UNE SAINTE SAGITTAIRE… SAINTE LUCIE

(6.9 - LES SAINTS DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 13-12-2016

« A la Sainte-Luce, les jours croissent d’un saut puce », selon le dicton connu dans toute l’Europe : en effet, avant l’adoption du calendrier grégorien, en 1581, la Sainte-Luce tombait tout près du solstice d’hiver, date à laquelle les jours commençaient à croître. De nos jours, la fête évoque le Grand Nord, où elle s’est élevée au rang d’une fête nationale, et les jeunes filles des pays scandinaves couronnées en l’honneur de la sainte.

Lucie, « lumière », du latin « lux », n’est pas étrangère au dieu lumière des Celtes, Lug, qui pourrait être à l’origine du nom de Lucifer « porte-lumière », ange déchu selon la tradition chrétienne.

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Sainte Lucie de Syracuse

Arrêtée puis martyrisée à Syracuse en Sicile, au IVe siècle, sur la dénonciation de son fiancé païen, elle aurait eu les yeux arrachés. C’est en mémoire de ce supplice qu’on la représente souvent portant ses yeux sur un plateau ou au bout de ses doigts, ces yeux symboles de la lumière extérieure perdue.

Sainte peu connu dans certains pays, très fêtée dans d’autres, elle représente par son martyre et par l’iconographie qui lui est attachée, le symbole de la lumière extérieure, de la vue, mais aussi celui de la vision intérieure lumineuse de la foi. Cela fait apparaître un important réseau de symboles liés au bien et au mal, à la lumière et aux ténèbres, à la mort et à la renaissance.

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L’œil de Sainte Lucie dans un tableau de Véronèse

Les nombreuses expressions utilisées pour parler de la sainte, « lumière des yeux », « lumière de la vue », « lumière cosmique », révèlent un symbolisme spirituel d’une très grande intensité se rapportant à l’alternance du jour et de la nuit, mais aussi une vision cosmologique héritée des traditions passées et des cultures rurales.

En Sicile, le culte de la sainte est marqué de pratiques de magie et d’exorcisme très nombreuses, insérées dans le calendrier solaire et agraire. Par exemple, on fabrique, ce jour-là, un pain en forme d’œil qu’on bénit et qu’on mange pour préserver des maladies oculaires. Parmi les pratiques magiques, restes de cultes non chrétiens, adressés à la sainte, on lui consacre des ex-voto en forme d’œil. Les représentations de Lucie tenant une gerbe n’est pas sans rappeler la dévotion à Déméter, déesse de l’Agriculture, dont les attributs principaux étaient la gerbe d’épis et la torche. La célébration chrétienne de cette fête n’aurait alors été qu’un moyen de voiler, tout en les conservant, les fêtes païennes liées au solstice d’hier et la germination des graines, tandis que dans plusieurs pays européens on pratiquait à cette date des rites de divinations, trait caractéristique aussi de la période solsticiale. Comment ne pas préciser qu’à Syracuse l’église de la Sainte occupe l’ancien temple d’Athéna, divinité grecque de la sagesse et des sciences, patronne de la cité. Et lorsqu’on sort la statue de la sainte pour la procession, on croirait voir apparaître la statue d’Athéna, la fille de Zeus/Jupiter…

Lucie est la sainte patronne de Syracuse, sa ville natale. Sa fête est le 13 décembre, mais on la fête également en mai. En Sicile, et parmi la diaspora sicilienne, on mange du « cuccià » pour rappeler le miracle où Lucie écarta la famine. Sainte Lucie est également populaire dans le Nord-Est de l’Italie et particulièrement à Trento, en Lombardie orientale : Bergamo, Brescia, Cremona, Mantova ; mais aussi à Vérone et en Vénétie, en Emilie-Romagne : Parma, Piacenza, Reggio nell’Emilia… Sainte Lucie est sensée apporter des cadeaux aux enfants sages et du charbon aux désobéissants. Les enfants lui laissent quelque chose à manger, ainsi qu’à son âge qui l’aide à distribuer ses cadeaux. Ils ne doivent surtout pas voir la Sainte qui risque de leur jeter des cendres aux yeux, s’ils essaient.

Quels que soient les noms, celtique « Lug », ou romain « Lux », auxquels se rattache cette fête de la lumière, malgré la diversité des rites pratiqués dans les différents pays, c’est toujours le même réseau de symboles liés au feu et à l’abondance, à la lumière et aux ténèbres, à l’œil de la vue ou de la foi, à la mort et à la renaissance, qui apparaît.  

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L’œil de Sainte Lucie – Opercule du coquillage

La légende de Sainte Lucie

Elle naquit au IVe siècle. Lucie était une jeune fille de la noblesse de Syracuse. Elle obtint la guérison miraculeuse de sa mère atteinte d’une maladie incurable, par ses prières répétées à la Vierge Marie. Vouant un culte et une dévotion sans limite à cette dernière, elle s’arracha les yeux et les jeta à la mer pour ne pas être détournée de sa foi et aussi éloigner ses prétendants. La Vierge lui rendit la vue et lui donna des yeux plus beaux et plus lumineux : « Occhi belli e lucenti » précise la légende.

Ces yeux de Sainte Lucie qu’on trouve en Méditerranée sont l’opercule d’un coquillage nommé « Turbo Rugueux ». On peut en ramasser sur certaines plages après une grosse tempête. La taille des opercules varie entre 2 mm et 3 cm. Ils symbolisent les yeux de Sainte Lucie. En porter un éloignerait, dit-on le mauvais œil et favoriserait la chance. En Corse, « l’œil de Sainte-Lucie » est considéré comme un porte-bonheur.

On retrouve des variantes à cette légende dans tout le bassin méditerranéen et au-delà, jusqu’en Indonésie. Cependant, il ne faut pas confondre avec l’opercule des mers chaudes qui est proposé à la place de ce petit coquillage méditerranéen.

