TARENTULE.. TARENTELLE… A TARANTO… VILLE SCORPION DU SUD DE L’ITALIE

(6.6.8 - LES MYTHES DU SCORPION ET DE PLUTON) par sylvietribut le 21-11-2016

Taranto est une ville italienne d’environ 200 000 habitants, chef-lieu de la province du même nom, dans la région des Pouilles. Taranto, c’est un port du sud de l’Italie, construit dans le golfe de Taranto. La vieille ville est l’héritière de la colonie spartiate qui fut dans l’Antiquité l’une des plus riches de la Grande-Grèce, établie sur une île rectangulaire qui commande le chenal d’accès à la rade, appelée Mare Piccolo. Un pont tournant, métallique, à deux volées, appelé Pont Girevole, inauguré en 1887, livre passage à la navigation entre le golfe de Taranto et la rade. Ce pont est semblable à l’ancien pont tournant nommé « Pont National » de Brest, ville avec laquelle Taranto est jumelée.

Comme on le découvre, Taranto est bien liée au signe du Scorpion, dont Pluton et Mars sont les Maîtres. Taranto n’est pas un simple port, c’est un port militaire et un grand centre sidérurgique, monde militaire et sidérurgie appartiennent au monde de Mars. Comme les usines se trouvent au presque au centre de la ville, Taranto est la ville la plus polluée d’Europe… Et là, on aborde le monde du Scorpion.

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Le Scorpion dans le blason de la ville de Taranto

Port et mer oblige, Taranto abrite le « Temple de Poséidon », le Neptune romain. Ce temple dorique est l’un des plus anciens temples de la Grande-Grèce. C’est le seul lieu de culte grec encore visitable du quartier ancien, il Borgo Antico. A la fin du XIXe siècle, l’archéologue italien Luigi Viola étudia les restes et attribua le temple au culte de Poséidon, mais on considère aujourd’hui comme plus probable de l’attribuer à une divinité féminine : Artémis et Héra, déesses lunaires, mais aussi à Perséphone, l’épouse de Pluton, le Maître des Enfers et du Scorpion, d’ailleurs c’est un Scorpion qui est au centre du blason de la ville.

La mythologie nous apprend que des araignées géantes vivaient à Taranto, ce qui lui valut le nom de « tarentule ». Les habitants de Taranto avaient souvent essayé de lutter contre et lorsque quelqu’un se faisait mordre et souffrait, une danse mythologique, très rythmée, permettait de lutter contre la douleur et guérissait la personne, la Tarantella.

En fait, les tarentelles sont un ensemble de danses traditionnelles et de formes musicales associées, provenant du sud de l’Italie. De nos jours, certaines tarentelles sont particulièrement pratiquées, la pizzica et la tammurriata, mais de nombreuses autres tarentelles existent.

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La tarentelle

Si selon les croyances, la tarentelle était une danse permettant de guérir un malade souffrant d’une morsure de tarentule, ou Lycosa tarantula, les connaissances actuelles sur la bestiole nous permettent de dire qu’il n’était pas question de cette araignée dans la tarentelle. Si la tarentule est impressionnante, le venin injecté lors de la morsure inflige à peine plus de souffrances qu’une piqure de frelon. En revanche, une autre araignée peuple cette même région de Taranto, Latrodectus tredecimguttatus. Celle-ci est bien plus petite et plus dangereuse car sa morsure peut provoquer des lésions et perturbations psychologiques et physiques assez importantes. La thérapie par tarentelle pourrait donc venir de la morsure de cette araignée.

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Jeune pêcheur napolitain dansant la Tarentelle – Musée communal de Blois

Un spécialiste ayant étudié la tarentelle, Athanasius Kircher qui vécut entre 1601 et 1680, rapporte plusieurs types de tarentelles. Ces différents types étaient liés au « caractère de l’araignée ». Il fallait que la danse plaise à l’araignée qui avait mordu le malade pour que la thérapie soit efficace. Ainsi la Pizzica, tarentelle originaire du Salento, une province des Pouilles du talon de la botte, est effréné et endiablé. Désormais, elle est connue pour avoir été le moyen employé dans la thérapie par la tarentelle.

Ainsi donc il sévissait, près de la ville de Tarento, entre le XVe et le XVIIe siècle, une maladie appelait « tarentisme » ou « tarentulisme ». On pensait qu’elle était causée par la morsure d’une araignée, la tarentule, et on la soignait par la musique et par la danse : la tarentelle.

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La Lycose de Taranto ou Lycosa Tarantula

La Lycose de Taranto ou Lycosa Tarantula, est une espèce de grosse araignée noire, de la famille des Araignées-loup ou Lycosidae. Elle est certainement parfaitement innocente. Son venin n’est en effet véritablement dangereux que pour les insectes qui lui servent de nourriture. En Italie, c’est plus probablement la morsure de la Veuve noir méditerranéenne ou Latrodectus tredecimguttatus et non celle de la Lycosa tarentula qui est à l’origine du « tarentisme ». Le terme anglais « tarantula » désigne les mygales, autre espèce d’araignées. Cette araignée-loup n’est pas sans rapport symbolique avec le Scorpion. Le loup est un animal Scorpion, très respecté et protégé en Italie. N’est-ce pas le soin apporté à  Remus et Romulus par une louve qui permit la naissance de Rome. D’ailleurs l’Italie n’est-elle pas elle-même sous cette influence Scorpion puisqu’on la sait Gémeaux Ascendant Scorpion.

Un expert, Ernesto De Martino, affirme que « la période de formation du tarentisme apulien se situe approximativement entre le IXe et le XIVe siècle, c’est-à-dire entre l’apogée de l’expansion musulmane en Méditerranée et le retour offensif de l’Occident », même si ce n’est qu’avec Giorgio Gaglivi qu’on en trouve la première trace écrite, très rapidement suivie par une recension dans le traité de danse de Louis de Cahusac. Son rapport à la transe semble indiquer un lien avec les danses es Bacchanales, cortèges en l’honneur de Dionysos qui célébraient sa renaissance au printemps. Nous voilà bien de nouveau dans le monde du Scorpion. Le monde musulman étant lui aussi dans la symbolique Scorpion.

Pour Nietzsche, une telle équivalence serait abusive. Dans « Ainsi parlait Zarathoustra », le philosophe et philologue attribue la « tarentelle » à l’esprit chrétien des remords et il lui oppose l’exubérance des danses grecques dionysiaques : « Zarathoustra n’est pas un tourbillon et une trombe ; et s’il est danseur, ce n’est pas un danseur de tarentelle ».

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La Tarantelle du remords

Cette tradition légitimait des chorégraphies extrêmement suggestives, dans une région où les prescriptions de l’Eglise contre toute forme de danse étaient très sévères. La plupart du temps la personne « tarentulée » reprenait les mouvements de l’araignée, renversée en arrière la personne marchait sur ses mains, le dos courbé, et se balançait comme suspendue à sa toile.

Aujourd’hui, si le rôle thérapeutique s’est perdu, la tarentelle est encore très vivace et fait partie du patrimoine culturel de l’Italie du sud. Hector Berlioz et Giuseppe Curci et nombre d’autres compositeurs ont écrit des tarentelles.

Il subsiste encore une forme christianisée du rituel de la tarentelle. Le 28 juin, se déroule chaque année un pèlerinage des « tarentulés » à Galatina, dans la région des Pouilles. Les instruments de musique sont remplacés par des chants, des onomatopées et des percussions des mains, ou sur le mobilier de la chapelle. On trouvait des pratiques similaires en Andalousie et en Sardaigne où le rituel est appelé « argia ».

On parle aussi de la tarentelle napolitaine, mais celle-ci n’a été dansée en Campanie qu’à partir due XIXe siècle.

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DANS LE MONDE SCORPIONNESQUE DES SIBYLLES ET DES PYTHIES

(6.6.8 - LES MYTHES DU SCORPION ET DE PLUTON) par sylvietribut le 16-11-2016

Sibylle est le nom donné à des prophétesses légendaires dont la plus célèbre fut la Troyenne Cassandre dont Apollon était très épris. Il lui accorda le don de prophétie, mais comme elle se refusait toujours à lui, il fit considérer comme fausses toutes les prophéties qu’elle formulerait. Les Sibylles de Delphes, d’Erythrée, de Cumes furent parmi les plus réputées de l’Antiquité.

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Cassandre sur les remparts de Troie – Gaston Bussière – Musée des Ursulines – Mâcon

On donnait le nom de Pythie, en liaison avec le serpent Python, à la  Sibylle qui prophétisait à Delphes au nom d’Apollon. Elle devait être vierge ou tout au moins, dès sa désignation, vivre dans la chasteté absolue et la solitude comme épouse de Dieu. Elle rendait ses oracles une fois par an, assise sur un trépied au-dessus du gouffre d’où s’échappaient les exhalaisons prophétiques. La Pythie était choisie avec soin par les prêtres de Delphes qui, eux-mêmes, étaient proposés à l’interprétation ou à la rédaction de ses oracles. On voulait aussi qu’elle fût née légitimement, qu’elle eût été élevée simplement et que cette simplicité apparaisse dans sa tenue vestimentaire.

La Sibylle symbolisait l’être humain élevé à une condition transnaturelle, qui lui permettait de communiquer avec le divin et d’en livrer les messages : c’est le possédé, le prophète, l’écho des oracles, l’instrument de la révélation. Les sibylles furent même considérées comme des émanations de la sagesse divine, aussi vieilles que le monde, et dépositaires de la révélation primitive : elles seraient à ce titre un symbole de la révélation. Aussi n’a-t-on pas manqué de rapprocher le nombre des douze sibylles de celui des douze apôtres et de peindre ou de sculpter leurs effigies dans les églises.

La Sibylle donnait une divination occasionnelle, indépendante et nomade, alors que la Pythie avait un statut institutionnel. Elle était associée au sanctuaire de Delphes.

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Le bassin de la Pythie de Delphes – Opéra Garnier – Paris

La Pythie n’était que le porte-parole du dieu. Elle répondait aux questions qui lui étaient adressées, alors que la Sibylle parlait à la première personne, revendiquant l’originalité de sa prophétie et le caractère indépendant de ses réponses.

La Pythie était jeune alors que la Sibylle était une femme mûre sinon vieille.

C’est en Grèce qu’apparaît la première Pythie après la première sibylle. Les Sibylles, à l’origine les servantes de la Grande déesse Cybèle, étaient de Pessimonte, en Asie Mineure, au VIIIe siècle avant Jésus-Christ.

