LES DUALITES DE MERCURE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 5.3.3 - MERCURE, 6.6.3 - LES MYTHES DES GEMEAUX ET DE MERCURE) par sylvietribut le 27-08-2013

Mercure, dont le diamètre représente moins de la moitié de celui de la Terre, est la plus petite des planètes inférieures. C’est aussi la plus proche du Soleil, elle en est séparée par 58 millions de kilomètres. Vu de la Terre, Mercure ne s’écarte jamais de plus de 28° du Soleil, et son mouvement orbital, qui dure 88 jours, semble aller vers l’arrière, puis vers l’avant, qui correspond au mouvement rétrograde ; comme si la planète escortait l’astre du jour et c’est ce qui a valu à Mercure d’être considéré comme un héraut ou un messager par la mythologie. Cette planète est si proche du Soleil qu’elle est difficilement observable à l’œil nu, sinon brièvement, au début de l’été ou de l’automne, au moment du lever ou du coucher du Soleil. 

LA PLANETE MERCURE

La planète Mercure

Ce mouvement de rétrogradation est l’un des aspects les plus étonnants du mouvement des planètes et cette boucle que beaucoup d’entre elles accomplissent quand elles viennent en situation de conjonction inférieure ou d’opposition. Ce phénomène est évidemment une illusion d’optique, due au mouvement propre de la Terre.

Entre 1924 et 1929, l’astronome Eugène Antoniadi a observé en détail Mercure. Avec un télescope géant, il a distingué des zones sombres sur la surface de la plante, auxquelles il a donné des noms empruntés aux mythologies grecque et égyptienne : Apollonia, Horarum, Aurora. Selon lui, il s’agissait de vastes régions obscures, aussi mystérieuses et séduisantes que les personnages dont il avait emprunté les noms. Malheureusement, des observations ultérieures, plus précises, ont montré que ces fameuses zones n’existaient pas.

Pour les prêtres-astrologues de l’ancienne Mésopotamie, Mercure était le dieu Nabou, et on célébrait un culte en son honneur, essentiellement dans la ville de Barsippa, située à quelques kilomètres au sud de Babylone. Peu d’éléments concernant Nabou nous sont parvenus, mais on sait tout de même que, vers 1000 avant Jésus-Christ, il a remplacé une ancienne déesse sumérienne, Nisaba ou Nidaba, la patronne des scribes. Il est le fils de Mardouk, l’équivalent de Jupiter, et on considérait que toute variation de l’aspect de la planète Mercure laissait présager quelque changement pour le fils du roi, le prince héritier. Le septième jour des fêtes du Printemps, marquant le nouvel an en Mésopotamie, Nabou délivrait Mardouk de sa captivité, ce qui symbolisait la restauration de l’autorité et de l’ordre pour l’année à venir. Le onzième jour, les dieux se réunissaient pour décider du destin du monde, tandis que Nabou enregistrait leur jugement.

Les Sumériens croyaient aussi que Nabou avait le pouvoir de faire tomber la pluie, sans doute parce qu’il était censé avoir une action bénéfique sur les récoltes. C’est peut-être à partir de ces croyances que les Grecs et les Romains de l’Antiquité ont associé Mercure aux activités commerciales. Plusieurs langues européennes ont conservé la racine latine de « Mercurius » dans des mots tels que « marchand » et « commerce ». Selon Jules César, c’était le dieu le plus célébré en Gaule et en Angleterre.

Mercure2 

Mercure, Maître des Gémeaux et de la Vierge, tenant dans sa main droite une bourse, symbole du commerce et dans sa main gauche le caducée, baguette magique faite de deux serpents entrelacés, symbole de paix et ayant un pouvoir de guérison – Dans la partie inférieure du tableau ceux que Mercure protège : les voyageurs, les moissonneurs et les marchands – Illustration extraite de De Sphaera – XVe siècle

Le dieu Mercure est l’équivalent romain du dieu grec Hermès. A l’origine, c’était le dieu de la Fécondité et celui des Voyageurs. Le nom « Hermès » signifie littéralement « celui du tas de pierres » : ce dieu était en effet honoré par des empilements de pierres placés sur le bord des routes, et chaque voyageur ajoutait la sienne, tradition qui se perpétue encore dans les randonnées et l’escalade. En outre, ce dieu guidait l’âme des morts vers le monde souterrain. Il portait un couvre-chef qui le rendait invisible et faisait de lui le messager des dieux.

