faut-il voir dans cette croyance un lointain écho au signe zodiacal du Bélier prédominant pendant la période où l’on célèbre la fête de Pâques ? 

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Agneau pascal alsacien

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike 

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DANS LE BESTIAIRE DE NEPTUNE ET DES POISSONS… L’HIPPOPOTAME

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 19-03-2011

Dans la symbolique astrologique les grands animaux appartiennent au domaine d’abord de Jupiter. Toutefois, il ne faut pas oublier que Jupiter partage avec Neptune la Maîtrise des Poissons. Jupiter représente toujours ce qui est grand, voire même démesuré. Et c’est bien le cas de l’hippopotame commun qui, adulte ne pèse pas moins entre 1,4 à 3,2 tonnes. Le plus grand mesure jusqu’à 1,50 mètres au garrot pour 3,50 mètres de longueur. La tête est grosse et la bouche large qui va s’ouvrir selon un angle très important, quant à ses canines elles peuvent mesurer plus de 60 cm. Très vulnérable aux coups de soleil, l’hippopotame passe une grande partie de la journée dans l’eau boueuse pour se rafraîchir.  

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Le nom « hippopotame » dérive du grec ancien « hippo » signifiant « cheval », autre symbole jupitérien, et « potamos » qu’on traduit par « fleuve », ce qui nous ramène au monde aquatique des Poissons et de Neptune. On a longtemps cru que l’hippopotame était de la famille des Suidae, c’est-à-dire les porcs et les sangliers, ou à celle des Tayassuidae, les pécaris, mais des recherches assez récentes, dans les années 1990, ont montré que les hippopotames étaient les proches parents vivants des cétacés.

Saccageant ou mangeant une partie des récoltes, l’hippopotame a été considéré en Egypte, le plus souvent, comme une manifestation des forces négatives qui sont en ce monde… Ennemi de l’homme, l’hippopotame fut voué à Seth, le méchant. On entretenait des harponneurs sacrés, chargés de le détruire. Cependant, l’hippopotame femelle fut honorée, voire adorée, comme un symbole de la fécondité, sous les noms de le Horem (Opet), la Grande (Thonéris). Elle était censée assister « traditionnellement la mère lors de la venue au monde des dieux, des rois et de simples mortels. Ainsi s’expliquent les nombreuses images, statues, amulettes et représentations dans les temples, qui montrent Thonéris, dressée sur ses pattes postérieures et appuyée sur le nœud magique ». 

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L’Hippopotame Opet

Dans l’Ancien Testament, l’hippopotame, sous le nom de Béhémoth, qui vient probablement de l’égyptien, symbolise « la force brutale que Dieu maîtrise, mais que l’homme ne peut domestiquer ».

Vois, sa force réside dans ses reins, sa vigueur dans les muscles de son ventre, 

Il raidit sa queue comme un cèdre, les nerfs de ses cuisses s’entrelacent.                                             

Ses vertèbres sont des tubes d’airain, ses os sont durs comme du fer forgé…                       

Sous les lotus il est couché, il se cache dans les roseaux des marécages.

Cette description, interprétée symboliquement, viserait l’ensemble des impulsions humaines et des vices, dont l’homme, atteint par la faute originelle, ne peut venir à bout par lui seul. Cette colossale masse de chair exige la grâce de Dieu pour s’élever par la spiritualisation.

Les savants grecs Hérodote et Aristote, qui ne connaissaient l’hippopotame que par oui-dire, l’avaient affublé de sabots fourchus et d’une crinière de cheval qu’il garderait dans les représentations zoologiques jusqu’à la Renaissance. Il faudra attendre Pierre Belon qui vit un hippopotame à Constantinople pour que soit démenties les fables transmises par les écrits anciens. Une statue antique du Nil à son image, dans les jardins du Pape au Belvédère, assure au zoologue qu’il s’agit bien du même animal. 

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Hippopotame bleu – Antiquités égyptiennes – Musée du Louvre – Paris

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.   

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MOUETTES…GOELANDS… CORMORANS… LES OISEAUX DE NEPTUNE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 18-03-2011

La plupart des marins du monde croient que les mouettes et les goélands qui les accompagnent seraient les âmes des marins morts en mer. C’est pourquoi ils préconisent qu’il ne faut surtout pas leur faire de mal.

Selon un mythe des Indiens Lilloet, de Colombie britannique, la mouette était primitivement propriétaire de la lumière du jour, qu’elle conservait jalousement dans une boîte pour son seul usage personnel. Le Corbeau, dont on connaît les qualités de démiurge dans les cultures du Nord-Ouest, réussit à rompre cette boîte par ruse, au bénéfice de l’humanité. Le même mythe explique ensuite comment le Corbeau organise une expédition au pays des poissons, à bord de la barque de la mouette, la barque de lumière, pour conquérir le feu. On ne peut pas ne pas voir une sorte d’amalgame entre le Corbeau et Prométhée.  

