SOUS LE REGNE DE SATURNE… LE MAITRE DU CAPRICORNE

(5.3.7 - SATURNE) par sylvietribut le 13-01-2011

Au plan astronomique

Saturne est la dernière planète à être visible à l’œil nu. Son diamètre est de 120 500 km et son temps de révolution est de 29 ans et 167 jours. Saturne a plusieurs satellites et il est entouré d’anneaux. Par sa taille, Saturne est la seconde des planètes du système solaire. Elle représente 94 fois la masse de la Terre. Située à  1 426 millions de kilomètres du Soleil, c’est la planète la plus éloignée que les anciens astrologues aient pu observer, et elle est moins lumineuse que Jupiter, Vénus ou Mars. 

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Saturne et ses anneaux

Depuis qu’on a inventé le télescope, on peut observer les anneaux de Saturne, qui ont marqué l’imagination populaire, un superbe système composé d’une myriade de petits fragments gravitant, comme des petites lunes, sur le plan équatorial de cette planète. Ce système d’anneaux a un diamètre extérieur de 273 588 km, mais son épaisseur est inférieure à 16 kilomètres et il n’est pas visible à l’œil nu. Titan, principal satellite de Saturne, découvert en 1665, est plus grand que la Lune et peut être observé avec des jumelles ; sa composition chimique, riche et complexe, a donné à penser aux scientifiques que sa structure moléculaire pourrait ressembler à celle qu’avait la Terre peu après sa naissance.

Son graphisme glyphe-de-saturne

Une faux stylisée, car Saturne est représenté sous la forme d’un vieillard exsangue, tenant dans sa main une faux, symbole de renoncement aux illusions, aux espoirs de la folle jeunesse car Saturne, en grec Cronos, est le dieu du Temps.

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Saturne et sa faux

Sa mythologie

En fait, le Saturne romain ne s’identifie pas au Cronos grec, contrairement à des interprétations un peu hâtives, qui ne sont justes qu’à une date assez tardive. Son association avec le roi Janus, qui l’aurait accueilli à Rome, aurait laissé le souvenir d’un âge d’or ; il symbolise ici le héros civilisateur et, en particulier, celui qui enseigne la culture de la terre.

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Les Saturnales Romaines

Lors des fêtes qui lui étaient consacrées, les Saturnales, les rapports sociaux étaient renversés, les serviteurs commandaient aux maîtres, ceux-ci servaient à table leurs esclaves. Etait-ce un obscur rappel du fait que Saturne avait détrôné son père, Ouranos, avant de l’être à son tour par son fils Zeus ou Jupiter ? Une telle cérémonie ne pourrait-elle s’interpréter dans le sens psychanalytique du complexe d’Œdipe : la suppression du dieu, du père, du maître ? Pendant les Saturnales, pour une brève durée, le peuple faisait subir à ses chefs le sort que ceux-ci avaient imposé à leurs pères, le sort que Saturne avait réservé à son père.

Pour les Sumériens et les Babyloniens, Saturne était l’astre de la justice et du droit. On retrouverait ici le sens qu’il aura dans la Rome primitive. Il serait apparemment rattaché à des fonctions solaires de fécondation, de gouvernement et de continuité dans la succession des règnes, comme des saisons.

Pour la pensée hermétique, aux yeux des chimistes vulgaires, Saturne est le plomb. Mais pour les Philosophes hermétiques, c’est la couleur noire, celle de la matière dissoute et putréfiée ; ou encore le cuivre commun, le premier des métaux ; ou le vitriole azoïque de Raymond Lulle, qui sépare les métaux. Toutes images qui indiquent une fonction séparatrice, à la fois une fin et un début, un arrêt dans un cycle et le commencement d’un nouveau cycle, l’accent étant plutôt mis sur une cassure ou sur un frein dans l’évolution.

