LA SIBYLLE DE L’APENNIN AU CENTRE DE L’ITALIE

(6.3.2 - A l'étranger) par sylvietribut le 17-05-2013

La Sibylle de l’ApennGin, connue également sous le nom d’Oracle de Norcia, n’est pas admise comme une sibylle classique, cependant elle jouissait certainement d’une renommée bien supérieure aux autres. Elle est le résultat d’un long processus qu’est la tradition orale de la civilisation de l’Apennin, depuis l’époque néoplatonicienne jusqu’à celle de l’astro-alchimie de la Renaissance, un curieux croisement entre le mythe gréco-romain et les légendes celtiques-médiévales.

Au XVIe siècle, l’évêque théologien Primo Gambinulenze pensait que la Sibylle de Norcia n’était autre qu’Emeria ou Cimmeria, la Sibylle italienne inspirée et non possédée qui avait un regard sur l’outre-tombe. Elle occupait la quatrième place dans la liste de  Marco Terenzio Varrone.

LA SIBYLLE DE L'APPENIN - ADOLFO DE CAROLIS - PALAZZO DEL GOVERNO D'ASCOLI PICENO

La Sibylle de l’Apennin – Adolfo de Carolis – Palazzo del Governo d’Ascoli Piceno – Marches Italiennes 

Son nom dérivait à la fois de « Cima » et de « Miniera » ce qui laisse à penser que la Sibylle vivait dans une cavité au sommet de la montagne. Le lien avec le monde de l’enfer et avec celui de la déesse Cyprum qui signifie « cavité », renforçait encore plus l’hypothèse que la Sibylle de l’Apennin aurait été la Sibylle Cimmeria évoquée dans la littérature latine, celle qui guida Enée et qu’évoquait Tarquinio Prisco le Sorti de Rome, connue des Sabins et des habitants du Piceno, dans les Marches italiennes, comme l’oracle de la Grande déesse ayant droit de vie et de mort et vénérée sur la montagne.

Cette sibylle de l’Apennin, dite aussi Sibylle Picena, ne fait pas partie des douze sibylles de l’époque classique dont parle Varrone, cependant les premières sources de cette Sibylle remontent au début de l’ère impériale.

Un des premiers écrits historiques se rapportant à la Sibylle de l’Apennin se trouve dans l’Histoire des Césars de Svetonio. Cet écrit date de 69, avant son arrivée à Rome. En 268, Trebellio Pollione dans son Histoire d’Auguste rapporte un épisode relatif à Claudio le Goth qui consultait son futur auprès d’un oracle dans les Apennins.

Avec l’arrivée du Christianisme, l’origine païenne de la Sibylle devint une représentation démoniaque, bien mise en évidence dans le roman chevaleresque « Il Guerrino Meschino », écrit par Andrea da Barberino. Ce récit se situe en 824. Un chevalier se rend près de la Grotte de la Sibylle sur les Monts Sibillini pour connaître l’identité de ses géniteurs, mais la Sibylle le retient, tentant de l’entraîner dans le péché ainsi qu’à renier Dieu. Cette interprétation infernale est progressivement transmise dans les versions successives du roman, tue dans la période de l’Inquisition et, comme celle publiée à Venise en 1785 où l’image de la Sibylle est remplacée par celle de la Magicienne Alcina.

LE PARADIS DE LA REINE SIBYLLE

Le Paradis de la Reine Sibylle par Antoine de La Sala

Cependant, la réputation de la Sibylle était telle qu’Agnès de Bourgogne envoie Antoine de La Sale visiter sa grotte le 18 mai 1420. De cette visite nacquit « Le Paradis de la Reine Sibylle », journal de voyage dans lequel il rapporta des dessins détaillés et des descriptions de la grotte.

Une des plus anciennes évocations de la légende de la Sibylle de l’Apennin, dont se sont inspirés, au XVe siècle, aussi bien Andrea da Barberino qu’Antoine de La Sale, naquit en Allemagne, à la fin du XIIIe siècle. C’est la légende du valeureux chevalier Tannhäuser qui se rendit dans les Monts Sibillini, appelé Venusberg ou « Mont de Vénus », où après être resté un an dans les bras de cette Vénus, se rendit chez le Pape Urbain IV pour obtenir l’absolution de ses péchés. Comme il n’obtint rien, il retourna dans les bras de sa très aimée Vénus. Dans l’épilogue final de la légende allemande, c’est le Pape qui sera condamné pour l’éternité. Cette variante allemande de la légende de la Sibylle de l’Apennin n’est autre que le triomphe d’Eros qui inspira à Wagner son Tannhäuser.

