DANS L’HERBIER DE LA BALANCE… LA VERVEINE

(6.6.7 - LES MYTHES DE LA BALANCE ET DE VENUS) par sylvietribut le 06-10-2016

On l’appelle aussi Verbena officinalis, Verveine officinale, Verveine commune ou des champs, herbe aux sorciers, herbe aux enchantements, herbe sacrée, herbe à tous les maux, guérit-tout, herbe du foie, herbe du sang. Les verveines sont des plantes de la famille des Verbenaceae.

Les Romains l’avaient dédiée à Vénus. Ils l’appelaient « Veneris herba » : herbe de Vénus ou « Veneris vena » : veine de Vénus, car ils la croyaient propre à rallumer les feux d’un amour près de s’éteindre ; ils en offraient des bouquets porte-bonheur pour le nouvel an, la mettaient à tremper dans de l’eau dont ils arrosaient les salles de banquet afin de réjouir le cœur des convives.

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Verveine

Chez les Gaulois, les druides, avant le sacrifice, lavaient leurs autels avec de l’infusion de fleurs de verveine alors que chez les Germains, les prêtresses s’en couronnaient. Plus tard, elle entra dans la confection de la plupart des philtres, surtout ceux d’amour. Elle servait aussi à prédire l’avenir, à jeter des sorts ou à les lever. Par exemple, le chasseur qui pensait avoir ratait son gibier parce qu’on avait ensorcelé son fusil, annulait le « mauvais œil » en frottant son arme avec de la verveine.

Pour protéger les maisons contre les esprits malins, on accrochait une branche de verveine à la porte. Aujourd’hui, certains disent encore qu’un enfant qui porte sur lui un brin de verveine qu’il sera bien élevé, éveillé, de bonne humeur et qu’il aimera les sciences.

La verveine a été, partout et longtemps, la plante magique par excellence. Si bien que le célèbre médecin Matthiole était encore en droit d’écrire à la fin du XVIe siècle : « Les magiciens perdent leur sens et entendement à l’endroit de cette herbe. Car ils disent que ceux qui s’en seraient frottés obtiendront tout ce qu’ils demanderont, ayant opinion que cette herbe guérit des fièvres et fait aimer la personne, et en somme, qu’elle guérit de toutes maladies et de plusieurs autres ».

Dans le calendrier républicain français, le 27e jour du mois de Prairial est officiellement dénommé « jour de la verveine ».

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La verveine – Planche botanique

Cette verveine associée à tous ces prodiges, est, bien entendu, l’’espèce indigène qui pousse spontanément en Europe depuis toujours, car il existe une autre variété, généralement plus connue, originaire d’Amérique u Sud, vraisemblablement du Chili, qui n’a été acclimatée, puis cultivée chez nous qu’après l’époque des grands navigateurs découvreurs de terres nouvelles.

Quoi qu’en disent certains auteurs, c’est la première, la sauvage offerte gratuitement par la nature, qui possède les vertus les plus marquées. D’ailleurs, c’est elle qui est « officinale » tandis que sa sœur venue du Nouveau Monde est connue des botanistes sous les noms de « Verbena triphylla », parce que ses feuilles sont groupées par trois sur sa tige ; et « Verbena citriodora » parce qu’elle dégage une odeur citronnée qui lui vaut d’être baptisée aussi « citronnelle ».

La verveine des champs pousse au bord des chemins et des fossés, en lisière des forêts, dans les prés sablonneux. Elle ne dépasse guère 40 à 60 cm de haut. Ses tiges principales sont quadrangulaires. Ses feuilles sont opposées deux par deux, élégantes car très découpées en lobes inégaux, le terminal était beaucoup plus grand. Ses fleurs sont petites, mauve pâle, avec un calice à cinq lobes, disposées au sommet des rameaux en épis assez allongés. Elle est légèrement aromatique quand on l’écrase.

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La verveine officinalis

L’autre verveine, au contraire, se fait remarquer par sa forte odeur qui lui vaut d’être désignée communément sous l’étiquette parlant de « verveine odorante » et qui la fait employer aussi bien en parfumerie que pour masquer le goût désagréable de certaines tisanes.

