OISEAU DU VERSEAU… L’INDEPENDANTE HIRONDELLE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 12-02-2011

Bien qu’un vieil adage prétende que « l’hirondelle ne fait pas le printemps », on ne peut que constater comme l’écrivit Rémi Belleau que « les hirondelles sont du printemps les messagères ». D’ailleurs, en Chine, on faisait même autrefois correspondre l’arrivée et le départ des hirondelles à la date exacte des équinoxes. Le jour du retour des hirondelles, à l’équinoxe de printemps, était l’occasion de rites de fécondité. Ce dont on peut sans doute rapprocher plusieurs légendes qui rapportent la fécondation merveilleuse de jeunes filles par l’ingestion d’œufs d’hirondelles, comme l’histoire de Hien-ti ou encore l’histoire de l’ancêtre de la famille Chang, dont descendait Confucius. Confucius n’en est pas moins, si l’on ose dire, le fils de l’hirondelle. Autre signe du printemps : des galettes en forme d’hirondelle étaient fixées au-dessus des portes, l’hirondelle paraît d’ailleurs se confondre ici avec un autre oiseau du printemps qui pourrait être le loriot.

En outre, le rythme saisonnier, yin-yang, des migrations de l’hirondelle s’accompagne d’une métamorphose : elle se réfugie dans l’eau (yin, hiver) où, rapporte Lie-Tseu, elle devient coquillage, puis redevient hirondelle, en accompagnant le mouvement ascendant du soleil (yang, été).

hirondelles

Dans le même sens, Isis se transformait en hirondelle, la nuit, tournoyant autour du cercueil d’Osiris et se lamentant en des cris plaintifs, jusqu’au retour du soleil. Symbole de l’éternel retour et annonce de la résurrection. Sur les tombeaux des Egyptiens l’hirondelle signifiait la vie après la mort. 

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L’hirondelle est représentée dans le domaine mythique celtique par le nom de Fand, épouse du dieu de la mer Manannan. Tombée amoureuse de Cùchulainn, elle l’invite dans l’autre monde et il passe un mois auprès d’elle. Puis, il l’abandonne et est repris par sa femme Emer. Avec beaucoup de mélancolie, Fand retourne alors vers son mari, qui est revenu la chercher. Un autre personnage mythique en relation avec le nom de l’hirondelle est Fandle, l’un des trois fils de Nechtan Scene, tué par Cùchulainn lors de sa première expédition sur la frontière de l’Ulster. Fandle était d’une extrême légèreté et combattait au-dessus de l’eau. L’hirondelle apparaît, là encore, liée à un symbolisme de la fécondité, de l’alternance et du renouveau.

Au Mali, l’hirondelle est un auxiliaire, une manifestation, du démiurge Faro, maître des eaux et du verbe et expression suprême de la pureté, par opposition à la terre, originellement souillée. L’hirondelle doit son rôle important au fait qu’elle ne se pose jamais sur la terre : elle est donc exempte de souillure. C’est elle qui recueille le sang des victimes des sacrifices offerts à Faro, pour l’emporter dans les espaces supérieurs, d’où il redescendra sous forme de pluie fécondante. Elle joue donc un rôle de véhicule dans le mécanisme cyclique de la fécondation de la femme, par l’intermédiaire du jus de la tomate sauvage, qu’elle porte également au ciel. 

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L’hirondelle est le symbole du renoncement et de la bonne compagnie en Islam ; elle est appelée « l’oiseau du paradis ». Chez les Persans, « le gazouillement de l’hirondelle sépare les voisins et les camarades ; elle signifie solitude, émigration, séparation, sans doute à cause de sa nature d’oiseau migrateur.

Une légende hellénique raconte aussi que Pandion, roi de l’Attique, épousa une naïade, nommée Zeuxippé et dont il eut deux fils : Erechté et Boutès, mais aussi deux filles : Philomèle et Procné. Alors que Pandion régnait sur l’Attique, à Thèbes c’était Labdacos qui était roi : les peuples de ces deux royaumes n’arrivaient pas à s’entendre et la guerre éclata entre Thèbes et Attique. Pandion s’allia avec le roi de Thrace, Térée qui, disait-on, était le fils d’Arès, Mars chez les Romains. Et, pour mieux sceller l’alliance, Pandion lui donna en mariage sa fille aînée, Procné. Bientôt, celle-ci eût un fils, nommé Itys. Cependant, Procné s’ennuyait à Thrace, loin d’Athènes et ce qu’elle souhaitait le plus au monde c’était de faire venir auprès d’elle sa sœur Philomèle. Térée y consentit et partit chercher la jeune fille. Mais pendant le voyage de retour, Térée tomba amoureux de Philomèle et lui fit violence. Puis, pour l’empêcher de se plaindre à sa sœur, il lui coupa la langue.  

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                                                      Procné et Philomèle par William Adolphe BOUGUEREAU (XIXe siècle)                                                                           

Musée National du Château de Fontainebleau

Cependant, Philomèle imagina un moyen de se faire entendre et sur une tapisserie, elle broda l’histoire de la violence qui lui avait été faite. Procné décida de la venger. Pour cela, elle tua Itys son propre fils, le fit bouillir, et donna sa chair à manger à Térée. Après quoi, elle s’enfuit avec sa sœur. Lorsqu’il comprit ce que sa femme avait fait, Térée saisit une hache et se lança à la poursuite des deux sœurs. Il les rejoignit à Daulis, en Phocide. Cependant, en le voyant arriver, Philomèle et Procné implorèrent les dieux qui eurent pitié d’elles et les transformèrent en oiseaux. Procné devint une hirondelle et Philomèle, un rossignol. Térée fut lui aussi métamorphosé en oiseau et devint une huppe.

« L’hirondelle est venue, ramenant le beau temps, annonçant les années heureuses ».

Ainsi chantaient les enfants en Grèce pendant l’Antiquité, à la fin de l’hiver, en promenant un simulacre d’hirondelle en bois, aux ailes mobiles fixées à l’extrémité d’un bâton, décoré d’épis et de plantes vertes. En écho à cette coutume, on retrouve dans l’ensemble des pays balkaniques la célébration du retour des hirondelles fixée symboliquement au 1er mars et

les enfants promènent toujours une hirondelle, cette messagère du printemps et de l’éternel retour, en accomplissant à la même occasion des rites de fécondité et d’abondance.

Plus près de nous, en Lorraine et plus particulièrement dans la région de Metz, on assure que l’hirondelle préserve de la foudre et porte bonheur à la maison qu’elle choisit pour y bâtir son nid. On dit encore que celui qui tue une hirondelle deviendra victime d’un malheur.  

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Dans le Petit Dictionnaire des Traditions populaires Messines, on apprend que les hirondelles arrivent le jour de l’Annonciation, le 25 mars, et qu’elles quittent le pays le 8 septembre, le jour de la nativité de la Vierge.

Tout aussi poétique et charmant, Jules Renard disait : « L’accent circonflexe est l’hirondelle de l’écriture ». Quant à Henri Lacordaire, il affirmait : « Il n’y a que le cœur qui aille aussi vite que les hirondelles ».

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La Vierge à l’hirondelle – Carlo Crivelli – Eglise San Francesco in Matelica

Il existe aussi une Madone à l’hirondelle. C’est une œuvre de Carlo Crivelli, commanditée en mars 1490 par Ranuzio Ottoni et Giorgio di Giacomo, du couvent franciscain, pour l’église San Francesco in Matelica (*). L’œuvre fut réalisée entre 1490 et 1492. C’est une Vierge à l’Enfant, entourée de saint Jérôme et de Saint Sébastien, nommée par la suite « Vierge à l’hirondelle » pour l’oiseau perché au-dessus de la Vierge, sur le retable, symbole de la Résurrection.

En fait, c’est depuis toujours que l’hirondelle est un symbole de résurrection puisque avec sa venue, la nature revit après sa mort hivernale. Elle l’est également parce qu’on lui attribuait, chez les Anciens, la capacité de donner la vue à ceux de ces petits qui seraient nés aveugles, grâce au suc de la chélidoine, plante employée pour soigner les verrues et qu’on appelle aussi « l’herbe des hirondelles ».

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La Chélidoine ou l’herbe des hirondelles

Selon Pline l’Ancien, le sang des hirondelles entrait dans la composition des collyres. Cette possibilité de redonner est un autre symbole de résurrection puisque le Christ ouvrait les yeux des ressuscités. Et pourtant, dans les légendes populaires, celui qui tue une hirondelle est menacé de cécité.

Quant aux premiers Chrétiens, ils ont vu en elle le symbole de la prière puisqu’un verset de la Bible rappelle : « Comme l’hirondelle, je pépie. Mes yeux faiblissent à regarder en haut » ; un autre verset fait de l’hirondelle un symbole d’habitation dans la maison de Dieu : « Le passereau a trouvé une maison et l’hirondelle un nid où poser ses petits : tes autels, Yahvé Sabaot, mon Roi et mon Dieu ».

Et puis, durant la « Drôle de guerre », l’hirondelle devint un symbole d’espoir. En effet, pour tromper leur attente des soldats ont peint avec des moyens de fortune une hirondelle sur l’un des murs de la casemate qui les abritait.

Enfin, à Paris, il existe la rue de l’Hirondelle. C’est une voie très ancienne de la rive gauche de Paris. Connue dès 1200 sous le nom d’Arrondale-en-Laas. Elle s’appela ensuite celui d’Hyrondale, de Lyrundelle et enfin d’Irondelle, en relation avec une enseigne représentant une hirondelle, en vieux français on disait arondale.

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Rue de L’Hirondelle – Paris 6e

En 1855, la création de la place Saint-Michel l’amputa sur près de la moitié de sa longueur. Aujourd’hui, cette rue étroite présente la particularité de communiquer avec la place Saint-Michel par un escalier et un passage voûté discret, ce qui lui donne l’aspect tranquille d’une impasse retirée dans un quartier très animé.

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matelica-macerata-marche-italia (*) Matelica est une petite ville située dans la région des Marches, en Italie centrale, dans la province de Macerata.

