SYMBOLES INSOLITES ET SOLAIRES DANS L’ARCHITECTURE MEDIEVALE
(6.3 - Autres lieux ésotériques ou mythiques) par sylvietribut le 20-08-2011
L’alignement des temples sur les corps célestes n’est pas un usage spécifique aux temps préhistoriques et païens, ou aux civilisations orientales. L’Europe chrétienne du Moyen Age le pratiquait aussi. De la part des premiers chrétiens, c’était un peu une manière de récupérer à leur profit les traditions païennes. Cependant, même aujourd’hui, les églises et les tombes sont souvent orientées est-ouest, et les autels des églises vers l’est, c’est-à-dire vers le Soleil levant, où le Christ doit apparaître, lors de son retour, selon la cosmologie chrétienne.
Mais, en fait, les églises médiévales étaient en général alignées sur la position du Soleil le jour de la fête du saint à qui elles étaient dédiées, et non sur l’est. Une étude effectuée sur près de trois cents églises anglaises par Hugh Benson, en 1950, a montré que la majorité des bâtiments étaient effectivement orientés de cette manière. Le même chercheur a trouvé également que la très ancienne église Saint-Piran, en Cornouailles, était alignée sur une levée de terre préhistorique se trouvant à 5 km et correspondant au point du lever du Soleil le 15 août, au VIIe siècle.

Cathédrale de Chartres
Bien qu’il existe peut de documents écrits sur le sujet, il semble que, dans l’Europe du haut Moyen Age, l’astronomie ait été utilisée d’une manière plus complexe. On trouve des éléments très intéressants dans la cathédrale de Chartres, un des plus beaux fleurons de l’architecture gothique, qui a été construite à l’emplacement d’un important centre druidique établi par les Carnutes, peuple celtique de la Gaule, devenu par la suite un lieu de culte pour les Romains. Certains scientifiques estiment que le caractère sacré du lieu a précédé l’âge de fer celtique, et qu’au néolithique il y avait là un dolmen. La fondation de la cathédrale est peut-être également liée au retour des Templiers de la croisade en Terre sainte. L’ordre religieux et militaire des Templiers, constitué en 1118, était établi au temple de Salomon à Jérusalem, où il recherchait, dit-on, l’Arche d’alliance. En effet, à l’extérieur de la cathédrale de Chartres, on trouve des sculptures représentant des scènes liées à cette arche.

Oculus dans le vitrail de la Cathédrale de Chartres
A midi, au solstice d’hiver, lorsque le Soleil est à son apogée, un rayon de lumière traverse un petit morceau de verre non coloré d’un vitrail dédié à Saint Apollinaire. Ce pinceau de lumière tombe sur une dalle de pierre qui diffère de celles qui l’entourent : elle est plus grande, d’une autre nuance de couleur, désaxée et, plus significatif encore, elle comporte un petit disque de métal. Le rayon de Soleil du solstice tombe juste sur celui-ci.
Certains spécialistes disent qu’il s’agit d’une coïncidence. C’est une démarche scientifique étrange, mais elle participe de la volonté d’effacer de la cathédrale de Chartres tous les éléments préchrétiens qui, selon d’autres chercheurs, ont été intégrés dans cette remarquable construction par les maîtres maçons.

Cathédrale d’Aix-la-Chapelle – Trône de Charlemagne
La cathédrale d’Aix-la-Chapelle, en Allemagne, présente elle aussi des éléments astronomiques de grand intérêt. Le site était fréquenté par les Celtes, par les Germains et par les Romains, parce qu’il comportait des sources d’eaux thermales ayant, disait-on, des propriétés médicinales. Au VIIIe siècle, Charlemagne décida d’y construire son palais impérial, pour créer une « seconde Rome ». L’empereur qui souhaitait éliminer le paganisme de ses territoires, attirait à la cour des savants et des artistes de toute l’Europe, et cherchait à renouer avec la vitalité artistique et scientifique de l’Antiquité. La chapelle octogonale de son palais, située au-dessus de bains romains, est intégrée dans la cathédrale actuelle. Un jour, vers la fin des années 70, un photographe, Hermann Weisweiler, attendait une lumière favorable pour prendre des clichés ; il vit un rayon de Soleil traverser soudainement, exactement à angle droit, une fenêtre supérieure de la chapelle octogonale. Très étonné, il poursuivit ses observations et constata que la chapelle était un véritable cadran solaire.
A midi, le 21 juin, jour du solstice d’été, un rayon de lumière tombe directement sur la boule dorée qui pend du plafond en dôme, surmontant le « chandelier de Barberousse » qui représente la Jérusalem céleste. A cette date, au VIIIe siècle, un rayon de Soleil devait aussi illuminer le visage, ou la couronne, de Charlemagne lorsqu’il était assis sur son trône, utilisé pour les couronnements pendant tout le Moyen Age. A midi, au solstice d’hiver, le Soleil éclaire une mosaïque montrant le Christ entre les symboles alpha et oméga, représentant le Commencement et la Fin. Et lorsque Charlemagne se levait de son trône, lui seul devait voir à travers une fenêtre supérieure, à l’équinoxe, le Soleil levant briller à l’horizontale. Et, qui plus est, un rayon de Soleil tombait sur le trône le 16 avril, date de naissance de l’Empereur.

Cathédrale Saint-Lizier – Ariège
La cathédrale de Saint-Lizier, dans l’Ariège, étudiée en 1981 par trois chercheurs, présente un axe central aligné sur les équinoxes, dont le prolongement vers l’est et vers l’ouest passe par deux autres églises. Deux croix, situées à 1,5 km de part et d’autre de la cathédrale, marquent l’alignement sur le lever du Soleil au solstice d’été, tandis que la ligne correspondant au lever du Soleil au solstice d’hiver joint la cathédrale au mont Redon, ancienne colline sacrée, au nord-est, et la chapelle de Marsun, au sud-est.
A Elm, dans le canton suisse de Glarus, le Mont Tschingelhorner, qui domine le village au sud-est, est percé d’un tunnel naturel de 20 mètres de diamètre, appelé « trou de Saint Martin ». Selon la légende, Saint Martin l’a percé en lançant sa canne ferrée contre un géant. Chaque année, au moment des équinoxes, les rayons du Soleil levant passent par ce trou, et illuminent pendant deux minutes la tour de l’église de Saint-Elm, distante de 5 km. Le phénomène est évidemment antérieur à l’ère chrétienne, mais il est significatif des préoccupations astronomiques qui présidaient au choix de l’emplacement des églises. On constate d’ailleurs que quatre autres églises des Alpes présentent un phénomène similaire.

Méridienne solaire – Cathédrale de Bourges
Bibliographie : Le Langage Secret des Etoiles et des Planètes – Geoffrey Cornelius et Paul Devereux.