Cultivée dans les régions méditerranéennes, c’est un véritable arbuste qui atteint souvent la taille d’un homme. Ses feuilles sont en forme de lance et ses fleurs, petites, rose violacée, en épis terminaux, sont en fait son seul point commun avec sa sœur.

Différentes dans leur aspect, les deux verveines le sont également dans leurs composants. L’analyse a démontré que la première est de loin la plus riche ; elle contient notamment un glucoside amer, la verbénaline, qui agit sur le foie et qui est tenu pour tonique, digestif, antinévralgique et fébrifuge. C’est pourquoi, lorsqu’on le peut, il est conseillé de leur accorder la préférence.

La verveine se prend en décoction légère : 50 gr de plante séchée : sommités fleuries et feuilles séchées à l’ombre le plus rapidement possible afin de leur conserver leurs couleurs, pour un litre d’eau ; tremper à froid pendant dix à quinze minutes ; chauffer et faire bouillir seulement quelques secondes ; laisser infuser dix minutes. On peut en boire trois à quatre tasses par jour.

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Tisane de verveine

La verveine est indiquée contre les maladies du foie, la jaunisse en particulier, mais aussi de la rate, la congestion de l’organe, et des reins car c’est un excellent diurétique, mais également en cas de digestions difficiles, de diarrhée, les gaz fébriles. On a même comparé son action à celle de la quinine. Elle est efficace également en cas de règles douloureuses et irrégulières, surtout lorsqu’elles sont accompagnées de migraine.

La verveine est également à usage externe, on fait cette même décoction, au besoin un peu plus corsée en augmentant la dose de plante, s’applique en compresses pour nettoyer et cicatriser les plaies et les ulcères, pour soulager la douleur en cas de foulure, d’ecchymoses et de névralgies faciales ; elle est indiquée en gargarismes contre les maux de gorge, en gains de bouche contre l’inflammation des gencives et la mauvaise haleine. Badigeonnée sur le front et les tempes, elle calme les maux de tête.

Une décoction concentrée ajoutée à l’eau de la baignoire procure un bain délassant et réparateur. Compter un sachet de 200 grammes pour deux litres d’eau.

Les cataplasmes de verveine appliqués le plus chaud possible, s’emploient couramment à la campagne en cas de lumbago et de points de côté douloureux. Compter deux grosses poignées de plante fraîche écrasée ou de plante séchée trempée à froid dix minutes, puis bouillies quelques secondes dans le minimum de vinaigre de vin.

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Bibliographie

Nos grand-mères savaient – La vérité sur les plantes et la vie naturelle – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont.

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DANS LA MYTHOLOGIE DE LA BALANCE… ADONIS

(6.6.7 - LES MYTHES DE LA BALANCE ET DE VENUS) par sylvietribut le 05-10-2015

Adonis est en effet intimement lié à la Balance car il symbolise le passage d’une période de six mois au cours de laquelle le jour l’emporte sur la nuit, à une période d’égale durée consacrant le triomphe des ténèbres sur la lumière.

L’histoire d’Adonis est tout à fait particulière. Il était le fils du roi de Chypre, Cinyras, et de la fille de ce dernier, Myrrha. Il jaillit de sa mère transformée en arbre à myrrhe en punition de son inceste. Et voici le détail de l’histoire. Cinyras, tout roi qu’il était, s’attira un jour le courroux de Vénus en soutenant que la beauté de sa fille Myrrha éclipsait celle de la déesse, que ses rivales elles-mêmes, les déesses Héra et Athéna, avaient reconnue comme la plus belle.

LA NAISSANCE D'ADONIS

La naissance d’Adonis

Notez au passage que Vénus n’est pas tout à fait simple et douce comme on a tendance à le croire et sa vengeance vu des plus cruelles. Elle inspira à Myrrha un amour incestueux pour son père. Une nuit, Myrrha réussit à s’unir à son père en surprenant sa bonne foi. Ainsi fut conçu le futur Adonis. Quand le roi Cinyras découvrit son crime, il entra dans une violente colère et bannit sa fille.