Pourtant, selon la tradition locale, la Sibylle était une bonne fée, bienveillante et inspirante, et non la perfide et démoniaque secondée par ses suivantes que le Christianisme chercha à dénigrer. Au contraire, elle descendait dans les vallées enseigner à filer et à tisser la laine aux jeunes filles de la région.

PAN

Le dieu Pan, sa flûte et ses sabots de bouc 

Une autre version de la tradition locale affirme que la Sibylle et ses suivantes étaient de très belles femmes mais que leurs pieds étaient des sabots de chèvres qui, la nuit, fréquentaient les fêtes et les bals des villages, mais qui devaient retrouver les montagnes avant l’aube, d’où leur départ précipité. Il se raconte que l’une d’entre elles s’étant un peu attardée, se perdit dans une faille à 2 000 mètres sur le Mont Vettore. Cette légende est rapportée dans la « Route des Fées ». On imagine très bien, qu’après la fin de l’Antiquité, et pour mieux les paganiser, on assimila la Sibylle et ses suivantes au cortège du dieu Pan, créature de la mythologie, qu’on fit appartenir au cortège du diable.

Une autre légende évoque la Reine Sibylle et ses fées comme de très belles femmes mais qui se transformaient chaque fin de semaine en serpents, ce qui dans la tradition celtique est symbole de fertilité et de guérison, à cause du phénomène de mue de la peau de ces animaux.

Toujours selon la tradition locale, ce fut la Sibylle qui fit pleuvoir sur l’antique village de Colfiorito une pluie de pierres pour punir ses habitants pour leur manque de respect à l’égard de ses suivantes. Les habitants abandonnèrent la localité, mais par la suite un peuple nomade Onfondit un nouveau bourg qui fut appelé Pretare, se liant fortement d’amitié avec les fées elles-mêmes 

GROTTE DE LA SIBYLLE DE L'APENNIN

L’entrée de la grotte de la Sibylle de l’Apennin

C’est un fait que l’histoire de la Sibylle est intrinsèquement liée aux traditions populaires et légendaires de la montagne, semblant attester la présence de l’oracle de la Sibylle de l’Apennin et notamment dans le massif du Mont Vettore et du Mont Sibillini qui appartenaient à la cour de la Sibylle de l’Apennin, avec sa demeure à l’intérieur d’une grotte.

Si vous vous promenez dans les Monts Sibillini vous trouverez de nombreux lieux qui évoquent le passage de la Sibylle, de ses légendes et de ses fées. Il y a bien sûr la grotte de la Sibylle ou « grotta della Sibilla », mais il y a aussi la fontaine des fées ou « fonti delle fate », les sentiers des fées ou « sentieri delle fate » et même la route des fées ou « strada delle fate ». 

CASSANDE DE TROIE

Cassandre de Troie

Dans le monde des symboles, Sibylle était le nom donné à des prophétesses légendaires. La plus célèbre fut la Troyenne Cassandre dont Apollon fut très épris. Il lui accorda le don de prophétie, mais comme elle se refusait à lui, il fit considérer comme fausses toutes les prophéties qu’elle formulerait. Les Sibylles de Delphes, d’Erythrée, de Cumes furent parmi les plus réputées de l’Antiquité.

On donnait le nom de Pythie, en liaison avec le serpent Python, à la Sibylle qui, assise sur le trépied, prophétisait à Delphes au nom d’Apollon. Elle devait être vierge ou tout au moins, dès sa désignation, vivre dans la chasteté absolue et la solitude comme épouse de Dieu.

Mais quelle est la différence entre la Pythie et la Sibylle ?

La Pythie avait un statut institutionnel. Elle était associée au sanctuaire de Delphes. La Sibylle donnait une divination occasionnelle, indépendante et nomade.