Par ailleurs, la Pythie est plutôt posée, même si elle entre parfois en transe, alors que la Sibylle « dit l’avenir d’une bouche délirante », dans le sens d’hermétique ou à la signification ambiguë nécessitant la possession de clés ou de capacités analytiques de décryptage.

La coutume de consulter la Pythie remontait aux temps héroïques de la Grèce. La Pythie réalisait ses oracles, incompréhensibles pour le commun des mortels, mais interprétés par des prêtres qualifiés pour cela, dans des transports frénétiques, hurlant, tombant en transe, dans un état de puissant délire, toujours en tout cas comme possédée par la divinité. Toutefois, l’hypothèse qu’elle fut sous l’emprise de certaines drogues n’est pas dénuée de fondement.

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La Sibylle – Michel-Ange – Chapelle Sixtine – Vatican – Rome

Dans la mythologie grecque, la Sibylle est une prêtresse d’Apollon qui personnalise la divination et prophétise. Elle le faisait dans un langage énigmatique permettant de nombreuses interprétations, ce qui le mettait à l’abri de toute contestation ultérieure. Fameuse est sa prophétie orale pour un soldat : « Ibis redibis non morieris in bello ». Si une virgule est placée avant le « non », la phrase devient : « Tu iras, tu reviendras, tu ne mourras pas en guerre ». Cependant, si la virgule était placée après le « non », la phrase devenait : « Tu iras, tu ne reviendras pas, tu mourras en guerre ». Cette pratique, ainsi que l’ambiguïté de leur apparence, a donné le qualificatif de « sibyllin » qu’on attribue à des paroles ou des écrits obscurs, énigmatiques, mystérieux ou à double sens.

Sibylle est était d’ailleurs le nom d’une prêtresse vivant à Marpessos, près de Troie. Elle s’était consacrée au culte d’Apollon, qui lui avait donné le pouvoir de prophétie. Elle rendait ses oracles sous forme d’énigmes et les inscrivait sur des feuilles. Son renom fut tel, qu’on en vit à utiliser son nom comme appellation pour les prêtresses d’Apollon, et nombre de lieux revendiquaient la présence d’une sibylle. Les plus connues étaient celles d’Erythrae, de Libye et de Cumes.

La Sibylle figure l’être humain élevé à une dimension surnaturelle, lui permettant de communiquer avec le divin et d’en livrer les messages, tels le possédé, le prophète, l’écho des oracles, l’instrument de la révélation. Les sibylles furent considérées comme des émanations de la sagesse divine, aussi vieilles que le monde, et dépositaires de la révélation primitive. Les Sibylles témoignent de l’importance des croyances dans les pouvoirs divinatoires de certaines personnes dans l’Antiquité : prophètes, devins, pythies, oracles…

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La Sibylle de Cumes – Andrea del Castagno – Musée des Offices – Florence

La plus célèbre des Sibylle est sans doute la Sibylle de Cumes, près de Naples. On l’appelait aussi Amalthée. Elle vivait à l’époque d’Enée et on lui accorde une vie de mille ans. Dans ses Métamorphoses, le poète Ovide raconte qu’Apollon, épris des charmes de la Sibylle de Cumes, lui offrit de réaliser son vœu le plus cher en échange de ses faveurs. Feignant d’accepter sa proposition, elle lui demanda autant d’années de vie que sa main contenait de grains de sable. Cependant, elle n’honora pas sa promesse. Or, elle avait omis de formuler son vœu de manière à conserver toujours la fraîcheur de ses vingt ans et sa main contenait un millier de grains au moment de son vœu. Apollon l’exauça à la lettre, changeant ainsi son souhait en malédiction. Elle se mit à vieillir progressivement au fur et à mesure de son interminable existence, jusqu’à demeurer toute recroquevillée dans une bouteille suspendue au plafond de sa cave. Aux enfants qui lui demandaient ce qu’elle désirait, elle répondait : « Je veux mourir ».

Virgile décrit la descente d’Enée aux Enfers accompagné de la Sibylle de Cumes. Elle lui avait montré à cueillir le rameau d’or, dans les bois sur les bords du lac d’Averne, rameau qui devait lui permettre de pénétrer dans le royaume d’Hadès.

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La Pythie de Delphes

Qui sont ses douze sibylles qu’on dénombrait au 1er siècle avant Jésus-Christ ?

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La Sibylle Erithraea – Michel-Ange – Chapelle Sixtine – Vatican – Rome

Il y avait tout d’abord la Sibylle d’Erythrée, appelée Hérophilé. Elle venait de la ville d’Ionie. C’était la fille de Théodoros et d’une nymphe de l’Ida de Troade. Hérophilé avait la particularité de donner ses prédictions en vers. Elle vivait au temps des Argonautes et de la Guerre de Troie. Elle serait décédée à l’âge de 110 ans et est enterrée à Troade. Pourtant, certains disent que cette Sibylle d’Erythrée se confondrait avec la Sibylle de Cumes. La Sibylle Erythréenne portait un grand rameau fleuri. Elle évoque l’Annonciation parce qu’elle proclama qu’une vierge devait enfanter.

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La Sibylle Tiburtina – Fresque de l’église Saint-Jean-Baptiste à Tivoli – Latium

La Sibylle Tiburtina ou Albunéa, de la ville de Tibur appelée aujourd’hui Tivoli, où l’on peut encore voir les ruines de son temple. Elle porte un gant, ou une main coupée qui symbolise la main du garde qui a souffleté le Christ au cours de la Passion. Albunéa était une nymphe, elle était très renommée en Italie par ses dons de prophétie. Elle rendait ses oracles dans un bois près de Tibur, là où l’Agnone se jette dans le Tibre avec un bruit semblable au tonnerre, tel Jupiter. D’autre part, il se trouve près de ces chutes un lac d’où s’exhalent des vapeurs empoisonnées qui faisait croire aux Romains que lieu était inspiré par les dieux. Ce lac pourrait correspondre à la zone de Tivoli Terme célèbre depuis l’Antiquité pour ses eaux thermales sulfurées. Au IIe siècle avant Jésus-Christ les habitants de Tibur lui érigèrent un temple sur les sommets de la ville pour célébrer son culte, temple toujours visible de nos jours au centre de Tivoli à côté de celui de Vesta.

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La Sibylle Hellespontine

La Sibylle Hellespontique à Dardanie sur l’Hellespont, c’est-à-dire dans la région de la mer de Marmara, portait une grande croix en relation avec la crucifixion du Christ au Golgotha.

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La Sibylle phrygienne – Pavement du Duomo de Sienne

La Sibylle phrygienne de Phrygie, une région d’Anatolie, arborait l’étendard du Ressuscité ou la Croix du Crucifié ou sa victoire.

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La Sibylla Persica

La Sibylle Persica que l’on nommait parfois Sabbé, rappelant la Reine de Saba. Pour les Grecs Syriens, elle était la fille de Berosos et d’Erymanthe, symbolisant l’union de l’astrologie chaldéenne avec les légendes grecques. Les Juifs en firent la fille de Noé. On lui associe une lanterne symbolisant la lumière apportée par le Messie et elle foule au pied le serpent de la Genèse qui abusa Eve.

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La Sibylle libyca – Pavement du Duomo de Sienne

La Sibylle libyca exerçait sa prophétie dans l’oasis de Siwa. C’est la fille de Zeus/Jupiter et de la fille de Poséidon/Neptune, la nymphe thessalienne Lamia, issue de Poséidon/Neptune. Plus tard, elle sera appelée Elissa. Selon la légende, elle serait la Sibylle la plus ancienne. Elle tient un cierge allumé qui symbolise la Lumière que la naissance du Christ apportait au monde pour repousser les ténèbres. On la représente parfois avec trois clous rappelant la Passion du Christ. Elle aurait été mentionnée par Euripide, comme représentée selon le pavement de la cathédrale de Sienne.

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La Sibylle Cimmérienne

La Sibylle cimmérienne se trouvait sur les bords de la Mer Noire. Curieusement, elle porte un biberon en forme de corne symbolisant la Vierge allaitant son Enfant.

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La Sibylle Delphique

La Sibylle delphique se trouvait bien sûr à Delphes. On la surnommait aussi Pythie en raison du serpent Python gardien du temple de Delphes. Elle porte à la main une couronne d’épines, symbole de la Passion. Elle avait prophétisé « Dieu viendra pour mourir et il sera plus grand que les immortels ».

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La Sibylle Samienne

La Sibylle Samienne ou de Samos donnait ses oracles sur l’île de Samos. Elle s’asseyait sur une pierre pour prophétiser et emportait la pierre avec elle dans ses déplacements. Aux temps historiques, cette pierre se trouvait à Delphes. Elle portait aussi un berceau parce qu’elle avait entrevu la Vierge couchant l’enfant dans une crèche.

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La Sibylle Agrippa – Une des douze Sibylles des vitraux de Notre-Dame-du-Fort – Etampes

La Sibylle Agrippa ou Agrippina est une déformation probable d’Aegypta, l’Egypte. Elle porte un fouet symbolisant la flagellation du Christ.

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La Sibylle de Marpessos – Collégiale Saint Etienne d’Auxerre

La Sibylle de Marpessos, de la ville de Marpessos près de Troie. Elle s’exprimait, selon Héraclite d’Ephèse, « d’une bouche délirante, sans sourire, sans ornements, sans fards et sa voix parvenant au-delà de mille années grâce au dieu ». Elle rendait ses oracles sous la forme d’énigmes et les inscrivait sur des feuilles. Elle était la fille d’une nymphe et d’un mortel. Elle avait prédit la chute de Troie du fait d’une femme née à Sparte.

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La Sibylle Cumeana – Michel-Ange – Chapelle Sixtine – Vatican – Rome

La Sibylle de Cumes ou Cuméenne, dont on a parlé précédemment. Elle porte parfois un coquillage qui symbolise la virginité de la Vierge. Elle porte le rameau magique et a annoncé qu’un enfant descendrait du ciel.

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Les Sibylles d’Erythrée et de Cumes – Van Eyck

Ces douze Sibylles ont été représentées sur les portails, les vitraux ou même le mobilier des églises ou des cathédrales, comme celle de Saint-Pierre de Beauvais ou même la cathédrale Sainte-Marie d’Auch. Dans l’Abbaye de Sant Angelo in Formis en Italie sont représentées les Sibylles avec les Prophètes, on date l’œuvre du XIIIe siècle ; à noter aussi la Sibylle en l’église Sainte Maria della Pace à Rome ou encore dans la Maison Romei à Ferrara, toujours en Italie, et datant de 1450. Ces représentations étaient nombreuses aux XVe et XVIe siècles. C’est le concile de Trente qui censura ces représentations dans les églises.