Myrrha dut fuir en Arabie où, pour la protéger, les dieux la changèrent en arbre à myrrhe. Quand la grossesse fut venue à son terme, l’arbre s’ouvrit pour permettre à l’enfant de venir au monde.

ADONIS ET VENUS - CANOVA

Adonis et Vénus – Canova

Dès sa naissance, les nymphes qui habitaient le bois prirent Adonis sous leur protection et le cachèrent dans une grotte. Sa croissance fut rapide et les nymphes l’élevèrent jusqu’au moment où, devenu un bel adolescent, il partit pour la Phénicie. Et, c’est là qu’il vit Vénus. Le cœur de la déesse s’enflamma aussitôt pour le jeune homme et elle devint si éprise de lui qu’elle délaissa la compagnie des dieux pour suivre son bel amour qui chassait dans les montagnes du Liban.

Mars, l’amant éternel de Vénus, en conçut une profonde jalousie. Il ne pouvait accepter que Vénus lui préférât un simple mortel. Il se changea en sanglier et, un jour de la fin de l’été qu’Adonis chassait dans les bois, il se jeta si furieusement sur lui qu’il le blessa mortellement d’un coup de boutoir à la jambe. Prévenue trop tard, Vénus ne put soustraire son amant à la mort. Cependant, une goutte du sang d’Adonis tomba par terre et Vénus versa une larme sur la goutte du sang, ce qui donna naissance à une belle anémone.

L'ANEMONE ROUGE LA FLEUR D'ADONIS

L’anémone d’Adonis

Adonis descendit donc aux Enfers où il fut aimé de Perséphone, la reine des Ombres. Ce fut alors à Vénus de connaître la jalousie. Voici comment cela se passa. Adonis fut envoyé par Vénus dans un coffre en bois à Perséphone afin que celle-ci le garde en sécurité. Cependant Perséphone s’éprit d’Adonis et le disputa à Vénus. Elle alla confier son chagrin à Jupier qui rendit un jugement digne de la Balance, ménageant l’amour-propre des parties en présence : Adonis passerait quatre mois avec Vénus, quatre autres mois avec Perséphone, et ensuite il serait libre pendant les quatre derniers mois. En fait, Jupiter n’avait pas trouvé tout seul cette solution. Il avait demandé à Calliope de résoudre la querelle. Et c’est elle qui ordonna au jeune home de passer un tiers de l’année avec Vénus, un tiers avec Perséphone et le dernier tiers avec la personne de son choix. Dans un premier temps, la solution de Calliopé sembla apaiser les tensions entre les deux déesses. Cependant, si Adonis respecta à la lettre les exigences du roi de dieux, il choisit de consacrer le tiers de l’année restant à Vénus afin de vivre pleinement son amour pour elle. Dès lors, le partage n’était plus équitable et l’amour qui liait Vénus à Adonis attisa la convoitise des autres dieux, car si la déesse de l’Amour, épouse légitime d’Héphaïstos, avait coutume de multiplier les infidélités, elle semblait cette fois-ci véritablement éprise de son jeune amant. Et c’est précisément là que Mars, fou de jalousie, intervint. Pourtant d’autres prétendent qu’Apollon, le dieu des Arts et de la Divination, entre autres, fut à l’origine de la mort d’Adonis. Apollon était furieux contre Vénus qui avait redu aveugle son fils, Erymanthos, pour l’avoir surprise nue au bain et c’est pourquoi Apollon aurait arraché son bel amant à la belle déesse.

Les amours d’Adonis avec Vénus et Perséphone symbolisent le cycle des saisons et leurs capacités à produire des richesses dont les hommes pouvaient profiter. On reconnaît dans ce mythe une personnification des forces productrices de la nature et une image du rythme des saisons.

C’est pourquoi quand l’automne ramenait le Soleil dans le signe de la Balance, les Grecs célébraient la mort d’Adonis. Au cours des fêtes données en son honneur, son image était déposée sur un lit au milieu des fleurs, des parfums et des fruits. Le lendemain, escortée par des pleureuses, l’image d’Adonis était confiée à la mer. Cependant, dès qu’elle avait disparu dans la mer, les cris d’allégresse, saluant son prochain retour, succédaient aussitôt aux cris de douleurs.

