PROCNE, PHILOMELE ET TEREE

(6.6.11 - LES MYTHES DU VERSEAU ET D'URANUS) par sylvietribut le 17-02-2017

Philomèle et Procné étaient les deux filles du roi d’Athènes, Pandion, et de Zeuxippe, une naïade. Ce mythe appartient à l’histoire de la fondation d’Athènes.

Cette légende nous est racontée par Ovide dans ses Métamorphoses. Procnée était mariée à Térée, roi de Thrace. Après cinq années d’union et la naissance d’un fils, Itys, elle désira revoir sa jeune sœur Philomèle. Elle en parla à son mari et celui-ci se rendit à Athènes pour demander au roi Pandion de permettre le séjour de Philomèle chez eux. En découvrant la beauté de sa belle-sœur, il la désira aussitôt.

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Philomèle et Procnée – William Bourguereau

Pandion accepta de lui confier sa fille en lui faisant promettre d’en prendre soin. Toutefois, à peine eurent-ils débarqué sur la côte de Thrace que Térée entraîna Philomèle dans une bergerie où il la viola, puis lui coupa la langue pour l’empêcher de parler. Philomèle fut laissée sous bonne garde dans la bergerie et, de retour devant sa femme, il lui fit croire que sa sœur était morte durant le voyage.

Cependant Philomèle eut l’idée d’avertir sa sœur en tissant une toile qui révélait son calvaire. Cette toile fut portée à Procné par l’intermédiaire d’une servante. Ainsi avertie, Procné n’eut plus qu’une idée, celle de venger sa sœur.

Profitant de la célébration des mystères de Dionysos, Procné va délivrer Philomèle de sa prison et l’introduire dans le palais. Ensuite, elle tue Itys, son jeune fils. Les deux sœurs le découpent et cuisent ses membres et le font servir à Térée lors d’un repas qu’il prend seul. C’est alors que Térée réclame son fils et Procnée de lui répondre : « Ton fils est avec toi ». Philomèle surgit et jette la tête d’Itys sur la table.

A la vue de ce terrible spectacle, Térée, fou de rage, cherche à poursuivre les deux sœurs. Mais elles se sauvent et se métamorphosent : Procné en rossignol et Philomèle en hirondelle. Térée sera changé en huppe, cet oiseau qui vole au ras du sol. Quant à Itys, les dieux eurent pitié de son sort et le métamorphosèrent en chardonneret. Cependant dans la version d’Ovide, Itys est tué et mangé sans autre forme de procès.

Le comportement de Térée n’est pas sans évoquer le thème d’un Uranien, sur fond de Mars-Uranus, celui qui passe à l’acte car dans l’impossibilité de ne pas faire ce qu’il veut quand il veut, sans considération ni empathie pour l’autre.

rossignol_progne couple

 

 

 

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LA DEESSE ROMAINE FEBRIS

(6.6.11 - LES MYTHES DU VERSEAU ET D'URANUS) par sylvietribut le 12-02-2017

La déesse Febris était une déesse romaine. On la fêtait le 14 février. Elle était associée à la guérison de la malaria qui sévissait dans les marais pontins, une région au sud de Rome. Elle recevait les offrandes de ses fidèles qui espéraient éviter de contracter cette maladie. Febris pouvait donc apporter et faire disparaître les maladies.

C’est Numa Pompilio qui dédia le mois de février au dieu Februus, d’où son nom. Les longues fêtes dédiées à la Déesse culminaient le 14 février, avec les Februalia. Comme l’Avent pour le Christianisme, le 14 février deviendra au contraire la catholique fête de Saint Valentin, au nom de la « fièvre d’amour ».

LA DEESSE ROMAINE FEBRIS

La déesse romaine Febris

Cette Febris, la déesse romaine de la fièvre, est toujours à demeure dans la vallée du Tibre. Elle avait trois chapelles à Rome : au Mont Palatin, sur l’Esquilin et sur le Quirinal.  Une fois guéris les malades suspendaient dans ces chapelles les remèdes qu’ils avaient portés sur eux, le plus souvent dans des amulettes.

Il n’en demeure pas moins que Fébris était la déesse très redoutée de la Fièvre, à Rome, dans les bas-fonds comme au Forum et au Vélabre, et même les vallées plus élevées entre le Quirinal et Viminal, qui restèrent longtemps humides et malsaines. Simple puissance, « numen » était une maléfique qu’on cherchait à se concilier.

Fébris n’a pas de légende. Son sanctuaire le plus ancien semble avoir été un autel archaïque sur le Mont Palatin. On en connaît pourtant un autre, sur le plateau de l’Esquilin, à l’endroit où l’on enterrait les esclaves et les petites gens : les puticuli de l’époque classique. Et puis il y avait dans le haut du Vicus Longus, à la tête de la vallée du Quirinal, où il y avait des suintements d’eau et des sources.

FONTAINE AU MONT PALATIN

Fontaine au Mont Palatin – Rome

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UN MYTHE VERSEAU : DEDALE… UN INVENTEUR DE GENIE

(6.6.11 - LES MYTHES DU VERSEAU ET D'URANUS) par sylvietribut le 05-02-2016

Le nom de Dédale est sujet à débat. Tantôt il signifie « artiste » ou même « artistiquement travaillé » ou encore « l’astucieux ». Le sens qui en résulte traduit l’ingéniosité et la dextérité qui caractérisent le personnage et souvent aussi le signe du Verseau.

Dédale est un artisan athénien mythique et son nom même signifie « l’ingénieux ». Il était célèbre pour ses nombreuses œuvres et inventions. Il descendait de la famille royale issue de Cécrops. Son père s’appelait Eupalamos, « celui qui est agile de ses mains », ou Métion, c’est-à-dire « intelligent ». Socrate prétendait descendre de Dédale.

En grandissant, Dédale devint le meilleur peintre et sculpteur d’Athènes. Ses œuvres étaient si vivantes qu’elles paraissaient réelles. Sa sœur lui confia son fils, Perdix, qu’on nommait aussi Talos ou Calos, comme élève. Mais le garçon se révéla meilleur artisan que Dédale lui-même, en inventant la scie : il s’était inspiré de la mâchoire du serpent, ou de l’arête dorsale du poisson. C’est également à Perdix qu’on doit le compas du géomètre et le tour du potier. Dans un accès de jalousie, Dédale tua son neveu en le poussant du haut de l’Acropole, ou d’une falaise, dans la mer. Athéna qui l’aimait pour son habileté, le vit tomber et le transforma en perdrix, laquelle prit son nom.

DEDALE - ANDREA PISANO

Dédale s’enfuit de Crète – Andrea Pisano

Pour son crime, Dédale dut comparaître devant l’Aréopage. Il partit en exil en Crète, soit qu’il y fut condamné, soit qu’il le voulut. Là, il fut accueilli par le roi Minos. La réputation de Dédale l’avait précédée, lui connu pour être un inventeur, un sculpteur et un architecte au talent exceptionnel. D’ailleurs, bien des auteurs latins et grecs ont loué son génie esthétique et son ingéniosité technique. Son œuvre la plus célèbre est bien sûr le labyrinthe qui a abrité le Minotaure. Le nom commun « dédale » en est issu par antonomase.