MERCURE VOLANT LE TROUPEAU D'APOLLON - LORRAIN

Mercure volant le troupeau d’Apollon par C. Lorrain

La nature divine d’Hermès-Mercure a été établie dès sa naissance. Ce jour-là, avant midi, il inventa la lyre, et à la fin du jour, comme pour montrer son habileté à jouer des tours, il vola le bétail de son frère Apollon. Ayant séparé du troupeau cinquante génisses, il les conduisit, à la nuit tombée, en bas de la montagne. Pour modifier les traces de leur passage, il les fit marcher à reculons et chaussa d’énormes sandales pour déguiser ses propres traces de pas. Apollon en conçut de la colère, mais Zeus/Jupiter fut charmé par l’intelligence de l’enfant dont il fit son échanson. Dans certaines des représentations plus anciennes, Hermès a l’aspect d’un vieil homme portant une longue barbe, alors qu’à l’époque grecque classique c’était un beau jeune homme. En astrologie, il est souvent décrit comme l’incarnation des deux sexes, l’hermaphrodite.

MERCURE

Parfois Mercure porte un couvre-chef ailé, parfois les ailettes sont aux pieds

Un élément important de l’histoire de Mercure a son origine en Egypte. Dans le monde hellénique les derniers siècles qui ont précédé la naissance de Jésus-Christ, l’assimilation de Mercure au dieu égyptien Thot était très largement admise. Cependant, à l’époque des premières dynasties, environ 3 000 ans avant Jésus-Christ, Thot était un dieu lunaire, doté de beaucoup des attributs caractéristiques de Mercure. Il était l’inventeur des sciences, en particulier de l’écriture, et le dieu de la Médecine. Comme Hermès, il assurait en même temps les fonctions de messager et de scribe des dieux. Ce glissement des attributions, de la Lune à Mercure, illustre l’assimilation culturelle qui s’est effectuée, sous l’influence grecque, au cours du IVe siècle avant Jésus-Christ. A partir de cette époque, Mercure tend à être appelé Hermès Trismégiste, et ce nom, qui est en même temps un symbole, sera par la suite employé par les mages et les alchimistes. Les Grecs d’Egypte appelaient couramment leurs dieux « megistos » ce qui signifie « le plus grand ». Or, dans la langue égyptienne ancienne, on répétait plusieurs fois un adjectif pour lui donner plus de force ; suivant cet exemple, on exemple, on a répété trois fois le terme « megistos » après le nom du dieu Thot-Hermès, pour signifier « trois fois le plus grand », ensuite abrégé en « trimesgistos ». Rapidement, le nom d’Hermès Trimégiste est passé dans le langage courant. Ce dieu était considéré comme celui qui avait donné à l’homme la médecine, la magie, l’astrologie et l’alchimie. Dans l’alchimie européenne, nous la rencontrons sous son nom romain, Mercure, idéal de l’œuvre alchimiste et guide secret des adeptes de cette science, prenant parfois la figure du Christ, parfois celle d’un fourbe ou d’un dragon gardant le secret de la pierre philosophale.

MERCURE MAITRE DES GEMEAUX ET DE LA VIERGE

En astrologie, on dit que ceux qui sont nés sous l’influence de la planète Mercure ont l’esprit vif, qu’ils sont habiles et alertes, capables de penser rapidement et de parler avec facilité. Cependant, on considère qu’ils ont aussi une certaine tendance à l’inconstance.

Mercure était un dieu aux multiples fonctions, puisqu’il protégeait aussi bien les commerçants que les voleurs, ou même les artistes, en plus d’être le messager des dieux. Psychopompe, il était aussi transformateur des énergies. Dans l’interprétation astrologique classique Mercure conserve ces attributions. Il régit aussi les facultés intellectuelles, la compréhension, l’adaptation et le savoir-faire.

Le Mercurien type conserve les qualités propres et les défauts de l’adolescence. Doté d’un esprit vif et rapide ainsi que d’une très grande faculté d’assimilation, il parvient sans grande peine à posséder des connaissances sur un grand nombre de sujets. Toutefois, il ne s’agit souvent que d’un savoir de façade car il est incapable d’un effort soutenu dans la plupart des cas. Gai, subtil, jonglant avec les mots et les idées, avec une soif du dialogue, du contact humain, le Mercurien brille dans la société qu’il recherche. Mais tout n’est pas parfait chez lui, notamment quand des indications dissonantes s’imposent dans le thème, alors il peut même se révéler peu scrupuleux. 

