LES DEUX EQUINOXES : PORTES DE L’ANNEE

(6.4 - L'Astrologie dans l'Histoire) par sylvietribut le 07-04-2017

Les traditions et contes populaires considèrent qu’il existerait deux « portes du temps » au cours de l’année calendaire. C’est le moment où les deux mondes peuvent s’interpénétrer. La tradition celtique, toujours vivace dans les conceptions populaires, envisage de tels passages possibles à deux dates différentes, décalées de 38 jours de calendrier par rapport à nos actuelles dates d‘équinoxes : à Beltaine (*), le 1er mai et le 1er novembre.

Le 1er novembre, Samain celtique et Toussaint chrétienne, où l’on fête un peu abusivement les morts, sortir la nuit peut être très dangereux, puisqu’on risque de rencontrer la charrette de morts, soit de vivre une danse  macabre dans un cimetière, soit de se faire emporter par la Mesnie Hellequin ou la Chasse du roi Arthur, selon les régions. C’est que le Passeur fait alors le tour du domaine d’En-deçà pour réunir les âmes des morts de l’année et les faire passer ailleurs, éventuellement les embarquer pour les îles Bienheureuses d’où on ne revient pas.

EPONA SUR SON CHEVAL

La Déesse Epona – Musée de Nancy

Pour ce qui est des croyances liées à l’équinoxe de printemps, elles sont également fort nombreuses et capitales pour notre imaginaire collectif : c’est le temps de la quête amoureuse, par un jeune homme, de la Vierge toute belle ; les Celtes y voyait la venue sur terre, l’incarnation d’un fils d’Epona, la déesse Cheval ; le mythe chrétien place à cette date l’incarnation du Christ, en même temps que sa mort après la Passion et sa Descente aux enfers, libératoire des morts indûment retenus prisonniers dans l’Au-delà. Ces croyances semblent liées au troisième royaume dont il fut déjà question : il est situé entre les deux autres et leur sert de frontière normalement imperméable.

Et, dans chaque mythe, le rite de franchissement de la frontière est l’essentiel de la trame culturelle. Parce que, « un jour », des divinités ont traversé la frontière entre En-deçà et Au-delà, sont de descendues sur terre et remontées au ciel, il y a des carnavals et il y a des Pâques.  

EQUINOXES ET SOLSTICES

Equinoxes et Solstices

Etymologiquement, le terme « équinoxe » provient du latin « aequinoctium », de « aequus » qui signifie « égal » et « nox », « nuit ». Ceci parce qu’à l’équinoxe jour et nuit ont une durée identique. On appelle « équinoxe de printemps » ou « point vernal » l’équinoxe de mars dans l’hémisphère nord et l’équinoxe de septembre dans l’hémisphère sud. On appelle « équinoxe d’automne » celui de septembre dans l’hémisphère nord et de mars dans l’hémisphère sud.

Un équinoxe est un instant de l’année où le plan équatorial terrestre traverse le Soleil ; changeant d’hémisphère céleste. Ce jour-là, le Soleil est exactement au zénith sur l’équateur terrestre. La ligne d’équinoxe ou ligne équinoxiale est la droite d’intersection du plan de l’écliptique, qui est celui de l’orbite de la Terre, avec le plan de l’équateur céleste, qui est celui de l’équateur terrestre. Elle est perpendiculaire à la ligne des solstices ou ligne solsticiale. Un équinoxe ou point équinoxial est un des deux points d’intersection de la ligne des équinoxes avec la sphère céleste. Une année connaît deux équinoxes ou points équinoxiaux : le premier entre le 19 et le 21 mars ; le second, entre les 22 et 23 septembre. Par extension, on appelle « équinoxes » les jours de l’année pendant lesquels se produisent ces passages au zénith. Les dates des équinoxes sont liées par convention à celles du début du printemps et de l’automne.

CALENDRIER CELTE

Calendrier celte

L’équinoxe, particulièrement celui de printemps, est une date de référence pour de nombreux calendriers :

– Dans le calendrier persan, le « nouvel an », Norouz, le nouveau jour, coïncide avec l’équinoxe de mars.

– Le calendrier badï débute également lors de l’équinoxe de mars.

– Le calendrier liturgique romain calcule Pâques comme le premier dimanche suivant la première Pleine Lune de comput suivant l’équinoxe de mars. L’Eglise utilise le 21 mars comme référence pour cet équinoxe. Cependant, l’Eglise catholique romaine utilisant le calendrier grégorien et la plupart des Eglises orthodoxes le calendrier julien, la date précise de Pâques diffère.

– La Pâque juive a généralement lieu lors de la première Pleine Lune suivant l’équinoxe de printemps dans l’hémisphère nord ; quatre ou cinq fois tous les 19 ans, elle a lieu lors de la deuxième Pleine Lune.

– Dans les calendriers est-asiatiques traditionnels : chinois, coréen, vietnamien, etc…, l’équinoxe vernal et l’équinoxe automnal marquent le milieu du printemps et de l’automne. La fête de mi-automne est célébrée le 15e jour du 8e mois lunaire et est un jour de fête officiel dans plusieurs pays d’Asie.

– Au Japon, l’équinoxe vernal est une fête officielle, le « Shunbun no hi », littéralement « jour de l’équinoxe vernal ». L’équinoxe de septembre et le « Shùbun no hi », littéralement « jour de l’équinoxe automnal ».

– Le nouvel an tamoul et le nouvel an bengali suivent le zodiaque hindou et sont célébrés lors de l’équinoxe vernal sidéral (le 14 avril). Le premier est fêté dans le Tamil Nadu, le deuxième dans le Bengale-Occidental.

– Les habitants de l’Andhra Pradesh, du Karnataka et du Maharastra célèbrent l’ugadi, fixé par les Satavahana au premier matin suivant la première Nouvelle Lune après l’équinoxe de mars.

– Au Mexique, à Chichèn Itzà sur la pyramide de Kukulcàn, appelée aussi « El Castillo », il est possible aux équinoxes d’observer par jeu d’ombre l’apparition d’un serpent le long des escaliers.

– Dans plusieurs pays arabes, la Fête des Mères est célébrée lors de l’équinoxe de mars.

– La Fête des Moissons est célébrée au Royaume-Uni le dimanche de la Pleine Lune la plus proche de l’équinoxe de septembre.

– Dans le calendrier républicain commençant le 22 septembre 1792, mis en place le 6 octobre 1793, et utilisé entre 1793 et 1805, l’année débute lors de l’équinoxe de septembre. Le hasard avait fait que l’institution de la République, le lendemain de l’abolition de la royauté le 21 septembre 1792, ait lieu le jour de l’équinoxe d’automne. La date de chaque année était déterminée par observations et calculs astronomiques.

BELTAINE

La roue de Beltaine

(*) Beltaine est la troisième des quatre grandes fêtes religieuses de l’année celtique protohistorique, fêtée le 1er mai. C’est aussi le nom du mois de mai en irlandais et le nom du 1er mai en gaélique écossais. Elle vient après Samain et Imbolc, et marque la fin de la saison sombre et le début de la saison claire. Elle est en rapport avec Belenos, Lug et Belisama. Le principal rituel de Beltaine consiste en des feux allumés par des druides où le bétail passait afin qu’il soit protégé des épidémies pour l’année à venir. Beltaine est encore fêté aujourd’hui, notamment à Edimbourg lors du « Beltane Fire Festival » qui se tient chaque année le 30 avril sur Calton Hill.

BELIER - TAUREAU - RICHES HEURES DU DUC DE BERRY

Avril – Les Très riches Heures du Duc de Berry

Bibliographie

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Bordas

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LES VENUS DE VERSAILLES

(6.4 - L'Astrologie dans l'Histoire) par sylvietribut le 20-10-2016

Dès les temps primitifs, Vénus fut l’étoile des douces confidences, la première des beautés célestes à inspirer les amoureux dont le suave rayonnement capte une âme contemplative. Pour les astrologues Vénus a partie liée avec les effets d’attraction voluptueuse et d’amour, qui prennent naissance dans l’appétence organique du nourrisson au contact de sa mère, et se prolongent jusqu’à l’altruisme sentimental. Ce monde vénusien de l’être humain groupe dans une synergie affective de sensations, de sentiments et de sensualité, l’attrait sympathique vers l’objet, la griserie, le sourire, la séduction, l’élan de plaisir, d’agrément, de joie, de fête dans l’affinité et l’harmonie de l’échange, de la communion affective, ainsi que les états émotionnels qui communiquent le charme, la beauté et la grâce. C’est pourquoi Vénus apparaît dans toutes les mythologies sous les attraits les plus beaux. Qui pourrait rivaliser avec Aphrodite, protectrice de l’hymen et type achevé de la beauté féminine. Voilà sans doute pourquoi Vénus/Aphrodite ne peut qu’habiter Versailles après avoir séduit Louis XIV qui fit reproduire en cinq exemplaires, par des sculpteurs différents, la même Vénus, celle qu’on appelle la « Vénus Médicis ».