Enfin, on retrouve dans la Chapelle Sixtine décorée par Michel Ange, les grands traits du platonisme. La révélation chrétienne complète harmonieusement la méditation païenne, et ne s’oppose pas à elle. C’est ainsi que sur la voûte, les prophètes de l’Ancien Testament étaient exactement corrélés aux Sibylles, jamais on avait placé, avec autant d’audace, à égalité de taille et de dignité, la Révélation faite aux fils d’Israël avec la divination de l’ancien paganisme.

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La Sibylle Europea

Il existait aussi la sibylle Europa ou Européenne. Elle portait un glaive évoquant le massacre des Innocents par association avec la fuite en Egypte de la Sainte Famille. On a dit que c’était la plus belle des Sibylles.

C’est vers le XIIe siècle que les Sibylles apparaissent dans l’iconographie de l’Occident chrétien, pour atteindre son apogée à partir du XVe siècle quand on redécouvre l’Antiquité, comme en témoigne un ouvrage attribué à Jean de Paris qui fut copié entre 1474 et 1477, intitulé « La Foi chrétienne prouvée par l’autorité des païens » qui disait « des vierges pleines de l’esprit de Dieu, qu’on appelait Sibylles, ont annoncé le Sauveur à la Grèce, à l’Italie, à l’Asie Mineure : Virgile, instruit par leurs livres, a chanté l’enfant mystérieux qui allait changer la face du monde ».

La Chrétienté qui avait recueilli les prophéties du peuple d’Israël relatées dans l’Ancien Testament s’étendait ainsi, mais dans une moindre mesure, aux peuples païens par l’entremise des Sibylles. C’est pourquoi l’iconographie proposera en parallèle aux douze prophètes, les douze Sibylles, y associant même parfois les apôtres, sans doute dans un souci d’harmonie où le visuel vienne relayer le sens symbolique religieux.

Ainsi, pour les artistes du Moyen Age, la Sibylle devint le symbole de l’attente des Gentils qui avaient entrevu le Christ ; une place lui fut donc réservée au portail des cathédrales et cette Sibylle hanta longtemps l’imagination des poètes.

C’est au XVe siècle que la diffusion en Europe des douze Sibylles se fera, à partir de l’ouvrage d’un dominicain italien, Filippo Barbieri, publié en 1481. En France, les Sibylles profiteront de l’intérêt des imprimeurs parisiens qui les placeront dans les Livres d’Heures.

Et c’est pourquoi peintures, sculptures polychromes, tapisseries, émaux peints vont témoigner de l’influence du personnage de la Sibylle sur l’art religieux occidental. Les Sibylles d’Erythrée, de Tibur et de Cumes sont les plus souvent représentées. Le Duomo de Sienne en Toscane en représente dix sur son pavement. Ce pavement intérieur comporte au total 56 panneaux de marqueterie de marbres de différentes couleurs et en niellage, réalisés par quarante artistes et cela entre les XIVe et XVIe siècles et dix Sibylles se trouvent ainsi représentées. On peut identifier chacune par le livre qu’elle tient à la main, ou son attribut éventuel, la source antique qui en fait mention et le texte prophétique qui lui est attribué. Ce texte reprend clairement le message chrétien, comme dans le livre que brandit la Sibylle de Phrygie : « Solus Deus sum et non est deus alius » ce qui se traduit par « Je suis le seul Dieu et il n’y a pas d’autre dieu ». On peut y voir aussi les Sibylles de Libye, de Perse, de Delphes, d’Erythrée, de l’Hellespont, de Samos, d’Albunée, de Phrygie et de Cumes, cette dernière apparaissant en deux versions, en jeune femme et en femme âgée.

On reconnaîtra également les Sibylles au Monastère de Brou, autour du tombeau de Marguerite d’Autriche et de Philibert le Beau, datant du XVe siècle. La cathédrale d’Auch offre aussi un ensemble étonnant de vitraux du XVIe siècle associant les douze prophètes aux douze Sibylles. On retrouve ces mêmes personnages dans les stalles sculptées du chœur.

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Les Sibylles de Notre-Dame de Brennilis – Finistère – France

Enfin, on trouve même des Sibylles dans les églises du Finistère. Elles sont présentes dans onze églises : à Locamria-Lan de Plabennec dont cinq statues de femmes se caractérisent par le port d’un cierge ou d’un flambeau dont on sait qu’il était réservé à la Sibylle Lybique. A voir aussi les bas-reliefs de Guimiliau, l’autel de Nrennils, et puis Plonévez-du-Faou en l’église Saint-Herbot. A Lampaul-Guimiliau, la poutre de gloire présente le grand cortège des douze Sibylles. A Roscoff, sur les panneaux de la tribune de l’orgue. A Guimiliau dans les angles de la cuve de la chaire, à Pleyben où on ne retient que quatre sibylles qui se mêlent à des anges et des saints. Il en va de même à Rumengol où elles se perdent entre les Apôtres, des prophètes et des Pères de l’Eglise. A Irvillac, en la chapelle de Coatnan, on trouve quatre sibylles : la Phrygia, la Delphica pour l’autel du Nord et la Persica et l’Hellespont pour l’autel du Sud. Au Faou, en l’église Rumengol, dans les stalles du chœur, on distingue trois Sibylles. A La Martyre, sur la première colonne du chœur on peut distinguer la Cimmérienne avec le biberon en forme de corne parmi les douze allégories féminines, au centre desquelles se trouvent les vertus théologales. La Cimérienne, la Samienne, la Libyque sont présentent à Plabennec en la chapelle de Locmaria-Lan, sur le mur intérieur. Enfin, en l’église Notre-Dame de Berven, à Plouzévédé, on aperçoit trois Sibylles sur le volet gauche du retable de la Vierge : la Cimérienne, la Samienne et l’Erythréenne. Une caractéristique de ces Sibylles bretonnes, c’est qu’elles sont ciselées dans le bois. Aucune n’est d’un style rudimentaire comme si avec les Sibylles, on était dans un monde élitiste.

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Apollon et le Python le serpent monstrueux de Delphes

Quant à Python, c’était un serpent monstrueux qui habitait à Delphes avant la venue d’Apollon et qui donna à l’endroit son premier nom, Pythô. Python était, selon une tradition, un serpent femelle qui passait pour le protecteur de l’oracle originel, qui posséda tout d’abord Gaia, la Terre, puis Thémis et Phoebe. Selon certains auteurs, Python serait le dragon envoyé par Héra pour tourmenter Léto, enceinte d’Apollon et d’Artémis. Mais Apollon, quelques jours après sa naissance, partit à la recherche du monstre et le tua. Ensuite, il alla apaiser Gaia en faisant des funérailles à Python et en fondant les jeux Pythiques en l’honneur du serpent. En souvenir du premier oracle, les prophéties d’Apollon furent rendues par une femme, et cette prêtresse fut appelée la Pythie. D’après une autre tradition, Apollon aurait tué Python parce que celui-ci gardait le gouffre de Delphes dans lequel il voulait pénétrer pour établir un oracle.

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Le Paradis de la Reine Sibylle

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Editions Bouquins

Dictionnaire de la Mythologie – Michael Grant et John Hazel – Marabout

 

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UNE HEROÏNE SCORPION… OPHELIA

(6.6.8 - LES MYTHES DU SCORPION ET DE PLUTON) par sylvietribut le 30-10-2016

Ophélia est un personnage de fiction de la tragédie d’Hamlet. C’est l’une des plus célèbres pièces de Shakespeare. Elle fut source d’inspiration de nombreux peintres, comme Delacroix, et d’un poème d’Arthur Rimbaud :

Sur l’onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles…
– On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux ;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s’inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d’elle ;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d’où s’échappe un petit frisson d’aile :
– Un chant mystérieux tombe des astres d’or.

II

O pâle Ophélia ! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté !
C’est que les vents tombant des grand monts de Norvège
T’avaient parlé tout bas de l’âpre liberté ;

C’est qu’un souffle, tordant ta grande chevelure,
À ton esprit rêveur portait d’étranges bruits,
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l’arbre et les soupirs des nuits ;

C’est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d’enfant, trop humain et trop doux ;
C’est qu’un matin d’avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s’assit muet à tes genoux !

Ciel ! Amour ! Liberté ! Quel rêve, ô pauvre Folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
– Et l’Infini terrible effara ton oeil bleu !

III

– Et le Poète dit qu’aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis ;
Et qu’il a vu sur l’eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.

lys

On est bien dans le monde du Scorpion…

Ophéia était la fille de Polonius et la sœur de Laërte. Elle sombrera dans la folie lorsqu’Hamlet, son amant, la délaisse et assassine son père. C’est à la scène VII de l’acte IV, que la reine relate sa mort : accident ou suicide, le mystère demeure.

Au XIXe siècle de nombreuses représentations de l’œuvre de Shakespeare vont voir le jour. En France, cet engouement est certainement dû aux représentations d’Hamlet qu’on donna à l’Odéon en 1827. C’est la célèbre comédienne irlandaise Hariett Smithson qui jouait le rôle d’Ophélia et les journaux y aidèrent largement en encensant sa performance.

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Ophélia – John Everett Millais

 C’est d’ailleurs entre 1830 et 1860 qu’on observe un important mouvement d’étude des œuvres de Shakespeare et leur représentation dans les arts, notamment la peinture : Roméo et Juliette, Othello, la Tempête, mais aussi bien sûr dans le cas d’Hamlet et du personnage d’Ophélie.

Le moment le plus représenté de la vie d’Ophélia est sa noyade. Mais on peut aussi trouver son entrevue avec Hamlet, à l’acte II, et le moment où elle se met à chanter et devient folle à l’acte IV. Les représentations furent très nombreuses. Même sa noyade peut être suggérée de différentes manières : Ophélie, peut-être déjà morte, flottant sur l’eau, sur le point de tomber ou encore en train de cueillir des fleurs.

Toutes ces représentations ont élevé le personnage d’Ophélia au rang de mythe féminin. Dans le chapitre « Le complexe d’Ophélie » in « L’eau et les rêves », Gaston Bachelard nous dit :

« L’eau […] est la vraie matière de la mort bien féminine. […] Ophélie pourra donc être pour nous le symbole du suicide féminin. […] L’eau est le symbole profond, organique de la femme qui ne sait que pleurer ses peines ».

