L’ASTROLOGIE A VENISE
(6.3.2 - A l'étranger) par sylvietribut le 26-11-2011
En 1493, le Sénat de Venise décide de remplacer la vieille horloge de Sant Alipio située à l’angle Nord-Ouest de la Basilique Saint Marc. Il commande la construction d’une nouvelle machinerie à Gian-Carlo Da Reggio. En 1495, on envisage de placer la nouvelle horloge à l’entrée de la Piazza delle Antiche Mercerie, la rue commençante de la ville.
L’horloge astrologique de Venise
L’horloge est insérée dans une tour, nouvel élément dans la géométrie de la place, encore fidèle au style voulu par le Doge Sebastiano Ziani. La configuration particulière de l’horloge offre un double spectacle, selon la façon dont on aborde la place, comme une énorme lunette depuis l’entrée du port, ou depuis les Mercerie, où elle imite une sorte d’arc de triomphe qui unit la partie piétonne à la Via del Commercio, d’où le nom de « Mercerie ».
Cependant, L’horloge a, par rapport à la tour, sa propre histoire. Sa construction fut confiée aux Frères Gian Paolo et Gian Carlo Ranieri, qui eurent besoin d’environ une année pour parfaire à sa réalisation. Son premier tic-tac se fit entendre en 1499, et se révéla être un vrai prodige de technologie mécanique.
Extraordinaire et extrêmement complexe est le système des indications astronomiques, basées sur le système géocentrique. Y sont représentées en mouvement les planètes connues alors : Saturne, Jupiter, Mars, Vénus et Mercure, qui se succèdent dans le cadran central de 4,5 mètres de diamètre.
Sur le même cadran sont représentées les phases lunaires et la position du Soleil sur le zodiaque, les saisons, ainsi que les vingt-huit Maisons lunaires. Seul le cadran qui donne sur les « Mercerie » indique seulement l’heure.
Maurice Prendergast – Tour de l’horloge de Venise
L’ajout de la scène animée dans cette structure sophistiquée fait apprécier encore plus la beauté de cette complexité : les Rois Mages, précédés d’un ange qui souffle dans une trompette, se dirigent en procession vers la statue de la Vierge et, devant elle, s’inclinent.
Depuis plus de 500 ans, le temps est scandé par les coups de marteau de deux statues, les « Mori », symboles de l’ésotérisme arabe, qui se tiennent alternativement aux côtés de la cloche. Cependant, certains disent aussi que le nom de « Maures » viendrait de la couleur particulièrement foncée du bronze. Et puis, au-dessus de la Vierge et en-dessous des deux Maures, le Lion ailé de Saint Marc.
Cette Tour de l’Horloge est également appelée la Tour des Maures. C’est l’un des monuments les plus célèbres de Venise.
Les “Mori” de la Tour de l’Horloge de Venise
On raconte que la Sérénissime fit crever les yeux des deux frères pour les empêcher de reproduire une merveille semblable.
Pour avoir une vue splendide de Venise et de la lagune, il faut programmer en même temps que votre séjour dans la Sérénissime, la visite de la tour qui ne se fait que sur réservation et avec un guide. Elle se déroule sur les cinq niveaux de la Tour. Quelques marches de pierre et l’on atteint une petite salle dans laquelle l’histoire de la Tour s’affiche. Déjà on peut entrevoir le jeu des poulies, poids et contrepoids de l’horloge, qui descendent et montent silencieusement et à intervalles réguliers.
L’Horloge astrologique de Venise en arrière-plan blanc
On emprunte ensuite un escalier métallique et en colimaçon et l’on arrive à proximité du complexe mécanisme de l’horloge dont le guide explique les principales fonctions. Un autre petit escalier conduit à l’étage supérieur qui abrite les statues de bois des Rois mages et de l’Ange, ainsi que les deux précieuses portes par lesquelles les statues apparaissent en procession, deux fois par an, pour l’Epiphanie (6 janvier) et pour l’Ascension. C’est à cet étage que l’on peut voir de l’intérieur le mécanisme des « Tambure » avec l’indication digitale des heures et des minutes. Un peu plus haut encore, on accède à une salle où sont conservées d’antiques pièces de l’horloge datant du XVe siècle. De là, on arrive aux deux terrasses latérales et par un petit escalier, raide et en colimaçon, on atteint les terrasses des Maures et l’on se retrouve littéralement devant les statues de deux colosses.