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Mouettes

On nomme « mouettes » bien des oiseaux de la famille des Larinae, de la tribu des Larini, qui comprennent aussi les goélands.

Dans la mythologie romaine, Lara était une nymphe du Tibre, le fleuve qui arrose Rome. Elle aurait engendré Mercure, le dieu des Lares, divinités protectrices du foyer et en communication avec les âmes de ancêtres défunts. Jupiter lui aurait enlevé la langue à cause de son incessant bavardage. Le prénom Lara est donc à rapprocher du grec « laros » et du latin « larus », la mouette.

Si vous visitez un jour le Château de Chantilly, dans la galerie de Psyché, il est un vitrail qui représente la mouette bavarde venant annoncer à Vénus, que l’on reconnaît sur un char tiré par trois dauphins, la faute de son fils Cupidon. Des tritons l’accompagnent ainsi que Neptune, le dieu de la mer. Il est armé de son trident. Se souvenir que pour l’Astrologue Neptune est le Maître du signe des Poissons et que Vénus trouve son exaltation dans ce signe, ce qui signifie qu’elle y est ici très puissante et importante.  

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Goéland

Pour en revenir à l’étymologie du mot « mouette », il n’y a guère que dans la langue française pour trouver une distinction entre « mouette » et « goélands ». En effet, un goéland n’est jamais qu’une grosse mouette. Il est communément admis que le mot français « goéland » est un emprunt au breton « gwelan » ou « gouelan » qui désigne effectivement les goélands et qui signifie « pleurer », ce qui décrit parfaitement le chant de cet oiseau. L’équivalent en anglais est « gull » dont l’origine est analogue.

Quant au cormoran, d’après la Bible, il aurait embarqué par Noé dans l’arche lors du déluge. Cependant, il aurait été sale et pour le punir, Noé lui aurait retiré son imperméabilité et lui aurait donné la couleur noire de son plumage, d’où son nom de corbeau des mers. Et pourtant, cette perméabilité est judicieuse car l’air emprisonné dans les plumes peut être éliminé lors des plongées ce qui diminue la poussée ascensionnelle. Ensuite, hors de l’eau, le cormoran n’a aucune difficulté à se débarrasser des gouttes d’eau qui l’imprègnent car chaque plume, enduite de sérum est devenue hydrophobe. Après avoir pêché, le cormoran se perche et tient ses ailes ouvertes en attendant qu’elles sèchent ou les agite vigoureusement en l’absence de vent.

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Cormoran à la pêche

Par ailleurs, les hommes de tous temps ont remarqué l’habileté du cormoran pour pêcher. Il capture d’ailleurs les poissons sous l’eau. Il a donc été dressé à la pêche. Un anneau, assez large pour laisser l’oiseau respirer, est placé autour de son cou trop étroit pour qu’il ne puisse avaler le produit de sa pêche. Le cormoran va donc être lâché jusqu’au moment où il capture le poisson, son propriétaire lui retirant alors le poisson. Quand l’oiseau en a ramené quelques-uns, il en reçoit un en récompense de son travail. Cette pêche au cormoran fut très utilisée autrefois en Angleterre et en Chine ; elle ne subsiste qu’au Japon.

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Pernes-les-Fontaines – La Fontaine du Cormoran

On trouve à Pernes-les-Fontaines, dans le Vaucluse, la Fontaine du Cormoran, classée Monument Historique. Elle fut érigée en 1761. Elle est ornée des armoiries de la ville : un soleil resplendissant, et porte la devise de Pernes sur deux faces opposées : « Dei gratia inter alia lucet » ce qui signifie : « Par la grâce de Dieu elle brille dans entre toutes ». Le Cormoran symbolise la ville entière qui a toujours protégé et nourri ses enfants, en offrant aux passants le poisson qu’il tient dans son bec.

Quant à Jean de La Fontaine, il nous a laissé une fable : Les Poissons et le Cormoran.

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

Photo de la mouette aux « bottes rouges » : Les Shoots du Macaron

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OISEAU DU VERSEAU… L’INDEPENDANTE HIRONDELLE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 12-02-2011

Bien qu’un vieil adage prétende que « l’hirondelle ne fait pas le printemps », on ne peut que constater comme l’écrivit Rémi Belleau que « les hirondelles sont du printemps les messagères ». D’ailleurs, en Chine, on faisait même autrefois correspondre l’arrivée et le départ des hirondelles à la date exacte des équinoxes. Le jour du retour des hirondelles, à l’équinoxe de printemps, était l’occasion de rites de fécondité. Ce dont on peut sans doute rapprocher plusieurs légendes qui rapportent la fécondation merveilleuse de jeunes filles par l’ingestion d’œufs d’hirondelles, comme l’histoire de Hien-ti ou encore l’histoire de l’ancêtre de la famille Chang, dont descendait Confucius. Confucius n’en est pas moins, si l’on ose dire, le fils de l’hirondelle. Autre signe du printemps : des galettes en forme d’hirondelle étaient fixées au-dessus des portes, l’hirondelle paraît d’ailleurs se confondre ici avec un autre oiseau du printemps qui pourrait être le loriot.