De nouveau revient avec la Balance la notion d’équilibre entre la joie et la douleur, les regrets du bel été disparu et l’espérance du renouveau printanier. En effet, lorsque le Soleil franchissait les portes du Taureau, l’autre domicile de Vénus, les Grecs fêtaient le retour d’Adonis. Dans le monde catholique, le mois de mai, mois du Taureau, est consacré à Maris, vierge-mère ; le rapprochement entre Vénus et Marie, toutes deux objets d’un culte très populaire, ouvre des perspectives qu’il serait intéressant d’explorer.

Dans le culte rendu à Adonis se mêlaient les influences des deux Vénus, celle du Taureau et celle de la Balance. L’amour-passion de la première, Vénus-Astarté, se termine tragiquement, comme c’est aussi parfois le cas dans la vie ; l’amour de la seconde, Vénus-Uranie, est beaucoup plus impersonnel puisqu’il accepte le partage avec Perséphone. Cet amour dégagé des entraves de la passion rétablit la paix et la joie dans les cœurs.

Enfin, dans l’herbier de la mythologie, Adonis est associé à la myrte et à la rose, cette dernière étant une des fleurs de Vénus et donc de la Balance et du Taureau.

MORT D'ADONIS

Mort d’Adonis

Bibliographie

Le Grand Livre de la Balance – Henri Latou – Tchou

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DANS L’UNIVERS DE LA BALANCE… LE PARFUM

(6.6.7 - LES MYTHES DE LA BALANCE ET DE VENUS) par sylvietribut le 15-10-2014

L’origine du mot « parfum » serait « per fume » qui signifie « par la fumée », sans doute par l’usage qu’en faisait les anciens pour leurs fumigations sacrées, médicinales ou rituelles, comme c’est le cas de l’encens. Toutefois, c’est tardivement que le mot « parfum » apparaît dans la langue française. On ne note aucune mention avant 1528. Il est dérivé du verbe « fumer ». Il évoqua longtemps des substances odoriférantes qui se brûlaient avant de prendre son sens actuel au XVIIe siècle.

Le parfum agréable dont parle la liturgie catholique est l’un des éléments de l’offrande sacrificielle, destinée à la faire agréer par la Divinité. Les aromates jouaient un rôle particulièrement important dans les rites des Hébreux. De même, dans les cérémonies religieuses des Grecs et des Romains, les parfums étaient largement employés : on les répandait sur les statues des dieux, les cadavres étaient embaumés, des flacons étaient déposés dans les tombes, la stèle même en était frottée.

LE PARFUM DES EGYPTIENNES

Egyptiennes se parfumant

En fait, c’est dès le néolithique que l’homme se frotte avec des essences et des aromates, sans doute pour impressionner les proies qu’il va chasser. De nombreuses tablettes cunéiformes informent que l’usage et le commerce du parfum étaient connus dès les Sumériens. Tous les peuples antiques en ont fait une grosse consommation et notamment les Egyptiens. Alexandrie possédait d’importantes fabriques de parfums à base de cannelle et d’encens. Les prêtres-fumeurs les utilisaient en fumigations.

En Egypte, les essences des parfums étaient extraites et mêlées dans les temples ; les déesses étaient censées éclipser toutes les femmes par leur parfum. La subtilité insaisissable, et pourtant réelle, du parfum, l’apparente symboliquement à une présence spirituelle et à la nature de l’âme. La persistance du parfum d’une personne, après le départ de celle-ci, évoque une idée de durée et de souvenir. Le parfum symboliserait ainsi la mémoire, et peut-être serait-ce l’un des sens de son emploi dans les rites funéraires.

Pour en revenir aux Grecs, ils se parfumaient à l’image des dieux pour en obtenir protection et bienveillance. Toutefois, le parfum eut aussi un usage profane, notamment de la part des femmes qui l’utilisaient pour séduire, quant aux athlètes ils étaient massés avec de l’huile parfumée afin d’accroître leurs performances. Les maisons grecques étaient également aspergées de parfums censés avoir des vertus médicinales.