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Rambouillet, le 13 décembre 2016

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EMBLEMATIQUE DU JUPITERIEN… SAGITTAIRE OU POISSONS… SAINT NICOLAS

(6.9 - LES SAINTS DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 06-12-2015

Après Saint Georges un saint soldat, martial évoquant le Bélier, après Saint Michel un saint justicier portant le glaive et la balance pour la pesée des âmes, illustrant d’ailleurs le Sagittaire, mais aussi les Poissons, voici Saint Nicolas. Un Saint prélat, un saint évêque, ne peut que se classer dans le monde du Sagittaire, signe de grande spiritualité et qui est quand même en recherche d’honneur. La biographie de Saint Nicolas fait en effet apparaître un saint voyageur, généreux, d’une grande bonhommie et d’une toute aussi grande spiritualité qui fut fait évêque, dans le droit fil des prélats de la Maison IX. Les informations sur sa vie, sa personnalité et sa carrière nous sont transmises par la tradition. Il est né en 271, en Lycie, c’est-à-dire au sud-ouest de l’Asie Mineure, de parents aisés et fut élevé dans la foi chrétienne.

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Saint Nicolas évêque de Myre

A la mort de ses parents, il distribue sa fortune aux pauvres et entreprend un voyage à Jérusalem, dans l’intention d’entrer dans les ordres. C’est donc un saint voyageur. N’appelle-t-on pas le Sagittaire le globe-trotter du zodiaque. Il a aussi un petit côté Zorro notre Sagittaire, protégeant la veuve et l’orphelin, celui qui est dans le besoin.

Au cours de ce périple, il accomplit son premier miracle, apaisant par ses prières une violente tempête qui menaçait le bateau et la vie de ses compagnons. Ensuite, il fut élu évêque de Myre, localité proche de sa ville natale.

Le renom de ses bonnes œuvres et de sa sainteté se répand vite et à peine est-il enterré que déjà l’imagination s’empare de la réalité et qu’il devient le héros mythique d’une extraordinaire série de légendes et de miracles : une huile parfumée jaillit de sa tombe, l’évocation de son nom calme les flots impétueux, les murs des prisons s’effondrent dès que les persécutés prient, il sauve les enfants livrés au couteau et il les sort du saloir, ou encore, il dépose des dots dans les souliers des jeunes orphelins. C’est là qu’apparaît le caractère Poissons : d’abord le rapport avec la mer, les flots impétueux, mais également tout le côté compassionnel et serviable des Poissons. Noter aussi que les prisons appartiennent aussi à ces lieux d’enfermement qu’elles représentent et ce douzième signe est en analogie avec la douzième Maison astrologique, celle des épreuves et de tous les enfermements, à tous ceux qui y sont confrontés : les souffrants de tous ordres et de tous les persécutés, ceux qui les soignent comme ceux qui les gardent.

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Saint Nicolas de Myre – Turquie

En Méditerranée orientale orthodoxe, saint Nicolas acquiert une vocation maritime, succédant ainsi aux divinités marines de l’Antiquité, dont Poséidon/Neptune, maître des eaux et des séismes, non pas pour engendrer comme ceux-ci de funestes tempêtes mais pour apaiser, avec beaucoup de bonhommie, la furie des vagues. De nombreuses chapelles lui sont dédiées le long des côtes et le jour de sa fête marque le retour des bateaux au port où ils restent pendant un mois, jusqu’à la bénédiction des eaux, le 6 janvier, jour du baptême du Christ.

SAINT NICOLAS - SAUVANT LES MARINS DE LA TEMPETE - ICONE RUSSE - XIIe SIECLE

Saint Nicolas apaisant la tempête et sauvant les marins – Icône russe du XIIe siècle – Novgorod

Si, dans l’iconographie byzantine classique, le saint apparaît avec les insignes d’un haut dignitaire de l’Eglise, dans les croyances populaires il n’a pas l’aspect d’un évêque. Il est représenté comme un vieux marin, la peau tannée de sel, hâlée par le soleil et marquée par l’expérience, avec une longue barbe blanche humide d’écume ; il court sans cesse au-dessus des vagues, d’un bateau à l’autre, pour aider les marins. En cas de danger grave, il tient le gouvernail et souvent il se laisse guider par la Vierge qui partage avec lui la tâche de protéger les naufragés. Des lampes et des bateaux en argent et en or, ou encore des oliveraies et des champs qui constituent le patrimoine terrestre du saint, lui sont offerts en guise d’ex-voto.

Jadis, même les pirates et les flibustiers de la mer Egée, indépendamment de leur confession, lui dédiaient une partie de leur butin afin d’obtenir sa bienveillance au cours de leurs expéditions.

Même de nos jours, l’icône de Saint Nicolas décore le pont des bateaux grecs ; selon la tradition, immergée dans les flots démontés, cette icône peut atténuer leur déchaînement. On obtenait des résultats semblables en dispersant sur les vagues des miettes de pain bénit ou encore des « kollyva », grains de blé bouillis, symboles de vie éternelle, préparés rituellement en l’honneur du saint le jour de sa fête et conservés sur le bateau, pour parer à toute éventualité.

La seule faute qui détourne la bienveillance du saint est l’oubli ou la négligence d’une promesse d’offrande faite dans un moment de danger. Il immobilise alors le bateau en pleine mer et, si le capitaine récidive, le saint peut même le pétrifier.

