UN PERSONNAGE SATURNIEN… PROCUSTE

(6.6.10 - LES MYTHES DU CAPRICORNE ET DE SATURNE, 6.6.10 - LES MYTHES DU CAPRICORNE ET DE SATURNE) par sylvietribut le 08-01-2015

Procuste était le surnom d’un brigand de l’Attique nommé Polypémon, le très nuisible, dans la mythologie grecque. Il avait un autre surnom Damastès qui signifie « le dompteur ». Il attaquait les voyageurs. Il étendait les grands sur un petit lit et coupait les pieds qui dépassaient ; il étendait les petits sur un grand lit et les étirait, jusqu’à ce qu’ils aient atteint la mesure du lit. Il réduisait quiconque passait à sa portée aux dimensions voulues.

Il était le fils de Poséidon/Neptune, marié à Sillée et père nourricier de Sinis, lui aussi fils de Poséidon. Selon Diodore de Sicile, il résidait à Corydalle et sévissait le long de la route qui va d’Athènes à Eleusis.

Procuste est un parfait symbole de la banalisation, de la réduction de l’âme à une mesure conventionnelle. C’est la perversion de l’idéal en conformisme. C’est un symbole de cette tyrannie éthique et intellectuelle exercée par les personnes qui ne tolèrent les actions et les jugements d’autrui qu’à la condition qu’ils soient conformes à leurs propres critères.

Procuste est le symbole du tyran totalitaire, qu’il soit un homme, un parti ou un régime.

PROCUSTE

Procuste et Thésée

C’est le héros Thésée qui le fit prisonnier et lui infligea à son tour le même supplice.

On parle du lit de Procuste à propos de la mutilation d’une œuvre artistique ou littéraire, ou encore d’une question politique qui a été mal ou insuffisamment traitée, et dont on veut ainsi faire entendre que l’essentiel a été laissé de côté.

On parle encore du « Lit de Procuste » pour désigner toute tentative de réduire les hommes à un seul modèle, une seule façon de penser ou d’agir, et de « Procuste » pour leur auteur. On le dira également, parfois, d’un règlement mesquin ou tyrannique.

Le « lit de Procuste » désigne également une position sexuelle qui doit son nom au fait que les jambes d’un des partenaires dépassent du lit. L’utilisation du nom de Procuste dans la métaphore sexuelle était déjà attestée sous l’Antiquité. On le trouve par exemple chez Aristophane dans « l’Assemblée des Femmes » où « devenir un Procuste » signifiait « avoir une érection ».

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Le lit de Procuste

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

Trésors des expressions françaises – Sylvie Weil et Louise Rameau – Belin – Le Français retrouvé

 

 

 

 

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PENELOPE… UNE FEMME TRES SATURNIENNE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.6.10 - LES MYTHES DU CAPRICORNE ET DE SATURNE) par sylvietribut le 15-01-2014

Janus a deux visages, comme Saturne a deux facettes opposées. On lui prêtait de fourbes pensées, mais ce procès semble injuste, tout comme il serait injuste d’accuser Ulysse d’être lui aussi « fourbe » et « rusé ». D’être « celui qui regarde par-dessous ». Disons qu’il est méfiant et prudent et, qu’avec le temps et l’expérience, on ne saurait le lui reprocher. N’a-t-il pas d’un héros Capricorne quelques traits de caractère, dont la persévérance, une nature solitaire et des qualités d’intelligence ? A moins que Pénélope, elle aussi, ne soit une héroïne saturnienne, fidèle, bien que certaines versions malveillantes, comme celle de Robert Graves, l’accusent d’avoir partagé la couche de tous les prétendants et transformé la maison d’Ulysse en lieu de débauche… Patiente et rusée, elle aussi, puisqu’elle défait la nuit la toile tissée le jour et qui, terminée, l’obligerait à épouser l’un des prétendants. Télémaque, son fils, lui reproche d’avoir le cœur dur parce qu’elle hésite à reconnaître Ulysse travesti en vieux mendiant. Le jeune prince ne comprend pas, lui qui sait la vérité, que Pénélope hésite ; il ne conçoit pas que sa mère soit aussi lente à réagir. Elle se sent bousculée par les événements, prise de court ; elle n’a pas eu le temps de s’habituer à cette idée invraisemblable, à cette hypothèse folle que constituerait le retour d’Ulysse venant bouleverser des années d’attente et d’habitudes. Il lui faut du temps. Elle en réclame. Lorsque, enfin, elle est convaincue parce qu’Ulysse lui a donné des preuves, égrené des souvenirs qu’eux seuls pouvaient connaître, rappelé comment il a construit leur lit nuptial, elle s’abandonne à sa joie. Peut-être avec une arrière-pensée, un certain ressentiment pour un si long abandon, des regrets pour ces années perdues, la nostalgie d’un passé révolu. Mais s’il y a colère, elle ne le dira jamais.