 

 

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Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

Petit Dictionnaire des Traditions populaires Messines

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DANS LE BESTIAIRE JUPITERIEN DES POISSONS… LE DAUPHIN

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 07-12-2010

La symbolique du dauphin est liée à celles des eaux et des transfigurations.

Les pirates qui s’enivrèrent, après avoir lié Dionysos au mât de leur navire, tombèrent à la mer et furent changés en dauphins. Le dauphin est devenu le symbole de la régénérescence. On en voyait l’image auprès du trépied d’Apollon, à Delphes. Il est également le symbole de la divination, de la sagesse et de la prudence. Ces qualités, jointes à la vitesse de déplacement qui lui est prêtée, en ont fait le maître de la navigation : aussi est-il souvent représenté comme Poséidon, avec un trident ou une ancre.

Les dauphins étaient honorés comme des dieux dans la Crète préhellénique. Apollon s’incarne sous la forme d’un dauphin, d’après l’hymne homérique, pour aborder les rivages de Crisa, qui lui ouvrent la route de Delphes.

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L’homme était souvent représenté, dans l’art grec, chevauchant un dauphin. Cet animal sacré joue un rôle, sans doute, dans les rites funéraires, où il apparaît comme psychopompe. Les Crétois croyaient que les morts se retiraient au bout du monde, dans les îles des Bienheureux, et que des dauphins les transportaient sur leur dos jusqu’à leur séjour d’outre-tombe.

Plutarque nous décrit le voyage d’Arion transporté et escorté par des dauphins, qui le sauvent de la menace de marins s’apprêtant à le tuer. Arion se jeta à la mer : « mais avant que son corps eût plongé tout entier, des dauphins se précipitèrent dessous et le soulevèrent, l’emplissant tout d’abord d’inquiétude, d’incertitude et d’agitation. Mais l’aisance… le grand ombre… l’air bienveillant… la vitesse des dauphins… firent qu’il éprouva, à ce qu’il dit, moins de crainte de mourir et le désir de vivre, que l’ambition de se voir sauvé, pour apparaître comme un favori des dieux et recevoir d’eux une gloire inaltérable (Banquet des Sept Sages). 

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Ce récit est riche de symboles, dont l’interprétation est transparente : Arion passe de ce monde agité et violent au monde d’un salut immortel, grâce à la médiation des dauphins. Rien d’étonnant que le Christ-Sauveur ait été plus tard représenté sous la forme d’un dauphin. D’une façon plus psychologique et éthique, le récit indique aussi le passage de l’excitation et des terreurs imaginatives à la sérénité de la lumière spirituelle et de contemplation, par la médiation de la bonté (la plongée salvatrice, l’aisance, l’air bienveillant des dauphins, etc.). On aperçoit ici les trois étapes de l’évolution spirituelle : prédominance de l’émotivité et de l’imagination ; intervention de la bonté, ou de l’amour et du dévouement ; illumination dans la gloire de la paix intérieure.

La légende évoquée au début de cette notice confirme cette interprétation d dauphin comme un symbole de conversion. Dionysos, ayant emprunté un navire pour aller à Naxos, s’aperçut que les marins se dirigeaient vers l’Asie, pour le vendre sans doute comme esclave. Alors, « il transforma leurs avirons en serpents, remplir leur navire de lierre et fit retentir le son de flûtes invisible. Il paralysa le navire dans des guirlandes de vigne, si bien que les pirates, devenus fous, se précipitèrent dans la mer, où ils devinrent des dauphins – ce qui explique que les dauphins soient les amis des hommes et s’efforcent de les sauver, dans les naufrages, car ce sont des pirates repentis… ». 

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Pour l’astrologue, Jupiter gouverne les grands animaux, dont les dauphins, d’autant que Jupiter est, avec Neptune, le Maître des Poissons.

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins. 

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Pour vos cadeaux de Noël, vos étrennes de Nouvel An, pour une fête, un anniversaire, ou tout simplement pour faire plaisir, pensez à offrir une consultation astrologique. Sur mon site, au chapitre de mes chroniques, dans la rubrique « Cadeaux » vous trouverez les modalités d’organisation de cette consultation, ainsi qu’un exemple d’une carte-invitation.

 

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DANS LE BESTIAIRE SCORPION… LE SANGLIER

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 19-11-2010

Le symbolisme du sanglier est d’origine très ancienne et couvre la plus grande partie du monde indo-européen. Le mythe est issu de la tradition hyperboréenne. Le sanglier y figure l’autorité spirituelle. Ce qui peut être en rapport avec la retraite solitaire en forêt du druide ou du brahmane, ou avec la propriété du sanglier de déterrer la truffe mystérieuse produit de la foudre, selon d’anciennes légendes, et de se nourrir des fruits du chêne, arbre sacré. A lui s’oppose l’ours, emblème du pouvoir temporel. En Gaule, aussi bien qu’en Grèce, on chasse le sanglier, et même on le met à mort. C’est l’image du spirituel traqué par le temporel.  

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Le quatrième des douze travaux d’Hercule consistait à capturer vivant le sanglier d’Erymanthe, animal malfaisant qui se terrait sur cette montagne d’Arcadie appelée Erymanthe. C’est également Homère qui nous rapporte dans un de ces récits comment Heleager, aidé de Thésée et d’Atlante, donne la chasse au sanglier monstrueux de Calydon, envoyé par Artémis pour punir l’impiété de son roi Oené. Il y a là, de toute évidence, un symbolisme d’ordre cyclique, par substitution d’un règne à un autre. Notre cycle est désigné par les Hindous comme étant celui du sanglier blanc.

En astrologie chinoise, le sanglier est considéré comme un signe particulièrement auspicieux et un gage de loyauté.

Au Japon, le sanglier est un animal zodiacal, associé au courage, voire à la témérité. Il sert de monture au Kami de la guerre. Inoshishi, porc sauvage-sanglier, est le dernier des douze animaux du Zodiaque. Au Japon, il est donc symbole de courage et de témérité. Devant les sanctuaires shintoïstes consacrés à Wakenokiyomaro se trouvent des statuettes de sangliers. Le dieu de la guerre, lui-même, Usa-Hachiman est parfois représenté sur un sanglier.

Si le sanglier apparaît au centre de la Roue de l’Existence bouddhique, c’est sous la forme d’un animal noir, symbole de l’ignorance et des passions. On le désigne parfois comme un porc et c’est bien sous cet aspect qu’il faut voir les significations obscures de l’animal, autant est vil celui du porc. Le porc sauvage est le symbole de la débauche effrénée et de la brutalité.

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Il Porcellino – Loggia del Mercato Nuovo – Florence

Pendant tous ces temps anciens, il est frappant de constater que le sanglier fut pour l’homme non seulement un concurrent mais aussi un adversaire réellement dangereux. A l’époque gauloise au moment où se sont développées les grandes forêts en Europe, l’animal est chassé autant par plaisir que par nécessité. C’est à cette même époque qu’il prend une valeur symbolique de plus en plus importante et l’allure d’un véritable symbole guerrier. Les représentations figurées qui attestent de ce caractère abondent. L’une des plus célèbres est la statuette retrouvée à Euffigneix en Haute-Marne. Le sanglier figure très fréquemment sur des enseignes militaires gauloises, en particulier sur celles de l’Arc de Triomphe d’Orange et sur des monnaies de l’indépendance. On possède un assez grand nombre de sangliers votifs en bronze et de nombreuses représentations sur des reliefs de pierre. L’animal n’a cependant rien à voir avec la classe guerrière, si ce n’est pour s’opposer à elle en tant que symbole de la classe sacerdotale.

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Sanglier sur insigne militaire gauloise

Le sanglier est, comme le druide, en rapport étroit avec la forêt : il se nourrit du gland du chêne et la laie, symboliquement entourée de ses neuf marcassins, fouit la terre au pied du pommier, l’arbre de l’immortalité. Confondu avec le porc, dont il se distingue du reste très mal, les Celtes avaient des troupeaux de porcs vivant pratiquement à l’état sauvage, le sanglier constitue la nourriture sacrificielle de la fête de Samain et c’est l’animal consacré à Lug. Dans plusieurs récits mythiques, il est question du porc magique qui, dans les festins de l’Autre Monde, est toujours cuit à point et ne diminue jamais. Au grand festin de la fête de Samain, le premier novembre, la nourriture principale consiste en viande de porc.

Moccus « porc » est un surnom de Mercure dans une inscription gallo-romaine de Langres. Le twrch trwyth, en irlandais triath, le roi, qui s’oppose à Arthur, représente le Sacerdoce en lutte contre la royauté à une époque de décadence spirituelle. Le père de Lug, Cian, se transforme en porc druidique pour échapper à ses poursuivants. Il meurt toutefois sous forme humaine.

En aucun cas, et pas même dans des textes irlandais d’inspiration chrétienne, le symbolisme du sanglier n’est pris en mauvaise part. Il y a là une contradiction entre le monde celtique et les tendances générales du christianisme. On pense par association d’idées à Dürer, remplaçant, près de la crèche de Noël, le bœuf et l’âne par le sanglier et le lion.

Cependant, bien avant les Gaulois, les hommes chassaient et vénéraient les sangliers. A l’époque néolithique, l’homme cherche à domestiquer l’animal et le porc domestique est né à cette époque et, pendant des siècles, il fournit la plus grande partie de la viande consommée par l’homme en Europe.

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Sanglier dans la Grotte de Lascaux

Durant la Préhistoire, la cohabitation, plus ou moins concurrentielle, plus ou moins prédatrice, de l’homme et du sanglier, connut sans doute des phases diverses principalement du fait de l’alternance de périodes glacières et de phases interglaciaires. A cette même époque, le sanglier est très présent dans le pourtour méditerranéen et apparaît fréquemment dans la mythologie et notamment celle des Grecs, comme évoqué précédemment.

Dans la tradition chrétienne, le sanglier symbolise le démon, soit qu’on le rapproche du cochon, goinfre et lubrique ; soit que l’on considère son impétuosité, qui rappelle la fougue des passions ; soit encore que l’on évoque son passage dévastateur dans les champs, les vergers et les vignobles.