BASILIQUE SAN NICOLA DI BARI

Basilique Saint-Nicolas de Bari

Jusqu’en 1087, le corps du saint reposait paisiblement dans sa tombe de Myre, malgré les turbulences historiques dans cette partie du monde. Les croisés et les marchands occidentaux s’initient à son culte. Lorsque la ville de Myre tombe aux mains des musulmans, des marins enlèvent le corps de leur patron et le transportent à Bari, en Italie méridionale. Le mausolée construit sur sa nouvelle tombe devient le centre d’un culte qui rayonne jusqu’aux villes maritimes et marchandes des côtes de l’Atlantique. La dévotion au saint se propage aussi vers la Mer Noire et, avec la christianisation des Slaves, Saint Nicolas devient le patron de la Russie. L’évêque de Myre, dans tous ses périples, conserve sa nature de thaumaturge, c’est-à-dire un  faiseur de miracles. La dévotion populaire à son égard est considérable en Occident, tant en milieu catholique que protestant. Très vite, avec des variantes vestimentaires ou rituelles selon le pays, il devient un saint patron et un personnage mythique. Mais ses attributs essentiels restent ses habits épiscopaux, une robe rouge ou lilas, la mitre et la crosse ; il porte quelquefois trois bourses d’or, il est représenté avec trois enfants tirés du saloir, et une ancre, en écho aux légendes maritimes et aux miracles qui lui sont attachés.

SAINT NICOLAS - PATRON DES BATELIERS

Saint Nicolas Protecteur des enfants et Patron de Bateliers – Auxerre

La diversité des « qualités » attribuées au Saint évolue au fur et à mesure de la migration de son culte de la Méditerranée orientale, où il a été instauré dès la fin du IVe siècle, vers l’Europe occidentale, où il s’implante progressivement à partir du XIe siècle. L’intégration du Saint dans les traditions locales s’est faite avec une telle flexibilité que l’on éprouve souvent une difficulté à reconnaître le même « héros » derrière plusieurs personnalités apparemment divergentes : une « divinité marine », un évêque bienfaiteur à la robe violette, le Saint Nicolas impliqué dans le jeu ambigu du bien et du mal ou encore la Santa Claus à la houppelande rouge, serviteur des enfants, précurseur du Père Noël, figures étonnantes, toutes variations d’une même tradition , mais également image double du Sagittaire entre le temporel et le spirituel, ou de Jupiter, Maître à la fois du Sagittaire et des Poissons : le prélat à la robe violette et le marin et son ancre.

SAINT NICOLAS ET LES TROIS ENFANTS SAUVES DU SALOIR

Saint Nicolas et les trois enfants sauvés du saloir

En France, Saint Nicolas est le grand patron des bateliers et des mariniers, et des navigateurs d’une manière générale. L’histoire des trois enfants sauvés sans le saloir peut être interprétée comme une allégorie de marins sauvés du naufrage, le bac du saloir symbolisant le bateau et le sel de la mer. Tout au long des voies navigables françaises on rencontre des chapelles dédiées à Saint Nicolas qui est par ailleurs le  Saint-Patron de la Lorraine. Il est plus particulièrement fêté dans l’Est ainsi que dans le Nord de la France.

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Bateau votif dominant une chapelle dédiée à Saint Nicolas

Bibliographie

Fêtes et Croyances Populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas      

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UN SAINT VIRGINIEN… SAINT FIACRE

(6.9 - LES SAINTS DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 30-08-2015

Le 30 août, horticulteurs, maraîchers, pépiniéristes, jardiniers et marchands de fleurs fêtent l’anniversaire de leur patron, homme saint, sensible et solitaire.

Saint Fiacre, originaire d’Irlande, avait été éduqué dans un monastère du Comté de Kikenny. Il y acquit des connaissances importantes notamment en phytothérapie. Sa réputation devint toujours plus grandissante comme guérisseur et c’est ce qui incita le saint, en quête d’une plus grande solitude, à quitter l’Irlande. En quittant son île, Fiacre s’installa en Brie pour mieux s’isoler dans la paisible campagne du diocèse de Meaux, où il fonda un humble ermitage en l’honneur de la Vierge. La réputation de sa vie et de sa dévotion exemplaires attira à lui les foules, mais certainement aussi des désagréments de la part des autorités religieuses locales beaucoup trop habituées à l’opulence.

SAINT FIACRE

Saint Fiacre – Statue du XVIe siècle – Notre-Dame-de-Verneuil-sur-Avre – Eure

A sa demande d’aménager les annexes de son ermitage pour donner un toit, même précaire, à son auditoire, l’évêque de Meaux lui promit l’espace qu’il pourrait entourer d’un fossé en une journée de travail. Saint Fiacre, malgré son âge et sa santé défaillante, se mit avec ardeur au travail et la terre, pour faciliter sa tâche, se creusa d’elle-même ; les arbustes, sur le tracé du fossé, se déracinaient spontanément et, en fin de journée, le saint avait acquis un enclos substantiel.

La terre ainsi consacrée se révéla d’une prodigieuse fertilité, et ses moissons nourrissaient d’innombrables pauvres qui y trouvaient refuge. Les foules crièrent au miracle, limitées finalement par les autorités.

Cependant, Saint Fiacre était aussi un saint guérisseur, spécialiste du fic, c’est-à-dire des tumeurs en forme de figue, ficus en latin qui a un rapport avec les hémorroïdes, et qu’on appelait le « mal de Saint Fiacre », des chancres, des cancers.

CHAPELLE SAINT FIACRE - CRECY

Chapelle de Saint Fiacre à Crécy

L’histoire de Saint Fiacre n’est pas sans évoquer la symbolique double de la Vierge et des personnages mythologiques qui l’illustrent, à savoir le rapport à la terre, sa culture, son entretien, la nourriture donc, mais aussi sa dimension de guérisseur, avec les soins qu’il donnait et les guérisons qui s’en suivaient.

Fiacre fut l’un des saints les plus populaires de France. De nombreuses églises et chapelles, non seulement en France, mais aussi en Belgique et en Allemagne, possèdent encore une statue plus ou moins rustique de ce moine à capuchon, l’air grave et parfois extatique, tenant une bêche dans une main et un livre dans l’autre. On ne compte pas moins de 522 statues de ce saint, dont 229 antérieures au XVIIe siècle.