CADUCEE SUR MONNAIE ROMAINE

Le caducée sur une pièce de monnaie romaine

Bibliographie

Le langage secret des étoiles et des planètes – Geoffrey Cornelius/Paul Devereux 

Dictionnaire de la Mythologie – Jean-Louis Brau – Larousse  

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MERCURIEN DE LA VIERGE OU MERCURIEN DES GEMEAUX

(5.3.3 - MERCURE) par sylvietribut le 14-09-2012

Dans l’organisation du Zodiaque, Mercure vient immédiatement après les deux luminaires, le Soleil, astre de vie, et la Lune, astre de la génération, c’est-à-dire de la manifestation de la vie dans notre monde transitoire. Si le Soleil est le Père Céleste et la Lune la Mère Universelle, Mercure se présente comme leur enfant, le Médiateur. Ses deux domiciles, c’est-à-dire les signes du Zodiaque dont la nature s’harmonise avec celle de cette planète sont : la Vierge qui suit le signe solaire du Lion, et les Gémeaux qui précèdent le signe lunaire du Cancer.

 

Mercure en domicile en Gémeaux et en Vierge

Le plus proche voisin du Soleil, Mercure aux incessantes cabrioles est la plus rapide planète. Mercure, le dieu de la mythologie, pourvu d’ailes aux pieds et diligent, faisait office de messager de l’Olympe, c’est l’Hermès des Grecs. Autant dire que Mercure est essentiellement un principe de liaison, d’échanges, de mouvement et d’adaptation. 

Si le Mercurien des Gémeaux est le facétieux Hermès qui vola le troupeau de bœufs de son frère Apollon, symbole de ruse, d’adresse, tout en souplesse d’esprit et dextérité manuelle et synonyme d’amoralité, le Mercurien de la Vierge possède le caractère du Mercure romain, qui régnait sur le commerce, l’argent, protecteur des marchands. La racine même du mot est « merx » qui signifie « marchandise ». Cependant, l’attribut de la Vierge est le caducée, qui symbolise sa nature dualiste, en laquelle se confrontent les principes contraires et complémentaires : ténèbres-lumières, bas-haut, gauche-droite, féminin-masculin… Féminin pour le Mercurien de la Vierge, Masculin pour le Mercurien des Gémeaux.

 

Le caducée de Mercure

Cette circulation interne constitue la condition initiale du développement de l’intelligence : séparer des choses pour ne plus se confondre avec elles et prendre des distances avec soi-même. Ce jeu contribue à détourner de l’instinct, à réprimer la vie sensible, pour affirmer le monde de la raison. C’est sur ce terrain que s’édifie la socialisation de l’être humain, avec l’assimilation des usages et conventions soumis aux règles et à la logique : commerce de l’esprit par les idées, revêtus de mots pour le Mercurien des Gémeaux ; et commerce de la manière par le système des échanges réglementés pour le Mercurien de la Vierge.

En chacun de nous, le processus mercurien est cet auxiliaire du Moi, chargé de nous détourner des séductions d’une ténébreuse subjectivité mais de nous aiguiller vers le carrefour du plus riche réseau de contacts avec le monde environnant. Face à la double pression des pulsions intérieures, Mercure Vierge, et des sollicitations extérieures, Mercure Gémeaux, c’est le meilleur agent d’adaptation à la vie.

Le Mercurien des Gémeaux a souvent toutes sortes de pensées et d’impressions simultanées. Il fait preuve d’une grande curiosité envers la vie et il est ouvert aux expériences et aux idées nouvelles. Son mental est généralement rapide. Il communique activement. Pourtant, il existe bon nombre de personnes ayant Mercure en Gémeaux qui ne sont ni curieux, ni communicatifs, ni aventureux et bien au contraire ces Mercuriens des Gémeaux ont des convictions rigides, des idées et des intérêts figés, et même de véritables œillères. Leur Mercure en Gémeaux est comme bloqué, comme s’ils avaient manqué de liberté et d’espace dans leur phase mercurienne. Sans doute ce Mercure natal en Gémeaux est-il mal configuré, car lorsqu’on trouve dans un thème un Mercure en Gémeaux bien aspecté, on pourra en conclure que la relation initiale avec la mère s’est bien passée et l’expérience de cette étape a été vécue positivement. Aussi, lorsqu’un adulte ayant Mercure en Gémeaux n’a pas l’esprit ouvert, ce sont généralement les conditions de la petite enfance qui ont inhibé sa véritable nature.