Ce symbolisme du sanglier était très riche chez les Celtes, mais il était aussi présent de façon généralisée dans les mythes indo-européens comme dans la Grèce mycénienne, l’Inde védique, chez les Germains, laissant penser à une origine commune. Il représente la force et le courage ainsi que la Connaissance et a un rapport avec l’Au-delà. Les Celtes le considéraient comme un animal sacré. Des têtes de sanglier ornent les armes et sa viande accompagne les défunts dans leur dernier voyage.

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Chasse au sanglier de Calydon par Maléagre et Artémis – Sur monument funéraire – Musée du Capitole à Rome

Les pratiques funéraires de l’époque reflètent d’ailleurs l’importance accordée à l’animal. Dès l’âge de Bronze (2000 – 800 avant Jésus-Christ), on dépose dans les sépultures des défenses de sanglier. On y voit une promesse d’abondance dans l’au-delà, peut-être pour le guerrier la préfiguration du banquet divin qui attend les plus méritants. Son rôle est à rapprocher de celui du taureau dans les mythologies des origines de l’Europe. Certains druides, dont le sanglier était l’attribut, se faisaient appeler « sanglier ».

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Blason de Givonne dans les Ardennes

Le Moyen Age européen reprit cette symbolique dans l’Héraldique où le sanglier est très représenté, notamment dans les Ardennes, mais également dans le vocabulaire de l’escrime avec l’expression « dent du sanglier ». En règle générale, le sanglier apparaît dans les blasons, de profil et « passant » c’est-à-dire semblant avancer, trois pattes au sol, une patte avant levée. Il est dit « défendu » si ses défenses sont d’une couleur différente de celle du corps. Sa tête se dit « hure », son nez « boutoir » et sa couche « bauge ».

Le sanglier est la mascotte et le symbole des Ardennes où il abonde. En effet, la sculpture du « plus grand sanglier du monde », Woinic, symbolise le département des Ardennes.

obelix-et-le-sanglierDans la bande dessinée Astérix, les Gaulois et notamment Obélix, sont connu pour leurs rôtis de sanglier.

Le sanglier apparaît souvent dans la pharmacopée du passé. L’utérus de laie, après marinade, fournissait une poudre qui passait pour renforcer celui de la femme et de le rendre propre à la fécondation. L’urine de l’animal tué restant dans sa vessie était, après adjonction d’un peu d’huile, mise à sécher dans la cheminée. Lorsqu’elle avait pris la consistance du miel, c’était un remède contre les calculs biliaires et les vers chez l’enfant.

Les défenses des mâles furent également employées comme talisman pour la protection. Les Romains en fixaient aux harnais de leurs chevaux avant les batailles. Aujourd’hui, on les voit toujours comme pendentifs pour les ânes ou les mules dans certains pays.

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Les soies de l’animal continuent pour leur part à fournir à la brosserie une matière première d’une qualité exceptionnelle et irremplaçable, d’une dureté qui les rend inusables, tout en étant d’une grande douceur.

Enfin, le sanglier joue un grand rôle sur la dissémination des truffes. En effet, le sanglier en mangeant vers de terre et insectes contribue à la dissémination des ascopores et du mycélium truffier dans la forêt. De plus par son action de remuage et d’aération du sol, le sanglier semble favoriser le développement de la truffe, tout en faisant des dégâts sur de jeunes truffières plantées en arrachant les arbres. La truffe c’est ce champignon souterrain de la taille d’une noix, que l’on appelle « le diamant noir » dans le Périgord et en Provence, bien dans la symbolique plutonienne ou Scorpion et de tout ce que recèle le monde souterrain.

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

sanglier-embleme-des-druides Sanglier, emblème des druides

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DANS LE BESTIAIRE DE LA BALANCE… LA BICHE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 12-10-2010

La biche aux cornes d’or et aux pieds d’airain qu’Héraclès poursuivit, une année entière, jusque chez les Hyperboréens, était consacrée à Artémis ; Héraclès devait la capturer vivante. D’une flèche placée entre l’os et le tendon, sans répandre une goutte de sang, il réussit à immobiliser les deux pattes de devant et à ramener la biche à Mycènes, la cité antique des palais en forme de châteaux-forts, symbole d’une inexpugnable sécurité : « Il a percé la biche aux pieds d’airain » dit Virgile dans l’Enéide.

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Bronze de Paul Landowski

L’airain est un alliage de différents métaux, principalement étain et argent avec le cuivre, l’airain est symboliquement issu du mariage des contraires, ces métaux étant associés les uns par la lune et l’eau, l’autre avec le soleil et le feu.

Du fait qu’il était sacré, ce métal isolait la biche du monde profane, et du fait qu’il était lourd, il l’asservissait à la terre. On aperçoit alors les deux aspects, diurne et nocturne, de la biche aux pieds d’airain : son caractère virginal en était accentué, mais il pouvait se pervertir en lourds désirs terrestres, qui interdisaient tout envol.

C’est du point de vue de la symbolique propre à la biche que l’on peut interpréter la légende. La biche est l’animal à la course légère, rapide comme la flèche : si l’on accentue ce caractère, on dira qu’elle est infatigable, que ses sabots sont inusables, qu’elle a en ce cens les pieds d’airain ; si, d’autre part, on considère son caractère farouche, sa fuite lointaine jusque chez Hyperboréens, qui étaient les sages des origines, la biche aux pieds d’airain, qu’Héraclès veut capturer vivante au terme d’une longue poursuite, dans la direction du Nord, symbolisera la sagesse, si difficile à atteindre… L’équilibre auquel tend la Balance. Ici le symbole du métal sacré et celui de la biche fugitive se rejoignent.

La chasse à la biche, dans la tradition des Celtes symbolise aussi la poursuite de la sagesse qui ne se trouve que sous un pommier, l’arbre de la connaissance. Or, les Hyperboréens habitent dans les pays nordiques et, suivant des variantes de la légende, la biche aurait été prise sous un arbre, elle aurait cherché refuge dans les montagnes. Il semble donc bien se confirmer qu’elle signifie ici la sagesse, dont Héraclès se faisait l’infatigable poursuivant. Mais ces interprétations ne sauraient s’imposer avec évidence, faute de textes absolument précis et décisifs. Elles ne sont qu’un exemple d’une dialectique de l’imaginaire, dont nous devons bien avouer le caractère quelque peu incertain.

Dans les rêves d’hommes, la biche symbolise l’animal sous son aspect encore indifférencié, primitif et instinctif. Dans les rêves d’une femme, elle évoque généralement sa propre féminité, encore mal différenciée, parfois mal acceptée, à l’état encore primitif et instinctif, qui ne s’est pas pleinement révélée, soit par censure morale, soit par crainte, soit par la faute des circonstances, soit par infantilisme psychique, soit par un complexe d’infériorité : animus trop puissant et négatif.

D’après une légende, Siegfried a été allaité par une biche, la mère. L’image de la biche est celle d’une jeune fille survivant dans la mère et parfois celle de la virginité féminine castratrice. Dans la mythologie grecque, la biche était consacrée à Héra/Junon, déesse de l’Amour et de l’hyménée. 

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La biche est essentiellement symbole féminin. Elle peut jouer le rôle de mère-nourrice à l’égard des enfants innocents. Sa beauté relève de l’éclat extraordinaire de ses yeux : à son regard est souvent comparé à celui d’une jeune fille. Dans les contes, les princesses sont parfois transformées en biche.

La biche aux cornes d’or de Pindare était un animal consacré à Artémis ; la déesse en avait attelé quatre à son quadrige. La cinquième, Héraclès l’avait poursuivie jusqu’au pays des rêves, chez les Hyperboréens.

Le Cantique des Cantiques emploie le nom de « biche » dans une formule de conjuration, pour préserver la tranquillité des amours : « Je vous en conjure, filles de Jérusalem, par la gazelle, par les biches des champs, n’éveillez pas, ne réveillez pas mon amour, avant l’heure de son bon plaisir ».

Selon la symbolique des peuples turcs et mongols, la biche est l’expression de la terre femelle dans la hiérogamie fondamentale terre-ciel. La biche fauve s’accouplant au loup bleu enfanta Genghis Khan selon la croyance mongole. Aujourd’hui encore, à Konya, ancienne capitale des Seldjoucides d’Anatolie, on dit « qu’au moment où la biche met bas, une lumière sacrée illumine la terre ». Ce couple fondamental fauve-herbivore, présent dans toute la mythologie orientale, a également son expression plastique dans les plaques de combat de même origine représentant une bête de proie montée sur le dos d’un gibier. Ce qui est capital sur le plan symbolisme, c’est qu’elles représentent un fauve, non pas en train de chasser sa victime, mais de la couvrir. Aussi, le doute n’existe plus, elles représentent l’union sexuelle mythique du mâle et de la femelle, du ciel et de la terre. 

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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DANS LE BESTIAIRE DE LA VIERGE… L’ECUREUIL

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 20-09-2010

Les comportements de ce sympathique animal, qui ne sont pas sans évoquer parfois ceux la fourmi en plus ludiques, seraient pas loin non plus de ceux de bien des Virginiens. De plus ce facétieux écureuil rappelle les pirouettes de Mercure. L’écureuil est le symbole de la vivacité, de l’agilité, de l’indépendance et de la prévoyance que le monde bancaire a bien entendu récupéré.

En effet, il met beaucoup d’agilité, d’habileté et d’art dans la construction de sa bauge, à l’enfourchure d’un arbre. Il la couvre d’une espèce de couverture conique placée au-dessus de son ouverture. Prévoyant, il fait ses provisions pour l’hiver.

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« Ecureuil » dérive du latin « scuriolus », un emprunt du grec ancien composé de deux mots « okia » qui signifie « ombre » et de « oùpà » qui se traduit par « queue ». Ce qui caractérise bien  ce petit rongeur, excellent grimpeur à la queue en panache qui ressemble à un plumeau… Accessoire indispensable à toute bonne ménagère Vierge.

En attendant, il n’existe pas moins de 264 espèces d’écureuils recensées dans le monde dont 56 % sont arboricoles, 12,5 % sont terrestres et 31,5 % sont volants. Quant à leur taille, elle varie de 13 cm pour les écureuils pygmée d’Afrique à 90 cm pour les écureuils géants d’Asie. Il possède 22 dents.