Au plan psychologique

Saturne a des implications psychologiques très complexes. On l’a parfois appelé « le Soleil noir » parce qu’il tient le rôle de « l’ombre », c’est-à-dire les recoins de la psyché que l’on juge toujours inacceptables. Ces composantes de l’âme, en effet, ne disparaissent jamais totalement dans l’inconscient. Elles se révèlent, au cours de l’existence de chacun d’entre nous, par des chemins sinueux, inattendus, malvenus et généralement mal vécus. Saturne amène fréquemment des difficultés et des situations conflictuelles, soit créées par le subconscient du sujet, soit assenées par un destin mystérieux et vengeur. Saturne semble alors être le gardien de la tragédie. Devant des circonstances saturniennes, l’être se trouve invariablement dans l’obligation de changer son comportement intérieur fondamental s’il veut sortir du gouffre. De façon plus générale, Saturne entraîne des obstructions et des retards. Il est le symbole de la limitation et de la restriction. 

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Albert DÜRER – La Mélancolie – Tous les symboles de Saturne sont présents dans cette œuvre

Le principe de conservation de soi et de repli sur soi peut se manifester par des attitudes défensives, craintives ou par un effort conscient vers la réalisation des ambitions personnelles de l’individu et la prise en charge de ses devoirs et responsabilités. Il est possible qu’il indique un repli sur soi favorisant une indépendance et une force intérieure plus grandes.

Le principe de forme, de structure et de stabilité est donc lié aux traditions juridiques, culturelles et sociales, au père et à toutes les représentations de l’autorité.

Le principe du temps et de l’apprentissage par l’expérience directe n’est du qu’aux leçons répétées de la vie. Par voie de conséquence, ce principe débouche sur les nombreuses qualités saturniennes communément mentionnées : le sérieux, la prudence, la sagesse, la patience, l’économie pratique et le conservatisme.

Saturne concerne également la cristallisation, c’est-à-dire les anciens schémas de vie et de personnalité qui deviennent rigides au fil du temps. Du fait de cet apprentissage lié au temps, des Saturniens coupent parfois de la vie et deviennent tyranniques, sceptiques, circonspects à l’égard de la nouveauté et réticents à révéler leurs véritables sentiments. Mais le même type d’expérience amène d’autres personnes à développer une sensibilité pour les valeurs durables, une appréciation et une faculté pour la modération, l’ordre, l’efficacité et, dans certains cas, une sagesse détachée, tranquille.

Le désir est intense de défendre sa structure existentielle, son intégrité personnelle et le besoin d’établir la sécurité par le biais de réalisations tangibles.

Dans ses aspects positifs, Saturne représente l’effort de longue haleine, le travail acharné, la capacité d’organisation et la loyauté. Il renseigne sur le type de contrôle que le sujet parvient à exercer sur lui-même et la façon dont le milieu crée en lui des inhibitions.

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Saturne par Il Perugino – Palazzo dei Priori – Collegio del Cambio – Perugia – Italia

La personnalité saturnienne, d’une logique rigoureuse, portée vers l’abstraction, méticuleux, très analytique, manque cependant d’objectivité et fait preuve d’une grande méfiance envers tout ce qui ne lui plaît pas. Il n’y a pas de philosophe ou d’inventeur sans l’influence de Saturne. Il y a toujours en lui une recherche d’absolu, accompagnée d’un esprit de système. Tout cela devenant chez le Saturnien dissonant, empreint de négativisme, de scepticisme, d’entêtement, de fanatisme intellectuel. Trop prudent, trop cartésien, il possède néanmoins un type d’intelligence qui peut atteindre, par la méditation et la concentration, un haut degré de philosophie. On peut lui reprocher un manque d’imagination créatrice, un sens esthétique inexistant qui lui fait apprécier tout ce qui est grave, rigide, sombre, calculé, sans exubérance.

La personne marquée par une dominante saturnienne agit lentement et réfléchit beaucoup. Elle refuse les compromis, elle a un sens du devoir qui peut étouffer ses désirs et s’oblige à des renoncements. Elle est aussi persévérante et va jusqu’au bout de ses entreprises : goût de l’effort, tendance à défendre sa structure et son intégrité personnelles ; goût pour la sécurité à travers la réalisation tangible ; besoin de reconnaissance sociale et besoin d’associer ses propres ressources et son travail.