L’antonomase est une figure de style dans laquelle un nom propre ou bien une périphrase énonçant sa qualité essentielle, est utilisée comme nom commun, ou inversement, quand un nom commun est employé pour signifier un nom propre. Certains de ces noms figurent dans le dictionnaire : la « poubelle », une « silhouette », un « don Juan », un « harpagon », un bon « bordeaux », un « roquefort », le « macadam », un « gavroche », un « tartuffe »…

LABYRINTHE - THESEE ET LE MINOTAURE

Le labyrinthe – Thésée et le Minotaure

Mais retournons en Crète où Minos ne tarda pas à demander à Dédale de travailler pour lui et, ravi, Dédale accomplit des exploits de construction mécanique. Toutefois, son invention la plus étrange fut un simulacre de vache dans laquelle la reine Pasiphaé se cacha pour assouvir sa passion pour un taureau. Le taureau fut trompé par l’imitation et Pasiphaé conçut le fameux Minotaure qui était moitié homme, moitié taureau. Minos, honteux de la naissance de ce monstre, décida de la cacher et demanda à Dédale de construire le labyrinthe, enchevêtrement souterrain de tunnels et de couleurs et qui n’avait qu’une seule entrée. L’ensemble avait été conçu de telle sorte que quiconque y pénétrait n’en pouvait ressortir. C’est en son centre qu’on installa le Minotaure. La suite on la connaît, Dédale donna la solution à Ariane qui transmit à Thésée la pelote de laine qui lui permettrait de ressortir du labyrinthe après avoir tué le Minotaure.

ICARE ET DEDALE

Icare et Dédale

Cependant, Minos finit par comprendre la trahison de Dédale et l’enferma, lui et son fils, Icare, qu’il avait eu avec une esclave de Minos, dans le labyrinthe où il les retint prisonniers. Se rendant compte que toutes les méthodes habituelles pour s’échapper s’avéraient vaines, Dédale décida de s’envoler de l’endroit avec des ailes semblables à celles des oiseaux. Il construisit avec de la cire et des plumes une paire d’ailes pour Icare et pour lui-même. Il conseilla à Icare de ne pas voler ni trop haut, ni trop bas, de peur que, d’une part, la chaleur du soleil ne fît fondre la cire, et de l’autre, que les embruns de la mer n’alourdissent les plumes. Puis, il s’élança dans les airs, suivi de près par Icare. Ils volèrent vers le nord-est, et lorsqu’ils atteignirent le détroit qui sépare les Sporades de la côte ionienne de l’Asie Mineure, l’enthousiasme d’Icare l’emporta trop haut dans les airs. Comme il s’approchait du soleil, la cire de ses ailes fondit et il fut précipité dans la mer qui porte son nom. Dédale, lui, atterrit sur l’île qui porte également son nom, Icaria. Dédale retira le corps de la mer et l’ensevelit. Une perdrix, sans doute son neveu Perdix, fut le témoin plein de joie de son chagrin.

LE COQUILLAGE EN SPIRALE DE DEDALE

Le coquillage en spirale de Dédale

Une autre légende raconte que Dédale se réfugia en Sicile, à la cour de Cocalos, roi des Sicanes, à Camicos. Cependant, Minos toujours décidé à se venger, finit par retrouver sa piste. Il se rendit chez tous les souverains de l’Ouest et leur proposa le même problème : comment enfiler un coquillage en spirale. Quand Cocalos revient avec le coquillage enfilé, Minos faut certain de tenir Dédale, car il était sûr que personne ne pouvait accomplir un tel exploit. En effet, on raconte que Dédale perça un trou au sommet du coquillage et attache le fil à une fourmi qui trouva son chemin à travers le coquillage, ressortant par l’ouverture opposé.

Cependant Cocalos refusa de livrer Dédale à Minos. Il lui tendit même un piège. Il fit semblant de l’inviter pour lui livrer Dédale et le convia à partager le bain de ses trois filles. C’est bien sûr Dédale qui fabriqua la baignoire et Minos mourut ébouillanté.

Avec le mythe de Dédale se profile la « techné » grecque, c’est-à-dire notre technique moderne, qui permet d’atteindre à la maîtrise du monde. En Dédale se profile une science sans conscience. A chaque problème de ses maîtres, Dédale est un auxiliaire qui trouve une solution à leur problème, ainsi qu’une nouvelle solution au nouveau problème que celle-ci provoque : la cire des ailes est la solution pour s’échapper du labyrinthe, lui-même étant la solution pour enfermer le Minotaure, lui-même étant le fruit conséquent de la vache en bois conçue pour Pasiphaé.

Dédale a fasciné bien des artistes de Bruegel à Picasso, en passant par Matisse. Il est encore aujourd’hui l’objet de nombreuses créations artistiques.

PERDIX CHANGE EN PERDRIX

Perdix changé en Perdrix

Bibliographie

Dictionnaire de la Mythologie – Michael Grant et John Hazel – Marabout

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LES QUATRE FORMES DE L’AMOUR – L’AGAPE DU VERSEAU (Suite et fin)

(6.6.11 - LES MYTHES DU VERSEAU ET D'URANUS) par sylvietribut le 03-02-2016

Pour les Grecs, « Agapê » signifiait littéralement « l’amour de dieu pour l’homme ». Or la manière dont les dieux grecs aimaient les mortels n’avait rien d’une forme d’amour asexuée. Mais c’était un amour sexuel sans attachement car dieux et déesses ne se mariaient jamais, ni ne formaient de relations permanentes avec un mortel. Puis, le Christianisme est arrivé et il a énormément déformé l’Agapê, exactement comme il l’avait fait pour l’Epithumia, la Philia et l’Eros. Lorsque nous parlons maintenant d’Agapê au sens chrétien du therme (caritas étant le mot latin correspondant), il s’agit de l’amour de Dieu pour les êtres humains, et cet amour est asexué. Pour le Judéo-Christianisme, la sexualité ne fait pas partie du divin, elle est l’oeuvre de Satan et se trouve associée à la chute d’Eve, alors que les Grecs lui avaient réservé une place dans la vie des dieux. Dans la mythologie, les dieux avaient des rapports sexuels avec les mortels afin de leur offrir un présent symbolisant une forme d’éveil.