Cependant, le parfum était aussi l’expression des vertus : c’est ce que dit Origène à propos de « la très bonne odeur » du cyprès. Il est aussi, dans le Yoga, la manifestation d’une certaine perfection spirituelle, car l’odeur qui se dégage d’un homme peut être fonction de son aptitude à la transmutation de l’énergie séminale.

Le parfum est également symbole de lumière. D’après Victor Hugo : « Toute lampe est une plante, le parfum en est la lumière » et selon Balzac : « Le parfum est de la lumière. Tout parfum est une combinaison d’air et de lumière ». D’ailleurs, le rituel hindou rattache le parfum à l’élément Air… comme l’est la Balance.

Les expériences sur l’imagerie mentale des Docteurs Fretigny et Virel ont démontré que les parfums et odeurs ont un pouvoir sur le psychisme. Ils facilitent l’apparition d’images et de scènes significatives. Ces images à leur tout suscitent et orientent des émotions et des désirs. Elles peuvent aussi se rattacher à un passé lointain. L’héliotropine, en particulier, induit des images de fleurs et de jardins, d’objets parfumés. Elle éveille la sensualité. La vanille, quant à elle, rappelle des images alimentaires et des émotions du stade oral. Cependant, les phénomènes de symbolisation par l’environnement sensoriel sont encore peu étudiés.

LE PARFUM DANS LA ROME ANTIQUE

Femme romaine et son parfum

Dans les temps anciens les techniques de production des parfums étaient rudimentaires et le resteront jusqu’à la fin du Moyen Age. Les produits étaient broyés, pilés, bouillis, imprégnés de matières grasses. On utilisait des écorces, des résines, des racines voire même des matières animales comme le musc, mais également des fixateurs. L’un des parfums parmi les plus utilisés était l’encens, produit d’abord à Oman, et qui a ensuite largement contribué à la création des royaumes d’Arabie. L’encens était appelé « escalier du Ciel ». On le retrouve cité 118 fois dans la Bible, dont 113 fois dans l’Ancien Testament. Cependant, on trouve également cités le cinnamome, l’acanthe, la myrrhe, le nard, l’aloès, le safran ou le roseau odorant. 

Le commerce du parfum fit également la prospérité des villes phéniciennes et grecques. C’est notamment le cas de Chypre où de nouveaux parfums furent mis à la mode, utilisant des fleurs : rose, iris, lys, jasmin. Cependant, c’est Corinthe qui passe pour la cité ayant commercialisé les flacons de parfums.

Les Romains ont largement utilisé les parfums, mais ils se montrèrent peu innovateurs, si ce n’est qu’ils remplacèrent les flacons de terre cuite par des flacons de verre.

Dans le Moyen Age chrétien on ne semble guère avoir fait usage de parfums, l’Eglise se méfiant de ces « artifices du diable ». On l’utilisait davantage sous forme d’onguents, pommades, baumes, crèmes, encens, huiles parfumées, couronne de fleurs et notamment lors de cérémonies religieuses.

Ce sont les Arabes, maîtres des routes des épices qui rapportèrent de Chine et d’Inde des aromates et les techniques de distillation mise au point entre le IXe et XIIe siècles. Dès le Haut Moyen Age, les dignitaires Francs et Lombards reçoivent de Bagdad, Damas et Cordoue, des aromates et des onguents à la base de parfums très raffinés. Ils importent d’Inde des essences issues du pin, du myrte, du cèdre ou du cinnamome.

Ce sont les Croisés qui rapportèrent d’Orient des huiles et des peaux parfumées, des essences comme le musc, l’ambre et le santal. Le parfum fait alors partie de l’hygiène et de la toilette et on croit en ses vertus médicinales. Après les croisades, la consommation semble en augmenter, en particulier sous forme de boules de savons et d’eau de rose.

