DANS LE MONDE DES LEGENDES… L’OGRE DU TAUREAU

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.7 - CONTES ET LEGENDES) par sylvietribut le 11-05-2014

L’ogre des contes rappelle les Géants, les Titans et Cronos, le Saturne romain, qui dévore ses enfants dès leur naissance. Il symbolise la force aveugle et dévoratrice. Il a besoin de sa ration quotidienne de chair fraîche que le Petit Poucet trompe aisément en lui faisant avaler ses propres filles.

Rubens - SATURNE DEVORANT SON ENFANT

Saturne dévorant son enfant – Rubens

L’ogre est-il l’image du temps qui s’engendre et se dévore lui-même aveuglément ? Est-il l’image hypertrophiée et caricaturale du père qui veut garder indéfiniment sa toute puissance et ne supporte pas l’idée de la partager ou d’y renoncer ? Préfère-t-il la mort de ses enfants à leur épanouissement, qui serait tel qu’ils pourraient un jour lui ravir son rôle ? L’ogre est-il l’image défigurée et pervertie du père qui ne peut que servir d’épouvantail aux enfants ? Il est aussi la figure de l’Etat, de l’impôt, de la guerre et du tyran.

L’ogre se rattache ainsi à la symbolique du monstre, avaleur et cracheur, lie des métamorphoses, d’où la victime doit sortir transfigurée. L’idée de l’ogre, dans la perspective de Cronos et du monstre, rejoint le mythe traditionnel du temps et de la mort.

Dans la perspective du Taureau, l’Ogre c’est celui qui entasse dans son antre des trésors fabuleux, comme il remplit sa panse d’innombrables victuailles mais aussi victimes, croquées vivantes et fraîches. Sa voracité a quelque chose d’un mystère insondable car plus il est repu et plus il semble affamé. C’est à la fois sa force et sa faiblesse. Il est l’opposé du Vampire Scorpion qui séduit d’abord et dévore ensuite, alors que l’ogre Taureau dévore d’abord et séduit ensuite. Comment ne pas évoquer un poème de Victor Hugo où l’ogre, aussi bête qu’affectueux, avale le bébé d’une fée dont il est venu demander la main.

PANTAGRUEL AU BERCEAU

Pantagruel au berceau – Gustave Doré

Dans la grande lignée des goinfres bons-vivants, voluptueux et paillards campagnards, on pense à l’univers de Rabelais, d’une sagesse plantureuse, sensuelle et pacifique à la fois, et son gigantesque Gargantua, digne fils de Pantagruel, dont l’appétit s’affirme avant tout comme une conscience des épaisseurs de l’être, une connaissance métaphysique de l’existence, dans ses couches les plus profondes et les plus denses, triomphe en quelque sorte d’un paganisme mystique.

Parmi les autres personnages bons-vivants et voraces bien représentatifs de l’univers Taureau dans sa dimension matérialiste : Bérurier dans la série policière de San Antonio et Obélix, le fidèle compagnon d’Astérix le Gaulois. 

Sanglier-Asterix-legionnaire

Obélix et son repas de sangliers

L’étymologie du mot « ogre » est incertaine. L’attestation la plus ancienne du terme remonte à la fin du XIIe siècle et se trouve dans l’œuvre de Chrétien de Troyes, « Perceval ou le Conte du Graal ». Et il est écrit qu’un jour viendra où tout le royaume de Logres qui fut jadis terre des ogres, sera détruit par une lance. Par ailleurs, on a longtemps cru qu’il s’agissait d’une déformation de « Hongrois », en référence aux exactions commises en Europe occidentale par ce peuple entre 899 et 955, proposition depuis largement contestée. Aujourd’hui, on admet plus communément que le terme dérive du latin « orcus » qui désigne l’enfer et le dieu de l’enfer, d’autant que le mot italien désignant l’ogre n’est autre que « orco », comme venant confirmer cette hypothèse. Les Romains s’inspiraient en cela des Etrusques qui, dans leur panthéon divin, représentent un démon des enfers sur la « Tomba dell’Orco », littéralement « la tombe de l’Ogre », à côté d’autres dieux infernaux de leur mythologie.

Un exemple précoce du « orco » italien apparaît en 1290 dans Jacomo Tolomei : « Orco… mangia li garzone » qui se traduit par « Ogre… qui mange les garçons ». On le décrit en 1516 dans Orlando furioso, œuvre du poète Ludovico Ariosto, comme étant un monstre bestial et aveugle qui serait inspiré d’un cyclope de l’Odyssée.

