DANS LA SYMBOLIQUE DU TAUREAU… LE BUFFLE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 08-05-2013

Le bœuf et plus encore le buffle, auxiliaires précieux de l’homme, sont respectés dans toute l’Asie orientale. Ils servent de monture aux sages, particulièrement à Lao-Tseu dans son voyage vers les marches de l’ouest. Il y a en effet, dans l’attitude de ces animaux, un aspect de douceur et de détachement, qui évoque la contemplation.

LAO TSEU SUR SON BUFFLE

Lao-Tseu sur son buffle

Contrairement au taureau, le bœuf est un symbole de bonté, de calme, de force paisible, de puissance de travail et de sacrifice, comme il est décrit à propos du bœuf de la vision d’Ezéchiel et de l’Apocalypse, bien que ce bœuf était peut-être en fait un taureau. Ce sont certains aspects symboliques et leurs interprétations qui les distinguent. La tête de bœuf de l’empereur Chennong, inventeur de l’agriculture, celle de Tche-Yeou paraissent être aussi bien des têtes de Taureau. Le bœuf Apis de Memphis, hypostase de Ptah et d’Osiris, n’est-il pas lui-même un taureau ? En fait, le même mot désignait tous les bovidés. A cet égard, son caractère lunaire n’est pas déterminant.

Les bœufs statufiés sont fréquents dans les temples de Shinto’. Mais dans la Chine ancienne, un bœuf de terre figurait le froid qu’on expulsait au printemps, en vue de favoriser le renouveau de la nature. C’est un emblème typiquement yin.

Ainsi, les gouverneurs locaux organisaient des activités pour encourager les paysans à accueillir le printemps en « fouettant le buffle du printemps ». Une estampe de ce Buffle du Printemps était souvent affichée au début de la saison, première des vingt-quatre périodes de l’année solaire. En fait, les paysans l’utilisaient pour ses indications météorologiques. Ainsi, si le début du printemps tombait au douzième mois de l’année, l’enfant représenté se trouvait devant le buffle indiquant que le printemps viendrait plus tôt que d’habitude. Alors que si la date du printemps arrivait au premier mois de l’année, l’enfant se trouvait derrière le buffle, signalant que la terre resterait gelée plus longtemps que de coutume et que les semailles devraient avoir lieu après cette date. Enfin, si l’enfant avait un pied nu, c’était l’indication que les conditions météorologiques apporteraient de bonnes récoltes.

BUFFLES - PISANELLO - 1420-1440 - MUSEE DU LOUVRE 

Les buffles de Pisanello – Musée du Louvre – 1420-1440

Le buffle est plus rustique, plus lourd, plus sauvage. L’iconographie hindoue en fait la monture et l’emblème de Yama, divinité de la mort. Au Tibet également, l’esprit de la mort possède une tête de buffle. Cependant, le Bodhisattva Manjushri, destructeur de la mort, chez les Gelugpa, secte des Bonnets jaunes, est lui-même représenté avec une tête de buffle.

Il se peut que le buffle qui affectionne les marécages, soit en rapport avec l’humidité et soit vaincu par le soleil et la sécheresse. En fait, un buffle est parfois sacrifié en Inde à la fin de la saison des pluies.

BUFFLE A ROULETTES - JOUET D'ENFANT EN TERRE CUITE - GRANDE GRECE EPOQUE ARCHAIQUE - MUSEE DU LOUVRE

Buffle à roulettes – Jouet d’enfant en terre cuite – Grande Grèce époque archaïque – Musée du Louvre – Paris

Chez les populations montagnardes du Vietnam, pour lesquelles le sacrifice du buffle est l’acte religieux essentiel, cet animal est respecté à l’égal d’un humain. Sa mise à mort rituelle en fait l’envoyé, l’intercesseur de la communauté auprès des Esprits supérieurs.

 PETIT OISEAU PAS CONTENT DU COUP DE LANGUE DU BUFFLE

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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DANS LE BESTIAIRE DU VERSEAU… LA CIGOGNE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 15-02-2013

La cigogne est très généralement un oiseau de bon augure, à part dans le Lévitique où elle se trouve qualifiée « d’immonde ». Elle est aussi symbole de piété filiale car 400 ans avant Jésus-Christ les Grecs associaient la cigogne qu’ils nommaient « pelargos » à ce respect des parents parce qu’elle les nourrissait alors qu’ils étaient vieillissants. De là découla le nom de la loi « Pelargonia » qui obligeait les enfants à s’occuper de leurs parents.

Dans certaines régions, on assure que la cigogne apporte les enfants, ce qui pourrait être en rapport ave ses mœurs d’oiseau migrateur, son retour correspondant au réveil de la nature. C’est sans doute dans la même perspective et pour la même raison, qu’on lui prête le pouvoir, par son seul regard, d’être cause de la conception. C’est d’ailleurs en février qu’elle marque son grand retour, c’est-à-dire dans le mois du Verseau. Par ailleurs, l’attitude de cet oiseau, dressé immobile et souvent solitaire sur un seul pied, en fait un des symboles de la contemplation. En Extrême-Orient, et notamment au Japon, la cigogne se confond avec la grue et apparaît comme un symbole d’immortalité.

 COUPLE DE CIGOGNES AU NID

Couple de cigognes dans son nid

En Europe, avoir un nid de cigognes sur le toit de sa maison porterait chance. Par ailleurs, comme elle n’oublie jamais où se trouve son nid, la cigogne symbolise la constance.

Une autre croyance voudrait qu’elle ait volé autour de Jésus lors de sa crucifixion. Elle serait ainsi devenue un symbole de résurrection, de régénération. C’est pourquoi la cigogne qui vole au-dessus d’une maison ou y construit son nid serait annonciatrice d’une future naissance. On entend dire encore : « Si une cigogne s’est posée sur votre maison, elle devient votre porte-bonheur dans presque tous les domaines : fécondité et fidélité d’abord, mais également richesse, santé, protection contre la foudre, bénédiction de la ville entière où elle a élu domicile. Cette quantité de vertus lui a sans doute été attribuée dans les siècles passés parce qu’elle débarrassait les champs et marécages des serpents et d’autres animaux peu appréciés par la population ».

La cigogne est encore symbole de longévité. On lui prête de pouvoir atteindre un âge fabuleux. Mais alors qu’elle arrive à six cents ans, elle ne mange plus, se contentant pour vivre de boire et, après deux mille ans, elle devient toute noire. Elle est, avec le lièvre et le corbeau, un animal cher aux alchimistes taoïstes.

Au Maroc aussi, la croyance populaire considérait la cigogne comme un porte-bonheur. Une légende marocaine assure que la cigogne serait un imam, un homme saint habillé de deux burnous, l’un noir et l’autre blanc. « Un jour, en plein Sahara, l’eau nécessaire à ses ablutions vint à manquer à l’imam. Pour ne pas manquer la prière, il utilisa le petit lait pour faire sa toilette commettant ainsi un grave péché car le petit lait était béni du fait de sa rareté en ce lieu désertique. Alors le Tout Puissant le métamorphosa en cigogne et l’expédia au Maroc pour expier son péché ».

Il est un petit conte intitulé « les Cigognes » d’Hans Christian Andersen, célèbre pour sa petite sirène, qui reprend une légende célèbre dans le nord de l’Europe assurant que c’est la cigogne blanche qui apportait les bébés aux jeunes parents. On retrouve cette hypothèse dans le poème d’un Allemand, Jean-Frédéric Wentzel, en 1840. Cependant, les premières légendes européennes sont bien plus anciennes, comme on vient de le voir.

LA CIGOGNE... ADMETS-LE QUE NOUS SOMMES PERDUS 

Admets-le que nous sommes perdus

Quoi qu’il en soit, le folklore allemand est plein d’histoires rapportant que les cigognes trouvaient les bébés dans des grottes ou des marais et qu’elles les apportaient dans un panier, arrimé sur leur dos ou tenu dans leur bec, qu’elle déposait dans les maisons. Dans les grottes se trouvaient des « pierres de cigogne » où se trouvaient les enfants, mais il existait aussi des « fontaines aux enfants ».

Une légende de la fin du XIXe siècle raconte d’ailleurs que le « puits aux enfants de la cathédrale de Strasbourg conduirait à un lac souterrain sur lequel, à bord de sa barque, un gnome à barbe blanche pêcherait les âmes des enfants avec un filet d’or ».

On racontait encore que les nouveau-nés étaient remis à la mère ou lâchés dans la cheminée, ce qui semble un peu rude. Les couples désirant un enfant devaient avertir la cigogne en plaçant quelques friandises sur le rebord de la fenêtre pour la cigogne. Cette légende a, comme la cigogne, parcouru le monde et se raconte aussi bien en Amérique du Sud qu’aux Philippines.

Toujours dans le folklore germanique, la déesse Holda donne vie aux nouveau-nés à partir des âmes des défunts et la cigogne est chargée d’apporter les enfants à leurs parents. Dans la mythologie slave, la cigogne fait naître les âmes en les apportant du paradis jusqu’à la Terre, au printemps et en été. D’ailleurs, les Néerlandais ne s’y trompent pas puisqu’ils appellent la cigogne « transporteur d’âmes ». Pour en revenir aux Slaves, ils voyaient la cigogne comme un porte-bonheur et tuer cet oiseau portait malheur. Enfin, la cigogne aurait influencé jusqu’à l’origine même des enfants. C’est ainsi qu’on affirmait aux enfants d’esclaves afro-américains que les bébés blancs étaient apportés par les cigognes tandis que les bébés noirs naissaient à partir d’œufs de buses. En Orient, on soutenait qu’un simple regard de la cigogne suffisait pour rendre une femme enceinte. Le caractère durable du mythe de la cigogne et du nouveau-né est lié fait qu’il remédie à la difficulté de parler de sexe et de procréation aux jeunes enfants.

 ANTIGONE METAMORPHOSEE EN CICOGNE

Antigone métamorphosée en cigogne par Héra – François Chauveau – 1676 – Montpellier

En Grèce, la cigogne était consacrée à Héra, la déesse de l’enfantement et dans la mythologie grecque, Antigone, fille de Laomédon roi de Troie, pour avoir osé comparer sa propre beauté à celle d’Héra, vit ses cheveux changés en serpents. Mais les dieux prirent pitié d’elle et la changèrent en cigogne et comme chacun sait, les cigognes mangent les serpents, ce qui les rend utiles et bénéfiques.

Enfin, si la cigogne a été choisie pour apporter les bébés, c’est sans doute en raison de son plumage blanc symbolisant la pureté, de sa taille aussi puisqu’elle est assez grande pour transporter un nouveau-né, ou encore son vol à haute altitude, un vol entre Terre et Ciel en quelque sorte…

Et pourtant le folklore autour de la cigogne blanche et pure connait aussi des détracteurs. En effet, il existe un conte polonais qui affirme que Dieu a fait le blanc plumage de l’oiseau, mais que le diable y a ajouté le noir des ailes. La cigogne auraient donc des instincts ni toujours bons, ni forcément mauvais. Par exemple, en Allemagne, on expliquait que les nouveau-nés handicapés ou mort-nés avaient été lâchés accidentellement par la cigogne, ou comme punition pour des actes peu honorables des parents dans leur passé. De même, les angiomes de naissance portent le nom de « morsure de la cigogne ». Les mères obligées de rester allongées avant l’accouchement sont dites « becquées » par la cigogne.