 

Mercure – Giambologna – Musée du Louvre – Paris

Le Mercurien de la Vierge a besoin de temps pour bien digérer et assimiler l’information. Comme cette planète occupe un signe de Terre, la personne veut s’assurer de l’exactitude de ce qu’elle pense ou dit. L’assimilation de l’expérience est du même ordre que celle de la nourriture. Lorsque nous mangeons, il est important de bien mâcher nos aliments ; le même conseil s’applique à l’ingestion de ce qui nous arrive, de ce que nous lisons, ou de ce que l’on nous dit ; au lieu d’avaler tout rond, il vaut mieux soigneusement mâcher l’information et bien ruminer le sens des événements que nous rencontrons dans notre vie quotidienne. Mâcher contribue au processus  catabolique qui décompose la nourriture pour conserver les éléments nutritifs et éliminer les déchets. Les Mercuriens de la Vierge savent discriminer le bon du mauvais dans tout ce qu’ils examinent ou analysent. S’il est bien utilisé ce Mercure en Vierge permet de trier ce qui est positif et constructif dans l’expérience, sans trop s’appesantir sur ce qui paraît négatif. Mercure en Vierge donne un esprit concret, dans la mesure où théories et concepts abstraits n’ont de valeur qu’en fonction de leur application pratique. Quant à leurs préoccupations principales, elles tournent autour des questions de travail et de santé.

 

Mercure Fontaine de la Villa Médicis à Rome

Et malgré tout si Mercure Gémeaux et Mercure Vierge portent le même emblème, ce caducée qui évoque l’équilibre dynamique de forces opposées. Le contraste entre le serpent et les ailes démontre une force et une maîtrise de soi qui rabaisse au niveau des instincts avec le serpent, mais qui peut tout aussi bien élever au niveau de l’esprit que les ailes symbolisent. N’est-ce pas d’ailleurs ce que cherche à faire le Mercurien de la Vierge qui s’acharne à maîtriser ses instincts, et même à s’opposer au débordement des émotions qui le submergent, pou mieux les contrôler par la raison. Le serpent est lui-même double, à la fois bénéfique et maléfique. Côté maléfique, il incarne la démesure des forces naturelles contre les forces de l’esprit. Côté bénéfique, il est vivificateur et inspirateur. Et le caducée est devenu l’emblème de la science médicale. C’est aussi à travers le caducée qu’on comprend les liens qui unissent Mercure aux grandes figures mythologiques symbolisant la Vierge. Ainsi, toutes les déesses de la nature ont le serpent pour attribut.

C’est Isis dont le front est orné du cobra royal, symbole de connaissance et de souveraineté.

C’est Déméter qu’on perçoit sur un char tiré par des serpents sur lequel la déesse des moissons fait monter Triptolème à qui elle donne pour mission d’enseigner l’agriculture partout dans l’univers.

C’est Athéna qui lors des fêtes organisées en son honneur offrait des gâteaux en forme de serpent et de phallus, symboles de fertilité et de fécondité.

 

La Vierge Marie écrasant le serpent – Cathédrale Saint-Pierre – Saintes

C’est la Vierge Marie qu’on représente écrasant la tête du serpent au lieu de l’écouter.

Les alchimistes du Moyen Age assimilaient d’ailleurs Mercure à la Vierge Marie, car disaient-ils il avait engendré pour nous « la Pierre par la solution du Ciel ». Et c’est pourquoi, la Pierre philosophale est parfois appelée « le lait de la Vierge ».

 

Mercure protecteur des voyageurs et des hôteliers

Bibliographie

Dictionnaire des symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins 

Les Planètes intérieures – Liz Greene et Howard Sasportas – Editions du Rocher

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SYMBOLE DE MERCURE ET DE LA VIERGE… LE CADUCEE

(5.3.3 - MERCURE) par sylvietribut le 09-09-2011

Symbole des plus anciens, dont l’image se trouve déjà gravée sur la coupe du roi Gudea de Lagah, 2 600 ans avant Jésus-Christ, et sur les tablettes de pierre, appelées en Inde « nâgakals ». Les formes et les interprétations du caducée sont beaucoup plus variées qu’on ne le croit généralement et elles ne s’excluent pas nécessairement.  