C’est à partir de 1697, année où l’ogre apparaît dans « Les Contes de la Mère l’Oye » de Charles Perrault, que le terme se popularise dans la langue française. L’auteur en donne la définition suivante en note de l’un de ses contes : « Homme sauvage qui mange les petits enfants ». En général, les ogres sont dépeints comme des brutes géantes, hirsutes, inintelligentes et cruelles. Cependant, dans l’imaginaire breton, l’Ogre géant est le constructeur des mégalithes et des dolmens, celui-là même qu’on retrouve dans le personnage d’Obélix.

L'OGRE ET LE CHAT BOTTE - GUSTAVE DORE 

L’ogre du Chat botté – Gustave Doré

Parmi les ogres célèbres, il y a celui du conte du Petit Poucet. Mais on voit également un ogre apparaître dans le Chat botté. Comme Protée, il a le pouvoir de prendre une forme quelconque c’est pourquoi le Chat botté mange l’ocre après l’avoir mis au défit de se transformer en souris. Une des variantes de l’Ogre est le personnage de Barbe bleu qui tue les femmes qu’il épouse, sans pour autant les manger.

Toutefois, Charles Perrault n’abuse pas de la figure de l’ogre et n’y a recours qu’à trois reprises, avec deux ogres mâles et une ogresse. Dans les trois cas, les ogres occupent une position sociale élevée et sont riches. Ainsi, l’ogre du Petit Poucet possède une grande quantité d’or et d’argent dont le héros finira pas s’emparer. Celui du Chat botté est le maître d’un château entouré de vastes terres et vit dans l’opulence. Quant à l’ogresse de la Belle au Bois dormant, elle n’est rien de moins que la reine.

Le cannibalisme engraisse leur corps et les fait grandir jusqu’à en faire des géants. Il s’accompagne aussi d’une profusion de richesses. On est bien là dans la symbolique du signe terrien et prévoyant du Taureau. Par ailleurs, ils sont dotés de pouvoirs exceptionnels : mobilité extrême pour le premier grâce aux bottes de sept lieux, métamorphose pour le second et régence pour la dernière.

Les ogres n’ont qu’une obsession : manger de la chair fraîche. Leurs mets de prédilection sont les petits enfants. A la différence du loup qui dévore ses victimes crues, l’Ogre aime la viande bien préparée et cuite, en sauce, comme on accommoderait du veau ou du mouton. On reconnaît bien là la gourmandise du Taureau.

OGRESSE D'HANSEL ET GRETEL

L’ogresse d’Hansel et Gretel

Toujours dans les contes, le personnage de l’Ogresse est tour à tour le pendant féminin du personnage de l’Ogre, c’est-à-dire un être déployant un appétit féroce pour la chair fraîche : la mère du prince dans la Belle au Bois dormant, la sorcière dans Hänsel et Gretel des frères Grimm, ou la femme et les filles de l’Ogre du Petit Poucet.

La psychanalyse a tenté d’interpréter la figure de l’Ogre. Pour les disciples de Freud, il constitue l’image inversée et cauchemardesque du père, ce dernier ayant chez le conteur un rôle presque toujours extrêmement négatif. Toujours selon les psychanalystes, il s’agit aussi d’un symbole transparent du retour au ventre maternel. Enfin, la sauvagerie de l’Ogre serait une transposition symbolique de la violence affective contenue dans les rapports familiaux.

Dans son ouvrage « Psychanalyse des contes de fées », Bruno Bettelheim voit dans l’Ogre un écho aux frayeurs des enfants en bas âge, au moment où joue la pulsion orale. Cette pulsion qui pousse les enfants à porter tout objet à la bouche, ce stade oral décrit par Freud. Elle est perçue comme une puissance destructrice qu’il faut réussir à surmonter. C’est ce que proposent les contes en offrant aux enfants un scénario de victoire sur l’ogre.

Quant aux mythes et légendes qu’on peut relier au Taureau, ils ne peuvent que nous parler de désir, de faim, de gourmandise et de possession. Parce qu’ils sont à la source même de la vie, sans complexe, sans culpabilité, attachés à la stabilité et à la solidité des choses, avec la patience qui va avec, la ténacité qui permet d’aller jusqu’au bout de l’entreprise. Le Taureau n’est-il pas un signe dit « Fixe » ? Tout en sachant que de temps en temps il faut payer pour posséder. Et que payer, parfois, c’est sacrifier aux dieux cela même à quoi on n’a nulle envie de renoncer.

C’est pourquoi le Taureau en nous dit : «  Carpe diem » ou encore comme Pierre de Ronsard dans sont « Ode à la Rose », « Cueillons dès aujourd’hui les roses de la vie »…

PSYCHANALYSE DES CONTES DE FEES 

Bibliographie

Le Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

 

 

 

 

 

 

 

 

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,