CARTE DEBUT XIXe FEMME REPOUSANT A COUP D'OMBRELLE UNE CIGOGNE LUI APORTANT UN BEBE 

Carte début XIXe siècle – Femme repoussant une cigogne lui apportant un enfant

Dans l’Angleterre du Moyen Age, la cigogne était associée à l’adultère, peut-être à cause de ses parades nuptiales un peu trop démonstratives. Sa toilette et ses postures étaient interprétées comme de la fatuité. Alors la cigogne pouvait réprimander les femmes infidèles et l’attaquer avec des coups de bec. Seules les femmes étaient concernées par ce comportement moraliste.

Même si les légendes ont la vie dure, il n’en va pas autant de celle des cigognes. En effet, alors qu’en 1900 les cigognes se comptaient par milliers en Alsace, il n’en restait que deux couples en 1982. Les lignes à haute tension, la sécheresse, sa chasse au Mali, ainsi que l’emploi de pesticides très puissants visant à l’élimination des criquets furent les causes majeures de la disparition des cigognes. C’est pourquoi qu’il fut créé, en 1976, le Centre de Réintroduction des cigognes et des loutres, en Alsace, sur la route des vins, au cœur d’anciens marais. Il se trouve dans le petit village d’Hunawihr, près de Riquewihr et de Ribeauvillé. Ce parc abrite en permanence plus de 150 cigognes et une soixantaine de couples niche dans le parc. La population peut atteindre jusqu’à 250 oiseaux après la naissance des petits cigogneaux. Les cigognes y vivent en liberté quelle que soit la période de l’année, en pleine activité : construction des nids, accouplement, élevage des petits, vol en plein ciel… Vue les périls que attendent les cigognes pendant leur migration, le Parc a pour but de leur enlever l’instinct migratoire tout en leur permettant de voler et de se reproduire sur les villages alsaciens dès que cet instinct a disparu.

Cependant, l’oiseau et l’oiseau Verseau dont la liberté est la raison de vivre peut-il se complaire dans cet encadrement, même si c’est pour son bien.

CIGOGNE EN VOL

Cigogne en plein vol

D’Alsace, la légende de la cigogne s’est répandue dans toute la France et au-delà des frontières. Aujourd’hui, l’oiseau migrateur tient toujours une place de choix sur les faire-part de naissance et dans l’imaginaire populaire.

Enfin, dans l’interprétation des rêves, lorsqu’on voit une cigogne en songe, on dit que la cigogne n’apporte pas le bébé, mais qu’elle l’emporte. La cigogne serait le complément du verbe quitter, se sauver, dans le sens de sauvegarde. Ce rêve aurait une connotation spécifique qi exprime le besoin de prendre de la distance, de se placer hors d’atteinte d’une souffrance.

Pour d’autres interprètes des rêves de cigogne, celle-ci serai messagère de renouveau avec ce nouveau-né qu’elle apporte dans son bec tout comme son arrivée annonce le printemps. La voir en rêve serait un signe positif de renouvellement. C’est un oiseau messager qui annonce une nouvelle phase de vie en cours.

Blason_Ville_La_Haye

La cigogne tenant dans son bec un serpent – Emblème de la ville de La Haye

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

 

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LES ANIMAUX DU ZODIAQUE – POEME

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 19-01-2013

 

Quand ils ont quitté les baraques

Du soleil, leur patient berger,

Les animaux du zodiaque

Vont boire dans la voie lactée.

 

Puis ils s’égaillent dans les prés

Du ciel plein des graminées pâles

En croquant parfois une étoile

Qui éclate en grains de clarté.

 

ZODIAQUE DE MATFRE ERMENGAU DE BEZIERS - BREVIAIRE D'AMOUR 

Zodiaque du Bréviaire d’amour – Manuscrit catalan

 

Il arrive aussi que la Vierge

Leur tende en riant son épi

Et leur montre, ourlé de lumière,

Le grand portail du paradis.

 

Mais dès que le fouet de l’aurore

S’en vient claquer au-dessus d’eaux,

Bélier, Taureau et Capricorne

Font tourner la roue d’or des cieux.

                                                                                                                                              

                                                                                                                                                                              Maurice Carême  

 

MAURICE CAREME 

 

 

 Maurice Carême, écrivain et poète belge de langue française, né mai en 1899 et décédé en janvier 1978.

 

 

 

 

 

 

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DANS LE BESTIAIRE DU CAPRICORNE… LA DINDE ET L’OIE DU MENU DE NOEL

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 23-12-2012

La dinde farcie est le plat par excellence du réveillon de Noël, non seulement en France, mais dans de nombreux pays dans le monde. Cependant, en Allemagne, c’est l’oie qui est préférée pour cette occasion. D’ailleurs, avant que n’apparaissent en Europe la dinde, il a toujours été de tradition de festoyer à Noël avec un plat à base de volaille, essentiellement l’oie, car elle représente l’oiseau solaire en cette période de solstice. Elle garantissait ainsi la protection du soleil à celui qui en mangeait.

La dinde n’a pas toujours existé sous nos climats. Il faut se souvenir qu’elle fut ramenée d’Amérique par les colons espagnols et son intérêt gastronomique fut reconnu en Europe vers 1570 où elle s’y imposa. Le nom de « dinde » vient de « poules d’Inde » comme les colons les avaient baptisées croyant revenir d’Inde. La dinde remplaça l’oie au menu de Noël car elle représentait un volatile exotique qui, du fait de sa rareté, était dégusté en temps de grandes fêtes. En France, la première dinde aurait été servie lors du banquet de noces du roi Charles IX en 1570. La première dinde à être mangée au cours d’un repas de Noël l’aurait été à la table du souverain du Saint-Empire, l’Empereur Charles VII.

La dinde apparaît comme très moderne par rapport à l’oie puisque les premières tentatives de domestication pourraient dater de 5000 ans. L’oie était un mets de choix chez les Egyptiens, les Grecs et les Romains. Elle était préférée au poulet dans de nombreuses régions car elle exige de moindres quantités de nourriture et possède une chair savoureuse. Elle était également appréciée pour son duvet de très bonne qualité, ainsi que pour ses plumes que les scribes utilisaient.

La frugalité de cet animal qu’on est obligé de gaver puisqu’elle ne le fait elle-même nous fait bien sûr penser au Capricorne. Mais plus que le signe en lui-même, c’est à Mars en Capricorne qu’on pense lorsqu’on observe l’organisation d’aspect militaire de ce volatile. Se souvenir que Mars est exalté dans le signe. En effet, les oies sauvages volent toujours en formation de chevrons et les oies domestiques avancent en file unique. Les oies semblent obéir à une organisation invisible. C’est sans doute pourquoi les oies sont associées aux déesses de la destinée.

 

L’oie est l’animal dédié aux déesses Vénus/Aphrodite et Némésis. Celle-ci était la fille de Nyx, la Nuit. Elle personnifiait la vengeance divine. Elle châtiait les crimes et punissait aussi les amants cruels. Elle était la fille d’Océanos et avait quelque chose de la beauté de Vénus. Zeus/Jupiter tomba amoureux d’elle et la poursuivit sur la terre et dans la mer ; mais pour lui échapper, Némésis se transforma en une multitude d’animaux, et même en poisson. Finalement, elle prit la forme d’une oie, mais Jupiter devint cygne et s’unit à elle. Némésis pondit un œuf d’où sortit Hélène qui fut cause de la guerre de Troie.

 

Némésis – Alfred Rethel

Selon une variante différente, Vénus trompa Némésis en revêtant la forme d’un aigle et fit semblant de poursuivre Jupiter métamorphosé en cycge ; ce dernier se réfugia dans le sein de Némésis et lorsque celle-ci s’endormit, le dieu s’unit à elle. Puis, elle pondit un œuf.

D’après certaines traditions, les constellations du Cygne et de l’Aigle furent placées au firmament pour commémorer l’exploit de Jupiter. L’œuf de Némésis fut trouvé par un berger, qui n’était peut-être que Mercure en personne, quoi qu’il en soit il apporta l’œuf à Léda, la femme de Tyndare. Léda éleva Hélène une fois qu’elle fut sortie de l’œuf. On racontait aussi que Léda elle-même, et non Némésis, avait pondu l’œuf.

 

Les oies du Capitole – Musée Archéologique d’Ostia – Bas-relief

Dans l’Histoire, les oies connurent leur heure de gloire. En effet, elles se firent remarquer en avertissant les Romains lorsque les Gaulois de Brennus tentèrent d’escalader le Capitole. Tite-Live raconte l’épisode des oies sacrées du temple de Junon qui sauvèrent Rome par leurs cris. Cela se passait vers 390 avant Jésus-Christ. A partir de cet épisode des oies consacrées à Junon étaient entretenues par l’Etat au Capitole, sous la responsabilité des censeurs. Afin de commémorer l’événement, les Romains organisaient une procession annuelle et une oie sacrée était transportée sur une luxueuse litière pendant que des chiens étaient crucifiés vivants sur des poteaux de sureau le long du trajet. Les chiens payaient ainsi leur négligence pour n’avoir pas aboyé alors que le Capitole était menacé par les envahisseurs gaulois.

Chez les Romains, l’oie était associée au culte de Minerve, déesse guerrière, l’Athéna grecque sortie casquée et armée de la cuisse de son père Jupiter.

Aujourd’hui encore bien des éleveurs de canards et autres volailles mettent quelques oies dans leur basse-cour. Elles sont les seules à alerter en cas de visite d’un prédateur, voire même de le mettre en fuite.

Les oies de Meïdoum en Egypte, sont une des plus anciennes représentations d’oies. Quant à Aphrodite/Vénus, elle a plusieurs fois été représentée sur un char tiré par des oies blanches ou par des cygnes. Cependant, chez les anciens Grecs, l’oie ou le cygne sont porteurs de la même symbolique. Chez les Gaulois, c’est Belisama qui est représentée chevauchant une oie. L’oie est avec le cygne l’un des véhicules du dieu hindou Brahmâ, le dieu-Créateur, né dans un œuf d’or rayonnant de lui-même.

En Chine, l’oie est considérée comme un principe yang qui illumine la nature. Dans certaines régions de Chine, l’oie symbolise le mariage et le mari doit offrir une oie lors de la signature du contrat de fiançailles.

Le mot « oie » dérive du bas-latin « auca ». « Auca » serait une contraction de « avica » dérivé de « avis » qui signifie « oiseau ». La forme « oie » est régionale. La forme normale en ancien français était « oue ». Ainsi, à Paris, la rue aux Ours ne serait qu’une fausse étymologie de la rue aux Oues, c’est-à-dire la « rue des Oies ». Cette origine se retrouve également dans l’italien et le catalan « oca », ainsi que dans le gascon « auca ».

Une fable d’Esope raconte l’histoire d’un fermier qui possédait une oie qui pondait des œufs d’or. Il décida de la tuer afin de posséder tous les œufs d’or à la fois et c’est ainsi qu’il perdit la source de sa richesse. La Fontaine reprend la même histoire avec un autre volatile dans « La Poule aux œufs d’or ».