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Le caducée

Le caducée, emblème d’Hermès/Mercure, est une baguette autour de laquelle s’enroulent en sens inverse deux serpents. Elle équilibre ainsi les deux aspects, gauche et droit, diurne et nocturne, du symbole du serpent. Le serpent possède ce double aspect symbolique : l’un, bénéfique, l’autre maléfique, dont le caducée présente, si l’on veut, l’antagonisme et l’équilibre ; cet équilibre et cette polarité sont surtout ceux des courants cosmiques, figurés d’une façon plus générale par la double spirale.

La légende du caducée se rapporte au chaos primordial que symbolisent les deux serpents qui se battent, et à sa polarisation que représente la séparation des serpents par Hermès/Mercure, et l’enroulement final autour de la baguette réalisant l’équilibre des tendances contraires autour de l’axe du monde, ce qui fait parfois dire que le caducée est un symbole de paix. 

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Hermès/Mercure

Hermès est le messager des dieux et aussi le guide des êtres dans leurs changements d’état, ce qui correspond aux deux sens ascendant et descendant des courants figurés par les deux serpents. Une autre interprétation du caducée met l’accent sur le symbolisme de fécondité. Fait de deux serpents accouplés sur un phallus en érection, le caducée semble une des plus anciennes images indo-européennes. On le trouve dans l’Inde ancienne et moderne, associé à de nombreux rites ; dans la mythologie grecque où il est l’emblème d’Hermès ; puis chez les Latins qui le transfèrent à Mercure. Spiritualisé, ce phallus d’Hermès le psychopompe pénètre selon l’expression d’Henderson, disciple de Jung, du monde connu dans le monde inconnu, « à la recherche d’un message spirituel de délivrance et de guérison ». On sait, aujourd’hui, que le caducée est l’emblème universel de la science médicale.

En effet, le terme « caducée » est souvent appliqué dans un contexte médical au bâton d’Asclépios/Esculape et à un miroir symbolisant la prudence, à la coupe d’Hygie pour les pharmaciens, à un diapason pour les audioprothésistes ou à un serpent représentant la courbure du ventre de la femme enceinte pour les sages-femmes.

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Asclépios/Esculape

En grec ancien, le caducée « kêtukeion » est le sceptre des hérauts, qui rend leur personne inviolable. A l’origine, il était simplement en olivier, encore avec ses branches, ou « rhabdos », le bâton. Il est composé d’un bâton surmonté de deux ailes, autour duquel s’enroulent deux serpents qui se font face à son sommet. Le mythe dit aussi que ce sont les branches qui enroulées autour du bâton figurent des serpents. D’ailleurs, le caducée ne prend tout son sens qu’à l’époque grecque, lorsque les ailes viennent surmonter les deux serpents : dès lors le symbole devient une synthèse chthono-ouranienne, transcendant ses origines, qui n’est pas sans évoquer les dragons ailés chinois et la représentation du dieu aztèque Quetzalcóatl qui après son sacrifice volontaire, renaît par une ascension céleste sous la forme du serpent à plumes.  

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Le dieu aztèque Quetzalcóatl

« La baguette magique que représente le caducée et qui est généralement composée d’une verge autour de laquelle s’enroulent deux serpents évoque des cultes, très anciens dans le bassin égéen, de l’arbre et de la terre nourricière des serpents. En effet, le caducée hindou est associé à l’arbre sacré… Le caducée mésopotamien montre une baguette centrale. Elle semble bien être le souvenir de l’arbre… On est donc en droit de regarder la baguette du caducée d’Hermès, et aussi d’ailleurs le bâton du caducée d’Esculape, comme le symbole de l’arbre, associé, demeure ou substitue de la divinité.

Le mythe raconte qu’Apollon échangea avec Hermès/Mercure sa baguette d’or contre une lyre. Selon Hygin, lorsqu’Hermès/Mercure voulut séparer deux serpents en lutte, ceux-ci s’enroulèrent autour de la baguette. 

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Tribune de l’Assemblée – Sur le côté le caducée

Aujourd’hui, le caducée est un symbole de commerce mais il évoque aussi l’éloquence. Il figure d’ailleurs sur la tribune de l’Assemblée Nationale. Alors que le caducée d’Asclépios/Esculape est un symbole de la médecine en Europe, celui d’Hermès/Mercure représente la médecine en Amérique.