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Le salon de Vénus au château de Versailles

Ce salon fait partie du Grand appartement du Roi. Cette pièce est décorée sur le thème de Vénus. Elle servait de réception du temps de Louis XIV. Elle était desservie par l’escalier des Ambassadeurs.

Le décor du salon de Vénus reprend les grandes lignes du style romain encore à la mode dans les années 1670, avec abondance de marbres, de marqueterie de marbres polychromes, d’ornements antiques comme les colonnes ioniques, les niches, et de bronzes dorés.

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Centre du plafond du Salon de Vénus couronnée par les Nymphes – Salon de Vénus – Château de Versailles

Consacrés à Vénus, le plafond est dû à René-Antoine Houasse. Il s’organise autour d’une composition centrale : Vénus assujettissant à son empire divinités et puissances. Deux camaïeux entourent la composition, illustrés d’enlèvements célèbres de la mythologie : Amphitrite enlevée par un dauphin, à l’Est, et Europe emportée par un taureau, à l’Est également.  Ces deux tableaux sont eux-mêmes encadrés de camaïeux illustrant d’autres enlèvements de la fable : Pan et Syrinx, à l’Est, Neptune et Coronis et Saturne et Cybèle au sud, Apollon et Daphné à l’Ouest et au Nord, Borée et Orithye et même Pluton et Proserpine.

Dans les angles, ce sont des couples célèbres de la mythologie ou de l’Histoire antique : Antoine et Cléopâtre à l’angle Sud-Est, Thésée et Ariane à l’angle Sud-Ouest, Titus et Bérénice à l’angle Nord-Ouest et enfin, à l’angle Nord-Est, Jason et Médée.

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Vénus accroupie, parterre nord, petit parc de Versailles

Cette Vénus accroupie est aussi appelée Vénus pudique ou Vénus honteuse. Elle fut exécutée d’après une statue antique pour le parc du Château de Versailles par Antoine Coysevox (1640-1720). L’original de la statue se trouve au Musée du Louvre à Paris.

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Vénus accroupie de Coysevox

Coysevox était le sculpteur favori d’Hardouin-Mansart. Il exécuta pour Versailles des œuvres d’esprit baroque et antique. Etrange mélange pour un artiste qui ne se rendit jamais en Italie. Coysevox était originaire de Lyon. Il arrive à Versailles en 1679 pour la décoration de la galerie des Glaces et de la cour de Marbre. Pour le Salon de la Guerre, il réalisera le relief de Louis XIV victorieux. Chef-d’œuvre du baroque français, ce relief témoigne de la liberté d’invention et de la virtuosité du sculpteur. Son caractère baroque et son goût des riches matériaux apparaissent de nouveau dans la France triomphante du bosquet de l’Arc-de-Triomphe, toute de plomb doré. Toujours dans l’esprit guerrier, il réalisera le vase de la Guerre, en 1685, pour la terrasse du Château. Plus sereines que les répliques en marbre d’après l’antique de la Vénus accroupie et de la Vénus à la coquille pour les parterres Nord et de Latone. Aujourd’hui, ces statues sont au Louvre. Elles furent remplacées par des répliques en marbre ou en bronze.

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Vénus à la coquille

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Vénus à la coquille

Elle est en bronze, d’après le modèle du sculpteur Coysevox, conservé au château de Versailles. La fonte est l’œuvre de O. Trubert.

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Vénus à la coquille – Parc du château de Versailles

En fait, il existe deux Vénus à la coquille à Versailles.  Et celle qui est dans le parc du château est une statue drapée et celle qui est maintenant au Louvre. Dans les sculptures des jardins de Versailles, Coysevox s’exerça à copier les marbres grecs, notamment la Vénus de Médicis.

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La Vénus Médicis

Vénus de Médicis est une célèbre sculpture grecque en marbre représentant la déesse Aphrodite, Vénus pour les Romains. C’est une copie du 1er siècle avant Jésus-Christ d’une statue originale en bronze, du type de l’Aphrodite de Cnide, qui aurait été faite par un élève de Praxitèle. Elle est devenue un point de repère de l’évolution de la tradition classique occidentale.

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Vénus de Médicis – Parc du château de Versailles

Elle se trouve à la Galerie des Offices à Florence. La déesse est représentée dans une pose fugitive, comme surprise au moment où elle émerge des flots, ainsi que l’évoque un dauphin à ses pieds, qui pourrait ne pas faire partie du bronze original. On l’appelle aussi la « Vénus pudique ». La Vénus de Médicis est l’une des antiquités les plus copiées. Louis XIV n’en avait pas moins de cinq, des marbres exécutés par Carlier, Clérion, Coysevox et Frémery et un bronze réalisé par les frères Keller.

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Vénus sortant de l’onde et dite « Vénus Richelieu »

A Versailles, cette Vénus se trouve juste en face du bassin dit « du Miroir d’Eau », sur le tapis vert appelé l’Allée royale, parterre de pelouse du jardin de Versailles. Cette Vénus est inspirée de l’Antique, le torse est nu jusqu’à la draperie. Elle date de 1687 et fut restaurée au XVIIe siècle.

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Vénus Richelieu ou Vénus sortant du bain

Louis XIV commanda le bassin du Miroir vers 1702. La sculpture des deux dragons, qui encadrent le bassin, fut confiée à Jean Hardy. Installé sur trois niveaux, le bassin donne sur cinq allées et quatre statues dont celle de Vénus et d’Apollon.

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Vénus callipyge

Cette Vénus soulève son péplos pour regarder par-dessus son épaule ses fesses qui sont forcément superbes.

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Vénus callipyge

Aux XVIIIe et au XIXe siècle, on pensait que la statue illustrait une histoire de l’Antiquité classique, celle des deux jeunes filles de Syracuse qui essayaient de savoir laquelle des deux avait les fesses les mieux faites.

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La Vénus d’Arles

Elle est aujourd’hui au Musée du Louvre et cela depuis la Révolution française après avoir orné le château de Versailles pendant plus d’un siècle.

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La Vénus d’Arles

Elle tient son nom du lieu de sa découverte, à Arles. C’est une sculpture de marbre dégagée, en 1651, lors de la fouille des vestiges romains proches du théâtre antique d’Arles. A l’époque de sa découverte, elle fut l’antique de référence, mais aujourd’hui la restauration effectuée par Girardon au XVIIe siècle fait polémique bien que sa portée ait été très exagérée. Elle témoigne de l’histoire de l’Art à l’ère moderne. En outre, il s’agit vraisemblablement d’une copie romaine, mais elle constitue cependant l’une des traces majeures de la sculpture du second classicisme grec rattachée à l’œuvre de Praxitèle. Elle pourrait aussi être l’une des sources d’inspiration du mythe de l’Arlésienne.

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Vénus et Cupidon

Cupidon, du latin « cupido » qui se traduit par « désir », dans la mythologie romaine, dieu du désir amoureux dont la figure dérive de celle d’Eros, dieu grec de l’Amour. Cupidon était le fruit d’une aventure de Vénus, déesse de l’Amour et de la Beauté, avec Mars, dieu de la Guerre. Cupidon est le serviteur dévoué de sa mère.

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Vénus et Cupidon

Cupidon est surtout célèbre pour la passion amoureuse qui le lie à Psyché. Jalouse de l’éclatante beauté de la jeune fille, Vénus charge alors son fils de lui faire concevoir de l’amour pour le plus affreux des hommes. Mais, au moment d’accomplir sa mission, Cupidon s’éprend irrémédiablement de Psyché. Soucieux de ne pas lui révéler son identité, il ne la rejoint chaque soir qu’après la tombée de la nuit. Cependant, la jeune fille, dans l’esprit de laquelle ses sœurs ont semé le doute, veut un soir profiter du sommeil de Cupidon pour découvrir son visage, trahissant ainsi la confiance qu’il avait placée en elle. Cupidon s’enfuit et Psyché, désespérée, s’adresse à Vénus qui la réduit en esclavage. Ce n’est qu’après avoir surmonté de multiples épreuves que Psyché sera rejointe par Cupidon. Il gagne alors l’Olympe en compagnie de la jeune fille qui, accédant à l’immortalité, devient son épouse pour l’éternité. L’histoire de Cupidon et de Psyché symbolise le triomphe de l’amour contre l’adversité et les épreuves.