Ayant conscience de la durée, de la continuité des efforts, de la précision des objectifs, Saturne est un stratège. Il manque la permanence, la chronicité. C’est un facteur de logique et d’intégrité de renoncement et d’autonomie. Il correspond au cycle de la vieillesse. Il présume aussi bien des devoirs et des sacrifices personnels que l’autodiscipline et le contrôle de ses émotions. 

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En psychanalyse

Saturne correspond au stade oral, celui où le nourrisson est fixé au sein maternel ou au biberon. Si le sevrage se traduit par un traumatisme et est mal accepté, l’enfant suce son pouce, s’accroche à sa mère, craint le monde. Marqué par la nostalgie du sein maternel, il aura besoin de protection, de sécurité, s’attachera constamment au passé. C’est le complexe de sevrage, exprimant une avidité d’amour toujours insatisfaite compromettant l’épanouissement affectif de l’adulte, qui déplore de se voir chichement mesurer les joies de l’amour partagé. Tout au moins manifestera-t-il un instinct possessif excessif, une jalousie insupportable. Au mieux, une certaine mélancolie accompagnera les étapes de sa vie amoureuse, marquée par l’insatisfaction, la solitude ou les séparations.

L’émotion typiquement saturnienne est la peur. Celle-ci s’explique par le faible coefficient d’agressivité martienne que possède en général un Saturnien. Celui-ci se sent alors frappé d’un sentiment d’infériorité, réelle ou imaginaire, donnant naissance à la crainte, à la peur et à l’inhibition devant le risque. Le Saturnien essaie de compenser cela par la recherche, d’avantages durables et sans risques, satisfaisant ainsi son besoin de sécurité. Nous retrouvons ici l’instinct de conservation.

Au contraire de Jupiter, Saturne est dans l’impossibilité de donner l’excès de vitalité et de chaleur qu’il ne possède pas : tous les excès lui sont donc interdits, sous peine d’épuiser ses ressources profondes. Il se replie et trouve un certain épanouissement dans le royaume de la cérébralité, où il se délecte à manier les idées, les théories, tout en regrettant amèrement de ne pouvoir jouer le rôle brillant imparti aux astres plus dynamiques. Le pire serait qu’à défaut même de joies cérébrales, il évolue vers la mélancolie, trouvant même un plaisir morose dans les tourments délicieux du masochisme. Le sentiment de culpabilité est également l’un des coins sombres où Saturne risque d’aboutir lorsque les dissonances astrales bloquent toute réaction positive.

Saturne représente une dimension du complexe de l’ego qui peut devenir, et en général, devient, rigide avec l’âge.

Saturne est également en relation avec ce que Jung nomme « l’ombre », c’est-à-dire ces parties de nous-mêmes que nous bloquons, que nous redoutons et qui engendrent la culpabilité. Nous projetons donc ces caractéristiques sur les autres.

Saturne symbolise le talon d’Achille de l’armure que l’homme porte face au monde, l’instinct de repli. Saturne indique également l’ambition profondément enracinée d’actualiser les potentialités inhérentes au moment de la naissance. Cette ambition est perçue comme une pression intérieure pour devenir ou pour accomplir quelque chose de précis en fonction de notre schéma intérieur de potentialités. Saturne représente une expérience concentrée et un apprentissage que seule la vie dans un corps physique, au plan matériel, permet d’acquérir.

Avec Saturne, il semble souvent que les choses n’en finissent pas, et notre patience est mis à l’épreuve tout au long du chemin, mais la persévérance à travers la résistance inerte de la matière nous montre ce qui dure et ce qui ne dure pas, où nous rencontrons les épreuves et où nous échouons. L’action de Saturne nous indique les épreuves et où nous échouons. L’action de Saturne nous indique sans ambiguïté le coût de nos désirs et de nous attachements. Elle révèle les limitations de notre ego, et elle nous indique qu’une conscience hautement concentrée et une compréhension profonde sont les principaux biens que nous emporterons de ce monde quand nous le quitterons. Elle nous montre la valeur du travail.