Comme la Vierge, l’écureuil est un animal très « écologique ». En effet, sur tous les continents, en raison de son mode de vie, l’écureuil joue des fonctions éco-systémiques importantes, notamment en « oubliant » des graines qui germent d’autant mieux, qu’elles sont parfois enterrées par lui dans des trous où elles sont mises en contact avec des champignons symbiotes. En effet, l’écureuil est étourdi et imprévoyant dans sa très grande prévoyance. Comme il ne songe qu’à s’assurer des vivres pour les temps de disette, le creux d’un arbre, une fente de l’écorce, un trou en terre dans un lieu sec lui servent de magasin et il entasse tout ce qui lui convient. Ses provisions dépassent même de beaucoup ses besoins. De la prudence à l’avarice, on sait qu’il n’y a qu’un pas. Une preuve que l’écureuil en amassant ainsi obéit à la manie de thésauriser, c’est qu’en captivité, au milieu d’une abondance assurée, on l’a vu se livrer à ce même excès de prévoyance.  

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Un naturaliste anglais, le Docteur Jonathan Franklin qui, pendant un séjour en Amérique, avait plusieurs écureuils apprivoisés, raconte qu’au lieu de se contenter de la nourriture qu’ils pouvaient absorber, jamais ils ne manquaient d’emporter le superflu.  

L’écureuil est essentiellement végétarien. Il consomme aussi bien des graines de résineux, que des glands, des châtaignes, des faines, des noix et des noisettes, des écorces, de l’aubier, des bourgeons, des boutons de fleurs de résineux et autres arbres, des pousses, des champignons et très secondairement des insectes, des œufs et des oisillons. Mais on a trouvé des restes d’oiseaux dans seulement 4 estomacs d’écureuil sur un échantillon de 1 600 individus. Sa ration alimentaire quotidienne peut atteindre environ 5 % de son poids corporel (55 à 80 g). Il absorbe aussi de la terre pour ses besoins minéraux. Il fait des provisions dans des cavités ou dans la terre.

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 Nid d’écureuil

La maturité sexuelle de l’écureuil est obtenue à 10/12 mois, parfois 6 mois pour les mâles nés au printemps. Les copulations ont lieu de décembre à juillet, mais surtout de janvier à mars. En général, il n’y a qu’une portée par an, de mars à mai. La gestation dure de 36 à 42 jours. On compte une à deux portées annuelles de 3 petits. Les femelles ne sont réceptives que pendant un seul jour. Elle possède huit tétines. Les petits écureuils sortent du nid à 7 semaines et sont sevrés après 7 à 10 semaines et sont totalement indépendants entre 10 et 16  semaines. Seule la femelle s’occupe des petits et elle les transporte ailleurs en cas de dérangement. Pourtant Monsieur Ecureuil est un bon père de famille, il montre un grand attachement pour sa femelle et ses petits ; il se fait brave, il devient téméraire pour les défendre. Les chasseurs ont remarqué qu’ils tuaient beaucoup plus de mâles que de femelles : la raison en est que le mâle reste en arrière et s’expose pour couvrir la retraite des siens.  

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La mère n’a pas moins de tendresse pour ses enfants. Dupont de Nemours raconte qu’en 1785, quand on abattit les arbres dans le parc de Versailles, on le trouva rempli d’une multitude d’écureuils dont à peine jusque-là on avait soupçonné l’existence : « La désolation fut affreuse, écrivait-il ; les mères couraient éplorées d’un côté à l’autre, à travers les arbres renversés, leurs petits dans les bras, ne sachant où les cacher. Les mâles bordaient l’abatis, se précipitant du côté où paraissaient les curieux, disant, avec leurs grimaces, toutes sortes d’injures, leur dernier ressource ».

La longévité de l’écureuil est de 6 à 7 ans en liberté et de 10 ans en captivité. Les causes de sa mortalité sont la famine, le trafic routier, les prédateurs, notamment la martre, les rapaces diurnes et nocturnes, les chiens et chats domestiques.

L’écureuil est relativement sociable. Il lui arrive de partager un même abri ses congénères par temps froid. On observe parfois une hiérarchie chez les femelles. Lors des rencontres entre congénères, on observe généralement des mouvements de la queue et des gloussements. En période de rut, les mâles dominants monopolisent les copulations et précéderaient les dominés lors des poursuites. En présence d’un prédateur, l’écureuil peut escalader un arbre, passer sur la face cachée et se coller, immobile, contre l’écorce. A terre, il bondit rapidement entre deux arbres, parfois sur plusieurs dizaines de mètres. Et puis, l’écureuil sait même nager. 

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A son extrême légèreté, il joint beaucoup de malice pour se dérober à votre regard. S’il vous a vu, il aura soin de mettre toujours le tronc d’arbre ou une grosse branche entre vous et lui ; changez de place, tournez, retournez autour de l’arbre, il tourne et retourne en même temps que vous. On peut se promener pendant plusieurs heures dans une forêt peuplée d’écureuils sans en apercevoir un seul, si l’on n’a pas pris la précaution de marcher en silence.

ratatoskrAutrefois, en Europe, les écureuils étaient considérés avec une grande méfiance. Les mythes germaniques relatent l’existence d’un écureuil appelé Ratatöskr, c’est-à-dire « dent de rat » qui ne cessait de monter et de descendre sur le tronc de l’arbre du monde Yggdrasil, c’est-à-dire le frêne. Il s’amusait à semer la discorde entre l’aigle installé sur sa cime et le serpent resté en bas à en dévorer les racines, en racontant à chacun ce que l’autre avait dit de lui. Voilà qui ressemble fort au comportement de Mercure le messager des dieux.

L’écureuil fut aussi identifié avec le dieu germanique Loki. Cet animal roux qui fuit sans cesse à toute vitesse et ne se laisse jamais attraper. Il fut considéré à l’époque chrétienne comme une véritable incarnation du Diable.

Pour les Indiens d’Amérique, avoir la force de l’écureuil se dit de l’homme toujours en mouvement.

Dans le langage des rêves, rêver d’un écureuil est une invitation à se préparer à un grand changement. Il apprend aussi à réserver son énergie pour un besoin ultérieur ainsi qu’à réserver son jugement pour l’avenir. 

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Blason de Nicolas Fouquet

Dans le manuel héraldique, « Clef de l’Art du Blason », un « écureuil d’azur » symboliserait la foi dans le commerce, mais s’il est « de sable » il représenterait un homme juste qui corrige les vices. Nicolas Fouquet, intendant général des finances de Louis XIV, portait sur ses armes un écureuil. En patois, un fouquet est un écureuil. Cet écureuil était accompagné de la devise « quo ne ascendet ? », ce qui signifie « jusqu’où ne montera-t-il pas ? ». Mais ne dit-on pas « agile comme un écureuil » ?

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OISEAU ROYAL ET SOLAIRE… LE PAON

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 11-08-2010

Si nous faisons volontiers du paon une image de la vanité, cet oiseau préféré d’Héra (Junon) épouse de Zeus/Jupiter, est avant tout un symbole solaire ; ce qui correspond au déploiement de sa queue en forme de roue. D’après la mythologie grecque, les « yeux »visibles sur la queue du paon y furent placés par Héra elle-même en hommage à son fidèle gardien, Argos, qui avait cent yeux. Selon la légende, Argos avait été engagé par Héra pour espionner son époux, Zeus, qu’elle soupçonnait, il faut bien dire  à juste titre, d’adultère. Lorsque Zeus/Jupiter s’en rendit compte, il fit tuer Argos.

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Le paon est aussi l’emblème de la dynastie solaire birmane. La danse birmane du paon, l’usage du paon dans la danse cambodgienne du trot, sont en rapport avec la sécheresse provoquée par le soleil. La mise à mort du paon, comme celle du cerf, est un appel à la pluie, à la fertilisation céleste. Kumâra/Skanda, dont la monture est le paon, dont il existe notamment une représentation célèbre à Angkor-Vat, s’identifie à l’énergie solaire. Le paon de Skanda est certes le destructeur des serpents, c’est-à-dire des attachements corporels, et aussi du temps. Mais l’identification du serpent à l’élément eau confirme l’apparentement du paon au soleil, à l’élément feu, l’antithermique de l’eau. Le paon est d’ailleurs aussi, dans le Bardo-Thodol, le trône du Bouddha Amitâbha, auquel correspondent la couleur rouge et l’élément feu.

C’est encore dans ce cas, dit-on, le symbole de la beauté et du pouvoir de transmutation, car la beauté de son plumage est supposée produite par la transmutation spontanée des venins qu’il absorbe en détruisant les serpents. Sans doute s’agit-il là surtout d’un symbolisme d’immortalité.

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Dans le monde chinois, le paon sert à exprimer les vœux de paix et de prospérité. Il est aussi appelé l’entremetteur, à la fois parce qu’il est utilisé comme appeau et parce que son seul regard, dit-on, suffit à faire concevoir une femme.

Dans la tribu Maa du Sud-Viêt-Nam, les hommes se plantent des plumes de paon dans le chignon, ce qui les identifie sans doute au peuple des oiseaux, mais ce n’est peut-être pas sans rapport non plus avec le symbolisme du rayonnement solaire.

Dans la tradition chrétienne, le paon symbolise aussi la roue solaire et de ce fait il est un signe d’immortalité ; sa queue évoque le ciel étoilé. On remarque que l’iconographie occidentale représente parfois les paons s’abreuvant dans le Calice eucharistique. Au Moyen-Orient, ils sont représentés de part et d’autre de l’Arbre de Vie : symboles de l’âme incorruptible et de la dualité psychique de l’homme.

Le paon sert parfois de monture, il dirige de façon certaine son cavalier. Appelé « l’animal aux cent yeux », il devient signe de la béatitude éternelle, de la vision face à face de Dieu par l’âme. On le retrouve dans la sculpture romane et dans le symbolisme funéraire.  