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Vénus au bain, dite « la Baigneuse »

Cette « belle, belle, sublime figure » émut Diderot et ses contemporains. Et Diderot de poursuivre : « ils disent même la plus belle, la plus parfaite figure de femme que les modernes aient faite ». Cet enthousiasme Diderot l’exprimera au Salon de 1767. Cette belle Vénus est l’œuvre du sculpteur Allegrain. La statue était visible dans l’atelier du sculpteur et elle fut unanimement admirée. La souplesse du travail du marbre insufflait à ce nu féminin l’élasticité et la sensualité de la chair. Allegrain ne sculpte pas le corps idéalisé d’une déesse, mais déploie le naturalisme charnel d’une femme. La fluidité des lignes, le sentiment des chairs pleines, la volupté du geste et le raffinement de la coiffure en font une œuvre éminemment sensuelle.

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Vénus au bain, dite « la Baigneuse »

En fait, c’est l’œuvre qui va révéler le sculpteur qui jusque là était demeuré obscur comme l’écrit Diderot à son ami le sculpteur Etienne-Maurice Falconet, en mai 1768 : « Eh bien cet Allegrain dont je n’avais jamais entendu parler, vient de faire une Vénus au bain qui fait l’admiration, même des maîtres de l’art ».

En 1755, avant d’accorder à Allegrain cette commande royale, le marquis de Marigny, Directeur des Bâtiments du Roi, avait sollicité l’avis de Charles-Nicolas Cochin, graveur, garde du cabinet des Dessins du roi, historiographe de l’Académie royale de peinture et de sculpture, et dont l’influence était vive sur la politique des arts. Force fut à ce dernier de reconnaître que le seul ouvrage connu de l’artiste était son morceau de réception, Narcisse. Allegrain obtint néanmoins la commande, en considération de la notoriété de son beau-frère, Jean-Baptiste Pigalle, sculpteur majeur du règne de Louis XV. Mais on lui délivra un bloc de marbre défectueux, dont on peut déplorer les veines et les tâches bleuâtres. L’esquisse exposée au Salon de 1757 n’attira pas l’attention. Dix ans après, le marbre fit sensation. Louis XV l’offrit en 1772 à sa favorite, Madame du Barry, qui le plaça dans le parc du château de Louveciennes et passa commande à l’artiste de « Diane surprise par Actéon » qui se trouve au Musée du Louvre, pour servir de pendant. Les deux sculptures saisies à la Révolution, sont entrées au Louvre avant 1824.

Le château de Madame du Barry se trouve à Louveciennes, dans les Yvelines, à moins de 10 km du château de Versailles. Anciennement appelé « Pavillon des Eaux » car il logeait sous Louis XIV Arnold de Ville, gouverneur de la Machine de Marly, le domaine, appartenant à la Couronne, passa par plusieurs occupants qui en firent un petit château.

Louis XV y logea, en 1769, sa favorite, Jeanne Bécu comtesse du Barry. Personnage contesté au sein de la cour du Roi, Madame du Barry trouva refuge à Louveciennes et resta exilée dans son château dès 1776, jusqu’à sa mort sur l’échafaud en 1793.

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Avec pas moins de 200 statues de marbre blanc et plus de 150 vases sculptés, le parc du château de Versailles est le plus grand musée à ciel ouvert du monde.

 

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JEAN DE LA FONTAINE ET L’ASTROLOGIE

(6.4 - L'Astrologie dans l'Histoire) par sylvietribut le 12-06-2014

Comme il semble que l’art d’Uranie ne fut point à son goût, je ne peux résister à porter à votre connaissance une fable oubliée mais finement écrite que La Fontaine livre à notre réflexion. De mon côté, je n’en reste pas moins philosophe sachant qu’il y aura toujours des détracteurs de tout et pour tout. Quant à La Fontaine lui-même, il n’était pas plus vertueux que les astrologues qu’il pourfend, n’a-t-il pas puisé largement ses fables dans l’œuvre d’Esope (*), sans pour autant toujours citer ses sources. A-t-il été un merveilleux fabuliste ? Ou bien un latiniste talentueux et donc un excellent traducteur ? A sa décharge, son époque étant l’entrée dans le rationalisme, il ne pouvait que vivre avec son temps et préconiser le renvoi des astrologues de l’Université, ce que Colbert s’employa à statuer. Toutefois, les astrologues ont toujours leurs petites entrées dans la cour des grands de ce monde, cela a toujours été et le reste aujourd’hui encore… L’Histoire fourmille d’anecdotes à ce sujet et aujourd’hui, les médias, pleins de sous-entendus, nous parlent en demi-teinte de qui consultent qui… 

LA FONTAINE - L'ASTROLOGUE QUI SE LAISSE TOMBER DANS UN PUITS

L’ASTROLOGUE QUI SE LAISSE TOMBER DANS UN PUITS

 

Un Astrologue un jour se laissa choir

Au fond d’un puits. On lui dit : « Pauvre bête,

                                                  Tandis qu’à peine à tes pieds tu peux voir,                                                

Penses-tu lire au-dessus de ta tête ? »

 

Cette aventure en soi, sans aller plus avant,

Peut servir de leçon à la plupart des hommes.

Parmi ce que de gens sur la terre nous sommes,

Il en est peu qui fort souvent

Ne se plaisent d’entre dire,

Qu’au livre du Destin les mortels peuvent lire.

Mais ce livre qu’Homère et les siens ont chanté,

Qu’est-ce que le Hasard parmi l’antiquité,

Et parmi nous la Providence ?

Or du Hasard il n’est point de science :

S’il en était, on aurait tort

De l’appeler hasard, ni fortune, ni sort,

Toutes choses très incertaines.

Quant aux volontés souveraines

De Celui qui fait tout, et rien qu’avec dessein,

Qui les sait que lui seul ? Comment lire en son sein ?

Aurait-il imprimé sur le front des étoiles

Ce que la nuit des temps enferme dans ses voiles ?

A quelle utilité ? Pour exercer l’esprit

De ceux qui de la sphère et du globe ont écrit ?

Pour nous faire éviter des maux inévitables ?

Nous rendre dans les biens de plaisir incapables ?

Et causant du dégoût pour ces biens prévenus,

Les convertir en maux devant qu’ils soient venus ?

C’est erreur, ou plutôt c’est crime de le croire.

Le firmament se meut ; les astres font leurs cours ;

Le soleil nous luit tous les jours,

Tous les jours sa clarté succède à l’ombre noire,

Sans que nous en puissions autre chose inférer

Que la nécessité de luire et d’éclairer,

D’amener les saisons, de mûrir les semences,

De verser sur les corps certaines influences.

Du reste, en quoi répond au sort toujours divers,

Ce train toujours égal dont marche l’Univers ?

 

Charlatans, faiseurs d’horoscope,

Quittez les cours des princes de l’Europe ;

Emmenez avec vous les souffleurs tout d’un temps ;

Vous ne méritez pas plus de foi que ces gens.

Je m’emporte un peu trop ; revenons à l’histoire

De ce spéculateur qui fut contrait de boire.

Outre la vanité de son art mensonger,

C’est l’image de ceux qui bâillent aux chimères

Cependant qu’ils sont en danger,

Soit pour eux, soit pour leurs affaires.

 

 

                                                                                                                                             Jean de LA FONTAINE

 

JEAN DE LA FONTAINEJean de La Fontaine s’est penché plusieurs fois sur cette question des horoscopes, des astrologues, des prédictions. Et d’autres fables existent traitant de ce sujet… A suivre donc…

 

 

 ESOPE(*) Esope  était un fabuliste grec (VIe siècle avant J. C.) qui, selon la légende, aurait été un esclave phrygien affranchi. On lui attribue la paternité de la fable comme genre littéraire. Le premier recueil de Fables date d’environ 325 avant J.C. Il est dû à Démétrios de Phalère. Le recueil original est perdu. Celui que connaissait La Fontaine comprenait 127 fables, traduites en latin. La Fontaine ne connaissait pas le grec, mais avait étudié le latin. Les fables d’Esope étaient écrites en prose et sans prétention littéraire. Il faut toutefois signaler que La Fontaine rendit hommage à Esope dans une de ses fables intitulée : « A Monsieur le Dauphin ».