LE VERSEAU - PALAZZO DEL TE - MANTOVA

 Le Verseau – Palazzo del Te – Mantoue

L’Agapê n’est pas une forme d’amour asexuée et le Verseau n’est pas lui non plus un signe asexué. Non seulement le Verseau contient tout ce que nous ont appris l’Epithumia, la Philia et l’Eros, mais il fait un pas de plus en intégrant un nouveau sentiment : « Je t’aime suffisamment pour te laisser être ce que tu es ». Son amour désintéressé est celui de l’éveilleur pour l’éveillé. L’amour Agapê, l’amour du Verseau, est uranien, car il provoque cet éclair de conscience qui brise et fait éclater l’ego. Il peut être à sa manière aussi douloureux que l’amour érotique plutonien parce qu’il vous bouleverse et vous révèle sur vous-même des vérités auxquelles vous n’aviez jamais pensé. Le Verseau n’est pas seulement le signe de l’amitié. Le Verseau est apparemment sociable et connaît les règles du jeu, c’est la Balance qui a besoin de compagnie et va dans les soirées. Le Verseau, lui, préfère être seul, ou s’investir pour l’ensemble de l’humanité, que de se lancer dans des bavardages sans intérêt avec ses semblables.

Le Verseau correspond donc à l’Agapê, ce type de relation détachée qui existe entre l’éveilleur et l’éveillé. C’est une forme d’amour qui dit : “Je t’aime encore plus lorsque tu es toi-même, même si cela implique que tu me quittes ». L’Eros n’a pas cette largeur d’esprit, et c’est pourquoi l’Agapê va beaucoup plus loin.

Une relation érotique pourrait durer toute la vie si elle parvenait à atteindre le niveau de l’Agapê, une forme d’amour plus « Air » que celle d’Eros qui est « Eau ». L’amour Agapê aime suffisamment son partenaire pour lui laisser espace et liberté, et toute la question est de savoir si l’éloignement qui en résulte équivaut à la rupture de la relation.

C’est ce que paraissent penser, dans notre culture, la plupart des gens pour qui l’apparition d’une distance entre les conjoints veut dire que leur mariage est menacé. Que s’est-il passé après la période de séduction Feu de Philia ? Qu’est devenu le puissant attachement émotionnel et sexuel d’Eros ? Une fois la Philia et l’Eros disparus, il semble que la relation soit finie. Une relation qui dure vraiment longtemps doit inclure l’Agapê, cette forme d’amour désintéressé qui, sans exclure la sexualité, consiste à aimer suffisamment son partenaire pour le laisser être pleinement et complètement ce qu’il est. En fait, plus il est lui-même, plus vous l’aimez, car plus il est lui-même et plus vous pouvez être vous-même. C’est très différent de la Philia qui déclare : « Tu dois rester ce héros, cette idole, que j’admire tant, cette vision archétypique qui m’est si préciseuse, et ne jamais tomber de ce piédestal, car ma propre image serait détruite avec la tienne ». Le Verseau n’est donc pas un signe asexué, ce qui ne l’empêche pas de faire preuve de détachement.

L’amour Agapê du Verseau est très différent de celui de l’Eros qui est possessif par nature, puisqu’il cherche à prolonger le sentiment d’extase qui lui est associé. L’Epithumia est aussi possessive, mais à la manière d’un chien qui défend son os, ou d’un enfant avec sa mère. Bébé aime sa mère parce qu’elle incarne la sécurité. Cet amour est Epithumia sous sa forme la plus pure, la plus honnête et il est parfaitement normal et respectable. Toute relation comporte une certaine part d’Epithumia.

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Le Verseau – Fontaine du Verseau à Messine – Sicile

L’image associé au Verseau est celle du porteur d’eau, celle d’un dieu versant de l’eau ou une substance liquide d’un vase. Le vase et son contenu représentent l’amour, qui est un don des dieux. L’Agapê nous éveille et nous libère en même temps, et c’est pourquoi on peut considérer le Verseau comme le signe symbolique de l’archétype du Graal, ou plus précisément d’un graal dont on déverse le contenu.

Une fois accompli leur voyage héroïque, les héros et les héroïnes rapportent des présents : vérité, liberté, illumination, purification ou rédemption, pour les partager avec l’humanité. Après une période de tribulations et d’épreuves, ils reviennent chez eux pour partager et transmettre ce qu’ils ont appris dans cette quête. L’Agapê est ce désir, présent en chacun de nous, d’offrir à autrui, par amour, ce que nous ont appris nos pérégrinations et nos souffrances. Le Lion, la Philia, et le Soleil représentent le héros qui, s’éveillant à sa divinité, se lance dans ce voyage rédempteur ; or celui-ci ne serait pas complet s’il ne ramenait quelque chose de précieux pour l’offrir et le partager avec tous. L’Agapê n’est pas asexué ; mais sans exclure les relations sexuelles, il ne doit pas susciter d’attachement.

La forme sexuelle de l’Agapê contient un élément de souffrance associé à l’amour érotique car Uranus a toujours quelque chose de bouleversant : il nous bouscule et rien n’est plus comme avant. L’Agapê peut être douloureux car il n’existe pas de relation fondée sur une seule forme d’amour. Souvent un peu d’Eros se mêle à l’Agapê, ce qui explique la jalousie que l’on peut ressentir. En fait, nombre de gens se rendent compte qu’ils sont amoureux lorsqu’ils se sentent jaloux, ce qui revient à dire qu’ils définissent l’amour en termes d’Eros. Et si leur jalousie disparaît, ils croient que leur relation est terminée, alors qu’ils viennent peut-être simplement de passer à l’Agapê. Eros apprécie ce qui est tabou, ce qui est défendu. Si les amants peuvent se voir facilement n’importe quand, il n’y a plus la douleur de la séparation ni l’extase des retrouvailles. Le concept de l’amour romantique qui s’est développé à l’époque médiévale était fondé sur la frustration.

DEMETER ET PERSEPHONE - SMYRNE - 330-300 AV. JC. - LOUVRE

Déméter et sa fille Perséphone – Smyrne 330-300 avant Jésus-Christ – Musée du Louvre

C’est parce que Déméter ne pouvait accepter de changement qu’elle a perdu sa fille. Et Jéhovah rencontre un problème analogue dans l’Ancien Testament, lorsqu’il crée Adam et Eve avec l’espoir qu’ils vivent à jamais heureux, dans le jardin d’Eden. La projection qu’il fait sur eux laisse peu de place au changement et à la croissance. Une relation peut commencer par la Philia, mais cette idéalisation mutuelle ne peut durer éternellement. Nos relations passent par diverses phases, et nous devons respecter celle du moment. Elles démarrent parfois sur un plan très érotique, puis changent de visage pour se rapprocher de l’Agapê, cette forme d’amour désintéressée, complètement dénuée de jalousie et de possessivité. Remarquez le graphisme du Scorpion, le signe de l’amour érotique, il ressemble à des montagnes russes, avec tous ces pics et ces vallées, tous ces hauts et ces bas.