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LES QUATRE FORMES DE L’AMOUR… L’EROS DU SCORPION

(01- LA NEWS DU MOIS, 6.6.8 - LES MYTHES DU SCORPION ET DE PLUTON) par sylvietribut le 19-11-2015

L’Eros intervient lorsque deux ou plusieurs entités séparées s’associent de telle manière qu’elles sont totalement transformées par l’expérience. Nous avons terriblement déformé le sens du merveilleux mot « érotique ». Nous croyons qu’érotique veut dire « sexuel », alors que sa signification est beaucoup plus large.

L’Eros est associé au Scorpion et à Pluton, à la qualité « Eau » de l’amour, d’un amour qui implique de souffrir. L’Eros est le désir d’unir notre âme à celle d’une autre personne. Sur le plan archétypique, l’Epithumia du Taureau s’intéresse expressément à la fusion des corps tandis que l’amour érotique du Scorpion veut unir les âmes et les psychés, et c’est ce qui le rend si douloureux.

EROS ET PSYCHE - GIUSEPPE MARIA CRESPI - XVIIIe SIECLE

Eros et Psyché – Giuseppe Maria Crespi – XVIIIe siècle

L’Eros est un amour qui implique la souffrance. Il y a en lui quelque chose de douloureux puisque le moment de l’extase, cet instant de fusion psychique, ne peut durer éternellement. C’est pourquoi les Français appellent l’orgasme « la petite mort ». Nous avons de même le concept de la dépression « post coïtum » qui survient lorsque nous ressentons à nouveau la séparation après avoir connu un intense sentiment d’intimité. Nous aimerions vivre dans l’extase perpétuelle de l’union avec une autre personne, mais l’Eros est la forme d’amour qui suppose de mordre dans la pomme, exactement comme Eve qui a ensuite été chassée du paradis.

L’histoire de Perséphone évoque une idée similaire : dans le royaume de l’ombre, ella a mordu dans une grenade, ce qui lui interdit de retourner définitivement sur terre. La pomme de la Bible et la grenade de la mythologie sont certainement apparentées, car il n’y a pas de pommiers dans la région du monde d’où provient l’histoire du jardin d’Eden, et le fruit dans lequel a mordu Eve était sans doute en fait une grenade. C’est un fruit très intéressant parce qu’il saigne quand on l’ouvre, ce qui évoque la rupture de l’hymen et la perte de la virginité.

PERSEPHONE ET LA GRENADE

Perséphone et la Grenade – Rossetti

Dans le cas de Perséphone, cette rupture est celle de son lien avec sa mère Déméter et, dans un sens, elle évoque la coupure du cordon ombilical. Eve, de son côté, désobéit à Dieu et suit le conseil du serpent, l’un des visages de Lucifer, lorsqu’elle mange la pomme. Manger la pomme, c’est donc en quelque sorte couper le cordon ombilical avec son père et épouser Adam. Elle n’est plus simplement l’enfant de Dieu, elle est maintenant la femme d’Adam. Et après cet épisode, Adam et Eve doivent quitter le paradis, exactement comme un homme et une femme qui se marient doivent quitter le domicile de leurs parents pour fonder ensemble un nouveau foyer.

Dans le mythe de Déméter et de Perséphone, Déméter était une déesse qui ne s’intéressait pas particulièrement aux hommes. La plupart des récits la concernant ne lui attribuent qu’une seule relation – selon certains, avec Zeus, selon d’autres, avec Poséidon. Toujours est-il qu’elle a donné naissance à Korè, ce qui en grec veut dire « vierge » et elles vivaient ensemble dans le monde paradisiaque des premiers âges. Déméter, Cérès dans la mythologie romaine,  était une déesse de la Terre, une mère-terre primitive responsable des récoltes et de tout ce qui poussait sur la surface du globe. Or, un jour, Korè va se promener et cueille des fleurs dans un champ. Ce sont des narcisses. Korè vivait avec sa mère dans une sorte d’union narcissique et dès qu’elle cueille le narcisse, ce monde ouroborique est détruit. Cette fleur avait été plantée par Aphrodite/Vénus qui, comme Pluton, ne pouvait supporter que le lien parental interfère avec la croissance de l’enfant et l’empêche de devenir une personne à part entière et de s’unir avec un autre être que ses parents. Aux yeux d’Aphrodite et de Pluton, l’intimité prolongée de Déméter et de Korè était anormale et malsaine. Dès que Korè cueille le narcisse, la terre s’entrouvre et Pluton surgit pour l’enlever, entraînant la jeune fille, malgré ses hurlements et ses protestations, dans son monde souterrain où il la viole.

Déméter connaît alors une terrible période de dépression et de deuil, ce qui est le cas de toute mère encore attachée par le cordon ombilical à son enfant qu’elle doit laisser partir. Pour essayer de retrouver Korè, Déméter décide de recourir au chantage : tant que sa fille ne reviendra pas, la surface de la terre restera stérile et le monde connaîtra une terrible famine.

ENLEVEMENT DE PERSEPHONE PAR PLUTON -

Enlèvement de Perséphone par Pluton – Joseph Heintz del Altere – Bâle – 1595

Les dieux sont bouleversés. Ce n’est pas qu’ils aiment les hommes au point de ne pas supporter de les voir souffrir, mais si ceux-ci ne peuvent se nourrir, il ne restera plus de mortels pour les vénérer. Ils vont se plaindre à Zeus/Jupiter, le père des dieux, et lui demandent instamment de prendre l’affaire en mains. Zeus finit par intervenir et demande à Pluton de rendre, à Déméter, sa fille Korè, qui est désormais rebaptisée Perséphone, qu’on peut traduire par « celle qui aime l’obscurité » ou « celle qui détruit la lumière ». Mais comme elle a mangé six graines de grenade lorsqu’elle était dans le monde souterrain, elle est officiellement mariée et ne peut quitter définitivement le royaume des morts. Pluton et Déméter parviennent à un compromis selon lequel Perséphone, reine du monde souterrain, vit avec Pluton six mois par an et peut retourner chez sa mère pendant les six autres mois. Ainsi, lorsque Perséphone retrouvait sa mère, au printemps et en été, les cultures prospéraient ; puis elle redescendait dans le royaume de l’ombre, Déméter reprenait le deuil et aucune semence ne germait, pendant l’automne et l’hiver.

C’est une histoire merveilleuse qui ne décrit pas seulement un phénomène naturel, mais aussi un processus archétypique de croissance et d’évolution, correspondant au dévelopement de la conscience de soi. Elle assimile l’ouverture de la grenade à l’ouverture de l’hymen et, de fait, dans de nombreux rituels de mariage, on inspecte le lit après la nuit de noces pour y voir le sang indiquant que la mariage a bien été consommé. Ce n’est pas l’anneau nuptial et le « oui » qui unissent un homme et une femme, c’est la rupture de l’hymen.

L’Eros s’accompagne d’une sentiment d’extase de nature presque religieuse. Les mystères grecs d’Eleusis avaient une dimension plutonienne Scorpion, très proche de l’Eros, et le mystère du rituel chrétien évoque l’union avec le bien-aimé. Pluton, le Scorpion et l’Eros, ont quelque chose de dévoreur. Pluton apparaît sous les traits du violeur, du séducteur ; il est celui qui nous arrache d’un paradis, l’unité ouroborique avec nos parents, où nous ne pourrons jamais retourner. L’Eros est une initiation : c’est cette expérience qui nous fait passer de l’enfance à l’âge adulte. Les rites et les rituels qui lui sont associés sont pour la plupart fondés sur la souffrance.

CONSTELLATION TAUREAUCONSTELLATION DU SCORPION 1

Constellations Taureau-Scorpion

La civilisation occidentale est aussi anti-érotique qu’elle est anti-epithumia. L’axe Taureau-Scorpion est la zone du thème la plus puissante sur le plan psychologique, la plus dangereuse et généralement la moins bien intégrée. Il en est de même pour Vénus, la planète-maîtresse du Taureau, et pour Pluton, le Maître du Scorpion. Notre éducation nous a le plus souvent appris à nier, refouler ou rejeter ces énergies, ou à les compenser de manière indirecte. Il faut regarder quelles sont les Maisons qui dans notre thème ont leur cuspide en Taureau ou en Scorpion pour repérer les planètes situées dans ces signes et d’examiner les positions de Vénus et de Pluton en signes et en Maisons ainsi que leurs aspects. Pluton est la planète associée à l’Eros, et si vous n’ouvrez pas votre âme à cette énergie extatique, en vivant une relation où la fusion évoque une sorte de mort, il va opérer inconsciemment, de façon invisible. Lorsqu’il est refoulé, il vous entraîne, vous et toute planète qu’il aspecte, dans le monde souterrain, et c’est pourquoi nombre de gens traversent la vie tels de véritables zombies. Avez-vous remarqué comme certaines personnes, qui ont pourtant des thèmes excitants, mènent une vie sans aucun intérêt ?

Coupées de leur Eros, elles semblent éteintes, et rien ne paraît pouvoir se déclencher en elles. Vous leur demandez ce qui se passe dans leur vie et elles se contentent de vous dire que tout va bien. Vous les questionnez sur leurs relations et elles vous marmonnent que les choses sont également normales de ce côté-là. Vous les interrogez sur leurs parents et elles vous répondent qu’elles ont toujours eu de très bons rapports avec eux, sans aucun problème. Vous leur demandez ce qu’elles veulent dans la vie et elles vous déclarent qu’elles ne le savent pas vraiment. Ces personnes donnent l’impression que Pluton s’est emparé de leur âme et l’a reléguée dans le monde souterrain. Et elles ne pourront la récupérer sans connaître une profonde souffrance car, comme le disait Jung, nous ne pouvons changer tant que nous n’avons pas suffisamment souffert.

Eros nous demande d’accepter que l’amour implique la souffrance, que l’amour nous demande de lâcher notre Moi et de mourir en tant que « je » pour fusionner notre âme avec autre chose que soi. Nous vivons alors une sorte de renaissance, dans laquelle Jung voyait une « seconde naissance ».

DIONYSOS -BACCHUS - LE DIEU DU VIN ET DE LA VIGNE

Dionysos/Bacchus

Les rites religieux et les rites d’initiation, anciens et actuels, ont été conçus pour nous aider à accomplir le processus de mort et de renaissance associé à Eros. Dans certaines versions du mythe, Dionysos/Bacchus était censé être le fruit de l’union de Pluton et de Perséphone. Dionysos est une figure christique, une sorte de proto-Christ qui, lui aussi, est descendu dans les profondeurs de la mort pour renaître et sauver l’humanité. Or, le sacrifice et la mort de Jésus sur la croix, Dieu donnant son fils unique qui doit souffrir et mourir pour le bien de l’humanité, n’est pas appelé l’Epithumia du Christ, ni la philia du Christ, mais la Passion du Christ. Autrement dit, la mort et la résurrection de Jésus sont un acte symbolique lié à l’Eros : Dieu coupe le cordon ombilical avec son fils en l’offrant au monde.