 

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L’ASTROLOGIE AU MOYEN AGE

(6.4 - L'Astrologie dans l'Histoire) par sylvietribut le 22-09-2013

La fin du monde romain voit une régression de l’astrologie. L’Eglise la condamne formellement dans les différents conciles d’Occident. Celui de Laodicée interdit sa pratique aux prêtres et celui de Tolède menace de l’anathème quiconque « croit devoir ajouter foi à l’astrologie ou à la divination ».

Les conciles de Braga, d’Agde, d’Orléans, d’Auxerre, de Narbonne et de Reims confirment cette condamnation. La législation laïque n’est pas moins sévère. La loi salique, attribuée à Pharamond, condamne sans distinction les devins, les jeteurs de sorts et les astrologues. Charlemagne, de même, promulgue contre eux des édits, suivi en cela par les derniers rois carolingiens. Néanmoins, l’astrologie continue à fleurir en Europe, grâce en particulier aux philosophes arabes et aux cabalistes juifs d’Espagne, qui maintiennent la tradition de Ptolémée. Les lois sont rarement appliquées, au moins à l’encontre des astrologues et, au fil des ans, il devient de bon ton pour chaque seigneur d’avoir son tireur d’horoscopes attitré.

ASTROLOGUES ET LA LUNE

Astrologues au Moyen Age étudiant la Lune

L’Auvergnat Gerbert, qui devient pape sous le nom de Sylvestre II à la veille de l’an Mille, pratique l’astrologie ainsi que d’autres sciences hermétiques auxquelles il a été initié au cours d’un séjour d’études à Cordoue. Son accession à la papauté coïncide avec un retour en force de l’astrologie dans tout l’Occident médiéval.

Parmi les grandes figures de cette époque on peut mentionner  Michel Sicot, astrologue de l’empereur Frédéric II de Hohenstaufen ; Guido Bonatti, mort vers 1300, conseiller du condottiere gibelin Guido de Montefeltro qui n’engageait jamais un combat sans faire observer les astres ; Cecco d’Ascoli, favori de la cour de Florence avant d’être brûlé sous l’inculpation de sorcellerie en 1327 ; Lutbert Hautschild (1347-1417), abbé de Saint-Barthélemy d’Eeckhout, protégé du duc de Berry dont les célèbres Très Riches Heures sont ornées de symboles astrologiques ; Jacques Cœur qui pratique cet art conjectural en plus de l’alchimie, et Arnaud de Villeneuve (1235-1313), fort versé dans les sciences hermétiques, qui devient recteur de l’Université de Montpellier avant d’avoir des démêlés avec les autorités ecclésiastiques. Cependant, ce sont essentiellement Saint Thomas d’Aquin (1225-1275) et Roger Bacon (1212-1294) qui caractérisent la pensée astrologique du Moyen Age.

L'AUTOMNE - LES TRES RICHES HEURES DU DUC DE BERRY 

Septembre – Les Très Riches Heures du Duc de Berry

Au XIIe siècle, élève d’Albert le Grand que ses contemporains surnomment le « Singe d’Aristote », Thomas d’Aquin professe essentiellement la philosophie d’Aristote retrouvée, directement traduite du grec et débarrassée, selon sa propre expression, du « badigeon arabe ». Il croit donc tout naturellement à l’influence des astres sur la destinée humaine, mais sa tentative de conciliation de la pensée aristotélicienne avec le christianisme le conduit à ménager le rôle de la grâce en s’opposant à une astrologie déterministe, fidèle en cela à l’adage ancien « Astra inclinant, non necessitant », « les astres inclinent mais ne déterminent pas ». En somme, il admet que les astres exercent une influence indirecte « et par accident » sur les âmes. Ce sera pendant longtemps la théorie des nombreux dominicains, animés de la pensée thomiste, qui pratiqueront l’astrologie. Dans sa « Somme théologique », Thomas d’Aquin écrit : « Beaucoup d’hommes obéissent à leurs passions, auxquelles le sage résiste. C’est pourquoi, le plus souvent, ce qui est prédit d’après l’observation des astres au sujet des actions humaines se vérifie ». Les « actions humaines » en question concernant par exemple les labours ou la navigation, sur laquelle il mentionne l’influence de la Lune. Mais il indique aussi, reprenant un argument d’Origène : « Il faut bien se garder de croire que l’a liberté de l’homme soit soumise à l’influence des astres ; car alors, il n’y aurait plus de libre arbitre, sans lequel les hommes ne feraient aucun acte de vertu, digne de récompenses, ni aucune mauvaise action qui méritât d’être punie ». Il s’oppose donc au déterminisme astral intégral qui conduirait à la négation du libre arbitre et à l’idée d’une production planétaire, et donc hérétique, du divin.

SAINT THOMAS D'AQUIN

Saint Thomas d’Aquin

Pour le théologien, ce n’est pas l’idée que les astres puissent avoir une influence sur le comportement humain qui est en soi condamnable. Ce qui est « une abomination devant l’Eternel » c’est d’accorder une importance absolue à cette éventuelle influence au point de suggérer que le destin « est écrit », et donc que les hommes ne sont pas libres : « Loin de nous laisser impressionner par le déterminisme et par la fatalité que propagent les astrologues, même sans le vouloir, libérons-nous et diminuons les astres. Qu’ils nous éclairent et nous aident, mais ans toucher notre pleine responsabilité et liberté ». Thomas d’Aquin, Lettre à Reginald de Piperno.

Par un cheminement tout différent, certains franciscains, plus augustiniens qu’aristotéliciens, admirent tout unaniment le bien-fondé des théories de Ptolémée, quoique Saint Augustin lui-même en eût été un farouche adversaire.

ROGER BACON

Roger Bacon

Roger Bacon qui oppose « aux livres des Grecs le livre de la nature », c’est lui qui créa l’expression « sciences expérimentales », est persuadé que la mécanique céleste conditionne le comportement des hommes. On lui doit diverses recherches sur l’astrologie mondiale ainsi que la « théorie des élections », par laquelle il conseille de déterminer le moment propice pour commencer une action en observant les configurations astrales.

Autre astrologue, le franciscain Jean Fidanza (1221-1274) qui place Platon et saint Augustin bien au-dessus d’Aristote. Il fut béatifié sous le nom de Bonaventure qui lui a été donné par saint François lui-même. Il n’est désormais plus question de la légitimité de l’astrologie, quand bien même les condamnations des premiers conciles n’aient pas été abrogées.

LA TOUR ASTROLOGIQUE - PARIS

Paris – La Tour Astrologique

L’astrologie en France au Moyen Age

Ainsi, Robert le Pieux, Louis VII, notre saint roi Louis IX avaient leur astrologue attitré et Charles V, qui s’occupait aussi d’astrologie, fonda à Paris un collège d’astrologues.

Il en allait de même du très austère Louis XI qui consultait ses astrologues en toutes circonstances et n’entreprenait rien sans le conseil de son devin, Galeotti. Le roi avait une confiance sans limite en cet astrologue jusqu’au jour où celui-ci commit une erreur qui faillit avoir des suites désastreuses pour la royauté. Furieux, Louis XI convoqua l’incapable et lui posa une question redoutable : « Vous qui lisez si bien dans l’avenir, pourriez-vous me dire quand vous allez mourir ? ». Comme Galeotti avait le sens de la formule, il sauva sa peau en répondant : « Sire, ma science ne me permet pas de préciser cette date, mais je sais simplement que je mourrai trois jours avant Votre Majesté ». Et Louis XI de répondre prestement : « Allez en paix, allez en paix ! ».

Catherine de Médicis avait fait élever en son hôtel de Soissons une colonne, qui existe encore aujourd’hui près de la Bourse du Commerce, qui aurait pu servir à consulter les astres. Elle rencontra Nostradamus et eût plusieurs astrologues personnels dont celui qui est resté célèbre, Cosimo Ruggieri.

Louis XIII fut surnommé « le juste » parce qu’il était né sous le signe de la Balance.

