ENTRE MARDI GRAS ET CAREME… CARNAVAL CONTRE CAREME… LICENCE CONTRE ABSTINENCE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.8 - TRADITIONS) par sylvietribut le 04-03-2014

Mardi gras marque la fin de la « semaine des sept jours gras » qu’on appelait autrefois « jours charnels », une période particulièrement festive. Mardi gras précède Mercredi des Cendres marquant le début du Carême. Mardi gras se situe donc juste avant la période de jeûne, c’est-à-dire selon l’expression ancienne avant le « carême entrant » ou le « carême prenant ». Les sept jours gras se terminent en apothéose par le « Mardi gras » et étaient l’occasion d’un défoulement collectif. L’esprit de jeûne et d’abstinence qui s’annonce est momentanément mis entre parenthèses… place au carnaval.

Mardi Gras Mask and Beads

Masques de Carnaval

La date de Mardi gras est mobile par rapport au calendrier grégorien, le calendrier usuel qui suit le mouvement du Soleil et les saisons. Elle est associée à la date de Pâques, et donc le premier dimanche qui suit la Pleine Lune et le 21 mars, toujours entre le 22 mars et le 25 avril. Ainsi Mardi Gras est toujours fixé entre le 3 février et le 9 mars, soit juste avant la période de Carême, c’est-à-dire 41 jours + 6 dimanches, soit au total 47 jours avant Pâques. Pour 2014, mardi gras se situe le 4 mars. Les deux jours précédents étaient jadis appelés « dimanche gras » et « lundi gras ». Au XVIIIe siècle, le premier jour gras était le « jeudi gras ».

Dans la tradition chrétienne, les festivités associées au carnaval précédent l’entrée dans le Carême pendant lequel le chrétien mange « maigre », en s’abstenant notamment de viande ou de mets recherchés. D’ailleurs le mot « carnaval » dérive du latin médiéval « carne levare » signifiant « enlever », « retirer la chair », c’est-à-dire concrètement supprimer sur la table durant toute la période de carême la viande ou, autrement dit, le « gras ».

CREPES 

Les crêpes de Mardi gras symbolisent le disque solaire

Mardi gras est devenu le jour où on mange des crêpes et les fameux « beignets de carnaval ». De plus, les enfants se déguisent et/ou demandent aux voisins dans les villages des œufs, du sucre, de la farine… pour confectionner des gâteaux ou des crêpes qui sont mangées en fin d’après-midi. C’est surtout le temps fort du Carnaval là où il existe. A Dunkerque, par exemple, les dimanches, lundis et mardis gras sont baptisés « les trois joyeuses ». Durant ces trois jours, le Carnaval de Dunkerque atteint son paroxysme. Toute la ville se costume et défile dans la rue. 

COMBAT DE CARNAVAL CONTRE CAREME - PIERRE BRUEGEL L'ANCIEN

Le Combat de Carnaval contre Carême – Licence contre abstinence – Pieter Brueghel l’Ancien

Le Carême est une expérience spirituelle. Le mot « Carême » provient de « quaresima », altération populaire de l’expression latine classique « quadragesima dies », soit le « quarantième jour », sous-entendu : avant Pâques. La coutume de se préparer pour l’arrivée de Pâques par un jeûne de quarante jours s’imposa dans les différentes Eglises d’Orient à la suite des conciles de Nicée (325) et de Laodicée (365) et fut adoptée définitivement trois siècles plus tard à Rome, où la pratique du jeûne et de la pénitence était facultative.

Déjà en 653, le concile de Tolède interdit toute consommation de viande pendant toute une année à ceux qui aurait rompu le jeûne du Carême, tandis que Charlemagne, en 789, menaça de la peine capitale quiconque aurait enfreint, sans dispense spéciale, la loi du Carême.