Quelle est la différence entre l’amour du Taureau et celui du Scorpion ?

Sur le plan archétypique, pour le Taureau, l’autre n’existe pas ; il est un objet qu’il assimile au plaisir. Le Taureau est un signe personnel qui ne peut encore différencier le soi du non-soi. Il cherche uniquement sa propre jouissance et les autres sont là pour l’aider dans cette quête. Le point de vue du Scorpion est très différent parce qu’il a accompli le processus de différenciation et peut voir l’autre comme une personne à part entière. Le plaisir du Scorpion n’est pas simplement celui qu’il ressent. La relation érotique implique de donner du plaisir à autrui et le Scorpion trouve son inspiration en stimulant son partenaire.

Compassion et terreur : tel est le pouvoir d’Eros à son plus haut niveau. C’est l’intimité qui porte un coup fatal à Eros, car Eros a besoin de mystère, d’inconnu. Eros est le dieu du monde souterrain qui réside dans le royaume de l’invisible. Ce n’est que par l’obscurité, par l’ambiguïté, par la plongée dans l’inconnu, que l‘érotisme peut survenir. Il faudrait s’efforcer de garder un jardin secret dans son mariage, ce qui est plus facile à dire qu’à faire. Les relations plutoniennes de type érotique ont quelque chose de fondamentalement tragique, pour la simple raison qu’il est impossible de vivre dans une extase perpétuelle. Voilà pourquoi Roméo et Juliette ne pouvaient que mourir jeunes. Eros implique toujours la mort et cette souffrance est inhérente à la relation érotique.

COEUR BRISE PAR LA FLECHE D'EROS

Coeur transpercé par la flèche d’Eros

Celui qui veut accompagner autrui dans ces régions obscures doit avoir connu le déchirement de l’amour tel que nous l’enseigne Eros. Quel est le symbole de l’amour ? C’est un coeur brisé, le coeur transpercé par la flèche d’Eros.

On pourrait appeler l’axe Taureau-Scorpion « l’axe de l’obscurité », et il est très difficile de l’intégrer dans notre vie de manière positive. Toutes sortes de problèmes et de dangers surgissent lorsque nous nous efforçons de trouver les quatre niveaux de l’amour dans une même relation. Certains se marient parce qu’ils ont terriblement besoin de toucher et d’être touché par autrui et leur mariage se fonde sur l’Epithumia.

Eros

Eros/Cupidon

Bibliographie 

A travers le miroir  – Richard Ideman –  Editions du Rocher

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DANS L’HERBIER DU SCORPION… LA RONCE

(6.6.8 - LES MYTHES DU SCORPION ET DE PLUTON) par sylvietribut le 07-11-2015

Son nom latin est « Rubus fructicosus », mais elle est surtout connue sous le nom de « Mûrier des haies », mais aussi « Mûrier sauvage », « Ronce noire », « Roumi » et même « Catimuron ».

La ronce est un exemple supplémentaire de la sagesse de la nature et de l’harmonie de la création : ses feuilles fraîches, écrasées entre les doigts et frottées sur la peau, arrêtent immédiatement le saignement des égratignures que peuvent faire ses épines.

Elle pousse en abondance dans les bois et les forestiers l’ont surnommée « la mère du chêne » car cet arbre ne pousse vraiment bien quand il est jeune que sous le couvert et l’abri que la ronce donne.

RONCIER

Roncier

C’est avant tout une plante bienfaitrice pour nos muqueuses, tant par ses feuilles à trois ou cinq folioles, dotées d’aiguillons crochus, comme ses longues tiges souples, que par ses fruits appétissants et noirs bien connus des enfants, les mûres.

Les feuilles séchées et les jeunes pousses fermentées sont utilisées en tisanes pour leurs propriétés astringentes. Elles apportent du tanin et de la vitamine C. Les jeunes pousses, les bourgeons, « feuilles » de printemps, sont utilisées en gemmothérapie, médecine non conventionnelle.

Pline vantait déjà ses effets sur les inflammations de l’intestin et de la bouche, remarquant que la nature ne l’avait pas seulement « créée pour nuire à l’homme » et Sainte Hildegarde la conseillait contre « les hémorragies du fondement ». Voilà bien qui nous ramène au Scorpion.

LA RONCE - PLANCHE BOTANIQUE

La ronce – Planche botanique

Quant aux savants d’aujourd’hui, ils ont découvert avec émerveillement qu’on pouvait cultiver la ronce dans un tube à essai, un minuscule fragment de 80 milligrammes, placé sur de la gélose nutritive, arrive, au bout de sept à huit mois, à mesurer 5 à 6 cm et à peser une dizaine de grammes, et que le jus de ronce est capable de stimuler la culture d’autres tissus végétaux.

Il n’est pas exclu que cette extraordinaire « puissance vitale », bien Scorpion, récemment mise en évidence ait aussi sa part dans la triple action : astringente, tonique et… reconstituante. Ce qu’elle exerce sur les muqueuses, soit en décoction, soit sous forme de confiture, sirop ou teinture.

La ronce est originaire d’Eurasie. Elle s’est acclimatée un peu partout. Elle est souvent considérée comme plante envahissante. Cependant, on utilise l’écorce pour faire des éclisses pour la vannerie.

Cet arbuste de la famille des rosacées est représenté au Monastère Sainte-Catherine du Sinaï comme étant le « Buisson ardent » de la Bible, une ronce commune.

MOISE DEVANT LE BUISSON ARDENT

Moïse devant le buisson ardent – Monastère Sainte Catherine du Sinaï

Bibliographie

Nos Grand-mères savaient – La Vérité sur les plantes et la vie naturelle – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont

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DANS LE MONDE DU SCORPION… LES VIERGES NOIRES

(6.6.8 - LES MYTHES DU SCORPION ET DE PLUTON) par sylvietribut le 05-11-2015

Les Vierges Noires sont, sans doute, l’écho le plus fidèle et le plus poignant des anciens cultes lunaires qui ont survécu jusqu’à nous. Elles nous parlent d’un temps où le « noir » n’avait pas valeur de mort, mais de résurrection, et où une « vierge » n’était pas une femme « non touchée », mais une femme célibataire, « non liée » à un homme, sinon par son cœur. On les trouve toujours fidèlement situées sur d’anciens sites initiatiques au « carrefour » des pèlerins. Ainsi la Vierge Noire de Rocamadour, dans le Lot, qui offre à voir sa belle figure maure au visiteur, et ce depuis des lunes… Ou celle du Mont Saint-Michel, dite « Vierge aux Cierges », qui se dressait jadis dans l’abbaye, avant que les moines ne la récuse, on ne sait où.

LA VIERGE NOIRE DE ROCAMADOUR

La Vierge Noire de Rocamadour

Qu’importe ! En sa superbe indifférence, la Vierge Noire règne sur les cryptes, les souterrains, tout endroit que le Soleil ne visite pas, ce monde sous terre du Scorpion. Sa nature lunaire la destine au monde chtonien, bien avant celui des anges.

La Déméter noire de Phigalie, la Kâli dravidienne, Marie l’Egyptienne, ou Sarah la Noire, patronne des gitans, toutes filles de la nuit, de l’obscure, des profondeurs insondables, de la terre des mystères, qu’elles foulent pieds nus, toutes filles de la Lune, leur mère.

Les hommes, effrayés parce qu’on craint ce qu’on ne comprend pas, prirent ombrage de la Grande Courtisane. Mais, comme pris de culpabilité, ils gardèrent son souvenir vivace, en la Vierge des Chrétiens. En créant un visage de femme « pur et sans tache », un visage de mère rassurante parce qu’intouchable, ils la « blanchirent », éloignant du même coup la tentation, et se condamnant à reculer face « au grand coureur blanc », comme on appelle la Lune.

Pourtant qu’on ne s’y trompe pas, Marie « la Vierge » est bel est bien descendante d’Ishtar, reine de la nuit. Elle est bien cette bête babylonienne, qui se donne selon sa fantaisie, et reste cependant éternellement vierge puisque, comme la Grande Lune, elle ne montre que son reflet.

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Sara la Kali ou Sara la Noire vénérée par les Gitans et les Roms

Dans l’iconographie du Moyen Age européen, les Vierges Noires sont aussi des effigies féminines représentant la Vierge Marie, cependant certaines d’entre elles représentent également Sara la Noire ou Sainte Anne. Elles tirent leur nom de leur couleur sombre, souvent limitée au visage et aux mains. La plupart d’entre elles sont des sculptures produites entre le XIe et le XVe siècle, mais parfois aussi des icônes de style byzantin des XIIe et XIVe siècles. Bon nombre d’entre elles représentent des Vierges à l’enfant. La majorité des 450 à 500 recensées se rencontre dans le bassin méditerranéen occidental, domaine de l’art roman, avec une concentration importante dans le sud de la France où on en compte 180. La Vierge Noire de Czestochowa est, par sa localisation, un exemple atypique. Bien que des musées en conservent, la plupart des Vierges Noires sont placées dans des églises et certaines suscitent des pèlerinages importants.

A côté des Vierges, il existe en France une autre sainte noire, Sainte Sarah, patronne des Gitans, Roms, chez qui elle est connue comme Sara e Kali, c’est-à-dire Sarah la noire. On trouve sa statue dans la crypte de l’Eglise des Saintes-Maries-de-la-Mer dans les Bouches-du-Rhône. Gitans et Roms appartiennent au monde du Scorpion.

On trouve des Vierges Noires dans les régions du monde où vivent des populations à peau sombre, bien que leur couleur ait alors une signification clairement différente de cette des Vierges européennes.

Selon l’Eglise catholique, il n’existe aucun fondement théologique à la couleur de ces Vierges. On a voulu l’expliquer après coup par un passage du Cantique des Cantiques : « Nigra sum, sed formosa » : « Je suis noire mais belle ».

Une des suppositions avancée jusqu’au milieu du XXe siècle était, pour les statues, le choix du matériau (ébène, acajou), mais les sculpteurs du Moyen Age n’utilisaient que du bois local, tel le noyer, le chêne, le tilleul, arbres fruitier… car facile à obtenir et plus facile à travailler. D’autres évoquaient la possibilité de dépôts de suie provenant des bougies votives, mais alors le noir ne se serait pas uniquement concentré sur les visages et les mains. Dans le cas des icônes, le noircissement serait dû à une altération des pigments, hypothèse qui ne fait pas l’unanimité.