L’astrologie était également en faveur sous les empereurs germaniques Charles IV et Charles Quint. Ce dernier avait prescrit l’enseignement de cette discipline, ce que préconisaient d’ailleurs bien des hommes éminents de l’époque.

ASTROLOGUE 

Bibliographie

Dictionnaire de l’astrologie – Jean-Louis Brau – Larousse

 

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ASTROLOGUES DU ROI ET ASTROLOGUES OFFICIELS

(6.4 - L'Astrologie dans l'Histoire) par sylvietribut le 17-08-2013

Quelle qu’ait été la suspicion dans laquelle la majorité des théologiens chrétiens tenait l’astrologie, la plupart des grands personnages du Moyen Age et de la Renaissance eurent leurs astrologues attitrés. Parmi eux, le Pape Sylvestre II, l’Empereur d’Allemagne Frédéric II et Alphonse X de Castille. En France, c’est avec la dynastie des Valois que les astrologues eurent leurs entrées à la Cour. Après Charles V qui prit comme astrologue Thomas de Pisan, père de la poétesse Christine de Pisan, fut créée la charge de « médecin-astrologue du roi », puis à partir du XVIe siècle « d’astrologue du roi ». Les Bourbons continuèrent la tradition et c’est seulement en 1682 que Louis XIV supprima définitivement ce poste.

Astrologues

Astrologue à la Renaissance

Il n’y a certes plus d’astrologues officiels depuis longtemps en Europe et dans les principaux pays développés, ce qui n’empêche pas des hommes d’Etat d’avoir parfois recours aux astrologues et aux voyants. Le rôle occulte de Madame de Thèbes (*) dans les coulisses de la IIIe République a souvent été évoqué et, en 1975, en Argentine, la présidente Isabelle Perón provoqua des tempêtes de protestations parce qu’elle avait choisi un Premier ministre adonné à l’astrologie. Il est également de notoriété publique que Madame Bandaranaike, Premier ministre du Sri Lanka, accorda naguère sa confiance aux astrologues.

Ce qui est beaucoup moins connu, c’est le recours à l’astrologie, et concurremment aux autres sciences occultes, pendant la Seconde Guerre mondiale. Les principaux chefs nazis, Hitler, Rosenberg, Himmler, Rudolf Hess, prenaient fréquemment conseil auprès de leurs astrologues. L’un d’eux, Karl Ernst Krafft, eut même un rôle politique certain en orientant les décisions d’Hitler, qui avait toute confiance en lui. Goebbels était sans doute beaucoup plus sceptique quant à la confiance à accorder aux prévisions astrologiques, mais il en tira parti dans la propagande anti-alliée.

nostradamus dans une carte du ciel 

Nostradamus

Après la fuite inexplicable en Angleterre, le 10 mai 1941, de Hess, le dirigeant allemand le plus lié aux milieux occultistes, les astrologues furent toutefois étroitement surveillés. Selon certaines informations, il semble que Heydrich en aurait interné un grand nombre, que Himmler aurait fait libérer par la suite pour utiliser leurs prévisions, mais Krafft, lui, trouva la mort à Oranienburg le 8 janvier 1945.

Dans le camp allié, les arts conjecturaux furent également mis en œuvre. Un astrologue hongrois devenu officier de l’Intelligence Service, Louis de Wohl, propagea des interprétations tendancieuses des prophéties de Nostradamus. Aux Etats-Unis, les astrologues qui prédisaient la chute de l’Axe recevaient une discrète aide officielle.

MADAME DE THEBES - CHIROMANCIENNE(*) Madame de Thèbes, de son vrai nom Anne Victorine Savigny, était une voyante et chiromancienne française. Elle exerçait son métier dans son salon de l’avenue de Wagram à Paris. Chaque année à Noël, elle publiait ses prophéties dans un Almanach qui jouissait d’une large diffusion. Elle aurait prédit entre autre : la guerre des Boers, la guerre russo-japonaise, le déclenchement de la Première Guerre mondiale, la mort violente du général Boulanger, la mort tragique de Catulle Mendès, la mort de William Thomas Stead et même l’affaire Caillaux. Elle a publié « L’Enigme du rêve : explication des songes » en 1908. Elle était née en 1845 et vécut jusqu’en 1916. 

Bibliographie

Dictionnaire de l’Astrologie – Jean-Louis Brau – Larousse

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UN DEVIN CELEBRE… LE COMTE DE CAGLIOSTRO

(6.4 - L'Astrologie dans l'Histoire) par sylvietribut le 21-05-2012

Que de mystère derrière ce célèbre personnage qui loua, en 1785, un hôtel particulier, l’hôtel de Bouthillier, au 1 rue Saint-Claude, Paris 3e, qui se faisait appeler Comte de Cagliostro. En effet, il existe deux versions quant à ses origines. La première, celle que son avocat, Maître Thilorier, fit connaître au parlement lors du procès de l’Affaire du collier de la Reine, et l’autre bien différente de la réalité.

D’après la première version, Cagliostro serait né en 1748, à Médine ou à Malte, où il aurait passé son enfance, logé dans le palais du Muphti et élevé par un gouverneur qui lui enseigna la botanique et la physique médicinales, la plus grande partie des langues de l’Orient, et avec qui, à douze ans, il partit en voyage à la Mecque, en Egypte, en Afrique, en Asie, à Rhodes, à Malte, où il perdit son gouverneur, en Sicile, dans les îles de l’Archipel, à Naples et enfin, en 1770, à Rome où « Sa Sainteté qui désirait le connaître lui accorda des conférences particulières ». Au cours de ces voyages il aurait pris différents noms dont, finalement, celui de Comte de Cagliostro.

Le Comte de Cagliostro

La version officielle le retrouve effectivement en 1770 à Rome, mais il y était venu dans des conditions bien différentes. L’illustre thaumaturge était né à Palerme en 1743, il se nommais Joseph Balsamo et était d’origine juive. A Naples, à 15 ans, il servit comme infirmier chez les Frères de la Miséricorde, religieux voués au soulagement des malades, qui lui apprirent quelques rudiments de pharmacie et de médecine. Chassé de Naples pour escroqueries, il dut quitter Naples pour Rome où il vécut de son habileté à imiter les écritures, à faire des faux, surtout des faux testaments.

Il épousa, en 1770, Lorenza Seraphina Feliciani, âgée de 16 ans, belle, assez riche, intrigante, mais ne sachant ni lire, ni écrire. Cagliostro dira : «  Il arrive souvent que les dames romaines les mieux élevées ne savent pas écrire ; c’est une précaution que l’on prend pour éviter les intrigues d’amour ».

 

Lorenza Seraphina Feliciani

Pourvu de la dot de Lorenza, le ménage voyage en Italie, en Espagne, au Portugal, d’où il gagne Londres. On est alors en 1772. En cours de route, il avait vendu des remèdes « pour guérir toutes sortes de maux sans exception et beaucoup d’autres encore ». A Londres, Balsamo utilisa les charmes de Lorenza ; c’est ainsi qu’elle reçut chez elle un honorable quaker qui dut verser 200 livres sterling lorsque le mari fit une apparition subite au moment même où il allait être outragé. En 1772 toujours, le couple vint à Paris où, la beauté de l’adroite Lorenza aidant, il vécut aux frais d’un avocat, connu sur le bateau qui l’amenait en France. Il retourna en Angleterre où il vécut de la vente d’indications infaillibles pour gagner à la loterie. Il repartit pour Bruxelles, puis les Etats Baltes, en Russie, en Pologne et en 1780 il arriva à Strasbourg.

Cagliostro était donné d’une imagination fertile dont il se servit pour duper ceux qui l’approchaient tout en se donnant comme bienfaiteur de l’humanité. Il se disait un de ces êtres que l’Eternel envoie parfois sur la terre pour la consoler. Le climat était favorable à tout ce qui rattachait au mysticisme et à l’illuminisme. Déjà, le comte de Saint-Germain, mort en 1784, faisait croire à la Cour de Louis XV qu’il possédait un élixir perpétuant la vie. Un autre illuminé, Mesmer, prétendait guérir nombre de névrosés par son « magnétisme animal » provenant de l’application de ses mains sur les êtres malades. Un de ces disciples, le marquis de Puységur, en 1784, devait trouver « le somnambulisme artificiel ».