On peut réserver en téléphonant : 0039.014.520.90.70 ou par le site des Musei civici veneziani (Musées Municipaux de Venise).
Le lion ailé de Saint Marc
En 828, Venise avait pour patron saint Théodore. Cependant, ne trouvant pas le nom assez prestigieux et voulant rivaliser avec Rome et son saint patron l’apôtre Pierre, la ville se chercha un nouveau et puissant protecteur céleste. Deux marchands vénitiens se débrouiller pour aller voler les reliques de Saint Marc dans la petite chapelle où elles ont depuis retrouvé leur place en Egypte. Pourquoi Saint Marc ? Tout simplement parce qu’il était venu évangéliser la Vénétie au 1er siècle. Il était arrivé par bateau et avait fait naufrage dans la lagune qui allait donner naissance en 452 à la Sérénissime. Un ange serait apparu à Marc et lui aurait dit : « Paix sur toi Marc mon évangéliste, tu trouveras ici le repos ».
Les reliques subtilisées, on fera spécialement construire la basilique Saint Marc afin de les abriter car l’Eglise catholique romaine leur prêtait des pouvoirs divins. Saint Marc devint ainsi le Saint Patron de la ville avec un lion ailé pour symbole afin de le distinguer du lion de saint Jérôme. Le Lion de Saint Marc était l’emblème de la République de Venise.
Saint Marc et le Lion au fronton de la basilique Saint Marc à Venise
Une autre raison associe le Lion à Saint Marc. En effet, à Babylone, Ezéchiel eut une vision de quatre animaux ou anges : « Chacun avait quatre visages, quatre ailes » et « l’aspect de ses visages était d’homme, visage de lion à a partie droite, visage de bœuf à la partie gauche, et les quatre avaient aussi visage d’aigle ».
Des souvenirs d’Ezéchiel inspirèrent les animaux de la Révélation de Saint Jean, dont on lit au chapitre IV :
«… et autour du trône (il y avait) quatre animaux (…) Et le premier animal était semblable à un lion, et le deuxième animal, semblable à un veau, et le troisième animal avait le visage comme d’homme, et le quatrième animal, semblable à l’aigle qui vole ».
Dans le Zohar ou Livre de la Splendeur, on ajoute que les quatre animaux se nomment Haniel, Kafziel, Azriel et Aniel, et qu’ils regardent l’Orient, le Nord, le Sud et l’Occident.
Stevenson se demanda ce qu’il y aurait en Enfer si de pareilles choses se trouvaient au Ciel.
Les anges quadruples du Livre d’Ezéchiel s’appellent « Hayoth » (êtres vivants) ; pour le Zohar, ils descendirent de la région supérieure, couronnés de lettres.
Le Tétramorphe – Monastère des Météores en Thessalie
Des quatre visages des Hayoth les Evangélistes tirèrent leurs symboles :
- à Matthieu échut l’ange…
- à Marc, le Lion
- à Luc, le bœuf
- à Jean, l’aigle.
Saint Jérôme, dans son commentaire sur Ezéchiel, a essayé d’expliquer ces attributions. Il dit qu’à Matthieu fut donné l’ange (l’homme) parce qu’il mit en lumière la nature humaine du Rédempteur ; à Marc, le lion parce qu’il affirma sa dignité royale ; à Luc, le bœuf, emblème du sacrifice, parce qu’il montra son caractère sacerdotal ; à Jean, l’aigle à cause de son vol fervent.
Un chercheur allemand, le Dr Richard Hennig, voit la lointaine origine de ces emblèmes dans les quatre signes du Zodiaque, distants l’un de l’autre de 90°. Le Lion et le Taureau n’offrent aucune difficulté ; l’ange a été identifié avec le Verseau, qui a visage d’homme, et l’aigle de Jean avec le Scorpion, repoussé car jugé de mauvais augure.
Nicolas de Vore, dans son Dictionnaire d’Astrologie, propose aussi cette hypothèse et observe que les quatre figures s’unissent dans le sphinx, qui peut avoir tête humaine, corps de taureau, griffes et queue de lion et ailes d’aigle.
Le Lion ailé symbole de Venise
Bibliographie
Le Livre des êtres imaginaires – Jorge Luis Borges – Editions Gallimard – Collection de L’imaginaire