A Esclainvilliers, dans la Somme, se trouve l’église de Saint-Fiacre qui possèdait sa statue et son gisant, déposé dans un reliquaire avec le bras de Saint Fiacre. Mais lors des guerres de religion la relique fut confiée aux moines de Meaux, qui refusèrent de la rendre une fois les troubles terminés. La cathédrale de Meaux possède donc une relique : le bras de Saint Fiacre.

La ville de Nevers est également liée au culte de Saint Fiacre. En 2008, les jardiniers du bassin maraîcher de la Baratte commémorèrent le tricentenaire de leur confrérie de Saint-Fiacre, la plus ancienne confrérie de la ville. Une association perpétue la tradition locale.

Quant à l’hôtel Saint-Fiacre de la rue Saint-Martin à Paris, il louait des voitures attelées qui très vite furent connues sous le nom de voitures fiacres, puis tout simplement abrégé en « fiacres ». Et c’est ainsi que Saint Fiacre est devenu le patron des cochers d’abord, puis des chauffeurs de taxi.

LES FIACRES AUX CHAMPS -ELYSEES YVES BRAYER

Les Fiacres aux Champs-Elysées – Yves Brayer

Bibliographie

Fêtes et Croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas  

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UNE SAINTE SAGITTAIRE… SAINTE CATHERINE D’ALEXANDRIE

(6.9 - LES SAINTS DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 25-11-2014

C’est dans un magnifique monastère byzantin sur le Mont Sinaï, aux confins de l’Afrique et de l’Asie, que se trouve le corps de Sainte Catherine d’Alexandrie. Elle serait née vers 290, en Egypte. Elle était la fille d’une riche famille de notables et fait rare pour l’époque, elle reçut une éducation philosophique. Suite à une vision extraordinaire et malgré le danger d’une telle démarche, elle se mit à prêcher le christianisme. La Vierge et l’Enfant lui seraient apparus et celui-ci lui remis un anneau en signe d’alliance.

MONASTERE BYZANTIN SAINTE CATHERINE D'ALEXANDRIE - SINAI

Monastère byzantin – Mont Sinaï

Fiancée du Christ, elle refusait donc toute proposition de mariage au grand désespoir de ses parents. Poursuivie par les autorités, elle fut martyrisée d’abord au moyen d’une roue garnie de lames tranchantes qu’elle aurait brisées avec l’aide du fiancé mystique, pour être enfin décapitée. Les mœurs de l’époque restent à peu près les mêmes dans notre XXIe siècle.

Pour elle, il se produit un incroyable prodige : de son malheureux corps coula non pas du sang mais du lait. Les anges l’auraient emportée ensuite à l’emplacement du monastère qui lui est consacré.

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Ecusson du St Catharine’s College de Cambridge

Sainte Catherine d’Alexandrie fut d’abord très populaire en Orient où la sainte est aussi la protectrice des jeunes filles. Puis, le culte de la sainte se répandit en Europe occidentale par l’intermédiaire des croisés qui créèrent un ordre en son honneur. Très vite, elle devint la patronne des corps de métiers utilisant des instruments tranchants : chirurgiens, barbiers, couturières, modistes, drapiers, cordiers, et à cause de la roue : fileuses, meuniers, cochers, charrons, rémouleurs, tailleurs, tourneurs etc… Les étudiants la reconnaissent aussi comme patronne, ainsi que les philosophes et les notaires, à cause de l’étendue de ses connaissances. La Sorbonne eut entre autres saints Sainte Catherine d’Alexandrie comme patronne. Le St Catharine’s College, l’un des trente-et-un collèges de la prestigieuse université de Cambridge, a pour écusson la roue dentée.

Elle est également la patronne des nourrices et gardes d’enfants, comme des filles à marier.

C’est la tradition de ses fiançailles mystiques qui a fait s’attacher à elle les jeunes femmes de vingt-cinq ans encore célibataires. Pour le grand public, elle est la vierge fiancée au Christ et on l’associe à Saint Nicolas pour la protection des enfants et des jeunes.

Ce culte a suggéré aux hagiographes médiévaux une représentation insolite : elle est la seule sainte que couronne une triple auréole : la blanche des vierges, la verte des hommes de lettres et de science et la route des martyrs. Ce qui permet de mieux comprendre le symbole des chapeaux de la Sainte-Catherine.

SAINTE CATHERINE D'ALEXANDRIE PAR CARAVAGE

Sainte Catherine d’Alexandrie par Caravage

De grands peintres italiens : Véronèse, Raphaël, Lotto, Caravage nous ont laissé de somptueuses images de la sainte, tandis que l’Orient évoque dans son iconographie aussi bien son martyre que son aspect de fiancée « royale ».

La fête de Sainte Catherine, occasion de mise en valeur des jeunes femmes solitaires, prend un aspect beaucoup plus symbolique si l’on songe à la place de cette fête dans les festivités cycliques et saisonnières ainsi que dans les traditions populaires. Elle est en effet célébrée à une date très importante pour le monde rural : la fin des semailles et la phase de la « germination mystique ». Les graines enfouies dans la terre qui est la gardienne de la fertilité jusqu’au printemps suivant. A cette période de l’année, une grande partie des récoltes est déjà consommée et on surveille les dépenses. Les mariages décidés à la suite des rencontres amoureuses du printemps et de l’été ont déjà été célébrés. Les filles solitaires, elles, sont obligées de mettre leur fécondité en veilleuse jusqu’au printemps suivant.

Comme leur situation de laissées pour compte n’est pas enviable, la société leur permet de détourner la dérision d’ont-elles sont l’objet en rencontres allègres, voire érotiques, à l’occasion d’un amusement dotn les chapeaux sont l’emblème. Si le chapeau est le signe distinctif par excellence de la jeune mariée, partout ans le monde rural, le couvre-chef des Catherinettes en est le détournement et la parodie.

On dit qu’en Grèce, dans les îles, l’invocation de la Sainte le jour de sa fête peut donner des rêves prémonitoires : les jeunes filles désireuses de connaître leur avenir vont à la messe et se procurent des mains du prêtre, un morceau de pain consacré. Placé sous l’oreiller, ce pais peut révéler le nom ou l’aspect de leur futur époux.