 

Le Merveilleux voyage de Nils Holgersson

Le roman « Le Merveilleux Voyage de Nils Holgersson à travers la Suède » est un roman qui décrit le voyage d’un enfant réduit magiquement en taille qui est emporté par le jars de la ferme. Il accompagne ainsi un troupeau d’oies sauvages à travers toute la Suède dans leur migration vers la Laponie.

Au Moyen Age, la patte d’oie était un symbole magique. Cependant, les lépreux devaient porter une patte d’oie jaune comme symbole d’impureté. Ainsi, on peut en conclure que la Reine Pédauque était une reine lépreuse, puisque « pé d’auca » se traduirait par « pied d’oie ». Le roman « La rôtisserie de la reine Pédauque » en est une illustration.

 

Jeu de l’Oie

Enfin, le jeu de l’oie était à l’origine un ancien jeu de divination. Le jeu du Monopoly en serait la version moderne.

La ville de Visé, en Belgique, dans la province de Liège, est surnommée la « Cité de l’Oie » et ses habitants, qu’ils appartiennent ou non à la « Confrérie de la Délicieuse Oie du Gay Savoir en Bien Manger » y préparent traditionnellement « l’oie à l’instar de Visé ». Ils font cuire cette volaille dans un bouillon de légumes qui sert ensuite de fond pour une sauce à l’ail. Ensuite, l’oie sera découpée et les morceaux de cuisse seront panés et poêlés, comme d’ailleurs les morceaux de poitrine, pour être ensuite dressés et servis avec la sauce.

Dans l’Europe du nord, c’était de tradition que de manger une oie à la Saint-Martin, à savoir le 11 novembre, dans cette période où les oies sont les plus grasses. Une légende raconte que Saint Martin-de-Tours pour éviter d’être nommé évêque s’était caché parmi les oies. Malheureusement, il fut trahi par leur caquètement.

 

Sarlat-la-Caneda – Place du Marché aux Oies

Il existe à Sarlat-la-Caneda une place du marché aux oies. Ce fut un lieu de foires jusqu’au XIXe siècle. De cette époque datent les trois oies de bronze du sculpteur animalier François-Xavier Lalanne qui ornent cette place. Elles sont devenues aujourd’hui les figures emblématiques de Sarlat. Impossible désormais de passer à côté de l’oie blanche, mascotte de la région qui fait partie de l’identité gastronomique de Sarlat-la-Caneda.

Tous les ans, depuis l’an 400, se déroule à Orvieto, charmante ville d’Ombrie, aux confins du Latium et de la Toscane, le Palio de l’Oie. Le blason de la ville d’Orvieto est un bouclier partagé en quatre, représentant les quatre symboles de la ville : la croix, l’aigle, le lion et l’oie. La croix symbolise la fidélité, l’aigle représente la domination romaine, le lion est celui de Florence, quant à l’oie elle rappelle les oies du Capitole qui sauvèrent Rome de l’invasion gauloise.

 

Le blason d’Orvieto

Bibliographie

Dictionnaire de la Mythologie – Michael Grant & John Hazel – Editions Seghers – Collection Marabout

Les Mythes Grecs – Robert Graves – Librairie Fayard 

 

 

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DANS LE BESTIAIRE DU SAGITTAIRE… LE CERF

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 14-12-2012

Dans la mythologie gréco-romaine, le cerf est associé à Artémis, qui dirige avec des rênes d’or des cerfs attelés à son char. Cependant, c’est dans l’univers celte que le cerf prend toute son importance ; Cernunnos, la divinité gauloise qui porte sur le crâne des bois de cerf, est souvent représenté comme maître des fauves, accompagné d’un serpent. Et pourtant, dans les traditions populaires le cerf est considéré comme un exterminateur des serpents. Les Gaulois employaient des talismans en bois de cerf tandis que les cerfs sont découverts ensevelis avec des chevaux en l’honneur des défunts illustres dans des fouilles faites en Suisse alémanique. Signalons aussi qu’en Bretagne, Saint Edern est représenté chevauchant un cerf.

 

Cernunnos – Divinité gauloise – Pilier des Nautes –  

Musée National du Moyen Age – Thermes de Cluny – Paris

En Irlande, le héros du cycle ossianique primitif s’appelle « faon », « petit cerf » (Oïssin), tandis que la chasse aux cerfs était l’occupation principale des Fenians, ces héros légendaires qui, du 1er mai au 1er novembre, accomplissaient des prouesses dans les forêts. L’autre semestre, de novembre à mai, ils s’établissaient dans les villes et défendaient l’île de ses ennemis.

La cérémonie de la Horn Dance, dans le Staffordshire, où paraissent dans une procession et une danse rituelle des hommes couronnés de bois de cerfs, est peut-être un ultime souvenir de cette importance symbolique de l’animal qui se lance avec agilité à la poursuite des âmes s’il ne représente l’âme fugitive lui-même.

Saint Patrick, évangélisateur de l’Irlande, et ses compagnons se métamorphosent en cerfs pour échapper à leurs persécuteurs païens.

Royal… le cerf

Par ses bois qui chaque année repoussent entièrement et s’accroissent d’un andouiller, le cerf, qui ainsi semble porter sur sa tête un arbre de vie, en est venu à symboliser les facultés de renaître et de croître. Il symbolise ainsi la fécondité, les rythmes de croissance et les renaissances. On retrouve ces valeurs aussi bien dans les ornements des baptistères chrétiens que dans les traditions musulmanes, altaïques, Maya, Pueblo…

Les Indiens d’Amérique manifestent dans des danses et dans leurs cosmogonies ce lien du cerf et l’arbre de vie. L’effigie sacrée du Dieu Soleil des Hopis, Pueblos de l’Arizona, est taillée dans une peau de daim. Au XVIe siècle, les Indiens de Floride, lors de la célébration de la fête du Soleil, au printemps, un poteau était érigé au sommet duquel on élevait la peau d’un cerf arrachée à un animal capturé en cérémonie ; auparavant, on l’emplissait de végétaux pour lui donner forme et on la décorait de fruits et de plantes suspendus. Cette image était orientée vers le Soleil levant et la danse se tenait autour d’elle accompagnée de prières pour une saison d’abondance. Une coutume analogue pour la fête du printemps existe chez les Timucua.

Le cerf est aussi l’annonciateur de la lumière, il guide vers la clarté du jour. Il existe un chant des Indiens Pawnees en l’honneur de la lumière du jour : « Nous appelons les enfants. Nous leur disons de s’éveiller… Nous disons aux enfants que tous les animaux sont éveillés. Ils sortent des gîtes où ils ont dormi. Le Cerf les conduit. Il vient du sous-bois où il demeure, menant ses petits vers la Lumière du Jour. Nos cœurs sont joyeux ».

En Europe, au Moyen Age, il était de coutume de coudre les corps des grands seigneurs morts dans la peau d’un cerf, ce qui fait de lui un animal psychopompe. Dans d’autres cultures, l’animal, investi d’une valeur cosmique devient médiateur entre la terre et le ciel, image du soleil nouveau. Messager divin, il évoque aussi le don mystique du Christ, représenté avec une croix entre ses bois.

Souvent associé à la licorne, le cerf est le symbole du Mercure philosophale tandis que le cerf ailé représente dans les traditions ésotériques un niveau élevé de spiritualité. Enfin, dans le Cantique des Cantiques biblique, le cerf et la gazelle représente les époux divins.

 

Dagobert 1er chassant le cerf – Miniature du Moyen Age

Toujours au Moyen Age, le cerf était un animal à la charge symbolique particulièrement forte. A l’égal de l’ours ou du lion, il faisait partie des royautés animales. Des auteurs tels Bède le Vénérable ou même Raban Maur en font l’image du chrétien, de l’homme innocent, pur et saint. La légende de l’invention des reliques de Saint Denis, trouvées par Dagobert sur les indications d’un cerf envoyé par la Providence renforce cette idée. Les hagiographes de Saint Hubert ou de Saint Eustache l’associent plus particulièrement au Christ, apparu en croix à ces deux saints entre les bois d’un cerf. Divers parallèles sont établis en ce sens par les lettrés du Moyen Age. Les livres de vénerie insistent ainsi sur le fait que le cerf est un animal destiné à être sacrifié au terme d’un rituel précis, comme le Christ a été rituellement sacrifié. De même, les bois du cerf, repoussant chaque année après être tombés, apparaissent comme des images de la résurrection. Le cerf à la robe d’un blanc immaculé devient un véritable symbole christique.

Cette association explique le succès de cet animal auprès des rois souhaitant démontrer leur piété. Richard II d’Angleterre choisit ainsi le cerf blanc couché sur une prairie que l’on voit au dos du diptyque Wilton comme emblème personnel. C’est néanmoins auprès des rois de France du XVe siècle que le cerf trouve les plus fidèles dévots. Si le cerf fait discrètement partie de vocabulaire traditionnel de la monarchie, c’est Charles VI qui, le premier, donne à cet animal une réelle importance dans le bestiaire royal, sous la forme d’un cerf ailé, parfois appelé « cerf volant » ou « cerf de justice ». Philippe de Mézières introduit ainsi ce thème dans « le Songe du Viel Pèlerin », décrivant le roi comme un « noble cerf ailé », image du Christ sur Terre. Cette comparaison aura un immense succès pendant tous le XVe siècle. Son fils, le contesté Charles VII, reprend cette symbolique pour affirmer sa légitimité et sa filiation, faisant souvent représenter ses armoiries tenues par deux cerfs blancs ailés portant une couronne autour du cou.

 

Le cerf blanc ailé

Louis XI, peu enclin à la pompe symbolique et à la célébration allégorique de son pouvoir, délaisse quelque peu les cerfs qui seront de nouveau à l’honneur sous Charles VIII et Louis XII. Celui-ci est le dernier à être chanté comme le cerf de France, François 1er et successeurs abandonnant totalement ce symbole. Pendant toute cette période, les cerfs ailés font partie du répertoire iconographique de la monarchie, abondant dans les tapisseries, les manuscrits et les décors monumentaux. Certains princes, comme Pierre II de Bourbon suivent la mode et adoptent également cet animal.

Enfin, certaines œuvres d’art, inspirées par le tempérament mélancolique attribué au cerf, présentent l’animal d’une façon émouvante au terme de la chasse : atteint d’une flèche, il tient encore dans sa bouche une herbe de laquelle il espérait en vain la guérison ; mais son mal est sans remède, ce que confirme souvent l’inscription « Malum immedicabile ». Est-ce de la compassion pour l’animal mourant ou le pressentiment de sa propre mort ?

Des écrivains et des artistes ont fait du cerf un symbole de prudence, parce qu’il fuit dans le sens du vent qui emporte son odeur et aussi parce qu’il reconnaît d’instinct les plantes médicinales. Symbole aussi d’ardeur sexuelle, il est présent près du couple d’Aphrodite/Vénus et d’Adonis, près de Suzanne au bain, épiée par les vieillards.