Dans l’Ancien Testament, on trouve également la mention de bâton orné de serpents d’airain jouant un rôle thérapeutique dont celui de guérir des morsures de serpents : « L’Eternel dit à Moïse : ‘Fais-toi un serpent brûlant, et place-le sur une perche ; quiconque aura été mordu, et le regardera, conservera la vie’. Moïse fit un serpent d’airain, et le plaça sur une perche ; et qui conque avait été mordu par un serpent, et regardait le serpent d’airain, conservait la vie ».

Ce serait là l’origine du symbole du caducée utilisé par les médecins et les pharmaciens. Le suffixe « an » spécifie qu’il y avait en réalité deux serpents sur le bâton d’airain, un symbole alors très proches des serpents entrelacés du caducée d’Hermès/Mercure.

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Hermès/Mercure le psychopompe, assis sur un rocher, s’apprête à conduire une âme défunte dans les Enfers. Lécythe attique à fond blanc, vers 450 avant Jésus-Christ

Pour Court de Gébelin, qui cite Athéna-gore et Macrobe, le bâton symbolise l’équateur, les ailes le temps et les deux serpents, mâle et femelle, représentent « le soleil et la lune qui dans le cours d’une année, parcourent l’écliptique sur laquelle ils sont tantôt séparés, tantôt unis ».

Cette interprétation convient surtout au rôle d’Hermès/Mercure considéré comme le père de l’astronomie et de l’agriculture. Les alchimistes n’ont pas manqué, de leur côté, de donner aussi une interprétation  du caducée : « Il est le sceptre d’Hermès, dieu de l’alchimie. Reçu d’Apollon en échange d’une lyre de son invention, il comporte une baguette d’or entourée de deux serpents. Ceux-ci représentent pour l’alchimiste les deux principes contraires qui doivent s’unifier, que ce soient le soufre et le mercure, le fixe et le volatil, l’humide et le sec, ou le chaud et le froid. Ils se concilient dans l’or unitaire de la tige du caducée qui apparaît donc comme l’expression du dualisme fondamental qui rythme toute la pensée hermétique et doit être résorbé dans l’unité de la pierre philosophale.

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Asclépios/Esculape et Hygie

Cette interprétation met sur la voie d’une conception qui fait du caducée un symbole d’équilibre par l’intégration des forces contraires. Il représenterait le combat entre deux serpents, qu’arbitrerait Hermès/Mercure. Ce combat peut symboliser la lutte intérieure entre des forces contraires, d’ordre biologique ou d’ordre moral, qui compromet la santé ou l’honnêteté d’un être. C’est ainsi que pour les Romains, le caducée représente l’équilibre moral et la bonne conduite : « le bâton représente le pouvoir, les deux serpents la prudence, les ailes la diligence, le casque les pensées élevées ».

L’interprétation toutefois ne dépasse guère ici le niveau de l’emblématique. Le caducée réunit aussi les quatre éléments de la nature et leur valeur symbolique : la baguette correspond à la Terre, les ailes à l’Air, les serpents au Feu ainsi qu’à l’Eau. Ce n’est pas seulement leur reptation qui les fait ressembler au mouvement ondulant des vagues et des flammes et assimiler à l’Eau et au Feu : c’est leur nature même, à la fois brûlante par leur morsure venimeuse, et quasi liquide par sa fluidité, qui les fait à la fois source de vie et de mort.

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Selon l’ésotérisme bouddhique, et en particulier l’enseignement tantrique, le bâton du caducée correspond à l’axe du monde et les serpents à la Kundalini, cette force qui dort lovée en bas du dos et qui s’élève à travers les chakras successifs jusqu’au-dessus de la fontanelle, symbole de l’énergie pure qui anime l’évolution intérieure de l’homme. En fait, ce qui définit l’essence du caducée, c’est la composition même et la synthèse de ses éléments. Il évoque l’équilibre dynamique de forces opposées, qui s’harmonisent pour constituer une forme statique et une structure active, plus hautes et plus fortes. La dualité des serpents et des ailes montre ce suprême état de force et de maîtrise de soi qui peut être achevé tant sur le plan des instincts que les serpents symbolisent, qu’au niveau de l’esprit représenté par les ailes.