On peut associer certaines Maisons astrologiques aux formes de l’amour qui leur correspondent. La Maison VIII, qui symbolise l’Eros, la passion, la mort, la transformation et autres situations dangereuses, est très différente de la Maison V, qui décrit les désirs du coeur, l’éveil de l’amour romantique et ce que l’on appelle l’expression personnelle ou la créativité. C’est en Maison V que la Philia peut s’exprimer et sa signification n’a rien à voir avec celle de la Maison VII qui est normalement assignée au mariage. Le signe correspondant à la Maison VII est la Balance que l’on associe aux contrats et aux négociations diplomatiques, tels qu’un bon arrangement de mariage soigneusement étudié.

Enfin, ces quatre formes d’amour que sont l’Epithumia, la Philia, l’Eros et l’Agapê, sont associées aux quatre signes Fixes (Taureau, Lion, Scorpion, Verseau), parce que les signes Fixes sont des signes de manifestation. Ils concrétisent ce qui a été initié par un signe Cardinal (Bélier, Cancer, Balance, Capricorne) et qui sera transformé dans un signe Mutable (Gémeaux, Vierge, Sagittaire, Poissons).

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Bibliographie : « A travers le Miroir » – Richard Ideman – Editions du Rocher

Vous pouvez retrouver les trois premières formes de l’amour :

– l’Epithumia du Taureau – 06 – Mythes, legendes, traditions et symbolisme

– la Philia du Lion – 6.6.5 – Les Mythes du Lion et du Soleil

– l’Eros du Scorpion – 6.6.8 – Les Mythes du Scorpion et de Pluton 

Sur mon site www.sylvie-tribut-astrologue.com dans la rubrique “Mes Chroniques”.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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SUR UN AIR DE VERSEAU… MAIS DANS QUELLE ERE ?

(6.6.11 - LES MYTHES DU VERSEAU ET D'URANUS) par sylvietribut le 27-01-2016

C’est la précession des équinoxes qui a donné lieu à la théorie des ères : l’ère du BELIER, correspondant à l’époque où le Soleil traversait la constellation du même nom lors de l’équinoxe de printemps, a précédé l’ère des Poissons que nous allons quitter pour entrer dans l’ère du Verseau.

Tous les 25 920 ans, arrive la grande année où se superposent très exactement signes et constellations. En divisant 25 920 ans par 12, on obtient un cycle de 2 160 ans qui marque la naissance, l’apogée et le déclin des civilisations.

Ce cycle progresse à rebours des signes du zodiaque. Ainsi, la civilisation placée sous le signe du CANCER s’effondra-t-elle avec l’engloutissement de l’Atlantide.

La civilisation des GEMEAUX vit la suprématie des villes jumelles de Memphis et de Thèbes (la première dynastie de Memphis se situe à environ 5 000 ans avant J.C.).

C’est le signe du TAUREAU qui marque l’éclosion de la civilisation de la Basse-Chaldée (3 000 ans avant J.C.), des rois de Babylone et d’Assur. Le signe du Taureau est traditionnellement celui de l’architecture, de la brique et les constructions monumentales sont l’un des aspects importants de cette civilisation.

Rome, fondée en 753 avant J.C., le sera sous le signe du BELIER et de MARS, dieu de la guerre, prépondérant dans le Parthénon romain.

Quant au Christianisme, il verra son expansion sous le signe des POISSONS que l’on retrouvera constamment dans l’iconographie chrétienne primitive. C’est d’ailleurs grâce à un petit poisson stylisé que les premiers Chrétiens se reconnaissaient dans la clandestinité.

L’ère du VERSEAU serait donc encore à venir.

LE VERSEAU - PAVEMENT DE LA BIBLIOTHEQUE DU CONGRES - WASHINGTON

Le Verseau – Pavement de la bibliothèque du Congrès – Washington

Les contempteurs de l’astrologie, Voltaire l’un des premiers, ont souvent été tentés d’opposer aux thèses de ses partisans l’argument de la précession des équinoxes. Or, bien avant, Manilius, au Ier siècle de l’ère chrétienne, puis Ptolémée, un siècle plus tard, ont répondu à cette objection : les signes du zodiaque sont avant tout des signes topiques, c’est-à-dire qu’ils situent une naissance à l’intérieur du grand rythme cosmique de l’univers et n’ont que le nom en commun avec les constellations.

Cependant, à partir du moment où nous sommes entrés dans l’ère atomique, nous avons commencé à aborder l’ère du Verseau. Même s’il faut tenir compte d’une transition de cinq cents ans, les découvertes, les techniques, les inventions, les fabuleuses avancées de la science et de la médecine, au risque d’échapper au contrôle de l’être humain et d’y perdre notre humanité, nous entraînent vers ce vertige du savoir et de l’expérimentation. Certains êtres plus conscients tendront vers la connaissance pure.

L’informatique, la génétique, la robotique… tous ces mots de notre époque qui se terminent en « ique » sont des manifestations de cette ère, avec les risques de manipulations, les victoires sur la maladie, les technocraties en marche. Cependant, il ne faut pas oublier que « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Cette formule nous ne pouvons l’ignorer aujourd’hui. Ni faire aveuglément confiance au sursaut de l’homme et de sa conscience, ni aux miracles. Le Verseau est conscient de l’impact de ses inventions ou ne l’est pas. En nous efforçant de ne pas oublier que Yahvé, ou Zeus/Jupiter, ont été régulièrement tentés de détruire leurs créatures pour insolence, désobéissance, méchanceté, orgueil et autres vices divers, ou même pour mettre un terme à une surpopulation galopante.

Dans la nature du Verseau, il y a ce déconcertant mélange de naïveté, de génie, de soif de liberté et d’accès tyranniques ; cette tentation de jouer avec les idées sans toujours se préoccuper de les concrétiser. Mille idées par jour, le Verseau les a, mais le plaisir qu’il éprouve à jongler avec est supérieur à son goût de l’action. Cependant, le Verseau n’est pas l’homme de l’abstraction mais celui de l’expérimentation.

Et puis, ce Verseau, onzième signe du zodiaque, qui correspond au second mois de l’hiver, participe à la double nature uranienne et saturnienne. Et l’Air est son élément. Cet avant-dernier signe du zodiaque et avant tout caractérisé par sa nature aérienne. Il ne faut pas se méprendre : malgré sa représentation symbolique qui évoque l’eau courante, le Verseau n’a rien d’aquatique. Il faut voir dans le symbole du porteur d’eau le symbole de celui qui dispense aux assoiffés ce dont ils ont avant tout besoin pour apaiser leur soif. On cerne ainsi la plus grande qualité du natif, mais aussi son plus grand défaut : il est fait pour comprendre et faire profiter les autres de ses connaissances. Est-ce un défaut ? Peut-être si cette tendance est poussée à l’extrême, car le besoin de donner est alors si fort que le Verseau prend le manque de passion d’autrui pour de l’indifférence. Vexé, il se réfugie dans une tour d’ivoire où il ne tarde pas à ruminer de noires pensées.