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Symbole cosmique pour l’Islam : lorsqu’il fait la roue, il figure soit l’univers, soit la pleine lune, soit le soleil au zénith. Une légende soufie, probablement d’origine persane, dit que Dieu créa l’Esprit sous forme d’un paon et lui montra sa propre image dans le miroir de l’Essence divine. Le paon fut saisi d’une crainte respectueuse et laissa tomber des gouttes de sueur dont tous les autres êtres furent créés. Le déploiement de la queue du paon symbolise le déploiement cosmique de l’Esprit.

Dans les traditions ésotériques, le paon est un symbole de totalité, en ce qu’il réunit toutes les couleurs sur l’éventail de sa queue déroulée. Il indique l’identité de nature de l’ensemble des manifestations et leur fragilité, puisqu’elles apparaissent et disparaissent aussi vite que le paon se déploie et se replie.

« Paon » est un nom vernaculaire ambigu désignant certains oiseaux appartenant à plusieurs espèces et sous-espèces de la famille des phasianidés, classés dans les genres « Pavo » et « Afropavo ». Le paon porte sur la tête une aigrette en couronne et le plumage de la queue du mâle peut se dresser en roue. Les plumes de la queue possèdent des ocelles ressemblant à des yeux.

Dans l’absolu la plume est de couleur noire permettant une absorption complète du spectre lumineux, les barbules étant hérissées de micro-lamelles parallèles. Lorsque la plume est éclairée, selon le chemin parcouru par les radiations lumineuses dans les micro-lamelles, deux radiations lumineuses de mêmes couleurs peuvent s’annuler, la barbule recevant alors une lumière d’où a disparu une couleur, soit la couleur complémentaire. La couleur qui apparaît à nos yeux dépend de l’écartement des micro-lamelles, celui-ci est de l’ordre de la longueur d’onde, soit quelques dixièmes de microns.

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Pour le cas du paon blanc, la couleur blanche s’explique par l’absence de la mélanine dans les plumes. La plume blanche reflète l’intégralité du spectre lumineux, d’où l’absence de couleurs.

Les oiseaux très voyants paradent volontiers pour séduire leur partenaire ou écarter les rivaux. Le paon mâle fait la roue pour séduire les femelles lors de la parade nuptiale. Il étale en éventail les longues plumes de sa queue, puis tourne sur lui-même en les agitant pour faire admirer sa parure.

Charles Darwin et sa théorie de l’évolution ne comprenait pas l’existence des paons. En effet, d’après les théories de Darwin, un tel animal, très voyant, aux couleurs extravagantes, aux cris si aisément reconnaissables et perceptibles, et courant aussi lentement, aurait dû disparaître depuis longtemps parce qu’il était mal adapté à son environnement. Charles Darwin disait lui-même que les paons étaient son cauchemar. Amotz Zahavi l’expliquait dans le cadre de la théorie de l’évolution par une théorie appelée « théorie du handicap ». Darwin soutenait la théorie de la sélection sexuelle : évolution d’un attribut sexuel apparu au départ de façon arbitraire.

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Le Paon bleu (Pavo cristatus) est une espèce d’oiseau galliforme de la famille des phasianidés. C’est un oiseau originaire d’Asie, plus principalement d’Inde et du Sri Lanka. Il est connu pour ses couleurs brillantes et sa queue magnifique qu’il peut déployer en roue. Il aurait été rapporté d’Asie vers la Grèce au IVe siècle avant Jésus-Christ par Alexandre le Grand et s’est vite répandu dans toute l’Europe tant sa beauté suscitait l’admiration.

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On trouve des représentations de paons sur les fresques de Pompéi. Le paon était, pour les Romains, tout à la fois un oiseau de table et d’agrément.

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Bibliographie 

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Editions Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins 

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DANS LE BESTIAIRE LUNAIRE… LA PIE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 12-07-2010

Symbole lunaire et féminin, le miroir est en Chine l’emblème de la reine. Le miroir prend « le feu du soleil ». Il est par ailleurs le signe de l’harmonie, de l’union conjugale, le miroir brisé étant celui de la séparation ; la moitié brisée du miroir vient éventuellement, sous la forme d’une pie, rendre compte au mari des infidélités de la femme. L’oiseau, nommé « p’o-king » ou « miroir brisé », est en relation avec les phases de la lune ; l’union du roi et de la reine s’effectue lorsque la lune est pleine, le miroir reconstitué en son entier. 

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La pie est communément prise comme synonyme de bavarde et aussi de voleuse ce qu’explique assez nettement le comportement de l’oiseau. C’est aussi pourquoi la grive-pie symbolise chez les Montagnards du Sud-Viêt-Nam l’ancêtre qui enseigna un certain art de rendre justice, et en tout cas à tenir des palabres. Les Sioux assurent, de leur côté, que la pie connaît tout.

La pie, c’est aussi cet oiseau qui apporte de bonnes nouvelles et de ce fait elle symbolise la joie. Sur une branche de grenadier, elle exprime le bonheur d’avoir une descendance nombreuse. Deux pies représentent la fidélité conjugale comme un double bonheur. Et en Chine, on lui accorde le pouvoir de connaître les infidélités conjugales, car le demi-miroir que lui a remis le mari se transforme en pie et va faire rapport, si la femme l’a trompé pendant son absence. L’identification pie-miroir est curieuse, si l’on se souvient du goût des pies pour les fragments d’objets brillants.

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La voie lactée

De multiples pies parmi des branches de prunier chargées de deux fruits forment les décors dit du « bonheur de chaque jour » (30 pies) ou « de chaque heure » (24 pies), porteur du message similaire : « puissent les choses heureuses vous arriver chaque jour du mois ou chaque heure de la journée ». Dans légende du Bouvier et de la Tisserande ou la Fileuse, chaque 7e jour du 7e mois lunaire, les pies s’envolent vers le ciel et font le pont sur la Voie lactée pour le cortège nuptial lorsque la Tisserande céleste va rejoindre le Bouvier. Et c’est pourquoi, dit-on, les pies ont la tête dégarnie.

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Le bouvier n’est autre que l’étoile Altaïr alors que la Tisserande est l’étoile Véga. On dit qu’ils eurent deux enfants : Beta Aquilae et Gamma Aquilae.

La pie est une fée, chen-niu. En effet, la fille de Yen-ti, roi du feu, se transforma en pie et monta au ciel après l’incendie de son nid, ce qui est une apothéose d’Immortel taoïste. En quoi la pie joue un rôle analogue à celui de la grue. La cendre de nid de pie sert d’ailleurs à préparer un bain pour les œufs de vers à soie, coutume qui évoque le symbolisme de l’éclosion. 

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Comme une petite lune… l’œuf de la pie bavarde

Dans la Rome antique, on immolait des pies à Bacchus pour que le vin aidant, les langues se délient et les secrets s’échappent.

D’après les légendes grecques, les Piérides étaient neuf jeunes filles de Thrace qui voulurent rivaliser avec les neuf Muses. Vaincues à un concours de chant, elles furent transformées en pies. On pourrait voir dans les pies de cette légende, racontée par Ovide, le symbole de l’envie, de la présomption, de la jacasserie et du snobisme. 

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Le Défi des Piérides – Giovanni Battista di Jacopo dit Rosso Fiorentino – 1765 – Musée du Louvre – Paris

Le symbole de la pie dans le folklore occidental, est généralement sombre et les manifestations de cet oiseau interprétées comme un signe néfaste.

la-pie-voleuse-la-gazza-ladraQuant à sa réputation de voleuse, elle a servi de prétexte à Rossini pour en faire un opéra célèbre « la gazza ladra », la pie voleuse. Et même Hergé s’en sert dans sa non moins célèbre bande dessinée « Les Bijoux de la Castafiore ». 

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Ses vocalisations fréquentes ont laissé dans le langage courant l’expression « bavarde comme une pie » comme sa curiosité légendaire s’évoque puisqu’on dit facilement « curieuse comme une pie ». Quant au « nid de pie », c’est un bâti haut perché, rappelant les positions des nids de cet oiseau qui connaît bien les prédateurs.

Les vaches et les chevaux à la coloration noire et blanche se voient habillés d’une robe « pie » en référence au plumage de l’oiseau. Et la « queue de pie » est le nom d’un habit noir à basques longues à l’arrière évoquant les longues ailes rectrices de l’oiseau.

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Enfin la pie figure souvent en héraldique sur les blasons.

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Blason de la ville de Bad Elster en Allemagne

Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Editions Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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DANS LE BESTIAIRE GEMEAUX… LE PAPILLON

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 13-06-2010

On considère souvent que le papillon, comme les Gémeaux, symbolisent légèreté et inconstance. La notion de papillon se brûlant à la chandelle ne nous est pas particulière : « Comme les papillons se hâtent à leur mort dans la flamme brillante, lit-on dans la Bhagavad Gîtâ, ainsi les hommes courent à leur perte… ».

Grâce et légèreté, le papillon est, au Japon, un emblème de la femme ; mais deux papillons figurent le bonheur conjugal. Ainsi le sujet Gémeaux qui a besoin de l’autre pour pouvoir se lire dans ses yeux et faire route avec l’autre.

Légèreté subtile, les papillons sont des esprits voyageurs ; leur vue annonce une visite ou bien la mort d’un proche.  

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Un autre aspect du symbolisme du papillon est fondé sur ses métamorphoses : la chrysalide est l’œuf qui contient la potentialité de l’être : le papillon qui en sort est un symbole de résurrection. C’est encore, si l’on préfère, la sortie du tombeau. C’est aussi celui de Yuan-k’o, l’Immortel jardinier dont la belle épouse enseigne le secret des vers à soie et qui est peut-être elle-même un ver à soie.

Il peut sembler paradoxal que le papillon serve, dans le monde sino-vietnamien, à exprimer un vœu de longévité : cette assimilation résulte d’une homophonie, deux caractères de même prononciation (t’ie) signifiant respectivement « papillon » et « grand âge, septuagénaire ». En outre le papillon est parfois associé au chrysanthème pour symboliser l’automne.  

Les témoignages les plus anciens, découverts dans l’ambre du Liban, datent de 100 millions d’années. Comme les sauterelles et les coccinelles, les papillons descendent des Mécoptères, ou mouches-scorpions, qui volaient dans les forêts de fougères de la Préhistoire.