L’explication pour les vierges romanes tient au fait que les pigments à base de plomb utilisés pour les carnations se sont oxydées avec le temps et ont noirci : le « blanc de plomb » se transforme en plattnérite noire, d’ailleurs on retrouve systématiquement la polychromie claire d’origine sous la couche noire. L’enfant Jésus est lui aussi noir car les pigments utilisés pour les carnations sont les mêmes. On retrouve d’autres statues de la même époque et qui ne représentent pas la Vierge Marie dont les carnations sont noires. Pourtant même si leur couleur ne provient pas à l’origine d’un choix délibéré, elle est devenue l’élément important de leur identité, comme en témoignent les allusions au Cantique des Cantiques mentionnées plus haut, et le fait que certaines aient été délibérément repeintes en noir sur leur totalité, comme la Vierge Notre-Dame de Moulins, lors de tentatives de restauration ou aient inspiré d’autres œuvres qui ont repris la couleur. C’est à partir du XVIIe siècle que certains sculpteurs produisent des vierges d’emblée noires.

LA DEESSE ISIS

La déesse Isis

Les Vierges noires ont été assimilées aux déesses mères ou à Isis, divinités également noires, à une époque où la religion comparée tentait ‘établir des liens entre toutes les religions.

Comment ne pas évoquer la Vierge Noire de la Cathédrale de Chartres : la Vierge Noire est la Vierge-de-sous-Terre, dans la crypte, détruite en 1793. La piété attribue alors à une autre Vierge du XVIe siècle, appelée Notre-Dame-du-Pilier, ses caractéristiques, et en particulier la couleur noire des carnations, qui lui est attribuée lors d’une restauration du XIXe siècle. Une nouvelle restauration au début du XXIe siècle rend à Notre-Dame-du-Pilier sa polychromie originelle.

C’est Camille Flammarion qui parle d’une statue analogue qu’il vit dans les caves de l’Observatoire, à Paris, le 24 septembre 1871, deux siècles après la première observation thermométrique qui y fut faite en 1671. Il écrivit : « Le colossal édifice de Louis XIV qui élève la balustrade de sa terrasse à vingt-huit mètres au-dessus du sol, descend au-dessous en des fondations qui ont la même profondeur : vingt-huit mètres. A l’angle de l’une des galeries souterraines, on remarque une statuette de la Vierge, placée là cette même année 1671, et que des vers gravés à ses pieds invoquent sous le nom de Nostre-Dame-de-dessous-terre ».

LA VIERGE NOIRE DE CHARTRES

La Vierge Noire de la Cathédrale de Chartres

Cette Vierge parisienne, peu connue, paraît être une réplique de celle de Chartres, la Dame souterraine. En 1705, l’urbaniste français De Lamare dressa le plan de la ville de Paris et y mentionna des temples d’Isis en lieu et place de l’Abbaye de Saint-Germain-des-Prés et de la cathédrale Notre-Dame. Ce fait avait été mis en lumière par le Père Jean du Breuil qui, dans son ouvrage « Théâtres des Antiquités de Paris » publié en 1639 disait ceci : « Au lieu où le roi Childebert fit construire à l’église de Saint-Vincent, à présent dite de Saint-Germain-des-Prés et à laquelle il donna son fief d’Issy, la commune opinion est qu’il y avait un temple d’Isis, femme d’Osiris ».

Bien plus tard, c’est Henri Vincenot (1912-1985), écrivain, peintre et sculpteur français, qui dans son ouvrage « Les Etoiles de Compostelle » voit la « Vouivre » comme un immense souterrain qui correspond au courant tellurique terrestre. Selon lui, les Vierges Noires étaient vénérées comme des symboles astronomiques de ces courants d’énergie souterrains. Les lieux où l’on adorait les Vierges Noires n’étaient pas choisis au hasard. Aux yeux des Celtes, la Terre était un organisme vivant, la Grande Mère, d’où procédait toute vie. Comme un corps, la Terre était nourrie par tout un réseau d’artères cachées sous sa surface. Le réseau terrestre était parcouru par une énergie impalpable. Cette énergie et les courants qui  avaient un nom : c’était la Wouivre, le « serpent ».

Quant à Apulée dans « Métamorphoses XI », il ne dit pas autre chose : « Je suis La Nature, mère des choses, maîtresse de tous les éléments, origine et principe des siècles, divinité suprême, reine des Mânes, première entre les habitants du ciel, type uniforme des Dieux et des Déesses. C’et moi dont la volonté gouverne les voûtes lumineuses du ciel, les souffles salubres de l’océan, le silence lugubre des enfers. Puissance unique, je suis par l’univers entier adorée sous plusieurs formes, avec des cérémonies divers, avec mille noms différents. Les Phrygiens, premiers nés sur terre, m’appellent la déesse-mère de Pessinonte ; les Athéniens autochtones me nomment Minerve la Cécropienne ; chez les habitants de l’île de Chypre, je suis Vénus de Paphos ; chez les Crétois, les armés de l’arc, je suis Diane Dictynna ; chez les Siciliens qui parlent trois langues, Proserpine la Strygienne ; chez les habitants d’Eleusis, l’antique Cérès. Les uns m’appelent Junon, d’autres Bellone ; ceux-ci Hécate, ceux-là la déesse Ramonte. Mais ceux qui, les premiers, sont éclairés par les rayons du soleil naissant, les peuples d’Ethiopie, de l’Asie et les Egyptiens, puissants par leur antique savoir, ceux-là me rendent mon véritable culte et m’appellent de mon vrai nom : la Reine Isis ».

Si Apulée n’avait pas vécu au IIe siècle avant notre ère, il aurait sans doute rajouté « et les Chrétiens me nomment la Vierge Marie ».

VIERGE NOIRE DU PUY-EN-VELAY

Vierge Noire du Puy-en-Velay

De tous temps, les Vierges Noires ont fait l’objet d’une dévotion particulière car on leur prêtait des pouvoirs miraculeux. Leurs statues sont devenues des objets de légendes, transmises de siècles en siècles par la tradition orale car elles sont le symbole de la fécondité, source de vie humaine, de fertilité de la terre, et leur couleur noire n’a cessé d’intriguer bien des gens.

On trouve des Vierges Noires dans toute la chrétienté d’Occident, sauf dans les pays de tradition orientale de l’icône, ainsi qu’en Europe de l’Est. Des sanctuaires renommés leur sont dédiés : Montserrat en Catalogne, Aparecida au Brésil, Tarragone en Espagne… La Vierge Noire est particulièrement présente en France. Son culte est particulièrement attesté dans le Massif Central et particulièrement en Auvergne.

VIERGE NOIRE

La Vierge Noire de Montserrat en Catalogne

Bibliographie

Tous les Mystères de la Lune – Odile Alleguede – Editions Trajectoire

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LA LEGENDE DU SCORPION

(6.6.8 - LES MYTHES DU SCORPION ET DE PLUTON) par sylvietribut le 27-10-2015

Un Maître Zen voyait un scorpion se noyer et décida de le sortir de l’eau. Cependant, à peine sorti, le scorpion le piqua. Sous l’effet de la douleur, le Maître rejeta l’animal qui de nouveau tomba dans l’eau, toujours sur le point de se noyer. Le Maître tenta de nouveau de le tirer de là et de nouveau le scorpion le piqua.

Un jeune disciple qui était là, s’approcha et lui dit : « Pardonnez-moi, Maître, mais pourquoi continuer. Vous ne comprenez pas qu’à chaque fois que vous essayez de le sortir de l’eau, il vous pique ».

scorpion 4

Le Maître lui répondit : « La nature du scorpion est de piquer et cela ne changera pas la mienne qui est d’aider ».

Après réflexion, le Maître, avec l’aide d’une feuille, sortit le scorpion de l’eau et lui sauva la vie, et se tournant vers son disciple, il poursuivit : « Ne change pas ta nature si quelqu’un te fait mal, prend seulement des précautions. Parce que les hommes sont presque toujours ingrats du bénéfice que tu leur procures. Cependant, ce n’est pas un motif pour arrêter de faire le bien, d’abandonner l’amour qui vit en toi. Certains sont en quête du bonheur, alors que d’autres le créent. Préoccupe-toi d’abord de ta conscience et non de ta réputation. Parce que ta conscience est ce qu’elle est, mais la réputation est ce que les autres pensent de toi… Quand la vie te donne mille raisons de pleurer, montre-leur que tu as mille raisons de sourire.

Scorpion

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PHRYNE LA COURTISANE ATHENIENNE

(6.6.8 - LES MYTHES DU SCORPION ET DE PLUTON) par sylvietribut le 02-11-2014

La prostitution, les prostituées et courtisanes font partie du monde du Scorpion, de la Maison VIII, de Pluton, de Vénus en Scorpion, ou bien lorsque le thème présente une dominante plutonienne, s’y mêle aussi un côté Neptunien et Maison XII et le monde clos des Maisons closes.

 Phryné était une hétaïre grecque, célèbre au IVe siècle avant Jésus-Christ. Elle était fille d’Epiktès, née Mnésareté ce qui signifie en grec ancien « celle qui se souvient de la vertu », alors que Phryné se traduit littéralement par « crapaud », surnom qu’on lui avait donné à cause de son teint jaunâtre.

C’est en Béotie, à Thespies, qu’elle vit le jour. Elle s’installe probablement à Athènes après la destruction de sa ville par les Thébains, en 371 avant Jésus-Christ, où elle devint hétaïre. Très vite, elle a pour amants certains hommes parmi les plus distingués de l’époque. C’est d’abord le sculpteur Praxitèle qui, selon Athénée et Pline l’Ancien, l’utilise comme modèle pour son Aphrodite de Cnide. Athénée y ajoute le peintre Apelle qui l’utilise également comme modèle pour son Aphrodite Anadyomène.

Elle était également célèbre pour ses tarifs élevés. Selon le poète comique Machon, elle réclame une mine pour une nuit. Une mine était une unité de compte monétaire valant 100 drachmes, soit 432 grammes d’argent. Vers 149 Ploutos d’Aristophane mentionne le prix extravagant de 10 000 drachmes, soit un talent. Cependant, toujours selon Machon, son tarif varie suivant ses humeurs. Elle accumula de telles richesses que, selon le grammairien Callistrate, elle aurait offert de rebâtir les murailles de Thèbes, abattues en 336 avant Jésus-Christ par Alexandre le Grand, sous réserve qu’on y grave l’inscription : « Détruites par Alexandre, rebâties par Phryné, l’hétaïre ». Mais l’offre aurait été refusée.