A la fin du Moyen Age et à la Renaissance se produit un grand bouleversement, avec notamment l’imprimerie qui permettra la diffusion d’ouvrages sur les techniques de parfumerie, avec deux innovations : le perfectionnement de l’alambic avec un système de refroidissement facilitant la distillation et la découverte de l’alcool éthylique permettant de donner au parfum un support autre que les huiles et les graisses.

EAU DE LA REINE DE HONGRIE

Le premier alcoolat célèbre en Occident fut « l’Eau de la Reine de Hongrie », au XVe siècle, à base de romarin et d’essence de térébenthine. Il s’agit encore d’un élixir, c’est-à-dire le médicament plus précieux qu’on boit et dont on se frictionne.

C’est Arnaud de Villeneuve, au XIVe siècle, qui apprend des Arabes le procédé de distillation et le diffuse en Europe, d’où l’usage en Occident de solutions alcoolisées comme diluant des parfums. Cette diffusion sera totalement acquise au XVIIIe siècle, avec notamment une macération de fleurs et de feuilles dans une eau de vie qu’il assimile à la solution alchimique de l’or potable.

Ensuite, on pourrait dire que le parfum acquiert ses lettres de noblesse en Occident au fur et à mesure que l’hygiène recule. En effet, on l’utilise pour camoufler les mauvaises odeurs et parfumer les vêtements, en particulier les gants et les éventails. Il faut préciser que le métier de parfumeur était associé à celui de gantier. Le plus célèbre fut Jean-François Houbigant. En France, c’est la ville de Grasse qui devient la capitale du parfum. C’est là qu’on mettra au point de nouvelles techniques permettant de mieux recueillir l’essence des fleurs fragiles.

Au XVIIIe siècle, on parfume tout, depuis le corps jusqu’aux vêtements, en passant par les divers accessoires, notamment les cuirs. Cependant, il faudra attendre encore un siècle pour voir apparaître le vaporisateur.

VAPORISATEUR

L’eau de Cologne, lotion de santé très prisée aussi bien par Louis XV que par Napoléon 1er, était prescrite par les médecins par friction ou par injection et cela jusqu’à la fin du XIXe siècle. En 1791, la loi Le Chapelier proscrit la corporation des maîtres gantiers parfumeurs et favorise la naissance de la Maison de Parfum.

C’est vers 1860 qu’aura lieu la dernière révolution du parfum avec l’essor industriel et publicitaire dont les conséquences furent considérables : conditionnement fabriqué en série car jusqu’à cette époque la parfumerie était sur commande, puis l’apparition des grands magasins qui démocratisèrent la parfumerie et surtout par l’arrivée des premiers produits de synthèse, liés au développement de la chimie organique. Exemple : Le Trèfle Incarnat à base de salicylate d’Amyl de L.T. Piver, en 1896. Puis, en 1904, La Rose Jacqueminot de François Coty brisant par maladresse, selon la légende, un flacon au rayon Parfum du Bon Marché.

En 1882, Paul Parquet crée Fougère Royale, le premier parfum faisant appel à un produit de synthèse, la coumarine. Aimé Guerlain, fils du parfumeur qui avait ouvert un magasin à Paris en 1828, crée en 1889 le premier parfum à éléments de synthèse à base de vanilline et de coumarine, le merveilleux Jicky.

De son côté, Paul Poiret crée en 1911 la marque Les Parfums de Rosine, initiant la génération des couturiers-parfumeurs. La parfumerie moderne est née.

La parfumerie française connaîtra son âge d’or entre les années 1920 et 1960, s’imposant alors dans le monde entier jusqu’à l’arrivée de la concurrence sur le marché européen, de la parfumerie américaine. Depuis 1990, la parfumerie se concentre dans quelques grands groupes internationaux, mais reste à jamais dans le monde de Vénus et de la Balance.

JICKY DE GUERLAIN

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

 

 

 

 

 

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LA BALANCE ET LE DIEU LIBER

(6.6.7 - LES MYTHES DE LA BALANCE ET DE VENUS) par sylvietribut le 11-10-2014

Les six premiers signes du Zodiaque marquent symboliquement les étapes de la construction du « Moi », qui trouve son accomplissement dans le signe de la Vierge. C’est le cycle de l’involution, au cours duquel se réalise la vie personnelle.