Chez les Grecs, le papillon représentait le symbole de l’immortalité. Le philosophe grec Aristote nomma le papillon Psyché (l’âme) dans son célèbre Historia Animalium, en 344 avant notre ère. Parfois, on représente Psyché avec des ailes de papillon. De nombreuses pièces de monnaies grecques sont ornées d’un dessin de papillon. 

attacus-atlas-141L’Attacus Atlas, vedette des papillons en liberté, doit son nom à la mythologie grecque et au dieu Atlas, ce géant qui devait porter le monde sur ses épaules. L’Attacus est lui-même un géant pouvant atteindre 30 cm d’envergure.

Chez les Romains, des papillons sculptés dont été retrouvés dans le sarcophage dédiée à la déesse Minerve, protectrice de Rome.

Dans le Tochmarc Etaine ou Courtise d’Etain, récit irlandais du cycle mythologique, la déesse, épouse du dieu Mider et symbole de la souveraineté, est transformée en une flaque d’eau par la première épouse du dieu, qui est jalouse. Mais de cette flaque naît, peu de temps après, un ver, qui devient un magnifique papillon, que le texte irlandais appelle quelque fois une mouche ; mais le symbolisme est éminemment favorable. Les dieux Mider, puis Oengus, le recueillent et la protègent.

Chez les Aztèques, le papillon est un symbole de l’âme, ou du souffle vital, échappé de la bouche de l’agonisant. Un papillon jouant parmi les fleurs représente l’âme du guerrier tombé sur les champs de bataille. Les guerriers morts accompagnent le soleil dans la première moitié de sa course visible, jusqu’à midi ; ensuite, ils redescendent sur terre sous forme de colibris ou de papillons.

Toutes ces interprétations découlent probablement de l’association analogique du papillon et de la flamme, du fait des ses couleurs et du battement de ses ailes. Ainsi le dieu du feu, chez les Aztèques, porte comme emblème un pectoral nommé « papillon d’obsidienne ». L’obsidienne, comme le silex, est une pierre de feu ; on sait qu’elle forme également la lame des couteaux sacrificiels. Le Soleil, dans la Maison des Aigles ou Temple des Guerriers, était figuré par une image de papillon. 

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Symbole du Feu solaire et diurne, et pour cette raison de l’âme des guerriers, le papillon est aussi pour les Mexicains un symbole du soleil noir, traversant les mondes souterrains pendant sa course nocturne. Il est ainsi symbole du feu chthonien caché, lié à la notion de sacrifice, de mort et de résurrection. C’est alors le papillon d’obsidienne, attribut des divinités chthoniennes, associées à la mort. Dans la glyptique aztèque, il devient un substitut de la main, comme un signe du nombre cinq, nombre du Centre du Monde. Les mains sont, avec les bras, dans l’homme-zodiaque, en rapport avec les Gémeaux.

chenille-de-papillonUn apologue des Baluba et des Lulua du Kasaï, au Congo Central, illustre à la fois l’analogie âme-papillon et le glissement du symbole de l’image. L’homme, disent-ils, suit de la vie à la mort le cycle du papillon. Dans son enfance, il est petite chenille, puis une grande chenille à la maturité. Il devient chrysalide dans sa vieillesse ; sa tombe est le cocon d’où sort son âme qui s’envole sous la forme d’un papillon ; la ponte de ce papillon est l’expression de sa réincarnation. De même la psychanalyse moderne voit dans le papillon un symbole de renaissance. 

chrysalide

Une croyance populaire de l’Antiquité gréco-romaine donnait également à l’âme quittant le corps des morts la forme d’un papillon. Sur les fresques de Pompéi, Psyché est représentée comme une petite fille semblable à un papillon. Cette croyance se retrouve chez certaines populations turques d’Asie centrale, qui ont subi une influence iranienne et pour lesquelles les défunts peuvent apparaître sous la forme d’un papillon de nuit.

Enfin, comment ne pas évoquer ces quelques vers d’Alphonse de Lamartine extraits des Nouvelles Méditations Romantiques :

papillon

Naître avec le printemps, mourir avec les roses,

Sur l’aile du zéphyr nager dans un ciel pur,

Balancé sur le sein des fleurs à peine écloses

S’énivrer de parfums, de lumières et d’azur

Secouant, jeune encore, la poudre de ses ailes,

S’envoler comme un souffle aux voûtes éternelles

Voilà du papillon le destin enchanté

          Il ressemble au désir, qui jamais ne se pose             

Et sans se satisfaire, effleurant toute chose,

Retourne enfin au ciel chercher la volupté !

papillon-scolitantides

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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DANS LE BESTIAIRE TAUREAU… LE CRAPAUD

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 03-05-2010

La peur de cet animal crépusculaire en fait communément un symbole de laideur et de maladresse. Mais si l’on va au-delà de son apparence, on découvre que le crapaud porte toutes les significations issues de la grande chaîne symbolique eau-nuit-lune-yin. Ainsi les Chinois le considèrent comme la divinité de la lune sur laquelle ils le voient : la femme de Yi-le-Bon-Archer, qui s’était enfuie après lui avoir dérobé la drogue de l’immortalité qu’il avait reçue de la Reine Mère de l’Occident, parvint dans la lune et y fut transformée en crapaud. Elle en est demeurée la divinité. Ce qu’on pourrait rapprocher de l’antique proverbe rapporté par Littré : « Ki crapauc aime, lunette (petite lune) li semble ». C’est aussi un crapaud qui « dévore » la lune au moment des éclipses.  

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Si la tradition chinoise semble parfois hésiter entre un aspect yin et un aspect yang du crapaud, c’est le premier qui prédomine, ce qui s’explique par la prédilection de l’animal pour les retraites sombres et humides. Le crapaud ne se distingue d’ailleurs pas toujours parfaitement ainsi de la grenouille, et le vieux crapaud, à condition qu’il soit séché, permet comme elle d’obtenir la pluie. En outre, le crapaud protège des armes et les renvoie au tireur.

Pour les Vietnamiens également le crapaud est annonciateur de pluie. Ils disent d’ailleurs « qu’il est l’oncle du Dieu du ciel, à qui il commande l’ondée bienfaisante ; quiconque le bat sera foudroyé par le Ciel ». Il est aussi symbole de succès et s’il est écarlate, il est symbole de force et on le donne comme fortifiant aux enfants, et puis il représente aussi courage et richesse : « Que le garçon de talent porte dans ses bras le crapaud écarlate » dit une légende d’image populaire vietnamienne. Le crapaud écarlate est synonyme d’homme riche, peut-être à cause de l’extrême rareté de l’animal à moins que ce ne soit pour sa couleur faste. 

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Chez les Maya Quiché comme en Extrême-Orient, le crapaud est le dieu de la pluie. On dit d’ailleurs en pays Maya que « les crapauds prient mieux que nous pour obtenir la pluie ». Dans l’iconographie aztèque, il représente la terre.  Dans les mythes concernant l’origine du feu chez certaines tribus indiennes d’Amérique du Sud, le crapaud se fait le complice de l’homme pour dérober le feu à son premier possesseur, le vautour.

Les traditions africaines relatives au crapaud sont très diverses. Pour les Bambaras, il est censé se transformer en souris pendant la saison sèche. D’autre part, un lien existe entre l’homme et le crapaud du fait que l’embryon humain, à une certaine étape de la gestation, est censé se transformer en crapaud, il s’agit d’un embryon femelle, ou bien en margouillat qui est un petit lézard, s’il s’agit d’un embryon mâle.  

margouillat

Lié à l’eau, à la terre, à la femme et à l’humidité, il passe pour guérir les brûlures, et on le dit invulnérable à la morsure du serpent, avatar du feu ; il serait capable de provoquer l’inertie du serpent qui le déglutit. En fonction de ce même symbolisme, les Bambara le comparent à la terre à laquelle le Soleil, cet autre serpent, ne peut nuire en la mordant. Enfin, comme tous les symboles associés du complexe terre-eau-lune, il exprime ésotériquement le concept de mort et de renouvellement, d’où son utilisation pour désigner une classe de société initiatique. L’instrument de musique qui le représente à cette occasion est le tambour à frottement, dont le symbolisme sexuel est évident.

Chez les pygmées Bambuti, le crapaud serait un esprit maléfique, responsable par sa maladresse, peut-être voulu, de l’installation de la mort sur la terre. Et selon la tradition peule l’huile de crapaud pénètre la pierre, symbole de la double connaissance. Au disciple qui lui demande comment passer de l’ignorance au savoir, le maître de l’initiation répond : « Transforme-toi en huile de crapaud ». C’est dire que l’homme, sans déplacer les choses, peut les pénétrer jusque dans leur profondeur par la fluide finesse de son esprit.

En occident, le crapaud aurait été un symbole royal et solaire, antérieurement à la fleur de lys : il figure à ce titre sur l’étendard de Clovis. Mais n’y a-t-il pas ici encore confusion avec la grenouille, symbole de résurrection ? Le crapaud est en effet le plus souvent considéré comme l’inverse de la grenouille, dont il serait la face lunaire, infernale et ténébreuse ; il intercepterait la lumière des astres par un processus d’absorption. Son regard fixe dénoterait une insensibilité, ou une indifférence à la lumière.

heqet-deesse-egyptienneComme tant de théophanies lunaires, le crapaud est aussi l’attribut des morts. Dans l’ancienne Egypte, le crapaud, comme la grenouille, était associé aux morts et l’on en a découvert momifiés dans les tombeaux… Il était le symbole de la multitude car il réapparaît au printemps par milliers à la saison des pluies et la déesse Héqet avait une tête de crapaud. Elle était associée au dieu Khnoum qui, sur son tour de potier, façonne l’humanité et qui préside à la création des dieux et des planètes.

En Grèce, il était le nom d’une courtisane célèbre, Phryné, qui se jeta toute nue dans les flots pour jouer à l’Anadyomène, après avoir pris part, avec d’autres courtisanes, aux libres réjouissances, dont Aphrodite/ Vénus était le prétexte, et qui terminaient la fête des Poseidonia, fête du dieu Poséidon/Neptune. Elle était saluée du titre d’interprète et prêtresse d’Aphrodite. Le crapaud semble avoir symbolisé en elle la luxure.  On est bien dans le monde du Taureau, domicile de Vénus et lieu d’exaltation de la Lune.