Aussi Cagliostro n’eut pas de peine à mettre les têtes à l’envers en laissant croire qu’il pouvait changer le chanvre en soie, les métaux en or, faire des diamants. Il affirmait même qu’il avait assisté aux Noces de Cana, secondé François 1er à la bataille de Marignan et surtout qu’il guérissait les malades. On écrira même en 1783 que « sur 15 000 malades qu’il avait traités, ses ennemis les plus forcenés ne lui reprochaient que trois morts ».

L’emblème de Cagliostro

A Strasbourg, le crédule cardinal de Rohan voulut le voir ; aussitôt Cagliostro le guérit de l’asthme qui l’affligeait. Mais surtout il fabriqua devant lui un diamant dont il lui fit cadeau. L’année suivante, le cardinal conduisit le comte de Cagliostro pour quelques jours à Paris afin qu’il guérisse le maréchal de Soubise d’un commencement de gangrène. Cette arrivée avait été précédée par une grande publicité ; des colporteurs distribuaient gratuitement le portrait de Cagliostro sous lequel on lisait :

« De l’ami des humains reconnaissez les traits. 

Tous ses jours sont marqués par de nouveaux bienfaits…  

Il prolonge la vie, il secourt l’indigence, 

le plaisir d’être utile est sa seule récompense ».

Et c’est ainsi qu’une foule considérable vint le consulter ; son salon ne désemplissait pas de cinq heures du matin jusqu’à minuit. Ses remèdes infaillibles étaient de trois sortes : des bains avec de l’extrait de Saturne, une tisane dont, lui seul, connaissait la recette, des gouttes de sa composition. Par ailleurs, il évoquait les morts, prédisait l’avenir, procurait l’élixir de longue vie.

 

1 rue Saint-Claude Paris 3e

En janvier 1785, Cagliostro se fixa définitivement à Paris, à l’hôtel de la rue Saint-Claude, alors que toutes les négociations pour l’achat du collier « de la reine » étaient terminées ; Cagliostro fut donc tout à fait étranger à l’affaire.

Les visiteurs abondèrent et les carrosses prirent la file à la porte de l’hôtel de Cagliostro. Son grand succès d’alors était de faire connaître un événement qui se passait au même moment, soit à Pékin, soit à Rome, soit à Londres… Sur une table était un tapis noir, brodé en rouge de signes cabalistiques ; sur le tapis était une carafe, emplie d’une eau très pure, entourée de bougies allumées, d’épées nues croisées, de figurines égyptiennes, et même d’un crucifix. A genoux devant la carafe se tenait une jeune fille, appelée « la Colombe » ; elle devait posséder plusieurs particularités : être plus pure que l’eau de la carafe, avoir les yeux bleus et être née sous un certain signe du zodiaque. Le comte de Cagliostro tirait son épée, la posait sur la tête de la Colombe, et évoquait des génies ; alors l’eau de la carafe se troublait, la Colombe tombait en extase, entrait en transes ; c’était le moment de dire ce qu’elle voyait… Si elle se roulait à terre, Cagliostro la remettait en place, lui ordonnait de parler ; finalement, il lui arrachait des syllabes qu’il interprétait en disant quels personnages elle voyait, comment ils étaient vêtus, ce qu’ils disaient…

Chez le Comte de Cagliostro

L’hôtel de la rue Saint-Claude reçut des personnes le plus haut placées dans le monde de l’épée, de la finance, de la robe, tels le comte de Vergennes, ministre des Affaires étrangères, le marquis de Miromesnil, garde des Sceaux, le marquis de Ségur… et le cardinal Louis de Rohan. Celui-ci y venait trois à quatre fois par semaine car, écrivit-il à la comtesse de La Motte, Cagliostro et « le plus grand des hommes et Dieu même ».

Parallèlement à son existence de prophète, Cagliostro exploita l’idée de la franc-maçonnerie. Il installa à Paris la Loge Egyptienne dont il fut le Vénérable avec le titre de Grand Cophte, le duc de Luxembourg en étant le Grand Maître. Il en fonda une autre pour les dames, la Loge d’Isis, où s’inscrivirent Charlotte de Polignac, la comtesse de Genlis, la comtesse de Brienne…

Sa gloire se ternit le jour où on l’embastilla pour complicité dans la fameuse affaire du collier de la Reine. Après son acquittement par le parlement, quinze jours plus tard le 31 mai 1786, le retour de Cagliostro rue Saint-Claude, fut un véritable triomphe. 8 000 à 10 000 personnes l’attendaient. La cour, les escaliers, les appartements étaient pleins ; sérénades, vers, acclamations populaires, députation et bouquets des dames de la Halle, etc. Cependant, le lendemain, un exempt lui signifia de la part du roi, de quitter Paris dans les huit jours et la France dans les trois semaines. De Londres, où il arriva le 16 juin, il envoya une « lettre au peuple français » où il prophétisait la prise de la Bastille et sa transformation en place publique.

Forteresse de San Leo dans les Marches italiennes

En 1787, il se trouve à Bâle, puis à Turin, mais ayant eu l’imprudence de se rendre dans les Etats pontificaux, il y fut arrêté, avec Lorenza, en décembre 1789, comme « pratiquant la franc-maçonnerie ». En avril 1791 il fut condamné à mort, peine commuée par le pape en prison perpétuelle dans le château de San Leo, près d’Urbino dans les Marches italiennes, où l’illustre aventurier mourut le 26 août 1795, à 52 ans. Quant à Lorenza, elle avait été elle aussi condamnée à une réclusion perpétuelle, mais dans un couvent.

Beaucoup ne voient en Cagliostro qu’un adroit charlatan. Mais quelques-uns ne le reconnaissent pas en Balsamo et le considèrent comme un véritable thaumaturge, doué du don de prédire. Sa capacité à produire des effets surprenants est certaine, tout comme l’aisance dans laquelle il vivait.

Compte rendu d’une transmutation effectuée par Cagliostro. C’est un rapport détaillé relatant relatant façon dont, le 7 juin 1780, Cagliostro « fit » de l’argent dans une loge maçonnique de Varsovie, tel qu’un de ses membres le consigna dans une description de cette expérience : « Cagliostro me fit peser un livre de mercure que je possédais, déjà purifié. Avant cela il m’avait ordonné de distiller de l’eau de pluie jusqu’à ce que tout le liquide s’évapore, laissant un dépôt qu’il appelait « Terre Vierge » ou « secunda materia ». Il en resta environ 16 grains. Sur ses instructions, j’avais également préparé un extrait de plomb. Après que tous ces préparatifs furent achevés, il vint à la loge et me confia la tâche d’exécuter l’ensemble de l’opération de mes propres mains. Je fis ceci selon ses instructions dans l’ordre suivant : la Terre Vierge fut placée dans un ballon et la moitié du mercure y fut ajoutée. J’additionnai alors 30 gouttes d’extrait de plomb. Lorsque j’agitai un peu la fiole, le mercure apparut comme mort ou fortement congelé. Je versai alors le supplément d’extrait de plomb sur le mercure restant qui demeura non altéré. J’eux alors à placer ensemble les deux portions de mercure dans un ballon plus grand. Après l’avoir agité, tout le contenu prit en quelque sorte la même consistance solide. La couleur tourna au gris sale. L’ensemble fut alors agité dans un vase à moitié rempli. Cagliostro me donna ensuite un petit morceau de papier se révélant n’être que l’emballage de deux autres boulettes. Elles contenaient une poudre brillante de couleur carmin pesant sans doute en dixième de grain. La poudre fut mélangée dans un récipient et Cagliostro avala alors les trois papiers d’emballage. Pendant ce temps, je recouvrais le contenu du vase de plâtre de Paris, préalablement préparé avec de l’eau chaude. Comme le récipient était rempli, Cagliostro le prit de mes mains, y ajoutant encore plus de plâtre de Paris et pressant le tout de ses propres mains. Il me le rendit afin de sécher l’ensemble sur un feu de charbon de bois. Le vase fut placé dans un lit de cendres sur la fournaise à soufflerie. Le feu fut allumé et le récipient laissé ainsi pendant une demi-heure. Puis on retira du feu, grâce à une paire de pinces, et on le transporta dans la loge. Le vase y fut brisé et dans le fond reposait une masse d’argent pesant onces et demi… prit en quelque sorte la même consistance solide.

Bibliographie

Connaissance du Vieux Paris – Jacques Hillairet 

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QUELQUES DEVINS CELEBRES (suite)

(6.4 - L'Astrologie dans l'Histoire) par sylvietribut le 19-03-2012

Contrairement à Cazotte, Mademoiselle Lenormand traversa sans trop d’encombre la Révolution, puis l’Empire et la Restauration. Elle sera incontestablement la voyante la plus célèbre de cette époque troublée de l’Histoire de France.