Avec la Balance débute un nouveau cycle, celui de l’involution, qui va mettre l’accent sur la vie collective. La Balance, « libra » en latin, était le signe du dieu Liber. Suivant une filière étymologique plus intuitive que scientifique, mais qu’il faut se garder de rejeter a priori, car ces rapprochements ne sont pas tous fortuits, on aboutit au verbe « libérer ». La Balance est un signe de libération, elle libère l’homme des forces égocentriques qui le limitaient. Alors qu’au cours du cycle précédent, les forces de vie travaillaient à la formation de la personnalité, elles vont maintenant ouvrir les voies de l’individualité pour lui permettre de se manifester car, préexistant à la personnalité, l’individualité n’a pas besoin d’être construite.

LA BALANCE - ROSACE DE NOTRE DAME DE PARIS

La Balance – Vitrail de Notre-Dame de Paris

C’est au contact des autres, donc au sein du groupe, que l’homme va commencer à prendre conscience de son individualité. Pendant la traversée des six premiers signes, il était tellement occupé à construire sa personnalité qu’il ignorait tout ce qui n’était pas lui. Avec la Balance, il apprend à se situer par rapport aux autres et, progressivement, son champ de conscience va s’élargir de la communauté élémentaire, représentée par le couple (Balance), à la fusion dans le grand Tout (Poissons), en passant par les groupes sociaux organisés (Capricorne) et la fraternité humaine (Verseau).

La Balance fait ses premiers pas sur le chemin de l’altruisme. A partir de ce signe, commence à se manifester un amour qui n’est pas uniquement tourné vers la satisfaction des désirs personnels. Pour la première fois, au cours de son développement, l’homme, cessant de se prendre pour le centre de son univers, se conçoit en fonction de l’autre, vers lequel il se sent irrésistiblement attiré.

LIBER PATER

Liber Pater entre Jupiter et Dionysos

Quant au dieu Liber ou Liber Pater, c’est un dieu d’origine italique de la religion romaine qui fut assimilé à Dionysos ou Bacchus par les Romains. Ce culte de Liber Pater et de sa parèdre Libera remonte à la très haute antiquité, à Rome même. Selon certains témoignages qui nous sont parvenus, Liber avait comme compagne la déesse Libera.

Même si le caractère et le sens primitifs de ce culte s’altèrent de très bonne heure sous l’influence de la mythologie grecque, ils présentaient à l’origine une physionomie réellement différente de celle des divinités grecques auxquelles plus tard Liber fut assimilé.

Parfois, Liber apparaît comme une épithète de Jupiter. Le temple de Jupiter Liber à Furfo, chez les Vestins, est bien connu. Des inscriptions dédiées à Jovis ont été trouvée sur le territoire des Fretans, dans la Sabine en province de Rome, et à Capoue en Campanie et la même mention se lit à Rome sur le calendrier des Arvales à la date du 1er septembre.

Les plus anciennes formes du mot « Liber » furent « Loebasius », « Looebesus », « Leiber » ou « Leber ». Varron, cité par Augustin d’Hippone, Sénèque et Paul, ont pris pour base de leur exégèse le sens ordinaire et courant de l’adjectif « liber » qui se traduit par « libre ». Au contraire, Cicéron rapproche le nom du dieu du mot « liberi », « les enfants ».

L’étymologie moderne rapproche du mot « Liber » de la racine indo-européenne « lib », d’où est dérivé « libare » qu’on traduit par « verser » ou « répandre ». Liber ou Liber Pater était donc le dieu qui répand, qui verse l’abondance et la fécondité.

CAPOUE - AMPHITHEATRE ANTIQUE

Amphithéâtre antique de Capoue

Bibliographie

Le Grand Livre de la Balance – Henri Latou – Tchou

 

 

 

 

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UN MYTHE BALANCE… ORPHEE AU NOM LUMINEUX

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.6.7 - LES MYTHES DE LA BALANCE ET DE VENUS) par sylvietribut le 16-10-2013

A travers les mythes de la Balance, on rencontre des histoires de couple, des êtres dont les noms sont à jamais inséparables. Mais aussi des récits amoureux qui se déroulent aux frontières de la mort, des interdictions de regarder et des jeux de séduction qi passent par le regard. On s’y donne à voir, mais qui voit ou qui est vu s’expose à tuer ou à mourir.