Cependant, Saturne seul, sans amour et souplesse, représente la rigidité et la mort. C’est la raison pour laquelle le complément de Saturne est Jupiter, et dans certains cas, Neptune. En effet, nous n’avons pas seulement besoin d’efforts (Saturne), mais aussi de la grâce (Jupiter/Neptune), et l’expérience directe et de la confiance dans les faits (Saturne), mais aussi de la foi (Jupiter/Neptune). L’effort et la grâce opèrent simultanément ; ce sont les deux faces de la même médaille. Saturne nous conduit à expérimenter la limitation qui est une caractéristique inhérente du monde matériel. Saturne ne laisse aucune place à l’illusion, à la fuite et à la rationalisation. Saturne teste la concentration réelle de notre croissance spirituelle et de notre conscience.

Saturne enlève ce dont on n’a plus besoin, mais on ne sait pas qu’on n’en a plus besoin.

Saturne correspond au type « Pensée introvertie » de Jung, avec accentuation de la cérébralité, tout étant passé au crible de la réflexion logique ; le sujet dès lors fait montre d’hésitation et manque d’esprit de décision.

Il existe deux sous-types saturniens : tout d’abord le mal sevré qui, devant son mal de vivre, se réfugie dans le détachement, l’indifférence et parfois l’ascèse et la sagesse. L’autre n’a pas accepté sa carence affective et s’efforce de la combler par un violent attachement à l’existence et à la matière ; il manifeste alors une boulimie de possession et de jouissance, un égoïsme qui confine au parasitisme. C’est le cas de nombreux « souteneurs » au psychisme infantile.

En caractérologie

Selon la caractérologie de Le Senne, Saturne est non émotif, actif secondaire, de type flegmatique. En réalité, l’émotivité de Saturne existe bien, mais elle est refoulée. Aussi, extérieurement, le sujet peut paraître froid et in-émotif, bien qu’il puisse être perturbé intérieurement.

En astrologie

Saturne gouverne les signes du Capricorne et du Verseau dont on dit qu’ils sont les domiciles de Saturne. Ces deux signes sont opposés à ceux des luminaires, respectivement le Cancer et le Lion, et s’opposent donc à la lumière et à la joie de l’existence.  

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Saturne, Maître du Capricorne et du Verseau

Saturne est en affinité avec l’élément Terre. En opposition complète avec Jupiter, il régit les principes de limitation et de restriction, de consolidation et de structuration. Il représente l’autodiscipline et, à l’extrême, la régression et l’inhibition.

Saturne est en tous points l’opposé de Jupiter et on les comprend mieux en les opposant l’un à l’autre. Jupiter déverse sa surabondance : il donne et de ce fait, il reçoit. Saturne au contraire ressent un manque et croit qu’il ne doit pas donner : le circuit d’échanges ne se produit pas. Par principe, Saturne est un être de concentration, de rétractation, de cristallisation, de pesanteur. Saturne tend à limiter, à restreindre, à ralentir, à conserver, à épargner, à fixer. Il représente l’instinct de conservation et le besoin de sécurité. Il établit des structures afin de durer et manifeste ainsi une avidité à tous les niveaux. Mais il exprime aussi l’usure inéluctable des choses.

Dans l’organisme, Saturne gouverne la charpente osseuse, les articulations et la peau.

Lorsque dans un thème Saturne est rétrograde, il est le symbole d’une image « père » quelque peu incertaine.

En astrologie également Saturne incarne le principe de concentration, de contraction, de fixation, de condensation et d’inertie. C’est en somme une force qui tend à cristalliser, à fixer dans la rigidité les choses existantes, s’opposant à tout changement. Le nom de « grand maléfique » lui est donc à juste titre alloué, car Saturne symbolise les obstacles de toutes sortes, les arrêts, les carences, la malchance, l’impuissance, la paralysie. Le bon côté de son influx confère une profonde pénétration à force de longs efforts réfléchis et correspond à la fidélité, à la constance, à la science, au renoncement, à la chasteté et à la religion.  