 

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Phryné par Elias Robert – Sur la façade nord de la Cour Carrée du Louvre – Paris

Le crapaud est, avec le serpent, l’attribut naturel du squelette au Moyen Age.

Dans les traditions de la magie et de la sorcellerie européennes, le crapaud joue un rôle précis. Quand il se tient sur l’épaule gauche d’une sorcière, il est une des formes du démon ; ce qui est censé très bien marqué par les deux cornes minuscules qu’il porte sur le front. Les sorcières en prenaient un soin infini ; elles baptisaient leurs crapauds, les habillaient de velours noir, leur mettaient des sonnettes aux pattes et les faisaient danser. La pierre qui existe, dit-on, dans la tête des crapauds était un talisman précieux pour obtenir le bonheur sur la terre. 

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Dans les contes pour enfants sages, le crapaud est souvent présenté comme étant le mâle de la grenouille, au même titre que la chouette est donnée comme étant la femelle du hibou. Plusieurs contes et légendes occidentaux évoquent des princes charmants ou des sorcières métamorphosés en crapaud, événement maintes fois réutilisé par les humoristes et auteurs de dessins animés et bandes dessinées. Il y est d’ailleurs associé à la sorcellerie et aux maléfices, ainsi qu’à la laideur, entrant dans la composition des philtres et utilisé dans des rituels magiques. Il faut dire qu’en même que certains crapauds possèdent effectivement des propriétés médicinales et hallucinogènes encore utilisées de nos jours.

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Le Prince Crapaud

Victor Hugo lui a dédié un poème dans la Légende des siècles : « Le Crapaud ».

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Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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DANS LE BESTIAIRE BELIER… LE COQ…

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 11-04-2010

Le coq, animal familier qui sait se faire entendre, a trouvé une place importante dans de nombreuses religions et traditions. Symbole universel, les vertus qu’on prête à cet animal solaire sont innombrables. Porte-bonheur, prophète guérisseur, il incarne le courage, l’intelligence, et on l’associe volontiers à la résurrection.

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Le coq est connu comme emblème de fierté, ce que justifie l’allure de l’animal, et comme emblème de la France. Mais c’est une notion récente, sans valeur symbolique, fondée sur le double sens du mot « gallus » qui signifie « coq » et « Gaulois ». L’animal apparaît, à côté de Mercure, sur quelques représentations figurées gallo-romaines. On le trouve aussi sur des monnaies gauloises. Mais les Romains ont fait un jeu de mots entre « gallus coq » et « Gallus Gaulois ». C’est l’origine du « coq gaulois » dont la valeur symbolique traditionnelle est quasiment nulle. Les caractères du coq et du Français ne sont cependant pas symboliquement sans rapport.

Disparu au haut Moyen Age, on retrouve le coq en Allemagne dès le XIVe siècle pour évoquer la France. A partir du XVIe siècle, le Roi de France est parfois accompagné de cet oiseau sur les gravures et les monnaies… C’est la Révolution française qui va en faire un plus large usage. On le trouve notamment représenté sur des assiettes et sur le sceau du Directoire. Proposé comme emblème à Napoléon 1er par une commission de conseillers d’Etat, il fut refuser pour la raison suivante : « Le coq n’a point de force, il ne peut être l’image d’un empire tel que la France ».

coq3-je-veuille-pour-la-nation-assiette Musée des Arts et Traditions Populaires – Paris

A partir de 1830, il est à nouveau très apprécié. Par une ordonnance du 30 juillet 1830, le coq gaulois doit figurer sur les boutons d’habit et doit surmonter les drapeaux de la garde nationale. Cependant, il sera également dédaigné par Napoléon III, pour redevenir un symbole quasi officiel sous la IIIe république. La grille du parc du Palais de l’Elysée installée à la fin du XIXe siècle est ornée d’un coq et une pièce d’or fut frappée également en 1899.

Si la République Française lui préfère aujourd’hui le symbole de la Marianne, il figure toutefois sur le sceau de l’Etat qui est celui de la Seconde République : la liberté assise tient un gouvernail sur lequel est représenté le coq. Il est surtout utilisé à l’étranger pour évoquer la France, notamment comme emblème sportif.  

grille-du-coq-palais-de-lelysees-paris Grille du Parc du Palais de l’Elysée – Paris

Le coq est universellement un symbole solaire parce que son chant annonce le lever du soleil. A ce titre, il est, en Inde, l’attribut de Skanda, qui personnifie l’énergie solaire. Au Japon, son rôle est important, car son chant, associé à celui des dieux, fait sortir Amaterasu, déesse du Soleil, de la caverne où elle se cachait ; ce qui correspond au lever du soleil, à la manifestation de la lumière. C’est pourquoi, dans l’enceinte des grands temples shintoïstes, des coqs magnifiques circulent en liberté : des coqs sacrés sont entretenus au temple d’Ise. Une homophonie douteuse fait parfois considérer les « torii » des temples shintoïstes, comme étant originairement des perchoirs pour ces coqs.

La vertu de courage que les Japonais attribuent au coq se retrouve dans les autres pays de l’Extrême-Orient, où le coq a un rôle spécialement bénéfique : d’abord parce que le caractère qui le désigne en chinois (Ki) est homophone de celui qui signifie « de bon augure, favorable » ; ensuite, parce que son allure générale et son comportement le rendent apte à symboliser les cinq vertus : les vertus civiles, le port de la crête lui conférant un aspect mandarinal ; les vertus militaires, par le port des ergots ; le courage, en raison de son comportement au combat, en des pays où les combats de coqs sont spécialement prisés) ; la bonté car il partage sa nourriture avec les poules ; la confiance, en raison de la sûreté avec laquelle il annonce le lever du jour.

Parce qu’il annonce l’avènement du soleil, il est en outre efficace contre les mauvaises influences de la nuit ; et il les éloigne des maisons, si l’on a soin de le placer en effigie sur la porte. Au Viêt-Nam encore, la patte de coq bouillie est une image du microcosme et sert à la divination.

Toutefois, dans le Bouddhisme tibétain, le coq est un symbole exceptionnellement néfaste ; il figure au centre de la Roue de l’Existence, associé au porc et au serpent, comme l’un des trois poisons. Sa signification est le désir, l’attachement, la convoitise, la soif. De même en Europe, il est occasionnellement pris comme une image de colère, explosion d’un désir démesuré et contrarié.

Selon les traditions helléniques, le dieu au coq des Crétois, Velchanos, s’est assimilé à Zeus. Le coq se trouvait auprès de Léto, enceinte de Zeus/Jupiter, lorsqu’elle accoucha d’Apollon et d’Artémis. Aussi, est-il consacré à la fois à Zeus, à Léto, à Apollon et à Artémis, c’est-à-dire aux dieux solaires et aux déesses lunaires. Les « Vers d’or » de Pythagore recommandent en conséquence : « Nourrissez le coq et ne l’immolez pas, car il est consacré au soleil et à la lune ». Symbole de la lumière naissante, il est cependant un attribut particulier d’Apollon, le héros du jour qui naît. Malgré le conseil attribué à Pythagore, un coq était rituellement sacrifié à Asclépios, fils d’Apollon et dieu de la médecine.  

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Socrate rappelle à Criton, avant de mourir de sacrifier un coq à Asclépios/Esculape. Sans doute faut-il voir là un rôle de psychopompe attribué au coq ; il allait annoncer dans l’autre monde et y conduire l’âme du défunt ; elle ouvrirait les yeux à une nouvelle lumière, ce qui équivalait à une nouvelle naissance. Or, le fils d’Apollon était précisément ce dieu qui, par ses médecines, avait opéré des résurrections sur terre, préfiguration des renaissances célestes. Pour la même raison, le coq était l’emblème d’Attis, le dieu solaire, mort et ressuscité, parmi les divinités orientales. Ce rôle de psychopompe explique aussi que le coq soit attribué à Hermès/Mercure, le messager qui parcourt les trois niveaux du cosmos, des Enfers au Ciel. Asclépios/Esculape étant aussi un héros guérisseur, avant de devenir un dieu, le coq est censé guérir les maladies.

Dans les traditions nordiques le coq est un symbole de vigilance guerrière. Il surveille l’horizon dans les plus hautes branches du frêne Yggdrasil pour prévenir les dieux, quand les géants, leurs éternels ennemis, se prépareront à les attaquer. Mais le frêne, arbre cosmique, est à l’origine de la vie. Le coq, qui veille à son faîte, comme sur la flèche d’une église, apparaît ainsi comme le protecteur et le gardien de la vie.

Le coq est aussi l’emblème du Christ, comme l’aigle et l’agneau. Mais il met en un particulier relief son symbolisme solaire : lumière et résurrection. Comme le Christ, il annonce l’arrivée du jour après la nuit, c’est-à-dire, symboliquement, celle du bien après le mal. Dans « Job », déjà, le coq est le symbole de l’intelligence venue de Dieu ; qui a mis dans l’ibis la sagesse de Yahvé, donné au coq l’intelligence. Aux deux oiseaux une faculté de prévision était accordée : l’ibis annonce infailliblement les crues du Nil, le coq la naissance du jour. Comme le Messie, il annonce le jour qui succède à la nuit. Aussi figure-t-il sur les flèches des églises et les tours des cathédrales.                                                                                                             

coq-sur-la-cathedrale-de-prague Le coq de la Cathédrale de Prague

Cette position à la cime des temples peut évoquer la suprématie du spirituel dans la vie humaine, l’origine céleste de l’illumination salvifique, la vigilance de l’âme attentive à percevoir dans les ténèbres finissantes de la nuit les premières clartés de l’esprit qui se lève. On ignore l’origine de cette tradition qui remonte au moins au IXe siècle, puisque le plus ancien coq de clocher connu se trouve à Brescia, en Italie, et date de cette époque. Deux hypothèses : au Moyen Age, le coq symbolise le prédicateur qui doit réveiller ceux qui sont endormis ; cette tradition est peut-être liée à l’histoire de Saint Pierre qui, selon l’Evangile, aura renié Jésus trois fois avant que le coq chante deux fois. Le coq, témoin de la trahison de Pierre, serait placé sur les clochers pour rappeler aux hommes leur faiblesse. Le coq est un attribut récurrent de Saint Pierre.