En outre, le rythme saisonnier, yin-yang, des migrations de l’hirondelle s’accompagne d’une métamorphose : elle se réfugie dans l’eau (yin, hiver) où, rapporte Lie-Tseu, elle devient coquillage, puis redevient hirondelle, en accompagnant le mouvement ascendant du soleil (yang, été).

hirondelles

Dans le même sens, Isis se transformait en hirondelle, la nuit, tournoyant autour du cercueil d’Osiris et se lamentant en des cris plaintifs, jusqu’au retour du soleil. Symbole de l’éternel retour et annonce de la résurrection. Sur les tombeaux des Egyptiens l’hirondelle signifiait la vie après la mort. 

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L’hirondelle est représentée dans le domaine mythique celtique par le nom de Fand, épouse du dieu de la mer Manannan. Tombée amoureuse de Cùchulainn, elle l’invite dans l’autre monde et il passe un mois auprès d’elle. Puis, il l’abandonne et est repris par sa femme Emer. Avec beaucoup de mélancolie, Fand retourne alors vers son mari, qui est revenu la chercher. Un autre personnage mythique en relation avec le nom de l’hirondelle est Fandle, l’un des trois fils de Nechtan Scene, tué par Cùchulainn lors de sa première expédition sur la frontière de l’Ulster. Fandle était d’une extrême légèreté et combattait au-dessus de l’eau. L’hirondelle apparaît, là encore, liée à un symbolisme de la fécondité, de l’alternance et du renouveau.

Au Mali, l’hirondelle est un auxiliaire, une manifestation, du démiurge Faro, maître des eaux et du verbe et expression suprême de la pureté, par opposition à la terre, originellement souillée. L’hirondelle doit son rôle important au fait qu’elle ne se pose jamais sur la terre : elle est donc exempte de souillure. C’est elle qui recueille le sang des victimes des sacrifices offerts à Faro, pour l’emporter dans les espaces supérieurs, d’où il redescendra sous forme de pluie fécondante. Elle joue donc un rôle de véhicule dans le mécanisme cyclique de la fécondation de la femme, par l’intermédiaire du jus de la tomate sauvage, qu’elle porte également au ciel. 

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L’hirondelle est le symbole du renoncement et de la bonne compagnie en Islam ; elle est appelée « l’oiseau du paradis ». Chez les Persans, « le gazouillement de l’hirondelle sépare les voisins et les camarades ; elle signifie solitude, émigration, séparation, sans doute à cause de sa nature d’oiseau migrateur.

Une légende hellénique raconte aussi que Pandion, roi de l’Attique, épousa une naïade, nommée Zeuxippé et dont il eut deux fils : Erechté et Boutès, mais aussi deux filles : Philomèle et Procné. Alors que Pandion régnait sur l’Attique, à Thèbes c’était Labdacos qui était roi : les peuples de ces deux royaumes n’arrivaient pas à s’entendre et la guerre éclata entre Thèbes et Attique. Pandion s’allia avec le roi de Thrace, Térée qui, disait-on, était le fils d’Arès, Mars chez les Romains. Et, pour mieux sceller l’alliance, Pandion lui donna en mariage sa fille aînée, Procné. Bientôt, celle-ci eût un fils, nommé Itys. Cependant, Procné s’ennuyait à Thrace, loin d’Athènes et ce qu’elle souhaitait le plus au monde c’était de faire venir auprès d’elle sa sœur Philomèle. Térée y consentit et partit chercher la jeune fille. Mais pendant le voyage de retour, Térée tomba amoureux de Philomèle et lui fit violence. Puis, pour l’empêcher de se plaindre à sa sœur, il lui coupa la langue.  

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                                                      Procné et Philomèle par William Adolphe BOUGUEREAU (XIXe siècle)                                                                           

Musée National du Château de Fontainebleau

Cependant, Philomèle imagina un moyen de se faire entendre et sur une tapisserie, elle broda l’histoire de la violence qui lui avait été faite. Procné décida de la venger. Pour cela, elle tua Itys son propre fils, le fit bouillir, et donna sa chair à manger à Térée. Après quoi, elle s’enfuit avec sa sœur. Lorsqu’il comprit ce que sa femme avait fait, Térée saisit une hache et se lança à la poursuite des deux sœurs. Il les rejoignit à Daulis, en Phocide. Cependant, en le voyant arriver, Philomèle et Procné implorèrent les dieux qui eurent pitié d’elles et les transformèrent en oiseaux. Procné devint une hirondelle et Philomèle, un rossignol. Térée fut lui aussi métamorphosé en oiseau et devint une huppe.