Saturne est la planète maléfique des astrologues dont la triste et chétive lumière fut, depuis les premiers âges, évocatrice des chagrins et des épreuves de la vie, et que l’allégorie représente sous les traits funèbres d’un squelette animant une faux. Au plus profond de la fonction biologique et psychologique que symbolise Saturne, nous découvrons en fait un phénomène de détachement : la série d’épreuves de séparation qui s’enchaîne tout au long de l’histoire de l’être humain, depuis la rupture du cordon ombilical du nouveau-né jusqu’au dépouillement ultime du vieillard, en passant par les divers abandons, renoncements et sacrifices que la vie nous impose. A travers ce processus, Saturne est ainsi chargé de nous libérer de la prison intérieure de notre animalité et de nos attaches terrestres, en nous délivrant des chaînes de la vie instinctive et de ses passions. En ce sens, il constitue une puissance de frein au profit de l’esprit et est le grand levier de la vie intellectuelle, morale et spirituelle.  

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Rubens – Saturne dévorant ses enfants

Le « complexe saturnien » est la réaction de refus de perdre ce à quoi l’on est successivement attaché sur le parcours de sa vie, fixation cristallisée dans l’enfance, lors du sevrage et des diverses situations de frustration affective et conduisant à une exaspération de l’avidité sous ses diverses formes (boulimie, cupidité, jalousie, avarice, ambition, érudition…), rejoignant l’aspect cannibalesque du mythe avec le thème de Cronos dévorant ses propres enfants. L’autre face de ce Janus présente le tableau inverse d’un détachement excessif sous les divers aspects de l’effacement de soi, du désistement de l’ego, de l’insensibilité, de la froideur, renoncement débouchant à l’extrême sur le pessimisme, la mélancolie et le refus de vivre.

Au plan physiologique

L’élément cosmique propre à Saturne est la Terre, le sec et le froid, ce qui chez l’individu se traduit par un tempérament nerveux, analogue à celui de Mercure, mais beaucoup plus froid, donc aux réflexes lents ; le sujet saturnien est un asthénique et non un émotif remuant. 

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Saturne et l’Arcane Sans Nom

Saturne représente l’ossature du corps, le métabolisme du calcium, les parathyroïdes. Son action s’exerce aussi par le nerf vague, ou nerf pneumogastrique, qui ralentit le grand sympathique jupitérien.

L’action perturbatrice de Saturne se traduit par des processus tels que le vieillissement, les carences, l’asthénie, les scléroses, les atrophies, l’arthritisme par manque d’élimination, les lithiases, les rhumatismes déformants, la constipation, les caries, les maladies osseuses, la surdité. Les maladies chroniques ou à évolution lente sont gouvernées par Saturne.

Lorsqu’il n’est pas dissonant dans le thème, Saturne accroît au contraire la résistance organique ; s’il économise ses forces et suit un mode de vie convenable, il peut au contraire être un facteur de longévité et d’équilibre.

Sur le plan physiologique, Saturne apporte avec lui l’introversion la plus typique. Les affects subits ne provoquent pas de réaction extériorisée et l’émotion s’intériorise ; il se produit un mouvement de repli vis-à-vis du monde extérieur, avec le risque de perte de contact vivant que cela peut entraîner.

Dans la tradition et l’imagerie populaire

Divinité des semailles (satus = semailles), des moissons et de la vigne dans la mythologie populaire romaine, Saturne était présenté souvent comme un vieillard voûté par le poids de l’âge et appuyé sur une faucille. Il est identifié au dieu Cronos, qu’un antique jeu de mot a transformé en Chronos, le Temps) des Grecs, le fils de Gaia, la Terre, et d’Ouranos, le Ciel, l’un des Titans. Cronos échappe à son père qui, ayant peur d’être détrôné par ses fils, les élimine sitôt nés…

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Saturne émasculant son père Ouranos

Enfant encore, Saturne sépare le Ciel de la Terre en émasculant son père à l’aide d’une serpe, outil agricole. Il s’unit alors à sa sœur, Rhéa, dont il aura plusieurs enfants qu’il dévore dès leur naissance avant que leur mère, attendrie par leurs cris, puisse les secourir. Car il connaissait la destinée, comparable à celle de son père, qui lui était réservée : un de ses enfants lui ferait perdre sa puissance et son trône olympien.