C’est encore dans les îles de la Mer Egée, comme au Proche-Orient où la pluie se fait rare jusqu’au mois de décembre, que la sainte vole, ou emprunte au bénéfice des paysans, l’eau si précieuse à la terre assoiffée.

En Espagne, Sainte Catherine se charge de distribuer des cadeaux, se déplaçant dans le ciel sur une grande roue qui évoque celle de son supplice. Il s’agit encore une fois de pratiques et de rites de passage centrés autour des dates cardinales. La Sainte trouve sa place dans ce chapelet de personnages mythiques et son culte dans les rites et les faits qui permettent d’égayer les journées courtes et obscures de cette période de l’année.

CATHERINETTE

Catherinette sous son chapeau

Plus près de nous, dans les ateliers de couture, le jour de la Sainte-Catherine, tout travail s’arrêtait et on coiffait de chapeaux farfelus les jeunes filles ayant atteint l’âge de vingt-cinq ans. Cette pratique donnait lieu à des réjouissances et à des bals populaires. C’était évidement une façon de faire entrer rituellement dans le « circuit » des épouses potentielles celles qui, sans cela, risquaient d’en être exclues.

Enfin, il existe une prière invocation prononcée à l’occasion du renouvellement annuel de la coiffure de la statue de Sainte Catherine qui résume bien sa réputation populaire :

« Sainte Catherine était fille de roi,

Sa mère était chrétienne, son père ne l’était pas.

O ! Santa Maria Catharina

Donne-moi l’homme qui me conviendra ».

chapeau de catherinette

Bibliographie

Fêtes et Croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Bordas

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DANS LE MONDE ETRANGE DES POISSONS ET DE LA MAISON XII… SAINTE COLETTE DE CORBIE LA RECLUSE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.9 - LES SAINTS DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 06-03-2014

Il fallait bien être né Capricorne pour s’infliger un tel traitement. En effet, Colette de Corbie est née le 13 janvier 1381 à Corbie, petite ville de Picardie. Elle fut béatifiée en 1625, canonisée en 1807 et commémorée liturgiquement le 6 mars.

Colette était issue d’une famille modeste. Son père était maître menuisier de l’abbaye de Corbie, avec sa mère, Colette va évoluer dans une famille très pieuse et charitable. La légende rapporte que les années passaient et ils n’avaient toujours d’enfant. Ils décidèrent d’avoir recours à Saint Nicolas pour leur donner une descendance. Et c’est à 60 ans que Marguerite mit au monde une fille qu’ils baptisèrent Nicolette par reconnaissance envers Saint Nicolas, mais elle fut appeler Colette, diminutif de son prénom et c’est sous ce nom qu’elle passera à la postérité.

SAINTE COLETTE DE CORBIE 2 

Sainte Colette de Corbie

Colette recevra une éducation religieuse accordant une place importante à la Passion du Christ dont lui parlait sa mère, femme très pieuse qui se confessait et communiait chaque semaine. C’est dès son plus jeune âge que Colette aurait eu une vie édifiante, empreinte de prière et de mortification, tout en aidant les pauvres. Elle se privait de nourriture pour redistribuer son repas aux pauvres. Elle reçut durant ses jeunes années des grâces divines telles que des guérisons miraculeuses, mais aussi une croissance subite alors qu’elle était très petite. A l’âge de sept ans elle assistait clandestinement aux matines chantées par les Bénédictins.

En 399 alors qu’elle a 18 ans ses parents moururent. Son père l’avait confiée avant sa mort à Raoul de Roye, abbé de Corbie. Elle refusa le mariage que celui-ci lui présentait, se dépouilla de tous ses biens en faveur des pauvres. Peu après, elle fit la connaissance de Jean Bassand, prieur du couvent des Célestin d’Amiens à qui elle fit part de son désir d’embrasser la vie religieuse. Elle intègre alors les Béguines de Corbie et y restera un an car jugeant cet ordre pas assez rigoureux, elle décida d’entrer au couvent des Bénédictines de Corbie. Cependant, cela ne lui convint pas davantage. C’est pourquoi elle se dirigea vers les Clarisses urbanistes de l’Abbaye du Moncel près de Pont-Sainte-Maxence où elle se présenta comme servante se jugeant indigne d’être religieuse. Là encore, elle trouva que les conditions de vie étaient trop douces. Elle retourna à Corbie, y rencontra le Père Jean Pinet, gardien du couvent d’Hesdin en Artois, franciscain désireux de faire revivre l’ordre d’après la Règle primitive. Il proposa à Colette de vivre en recluse, sous la règle du tiers ordre franciscain. C’est l’abbé de Corbie qui accorda son autorisation en 1402. Colette fut alors emmurée pendant trois ans dans un réclusoir attenant à l’église paroissiale, y menant une vie de prière et de charité, recevant la visite d’habitants venant lui demander conseils et prières. On dit qu’elle eût alors des visions de Saint François d’Assise qui la présentait à Dieu comme la réformatrice de son ordre.

SAINTE COLETTE ET L'ARBRE

Sainte Colette de Corbie et l’arbre

Une autre fois, elle rêve qu’un arbre mystérieux croissait et poussait ses racines jusque dans sa cellule. Refusant de croire à ces visions, elle fut frappée de cécité et même de mutisme. C’est en acceptant sa mission, qu’elle guérit et se mit à écrire ce qu’elle venait de vivre et qui lui avait été révélé. En 1406, par bulle pontificale Colette fut déliée de son vœu de réclusion et elle fut autoriser à fonder un couvent réformé dans les diocèses d’Amiens, de Noyon et de Paris.