PHRYNE PAR PRAXITELES

Phryné d’après Praxitèle

Organisatrice d’une confrérie religieuse vouée au culte du dieu thrace Isodaetes, elle fut accusée par l’un de ses anciens amants d’introduire une divinité étrangère à Athènes et par là même de corrompre les jeunes femmes. Elle fut défendue par l’orateur Hypéride, l’un de ses amants. Selon Athénée, celui-ci sentant à cours d’argument et peut-être aussi la cause perdue, aurait déchiré le peplos qui drapait Phryné, dévoilant aux Héliastes toutes les splendeurs secrètes de sa beauté. Les juges saisis devant une appréhension religieuse ne voulurent pas que l’on porte la main sur une telle beauté, emportant ainsi la faveur du jury. Phryné sera acquittée et portée en triomphe au temple d’Aphrodite/Vénus tandis que le rhéteur adverse était chassé de l’Aréopage.

Selon Elien, les Grecs auraient dressé sur une colonne, à Delphes, une statue en or de Phryné. Athénée précise qu’elle est l’œuvre de Praxitèle et qu’elle porte l’inscription « Phryné, fille d’Epiclès de Thespies ». Plutarque parle également de cette statue comme étant œuvre de Praxitèle présente dans le sanctuaire d’Apollon à Delphes.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, elle nourrit l’imaginaire de nombre d’artistes français, comme Aspasie et Sapho, perpétuant la tradition classique des femmes illustres et controversées. Elle sera le thème de seize peintures et trente-et-une sculptures notamment comme femme dénudée devant les juges.

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Phryné devant l’Aréopage – Jean-Léon Gérôme – 1861

Phryné restera à travers les siècles une inspiration, notamment on la retrouve sur une toile de Jean-Léon Gérôme « Phryné devant l’Aréopage » en 1861. C’est Camille Saint-Saëns qui lui dédie un opéra en 1893 « Phryné ». On peut toujours voir au musée de Grenoble une statue de marbre de Paros, dû au sculpteur James Pradier. Cette œuvre fut l’une des plus remarquées au salon de 1845 et louée par Baudelaire.

Dans le monde littéraire, Charles Baudelaire, dans ses poèmes Lesbos et La Beauté, ainsi que Rainer Maria Rilke, dans le poème « Die Flamingos », se sont inspirés de la beauté et de la réputation de Phryné. En 1891, le futur académicien Maurice Donnay connaît un grand succès en présentant au théâtre l’ombres du Chat Noir sa fantaisie « Phryné ».

Enfin, c’est le cinéma qui, en Italie, en 1953, fera de l’histoire de Phryné un film « Frine, cortigiana d’Oriente » ou « Phryné, courtisane d’Orient », réalisé par Mario Bonnard. Quant à Charles Gounod, dans son ballet « Faust », écrit une « Danse de Phryné ».

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Aphrodite dont Phryné aurait été le modèle – Musée du Louvre

 

 

 

 

 

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UN MYTHE SCORPION… ALCESTE OU LE SACRIFICE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.6.8 - LES MYTHES DU SCORPION ET DE PLUTON) par sylvietribut le 26-10-2013

Bien des histoires d’amour sacrificielles évoquent la passion du Scorpion. Celle d’Alceste est exemplaire…

Pélias avait plusieurs filles, dont la plus belle, Alceste, était souvent demandé en mariage. Pour éviter les complications diplomatiques, Pélias posa des conditions impossibles : il accorderait sa fille à l’homme qui parviendrait à atteler sous le même joug un sanglier sauvage et un lion. De plus, les bêtes ainsi attelées devraient faire le tour d’un champ de courses.

Admète s’était mis sur les rangs et il obtint, grâce à la complicité d’Apollon, qu’Hercule/Héraklès dompte les deux animaux. Il put ainsi remplir les conditions imposées par Pélias. Mais, par un coupable oubli, il ne sacrifia point à Artémis, comme l’usage le voulut. La déesse en conçut un tel ressentiment que le jour des noces d’Admète, elle fit surgir un nœud de vipères à la place de la mariée dans le lit même d’Admète. Selon une autre version, c’est sa chambre qui se remplit de serpents. C’était là le présage d’une mort imminente.

 HERCULE RENDANT ALCESTE A ADMETE - CHATEAU DE MEUDON

Hercule rendant Alceste à Admète – Château de Meudon

Apollon, une fois de plus, intercéda auprès de la susceptible déesse, adoucit la colère de sa sœur, et tout s’arrangea avec le sacrifice exigé. Artémis poussa même la bonté jusqu’à offrir à Admète qu’il puisse vivre au-delà du temps qui lui était imparti si un membre de sa famille acceptait de mourir à sa place. Ce temps vint plus vite qu’Admète ne l’eût souhaité. Apollon, qui décidément avait pour Admète toutes les sollicitudes, fit boire les Parques plus que de raison afin de retarder l’échéance fatale. Admète supplia alors ses parents très âgés : ils étaient au bout de leur vie, cela changerait peu de choses pour eux… l’un des deux pouvait bien prendre sa place… Mais ni son père, ni sa mère, ne l’entendirent de cette oreille. Ils trouvaient encore beaucoup de plaisir à cette existence et refusèrent catégoriquement de se sacrifier.

Alors, dit-on, Alceste se tua en avalant du poison, par amour pour son époux. Elle descendit au Royaume des Morts où, selon une version, Perséphone, trouvant injustifié ce sacrifice, l’incita à reprendre sa place parmi les vivants par admiration devant sa dévotion à son époux. Mais selon d’autres versions, Hercule/Héraklès, qui était l’hôte d’Admète au moment de la mort de la reine, partit à la recherche de la Mort, combattit avec elle, et gagna le retour d’Alceste. Celle-ci aurait eu ensuite deux fils : Eumélos qui prit part à la guerre de Troie et Hippasos. Puis, avec son mari, ils furent exilés à Phères.

LA MORT D'ALCESTE 

La mort d’Alceste

Une autre version nous dépeint Admède sous un jour plus lâche encore. Il se serait enfui lorsque Hadès serait venu le chercher et c’est alors qu’Alceste aurait offert de donner sa vie pour son époux, mais Hercure/Héraklès l’aurait sauvée.

D’autres encore affirment qu’Alceste donna réellement sa vie pour Admède qui, pourtant, ne le méritait guère.

On se souvient que Pélias, père d’Alceste, avait été tué par Médée. Pélias avait une peur extrême de vieillir et de mourir et Médée, pour venir en aide à Jason, avait fait semblant de redonner la vie à un vieux bélier en disant à Pélias qu’elle pouvait de la même façon et en suivant la même recette le rajeunir. Le vieux roi s’était laissé convaincre et endormir par la grande magicienne. Elle ordonna aux filles de Pélias de couper leur père en morceaux afin de le faire bouillir dans le chaudron. Seule Alceste aurait refusé d’accomplir ce geste terrible, peut-être traversée par un doute, mais ses sœurs obéirent à Médée et Pélias mourut ainsi des mains de ses enfants.

MEDEE SUR SON CHAR CONDUIT PAR DES SERPENTS

Médée sur son char conduit par des serpents

Médée fait partie des puissantes sorcières qui traversent toutes les mythologies. Elle est souvent apparentée à Perséphone ou à Hécate elle-même. Son char, dit-on, était tiré par des serpents. Et cela désigne clairement son appartenance au Royaume des Enfers en même temps qu’à la Déesse Mère.

Le serpent ne peut être séparé du signe du Scorpion, précisément par son affinité avec le monde du dessous et par la superposition fréquente entre les deux animaux, au point qu’Isis elle-même, déesse des enchantements, guérisseuse et maîtresse des poisons, est parfois représentée soit sous forme de déesse-scorpion, soit avec le corps d’un cobra ou dotée de plusieurs queues de serpent.

Perséphone, elle-même, est appelée chez les Romains Proserpine, « celle qui avance en serpentant », ou « celle qui est serpent ».

Quant au sacrifice héroïque d’Alceste, c’est le sujet d’une pièce d’Euripide qui porte son nom.

PERSEPHONE - CIMETIERE DE DORTMUND

Perséphone – Cimetière de Dortmund

Bibliographie

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Robert Laffont

Dictionnaire de la Mythologie –Michael Grant et John Hazel – Marabout

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DANS LA SYMBOLIQUE SCORPION : LE MONSTRE

(6.6.8 - LES MYTHES DU SCORPION ET DE PLUTON) par sylvietribut le 10-11-2009

Il existe plusieurs étymologies possibles du mot « monstre ». L’une suggère que le mot viendrait d’un verbe latin « montrer », ce qui laisserait supposer que le mot désignait à l’origine un phénomène qu’on montrait dans les foires et les cirques. L’autre étymologie est la racine latine « monstrum », signifiant simplement « présage », sans connotation péjorative.

meduse-le-caravage-galerie-des-offices-florence Méduse par Le Caravage – Galerie des Offices – Florence

En général, le terme désigne aussi bien les créatures fantastiques que les êtres réels. Cependant, en biologie, un monstre est un individu dont la conformation s’écarte notablement des standards de son espèce, suite à une anomalie du développement embryonnaire. La tératologie est la discipline chargée de l’étude scientifique des monstres. Par extension, on parle aussi de monstruosité sur le plan moral quand quelqu’un commet des actions que la majorité des gens réprouvent. Le mot insiste parfois sur son côté spectaculaire. C’est le cas du « monstre sacré », comme l’étaient Marilyn Monroe ou James Dean. Quant à Diderot, il qualifiait la femme de « monstre de l’homme » et, en réponse, Julie de Lespinasse, qualifiait l’homme de « monstre de la femme ». Julie de Lespinasse était d’ailleurs Scorpion.