Quant au Talmud il fait du coq un maître de politesse, sans doute parce qu’il introduit son Seigneur le Soleil, en l’annonçant de son chant.

Le coq jouit en Islam d’une vénération sans égale par rapport aux autres animaux. Le Prophète lui-même disait : « Le coq blanc est mon ami ; il est l’ennemi de l’ennemi de Dieu… ». Son chant signale la présence de l’ange. On attribue également au Prophète la défense de maudire le coq qui appelle à la prière ; il lui aurait donné une dimension cosmique. Pour les Musulmans, le coq a un rôle annonciateur car selon le Prophète le grand coq blanc avertira les Musulmans du jour du jugement dernier. Dans cette culture islamique, il est comparé au muezzin, le religieux chargé d’appeler aux cinq prières quotidiennes de l’Islam : comme lui, il réveille les croyants et les invite à la prière. Le muezzin remplit son devoir depuis une tour de la mosquée, le minaret.

Enfin, le coq est souvent rapproché du serpent ; c’est le cas notamment pour Hermès/Mercure et Asclépios/Esculape. Dans l’analyse des rêves, le serpent et le coq sont tous deux interprétés comme des symboles du temps. Ils marquent une phase de l’évolution intérieure : l’intégration des forces chthoniennes au niveau d’une vie personnelle, où l’esprit et la matière tendent à s’équilibrer dans une unité harmonieuse.  

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Dans la mythologie gréco-romaine le coq apparaît également dans l’épisode où Ganymède, dans l’Olympe, entouré de Zeus qui lui a justement offert un coq, est couronnée par une déesse et plus, juste plus loin Hébé.  Le coq s’associe donc au thème de l’enlèvement de Ganymède par Zeus/Jupiter.

Comme symbole maçonnique le coq est à la fois le signe de la vigilance et celui de l’avènement de la lumière initiatique. Il correspond au mercure alchimique.

le-coq-girouette Girouette

On attribue au coq de nombreuses qualités en rapport avec ses caractéristiques physiques ou son comportement. Sa démarche, le buste en avant, le fait passer pour fier. Parce qu’il a pour lui seul de nombreuses poules, on en a fait un symbole de virilité. Il est d’ailleurs d’usage de dire d’un homme qui cherche à séduire les femmes qu’il fait le coq.

Parce qu’il porte à ses pattes de dangereux ergots et qu’il ne rechigne pas à se battre dans des combats à mort, on a fait du coq un symbole de bravoure. Dans l’Antiquité grecque, le coq représentait le courage militaire. Les Romaines sacrifiaient un coq à Mars, le dieu de la guerre, chaque premier jour du mois qui porte son nom.

Le coq est universellement un symbole solaire parce que son chant annonce le lever du soleil, l’arrivée du jour si bien qu’on a pu croire que c’était lui qui le faisait naître. On le croyait aussi capable d’écarter les fantômes au lever du soleil.

Malheureusement, le coq fut un animal très souvent sacrifié dans les rites païens et l’objet de rituels sanglants. Les sacrifices d’animaux, en particulier de volailles, sont fort nombreux dans l’histoire de l’humanité. Ils ont pour but de s’attirer la faveur des dieux. Les Romains sacrifiaient des coqs aux dieux pour obtenir la protection de leur maison. Au XVIIe siècle, les marins de l’île de Ceylan, au sud de l’Inde, offraient des coqs au roi des vents pour s’assurer une navigation sans encombre.

Au Bénin, où l’on pratique un culte appelé Vodoun, le coq est un symbole de vie. Selon la tradition, pour faire revenir à la vie quelqu’un qui est mort violemment, il convient de faire tournoyer un coq vivant par les pattes au-dessus de la dépouille. L’animal est ensuite sacrifié, et son foie est mangé cru. Ces rites ont traversé l’Atlantique avec les esclaves africains et survivent en Haïti notamment sous le nom de Vaudou.

En Guinée-Bissau, au sud du Sénégal, le peuple des Bijogos se sert de poulets pour savoir si les étrangers sont les bienvenus. Leur roi ne peut décider seul d’accueillir un visiteur : il doit demander à l’esprit protecteur du village sa bienveillance. Pour cela, il saisit un poulet et lui tranche le coup d’un geste sûr. Quand le poulet s’immobilise, le roi verse les dernières gouttes de son sang sur une statuette représentant l’esprit protecteur. Une prêtresse l’aide à interpréter la réaction de l’esprit

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Le coq à la Perle, célèbre fable de La Fontaine – Musée Denon à Chalon-sur-Saône

Le coq, c’est aussi un animal fabuleux et de légende. Il a donné naissance aux chimères et autres monstres à l’aspect composite, comme le basilic, animale fabuleux ayant l’apparence d’un coq à queue de dragon ou d’un serpent aux ailes de coq. Pour le voir naître, il faut qu’un coq âgé de sept ans ponde un œuf, le dépose dans du fumier et le fasse couver par un crapaud ou une grenouille. La bête qui en sort, mi-coq mi reptile, est redoutable : son regard ou son souffle suffit à tuer quiconque l’approche.

cocatrixLe cocatrix est un autre animal fabuleux qui posséderait une tête de coq, des ailes de chauve-souris et un corps de serpent. Quant à l’hippalectryon de l’Antiquité grecque, il possède l’avant d’un cheval et l’arrière d’un coq.

 

hippalektryon

De nombreuses légendes évoquent le coq :

blason-de-saint-tropez-caius-silius-torpetiusC’est par exemple l’histoire de Caïus Silvius Torpetius, né à Pise. Il était grand officier de la cour de Néron, mais fut séduit par des idéaux pacifistes. Converti par Saint Paul en l’an 68, il engendra la colère de l’empereur par son refus d’abjurer sa foi chrétienne. Il fut torturé, martyrisé et décapité à Pise et son corps fut jeté dans une barque sur l’Arno en compagnie d’un coq et d’un chien censés se nourrir du cadavre. Le courant ligure ramena la barque jusqu’au rivage de l’actuel Saint-Tropez, autrefois appelé Héraclès. Les moines de l’Abbaye de Saint-Victor de Marseille, propriétaires au XIe siècle de la presqu’île, et de toutes les terres adjacentes, trouvèrent la barque, cachèrent le corps du saint martyr et élevèrent une chapelle qu’ils baptisèrent « Ecclesia Sancti Torpetis ». Torpes devint finalement Tropez. On raconte que le coq s’arrêta dans un champ de lin à quelques kilomètres de là. Le coq au lin donna le nom du village de Cogolin. Et le chien : Grimaud qui signifie « chien » en vieux français. La tête de Torpetius est encore conservée et vénérée à Pise.

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Une autre légende, est celle du Coq de Barcelos, au Portugal.  Au XVIe siècle, un crime fut commis à Barcelos sans que le coupable soit démasqué. Les habitants étaient donc sur le qui-vive. Un jour apparut un homme de Galice sur lequel se portèrent tous les soupçons. Malgré les protestations de son innocence, il fut immédiatement arrêté par les autorités. Personne ne voulait croire que cet homme se rendait à Saint Jacques de Compostelle pour remplir un vœu ; qu’il était un fervent dévot du saint que l’on vénérait à Compostelle, ainsi que de Saint Paul et de Notre-Dame. C’est pourquoi il fut condamné à être pendu… Au moment où on le conduisait à la potence, il demanda à être présenté devant le juge qui l’avait condamné. On l’emmena donc à la résidence du magistrat qui à ce moment même était en train de festoyer avec quelques amis. Devant eux, il réaffirma son innocence, montra un coq rôti sur la table et s’exclama : « Il est aussi sûr que je suis innocent qu’il est sûr que ce coq chantera au moment où on me pendra ». Toute la salle éclata de rire, mais personne ne toucha au coq. Et ce qui semblait impossible arriva. Au moment où le pèlerin allait être pendu, le coq rôti se dressa sur la table et chanta. Personne ne doutait plus de l’innocence du condamné. Le juge courut à la potence et qu’elle ne fut pas sa stupéfaction quand il vit le pauvre homme la corde au cou, mais le nœud refusant absolument de se serrer. Immédiatement délivré, on le renvoya en paix. Quelques années plus tard, il revient à Barcelos et il fit ériger un monument à la Vierge et à Saint Jacques.

le-coq-de-ceska-trebovaDans la ville de Ceska Trebova, en République Tchèque, en Bohême-Moravie, dans un passé très lointain, un magistrat eut le malheur d’égarer le sceau de la ville. En colère, les habitants s’accordèrent pour le pendre. La potence fut dressée et le prêtre accompagna le condamné au supplice, jusqu’à ce qu’un coq se mit à chanter et à gratter le fumier sur lequel il se tenait, mettant à jour le sceau égaré. Depuis cet événement, le coq figure dans les armes de la ville.

Pour en revenir au rapport entre le coq et l’astrologie, et plus précisément le signe du Bélier, il faut se souvenir que le Bélier est le lieu d’exaltation du Soleil et comme on l’a vu à travers mythes, légendes et symboles, le coq est l’oiseau solaire par excellence puisqu’on a l’impression que c’est son chant qui suggère au soleil de réapparaître…

Ensuite, le côté belliqueux, viril, courageux et conquérant du coq n’est pas sans rappeler les caractéristiques de Mars, le Maître du Bélier. Comme le Bélier, le coq mène des combats. Signe du printemps, le Bélier comme le coq est symbole de renouveau, de résurrection. Notez également l’importance de la tête chez le coq et surtout la couleur rouge de sa crête, presque rubis, couleur Bélier ; mais dans le corps humain le Bélier correspond à la tête. De plus, comme le Bélier prend la tête de son troupeau, le coq mène ses poules dans la basse-cour. Enfin, le coq est l’emblème des sportifs. Or, les plus grands sportifs sont souvent Bélier, Ascendant Bélier ou possèdent un Mars puissant dans leur thème.

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Coq gaulois à la mémoire des Girondins – Esplanade des Quinconces – Bordeaux

Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Editions Robert Laffont/Jupiter.

 

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