Cependant le caducée reste le symbole de l’énigmatique complexité humaine et des possibilités infinies de son développement. L’attribut d’Hermès/Mercure est fait d’une baguette qui est la verge d’or, ou l’arbre de vie, et autour de laquelle s’enroulent symétriquement, en forme de 8, deux serpents.

« Hermès, dit Homère dans l’Iliade, saisit la baguette au moyen de laquelle il charme à son gré les yeux des mortels ou réveille ceux qui dorment ».

La baguette pourrait rappeler l’origine agraire du culte d’Hermès/Mercure, d’où sa maîtrise sur le signe de Terre de la Vierge, et les pouvoirs de magiciens qu’il détient et l’apparente au signe d’Air des Gémeaux. Quant aux deux serpents, ils évoqueraient le caractère originellement chthonien de ce dieu, capable de descendre aux Enfers et d’y envoyer ses victimes, aussi bien que d’en revenir à son gré et d’en ramener à la lumière certains prisonniers. D’ailleurs, Pausanias signale un culte rendu à l’Hermès noir et à l’Hermès blanc, les deux aspects chthonien et ouranien, néfaste et favorable, du même dieu. Les serpents du caducée désignent cette ambivalence, qui est celle-là même de l’homme.

Enfin, suivant l’interprétation symbolique, inspirée de son éthique-biologique, et suivant l’interprétation mythologique qui attribue le caducée à Asclépios/Esculape, père des médecins et futur dieu de la médecine, parce qu’il savait utiliser les poisons pour guérir les malades et ressusciter les morts.

Paul Diel explique ainsi le caducée : « la massue, l’arme contre la banalité, s’est transformée en bâton-sceptre, symbole du règne spirituel sur la vie terrestre, symbole du règne de l’esprit sur le corps, et le serpent-vanité, négation de l’esprit, exaltation imaginative, principe essentiel de tout dérèglement malsain, verse son venin dans la coupe salutaire ».

C’est toute l’aventure de la médecine qui se déroule dans le mythe d’Asclépios/Esculape et se résume dans le caducée : la véritable guérison, la véritable résurrection, sont celles de l’âme. Le serpent s’enroule autour du bâton, qui symbolise l’arbre de vie, pour signifier la vanité domptée et soumise : son venin se transforme en remède, la force vitale pervertie retrouve la voie droite. La santé, c’est : « la juste mesure, l’harmonisation des désirs (la symétrie des volutes des serpents), la mise en ordre de l’affectivité, l’exigence de spiritualisation-sublimation, qui président non seulement à la santé de l’âme, mais co-déterminent la santé du corps ». Cette interprétation ferait du caducée le symbole privilégié de l’équilibre psychosomatique.

Nous sommes bien là aussi dans le monde de la Vierge et de la Maison VI du thème astral. En France, d’ailleurs, le caducée de la médecine est composé d’un bâton surmonté du miroir de la prudence, autour duquel s’enroule un unique serpent, dessiné rouge sur fond blanc.

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Hygie

La coupe d’Hygie est un attribut de la déesse Hygie de la mythologie grecque, autre déesse de la Vierge, dont le nom est la racine du mot « hygiène ».  La coupe d’Hygie est utilisée comme symbole de la pharmacie dans de nombreux pays. On rencontre également le terme « caducée d’Hygie » ou « caducée pharmaceutique » dans ce contexte par analogie avec le caducée d’Hermès. Elle ne doit pas être confondue avec le bâton d’Asclépios, utilisé par d’autres professions médicales. Elle est utilisée, en France, comme emblème de la pharmacie, depuis 1942.

De nombreuses statues et monuments représentent Hygie tenant un « patera », bol médicinal, ainsi qu’un serpent enroulé autour d’elle et sur le point de se nourrir dans la coupe. Certains voient dans cette coupe et le serpent comme un symbole de vie en harmonie avec la Terre. Le serpent peut symboliser le patient qui doit faire le choix de prendre part ou non à la médecine pour se soigner, prendre en main son propre bien-être en faisant les bons choix. Le serpent est également lié aux croyances anciennes car il possédait la sagesse et le pouvoir de guérison.

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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MERCURE SELON MARC EDMUND JONES (*)

(5.3.3 - MERCURE) par sylvietribut le 25-05-2011

Le symbole de Mercure représente le croissant de l’âme placé en forme de coupe sur le cercle de l’esprit, qui est à son tour sur la croix de la matière. Il indique comment la suprématie des idées sur les choses matérielles est rendue personnelle. Il décrit l’utilisation constante de ce qui est achevé, ou qui prend son sens sous l’influence de Vénus ; autrement dit, il exprime la conscience des divers facteurs de l’expérience et leur ordonnancement, ou le symbole de la mentalité.  