 

La lyre d’Erato – Filippino Lippi

Le cerf représente aussi, parmi les cinq sens, l’ouïe parce que, les oreilles dressées, il ne peut être approché sans qu’il entende le bruit. Il symbolise également la poésie lyrique parce qu’il se trouve auprès de la muse Erato qu’il aime, et puis encore de la musique au point de se coucher pour l’écouter et parce que ses bois sont en forme de lyre.

Dans l’art bouddhique, le cerf renvoie au Parc aux cerfs où Bouddha exposa son premier sermon, et symbolise l’humilité et la vivacité de l’élève idéal.

Le cerf ailé peut signifier la promptitude dans l’action. Mais si l’on interprète l’image en fonction de la symbolique de l’aile, c’est toute la symbolique du cerf qui se trouve alors élevée au niveau de la spiritualité : la prudence du saint, l’ardeur à s’unir à Dieu, l’attention à la parole et au souffle de l’Esprit, la sensibilité à la présence de Dieu.

 

Bibliographie

Fêtes et Croyances Populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

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DANS LE BESTIAIRE DU SCORPION… LE SERPENT… L’ANCETRE MYTHIQUE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 18-11-2012

Le serpent, à cause de notre tradition judéo-chrétienne, est dans notre mémoire associé à la mort. C’est méconnaître toutes les autres facettes de l’animal, lié tout au contraire, dans d’autres civilisations, à la vie, à l’immortalité même, puisqu’il quitte sa vieille peau et réapparaît brillant et lisse. C’est pourquoi il est aussi lié à la Déesse Mère qui est représentation de la vie, de la mort et de la renaissance. Tout comme le signe du Scorpion est porteur de métamorphoses puisqu’il fait sa mue. Gilgamesh parti à la recherche de la plante d’immortalité se la fera voler par le serpent, alors qu’il espérait la rapporter et sauver son ami Enkidu.

La Fontaine au serpent de la petite ville de Stia – Province d’Arezzo – Toscane

Le serpent est partout lié à la sagesse, à la connaissance, à la guérison. Le sang de la Gorgone avait le pouvoir, par une veine de tuer, et par l’autre de ressusciter. Le serpent est racine et terre, phallus et résurrection, détenteur d’un savoir sur la vie et sur la mort qu’il s’efforce de transmettre à Eve, en la tentant, puisque Yahvé l’a dépêché auprès d’elle afin qu’elle transmette à Adam cette conscience de sa mort à venir qu’il ne peut acquérir sans elle, médiatrice et initiatrice choisie par le Créateur.

Le serpent, c’est aussi le Python femme qui règnait sur Delphes avant qu’Apollon, représentation du patriarcat, ne le chasse, n’y laissant plus que les pythies inspirées, à l’écoute des bruits et des souffles provenant des fissures de la terre.

Le serpent, c’est toute la puissance de l’inconscient, des énergies libidinales. Comment ne pas l’associer aux valeurs du Scorpion.

Le serpent Apopis

Dans le livre des Morts des Egyptiens, le serpent Apopis, immense, gigantesque, vit au cœur du « restau », le monde des morts. Chaque nuit il doit parcourir douze chambres et chaque chambre correspond à une heure. Il appelle ceux qui viendront le combattre dans une région infestée de serpents et qui tirent sur la corde de la barque solaire porteuse du défunt. Cette corde se transforme en serpent. Apopis absorbait la barque elle-même ; la barque est tirée à travers lui sur une longueur de 2 300 coudées ; au lever du soleil, Râ tue « le grand serpent-dragon », et le soleil réapparaît sous la forme du scarabée. « Le mort doit se faire digérer par l’intestin serpentiforme de la terre ».

Le scarabée d’or

Atoum, qui est aussi serpent, dit : «  Je suis ce qui demeure. Le monde retournera au chaos, à l’indifférencié ; je me transformerai alors en serpent qu’aucun homme ne connaît, qu’aucun dieu ne voit ». Implacable transcendance d’Atoum au commencement et à la fin de la création.

Partout le serpent est porteur d’initiation. Initier signifie « faire passer par la mort ». Là où il y a serpent, il y a rite de passage. Celui qui était initié aux Mystères, comme cela se passait chez Ophites dont les adeptes devaient « mettre la main dans le panier », qui sans doute contenait un serpent, prouvait qu’il avait surmonté sa peur de la mort, qu’il possédait une sagesse exemplaire.

 

Le serpent est une très vieille bête… chargée de 380 millions d’années. De quoi occuper notre inconscient et nourrir nos fantasmes depuis le commencement des temps. Il est, comme Ananta en Inde, porteur du monde, tout comme les tortues, les crocodiles, les éléphants, tous animaux sans âge.

En Afrique, il ne faut pas nommer le scorpion, pas plus que les Grecs ne devaient prononcer le nom d’Hadès. Nommer, c’est faire exister, faire apparaître.  Au Mali, le scorpion nocturne est venin, passe pour « embusqué », mortel. Chargé de valeurs diurnes, il est associé au sacrifice, à l’abnégation maternelle… ces bonnes « louves » de mères Scorpion.

Autant que l’homme, mais contrairement à lui, le serpent se distingue de toutes les espèces animales. Si l’homme est l’aboutissement d’un long effort génétique, nous devons aussi, nécessairement, placer cette créature froide, sans pattes, ni poils, ni plumes, au commencement du même effort. En ce sens, Homme et Serpent sont les opposés, les complémentaires, les Rivaux. En ce sens aussi, il y a du serpent dans l’homme et, singulièrement, dans la part de celui-ci que son entendement contrôle le moins.

Un psychanalyste dit que le serpent est un vertébré qui incarne la psyché inférieure, le psychisme obscur, ce qui est rare, incompréhensible, mystérieux. Il n’y a pourtant rien de plus commun qu’un serpent, rien de plus simple. Mais il n’y a sans doute rien de plus scandaleux pour l’esprit, en vertu même de cette simplicité.

Les serpents sont souvent associés aux forces de la création, comme dans le mythe hindou qui relate l’enroulement par des dieux de Vasuki, un « naga » géant, serpent fabuleux, autour d’une montagne ; ceux-ci, tirant ensuite sur sa tête et sa queue, utilisèrent la montagne comme pivot pour « baratter » la merde lait primordiale et déclencher la création de l’univers. Selon la cosmologie hindoue, celui-ci est sans cesse crée, détruit, puis recréé selon de longs cycles, et entre ces cycles, le grand dieu créateur Vishnou se repose sur les anneaux du serpent cosmique Ananta.

Hercule et l’Hydre de Lerne – Gustave Moreau

Ayant un venin souvent mortel, les serpents d’eau incarnent le danger des obscures profondeurs et inspirèrent de terribles serpents de mer mythiques, en particulier chez les marins. Dans la mythologie grecque, il y a : l’Hydre à neuf têtes qui vainquit Héraclès, les serpents de mer qui tuèrent Laocoon et ses fils, et le monstre marin à six têtes Scylla qui terrorisait les marins.

Dans la mythologie nordique, le serpent Nidhögg vit au fond de la mer d’où il ronge une racine de l’arbre Yggdrasil, représentant l’inéluctabilité de la destruction. Cependant, les serpents d’eau sont aussi de puissants créateurs pour les Indiens d’Amazonie, l’Anaconda représente un ancêtre mythique qui remonta le grand fleuve et régurgita les premiers hommes sur la Terre. Chez les Africains et les Australiens, le Serpent Arc-en-Ciel vit dans les eaux souterraines, mais apparaît sous la forme d’un arc-en-ciel.

Le serpent d’airain

Quelques serpents célèbres

Le cobra à capuchon était vénéré par les Egyptiens en tant que manifestation d’Ouadjet, la déesse-cobra de la Basse-Egypte, la région du delta du Nil. L’image d’Ouadjet ornait la couronne du pharaon sous la forme de l’uraeus dorée, cobra dressé prêt à cracher son venin dans les yeux de ses ennemis. Son équivalent au sud, la Haute-Egypte, est Nekhbet, la déesse-vautour, autre animal de la symbolique Scorpion.

 

Le cobra indien

Apparaissant souvent dans les cultures indiennes, le naga est un fabuleux serpent à capuchon de cobra. Il symbolise e lien entre la Terre et le Ciel, ainsi que les forces invisibles telles que les séismes. Selon une légende bouddhiste, le naga Muchalinda abrita Bouddha sous ses sept capuchons alors qu’il méditait pendant un orage. Emergeant de l’obscurité, le serpent symbolise aussi l’éveil.

Déesse de la terre aztèque dont le nom signifie « jupes de serpent », Coatlicue, l’être par lequel l’esprit devient matière, est symbolisée par un serpent (coatl) : un serpent ayant une tête à chaque extrémité de son corps serait un de ses emblèmes. Coatlicue est la mère de Quetzalcóatl, le Serpent à plumes vertes, de même que du dieu du soleil Huitzilopochtli. Quetzalcóatl est l’emblème national du Guatemala.

Dans la mythologie grecque, la déesse de la Terre, Gaïa, fit garder par Python son sanctuaire à Delphes, dont on croyait alors qu’il était le centre du monde. Python incarnait l’énergie sacrée et la puissance prophétique de la Terre, octroyée aux pythies, les prophétesses de l’oracle de Delphes. Python aurait été tué par le dieu solaire Apollon, qui fit de Delphes son propre sanctuaire.

L’Ouroboros le serpent qui se dévore la queue

L’Ouroboros, ou Ourobouros, est un symbole très ancien représentant un serpent se dévorant la queue. Il évoque les cycles éternels de l’univers, la transcendance de la dualité et l’union des contraires. A l’origine, il aurait exprimé la renaissance quotidienne du dieu-soleil égyptien après son trajet nocturne dans l’obscurité des enfers.

Quant au Caducée il est l’insigne des médecins depuis l’Antiquité. Il consiste en deux serpents entrelacés autour d’une baguette ailée. Il était l’emblème d’Asclépios dieu grec de la médecine, Esculape chez les Romains. Ceux qui cherchaient un remède dormaient parmi les serpents dans son temple. L’emblème représente la dualité du serpent en tant que force du mal, l’empoisonnement, et du bien puisqu’il est fils de Gaïa, la Terre, et porteur de magie guérisseuse. Le dieu Hermès/Mercure portait aussi le caducée comme sceptre de héraut : un emblème de paix protecteur.

Enfin, dans l’Ohio aux Etats-Unis, il existe le Tertre du Grand Serpent. C’est un ouvrage de terre monumental de plus de 400 mètres de long, crée par les Amérindiens il y a environ 1 000 ans, qui illustre un serpent géant semblant dévorer un œuf. La tête pointe vers le couchant au solstice d’été, l’effigie représente donc peut-être le serpent cosmique avant le soleil que l’œuf représente au solstice, moment majeur de l’année. Le serpent est un symbole puissant pour de nombreux peuples amérindiens.

La symbolique du serpent est l’une des plus profondes et complexes. Il n’est guère de cultures et de mythologies qui n’aient leur Grand Serpent, presque toujours marin et ambigu, sinon ambivalent. Serpents, dragons, amphisbènes, basilics, guivres, hydres, chimères, les monstres ophidiens sont présents sous de nombreuses formes dans presque tous les folklores. Ils y jouent deux rôles principaux : celui de gardien comme dans les légendes de la Toison d’Or et de Saint Georges, ou d’initiateur comme dans Sigurd et Fafnir.