LA TENTATION DE JESUS AU DESERT - JAMES TISSOT - Brooklyn Museum

La tentation de Jésus au désert – James Tissot – Brooklyn Museum

Cette période de quarante jours commémore la tentation de Jésus dans le désert : alors que la faim le tenaillait, il fut interpellé par le démon : « Si tu est le fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains ». Et Jésus répondit : « Il est écrit, l’homme ne vivra pas seulement de pain, mais de toutes parole qui sort de la bouche de Dieu.

Le Carême, aux premiers siècles du Christianisme, était surtout une période de préparation des catéchumènes au baptême qu’ils recevaient la nuit de Pâques, mais aussi la purification symbolique des pénitents qui, soumis en même temps à des macérations particulières, allaient recevoir, au cours de cette même nuit de rédemption, le pardon de l’Eglise.

A partir du VIIe siècle, on avança le début du Carême au mercredi des Cendres, et les trois dimanches précédents ; Septuagésime, Sexagésime et Quinquagésime, furent inclus dans la préparation de Pâques, qui commence ainsi neuf semaines avant la grande fête de la Résurrection. Dans cette période s’aménage, à partir du XIIe siècle, le temps du carnaval dont la durée diffère aussi suivant les traditions.

Force est de constater que l’assouplissement du Carême dans l’Eglise catholique est aussi bien le résultat d’une adaptation aux mœurs modernes qu’une réponse tardive aux critiques des deux grands réformateurs, Martin Luther et Jean Calvin, concernant le Carême, dont l’observance était, à leur yeux, trop ostentatoire et pas assez intériorisée. En fait, dans la tradition protestante, la mise en cause du Carême est associée à la critique du Carnaval.

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Bibliographie

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Bordas

 

 

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PREMIER NOVEMBRE… LA TOUSSAINT A TRAVERS LES SIECLES

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.8 - TRADITIONS) par sylvietribut le 31-10-2009

« Vilaine veille de Toussaint ne présage rien de bien », telle est la conviction populaire : la Toussaint, en effet, met un terme aux fêtes et aux réjouissances de l’automne, à la célébration des abondances. Et comme « à la Toussaint, le froid revient et met l’hiver en train », les foires se raréfient et les paysans enfin se reposent puisque « la Toussaint arrivée, le blé doit être semé, fruits, pommes de terre et vin rentrés ».

Ces quelques dictons, comme la présence du culte de tous les saints, confirment la continuité des rites essentiels en ce jour de 1er novembre, passage symbolique d’une période à une autre, de l’ère des abondances à celle de la gestation. Que les morts, anonymes ou éponymes, soient symboliquement présents à cette date n’a donc rien d’étonnant.  

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Zodiaque des saints Apôtres

 

La fête de la Toussaint existait déjà en Orient comme commémoration de tous les martyrs de la Foi, célébrée le premier dimanche après la Pentecôte. Elle a été introduite en Occident par le Pape Boniface IV, vers la fin du VIe siècle et fixée au 13 mai, en l’honneur de tous les saints et plus particulièrement de Marie.

Le Panthéon de Rome, temple de tous les dieux, fut consacré à ce culte collectif. La date choisie correspondait aux célébrations dans le calendrier romain aux premiers jours de mai des « Lemuria », culte des ancêtres. Mais cette tradition funéraire ne s’étendait pas à l’ensemble du monde catholique. C’est pourquoi Louis le Pieux institua en 835 une Toussaint au 1er novembre dans l’espoir de couper court aux rituels peu chrétiens pratiqués en cette période de l’année. L’enjeu était de substituer la commémoration de tous les saints, ancêtres virtuels de tous les fidèles, au culte des morts familiers, pratiqué à cette période, tradition commune à une grande partie du monde occidental. 

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 Rome – Le Panthéon

Pour unifier ces pratiques discordantes, le Pape Grégoire IV, en 875, sous l’instigation de Louis le Débonnaire, fixa la fête de la Toussaint au 1er novembre, pour mieux répondre aux besoins de la grande majorité des catholiques.