« L’hirondelle est venue, ramenant le beau temps, annonçant les années heureuses ».

Ainsi chantaient les enfants en Grèce pendant l’Antiquité, à la fin de l’hiver, en promenant un simulacre d’hirondelle en bois, aux ailes mobiles fixées à l’extrémité d’un bâton, décoré d’épis et de plantes vertes. En écho à cette coutume, on retrouve dans l’ensemble des pays balkaniques la célébration du retour des hirondelles fixée symboliquement au 1er mars et

les enfants promènent toujours une hirondelle, cette messagère du printemps et de l’éternel retour, en accomplissant à la même occasion des rites de fécondité et d’abondance.

Plus près de nous, en Lorraine et plus particulièrement dans la région de Metz, on assure que l’hirondelle préserve de la foudre et porte bonheur à la maison qu’elle choisit pour y bâtir son nid. On dit encore que celui qui tue une hirondelle deviendra victime d’un malheur.  

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Dans le Petit Dictionnaire des Traditions populaires Messines, on apprend que les hirondelles arrivent le jour de l’Annonciation, le 25 mars, et qu’elles quittent le pays le 8 septembre, le jour de la nativité de la Vierge.

Tout aussi poétique et charmant, Jules Renard disait : « L’accent circonflexe est l’hirondelle de l’écriture ». Quant à Henri Lacordaire, il affirmait : « Il n’y a que le cœur qui aille aussi vite que les hirondelles ».

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La Vierge à l’hirondelle – Carlo Crivelli – Eglise San Francesco in Matelica

Il existe aussi une Madone à l’hirondelle. C’est une œuvre de Carlo Crivelli, commanditée en mars 1490 par Ranuzio Ottoni et Giorgio di Giacomo, du couvent franciscain, pour l’église San Francesco in Matelica (*). L’œuvre fut réalisée entre 1490 et 1492. C’est une Vierge à l’Enfant, entourée de saint Jérôme et de Saint Sébastien, nommée par la suite « Vierge à l’hirondelle » pour l’oiseau perché au-dessus de la Vierge, sur le retable, symbole de la Résurrection.

En fait, c’est depuis toujours que l’hirondelle est un symbole de résurrection puisque avec sa venue, la nature revit après sa mort hivernale. Elle l’est également parce qu’on lui attribuait, chez les Anciens, la capacité de donner la vue à ceux de ces petits qui seraient nés aveugles, grâce au suc de la chélidoine, plante employée pour soigner les verrues et qu’on appelle aussi « l’herbe des hirondelles ».

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La Chélidoine ou l’herbe des hirondelles

Selon Pline l’Ancien, le sang des hirondelles entrait dans la composition des collyres. Cette possibilité de redonner est un autre symbole de résurrection puisque le Christ ouvrait les yeux des ressuscités. Et pourtant, dans les légendes populaires, celui qui tue une hirondelle est menacé de cécité.

Quant aux premiers Chrétiens, ils ont vu en elle le symbole de la prière puisqu’un verset de la Bible rappelle : « Comme l’hirondelle, je pépie. Mes yeux faiblissent à regarder en haut » ; un autre verset fait de l’hirondelle un symbole d’habitation dans la maison de Dieu : « Le passereau a trouvé une maison et l’hirondelle un nid où poser ses petits : tes autels, Yahvé Sabaot, mon Roi et mon Dieu ».

Et puis, durant la « Drôle de guerre », l’hirondelle devint un symbole d’espoir. En effet, pour tromper leur attente des soldats ont peint avec des moyens de fortune une hirondelle sur l’un des murs de la casemate qui les abritait.

Enfin, à Paris, il existe la rue de l’Hirondelle. C’est une voie très ancienne de la rive gauche de Paris. Connue dès 1200 sous le nom d’Arrondale-en-Laas. Elle s’appela ensuite celui d’Hyrondale, de Lyrundelle et enfin d’Irondelle, en relation avec une enseigne représentant une hirondelle, en vieux français on disait arondale.

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Rue de L’Hirondelle – Paris 6e

En 1855, la création de la place Saint-Michel l’amputa sur près de la moitié de sa longueur. Aujourd’hui, cette rue étroite présente la particularité de communiquer avec la place Saint-Michel par un escalier et un passage voûté discret, ce qui lui donne l’aspect tranquille d’une impasse retirée dans un quartier très animé.

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matelica-macerata-marche-italia (*) Matelica est une petite ville située dans la région des Marches, en Italie centrale, dans la province de Macerata.

 

 

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Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

Petit Dictionnaire des Traditions populaires Messines

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