 

Saint Georges terrassant le Dragon – Raphaël

Le « Grand Serpent », le Trimégiste, cosmogonique ou cosmique, n’a cessé de hanter l’imaginaire des hommes, de Ras Shamra au Loch Ness. Il cristallise les peurs, les angoisses, les désirs, les espoirs. On remarquera d’ailleurs que la figure serpentine est souvent présente dans les hallucinations, chamaniques ou non, provoquées par des plantes psychotropes.

Le serpent ne peut être regardé en face, comme le soleil dont il semble l’antagoniste, parce que le serpent qui a les paupières soudées ne cille pas ni ne semble jamais dormir. Opposé au « Feu Primal », il est cependant fortement associé à la Terre à cause de son mode de déplacement. Puisque chthonien et rival de la lumière primale, il est associé au monde de la nuit et des morts, et certainement aussi parce que son corps étrangement froid semble se passer de la chaleur de la vie.

Puisqu’il connaît les secrets de l’après-vie et qu’il est une figure de patience, il devient symbole de toute sagesse et de gnose. Il est souvent le hiérophante du héros perdu, comme Sigurd et Marduk. Il possède le savoir inquiétant et mystérieux, essentiel et vital, capable de révéler l’avenir et le passé.

Le serpent est également associé à l’Eau parce que ses écailles le rapprochent du poisson, bien que celles-ci soient soudées contrairement aux poissons, mais comme tous les reptiles. Sa reptation qui lui permet de se mouvoir comme la vague évoque l’Eau. Le serpent paraît se jouer des catégories topiques, semblable de corps et de régime, qu’il habite dans l’eau ou sur terre. Voilà sans doute pourquoi de nombreux mythes l’ont doté d’ailes. Enfin, le Grand Serpent, porteur de la connaissance, évoque un autre porteur de lumière, Lucifer.

Dans la Gnose, le symbole du Serpent ramène à la symbolique de la peau et de cette mue que l’homme subit et qu’il quitte afin de devenir éveillé. De plus, dans toutes les cultures, il est le symbole de la Connaissance Divine. La mue du serpent rappelle également le dualisme entre la matière et l’esprit et donc, plus particulièrement, de l’âme et du corps.

Enfin, à travers cette mue qui le régénère quand la saison est venue, cette aptitude à changer peau et à faire peau neuve, le serpent représente l’une des plus vieilles aspirations chimérique à la jeunesse éternelle, il apparaît comme rajeuni ou, plutôt, jamais mort. D’ailleurs, les Alchimistes pensent que la pierre philosophale est logée dans sa tête oblongue. 

Méduse – Bernini – Musée Capitolini – Roma

Par ailleurs, le serpent semble souvent s’opposer à un dieu, au Dieu : à l’aigle, symbole de Zeus/Jupiter qui affronte Typhon ; de même, Python s’oppose à Apollon qui symbolise le soleil qui le terrasse ; c’est Héraclès/Hercule qui tout enfant étrangle un serpent envoyé par Héra, puis plus tard qui viendra à bout de l’Hydre de Lerne et combattra Achéloüs métamorphosé en serpent  ; quant à la chevelure de Méduse n’est-elle pas formée d’un nœud grouillant de vipères que l’on retrouve sur le bouclier de Persée son vainqueur. Les figures allégoriques de l’envie sont également représentées avec une chevelure de serpents. Toujours dans l’iconographie antique, le caducée est l’attribut de Mercure et porte deux serpents, tandis que le bâton d’Esculape n’en porte qu’un seul.

Dans l’iconographie chrétienne, le serpent est un symbole plus ambigu. C’est Satan qui s’oppose au Dieu biblique ou Saint Georges terrassant le Dragon, mais il apparaît aussi dans le récit de la tentation d’Adam et Eve, sous le nom de Nahash. Il y symbolise le tentateur, le mal, le péché, ainsi que l’avènement de la mort. Par extension, il devient un attribut de Lilith. Il figure également dans les représentations de Moïse changeant en serpent la verge d’Aaron, ou encore l’épisode du serpent d’airain. Plus tard, Saint Jean l’Evangéliste est parfois représenté tenant la coupe de poison qui se transforme en serpents lorsqu’il la bénit. Quelques siècles plus tard, le serpent apparaît foulé aux pieds, notamment dans les représentations de la Vierge de l’Immaculée Conception. Le serpent est alors le mal écrasé par la foi. Enfin, dans le bestiaire sculpté des cathédrales où il est associé aux crapauds, il est aussi, avec le miroir, un des attributs de la Prudence.

 

Saint Jean l’Evangéliste – Jan Van Eyck

Dieu du panthéon hindou, Shiva porte une guirlande de serpents autour du cou. Le serpent apparaît également dans les représentations de Bouddha protégé par le Naga. Et puis, ce sont également Marduk et Tiamat, ainsi que Thor pêchant Jörmungand, Thraetona et Azi ou Dahaka en Iran…  L’art martial du serpent symbolise le serpent : fluidité, rapidité. Les mains, telles la tête du serpent, sont dressées et prêtes à mordre. Les bouts des doigts y frappent directement les points vitaux.

En fait, toutes les traditions ont des reptiles titanesques et volants qui mêlent la puissance physique à l’intelligence, tandis que d’autres opposent au travers du serpent et du héros salvateur, la domination de l’esprit sur le corps, ou la domination de l’homme sur la nature, ou sa nature sauvage.

Tous ces mythes ont fourni aux peintres matière à des épisodes où le serpent figure de façon prééminente, notamment la mort d’Eurydice, la femme d’Orphée, piquée par un serpent, sans oublier Cléopâtre qui se suicide en se laissant mordre par un aspic.

L’immaculée conception écrasant la tête du serpent

Bibliographie 

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

Dieux et Héros du zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Editions Robert Laffont

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DANS LE BESTIAIRE DE LA BALANCE… LA COLOMBE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 15-10-2012

Dans la Bible, c’est une colombe que Noé envoie depuis son arche pour savoir si les eaux se sont retirées de la terre après le déluge. Celle-ci revient vers Noé dans le soir avec un rameau d’olivier dans son bec, indiquant ainsi à Noé que les eaux ont baissé, mais en signe de réconciliation avec Dieu. Elle est la messagère de Dieu et symbolise la paix, l’harmonie, l’espoir et le bonheur retrouvé. Dans le Christianisme, la colombe est le Saint-Esprit. Elle est présente tant à l’Annonciation qu’au baptême du Christ, le Saint-Esprit descendit sur lui sous la forme de cet oiseau.

 

La blanche colombe

Dans le Cantique des Cantiques, un recueil de chants d’amour qui font partie de l’Ancien Testament, les colombes occupent aussi une place de choix. En plus de son message de paix, la colombe est un symbole de pureté, cependant toutes les colombes ne sont pas blanches.

En Chine, la colombe, comme le pigeon sont emblèmes de longévité et de fidélité conjugale. D’ailleurs, comme la plupart des représentations d’animaux ailés dans la même aire culturelle, on a pu dire que la colombe représentait la sublimation de l’instinct et plus spécifiquement de l’éros.

Dans la culture amérindienne, offrir une plume de colombe à quelqu’un équivaut à une déclaration d’amour.

Dans une acception païenne qui valorise différemment la notion de pureté, non en l’opposant à l’amour charnel mais en l’associant à lui, la colombe, oiseau de Vénus/Aphrodite, représente l’accomplissement amoureux que l’amant offre à l’objet de son désir. Dans l’Antiquité, on offrait des colombes en sacrifice aux déesses de l’amour, comme Astarté et Vénus. On a retrouvé des colombes à Pompéi sur des mosaïques.

 

Les colombes de Pompéi – Mosaïque

Ces acceptions, qui ne diffèrent qu’en apparence, font que la colombe représente souvent ce que l’homme juge impérissable, c’est-à-dire le principe vital, l’âme. A ce titre, sur certains vases funéraires grecs, elle est représentée buvant à un vase qui symbolise la source de mémoire. L’image est reconduite dans l’iconographie chrétienne qui, par exemple, dans le récit du martyr de saint Polycarpe, un disciple de l’apôtre Saint Jean, figure une colombe sortant du corps du saint après sa mort.

Tout ce symbolisme est évidemment issu de la beauté et de la grâce de cet oiseau, de sa blancheur immaculée, de la douceur de son roucoulement. Ce qui explique que, dans la langue la plus triviale comme dans la plus élevée, de l’argot parisien au Cantique des Cantiques, le terme de colombe compte parmi les plus universelles métaphores célébrant la femme. « Dans la mesure où l’âme s’approche de la lumière, dit Jean Daniélou citant Grégoire de Nysse, elle devient belle et prend dans la lumière la forme d’une colombe. Mais l’amoureux n’appelle-t-il pas son aimée « mon âme » ?

Notons enfin que la colombe est un oiseau éminemment sociable, ce qui renforce la valorisation toujours positive de son symbolisme.

 

La colombe de la paix de Pablo Picasso

La colombe a inspiré bon nombre d’artistes : Pablo Picasso en a produit de nombreuses œuvres où les colombes sont très présentes, et notamment la Colombe de la Paix, en 1949. Cette année-là eut lieu, à Paris Salle Pleyel, un gigantesque Congrès de la Paix organisé par le Mouvement mondial des partisans de la paix. Picasso était alors membre du Parti communiste, comme de nombreux intellectuels. En janvier 1949, le Parti Communiste, très engagé dans l’action pour la paix aux côtés des Chrétiens et des Libres penseurs, demanda à Picasso de dessiner une affiche symbolisant le Mouvement de la Paix. Pour cette colombe, Picasso s’inspira des pigeons blancs qu’il avait en cage dans son atelier pour tracer le profil d’une colombe, ainsi que des arbres de son enfance à Malaga. Au printemps, naissait sa fille qu’il eut avec Françoise Gilot. Il la prénomma Palomba, « Colombe » en espagnol.

 

La colombe de René Magritte

 

La colombe de Georges Braque

René Magritte et Georges Braque ont également peint des tableaux célèbres représentant des colombes. Quant à Guillaume Apollinaire, il a écrit un calligramme, ou recueil de poèmes,  bien connu : « La colombe poignardée et le jet d’eau ».

Si vous vous promenez au jardin des Tuileries peut-être remarquerez-vous la Nymphe à la colombe. Elle forme un groupe consacré à la chasse avec le Chasseur au repos et la Nymphe au carquois. Initialement, elle se trouvait dans le parc de Marly. Elle fut commandée en 1707 à Nicolas Coustou et est datée de 1710. Le groupe quittera Marly et sera transporté aux Tuileries en 1716.

 

La Nymphe à la colombe – Nicolas Coustou – Jardins des Tuileries – Paris

Il existe une rue de la Colombe dans l’île de la Cité à Paris où se trouve au n° 4, La Colombe, le plus vieux bistrot de Paris qui devient un célèbre cabaret « rive gauche », qui de 1954 à 1964 fit débuter de nombreux chanteurs-poètes.