Colette va alors s’appuyer pour continuer son œuvre sur le Père Henri de Baume, franciscain et fervent partisan d’une réforme de l’ordre. Il gagna à la cause de Colette la comtesse Blanche de Genève, puis Isabeau de Rochechouart, et la baronne de Brissay. Et c’est ainsi que Colette, accompagnée du Père de Baume et de la baronne de Brissay, va rencontrer, à Cimiez près de Nice, le Pape Benoît XIII qu’il nommera Abbesse, dame et mère de toutes les personnes qui se rangeraient sous sa réforme. Il l’autorisa à accueillir dans le couvent qu’elle allait fonder des religieuses venues de couvents étrangers ou du tiers ordre franciscain.

SAINTE COLETTE ET SAINTE CLAIRE

De nouveau, Colette retourne à Corbie voulant faire de sa vielle natale le berceau de la renaissance franciscaine, mais elle n’y rencontra qu’hostilité et elle dut quitter la Picardie après un nouvel échec à Noyon. Elle trouva alors refuge en Franche-Comté, dans le manoir d’Alard de Beaume, frère du Père Henri, à Beaume-le-Frontenay. Trois femmes de Corbie vont l’accompagner. Ce furent les premières moniales de l’ordre réformé. En 1410, ayant reçu confirmation du Pape Alexandre V, elles s’établirent à Besançon où Colette fonda son premier monastère. Au total ce sont dix-sept couvents qui seront fondés entre 1410 et 1447. En 1445, elle essaiera de nouveau de créer un couvent à Corbie, mais une fois encore elle échoua. Comme quoi le proverbe « nul n’est prophète en son pays » n’est pas sans fondement. Cependant, la réforme « colettine » s’infiltra aussi dans l’ordre masculin et ce furent la naissance de sept autres couvents qui l’adoptèrent.

Il est difficile de recenser les nombreux miracles et guérisons accomplis par ou grâce à Colette de Corbie. Par ailleurs, elle connut des extases, la lévitation, des effluves odoriférantes émanant de sa personne et de ce qu’elle touchait. On dit aussi qu’elle eut connaissance de l’état des âmes du purgatoire, qu’elle avait des dons de clairvoyance et de prophétie. Elle avait le goût de la pénitence, des mortifications, des jeûnes et de la pauvreté totale. On est bien là entre univers Poissons d’un côté et Capricorne de l’autre.

Colette de Corbie fut aussi une femme politique. En effet, elle œuvra pour l’extinction du schisme qui déchirait la Chrétienté occidentale. Elle obtint des Papes et antipapes la confirmation de ses pouvoirs. Elle agit notamment auprès de l’antipape Félix V pour qu’il abdique mais sans succès de son vivant. Toutefois, Colette va réussir à passer outre les divisions politiques de la France, s’attirant la bienveillance de la Maison de Bourgogne et de la Maison de Bourbon, pourtant ennemies. Elle réussit également à se concilier les Maisons rivales de Savoie et de Genève.

Colette de Corbie mourra à Gand dans le couvent de Bethléem où elle fut inhumée. Plus tard, en 1783, ses ossements furent transportés à Poligny, dans le Jura, son couvent de prédilection. Selon son désir, elle fut inhumée dans un tombeau, sans linceul, ni bière, à même la terre, dans le cimetière de Gand. C’est en 1471, l’évêque de Tournai entreprit une enquête suite à des miracles survenus sur sa tombe. On découvrit d’autres miracles en d’autres lieux où elle avait séjourné : Hesdin, Gand, Arras, Poligny et Auxonne.

EGLISE SAINTE COLETTE - CORBIE

L’Eglise Sainte Colette – à Corbie – sur l’emplacement de sa maison natale

Pour comprendre la vie de Colette de Corbie, il faut resituer ce qu’il se passait à l’époque où elle vécut. Il faut se souvenir qu’au XVe siècle, le Grand Schisme d’Occident divisa profondément l’Eglise : ceux qui reconnaissaient le Pape de Rome s’opposaient à ceux qui reconnaissaient celui d’Avignon. Par ailleurs, toujours à cette même époque, l’ordre franciscain connut, en son sein, des dissensions entre partisans de l’observance stricte de la règle de Saint François d’Assise et partisans d’une règle moins rigoureuse. Par exemple, en 1263, le Pape Urbain IV avait accordé aux couvents de la branche féminine, les clarisses, l’autorisation de posséder des biens en commun, ce qui était une sérieuse entorse à la règle primitive de pauvreté.

En France, aux XIVe et XVe siècles, la situation politique était extrêmement troublée par la Guerre de Cent Ans, la folie du roi Charles VI et la guerre civile entre Armagnacs et Bourguignons. De plus, en 1348, apparut la peste noire qui sévit dans une grande partie de l’Europe.

Colette de Corbie est emblématique des femmes de la fin du Moyen Age qui ont réussi à vivre une vie spirituelle de contemplation et d’action.

L’iconographie chrétienne lui a conféré divers attributs : le puits de la Samaritaine, par allusion à la découverte d’eau à Poligny, au Puy et à Hesdin, en des endroits où, avant la prière de la sainte, on ne repérait aucune nappe aquifère ; la poule en allusion à l’invitation du Seigneur à gober un œuf pour reprendre des forces.

Les religieuses qui vivent selon la règle primitive de Sainte Claire remaniée par Colette de Corbie sont appelées « colettines ». A Corbie, on a fini par la reconnaître et une chapelle fut construite à l’emplacement de sa maison natale et une statue massive trône à la sortie nord-est de la ville.

En souvenir de sa naissance miraculeuse d’une mère de 60 ans, Sainte Colette de Corbie est spécialement invoquée par les mamans qui désirent ou attendent un enfant.

MINIATURE - PSAUTIER DE L'ABBAYE DE CORBIE - BIBLIOTHEQUE MUNICIPALE D'AMIENS

Miniature – Psautier de l’Abbaye de Corbie – Bibliothèque Municipale d’Amiens

 

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DANS LE CALENDRIER VERSEAU… UN SAINT PEU CONNU… SAINT TRYPHON

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.9 - LES SAINTS DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 16-02-2014

Saint Tryphon serait le tendre héritier de Dionysos, c’est dire comme l’excentricité et l’imprévisibilité de ce personnage s’apparentent bien à ces caractéristiques du Verseau.