Tout ce que l’époque comptait de célébrités se pressa dans le cabinet garni de meubles d’érable et de vases de porcelaine. Dans ses Mémoires, Mademoiselle Lenormand se souvient de Robespierre : « J’ai vu de près le farouche Maximilien et j’ai pu le juger, livré à lui-même. C’était un homme sans caractère. Superstitieux à l’excès, il se croyait envoyé par le ciel pour coopérer à une entière régénération. Je l’ai vu, en me consultant, fermer les yeux pour toucher les cartes, frissonner à la vue d’un Neuf de Pique… J’ai fait trembler ce monstre mais peu s’en fallut que je ne devinse sa victime ».

Mademoiselle Lenormand

Pendant le Directoire, le prestige de Mademoiselle Lenormand s’accroît. Vingt équipages superbes stationnent en permanence devant l’immeuble de la rue de Tournon et les clients, parmi lesquels Barras, Tallien, Talma, Fouché et Madame Récamier, sont obligés de venir deux fois pour avoir la chance d’être reçus.

Un jour, la voyante accueille une jolie veuve créole venue la consulter à propos d’un projet de mariage que désapprouve sa famille. La jeune veuve s’appelle Joséphine de Beauharnais et est amoureuse d’un petit officier corse sans argent et probablement sans avenir. Après avoir tiré les cartes, Mademoiselle Lenormand lui dit : « Votre petite officier est promis au plus grand avenir. Il surpassera tous les hommes de son temps. Il vous associera à sa gloire, mais attention… cette gloire sera passagère et votre amour vous coûtera bien des larmes ».

 

Mademoiselle Lenormand et Joséphine de Beauharnais

Napoléon Bonaparte, car c’était lui, s’intéresse de très près aux arts divinatoires et pratique lui-même la chiromancie et l’astrologie. A la veille d’une bataille, il tente d’en prévoir l’issue en scrutant les étoiles… Regardant un jour la paume de la main de Talleyrand, il s’écrit : « Mon génie étonné tremble devant le sien »…

Malgré la confiance qu’on lui accorde, Napoléon se méfie de Mademoiselle Lenormand et de la trop grande influence qu’elle semble avoir sur Joséphine, devenue sa femme. Sous un prétexte fallacieux, il demande au préfet de police de l’arrêter et de perquisitionner à son domicile. Dûment escortée par le commissaire et quatre agents de police, la voyante est conduite chez le préfet qui lui dit d’un ton goguenard : « Mademoiselle, vous qui prétendez prédire l’avenir, vous auriez bien pu prévoir ce qui vous arrive aujourd’hui ! ». « Je le savais, répondit-elle, mon horoscope se trouve dans l’un des cartons que vous avez saisis chez moi. Vous pouvez vous en assurer. Le préfet fait quérir le carton, brise les scellés et lit l’horoscope. L’arrestation est effectivement mentionnée noir sur blanc. Fouché, en personne ; vérifiera les dires de la Sibylle qui, sur ordre de l’Empereur, retrouvera sa liberté.

 

Arrestation de Mademoiselle Lenormand

Mademoiselle Lenormand se sent désormais une dette envers Napoléon et ne compte pas en rester redevable longtemps. Dans les jours qui suivirent la grâce impériale, elle s’empressa de le prévenir de se « garder du vent du Nord ». Nous sommes alors au mois de juin 1812 et Napoléon lance la Grande Armée vers Moscou. Six mois plus tard, les troupes françaises battent en retraite. 600 000 hommes périront lors de cette campagne, une majorité ne pourra résister à l’hiver russe marqué par un vent glacial, le vent du Nord.

Après la chute de l’Empire et la paix revenue, l’heure de la retraite n’est pas pour autant sonnée pour Mademoiselle Lenormand. Elle renoue avec l’écriture et signe ses mémoires ainsi que de nombreux essais. Elle mourra à Paris, le 25 juin 1843, à l’âge de 74 ans… alors qu’elle prévoyait de vivre jusqu’à 101 ans !

Mademoiselle Lenormand fut la plus célèbre voyante du XIXe siècle. Elle exerça une influence décisive sur la tradition de la cartomancie et le type de cartes qu’elle utilisait vint à porter son nom. Inutile de préciser qu’elle laissa à ses héritiers une fortune considérable.

 

Le Grand Jeu de Mademoiselle Lenormand

A suivre 

 

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QUELQUES DEVINS CELEBRES (suite)

(6.4 - L'Astrologie dans l'Histoire) par sylvietribut le 24-02-2012

A la veille de la Révolution française, un homme de 70 ans, poète et voyant occasionnel, formule l’une des prophéties les plus fulgurantes de cette fin du XVIIIe siècle. Il s’appelle Jacques Cazotte et dîne, par une agréable soirée de l’été 1788, chez la duchesse de Gramont, en compagnie d’éminentes personnalités de l’époque : Chamfort, Condorcet, La Harpe, Vicq d’Azur. Le repas est excellent, l’ambiance heureuse et joyeuse. La fixité du regard de Cazotte qui s’est retiré un peu à l’écart sur un banc du jardin, indique qu’il est tombé dans un état proche de la transe.

Jacques Cazotte

« Ca y est, pensent les convives, voilà que ça le reprend ! ». Histoire de s’amuser un peu, ils demandent au poète-voyant de donner à chacun des détails sur sa destinée. D’un air lugubre, Cazotte fixe intensément le visage des invités puis, commençant par Condorcet, lui déclare : « Vous mourrez sur le sol de pierre d’une cellule de prison, ayant absorbé du poison pour tromper le bourreau, poison que la félicité de ces temps-là vous contraindra à porter toujours sur vous ».

A Chamfort, il dit : « Vous, vous vous ouvrirez les veines avec un rasoir, vingt-deux fois, mais vous ne mourrez que quelques mois plus tard ».

Jean de La Harpe, dramaturge athée, s’entend prédire une conversion au catholicisme pur et dur, et à Vicq d’Azur, il prédit le suicide. Cazotte termine sur l’annonce de sa propre exécution, par la guillotine.

Passablement déprimés, les invités rentrent chez eux et La Harpe consigne sur un carnet les sinistres et stupides prophéties de Cazotte afin de pouvoir le ridiculiser quand le temps l’aura fait mentir.

Un an après ce dîner, la Révolution bouleversait la France. En 1793, pour échapper à une arrestation, Chamfort s’ouvre vingt-deux fois les veines et meurt deux mois après. En 1794, Condorcet préfère s’empoisonner plutôt que d’avoir le corps coupé en deux par la guillotine.

Emprisonné dans un donjon, La Harpe est ébloui par la révélation divine et se convertit au catholicisme. Après sa sortie de prison, il entre dans un monastère où il meurt en 1803. Ces notes sur les prophéties de Cazotte seront publiées en 1806.

Quant au poète-voyant, Cazotte, il fut guillotiné, comme il l’avait prédit, le 25 septembre 1792. A part Vicq d’Azur, mort d’une forte fièvre et non d’un suicide, Cazotte ne s’est pas trompé d’un iota. Tout s’est passé exactement comme il l’avait prédit.

 

A suivre

 

 

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HISTOIRE DE L’ASTROLOGIE

(6.4 - L'Astrologie dans l'Histoire) par sylvietribut le 24-01-2012

« En tant que mortel, je sais que je suis né un jour, mais quand mon regard suit la course circulaire des innombrables étoiles, mes pieds ne touchent plus terre ; j’implore Zeus de me régaler d’ambroisie, la nourriture des dieux ». Ce texte de Ptolémée (°) exprime bien la poésie mystique relative au ciel et aux étoiles qui, durant des siècles, ont exercé une véritable fascination sur l’imagination des astrologues.

Dans le Timée, Platon enseigne que la raison d’être de la vision est non pas de trouver notre nourriture quotidienne, mais bien l’observation du ciel. En effet, grâce à cette contemplation, nous mettons notre âme en harmonie avec l’ordre divin. Depuis les premières spéculations humaines jusqu’à nos jours, l’astronomie, science objective, a été intimement liée à l’astrologie – qui recherche la signification transcendantale de notre vie, qui explique la destinée par le mouvement des étoiles et des planètes.