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La position de Mercure dans la carte du ciel révèle le type de pensée ou d’esprit tout à fait distinct du moteur et de la détermination de la volonté, ou montrer comment l’individu appréhende son environnement.

La fonction de Mercure

L’étroite et constante proximité du Soleil et de Mercure dans le ciel est le véritable fondement de la fonction de Mercure en astrologie. Cela nous suggère la façon dont le débutant pourra se faire une idée concrète de la nature de cette planète. Des deux, le Soleil est l’élément central, exactement comme la « volonté » chez l’homme. Mercure en revanche, voit constamment changer sa relation avec le Soleil. Tantôt il passe rapidement devant lui, tantôt il se couche derrière lui. De même chez l’homme, la « pensée » devant les événements ou les problèmes, ou bien la réflexion vient après. L’activité « mentale » ressemble à un enfant qui se promène avec son père : tantôt il s’éloigne en courant pour examiner ceci ou cela, puis retourne vers son père chercher quelque encouragement, tantôt il traîne le pas pour contempler quelque objet fascinant, jusqu’à ce qu’il lui soit nécessaire de se dépêcher pour rattraper son père.

La seule différence réelle entre telle ou telle façon de penser tient au fait que certains individus ont tendance à se projeter dans l’avenir, à anticiper sur les événements, alors que d’autres tendent, au contraire, à se pencher sur le passé et à en retracer le cours. Une distinction supplémentaire s’établit ensuite entre ceux qui poussent cette attitude à un degré extrême et ceux qui restent relativement proches de l’équilibre central de la volonté. Mercure permet de distinguer quatre types de « mentalité ». Leur identification parmi les douze personnages qui nous ont servi d’exemples donnera au débutant une excellente illustration de la fonction de cette planète. Pour rétablir les différentes positions de Mercure par rapport au Soleil, les anciens astrologues utilisaient davantage sa course en sens horaire, suivant le sens des aiguilles d’une montre, que son mouvement dans le sens zodiacal, dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Ainsi Mercure, étoile du matin, se lève avant le Soleil mais, étoile du soir, elle est derrière le Soleil. Cette forme d’expression est trop bien établie en pratique pour être changée.

Lorsque Mercure est placé « devant » le Soleil et s’en éloigne en suivant le sens des aiguilles d’une montre, le natif a l’esprit « vif ». Si Mercure précède le Soleil de plus de 14°, soit une distance supérieure à la moitié de la distance possible, le sujet a non seulement l’esprit vif mais débridé. Ainsi, comme l’enfant qui se trouve suffisamment éloigné de son père, le sujet se sent totalement libre de tout explorer et de tout faire à sa manière.

Pour exemple : Les thèmes de la Reine Victoria, Catherine Middleton.

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Thème Astral de la Reine Victoria

Lorsque Mercure précède le Soleil de moins de 14° l’esprit est passionné mais il est aussi plus contrôlé, plus timoré.

Pour exemple : Eva Joly, Ségolène Royal, Le thème de Martin Luther. Dans sa lutte spirituelle, Luther était à des lieues en avance sur son temps et pourtant il cherchait dans la tradition de l’Eglise un appui pour ses idées. Luther visait à réformer les pratiques condamnables de l’Eglise, mais ne songeait nullement à en créer une nouvelle, le saut dans l’inconnu lui répugnait.

Lorsque Mercure se lève derrière le Soleil et s’en trouve éloigné de plus de 14° en suivant le sens des aiguilles d’une montre, l’intellect est plutôt réfléchi que passionné, mais l’esprit est également débridé quand l’éloignement est extrême.

Pour exemple : Michèle Obama, François Mitterand

Le quatrième type indiqué par Mercure lorsqu’il se lève derrière le Soleil à moins de 14°, correspond à un esprit circonspect, sûr de lui.

Pour exemple : Barack Obama, le Prince William,

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Thème Astral de Barack Obama

(*) Marc Edmund Jones fut un grand astrologue américain, né en 1888 et décédé en 1980.

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Mercure devant la Villa Médicis à Rome

Bibliographie

Apprendre l’Astrologie – Marc Edmund Jones – Editions Vernal/Philippe Lebaud

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