Autrefois, l’arrivée de février, malgré les augures néfastes qu’il traîne dans son sillage, réjouissait les paysans dans le Sud-Est européen où l’on pensait que « même si février gelait le sang, ça sentait déjà le printemps ». Par ailleurs, suivant une parétymologie, on suppose, faisant allusion à l’humidité de ce mois, que « le vieux boiteux ouvre chaque année ses ‘flévès ‘ (ses ‘veines’) et inonde le monde ».

Saint Tryphon, de la racine grecque « tryph » qui signifie « délicat » ou « tendre », que l’on associe au trèfle, en grec « triphilli », et qui ouvrait le mois puisque fêté le 1er février, était un personnage très aimé dans le monde rural.

SAINT TRYPHON

Saint Tryphon

D’après la tradition, ce pauvre et jeune porcher converti au Christianisme vers la fin des persécutions, fut martyrisé à Nicée au début du IVe siècle. Son culte se répandit rapidement et, déjà au VIe siècle, le saint avait deux églises à Constantinople. Dans le monde catholique, sa mémoire est cependant célébrée le 11 novembre. Les Latins lui joignent non seulement Saint Respice mais également une jeune vierge nommée Sainte Nymphe puisque les corps de ces trois martyrs sont ensemble à Rome dans l’église Santo Spirito in Sassia, sous un même autel et dans l’église Saint-Tryphon/Saint-Augustin de Rome. Le nom de Saint Tryphon a été donné à la cathédrale de Kotor au Monténégro. Par ailleurs, l’abbaye Saint-Pierre de Cellefrouin relevait du cardinal de Saint Tryphon. 

CATHEDRALE SAINT TRYPHON - KOTOR

Cathédrale Saint Tryphon – Kotor – Monténégro

La cathédrale Saint-Tryphon est une des deux cathédrales catholiques du Monténégro. Elle est le siège de l’évêché de Kotor. Cette cathédrale romane a été consacrée le 19 juin 1166 et restaurée en 1667. L’édifice a subit d’importants dommages lors du tremblement de terre d’avril 1979. Elle demeure actuellement le plus bel exemple d’architecture romane de toute la côte adriatique et des fresques du XIVe siècle ornent ses murs.

Symbole de la ville de Kotor, Saint Tryphon est présent sur les armes de la ville.

Quant à la prière à Saint Tryphon consiste en une dizaine de chapelets suivis de trois invocations à Saint Tryphon. 

LE MARTYR DE SAINT TRYPHON

Le martyr de Saint Tryphon

Dans l’iconographie byzantine, le saint est représenté comme un jeune homme avec une serpette à la main, prêt à tailler la vigne qui l’entoure ; parfois en arrière-plan figure un paysan avec un trou sanglant à la place du nez qui lui est tombé à la suite d’une punition infligée par le saint pour avoir travaillé le jour de sa fête. Ailleurs on raconte que le paysan lui-même s’était coupé le nez en travaillant ce jour critique. Depuis, les vignerons chôment et festoient ou se livrent à des rites propitiatoires qui rappellent le carnaval.

La période de l’année se prête aussi à faire de ce saint le protecteur de la végétation, surtout des cultures maraîchères, et de la vigne qui se « réveille » au début de février. C’est pourquoi, le jour de sa fête, des hymnes et des incantations sont chantées dans les champs et les vignes. Des miettes de gâteaux et du pain bénit, des grains de blé bouillis, des morceaux de coquille d’œufs teints en rouge, gardés depuis le Jeudi saint de l’année précédente, sont enterrés dans les champs et ces remèdes sont aussi efficaces que l’intervention du saint contre la vermine, les parasites, les rats et autres animaux nuisibles aux cultures.

LES OEUFS ROUGES DE SAINT TRYPHON

Bibliographie

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

 

 

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DANS L’UNIVERS VERSEAU… SAINT VALENTIN

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.9 - LES SAINTS DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 12-02-2013

Voici un Saint pas vraiment comme les autres, bien à l’image de l’inconventionnel et contestataire Verseau. Tout d’abord, sa biographie est assez difficile à établir car si c’est bien le Pape Galese 1er qui, en 498, le fit inscrire par décret au calendrier le 14 février, celui-ci fut bien en peine de définir de qui il s’agissait puisqu’on lui présenta pas moins de trois Valentin pouvant prétendre faire l’affaire.

A tel point que, plus tard, les reliques du ou des saints répondant au nom de Valentin ont fait l’objet de quelques transactions avant d’être dispersées à travers l’Europe. Par exemple, on tient pour sûr qu’au XIXe siècle, les reliques de Saint Valentin de Terni, celui qui serait le plus en rapport avec le protecteur des amoureux, furent léguées par le Pape Grégoire XVI à l’église des Carmélites de Dublin qui devint bien sûr un lieu de pèlerinage pour le 14 février. Malheureusement, en 1969, l’Eglise soucieuse d’épurer son calendrier officiel de tous ces saints de légende, retira la Saint-Valentin.

Par ailleurs, depuis le 25 octobre 1868, l’église de Roquemaure dans le Gard abrite les reliques d’un autre Saint Valentin. Ces reliques furent en effet achetées à Rome par un riche viticulteur de la région dans l’unique but de protéger ses vignes du phylloxera. On est bien loin d’un Saint Valentin patron des amoureux.

Comme on le voit l’origine de la fête de la Saint-Valentin est plutôt mal connue. En fait, là encore l’Eglise n’a fait que mettre ses pas dans des coutumes qui remontent à l’Antiquité où déjà on associait le milieu du mois de février avec l’amour et la fertilité. Dans le calendrier de la Grèce antique, la période allant de mi-janvier à mi-février correspondait au mois de Gamélion, consacré au mariage sacré de Zeus et d’Héra.