Le monstre est de manière plus général un individu qui par certaines de ses caractéristiques propres se démarque de façon significative de ses congénères. Ces caractéristiques peuvent être physiques, morales ou intellectuelles ; toutefois la monstruosité proprement dite n’est pas forcément négative, elle peut être un gain par rapport à une norme commune. Par exemple, Albert Einstein de par ses capacités intellectuelles hors normes peut-être considéré comme un monstre. Par ailleurs, le monstre symbolise le gardien d’un trésor, comme le trésor de l’immortalité par exemple, c’est-à-dire l’ensemble des difficultés à vaincre, des obstacles à surmonter, pour accéder enfin à ce trésor, matériel, biologique ou spirituel. Le monstre est là pour provoquer à l’effort, à la domination de la peur, à l’héroïsme. Il intervient en ce sens dans de nombreux rites initiatiques. Il appartient au sujet de « faire ses preuves », de donner la mesure de ses capacités et de ses mérites. Il faut vaincre le dragon, le serpent, les plantes épineuses, toute espèce de monstre, y compris soi-même, pour posséder les biens supérieurs que l’on convoite. Ils montent la garde à la porte des palais royaux, des temples et des tombeaux. Dans de nombreux cas, le monstre n’est en effet que l’image d’un certain moi, ce moi qu’il faut vaincre pour développer un moi supérieur. Le conflit est souvent symbolisé dans l’imagerie antique par le combat de l’aigle et du serpent.

En tant que gardien du trésor, le monstre est aussi « signal du sacré ». On pourrait dire : là où est le monstre, là est le trésor. Rares les lieux sacrés à l’entrée desquels ne soit posté un monstre : dragon, naja, boa, tigre, griffon, etc. L’arbre de vie est sous la surveillance des griffons ; les pommes d’or des Hespérides sous celle du dragon, ainsi que la toison d’or de Colchide ; le cratère de Dionysos sous celle des serpents ; tous les trésors de diamants et de perles, de la terre et des océans, sont gardés par des monstres. Toutes les voies de la richesse, de la gloire, de la connaissance, du salut, de l’immortalité sont préservées. On ne s’en empare que par un acte héroïque. Le monstre tué, qu’il soit extérieur ou qu’il soit intérieur à nous-mêmes, l’accès au trésor est ouvert.

monstre-dragon  

Le monstre relève aussi de la symbolique des rites de passage : il dévore le vieil homme, pour que naisse l’homme nouveau. Le monde qu’il garde et dans lequel il introduit n’est pas le monde extérieur de trésors fabuleux, mais le monde intérieur de l’esprit, dans lequel on n’accède que par une transformation intérieure. C’est pourquoi on voit dans toutes les civilisations des images de monstres avaleurs, androphages et psychopompes, symboles de la nécessité d’une régénération. Ce que l’on a considéré, par exemple, comme des monstruosités des révolutions prend un sens tout particulier à la lumière de cette interprétation : elle signifie que la révolution peut aller jusqu’à une transformation radicale de l’homme, pour le rendre apte à vivre dans un monde nouveau. « Meure le vieil homme, vive l’homme nouveau » : cette formule pourrait résumer la symbolique du monstre.

Dans la tradition biblique, le monstre symbolise les forces irrationnelles : il possède les caractéristiques de l’informe, du chaotique, du ténébreux, de l’abyssal. Le monstre apparaît donc comme désordonné, privé de mesure, il évoque la période d’avant la création de l’ordre. Ezéchiel parle de ses quatre aspects : il se manifeste dans la tempête avec une grosse nuée et une gerbe de feu ; il paraît signifier les quatre vents et les quatre points cardinaux. C’est l’orage, avec ses nuages sombres, le tonnerre et les éclairs. Le monstre est souvent associé non seulement au vent, mais aussi à l’eau, l’eau appartenant au monde souterrain ; le royaume sous terre est aussi le domaine du monstre. Il en est d’ailleurs de même pour l’homme. Celui-ci naît du vent (esprit) et de l’eau. Aussi chaque homme comporte-t-il son propre monstre, avec lequel il doit constamment lutter. Le monstre répand la terreur là où il apparaît et l’homme l’affronte à chaque instant.

Le monstre est encore le symbole de la résurrection : il avale l’homme, afin de provoquer une nouvelle naissance. Tout être traverse son propre chaos avant de pouvoir se structurer, le passage par les ténèbres précède l’entrée dans la lumière. Il convient de dépasser en soi-même l’incompréhensible, qui es terrifiant parce qu’il est incompréhensible et qu’il paraît privé de lois. Or, l’incontrôlable possède cependant ses propres lois. Ce thème est illustré par Jonas qui, englouti dans le ventre d’un monstre mari, en sortira profondément changé.

Selon Diel, les monstres symbolisent une fonction psychique, l’imagination exaltée et erronée, source des désordres et des malheurs ; c’est une déformation maladive, un fonctionnement malsain de la force vitale. Si les monstres représentent une menace extérieure, ils révèlent aussi un péril intérieur : ils sont comme les formes hideuses d’un désir perverti. Ils procèdent d’une certaine angoisse, dont ils sont les images. Car l’angoisse est un certain état convulsif, composé de deux attitudes diamétralement opposées : l’exaltation désireuse et l’inhibition craintive. Ils sortent généralement de la région souterraine, de cavités, des antres sombres ; tout autant d’images du subconscient.

Bien des artistes ont représenté des monstres. En effet, dès les premières représentations artistiques, on trouve des hommes à tête d’animaux ou des animaux fantastiques mélangeant les caractéristiques de plusieurs bêtes. Depuis toujours, l’homme a représenté des personnages angoissants et imaginaires. Mêmes les œuvres religieuses représentent fréquemment des monstres. Parmi les artistes ayant représentés des monstres, on trouve Jérôme Bosch, Francisco Goya et Giger.

goya-le-sabbat-des-sorcieres Le Sabbat des Sorcières – Francisco Goya

Dans toutes les mythologies, le monstre est omniprésent. Dans la mythologie gréco-latine, le plus célèbre est la Gorgone, dont le masque de méduse pétrifiait les humains, d’où le terme « méduser ». Les croyances païennes font resurgir la figure du monstre, assimilé à une terreur collective. Le monstre est souvent double et se cache sous une apparence humaine. La thématique du loup-garou en est un exemple. La résurgence de la mythologie, après l’Humanisme, traite les figures de monstre de façon ornementale, et souvent allégoriques, voire même métaphysiques. Dans sa reprise de la fable d’Apulée, La Fontaine, dans les Amours de Psyché, présente un « monstre » de galanterie : l’Amour.

Il existe également des monstres célèbres dans la littérature, comme Quasimodo dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, ou bien Dracula, ou encore le monstre crée par le docteur Frankenstein, dans le roman homonyme de Mary Shelley.

godzillaPlus moderne, Godzilla, monstre du cinéma japonais, qui a l’apparence d’un lézard géant préhistorique.

Enfin, il y eu dans des monstres célèbres comme l’anencéphale de Vichy dont l’histoire est relatée par P. Duvic en 1973 dans un livre intitulé « Monstres et monstruosités ». Il y a aussi Joseph Merrick, dit Elephant Man, l’homme-éléphant, rendu célèbre par le film de David Lynch. Hors norme aussi le Russe Fédor Machnov qui mesurait 2m82 et pesait 187 kg.

Il y eut également l’Américain Isaac Spragues qui, à l’âge de dix ans se met subitement à maigrir pour ne plus peser que 20 kg jusqu’à la fin de sa vie, tout en ayant une taille normale. Et tant d’autres encore dont la célèbre femme à barbe. 

Enfin, comment ne pas évoquer la chauve-souris de par son aspect monstrueux, d’autant que selon la loi mosaïque, c’est un animal impur, devenu le symbole de l’idolâtrie et de la frayeur. Pourtant, en Extrême-Orient, la chauve-souris est symbole de bonheur parce que le caractère fou qui la désigne est l’homophone du caractère qui signifie bonheur. Son image accompagne parfois le caractère longévité dans l’expression des souhaits.

Chez les Mayas, la chauve-souris est l’une des divinités incarnant les forces souterraines. La « Maison de la chauve-souris » est l’une des régions souterraines qu’il faut traverser pour atteindre le pays de la mort. La chauve-souris est le maître du feu. Elle est destructrice de la vie, dévoreuse de lumière, et apparaît donc comme un substitut des grandes divinités chthoniennes. Elle est également divinité de la mort chez les Mexicains qui l’associent au point cardinal Nord et la représentent souvent combinée avec une mâchoire ouverte, parfois remplacée par un couteau sacrificiel.

chauve-souris  

Pour les Indiens Zuni, les chauves-souris sont les annonciatrices de la pluie. Dans un mythe des Indiens Chami, apparentés au groupe Choko, sur le versant Pacifique de la cordillère des Andes colombiennes, le héros mythique Aribada tue la chauve-souris Inka (le vampire) pour s’emparer de son pouvoir d’endormir ses victimes. On dit en effet que le vampire, lorsqu’il veut mordre un homme endormi, généralement entre les orteils, pour lui sucer le sang sans l’éveiller bat constamment des ailes. Aribada, s’étant emparé de ce pouvoir, s’introduit la nuit auprès des femmes endormies et agite deux mouchoirs, l’un blanc et l’autre rouge, pour abuser d’elles à leur insu. Ceci est à rapprocher des pouvoirs érotico-libidineux déjà reconnus à la chauve-souris par Pline.

En Afrique, d’après une tradition peule d’initiation, la chauve-souris revêt une double signification. Au sens positif, elle est l’image de la perspicacité : être qui voit même dans l’obscurité, quand tout le monde est plongé dans la nuit. Au sens négatif, elle est la figure de l’ennemi de la lumière, de l’extravagant qui fait tout à rebours et qui voit tout  l’envers comme un homme pendu par les pieds. Ses grandes oreilles, en diurne sont l’emblème d’une ouïe développée pour tout capter ; en nocturne : ce sont des excroissances hideuses. Quand elle est souris volante en nocturne, elle est aveuglement aux vérités les plus lumineuses et entassement par grappes de puanteurs et laideurs morales ; en diurne : elle est image d’une certaine unité des êtres, leurs limites, s’effaçant dans l’hybride grâce à des alliances.

Dans l’iconographie de la Renaissance, illustrant de vieilles légendes, la chauve-souris, seul être volant qui possède des mamelles, symbolisait la femme féconde. On la voyait auprès d’Artémis, la déesse aux nombreuses mamelles qui, bien qu’elle fut vierge ou plutôt en raison de cette qualité, protégeait la naissance et la croissance.

Dans les traditions alchimistes, l’ambiguïté de cette nature hybride, la souris-oiseau, explique l’ambivalence de ses symboles : la chauve-souris représente l’androgyne, le dragon ailé, les démons. Ses ailes seraient celles des habitants de l’enfer. Une riche iconographie illustre ces interprétations.

La chauve-souris symbolise encore d’être définitivement arrêté à une phase de son évolution ascendante : il n’est plus le degré inférieur, pas encore le degré supérieur ; oiseau manqué, il est bien, comme disait Buffon, « un être monstre ».

quasimodo 

Bibliographie 

Dictionnaire des symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

 

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