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Calendrier égyptien

 

L’astrologie s’est développée à partir d’un ensemble complexe, associant les croyances babyloniennes et perses, le calendrier cosmologique égyptien et la philosophie grecque. Sous sa forme classique, avec ses théories de base, et notamment celle qui concerne les douze signes du zodiaque et leur signification, elle a été constituée, pour l’essentiel, durant la période hellénistique, âge fécond où la civilisation grecque a pénétré de nombreuses cultures, après 334 av. J.C., de la Méditerranée jusqu’au nord de l’Inde, dans le sillage des conquêtes d’Alexandre le Grand. Pour presque toutes les civilisations, les clés se trouvent dans le Soleil, la Lune et les étoiles ; certaines d’entre elles ont en outre développé un système de divination à partir d’une structure du temps et d’un calendrier.   

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Calendrier aztèque

 

C’est ainsi que les Aztèques et les Mayas d’Amérique centrale ont utilisé un calendrier prophétique dérivé de leur système de comptage par groupe de 20 jours ; de même, les anciens Chinois ont développé un mode de prédiction reposant sur des cycles de 60 jours et de 60 années. 

Cependant, l’astrologie actuelle repose sur une donnée complémentaire essentielle, la relation existant à un moment donné entre la position des corps célestes, particulièrement celle des planètes, et les événements du moment. Comme la science des calendriers, la divination fondée sur le mouvement des planètes demande une connaissance extrêmement précise de l’astronomie et, en même temps, l’établissement d’une table d’interprétation des qualités attribuées à chacun des astres. 

Au Ve siècle avant J. C., les Babyloniens ont combiné ces éléments pour mettre au point les premiers horoscopes – des cartes du ciel précises pour un moment et un lieu donnés. Ainsi est née l’astrologie proprement dite, c’est-à-dire l’analyse du caractère et du destin d’un individu, partant essentiellement de l’horoscope dressé au moment de sa naissance. 

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Le disque de Chevroches – Nièvre

 

Dans ses débuts, l’astrologie semble avoir été marquée par une tendance au fatalisme. Le ciel appartenait toujours aux dieux, mais comme les prévisions astronomiques gagnaient en assurance, il devenait possible anticipant le mouvement des planètes, de prédire leurs volontés. Les philosophes stoïciens grecs et romains considéraient le monde comme un tout, chacune de ses parties constitutives étant en étroite relation avec les autres. Ils étaient donc en phase avec les astrologues, et ceux-ci (à part quelques exceptions) les ont toujours considérés comme des alliés. Dans ses Astronomiques, le poète latin Manilius décrit parfaitement le lien pouvant être établi entre le stoïcisme et la divination astrale : « Le monde est guidé par son destin ; toute chose se déroule selon des lois immuables… La naissance de chacun de nous est prédéterminée, tout comme le nombre d’années et les fortunes diverses que nous aurons à vivre… ».  

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Monnaie à l’effigie du Capricorne

A Rome, l’astrologie a eu une réelle influence sur la vie politique, à tel point que lorsqu’Octavien est devenu l’empereur Auguste, en 27 avant J. C., il a fait battre monnaie à l’effigie du Capricorne, pensant que c’était son signe lunaire. En fait, cette initiative inaugura une période de troubles et d’intrigues politiques. De même, l’historien Tacite relate que l’empereur Tibère avait recours à l’astrologie pour identifier ses rivaux potentiels et que, avant de parvenir au trône impérial, il fit plusieurs fois appel à des astrologues. Mécontent de leurs prédictions, il les précipitait du haut d’une falaise, sur le chemin qui conduisait à sa résidence. Quand vint son tour, l’astrologue Thrasyllus prédit l’ascension du proconsul jusqu’au pouvoir. Méfiant, Tibère demanda à l’astrologue s’il était capable de prédire ce qui lui arriverait à lui, Thrasyllus, ce jour même. L’astrologue, ne connaissant que trop bien le sort réservé à ses prédécesseurs, y vit anguille sous roche ; après avoir étudié la position des planètes, il déclara en tremblant que cette journée, pour lui-même, pourrait bien être la dernière. Impressionné, Tibère le félicita et, depuis ce jour, tint les prédictions de l’astrologue, revenu de loin, pour parole d’évangile. En l’an 14, Tibère devint empereur et pris l’intuitif Thrasyllus pour conseiller.  

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Ptolémée 

 

(°) Ptolémée : astronome grec du IIe siècle après. J.C., né probablement à Ptolémaïs Hermiu (Haute-Egypte), auteur d’une Composition mathématique ou Almageste et d’une Géographie qui a fait autorité pendant le Moyen Age et la Renaissance. Il plaçait la Terre au centre du monde en un point fixe. 

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Zodiaque romain 

Bibliographie  

 

Le langage secret des Etoiles et des planètes – Geoffray Cornelius/Paul Devereux – Editions SOLAR 

 

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QUELQUES DEVINS CELEBRES (suite)

(6.4 - L'Astrologie dans l'Histoire) par sylvietribut le 20-01-2012

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, sous le règne de Louis XIV, la divination perd son caractère mystico-religieux pour devenir une discipline pratique et populaire, exercée avec succès par une pléthore de cartomanciennes, chiromanciennes et oniromanciennes. En même temps que la science progresse et que Colbert chasse avec fracas les astrologues de l’Université, de ravissantes devineresses s’exercent à manier aussi bien les cartes que l’arsenic. C’est l’époque des empoisonneuses, dont les plus célèbres furent la Voisin et la Brinvilliers. Leurs talents consistaient non seulement à prévoir le destin, mais à lui donner un petit coup de pouce à l’aide d’une pincée de sulfure rouge ou d’un bouquet de roses parfumées à l’arsenic.

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La Voisin

Alors qu’elle vient d’être arrêtée à la sortie d’une messe noire, le 12 mars 1679, la Voisin fit au lieutenant général de police La Reynie une intéressante déclaration sur ses très nobles clientes : «  Les unes demandaient si elles ne deviendraient pas bientôt veuves, parce qu’elles en épouseraient quelque autre et presque toutes demandent et n’y viennent que pour cela. Quand ceux qui viennent se faire regarder dans la main demandent quelque chose autre, ce n’est néanmoins que pour venir à ce point et pour être délivrés de quelqu’un ».

Au cours de sa fructueuse carrière de voyante assassine, la Voisin fit passer pas moins de 2 350 personnes de vie à trépas. Elle fut décapitée et brûlée le 22 février 1680, après avoir refusé la confession et le crucifix, ce qui tout compte fait était plutôt honnête de sa part.

Les empoisonneuses ne détellent pas pour autant et Colbert doit, pour mettre fin à leurs criminelles activités, faire signer au Roi, en 1682, une ordonnance contre les devins, sorciers, magiciens et empoisonneurs.

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La Marquise de Brinvilliers

Au XVIIIe siècle, la voyance acquiert peu à peu la forme que nous lui connaissons aujourd’hui. Les cartomanciens deviennent des professionnels comme les autres, exerçant en cabinet, se faisant connaître par la publicité et le bouche-à-oreille. C’est le début de la voyance commerciale, tarifée et rassurante.  

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Aliette dit Etteila

Certains y font fortune, tel Aliette, plus connu sous le nom d’Etteila, pseudonyme formé par l’anagramme d’Aliette. Ancien coiffeur, vivant chichement de leçons d’arithmétique et de géométrie, Aliette préfère se recycler dans une astrologie vaguement assaisonnée d’alchimie et de chiromancie. Il devient célèbre en commercialisant, en 1757, un jeu de tarots, immortalisé sous l’appellation « Tarots d’Etteila », accompagné d’une méthode pratique sur l’art de tirer les cartes. Il prétend avoir exhumé la symbolique du jeu d’un livre sacré de l’antique Egypte, le livre de Thot, miraculeusement sauvé de l’incendie de la bibliothèque d’Alexandrie. Bien qu’écrit dans un français épouvantable et criblé de fautes d’orthographe, le traité d’Etteila devient un tel best-seller que son auteur ouvre bientôt un cabinet dans un quartier chic de Paris où il pratique, comme il se doit, des tarifs rédhibitoires. L’histoire de l’obscur coiffeur devenu millionnaire est exemplaire et étonnamment moderne. Combien de gagne-petit connaissent aujourd’hui la fortune pour avoir troqué la machine à écrire ou l’outil de l’ouvrier contre la boule de cristal ?

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Le tarot d’Etteila

A suivre

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