LES LUPERCALES

Les Lupercales

Dans la Rome antique, l’époque du 14 février correspondait aux Lupercales, fêtes en l’honneur de Lupercus, le dieu de la fertilité. On le représentait vêtu d’une peau de bouc car les prêtres de Lupercus sacrifiaient des boucs à leur dieu. Le bouc était le symbole même de la fécondité. Ces prêtres buvaient aussi beaucoup et, passablement éméchés, ils parcouraient les rues de Rome à moitié nus, mais tenant à la main des lanières de peau de bouc dont ils frappaient les passants. Les jeunes femmes s’approchaient volontiers de ces prêtres particuliers car être touchée ainsi était censé rendre fertile, voire même faciliter grossesse et accouchement. C’est ainsi qu’on honorait Junon, épouse de Jupiter et déesse romaine, protectrice des femmes et du mariage, comme l’était également le dieu Pan, dieu de la nature. 

Quant à Saint Valentin, avant d’être saint, il aurait été un prêtre romain vivant sous le règne de l’Empereur Claude II, surnommé Claude le Cruel, au IIIe siècle après Jésus-Christ. A cette époque, Rome était engagée dans des campagnes militaires sanglantes et impopulaires. De ce fait, il était devenu difficile de recruter des soldats pour renforcer les légions. L’Empereur décida donc d’interdire le mariage persuadé que le refus des Romains de combattre était dû à leur attachement à leurs femmes et leurs foyers.

 SAINT VALENTIN MARIANT LES AMOUREUX

Saint Valentin mariant deux amoureux

Et c’est là qu’intervint Valentin qui, malgré les ordres de l’Empereur, continua à célébrer des mariages secrètement. On reconnaît bien là la contribution du Verseau à la collectivité, son aptitude à remettre en question et surtout à passer outre ce que la loi préconise non pas dans un but personnel mais dans celui d’aider ses semblables, ainsi que sa façon bien à lui de mener la contestation. Pour en revenir à la petite histoire, lorsque Claude II apprit l’existence de ces mariages secrets, il fit arrêter et condamner à mort le prêtre. Emprisonné et attendant l’exécution de la sentence, il fit la connaissance de la fille du geôlier. Celle-ci était aveugle et une amitié naquit entre eux. Aussi, avant d’être décapité, il lui fit passer un petit billet signé « Ton Valentin » et là… miracle… la jeune fille retrouva la vue.

En fait, ce n’est que plusieurs siècles plus tard, bien après la chute de l’Empire romain, que Valentin fut canonisé en l’honneur de son sacrifice pour l’amour. C’est d’ailleurs à cette époque que fut entreprise par l’Eglise catholique une vaste opération de transformation des fêtes païennes en fêtes chrétiennes. Ainsi, la Saint Valentin fut surtout instituée pour contrer cette fête païenne des Lupercales. On raconte aussi qu’à cette occasion une sorte de loterie d’amour était organisée. On tirait au sort le nom des filles et des garçons inscrits, de façon à former des couples pour le reste de l’année. Ce qui n’était pas vraiment pour plaire aux Pères de l’Eglise primitive qui eurent tôt fait de remplacer cette fête païenne par un Saint plus convenable.

Quoi qu’il en soit longtemps le jour de la Saint-Valentin fut considéré dans de nombreux pays comme la fête de l’amitié et des amoureux. Cette amitié qui qualifie si bien le Verseau et qu’évoque d’ailleurs la rencontre du Saint et de la fille de son geôlier. Ensuite, la Saint Valentin n’aurait pas été associée avec l’amour romantique avant le Haut Moyen Age mais avec l’amour physique.

Une autre légende fait remonter l’origine de la Saint-Valentin au Moyen Age. Une croyance se serait répandue à cette époque en France et en Angleterre, affirmant que les amours des oiseaux débutaient le 14 février et que, prenant exemple sur eux, les hommes trouvèrent ce jour propice aux déclarations amoureuses. Et depuis lors, à la Saint-Valentin, chaque Valentin cherche sa Valentine pour mieux roucouler au printemps.

 CARTE DE SAINT VALENTIN

Carte de la Saint Valentin

Cependant, c’est en Amérique du Nord que la Saint-Valentin est liée à l’amitié et que l’échange de cartes entre amoureux tel qu’on le connaissait en Europe, n’y était pas dévolu à un être unique. Il n’est pas rare qu’une même personne envoie une dizaine de cartes destinées à ses amis. De même les élèves de l’école primaire en profitent pour en envoyer à leur maîtresse d’école.

En fait, le rapprochement entre la Saint Valentin et l’amour courtois n’est mentionné dans aucune histoire ancienne et les Historiens le considèrent comme une légende. De plus, la Saint-Valentin a longtemps été célébré comme étant la fête des célibataires et non des couples. Le jour de la fête, les jeunes filles célibataires se dispersaient et se cachaient dans leur village, attendant que les jeunes garçons célibataires les trouvent. A l’issue de ce jeu de cache-cache, les couples formés étaient amenés à se marier dans l’année. Cette fête permettait de développer la démographie et stimuler ainsi l’expansion des villages. Cependant, cette pratique laissait libre cours à beaucoup de tricheries de la part de couples officieux  ainsi que de la part d’hommes qui visaient une jeune fille en particulier, notamment la plus belle du village, généralement très courtisée.

Plus tard, dans les anciens calendriers, lorsque les devoirs de la vie civile se confondaient avec ceux de la vie religieuse, chaque jour était marqué par un signe qui parlait immédiatement aux initiés. C’est ainsi que la Saint-Valentin était marquée par un soleil dans la main du saint ou par un gaufrier. Ce pâle soleil exilé dans le Verseau était censé reprendre sa force à cette époque, quant au gaufrier il ne faisait qu’annoncer les réjouissances de Carnaval.

Carnaval_2008

 

 

 

 

 

 

 

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