PENELOPE - ANTONY FREDERICK SANDYS - 1878

Pénélope – Antony Frederick Sandy – 1878

Un petit rappel : dans la mythologie grecque, Pénélope est fille d’Icarios et l’épouse fidèle d’Ulysse dont elle a un fils Télémaque. Dans sa jeunesse, à cause de sa grande beauté, Pénélope est demandée par plusieurs princes grecs. Son père, pour éviter les querelles qui auraient pu éclater entre les prétendants, les oblige à en disputer la possession dans des  jeux qu’il fait célébrer. Ulysse sortant vainqueur, Pénélope lui est accordée. Pendant les vingt années d’absence d’Ulysse, durant et après la Guerre de Troie, Pénélope lui garda une fidélité à l’épreuve de toutes les sollicitations. Sa beauté et le trône d’Ulysse attirèrent à Ithaque cent huit prétendants. Elle sut toujours éluder leur poursuite et les déconcerter par de nouvelles ruses.

La première fut de s’attacher à faire sur le métier un grand voile, en déclarant aux prétendants qu’elle ne pouvait contracter un nouveau mariage avant d’avoir achevé cette tapisserie destinée à envelopper le corps de son beau-père Laërte quand il viendrait à mourir. Ainsi, pendant trois ans, elle allégua cet ingénieux prétexte, sans que sa tapisserie ne s’achève jamais. En effet, elle défaisait la nuit ce qu’elle avait fait le jour : de là est venue l’expression « la toile de Pénélope », désignant un ouvrage auquel on travaille sans cesse et que l’on ne termine jamais.

PENELOPE ET LES COURTISANS - 1509 - BERNARDINO DI BETTO BETTI DIT PINTORICCHIO 

La toile de Pénélope et les Prétendants – Pinturicchio – The National Gallery – Londres

Quand on vint dire à Pénélope que son époux était de retour, elle refusa de le croire, craignant qu’on ne voulût la surprendre par des apparences trompeuses ; mais après qu’elle se fut assurée, par des preuves non équivoques, que c’était réellement Ulysse, elle se livra aux plus grands transports de joie et d’amour.

Le nom de Pénélope vient de « pênélops » qui désigne une espèce de canard ou d’oie sauvage. Certains auteurs en ont conclu que Pénélope était une divinité ancienne en forme d’oiseau, mais il n’existe aucune preuve en la matière, d’autant qu’il était courant de donner aux femmes des noms d’oiseau.

Pour en revenir à cette « toile de Pénélope », elle est à l’origine de l’expression « un travail de Pénélope » qui suggère un travail toujours recommencé, comme ce tissage que Pénélope faisait le jour et défaisait la nuit, afin de recommencer le lendemain. On sait que la vertu de Pénélope et sa patience furent récompensées puisqu’Ulysse lui revint, après vingt ans d’absence, et au moment où sa fidèle épouse commençait à être à court de ruses pour éloigner ses prétendants exaspérés. Voici d’ailleurs ce qu’un de ses prétendants raconte :

« Nous, à son gré, faisions taire la fougue de nos cœurs. Sur cette immense toile, elle passait les jours. La nuit, elle venait aux torches la défaire. Trois années, son secret dupa les Achéens. Quand vint la quatrième, à ce printemps dernier, nous fûmes avertis par l’une de ses femmes, l’une de ses complices. Alors on la surprit juste en train d’effiler la toile sous l’apprêt et si, bon gré, elle dut en finir, c’est que nous l’y forçâmes ». L’Odyssée.