La Pythie n’est que le porte-parole du dieu. Elle répondait aux questions qui lui étaient adressées, alors que la Sibylle parlait à la première personne. Elle revendiquait l’originalité de sa prophétie et le caractère indépendant de ses réponses.

LA PYTHIE DE DELPHES

La Pythie de Delphes

La Pythie était représentée comme une jeune femme car à l’origine, c’était une jeune fille vierge, alors que la Sibylle est mûre sinon vieille.

Enfin, la Pythie apparut en Grèce après la première Sibylle, Hérophile. Les Sibylles étaient à l’origine les servantes de la grande déesse Cybèle. Elles étaient venues de Pessinonte en Asie Mineure au VIIIe siècle avant Jésus-Christ.

Et puis, malgré certaines images poétiques, celles de Lucain et de Virgile, la Pythie était plutôt posée, même si elle entrait en transe, alors que la Sibylle « disait l’avenir d’une bouche délirante, dans le sens d’hermétique ou à la signification ambiguë, nécessitant la possession de clés ou de capacités analytiques de décryptage.

Dans la mythologie grecque, la Sibylle est une prêtresse d’Apollon, le dieu de la divination et de la prophétie. Elle le faisait dans un langage énigmatique permettant de nombreuses interprétations, ce qui la mettait à l’abri de toute contestation ultérieure. Fameuse est sa prophétie orale pour un soldat « Ibis redibis non morieris in bello ». Si une virgule est placée avant le « non », la phrase devient : « Tu iras, tu reviendras, tu ne mourras pas en guerre ». Mais si la virgule est placée après le          « non », la phrase devient : « Tu iras, tu ne reviendras pas, tu mourras en guerre ». De cette pratique et de l’ambiguïté des apparences, nous tenons le qualificatif         « sibyllin » dont on qualifie les écrits ou les paroles obscures, énigmatiques, mystérieuses ou à double sens. 

LA SIBYLLE TIBURTINA - FRESQUE DE L'EGLISE SAINT-JEAN-L'EVANGELISTE DE TIVOLI - PROVINCE DE ROME - 1483

La Sibylle Tiburtina – Fresque de l’Eglise Saint-Jean-l’Evangéliste de Tivoli – Province de Rome – 1483

La Sibylle symbolise l’être humain élevé à une condition transnaturelle, qui lui permet de communiquer avec le divin et d’en livrer les messages ; c’est le possédé, le prophète, l’écho des oracles, l’instrument de la révélation. Les sibylles furent même considérées comme des émanations de la sagesse divine, aussi vieilles que le monde, et dépositaires de la révélation primitive : elles seraient à ce titre un symbole de la révélation. Aussi n’a-t-on pas manqué de rapprocher le nombre des douze sibylles de celui des douze apôtres et de peindre ou de sculpter leurs effigies dans des églises. Les vitraux de la collégiale Notre-Dame-du-Fort à Etampes, dans le département de l’Essonne près de Paris, représentent chacune des douze Sibylles.

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La chaîne des Monts Sibillini depuis Montemonaco

Les Monts Sibillini sont un petit groupe de montagnes de l’Italie centrale faisant partie de la chaîne des Apennins. Ils se situent dans les provinces d’Ascoli Piceno, Fermo et Macerata dans les Marches et Perugia à la frontière du côté Est de l’Ombrie. La plupart des sommets des Monts Sibillini ont une altitude supérieure à 2 000 mètres. Le point culminant est Monte Vettore (2 553 mètres). Au cœur d’une profonde vallée en forme de U, juste en-dessous de Monte Vettore, on trouve le petit lac de Pilate. Il abrite une faune riche parmi laquelle on trouve un petit crustacé nommé « chirocéphale de Marchesoni », crustacé qu’on ne trouve nulle part ailleurs. La végétation est à feuilles caduques, en basse altitude. Alors qu’en moyenne altitude, on trouve des peuplements de hêtres et des zones de pâturages. Depuis 1993, le domaine fait partie du Parc National des Monts Sibillini. 