Quant à la tendance uranienne du thème, elle le pousse à rechercher une indépendance de tous les instants. La liberté est ce qu’il chérit avant tout. En contrepartie, elle peut lui faire adopter des positions trop anticonformistes. Mais après tout, le Verseau n’est-il pas libre comme l’Air.

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Bibliographie

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Robert Laffont Editeur

Dictionnaire de l’Astrologie – Jean-Louis Brau – Librairie Larousse – Paris

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DANS LA MYTHOLOGIE DU VERSEAU… PANDORE

(6.6.11 - LES MYTHES DU VERSEAU ET D'URANUS) par sylvietribut le 08-02-2015

Tous les dieux, sur l’ordre de Zeus/Jupiter, concoururent à la naissance de Pandore, la première femme : « Je ferai présent aux hommes, dit Zeus, d’un mal en qui tous, au fond du cœur se complairont à entourer d’amour leur propre malheur… Il dit et éclate de rire, le père des dieux et des hommes… commande à l’illustre Héphaïstos, de tremper d’eau un peu de terre sans tarder, d’y mettre la voix et les forces d’un être humain et d’en former, à l’image des déesses immortelles, un beau corps aimable de vierge ; Athéna lui apprendra ses travaux, le métier qui tisse mille couleurs ; Aphrodite/Vénus d’or sur son front répandra la grâce, le douloureux désir, les soucis qui brisent les membres, tandis qu’un esprit impudent, un cœur artificieux seront, sur l’ordre de Zeus, mis en elle par Hermès/Mercure, le Messager, tueur d’Argos. Il dit, et tous obéissent au Seigneur Zeus, fils de Cronos/Saturne. Et dans son sein, le Messager, tueur d’Argos, crée mensonges, mots trompeurs, cœur artificieux, ainsi que le veut Zeus aux lourds grondements. Puis, héraut des dieux, il met en elle la parole et à cette femme il donne le nom de Pandore parce que ce sont tous les habitants de l’Olympe qui, avec ce présent, font présent du malheur des hommes.

PANDORE - JOHN WILLIAM WATERHOUSE 2

Pandore – John Waterhouse

Et c’est ainsi que Pandore va symboliser l’origine des maux de l’humanité : ils viennent par la femme, selon ce mythe et celle-ci a été façonnée sur l’ordre de Zeus, comme un châtiment pour la désobéissance de Prométhée, qui avait volé le feu du ciel pour le donner aux hommes ».

Selon la légende de Pandore, l’homme a reçu les bienfaits du feu, malgré les dieux, et les méfaits de la femme, malgré lui. La femme est le prix du feu. Il n’y a lieu, bien entendu, de retenir que les symboles inclus dans la légende : elle montre l’ambivalence du feu, qui a donné à l’humanité un immense pouvoir, mais celui-ci peut tourner à son malheur, aussi bien qu’à son bonheur, selon que le désir des hommes sera droit ou pervers. Et c’est souvent la femme qui détourne le feu vers le malheur. Le feu symbolise aussi l’amour, que tout humain désire, bien qu’il en souffre. L’homme, qui a ravi le feu des dieux, en subira la brûlure par le feu de son désir. Pandore symbolise le feu des désirs qui causent le malheur des hommes.

ZEUS - MERCURE - PANDORE ET SA BOITE

Zeus/Jupiter – Hermès/Mercure – Pandore et sa boîte

Il faut dire aussi que les dieux créèrent Pandore irrésistiblement belle et parée par toutes les déesses mais curieuse, imprudente, pleine de défauts, fatale en somme. C’est à Epiméthée, frère de Prométhée, qu’ils offriront perfidement cette superbe créature. Cependant, Epiméthée ne possède pas le don de voyance de son frère qui cependant l’avertit du danger.

Selon certains, pourtant, l’avertissement fut efficace et Epiméthée refusa le cadeau, renforçant la colère de Zeus. Mais, selon d’autres auteurs, le frère innocent de Prométhée accueille la belle messagère avec sa boîte, cette fameuse boîte qu’elle ouvre imprudemment et dont s’échapperont toutes les calamités qui désormais ne cesseront de se déverser sur les hommes, et notamment la vieillesse, la maladie, la guerre, la famine, la misère, la folie, le vice, la tromperie, la passion, l’orgueil. Toutefois, au fond de la boîte demeurera un bien, infiniment précieux, « la fée Espérance », comme dit le poète. Grâce à l’espérance, jamais les hommes ne perdront ce goût de la vie qui les obsède et les fait tenir envers et contre tout. Et l’espérance, ne fait-elle pas partie de cette nature Verseau que jamais rien n’empêchera de rêver de jours meilleurs, d’inventions merveilleuses et d’utopies stimulantes.

Selon Hésiode dans son ouvrage « Les Travaux et les jours », une fois installée comme épouse, Pandore céda à la curiosité qu’Hermès/Mercure lui avait donnée et ouvrir la boîte, libérant ainsi les maux qui y étaient contenus. Elle voulut refermer la boîte pour les retenir. Hélas ! Il était trop tard. Seule l’espérance, lente à réagir, y resta enfermée. La boîte qu’elle avait ouverte devint alors la « Boîte de Pandore ».

FRESQUE - ABBAZIA DEI SETTE FRATI - ADAM, EVE ET LILITH

La Tentation – Fresque – Convento dei sette fratelli – Mosciano-Sant-Angelo – Abruzzo – Italie

On ne peut s’empêcher de faire un rapprochement de ce mythe avec ce que relate la Genèse de la chute d’Adam et Eve. Mais dans ces deux mythes, c’est la femme, pourtant avertie par Zeus/Jupiter et Prométhée dans la mythologie et par Dieu dans la Bible, qui commet une irrémédiable erreur : en mangeant le fruit défendu dans la Bible et en ouvrant la boîte dans la mythologie, plongeant l’humanité dans une vie faite de maux et de douleurs.

La version biblique semble a priori plus indulgente pour la femme qui a été poussée à la faute par le serpent tentateur. Elle ne porte pas seule la faute, puisqu’ensuite le fruit est partagé avec l’homme. La conséquence de ce péché originel sera que désormais « elle enfantera dans la douleur ». Cependant, il existe un verset de la Genèse qui promet la victoire finale de la femme sur le serpent qui l’a trompée : « Je ferai régner la haine entre toi, le démon ou le serpent, et la femme, entre ta postérité et la sienne. Celle-ci te visera à la tête et toi, tu l’attaqueras au talon ».

Dans le mythe de Pandore, on perçoit une mentalité polythéiste qui donne à l’homme la possibilité de s’améliorer dans les épreuves et l’adversité, ce que les monothéistes appellent « les maux ». Elle lui donna aussi la force d’affronter ces épreuves grâce à l’espoir. Dans la philosophie païenne, Pandore est, à la fois, la source des maux, de la force, de la dignité et de la beauté, puisque l’être humain ne peut s’améliorer sans adversité.