PENELOPE FILANT

Pénélope filant

Les prétendants de Pénélope étaient les nobles venus d’Ithaque et d’autres îles grecques. Ils courtisaient Pénélope, l’épouse du roi de l’île, Ulysse, pendant sa longue absence d’abord parce qu’il prit part à la guerre de Troie, puis ensuite ses errances sur les mers pour regagner Ithaque. Pendant ce temps, les prétendants avaient investi le palais d’Ulysse et pressaient Pénélope de se remarier avec l’un d’entre eux. A son retour, Ulysse les tuera tous. On dit qu’ils étaient une centaine.

On comprend mieux pourquoi Pénélope est devenue le symbole même de la fidélité conjugale.

Par ailleurs, ce mythe de Pénélope a donné naissance dans divers écrits à l’idée de « syndrome de Pénélope » que connaît celui qui travaille, volontairement ou non, consciemment ou non, à défaire son propre travail. Le « syndrome de Pénélope » désigne également une forme d’Encéphalopathie.

PENELOPE ET SES PRETENDANTS - JOHN WILLIAM WATERHOUSE 

Pénélope et les prétendants – John William Waterhouse

Bibliographie

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Robert Laffont Editeur  

Trésor des Expressions françaises – Sylvie Weil et Louise Rameau – Editions Belin – Le Français retrouvé

 

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LES SATURNALES PAIENNES

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.6.10 - LES MYTHES DU CAPRICORNE ET DE SATURNE) par sylvietribut le 27-12-2013

Comment, en cette fin d’année, ne pas être tenté d’évoquer les Saturnales, autour du solstice d’hiver… Certains disent qu’on les fêtait le 16 janvier. Cependant, on sait que les fêtes chrétiennes ont été calquées sur les païennes, mais est-ce aussi de ce « paein » qui signifie « faire paître » que viennent le dieu Pan et les païens, reliant une fois de plus la vie agreste, la vitalité violente, l’appétit vorace, l’avidité sensuelle et ces dieux de la nature qu’étaient à l’origine Ops-Saturne, dieux des semailles et des semences ?

En fait, les Saturnales ressemblaient à s’y méprendre à nos fêtes de Noël. Saturne-Cronos ressemble comme un frère au Père Noël, avec sa barbe, son allure de vieillard et son capuchon sur la tête. Pendant les Saturnales on échangeait des cadeaux, on allumait des bougies. Il ne manquait que le sapin. Pendant ces fêtes les maîtres servaient leurs esclaves et les esclaves commandaient à leurs maîtres, partageaient la même table. Personne n’aurait osé déclarer la guerre pendant cette période et cette règle survit encore à travers nos trêves de Noël. 

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Les Saturnales romaines

Nous avons si peur de la mort aujourd’hui, que nous avons perdu le sens de la « bonne mort », de la « mort heureuse » dont on vient d’en avoir un aperçu avec la mort de Nelson Mandela. La mort fêtée, la mort-danse et musique, liée au deuil et en facilitant peut-être le travail du deuil.

Les Chrétiens ont sans doute beaucoup exagéré l’aspect licencieux des Saturnales. Il a fallu détrôner, gommer ces mythes païens, les noircir à plaisir, les diaboliser en quelque sorte, tout en se les appropriant. Dans les Saturnales, il y a liberté et transgression. Toutes choses propres à choquer les Chrétiens. Liberté dans cette inversion des rôles entre maîtres et esclaves. On dépassait une condition sociale figée. On en retrouvera une trace dans la presse, plus tard, le jour de la Saint-Jean Porte Latine où les journalistes prenaient la place des typographes et fabriquaient un journal tandis que les « typos » le rédigeaient.

Pendant les Saturnales, les esclaves goûtaient au pouvoir et les maîtres faisaient l’expérience de la servitude. Peut-être les maîtres, après avoir connu cette condition inhabituelle, traitaient-ils mieux leurs esclaves.

L'AVENTINO - ROME - JARDIN DES ORANGES

Vue sur Saint-Pierre de Rome depuis l’Aventin

Pour clôturer les festivités, les Romains se portaient en masse vers le mont Aventin. On enlevait à la statue de Saturne les chaînes portées par lui depuis que Jupiter avait voulu contenir l’appétit dévorant de son père, en le soumettant au rythme régulier des astres et des jours.