LA SIBYLLE - MICHEL ANGE - CHAPELLE SIXTINE - VATICAN - ROME 

La Sibylle – Michel-Ange – Chapelle Sixtine – Vatican – Rome

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

 

 

 

 

 

 

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LES GORGES DU SAGITTAIRE EN ITALIE

(6.3.2 - A l'étranger) par sylvietribut le 10-12-2012

Est-ce la profondeur spectaculaire de ces gorges, est-ce la majesté des montagnes environnantes qui évoquent le royaume des Titans dont Jupiter était l’un des frères, qui ont valu à une rivière de l’Italie centrale, dans la province des Abruzzes, ce nom de Sagittaire. Ou bien, est-ce parce que cette rivière voyage de petites villes en petites villes à l’image du globe-trotter qu’est le Sagittaire ?

Cette rivière Sagittaire prend sa source au Lac de Scanno dont il fait partie intégrante, à une altitude de 1 930 mètres ; en amont du lac elle ne s’appelle d’ailleurs que « Torrente Tasso ». Des eaux turquoises ruisselant des Apennins voisins forment de petits lacs au fond des gorges du Sagittaire. Ensuite, le débit du Sagittario alimente une centrale électrique, construite en 1920, d’une puissance de 20 MW.

 

Le Gole del Sagittario – Les Gorges du Sagittaire – Abruzzo – Italia

La réserve naturelle des gorges du Sagittaire se trouve entre le parc de la Maiella dont le sommet atteint 2 793 mètres, celui du Gran Sasso encore plus haut avec ses 2 912 mètres d’altitude et le parc du Sirente-Velino. Cette réserve s’étend sur 450 hectares ; elle est parcourue par des sentiers pédestres aménagés pour une découverte de la faune et de la flore. On se trouve au cœur d’épaisses forêts de hêtres, arbres fabuleux qui font partie de l’univers jupitérien. Le tronc lisse du hêtre, à l’écorce gris acier, n’est pas sans rappeler une patte ou une trompe d’éléphant, le grand animal du bestiaire de Jupiter. La taille et la puissance du hêtre le place avec le chêne parmi les grands arbres des forêts, dans le monde imposant et majestueux de Jupiter. Le hêtre mesure jusqu’à 35 m de haut.

 

Le parcours du Sagittaire 

La région des Abruzzes s’étend du cœur des Apennins jusqu’à la mer Adriatique, une grande partie du territoire est donc montagneuse et sauvage et il n’est pas rare d’y rencontrer des ours et des loups. En haute montagne, parmi les sommets préservés et les parois rocheuses, on trouve de petites localités touristiques et des territoires équipés pour le ski et les sports d’hiver.

Mais, revenons à la rivière et voilà notre Sagittaire traversant de petites villes charmantes aux noms évocateurs : Anversa degli Abruzzi, Bugnara, Corfinio, Pratola, Peligna, Prezza, Roccacasale, Scanno, Sulmona, Villalago et Popoli… et puis qui court se jeter dans une autre rivière l’Aterno, près de Cocullo, un autre village surprenant, davantage dans la symbolique Scorpion puisqu’ici on voue un véritable culte aux serpents.

 

Anversa degli Abruzzi – Italie

Le village d’Anversa degli Abruzzi ne compte que quelques 390 habitants, mais son histoire et son charme lui ont valu de recevoir le label des « Borghi più belli d’Italia », les bourgs les plus beaux d’Italie. Cette commune fait également partie du « Parc littéraire Gabriele d’Annunzio », célèbre auteur du XXe siècle, natif de la région et symbole de l’héritage culturel du village qui a ainsi pu rayonner malgré sa très petite taille. Et c’est ainsi qu’Anversa degli Abruzzi s’est jumelée avec Illiers-Combray, petite bourgade d’Eure-et-Loir, en France cette fois, devenue célèbre grâce à Marcel Proust. C’est en effet à Illiers-Combray qu’habitait sa tante Léonie et c’est auprès d’elle que l’écrivain prit le goût des madeleines.

C’est ainsi que les deux communes ont eu la volonté de rapprocher leur histoire : Marcel Proust, côté français, et Gabriele d’Annunzio, côté italien, sont tous les deux des écrivains célèbres.

 

  

 

 

 

 

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L’ASTROLOGIE A VENISE

(6.3.2 - A l'étranger) par sylvietribut le 26-11-2011

En 1493, le Sénat de Venise décide de remplacer la vieille horloge de Sant Alipio située à l’angle Nord-Ouest de la Basilique Saint Marc. Il commande la construction d’une nouvelle machinerie à Gian-Carlo Da Reggio.  En 1495, on envisage de placer la nouvelle horloge à l’entrée de la Piazza delle Antiche Mercerie, la rue commençante de la ville.