La colombe a même inspiré les pâtissiers. On raconte qu’en 1176, le chef de la Ligue des communes lombardes, pour célébrer la victoire du « Carrocio » contre Frédéric Barberousse durant la bataille de Legnano, fit préparer un pain en forme de colombe, qu’il considérait comme un signe de protection, en hommage aux trois colombes qui s’étaient posées providentiellement sur les enseignes lombardes durant Le conflit. Le « Carrocio » était au Moyen Age un char de guerre que les communes déplaçaient, avec le drapeau et l’autel, pour se réunir en prières avant le combat.

 

La colombe pascale d’Italie

Comment ne pas citer aussi le dessert pascal italien, la « colomba », une brioche garnie de fruits confits en forme de colombe qui symbolise Pâques et la bonne nouvelle qu’est la résurrection du Christ. Cependant, la tradition perpétuerait une légende qui circule toujours en Italie. Au VIe siècle, Alboïn, roi des Lombards, demanda lors du siège de Pavia un tribut de douze jeunes filles, les plus belles de la cité. Un vieil homme eut l’idée d’offrir au terrible  Alboïn en signe de paix, un jour de Pâques, ce pain sucré en forme de colombe. Séduit, le despote promit de toujours respecter les colombes. Ensuite, il demanda qu’on lui amène les captives. A la première à qui il demanda comment elle s’appelait, il s’entendit répondre : « Colombe », la seconde se prénommait aussi Colombe et les unes après les autres les douze jeunes filles annoncèrent toute le même nom, Colombe. Cet heureux stratagème plut à Alboïn qui renonça à détruire Pavia et au contraire choisit d’y installer son gouvernement.

 

La colombe de Bâle – Timbre

Enfin, la colombe figure sur un timbre postal, c’est la Colombe de Bâle. Ce nom fut donné au premier timbre émis par la poste du canton suisse de Bâle en 1845. Non dentelé, il représentait une colombe blanche sur un écu rouge, entouré de la mention « Stadt-Post-Basel », c’est-à-dire « Poste Urbaine de Bâle ». Ce fut le premier timbre-poste en relief et en couleur : blanc, rouge et un pourtour bleu clair.

 

La jeune fille à la colombe – Chaplin

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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DANS LE BESTIAIRE DU CANCER… LE CHAT

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 14-07-2012

Pourquoi considérer le chat comme un animal lunaire ? D’abord parce que la nuit, il disparaît pour ne réapparaître qu’au petit jour, rentrant à la maison comme si de rien n’était, pour venir y dormir. Et quel sommeil… Il lui en faut en moyenne entre douze et seize heures, et parfois il dort encore davantage. Il ne reste éveillé qu’entre 8 et 12 heures dont une partie la nuit, où il part chasser. Autre trait de caractère typiquement lunaire, le chat connaît une grande proportion de sommeil paradoxal pendant lequel il rêve. La durée quotidienne de cette phase dure pour lui de 180 à 200 minutes alors que pour l’homme il n’est que de 100 minutes. C’est d’ailleurs pour cela que le chat est fréquemment utilisé dans le cadre d’expérimentations sur les cycles du sommeil.

Câlins de chats

Ensuite, le chat a besoin de son foyer, de sa maison, de ses habitudes. Le chat est un animal territorial. Cela signifie que la préservation de son lieu de vie est le moteur principal de ses interactions avec les autres individus. Ainsi, lorsque plusieurs chats partagent le même appartement, il n’est pas rare de les voir choisir chacun son propre parcours pour aller d’un lieu à un autre. Ils se sont comme partager le territoire. Le chat n’en est pas pour autant un animal strictement solitaire. Selon l’espace et les ressources disponibles, les chats forment différentes structures spatiales et sociales. Cela va des chats solitaires en milieu rural aux larges et denses groupes en milieu urbain.

Ainsi, le symbolisme du chat est très hétérogène, oscillant entre tendances bénéfiques et maléfiques, ce qui peut s’expliquer par l’attitude à la fois douce et sournoise de l’animal. D’ailleurs, si on remonte le temps, on constate que les Egyptiens le vénéraient alors qu’en Europe, au Moyen Age on le diabolisait. Il ne retrouvera ses lettres de noblesse qu’au XVIIIe siècle. En Asie, le chat est souvent synonyme de chance, de richesse et même de longévité.

Bastet la déesse égyptienne

Pour en revenir aux Egyptiens de l’Antiquité ce chat divinisé l’était sous les traits de la déesse Bastet, déesse protectrice, symbole de fécondité et de l’amour maternel, dont le culte se situait principalement dans la ville de Bubatis… Les archéologues ont mis en évidence de très nombreuses momies de chat qui montrent à quel point les Egyptiens les vénéraient. Certaines momies se trouvent au Musée du Louvre à Paris, au British Muséum de Londres ainsi qu’au Musée égyptien du Caire. Le chat avait un tel pouvoir dans l’Egypte ancienne que les Phéniciens venaient voler aux Egyptiens des couples de cet animal sacré pour les revendre aux Grecs. Aristophane cite même la présence d’un marché aux chats à Athènes. Nous retrouvons avec les symboles de fécondité et d’amour maternel de la déesse Bastet des images lunaires et Cancer.

Les Romains de leur côté vouent une passion aux gros animaux agressifs et ne viendront que tardivement à apprécier le chat. Celui-ci fut d’abord réservé aux classes aisées. Ensuite l’usage de posséder un chat se répandra dans tout l’Empire et dans toutes les couches de la population, car on en percevra très vite l’avantage de posséder un tel animal apte à défendre les récoltes et les greniers contre les rongeurs habituels et les pérégrinations des Romains assura la dispersion du chat dans toute l’Europe.

 

Le chat et l’oiseau – Mosaïque à Pompéi

En Islam, l’image du chat est positive, en raison de l’affection qu’éprouva Mahomet pour lui qui l’avait sauvé de la morsure d’un serpent. Cependant, si le chat est noir, il devient négatif d’en croiser un. Par ailleurs, une légende raconte que les rats incommodaient les passagers de l’Arche, Noé passa la main sur le front du lion qui éternua, projetant un couple de chats et c’est pourquoi le chat ressemble au lion. Toujours pour l’Islam, le chat est doué de baraka et s’il est noir il possède des qualités magiques. On donne sa chair à manger pour être délivré de la magie. La rate d’un chat noir, accrochée à une femme qui a ses menstrues, les arrête. On se sert de son sang pour écrire des charmes puissants. Les Djinn apparaissent souvent sous la forme de chats. En Perse, quand on tourmente un chat noir, on risque d’avoir affaire, sous cette apparence, à son propre « hemzâd », c’est-à-dire un génie né en même temps que l’homme pour lui tenir compagnie, et de se nuire ainsi à soi-même. Suivant d’autres, un chat noir est un Djinn malfaisant qu’il faut saluer, quand il entre de nuit dans une chambre. Dans bien des traditions, le chat noir symbolise l’obscurité et la mort.

Le chat est voué à Satan dans l’Europe chrétienne durant presque tout le Moyen Age, d’abord parce que par le passé il fut adoré des païens et aussi et surtout à cause de la réflexion de la lumière dans ses yeux qui passe pour représenter les flammes de l’Enfer. D’ailleurs, dans la symbolique médiévale, le chat est associé à la malchance et au mal, surtout s’il est noir, ainsi qu’à la sournoiserie et à la féminité. C’est l’animal du diable et des sorcières dont leur commerce est plutôt nocturne, comme la Lune. On en vient à lui attribuer des pouvoirs surnaturels dont la faculté est de posséder neuf vies. Et en même temps, on lui reconnaît un rôle prophylactique et sa fourrure est un objet de commerce. Ce chiffre neuf qu’on lui associe vient du fait que les sorcières pouvaient se changer neuf fois en chat et qu’il pouvait avoir neuf propriétaires différents, le dernier étant emporté en enfer… Dans le genre supplice, on se souvient de ce fouet de marine : le chat à neuf queues.

 

La Sorcière et son chat noir sur son balai

Comme le chat est le représentant du diable, au Moyen Age on pensait qu’il avait été offert à son propriétaire par celui-ci pour l’enrichir, comme dans la légende provençale des « matagots » qui ramènent une pièce d’or chaque matin. Le chat emporte aussi les sorcières au sabbat sur leur dos. Celles-ci peuvent aussi se jucher sur des chars tirés par des chats, comme la déesse Freya. De nombreux sorciers prennent la forme de chat durant leur réunion. C’est du moins ce que reconnurent les sorciers de Vernon lors de leur procès, mais cela se passait en… 1566.

Le chat noir comme on l’a vu est particulièrement sujet aux superstitions et aux croyances. En France, le noir et le rouge représentent les couleurs du diable. Aussi, les chats noirs étaient-ils souvent rejetés de peur qu’ils n’attirent le malheur. Bien au contraire, au Royaume-Uni croiser un chat noir porte bonheur…

 

La déesse Freya sur son char tiré par deux chats

Parfois encore, le chat est conçu comme un serviteur des Enfers. Les Nias de Sumatra connaissent l’arbre cosmique qui a donné naissance à toutes choses. Les morts, pour monter au ciel, prennent un pont  sous le pont, c’est le gouffre de l’enfer. Un gardien est posté à l’entrée du ciel avec un bouclier et une lance ; un chat lui sert à jeter les âmes coupables dans les eaux infernales.

La Renaissance marque un certain retour en grâce du chat, principalement en raison de son action préventive contre les rongeurs dévoreurs de récoltes. Les voyages par delà les océans font connaître des espèces exotiques qui aidèrent à la réhabilitation du chat, à l’exemple de l’Empereur Charles Quint qui emporte avec lui lors d’une retraite au Monastère de Yuste deux petits chats brésiliens offerts par sa sœur Catherine du Portugal.

Maneki-Neko le chat porte-bonheur du Japon

Au Japon l’attitude des Japonais à l’égard du chat est plus ambigüe puisqu’il fut longtemps considéré comme un animal de mauvais augure, capable, disait-on, de tuer les femmes et d’en revêtir leur forme. Dans le monde bouddhique, on lui reproche d’avoir été le seul, avec le serpent, à ne pas s’être pas ému de la mort du Bouddha, ce qui pourrait toutefois, d’un autre point de vue, être considéré comme un signe de sagesse supérieur. Toujours au Japon, le chat est quand même un porte-bonheur à travers des Maneki-Neko, sortes de talismans représentant un chat avec la patte derrière l’oreille. De plus, diverses légendes attribuent aux chats le pouvoir de prédire le temps qu’il fera et même de prévoir les séismes.

En Thaïlande et au Cambodge, on demande la bienveillance du dieu Indra à travers un rituel consistant à asperger d’eau un chat dans une cage et promené autour du village, dans l’intention surtout d’obtenir la pluie. Chaque villageois arrose le chat dont les cris, dit-on, émeuvent Indra, dispensateur de l’ondée fécondante.

Enfin, pour les Indiens Pawnees d’Amérique du Nord, le chat sauvage est un symbole d’adresse, de réflexion, d’ingéniosité. C’est un observateur malin et pondéré qui arrive toujours à ses fins. De ce fait, c’était pour eux un animal sacré qui ne pouvait être tué que pour des fins religieuses et en observant certains rites.