LA BOITE DE PANDORE

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Robert Laffont

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UN MYTHE VERSEAU… PROMETHEE LIBERE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.6.11 - LES MYTHES DU VERSEAU ET D'URANUS) par sylvietribut le 08-02-2014

Prométhée avait un secret. Il savait que le fils né de Thétis que Zeus/Jupiter et Poséidon/Neptune courtisaient tous deux serait un jour plus puissant que son père. Menace familiale qui rappelait quelques mauvais souvenirs à Zeus/Jupiter. L’information fut jugée précieuse et Zeus/Jupiter aurait alors délivré Prométhée.

Pourtant, il existe une autre version de la libération de notre héros. Héraklès/Hercule, en mission du côté du Caucase et en quête de pommes du jardin des Hespérides, rencontre par hasard Prométhée attaché à son rocher… Mais peut-être Zeus/Jupiter, au fond de lui, souhaitait-il cette rencontre.

PROMETHEE ENCHAINE - ADAM - LOUVRE

Prométhée enchaîné – Musée du Louvre

N’écoutant que son courage, Héraklès/Hercule qui compatit au sort de Prométhée, bande son arc et tue l’aigle gigantesque qui torture Prométhée depuis si longtemps. Puis il lui retire ses chaînes. Un jeu d’enfant pour lui. En échange, Prométhée lui indiquera le chemin qui mène au jardin des Hespérides. Il ira même jusqu’à l’accompagner. Histoire de dégourdir ses pauvres jambes assurément atrophiées. Il devait envoyer Atlas chercher les pommes en question. Atlas, avec ses cervicales ankylosées à force de porter le monde, participe aussi un peu du Verseau.

Pour convaincre Atlas d’aller chercher obligeamment les pommes, Héraklès/Hercule s’offrira à soutenir le monde à sa place, aubaine qu’Atlas entend bien mettre à profit définitivement. Cependant, lorsqu’il est de retour, les bras chargés de fruits, Héraklès/Hercule use d’une autre ruse et lui dit : « Veux-tu tenir à nouveau cinq minutes, j’ai dû mal installer ce poids sur mes épaules ». Atlas, naïvement, reprend la position tandis qu’Héraklès/Hercule l’abandonne à son sort et le rend à sa tâche.

Une autre légende nous montre, s’il en était besoin, de quelle cruauté les dieux sont capables d’user envers les hommes. Ils auraient en effet créé la première femme. La terre, initialement, n’aurait contenu que des hommes, ce qui excuserait évidemment un peu les mœurs des dieux et l’exemple qu’ils donnaient aux hommes. Apparemment, ils se débrouillaient entre eux, comme Enkidu avec ses chèvres et ses gazelles, selon le récit babylonien de Gilgamesh, ou avec leurs frères humains. Mais les dieux créèrent Pandore, irrésistiblement belle et parée par toutes les déesses mais curieuse, imprudente, pleine de défauts, qu’on vous dira typiquement féminins, et fatale en somme.

PANDORE - JOHN WILLIAM WATERHOUSE

Pandore – John William Waterhouse

C’est à Epiméthée, le frère de Prométhée, qu’ils offriront perfidement cette superbe créature. Epiméthée ne possède pas le don de voyance de son frère qui cependant l’avertit du danger. Selon certains, pourtant, l’avertissement fut efficace et Epiméthée refusa le cadeau, renforçant la colère de Zeus/Jupiter. Mais, selon d’autres auteurs, le frère innocent de Prométhée accueille la belle messagère avec sa boîte, cette fameuse boîte qu’elle ouvre imprudemment et dont s’échapperont toutes les calamités qui désormais ne cesseront de se déverser sur les hommes. Toutefois, au fond de la boîte demeurera le bien, infiniment précieux, « la fée espérance », comme le suggère le poète. Grâce à l’espérance, jamais les hommes ne perdront ce goût de la vie qui les obsède et les fait tenir envers et contre tout. Et l’espérance ne fait-elle pas partie de cette nature Verseau que jamais rien n’empêchera de rêver de jours meilleurs, d’inventions merveilleuses et d’utopies stimulantes.

Epiméthée, celui qui se ravise, mettra en œuvre cette espérance de survie en engendrant Pyrrha qui à son tour épousera Deucalion, l’ancêtre des Hellènes et, ensemble, ils sauveront l’humanité menacée par un déluge envoyé par Zeus/Jupiter. On reconnaît là son obstination à faire disparaître les hommes.

PYRRHA ET DEUCALION

Pyrrha et Deucalion

Prométhée le prévoyant, lui, les guidera après qu’ils auront, comme Noé, construit le vaisseau qui abordera au sommet du Mont Parnasse. Et Thémis leur ordonnera alors de jeter derrière eux les os de leur grand-mère, certains prétendent que Prométhée en personne leur donne cet ordre. La grand-mère en question, c’est évidement Gaïa, la Terre, et ces os, ce sont les pierres engendrées par elle. Les pierres que Deucalion jettera par-dessus son épaule deviendront des hommes tandis que les pierres jetées par Pyrrha se transformeront en femmes et l’humanité, ainsi, repartira d’un bon pied. Pour quelques temps.

Les descendants de Prométhée perpétueront ainsi cette volonté de préserver à tout prix une humanité exposée aux courroux exterminateurs de Zeus/Jupiter. Souhaitons que les descendants de cette lignée de Verseaux n’oublient jamais leur mission première.

En Attique, Prométhée sera longtemps honoré comme dieu des artisans, à l’image d’un Dédale, tout aussi habile de ses mains. Athéna dont Prométhée sera le protégé et qui, malgré son attachement au père, l’aurait aidé à dérober le feu aux dieux, lui aurait aussi enseigné l’architecture, art essentiellement prisé des Grecs, le calcul, l’astronomie, la médecine, la navigation, en plus de la métallurgie. On le voit, Prométhée est un frère de Dédale.

VERSEAU2 Le Verseau

La dimension la plus noble de ces dieux Verseaux semble bel et bien liée à cet amour des hommes et à ce goût du Bien commun, ce sens très particulier de l’intérêt collectif. Ils ont aussi le goût des grands défis, surtout à l’autorité en place, au pouvoir qu’ils méprisent. On a dit parfois que le complexe de Prométhée répondait au refus d’être surpassé. Cela n’est pas évident. Peut-être faut-il y voir davantage un refus d’être esclave, un besoin essentiel de défendre sa liberté.

Prométhée incarne les valeurs du Verseau. Il est également porteur, par Uranus, Maître diurne du signe, des valeurs de liberté et de rébellion ; et par Saturne, Maître nocturne du Verseau, Prométhée est porteur de valeurs de prévoyance, de prudence et de ruse. Ainsi plus qu’aucun autre mythe, celui de Prométhée constitue un modèle du onzième signe zodiacal, le Verseau.