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L’horloge astrologique de Venise

L’horloge est insérée dans une tour, nouvel élément dans la géométrie de la place, encore fidèle au style voulu par le Doge Sebastiano Ziani. La configuration particulière de l’horloge offre un double spectacle, selon la façon dont on aborde la place, comme une énorme lunette depuis l’entrée du port, ou depuis les Mercerie, où elle imite une sorte d’arc de triomphe qui unit la partie piétonne à la Via del Commercio, d’où le nom de « Mercerie ».

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Cependant, L’horloge a, par rapport à la tour, sa propre histoire. Sa construction fut confiée aux Frères Gian Paolo et Gian Carlo Ranieri, qui eurent besoin d’environ une année pour parfaire à sa réalisation. Son premier tic-tac se fit entendre en 1499, et se révéla être un vrai prodige de technologie mécanique.

Extraordinaire et extrêmement complexe est le système des indications astronomiques, basées sur le système géocentrique. Y sont représentées en mouvement les planètes connues alors : Saturne, Jupiter, Mars, Vénus et Mercure, qui se succèdent dans le cadran central de 4,5 mètres de diamètre. 

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Sur le même cadran sont représentées les phases lunaires et la position du Soleil sur le zodiaque, les saisons, ainsi que les vingt-huit Maisons lunaires. Seul le cadran qui donne sur les « Mercerie » indique seulement l’heure.

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Maurice Prendergast – Tour de l’horloge de Venise

L’ajout de la scène animée dans cette structure sophistiquée fait apprécier encore plus la beauté de cette complexité : les Rois Mages, précédés d’un ange qui souffle dans une trompette, se dirigent en procession vers la statue de la Vierge et, devant elle, s’inclinent.

Depuis plus de 500 ans, le temps est scandé par les coups de marteau de deux statues, les « Mori », symboles de l’ésotérisme arabe, qui se tiennent alternativement aux côtés de la cloche. Cependant, certains disent aussi que le nom de « Maures » viendrait de la couleur particulièrement foncée du bronze. Et puis, au-dessus de la Vierge et en-dessous des deux Maures, le Lion ailé de Saint Marc.

Cette Tour de l’Horloge est également appelée la Tour des Maures. C’est l’un des monuments les plus célèbres de Venise.

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Les “Mori” de la Tour de l’Horloge de Venise

On raconte que la Sérénissime fit crever les yeux des deux frères pour les empêcher de reproduire une merveille semblable.

Pour avoir une vue splendide de Venise et de la lagune, il faut programmer en même temps que votre séjour dans la Sérénissime, la visite de la tour qui ne se fait que sur réservation et avec un guide. Elle se déroule sur les cinq niveaux de la Tour. Quelques marches de pierre et l’on atteint une petite salle dans laquelle l’histoire de la Tour s’affiche. Déjà on peut entrevoir le jeu des poulies, poids et contrepoids de l’horloge, qui descendent et montent silencieusement et à intervalles réguliers.

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L’Horloge astrologique de Venise en arrière-plan blanc

On emprunte ensuite un escalier métallique et en colimaçon et l’on arrive à proximité du complexe mécanisme de l’horloge dont le guide explique les principales fonctions. Un autre petit escalier conduit à l’étage supérieur qui abrite les statues de bois des Rois mages et de l’Ange, ainsi que les deux précieuses portes par lesquelles les statues apparaissent en procession, deux fois par an, pour l’Epiphanie (6 janvier) et pour l’Ascension. C’est à cet étage que l’on peut voir de l’intérieur le mécanisme des « Tambure » avec l’indication digitale des heures et des minutes. Un peu plus haut encore, on accède à une salle où sont conservées d’antiques pièces de l’horloge datant du XVe siècle. De là, on arrive aux deux terrasses latérales et par un petit escalier, raide et en colimaçon, on atteint les terrasses des Maures et l’on se retrouve littéralement devant les statues de deux colosses.

On peut réserver en téléphonant : 0039.014.520.90.70 ou par le site des Musei civici veneziani (Musées Municipaux de Venise).