L’Aventin est l’une des sept collines de Rome, la plus méridionale de toutes, située entre le Tibre, le Mont Caelius et le Mont Palatin. La colline doit son nom à « Aventinus », fils d’Hercule et de la prêtresse Rhéa, qui combattit à Tumus. Cette colline fut réunie à la ville de Rome durant la seconde moitié du VIIe siècle avant Jésus-Christ, par Ancus Marcius. Très tôt sous la République romaine, les temples de la Liberté et de Diane y furent construits. En 38 avant Jésus-Christ, la première bibliothèque de Rome, dite bibliothèque d’Asinius Pollion, y fut construite par Gaius Asinius Pollio, qui assurait la réfection du parvis du temple de la Liberté.

 JANUS - MUSEE DU VATICAN

Janus au double visage – Musée du Vatican

Les Saturnales auraient été créées par Janus, le dieu à deux visages, qui avait recueilli Saturne chassé par son fils Jupiter. Si Janus voulut créer les Saturnales, c’était pour commémorer le règne de Saturne qui fut l’âge d’or. Ces fêtes dont l’institution remontait dans le passé bien au-delà de la fondation de Rome, consistaient principalement à représenter l’égalité qui régnait primitivement parmi les hommes. Elles auraient commencé le 16 décembre de chaque année. D’abord, elles ne durèrent qu’un seul jour, mais l’empereur Auguste ordonna qu’elles devaient être célébrées pendant trois jours auxquels plus tard Caligula en ajouta un quatrième. Outre les festivités, on suspendait la puissance des maîtres sur leurs esclaves et ceux-ci avaient le droit de parler et d’agir en toute liberté. Tout ne respirait alors que le plaisir et la joie : les tribunaux et les écoles étaient en vacances. Il n’était permis ni d’entreprendre aucune guerre, ni d’exécuter un criminel, ni d’exercer d’autre art que celui de la cuisine ; on s’envoyait des présents et l’on se donnait de somptueux repas. De plus, tous les habitants de la ville cessaient leurs travaux. La population se portait en masse vers le Mont Aventin pour y pendre l’air de la campagne. Les rues retentissaient des cris des Romains qui s’interpelaient par de « Bonnes Saturnales ». Le jour de Saturne est celui qu’on appelle depuis « samedi », c’est-à-dire « Saturni dies ».

L'UNIVERS ET LA TERRE EN SON CENTRE SELON MACROBE

L’Univers et la Terre en son centre selon Macrobe

Macrobe rapporte diverses traditions romaines sur l’origine des Saturnales : plusieurs font référence au séjour de Saturne dans le Latium avant la fondation de Rome. Saturne détrôné se serait réfugié en Italie, dans le Latium, où il rassembla les hommes féroces éparpillés dans les montagnes et leur donna des lois. Son règne fut appelé « l’âge d’or », ses paisibles sujets étant gouvernés avec douceur et équité. Les Saturnales allaient contribuer à célébrer la mémoire de cet âge heureux de l’exercice du pouvoir. Macrobe était un écrivain et un philosophe latin, auteur des « Saturnales » et du « Commentaire au Songe de Scipion ». Il naquit vers 370 à Sicca en Numidie, en Afrique. Il est, avec Saint Augustin et Cassiodore, l’un des « passeurs de témoin » à la fin de l’Antiquité romaine, notamment en ce qui concerne la question de l’âme.

Pour la recherche actuelle, les Saturnales sont une fête typique du « crépuscule de l’année ». Saturne est essentiellement le dieu de la période qui précède le solstice d’hiver, comme la fête celtique de Samain, période qui voit des pratiques de banquets et de magnificence, pendant laquelle la paix régnait et la communication avec le monde des morts était établie. 

SATURNE EN DIGNITE EN CAPRICORNE

Saturne en dignité en Capricorne et en Verseau

Bibliographie

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Editions Robert Laffont

Deco_Noel1Pour vos étrennes de Nouvel An, pour une fête, pour un anniversaire, ou tout simplement pour faire plaisir, pensez à offrir une consultation astrologique… Sur mon site, au chapitre de mes chroniques, dans la rubrique « Cadeaux », vous trouverez les modalités d’organisation de cette consultation ainsi qu’un exemple d’une carte-invitation.

 

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