SI LE VERSEAU ETAIT OBJET… CE SERAIT… UN MASQUE
(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 18-02-2012
Par habitude culturelle ou par négligence intellectuelle, on parle de carnaval sitôt qu’il est question de déguisements, d’abondante consommation de nourritures riches et d’alcool, d’amusements, de débridements et de transgressions des règles sociales. Sous la protection du rite et de l’anonymat, ces fêtes ressemblent à une inversion du temps « quotidien ». Et c’est cette idée de transgression qui relie le masque au signe du Verseau, signe qui produit des personnalités inconventionnelles et transgressives. Ne parle-t-on pas d’ambivalence quand on parle du Verseau ou d’Uranus ?
Un rapide parcours à travers la polysémie du masque peut éclairer l’origine du carnaval et ses rapports avec les déguisements et faire mieux comprendre peut-être les ambiguïtés que l’on peut déceler sur les fonctions sociales de ces rites. Sans masque, point de déguisement et point de carnaval ; le masque semble l’élément indispensable de toutes les fêtes, qui mobilisent les sociétés européennes, rurales et urbaines, globalement entre le 1er novembre et le 1er mai.
Dans l’histoire des institutions sociales européennes, l’utilisation du masque est variable et riche. En fait, il est présent pendant des funérailles et ensuite pour le culte des ancêtres, dans la mise en œuvre des rites agraires de fertilité et de renouveau de la nature, dans le déroulement des cérémonies initiatiques. Il est aussi manifeste dans le théâtre tragique ou comique, les cortèges, les danses spontanées ou ritualisées.
Le masque
Le masque est reconnu, de premier abord, comme une modalité infaillible de manifestation du divin, de l’Etre universel. La personnalité du porteur n’est en général pas modifiée. Cependant, sous un autre aspect, le masque impose à l’acteur qui le porte une obligation d’identification au rôle qu’il figure, cette identification figuratif, réaliste et irréel, le masque a une valeur spirituelle, qui opère une catharsis, et c’est pour cela qu’il n’est pas utilisé ou manipulé innocemment.
Que l’utilisation du masque soit au départ rituelle ne laisse guère de doute depuis les temps les plus reculés. Il serait long et fastidieux de décrire l’amplitude du phénomène. En revanche, il est intéressant d’insister sur le masque funéraire dans lequel le mort était supposé se réintégrer. Entre masques royaux en or et portraits funéraires du Fayoum existent plusieurs autres modalités dans des témoignages artistiques provenant du monde méditerranéen.
Masque funéraire égyptien
Il existe dans la tradition romaine des « images, masques en cire moulés sur le visage des défunts, exposés ensuite dans des niches autour de l’atrium ; il s’agit d’un privilège des familles patriciennes, servant à justifier l’ancienneté et la noblesse de la famille. Pendant les funérailles d’un membre de la famille, parents et amis portant ces masques s’intégraient au cortège funèbre, pour ainsi permettre aux ancêtres de participer au deuil.
Portés aux moments critiques de l’année, les masques chasseraient, conjureraient et apaiseraient les âmes des morts. L’usage du masque pour les représentations théâtrales est bien connu : dès leur origine, la tragédie et la comédie en son marqués. Dans le caractère rituel et liturgique de la tragédie se reflèterait un esprit héroïque proche du culte des ancêtres, tandis que dans la comédie survivraient encore les esprits de la fertilité des parades et cortèges carnavalesques des fêtes dionysiaques.
Masques comique et tragique romains – IIe siècle après Jésus-Christ
On pourrait voir dans la comédie grecque ancienne une institutionnalisation des rituels ruraux ; cette forme de représentation théâtrale a été transformée en farces populaires et en mascarades à travers les représentations phlyaques ou bouffonneries parodiques, en Sicile et en Italie méridionale. Les personae, ou porte-voix, masques scéniques romains en carton-pâte colorié ont perdu leur fonction rituelle et ne visent qu’à amuser le public.
La tradition latine a survécu dans le haut Moyen Age grâce aux artistes ambulants, et constamment les jongleurs interviendront dans les jeux et les rites du carnaval, indépendamment des déguisements populaires. Les confréries d’acteurs succéderont aux sociétés des Fous, et ces groupements de danseurs et de musiciens animeront les fêtes carnavalesques dans plusieurs villes, perpétuant ainsi les liens entre le théâtre et le carnaval.
Bottega delle Maschere – Ezio Merlante
Les démons, le diable, le fol ou le bouffon, opèrent le renversement des hiérarchies et rappellent que le monde dualiste dissimule le mal sous de multiples masques, anthropomorphes ou zoomorphes, monstrueux ou grotesques. Carnavals et mystères théâtraux rivalisent dans présentation des diableries, dans un contexte où le sens du sacré reste néanmoins présent. Dns les Temps modernes et pour la Commedia dell’arte, l’usage du masque semble dégagé de tout esprit de rite tout en gardant la disposition au mime, à l’improvisation et à l’animation des masques. On est naturellement tenté de découvrir dans les fêtes carnavalesques l’origine de la Commedia dell’arte ainsi que de reconnaître entre Bergame, Padoue et Venise, au milieu des cortèges masqués du carnaval, le Docteur de Bologne, Pantalone, Brighella… Le passage de Zanni à Arlequin achève la transformation.
La Commedia dell’arte
A partir du XVIIe siècle règnent bateleurs et théâtres de foire où l’on réalisait de nombreuses créations pour le mardi gras. C’est le carnaval qui prendra la relève de la Commedia dell’arte mourante, au XVIIIe siècle.
Les carnavals et les masques contemporains sont parfois l’envers du carnaval et des masques traditionnels : ils sont une inversion grotesque d’un rituel déjà basé sur l’inversion de la réalité sociale mais toujours dans le même but, faire du rire le sacre de l’homme.
Cependant, le masque n’est pas sans danger pour celui qui le porte. Celui-ci ayant voulu capter les forces de l’autre en l’attirant dans les pièges de son masque, peut être à son tour possédé par l’autre. Le masque et son porteur s’intervertissent tour à tour et la force vitale qui s’est condensée dans le masque peut s’emparer de celui qui s’était place sous sa protection : le protecteur devient le maître. Celui qui se couvre d’un masque s’identifie, en apparence ou par une appropriation magique, au personnage représenté. C’est un symbole d’identification. Le symbolisme du masque s’est prêté à des scènes dramatiques, dans des contes, des pièces, des films, où la personne s’est identifiée à tel point à son personnage, à son masque, qu’elle ne peut plus arracher le masque ; elle est devenue l’image représentée. 
Bibliographie
Le Dictionnaire des symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins
Fêtes et croyances populaires – Yvonne de Sike – Editions Bordas




























