Ou bien encore des histoires d’êtres écartelés entre des pulsions contraires. Ils cherchent passionnément à être justes, mais trancher leur coûte lus qu’à quiconque.

ORPHEE ET SA LYRE 

Orphée et sa lyre

Orphée n’échappe pas à ces lois. Fils d’un roi de Thrace selon les uns, d’Apollon selon d’autres, Orphée apparaît avant tout comme dispensateur d’harmonie. La force de cette harmonie autour de lui répandue apaise les grands fauves, fait chanter la nature et les pierres elles-mêmes, qui le suivent, tout comme les arbres. Toutes les bêtes viennent à lui, des plus douces aux plus féroces. Orphée séduit l’univers par sa voix, son chant, sa lyre. Il incarne la musique, sublime et violente tour à tour, qui accompagne les Ménades dans leurs danses, leur prodigue l’ivresse qui les fait tournoyer et induit leur transe sacrée.

Est-il un Hellène venu apporter les paroles de sagesse au Thraces barbares, en tant que fils d’Apollon ? Ou est-il le Thrace sauvage, fils du roi Oeagre, soumis au pouvoir de Dionysos, y cédant ou cherchant à y échapper ? Condamné, de toute façon, à hésiter, sur le mode Balance, entre Apollon et Dionysos, et à tenter de réconcilier ces dieux inconciliables, celui de la mesure et de l’esprit céleste, et celui de la vie luxuriante et débridée.

S’il vient de cette terre chamanique d’où émergent des énergies puissantes et magiques, on conçoit qu’il soit entendu des fauves et, s’il peut les dominer, c’est qu’il en est un lui-même.

calliope 

La Muse Calliopé Mère d’Orphée

Cependant, s’il est fils d’un roi de Thrace, sa mère, Calliopé au beau visage, est une des sept Muses. C’est elle qui lui enseigna la musique. Et c’est d’elle, peut-être, qu’il tiendra ses dons, ses talents incomparables. Calliopé était la Muse de l’éloquence et de la poésie, arts qu’Orphée maîtrisa mieux que quiconque.

Est-il d’abord poète ou d’abord musicien ? La magie vient-elle de son verbe, avant de sortir de sa flûte ou de sa lyre ? Qui peut le dire ?

Sa voix, sans doute, est l’outil dont il joue à la perfection, mieux que de n’importe quel instrument. Parole et chant.

CONSTELLATION DE LA LYRE

Constellation de la Lyre

La constellation de la Lyre l’accueillera lorsqu’il achèvera son étrange destinée.

Instrument des débuts de la musique, la lyre évoque ce chant « lyrique », ce « bel canto » qui exige une si rigoureuse perfection, une émotion si maîtrisée et si profonde qu’il galvanise encore aujourd’hui des foules presque fanatiques…

L'ARGO ET JASON

L’Argo et Jason

On lui prête, peut-être de façon fantaisiste mais richement symbolique, un voyage en Egypte, avant qu’il rejoigne les Argonautes sur le vaisseau de Jason. Ou peut-être en cours de route, après avoir accompli sa tâche. On s’en souvient, il devait, à bord de l’Argo, marquer la cadence des rameurs, apaiser les tempêtes, surpasser le chant des sirènes, distraire les marins atteints du mal du pays. Quoi qu’il en soit, c’est à son retour qu’il rencontre la dryade Eurydice et l’épouse. Le nom d’Eurydice signifie Grande Justice. N’est-on pas là encore au royaume de la Balance ? Mais on l’appelle aussi parfois Agriopé, « au visage féroce »… Ce qui fera surgir d’autres questions, suggèrera d’autres interprétations.

LA LYRE D'ORPHEE 

Bibliographie

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Robert Laffont

Dictionnaire de la Mythologie – Michael Grant & John Hazel – Marabout

 

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