De l’adresse et de l’ingéniosité, on passe au don de clairvoyance ce qui fait que nombre de « sacs à médecine » sont faits de peau de chat sauvage, en Afrique centrale.

 

Le chat dans le tableau La Raie de Chardin

Le chat mit longtemps à conquérir sa place dans le monde artistique, en Europe. Ce n’est qu’à partir du XVIIe siècle qu’il apparaît de temps en temps dans la peinture française, flamande, anglaise ou italienne, le plus souvent comme un élément du décor et généralement dans une scène de cuisine où il joue le rôle de voleur de nourriture. Se souvenir du célèbre tableau de Chardin, intitulé La Raie, qui montre un chat arc-bouté sur la table. C’est Jean-Baptiste Perronneau qui fera d’un chat le premier plan du tableau, même s’il n’en est qu’un personnage secondaire comme la Fillette au chat, la Petite Fille au chat ou le Portrait de Magdaleine Pinceloup de La Grange.

En Angleterre, c’est le peintre Louis Wain qui fit du chat sa spécialité. Au début de sa carrière, ses chats étaient à la manière des fables de Jean de La Fontaine, représentés avec des comportements humains. Wain s’est par la suite intéressé au chat en lui-même par des portraits qui sont devenus de plus en plus abstraits, au fur et à mesure que la schizophrénie de l’artiste s’aggravait.

Au Japon, des artistes comme Hokusai et Hiroshige ont mis en scène des chats et même avant eux, un artiste comme Kaigetsudo Anchi en fait apparaître un, tenu en laisse par une élégante courtisane, dans une célèbre estampe qu’on peut voir au Musée national des Arts asiatiques Guimet et publiée aux alentours de 1715.

Le Chat de Philippe Geluck

Au XIXe et XXe siècles, nombreux furent les artistes qui le représentèrent : des sculpteurs comme Giacometti ou Barye ou des peintres comme Delacroix, Manet, Renoir, Toulouse-Lautrec, Raoul Dufy, Paul Klee, Balthus pour ne citer qu’eux. Ensuite, ce furent les humoristes qui se servirent du chat. On pense à ce chat noir et blanc qui accompagnait les « Vieilles Dames » de Jacques Faizant ou le chat philosophe de Philippe Geluck.

L’apparition du chat dans la littérature fut d’abord discrète. Peu apprécié au Moyen Age, on ne lui confère que l’utilité de chasser les souris et les écrits le concernant reflètent les idées de l’époque. Il faut attendre le IXe siècle et Hildegarde de Bingen qui lui consacre un paragraphe bref et peu élogieux dans son « Livre des subtilités des créatures divines » : « Au plus fort des mois d’été… le chat demeure sec et froid. Le chat ne reste pas volontiers avec l’homme, excepté celui qui le nourrit ».

Le célèbre « Roman de Renart » nous laisse l’image de Tibert le chat, tout aussi rusé et hypocrite que Renart, mais aimé par Noble, le lion.

C’est la Renaissance qui va peu à peu réhabiliter le chat et de nombreux écrivains et poètes vont améliorer sa réputation tels Pétrarque mort la tête posée sur son chat, ou Joachim du Bellay qui améliore la réputation du chasseur de souris.

 

Manet – Rendez-vous de chats – 1870

En 1869 paraît « Les Chats » de Jules Champfleury qui réunit toutes les connaissances de l’époque sur le chat et qui révèle la place privilégiée du chat dans les milieux intellectuels. Au XXe siècle, nombreux furent les auteurs qui firent du chat le héros de leurs œuvres, mais c’est surtout Colette qui les placera dans ses écrits.

Dans les fables de La Fontaine, c’est Raminagrobis qui garde au chat une image d’animal malin mais profiteur. Raminagrobis est un chat gras et bien nourri, tout comme Rodilardus ou Rodillard de Rabelais. Son comportement profiteur et sa malice sont mises en valeur par des compères aussi rusés que lui comme le singe ou le renard.

 

Le Chat botté

Dans les contes, le chat a une image plus mystérieuse. Ainsi dans « Les Contes du Chat perché » de Marcel Aymé, Alphonse dans le conte intitulé « La patte du chat », peut faire pleuvoir en passant sa patte derrière l’oreille. Dans « Alice au pays des merveilles », le Chat du Cheshire apparaît et disparaît par morceaux mystérieusement, en laissant flotter son sourire. Quant au Chat Botté de Charles Perrault, il est l’héritage inattendu que lègue le meunier à son troisième fils et qui rendra son maître riche par la ruse.

Dans les romans et les nouvelles, le chat garde souvent son aspect mystérieux, inspirant des récits fantastiques : Le Chat noir d’Egard Allan Poe où deux chats noirs précipitent la folie du personnage principal. Le chat peut aussi être le témoin de la vie des hommes : c’est « Je suis un chat » de Söseki Natsume où un chat dépeint la société japonaise de l’ère Meiji.

 

La bande dessinée n’est pas en reste et utilise les chats à travers des situations comiques ou racontant leur vie comme « Le Chat du Rabbin ». Parfois, ils sont accompagnés d’un compère antagoniste dans le but de faire rire, tels Sylvestre et Titi et Grosminet, Tom et Jerry, Pif et Hercule. Souvent aussi ce sont des personnages secondaires comme les chats Artémis, Luna et Diana… on ne peut plus lunaires, dans le manga Sailor Moon, ou encore Azraël compagnon de Gargamel dans les Schtroumpfs de Peyo.

Même la musique n’est pas en reste et a utilisé le chat… On se souvient du duo des chats ou du Contrapunto bestial d’Adriano Banchieri, ou même Capriccio stravagante, Il gatto datant de 1627 ou même « La Chatte anglaise » d’Hans Werner Henze. Des opéras sont composés de miaulements, notamment l’Enfant et les Sortilèges selon un livret de Colette, ou « Cats » célèbre comédie musicale avec des chats comme personnages principaux.

La Mère Michel, son chat et le père Lustucru

Dans la chanson, il y a bien sûr la célèbre « Mère Michel qui a perdu son chat », mais également Georges Brassens, un amoureux des chats qui en possédait neuf, et leur dédia plusieurs vers dans sa chanson « Testament ».

De même les proverbes et dictons liés au chat ils pullulent comme des souris dans la langue française, certains remontant même au Moyen Age. Ils mettent en scène l’animal lui-même avec toujours les mêmes clichés : il dort beaucoup, chasse les souris et bien sûr court très vite. Ces proverbes mettent aussi en avant les caractéristiques du chat, comme « avoir des yeux de chat », « donner sa langue au chat ».

Quant au mot « chat » lui-même, il vient du bas latin « cattus » qui d’après le Littré dans une édition datant de 1878, provient du verbe « cattare » qui signifie « guetter », nous ramenant au chat chasseur qui guette sa proie. Cependant, en latin classique « chat » se disait « felis » racine des mots français « félin », « félidés »… mais qui désignait uniquement le chat sauvage d’Europe, alors que « cattus » s’appliquait au chat domestique.

Toutefois, on désigne aussi plus familièrement le chat par « minet » et la chatte par « minette ». Ce terme est attesté dès 1560. Il provient de « mine », nom populaire du chat en gallo-roman. Ce mot est à l’origine de l’expression « dès potron-minet » qui signifie « de bon matin ». Toujours d’après le Littré, il s’agirait de la déformation de « paître au minet », c’est-à-dire du moment où le chat qui se lève tôt, va chercher son « paître », à savoir sa pâture, sa nourriture. Cependant pour Claude Duneton, cette expression provient de « poitron-jacquet », « jacquet » désignant l’écureuil, animal matinal marchant la queue levée, le « poitron » n’étant autre que le postérieur. « Dès potron-minet » signifie donc : « à l’heure où l’on voit le derrière du chat ». Quant au « minet » ou à la « minette » qui « fait ses mines », lorsque ce terme est appliqué à l’être humain, c’est un jeune homme ou une jeune fille qui s’efforce de plaire et se préoccupe beaucoup de son apparence.

Le « matou » est un chat mâle non castré, terme à l’origine incertaine qui viendrait peut-être d’une dérivation de « mite » comme dans « chattemite ». Le chat est aussi nommé familièrement « mistigri », composé du préfixe « miste » qui signifie « adroit » et de « gris », la couleur. Enfin, en argot, on appelle le chat un « greffier ». Il existe deux explications qui s’opposent, mais peut-être n’en font qu’une. D’une part, le jeu de mot sur « griffe » est évident et d’autre part, la fourrure de certains chats noirs porte une sorte de plastron blanc sur le poitrail évoquant le rabat blanc que l’on voyait sur la robe noire des greffiers jusqu’au XIXe siècle.

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins 

 

 

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DANS LE BESTIAIRE DES GEMEAUX… LA FOUINE… LA BELETTE ET AUTRES PETITS MUSTELIDES

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 20-06-2012

Fouiller… fureter… farfouiller… inspecter… chercher… rechercher… approfondir… éplucher… creuser… fouir… remuer… retourner… explorer… sonder… perquisitionner… visiter… examiner… traquer… scruter… On n’en finit plus d’énumérer tous ces verbes qui illustrent à la fois les Gémeaux et les petits mustélidés.

Car que fait la fouine qu’on considère d’ailleurs comme « nuisible », sinon que d’explorer les greniers des maisons, s’attaquant au passage à l’isolation des maisons ou même aux circuits électriques des voitures dont elle ronge les gaines de caoutchouc qui les protègent. Et pourtant, dans la Rome antique, elle était domestiquée car elle capturait les souris et dératiser les habitations. On sait d’ailleurs qu’elle continue aujourd’hui encore à jouer un rôle de police sanitaire aux abords des villages et des maisons isolées.

 

Petite fouine

La fouine, en latin Martes foina, est un petit mammifère carnivore d’Europe et d’Asie, au pelage gris-brun, courtes sur pattes, vivant la nuit. Friande d’œufs, elle s’attaque aux poules pour mieux explorer leur poulailler. C’est une martre faisant partie de la famille des Mustélidés, au même titre que la belette, le blaireau ou le putois, petits mammifères dont on pressent la présence à leur odeur forte.

Dans l’Ouest de la France et en particulier en Charente, on appelle fouin ou chafouin (chat fouin) le mâle de la fouine.

Quoiqu’il en soit, ces petits cousins Mustélidés se ressemblent ; leur petit museau et comme leur regard curieux ne sont pas sans évoquer les Mercuriens bon teint, qu’ils soient Gémeaux ou Vierge. 

 

La Belette

Dans tous les récits irlandais du cycle d’Ulster, la mère du roi Conchobar porte le nom de Ness, la belette. C’est au départ une vierge guerrière. Ness peut symboliser aussi bien l’affection et la vigilance que l’inconstance et la rouerie, qualificatifs qui collent bien aux Mercuriens et aux Gémeaux. En même temps, cela ne convient pas à l’attitude initiale de la belette vue comme par les Irlandais comme une guerrière farouche. Peut-être l’Irlande médiévale a-t-elle confondu le symbolisme de la belette et celui de l’hermine.