Le mythe de Prométhée se situe dans l’histoire d’une création évolutive : il marque l’avènement de la conscience, l’apparition de l’homme. Le mythe raconte que Prométhée aurait dérobé à Zeus/Jupiter, symbole de l’esprit, des semences de feu, autre symbole de Zeus/Jupiter et de l’esprit, soit qu’il les ait saisie à la roue du Soleil, soit qu’il les ait prises à la forge d’Héphaïstos/Vulcain, pour les apporter sur la terre. Zeus l’aurait puni en l’enchaînant à un rocher et en lançant sur lui un aigle qui lui dévorait le foie, symbole des tourments d’une culpabilité refoulée et inexpiée.

Comme on vient de le voir, c’est Héraklès/Hercule le délivra de ses tortures, en brisant ses chaînes et en tuant l’aigle d’une flèche. Le Centaure Chiron désirant la mort, pour mettre un terme à ses souffrances, lui légua son immortalité et Prométhée put ainsi accéder au rang des dieux.

Si Hésiode prête à Prométhée la ruse, la perfidie, les pensées fourbes à l’encontre des dieux, Eschyle le loue d’avoir fait usage de son larcin, « le feu brillant d’où naissent les arts, pour l’offrir aux mortels… de feu, maître de tous les arts, un trésor sans prix… ». « Oui, dit Prométhée, j’ai délivré les hommes de l’obsession de la mort… J’ai installé en eux les aveugles espoirs… Je leur ai fait présent du feu… de lui, ils apprendront des arts sans nombre… ».

Le sens du mythe s’éclaire par le sens même du nom de Prométhée qui signifie « la pensée prévoyante ». Descendant des Titans, il porterait en lui une tendance à la révolte. Mais ce n’est pas la révolte des sens qu’il symbolise, c’est celle de l’esprit, de l’esprit qui veut s’égaler à l’intelligence divine, ou du moins lui ravir quelques étincelles de lumière. Ce n’est pas rechercher l’esprit pour lui-même, sur la voie d’une spiritualisation progressive de soi, mais c’est utiliser l’esprit à des fins de satisfactions personnelles.

La divinisation finale de Prométhée suivra sa libération par Héraklès, c’est-à-dire la rupture des chaînes et la mort de l’aigle dévorant : elle sera aussi conditionnée par la mort du Centaure, c’est-à-dire la sublimation du désir ; ce sera le triomphe de l’esprit, au terme d’une nouvelle phase de l’évolution créatrice, qui tendra vers l’être et non plus vers le pouvoir.

PROMETHEE DEROBE LE FEU

Prométhée dérobant le feu

Bibliographie

Dieux et héros du zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Robert Laffont

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

 

 

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UN MYTHE VERSEAU… DEDALE UN INGENIEUR INGENIEUX

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.6.11 - LES MYTHES DU VERSEAU ET D'URANUS) par sylvietribut le 29-01-2013

Dédale est l’artisan athénien mythique. Son nom d’ailleurs signifie « ingénieux ». Il était célèbre pour ses nombreuses œuvres et inventions. Selon la légende, son père descendait du roi Erechthée et n’était autre que Eupalamos, c’est-à-dire « celui qui est agile de ses mains », ou Métion qui signifie « intelligent ». Socrate d’ailleurs prétendait descendre de Dédale. C’est ici qu’on rencontre l’aspect fondamental qui définit les dieux artisans et inventeurs comme héritiers d’Ouranos, Uranus le Maître du Verseau. Nous sommes ici invités à aborder le mythe de Dédale et d’Icare qui, ensemble, représentent bien la double fonction du signe du Verseau, incarnée par le père, Dédale, l’inventeur, et le fils, Icare, inconscient et grisé par l’invention du père. Invention qui peut le sauver, mais aussi le perdre.

DEDALE HEROS DE LA DEMESURE 

Dédale et Pasiphaé

En grandissant, Dédale, devint le meilleur peintre et sculpteur d’Athènes. Ses œuvres étaient si vivantes qu’elles paraissaient réelles. Sa sœur lui confia son fils Perdix, qu’on nommait également Talos ou Calos, comme élève. Mais le garçon se révéla meilleur artisan que Dédale lui-même, en inventant la scie. Il s’était inspiré de la mâchoire du serpent, ou de l’arête dorsale du poisson. Il inventa également le compas du géomètre et le tour du potier. Dédale alors tua son neveu dans un accès de jalousie, en le poussant du haut de l’Acropole, ou d’une falaise, dans la mer. Athéna, qui l’aimait pour son habileté, le vit tomber et le transforma en perdrix, laquelle prit son nom.

 PERDRIX ROUGE

Perdrix rouge

A travers ce nouvel épisode du mythe, s’esquisse la structure paranoïaque, ou seulement paranoïde, du Verseau. Et puis, avec ses automates sortis de ses mains, on pourrait considérer Dédale comme le précurseur de la robotique. Par ailleurs, on notera le lien entre l’oiseau et le Verseau, entre l’air et le signe, qu’on retrouvera plus tard avec Icare volant entre ciel et terre. L’oiseau est messager, intermédiaire entre les dieux et les hommes ; il abrite souvent l’âme d’un roi mort, il symbolise le sentiment, la spiritualité, la musique… Mais en ce qui concerne Dédale, l’intention criminelle était bien là. Seulement, pour les dieux, toute tentative de meurtre était inconcevable et Dédale pour ce crime dut payer le prix du sang.

Tout d’abord, Dédale dut comparaître devant l’Aréopage. On lui prête des remords et pour expier sa faute il aurait décidé, lui-même, de s’exiler. Voilà qui n’est pas impossible. Une fois la colère retombée, la pulsion paranoïaque, le geste lié au fol orgueil et le refus d’être un jour surpassé, le Verseau Dédale retrouve sa bonne nature.

Notons au passage l’extrême complexité du signe qui fait aussi bien les grands révolutionnaires, les libérateurs prêts au sacrifice de leur vie, les êtres non-conformistes, tolérants, acceptant la différence de l’autre, mus par le souci du bien commun, que les dictateurs prêts à imposer par la force leur seule volonté. Et d’ailleurs, on constate que bien des hommes de pouvoir portent dans leur thème un Uranus à l’Ascendant. Tout comme une certaine tradition voit dans les Uraniens des nains ou des géants. Géants qui toiseront le vulgum pecus ou nains complexés qui devront compenser leur petite taille par l’exercice de l’autorité.

Comme nous savons qu’en Grèce tout crime exige purification, voilà notre Dédale partit en exil en Crète. Là, il fut accueilli par le roi Minos qui ne laissera pas en friche les talents de son hôte, même si parfois Dédale construisit des objets que le roi ne pourra que réprouver. Mais à la demande du roi, Dédale accomplit des exploits de construction mécanique.