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Le lion ailé de Saint Marc

En 828, Venise avait pour patron saint Théodore. Cependant, ne trouvant pas le nom assez prestigieux et voulant rivaliser avec Rome et son saint patron l’apôtre Pierre, la ville se chercha un nouveau et puissant protecteur céleste. Deux marchands vénitiens se débrouiller pour aller voler les reliques de Saint Marc dans la petite chapelle où elles ont depuis retrouvé leur place en Egypte. Pourquoi Saint Marc ? Tout simplement parce qu’il était venu évangéliser la Vénétie au 1er siècle. Il était arrivé par bateau et avait fait naufrage dans la lagune qui allait donner naissance en 452 à la Sérénissime. Un ange serait apparu à Marc et lui aurait dit : «  Paix sur toi Marc mon évangéliste, tu trouveras ici le repos ».

Les reliques subtilisées, on fera spécialement construire la basilique Saint Marc afin de les abriter car l’Eglise catholique romaine leur prêtait des pouvoirs divins. Saint Marc devint ainsi le Saint Patron de la ville avec un lion ailé pour symbole afin de le distinguer du lion de saint Jérôme. Le Lion de Saint Marc était l’emblème de la République de Venise.

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Saint Marc et le Lion au fronton de la basilique Saint Marc à Venise

Une autre raison associe le Lion à Saint Marc. En effet, à Babylone, Ezéchiel eut une vision de quatre animaux ou anges : « Chacun avait quatre visages, quatre ailes » et « l’aspect de ses visages était d’homme, visage de lion à a partie droite, visage de bœuf à la partie gauche, et les quatre avaient aussi visage d’aigle ».

Des souvenirs d’Ezéchiel inspirèrent les animaux de la Révélation de Saint Jean, dont on lit au chapitre IV :

«… et autour du trône (il y avait) quatre animaux (…)                                                                                                                                                                                Et le premier animal était semblable à un lion, et le deuxième animal,                                                                                                                                                semblable à un veau, et le troisième animal avait le visage comme                                                                                                                                                           d’homme, et le quatrième animal, semblable à l’aigle qui vole ».

Dans le Zohar ou Livre de la Splendeur, on ajoute que les quatre animaux se nomment Haniel, Kafziel, Azriel et Aniel, et qu’ils regardent l’Orient, le Nord, le Sud et l’Occident.

Stevenson se demanda ce qu’il y aurait en Enfer si de pareilles choses se trouvaient au Ciel.

Les anges quadruples du Livre d’Ezéchiel s’appellent « Hayoth » (êtres vivants) ; pour le Zohar, ils descendirent de la région supérieure, couronnés de lettres.

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Le Tétramorphe – Monastère des Météores en Thessalie

Des quatre visages des Hayoth les Evangélistes tirèrent leurs symboles :

-       à Matthieu échut l’ange… 

-       à Marc, le Lion

-       à Luc, le bœuf

-       à Jean, l’aigle.

Saint Jérôme, dans son commentaire sur Ezéchiel, a essayé d’expliquer ces attributions. Il dit qu’à Matthieu fut donné l’ange (l’homme) parce qu’il mit en lumière la nature humaine du Rédempteur ; à Marc, le lion parce qu’il affirma sa dignité royale ; à Luc, le bœuf, emblème du sacrifice, parce qu’il montra son caractère sacerdotal ; à Jean, l’aigle à cause de son vol fervent.

Un chercheur allemand, le Dr Richard Hennig, voit la lointaine origine de ces emblèmes dans les quatre signes du Zodiaque, distants l’un de l’autre de 90°. Le Lion et le Taureau n’offrent aucune difficulté ; l’ange a été identifié avec le Verseau, qui a visage d’homme, et l’aigle de Jean avec le Scorpion, repoussé car jugé de mauvais augure.

Nicolas de Vore, dans son Dictionnaire d’Astrologie, propose aussi cette hypothèse et observe que les quatre figures s’unissent dans le sphinx, qui peut avoir tête humaine, corps de taureau, griffes et queue de lion et ailes d’aigle.

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Le Lion ailé symbole de Venise

Bibliographie

Le Livre des êtres imaginaires – Jorge Luis Borges – Editions Gallimard – Collection de L’imaginaire  

 

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