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Rhéa présentant la pierre emmaillotée à Saturne

Ce dieu céleste, en effet, s’était établi sur la terre qu’il avait affranchie du poids oppressant du ciel. Mais Rhéa, furieuse d’être privée de sa progéniture, réussit à sauver son cadet, Zeus, que nouveau-né elle cache dans une grotte crétoise où il est allaité par Amalthée, chèvre divinisée par la suite. La « corne d’Amalthée », est restée, depuis, synonyme de richesse et de bonheur. Rapidement devenu adulte, Zeus contraint Cronos à quitter l’Olympe et à régurgiter ses frères et sœurs, puis il le précipite dans le Tartare.

D’après les traditions romaines, Saturne détrôné par son fils Jupiter trouve refuge en Italie auprès de son ami Janus, le dieu aux deux visages, qui régnait alors sur le Latium. Sous leur double influence l’humanité s’épanouit, une période bénie de prospérité et de bonheur commence, qui restera dans la mémoire des gens comme l’Age d’or.

Dans cette théogonie, un ensemble d’idées sont exprimées d’une façon symbolique et poétique à travers les mythes. Saturne représente à la fois le caractère inexorable du Temps, dont le cours prend son départ avec la séparation du ciel et de la terre, d’où s’ensuit l’alternance des jours et des nuits, et l’ambition dévorante, créatrice d’épreuves. La sagesse immanente de Saturne découle de sa nature terrienne : il est bien le fils de la Terre et il préside aux temps des semailles, par extension à celui des moissons. Cette nature terrienne, mûrie dans l’exclusion du pouvoir et du royaume des cieux, fait de lui un bienfaiteur des hommes.

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Janus au double visage – Musée du Vatican

A partir du moment où il s’identifie à Janus, Saturne acquiert la sagesse ultime : car Janus est une personnification de la destinée humaine par sa double nature, celle d’un jeune homme indissociable de celle du vieillard. Janus aux deux visages est le dieu qui culmine à un point critique dans le temps, celui du changement de l’année. C’est le moment où le Vieil An, le vieux Cronos, doit partir pour laisser sa place au Nouvel An, son fils. Ce changement inauguré par une sorte de crise originelle du pouvoir divin, se perpétue au cours des siècles sans débordements vengeurs, sans désordre destructeur. Le temps se renouvelle, sans crise majeure ; l’Age d’or se reproduit symboliquement chaque année, les hommes fêtent ce moment critique. Les Saturnales sont moins, dans ce sens, la recherche d’un âge perdu que la constatation de la continuité de l’ordre divin. D’où la joie : et la fête commence, « le Roi boit ».

« Or Janus, ayant donné l’hospitalité à Saturne qu’un vaisseau amena dans son pays et, ayant appris de lui l’art de l’agriculture et celui d’améliorer les aliments, partagea avec lui la couronne. Ce fut Janus aussi qui frappa des monnaies de cuivre, et témoigna dans cette institution un tel respect pour Saturne qu’il fit frapper d’un côté un navire et de l’autre l’effigie du dieu pour transmettre sa mémoire » – Macrobe, les Saturnales). Telle est la transcription du mythe de Saturne selon Macrobe, auteur latin du IVe siècle, l’un des derniers zélateurs de la religion païenne. En l’honneur de Saturne, le roi mythique, initiateur des travaux agricoles et Maître du temps de maturité des semences, les Romains ont instauré la fête primordiale des Saturnales, qui ouvrait l’année cérémonielle.

On attribuait l’institution de la fête à Janus, divinité importante du panthéon romain, qui voit la fin de l’année écoulé et regarde le commencement de celle qui s’ouvre ; car le 1er janvier, ainsi que tout ce mois, était dédié à Janus aux deux visages. Roi mythique de Rome, maître de la paix et de l’abondance, Janus est aussi le dieu des portes et des passages : « On lui donne deux visages parce que les deux portes du ciel sont soumises à son pouvoir, qu’il ouvre le jour en se levant et le ferme en se couchant, tel le soleil ».

Entre le 17 et le 24 décembre, Rome et les provinces romaines retentissaient de la musique et des joies de la fête : festins, danses, amusements, satires, travestissements, inversions de rôles comme on l’a vu le maître devenant l’esclave et vice-versa, débordements de toute sorte accompagnaient la célébration.