 PASIPHAE S'INTRODUISANT DANS LA VACHE EN BOIS DE DEDALE

Dédale aide Pasiphaé à s’introduire dans la vache en bois – Giulio Romano – Palazzo Tè – Mantoue

Cependant, son invention la plus étrange fut une demande de la reine Pasiphaé, l’épouse de Minos, qui lui commande le simulacre d’une séduisante vache en bois, leurre supposé tromper le magnifique taureau blanc dont Pasiphaé s’était éprise, et dans laquelle la reine Pasiphaé se cacha pour assouvir sa passion pour un taureau. Pour que la bête tombe dans le piège, il fallut que l’inventeur n’ait rien négligé et que la vache dans laquelle la reine prit place ait le regard irrésistible et le cil battant. Car en tant que femme, Pasiphaé n’a aucun attrait aux yeux de l’animal et celui-ci ne prête à la reine éperdue aucune attention. Le taureau fut trompé par l’imitation et féconda la reine. Et c’est ainsi que Pasiphaé conçut le Minotaure, qui était moitié homme, moitié taureau. Voilà qui embarrassa bien Minos, si honteux de l’existence de ce monstre, qu’il ne pouvait en revendiquer la paternité, tout en réprouvant les débordements bestiaux de son épouse. Minos, comme Ouranos, ne sait que faire de ce rejeton monstrueux. C’est alors qu’il charge Dédale de la construction d’un Labyrinthe, enchevêtrement souterrain de tunnels et de couloirs et qui n’avait qu’une seule entrée. L’ensemble avait été conçu de telle sorte que quiconque y pénétrait n’en pouvait plus ressortir. On n’a jamais retrouvé trace de cette fabuleuse construction : pourtant on a récolté quelques pièces de monnaie originaires de Cnossos et sur lesquelles est représenté ce « lieu de perdition ». Etait-il déjà, à l’époque, mythique, symbolique, ou a-t-il simplement disparu ? Nul ne le saura jamais.

 le labyrinthe

Le labyrinthe

Cependant, le magnifique taureau blanc n’était pas là par hasard. En effet, les dieux avaient aussi des comptes à régler avec Minos. En effet, quand celui-ci revendiqua ses droits au trône de Crète, comme preuve de ses droits de succession, il se vanta que les dieux exauceraient toute prière qu’il leur ferait. Après avoir dédié un autel à Poséidon/Neptune et fait tous les préparatifs pour le sacrifice, il demanda qu’un taureau sortît de la mer. Aussitôt un taureau d’un blanc éblouissant apparut et se mit à nager vers le rivage, mais Minos fut tellement impressionné par sa beauté qu’il l’envoya rejoindre ses propres troupeaux et il en tua un autre à la place.

Les droits de Minos au trône furent reconnus par les Crétois. Entre temps, Minos avait épousé Pasiphaé, fille d’Hélios et de la nymphe Crété, connue également sous le nom de Perséis. Cependant  Poséidon, pour se venger de l’affront que Minos lui avait fait, fit que Pasiphaé s’éprit du taureau blanc qui avait été détourné du sacrifice. On dit qu’elle confia sa passion contre nature à Dédale, l’hôte de Minos, qui enchantait la famille avec ses poupées de bois animées. Et c’est ainsi que Dédale promit de l’aider et construisit une vache creuse, en bois, qu’il revêtit de la peau d’une vraie vache, il la plaça sur des roues, dissimulées dans ses sabots, la poussa dans le pré où le taureau blanc de Poséidon broutait l’herbe sous les chênes parmi les vaches de Minos. Puis, après avoir montré à Pasiphaé comment ouvrir les portes repliées dans le dos de la vache et comment se glisser à l’intérieur en glissant ses jambes dans les pattes de derrière de la vache, il se retira discrètement. Et c’est ainsi que le taureau blanc curieux approcha et s’accoupla avec la vache. Pasiphaé, ainsi satisfaite, donna naissance, quelques temps après, au fameux Minotaure.

 THESEE TUANT LE MINAUTORE DANS LE LABYRINTHE

Thésée tuant le Minotaure au centre du labyrinthe

C’est donc ce Minotaure qui fut installé au centre du labyrinthe conçu par Dédale. On le nourrissait de chair humaine. Pour cela, les Athéniens que Minos avait battus à la guerre, devaient envoyer chaque année, ou tous les neuf ans, un tribut de sept jeunes hommes et sept jeunes filles, qui étaient jetés un à un dans le labyrinthe pour servir de pâture au monstre. Rien ne nous dit que le Minotaure les ait dévorés. Après tout peut-être ne sont-ils que des égarés à jamais ? Mais Minos veut faire croire à l’effrayant appétit de ce beau-fils encombrant pour décourager quiconque d’y venir voir…

Quelques années plus tard, Thésée entrera en scène en se rendant en Crète. Thésée est brave, sage, courageux. Il veut tenter de délivrer la Crète de ce fléau. Il y réussira avec l’aide d’Ariane. En effet, celle-ci est tombée amoureuse de Thésée dès le premier regard et, plus tard, comme tant d’autres fidèles alliées du héros grec, elle sera abandonnée. C’est là qu’intervient de nouveau Dédale à la demande d’Ariane cette fois. Il va fabriquer le fil qui permettra à Thésée de retrouver son chemin et de s’échapper du Labyrinthe une fois le Minotaure tué.

DEDALE ET ICARE - VILLA ALBANI - ROMA - BAS RELIEF ANTIQUE - 

Dédale fabriquant les ailes pour son fils Icare – Villa Albani – Roma – Bas-relief antique

Quand Minos découvrit la trahison de Dédale, il fut furieux car il eût le sentiment justifié que Dédale l’avait trahi. Là encore, on comprend que, s’il accepte que Thésée le débarrasse de l’encombrant rejeton, il n’a nulle envie que l’incartade de sa femme et ses tristes conséquences soient connues dans les îles grecques. Sans nul doute, Minos aurait préféré que Thésée, sa mission accomplie, s’évanouisse à jamais, discrètement, dans le labyrinthe. Et comme il en veut aussi à Dédale, non seulement de l’avoir trahi, mais d’avoir aussi été le constructeur mal inspiré de la vache fatale à son honneur de roi et d’époux, il décrète que Dédale, Icare et Pasiphaé seront enfermés dans le labyrinthe car Dédale n’est pas vraiment sûr d’en retrouver la sortie. Icare est le jeune fils de Dédale qu’il avait eu d’une esclave de Minos. On voit là que le héros Verseau n’a pas de préjugés de classe.

Enfin, se rendant compte que toutes les méthodes habituelles pour s’échapper demeuraient vaines, Dédale décida de s’envoler de l’endroit avec des ailes semblables à celles des oiseaux. « La fuite, dit Dédale, peut être entravée par la terre et par l’eau, mais l’air et le ciel sont libres ». La seule issue consiste donc à s’envoler.

Retenir un Verseau prisonnier, voilà une gageure que Minos va sous-estimer imprudemment…

Mais là est une autre histoire…

Alouette en plein vol 

Bibliographie

Dictionnaire de la Mythologie – Michael Grant et John Hazel – Collection Marabout

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Robert Laffont Editeur

Les Mythes Grecs – Robert Graves – Librairie Fayard

 

 

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