Vain espoir, car le culte des morts au 1er novembre, profondément enraciné dans les coutumes populaires, se poursuivit comme si de rien n’était et, au Xe siècle, Odilon, abbé de Cluny, plus diplomate, ordonna la célébration d’une messe solennelle le 2 novembre, « pour tous les morts qui dorment en Christ ». Cette fête des Morts, née en France, ne fut jamais officiellement avalisée par l’Eglise, mais fut progressivement adoptée dans toute la chrétienté occidentale.

De nos jours, les deux fêtes se confondent. Le calendrier civil reconnaît seul férié le 1er novembre et cela en l’honneur des morts pour la patrie. En ce même jour, du Portugal à la Lituanie et jusqu’aux marches de l’Ukraine, des centaines de milliers de personnes prennent le chemin des cimetières chargés de souvenirs douloureux. Bouquets de fleurs, verdures, bruyères et chrysanthèmes sont déposés sur les tombes pour transmettre à ceux et celles qui nous précèdent dans l’au-delà un message d’amour. 

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Hommes et femmes vivant dans la charité ou l’égoïsme, dans l’espoir ou la désillusion, ne restent pas insensibles au message « métaphysique » qu’une longue tradition a transmis jusqu’à nous, né de la rencontre de deux mondes, celui des morts et celui des vivants.

En fait, le 1er novembre correspond au Nouvel An des traditions celtiques, date à laquelle avaient lieu les très importantes fêtes de Samain. Le seul témoin de la répartition du temps dans l’année celte, le calendrier de Coligny, postérieur à la conquête romaine, place le mois de Samain, correspondant à novembre, en tête de l’année. Les sept premiers jours et nuits étaient consacrés à des festins rituels et à des débauches, rites de « renaissance » du monde.

Cette fête avait un caractère agraire et en même temps de retour à l’origine mythique de « fondation » de l’ordre cosmique. La veille, on éteignait tous les feux et, le lendemain, on inaugurait la nouvelle période avec des feux nouveaux. La classe des guerriers, qui venait d’achever la période estivale d’hostilités, était aussi au centre de la fête.

Les nourritures offertes pour ces jours de renouveau : viande de porc, vin, bière et hydromel, boissons des dieux, étaient censées assurer l’immortalité. La participation aux banquets commémorant à la fois les soldats tombés sur les champs de bataille et les autres défunts était une obligation pour tous et on croyait que ceux qui s’en abstenaient étaient frappés de folie et de mort ; on dressait par ailleurs leur tumulus funèbre dès le lendemain.

Mais le but essentiel de la fête était de rétablir le contact entre la communauté des morts et celle des vivants, car les « sidhs », les tertres où vivaient les morts étaient entrouverts pendant cette période et les morts en profitaient pour revenir sur terre. Charnière entre deux mondes et deux années, le 1er novembre concentrait alors tous les rites propices aux « passages » que nous pratiquons encore de nos jours autour du Nouvel An, ne serait-ce qu’inconsciemment. La présence de masques, de déguisements et de rites funéraires en plein hiver aux alentours du solstice d’hiver est une preuve indéniable de ce retour inopiné des spectres de l’autre monde. Quand, dans la journée grise et humide de la Toussaint, nous empruntons les chemins des cimetières pour honorer les défunts de la famille, nous perpétuons en réalité des rites forts anciens qui visent à rétablir l’ordre cosmique renversé par la disparition d’un proche. Nous faisons en sorte de confirmer chaque année la transformation des défunts dangereux en ancêtres propices, favorables à la société, bien disposés à l’égard des graines enfouies au sein de la Terre.

Souci commun de toutes les sociétés, les rites de mort n’expriment pas seulement l’affection des vivants pour ceux qui partent, mais concentrent aussi les espoirs de ceux qui peinent aux labours ; les morts, familiers ou inconnus, apaisés par les rites, serviront de médiateurs entre nous et les forces souterraines, pour toute la durée d’une année ; d’où la densité de cérémonies commémoratives à toutes les dates charnières.

Monde des vivants et monde des morts se rencontrent ainsi à chaque passage d’une année à une autre, à chaque saison critique de l’année.

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Bibliographie : Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas.    

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