Dans les festivités familiales, il est important de souligner le sacrifice du cochon de lait et l’élection par le sort, d’un roi de dérision, détenteur pour ce jour de la liberté de parole et du commandement des affaires de la famille. Ce sont les traits que l’on retrouve même de nos jours dans les fêtes qui, en Europe, marquent le retour des saisons. Si l’on ne sacrifie plus le cochon de lait, on perpétue à Rome et dans le Latium comme dans quelques provinces environnantes cette tradition du cochon de lait… que l’on nomme « porchetta ».  

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La Porchetta

Par ailleurs, dans la tradition également, Saturne est la planète des Juifs. C’est pourquoi, alors que cette planète se trouvait en conjonction avec Jupiter dans les Poissons, les rois mages, après un rêve prémonitoire, conclurent qu’était né quelque part en Judée le « Roi des Juifs ». Il faut dire que cette conjonction planétaire était activée par une comète. On dit que ces mages eurent connaissance d’une vieille prédiction juive relative au Messie.

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Les Rois Mages : Gaspard, Melchior et Balthazar

Qui se souvient que les dieux planétaires gouvernent les jours de la semaine, dans un système occulte élaboré durant l’Empire romain, avant 100 avant Jésus-Christ. Les planètes étaient disposées en cercle, selon l’ordre chaldéen, établi en fonction du mouvement relatif des planètes, à partir de Saturne,  la plus lente et la plus éloignée, jusqu’à la Lune, la plus rapide et la plus proche de la Terre. Pour suivre la semaine, commençant le dimanche, on partait du Soleil, on traçait une ligne allant jusqu’à la Lune, et on continuait ainsi, sans jamais repasser au même endroit, jusqu’à ce que l’on achève de parcourir l’étoile à sept branches. Le jour de la semaine qui correspond à Saturne, c’est bien sûr samedi ou Saturday en anglais.

Dans la tradition, Saturne avait très mauvaise réputation contrairement à Jupiter puisqu’il était en plus appelé le Grand Maléfique. Ses mots-clés sont : rigueur, patience, sagesse. Il gouverne le long terme, le dépouillement des apparences, l’accès aux vérités authentiques. Ses vertus sont l’austérité, la sobriété, la lucidité : les limites qui manquent à Jupiter prennent avec Saturne tout leur essor, peut-être est-ce pour cela que l’astrologie traditionnelle a tant médit sur son compte. Mais ces limites sont aussi celles qui empêchent de verser dans l’exagération. Il y a également dans sa symbolique une dialectique intéressante de l’avidité et du renoncement. Il dévore ses petits, puis les restitue et parvient enfin à la sagesse en renonçant à posséder. C’est là la leçon de Saturne.

Au positif, Saturne c’est l’image du sage détaché des vanités terrestres. Au négatif, c’est Harpagon qui veille jalousement sur son tas d’or, rien n’empêchant à ce dernier de devenir comme le premier. L’être marqué par une dominante saturnienne est réfléchi et introverti. Il refuse les compromis comme l’imprudence, il a un sens du devoir parfois étouffant qui le pousse à des choix souvent frustrants. Chez lui, la rigueur peut se muer en rigidité et la persévérance en acharnement. Saturne gouverne encore le passage du vécu à l’abstrait, la capacité à sublimer, à approfondir, à tirer un enseignement des expériences.

Dans l’optique traditionnelle, Saturne correspond en tant que planète froide et sèche, au tempérament nerveux d’Hippocrate et ses extensions symboliques vont de la couleur noire au plomb, à l’onyx, aux frustrations, privations, pauvretés diverses ainsi qu’au pouvoir solitaire.

Enfin, Saturne domine dans les thèmes de scientifiques et autres chercheurs.

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L’Onyx – Pierre de Saturne

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Edition Bordas

Le Langage secret des Etoiles et des Planètes – Geoffrey Cornelius/Paul Devereux

deco_noel14Pour pour une fête, un anniversaire, ou tout simplement pour faire plaisir, pensez à offrir une consultation astrologique. Sur mon site, au chapitre de mes chroniques, dans la rubrique « Cadeaux » vous trouverez les modalités d’organisation de cette consultation, ainsi qu’un exemple d’une carte-invitation.

 

 

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