 

On se souvient aussi de la célèbre fable de Jean de La Fontaine : « Le Chat, la Belette et le Petit Lapin » qui n’est pas sans évoquer Mercure volant les bœufs d’Apollon et pas vraiment décidé à les lui rendre, malgré l’intervention de son père Jupiter qui lui demande instamment de restituer le troupeau. Mercure finira par inventer la flûte dont la musique charmera Apollon, et ce sera la flûte contre le troupeau. Il en va de même de la belette de la fable s’appropriant du logis d’un petit lapin. Souvenez-vous :

Du palais d’un jeune Lapin
Dame Belette un beau matin
S’empara ; c’est une rusée.
Le Maître étant absent, ce lui fut chose aisée.
Elle porta chez lui ses pénates un jour
Qu’il était allé faire à l’Aurore sa cour,
Parmi le thym et la rosée.

Après qu’il eut brouté, trotté, fait tous ses tours,
Janot Lapin retourne aux souterrains séjours.
La Belette avait mis le nez à la fenêtre.
O Dieux hospitaliers, que vois-je ici paraître ?
Dit l’animal chassé du paternel logis :
O là, Madame la Belette,
Que l’on déloge sans trompette,
Ou je vais avertir tous les rats du pays.
La Dame au nez pointu répondit que la terre
Etait au premier occupant.
C’était un beau sujet de guerre
Qu’un logis où lui-même il n’entrait qu’en rampant.
Et quand ce serait un Royaume
Je voudrais bien savoir, dit-elle, quelle loi
En a pour toujours fait l’octroi
A Jean fils ou neveu de Pierre ou de Guillaume,
Plutôt qu’à Paul, plutôt qu’à moi.
Jean Lapin allégua la coutume et l’usage.
Ce sont, dit-il, leurs lois qui m’ont de ce logis
Rendu maître et seigneur, et qui de père en fils,
L’ont de Pierre à Simon, puis à moi Jean, transmis.
Le premier occupant est-ce une loi plus sage ?
- Or bien sans crier davantage,
Rapportons-nous, dit-elle, à Raminagrobis.
C’était un chat vivant comme un dévot ermite,
Un chat faisant la chattemite,
Un saint homme de chat, bien fourré, gros et gras,
Arbitre expert sur tous les cas.
Jean Lapin pour juge l’agrée.
Les voilà tous deux arrivés
Devant sa majesté fourrée.
Grippeminaud leur dit : Mes enfants, approchez,
Approchez, je suis sourd, les ans en sont la cause.
L’un et l’autre approcha ne craignant nulle chose.
Aussitôt qu’à portée il vit les contestants,
Grippeminaud le bon apôtre
Jetant des deux côtés la griffe en même temps,
Mit les plaideurs d’accord en croquant l’un et l’autre.
Ceci ressemble fort aux débats qu’ont parfois
Les petits souverains se rapportant aux Rois.

 

Quant au blaireau, Buffon le célèbre naturaliste en a fait, non sans raison, un paresseux méfiant et solitaire, au point d’en faire l’emblème du sommeil. Cependant, en Extrême-Orient, on a une idée toute différente du blaireau. Au Japon, notamment, il est symbole de ruse et de tromperie, mais sans méchanceté. Il est censé tambouriner sur son ventre, les nuits de pleine lune, déguiser en vieux moine pour abuser ses victimes. Et la désignation de « vieux blaireau » est appliqué dans le sens de « vieux roublard ». Et c’est pour ça qu’on trouve parfois placés à l’entrée des restaurants japonais, des statues de blaireaux ventripotents, malicieux emblèmes de prospérité ou de satisfaction de soi-même. Là aussi, on retrouve bien le côté joueur, moqueur et roublard de Mercure.

 

Le Blaireau à la sortie de son terrier

Dans le récit gallois du Mabinogi de « Pwyll Prince de Dyfed », le rival de Pwyl auprès de Rhiannon, Gwawl, est enfermé, au terme d’une contestation riche en rebondissements, dans un sac magique et chacun des hommes de Pwyll vient lui donner un coup de bâton. C’est ce que le texte gallois appelle le « Jeu du blaireau dans le sac ». Le symbolisme de l’animal est pris ici sur un mode péjoratif, sans qu’on puisse le définir. Il semble que le jeu ait pour but de symboliser le châtiment infligé à l’homme pour ce qu’il comporte de blaireau en lui, le blaireau dans le sac : la ruse et la roublardise ; et il est frappé à coups de bâton pour que sorte de lui sa part de blaireau, qu’il se délivre de sa malice et de sa prétention.

Le blaireau tambourinant sur son ventre

Une des caractéristiques du blaireau c’est qu’il fait de sa vie un jeu, un peu à l’image des Mercuriens et en particulier des Gémeaux. Les petits, qui ne dépensent pas leur énergie à chercher leur nourriture, y consacrent la majorité de leur temps. Lorsqu’ils sortent de leur terrier, dans un premier temps, ils restent très sagement près de leur mère. Mais bien vite, ils prennent de l’assurance et deviennent très bruyants et vont passer leur temps à jouer et leurs jeux sont vraiment très variés : ils font semblant de lutter, de se mordre, ils s’agrippent par la tête, par la queue, par les oreilles, ou encore ils se bousculent et essaient de se renverser à grands coups de boutoirs avec la tête. Le blaireau est un animal singulier, capable de marcher, et même de courir en arrière avec autant d’aisance qu’en avant.

Le Blaireau devant un restaurant au Japon

Le putois est un petit animal qui n’a pas très bonne réputation et qu’on qualifie de « puant ». Il serait d’ailleurs à l’origine du verbe « puer ». Lorsqu’il est attaqué ou blessé, le putois libère, sous l’effet de la douleur ou de la peur, le contenu de ses glandes anales dont l’odeur nauséabonde lui a valu ce surnom de « puant ».

Le putois à pieds noirs

C’est cependant un petit prédateur discret et en même temps très actif dans la lutte contre les rats musqués et les mulots. Et malgré tout il continue d’être chassé, piégé, empoisonné au point qu’il disparaît de façon inquiétante aussi bien en France qu’en Europe.

Quant au furet, sous-espèce du putois, il était cité par Aristote, au IVe siècle avant Jésus-Christ, pour ses talents de chasseur. Il aurait été utilisé par l’homme depuis toujours.

Le furet est un animal sociable et familial, animal de compagnie par excellence car son sommeil occupe environ 16 heures de sa journée, donc il n’a pas vraiment le temps de faire des dégâts dans la maison. Le furet se laisse donc facilement domestiquer.

 

Il court… il court… le furet

 

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins   

 

 

 

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DANS LE BESTIAIRE DU TAUREAU… LE BŒUF

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 19-05-2012

Contrairement au taureau, le bœuf est un symbole de bonté, de calme, de force paisible, de puissance du travail et du sacrifice, comme l’évoque le bœuf de la vision d’Ezéchiel et de l’Apocalypse. Encore que ce bœuf peut-il être en fait un taureau. Ce sont certains aspects symboliques et leurs interprétations qui les distinguent.

La tête de bœuf de l’empereur Chen-nong, inventeur de l’agriculture, celle de Tche-yeou paraissent être aussi bien des têtes de taureau. Le bœuf Apis de Memphis, hypostase de Ptah et d’Osiris, n’est-il pas lui-même un taureau ? En fait, le même mot désignait tous les bovidés et son caractère lunaire n’est pas déterminant à cet égard.

Apis le bœuf égyptien

Le bœuf, et plus encore le buffle, auxiliaires précieux de l’homme, sont respectés dans toute l’Asie orientale. Ils servent de monture aux sages, particulièrement à Lao-tseu dans son voyage vers les marches de l’ouest. Il y a en effet, dans l’attitude de ces animaux, un aspect de douceur et de détachement, qui évoque la contemplation.

Les bœufs statufiés sont fréquents dans les temples de Shintô. Mais dans la Chine ancienne, un bœuf de terre figurait le froid, qu’on expulsait au printemps, en vue de favoriser le renouveau de la nature ; c’est un emblème typiquement yin.

La lyre d’Apollon

Chez les Grecs, le bœuf est un animal sacré. Il est souvent immolé en sacrifice : l’hécatombe désigne le sacrifice de cent bœufs. Il est consacré à certains dieux : Apollon avait ses bœufs qu’Hermès lui déroba ; celui-ci ne put se faire pardonner son larcin, ce sacrilège, qu’en donnant à Apollon la lyre qu’il avait inventée, faite d’une peau et de nerfs de bœuf, tendus sur une carapace de tortue.

Le Soleil a ses bœufs, d’une blancheur immaculée et aux cornes dorées ; si les compagnons d’Ulysse affamés en mangent dans l’île de Thrinacie, malgré les interdictions de leur chef, ils périssent tous ; seul Ulysse, qui s’était abstenu, échappe à la mort.

 

Les bœufs du Soleil volés et assassinés par les compagnons d’Ulysse – Pellegrino Tibaldi – Palazzo Poggi – Bologne

Des bœufs sacrés étaient entretenus par la famille des Bouzyges ; ils étaient destinés à commémorer le labour initial de Triptolème, lors des rites du labourage sacré qui se célébraient aux mystères d’Eleusis. Dans toute l’Afrique du Nord, encore, le bœuf est un animal sacré, offert en sacrifice, lié à tous les rites de labour et de fécondation de la terre.

 

Le labour de Triptolème

En raison sans doute de ce caractère sacré, de ses relations avec la plupart des rites religieux, comme victime ou comme sacrificateur, quand il ouvre par exemple le sillon de la terre, le bœuf a été aussi le symbole du prêtre.

Autre épisode mythologique mettant en scène les bœufs se situe dans les douze travaux d’Hercule. En effet, pour s’emparer des bœufs de Géryon, gardien à trois corps, Héraclès/Hercule se rendit au-delà des terres connues sur une île dans l’océan, la rivière entourant la Terre. Ecartant deux montagnes pour faire un canal vers la rivière, il créa les colonnes d’Hercule, le détroit de Gibraltar, tua Géryon et s’empara des bœufs. Le récit est rempli de symboles solaires, telle la coupe d’Hélios, le Soleil, qu’emprunta Héraclès/Hercule.

 

La capture des bœufs de Géryon par Hercule – Majolique d’Urbino – Francesco Xanto Avelli

Il existe une divinité gauloise Damona, parèdre du protecteur des eaux thermales Borvo ou Apollon Borvo, et dont le nom contient le thème celtique désignant généralement les bovidés, dam. Mais le bœuf ne possèderait pas, dans le monde celtique, de symbolisme indépendant, en dehors du symbolisme chrétien usuel. Les légendes galloises témoignent cependant de l’existence de bœufs primordiaux. Les deux principaux sont ceux de Hu Gadarn, personnage mythique qui arriva le premier dans l’île de Bretagne avec la nation des Cymry, c’est-à-dire les Gallois. Avant l’arrivée de ces derniers, il n’existait en Bretagne que des ours, des loups, des castors et des bœufs cornus.

Le Lebor Gabala ou Livre des Conquêtes nomme aussi, mais sans autre indication, des bœufs mythiques. Le bœuf jouerait un rôle analogue à celui du héros civilisateur.

Enfin, le bœuf est l’un des douze signes de l’astrologie chinoise.

 

Le boeuf – Terre cuite Tang

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

 

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