LES POEMES SATURNIENS DE PAUL VERLAINE

(11 - ASTROLOGIE - POESIE ET LITTERATURE) par sylvietribut le 10-01-2016

Le premier recueil de poèmes de Paul Verlaine, publié en 1866 chez Lemerre, se place sous le signe de l’astrologie. Verlaine, en effet, croyait à l’astrologie. Dès le premier poème, il fait rimer « astres » et « désastres », ce qui semble vouer le poète à Saturne, planète à la réputation difficile, souvent synonyme de malheur.

Cependant, Verlaine pratiquait l’astrologie en poète et par la rime. Saturne qui lui vaut « une bonne part de bile » condamnent son imagination à n’être que « débile ». Quant à la « raison », elle ne sera d’aucun secours puisqu’elle ne rime qu’avec « poison ».

POEMES SATURNIENS - PAUL VERLAINE

Recueil de poèmes Saturniens – Paul Verlaine – Alphonse Lemerre – Libraire-éditeur

Verlaine place aussi Saturne comme planète engendrant la mélancolie. Il n’est pas le seul, Alfred Dürer y avait pensé avant lui et son œuvre pullule de symboles saturniens que je développerai dans une prochaine chronique. A l’époque de Verlaine, les Saturniens parmi lesquels se place Verlaine, forment une sorte de communauté, cependant tout à fait imaginaire, à laquelle sont associés tous ceux qui subissent l’influence de la « fauve planète ». Cette communauté de Saturniens construite par Verlaine fonctionne sur la sélection et l’exclusion des destinataires : sélection des Saturniens, exclusion des autres.

Le recueil de poèmes le Prologue est découpé en plusieurs parties. « Melancholia » regroupe sept sonnets d’alexandrins et un poème de trois quatrains d’octosyllabes. « Eaux-fortes » compte cinq poèmes dont le ton est marqué par l’angoisse et le grotesque. « Paysages tristes » est moins accentué. La dominante se réfère à des soleils couchants, à l’automne, la solitude.

Parmi les planètes, il en est une qui a particulièrement mauvaise réputation. Il s’agit de Saturne. C’est l’astre des maladies, de l’humeur noire et parfois de la mort. En se plaçant sous le signe de Saturne, Verlaine reprend ainsi une tradition très ancienne qui associe mélancolie et création artistique.

PAUL VERLAINE par COURBET

Paul Verlaine peint par Courbet

Dans un premier poème, « Les sages d’autrefois », Verlaine déclare faire partie de « ceux-là qui sont nés sous le signe Saturne », ceux ayant « Bonne part de malheur et bonne part de bile », soumis à une influence maligne ». Notez d’ailleurs que le titre même du poème est totalement saturnien : « les sages » évoquent un Saturne positif, celui qui vivra son âge d’or en Italie, et « d’autrefois » rappelle que Saturne c’est aussi le temps. Il est le Chronos grec.

Il faut préciser que lorsqu’en 1866, Verlaine signe son premier recueil de poésies, il vit toute une série de drames intimes : la mort de son père en 1865, puis celle de sa cousine tant aimée, Elisa, en 1867, ce qui l’amène à boire plus que de raison. L’alcoolisme et en particulier sa dépendance à l’absinthe, remonte cependant au début des années 1860. La dépendance à l’alcool est le fait d’un Saturne mal configuré, le bébé en nous qui a mal tété, qui a vécu le sevrage comme une grande frustration, un grand manque, sera plus tard compensé par une dépendance à la boisson, mais aussi au tabac. En quelque sorte bébé qui a mal tété continue à le faire sous une autre forme.

THEME ASTRAL - PAUL VERLAINE

Thème Astral de Paul Verlaine – 30 mars 1844 – 21 heures – Metz

Le thème de Paul Verlaine ne présente pas les caractéristiques types du Saturnien. C’est un Plutonien et Lunaire avant tout. En effet, son Soleil est conjoint Pluton en Bélier. Certains astrologues voient le Bélier comme le lieu d’exaltation de Pluton, ce qui donnerait encore plus de force à cette conjonction. Le Lunaire, c’est le poète, celui qui rêve, c’est la Lune culminante au Milieu du Ciel, rayonnante en Lion et totalement inspirée par son opposition à Neptune. Par contre, Saturne occupe le Verseau et la Maison III, Maison de l’écriture et des écrivains. Certains de ces écrits ont un caractère saturnien comme est intitulé ce premier recueil de poèmes. D’autres poèmes seront plus anticonformistes puisque ce même Saturne, Maître de III en III, superpose aussi l’inconventionnel et provocateur Verseau. Notez d’ailleurs que le Soleil se trouve encadré par Uranus et Pluton en Bélier.

C’est Volguine, dans son ouvrage « Les significations des encadrements » qui rappelle que le Soleil entre Uranus et Pluton anime le thème de Verlaine. Il dit que cette configuration se trouve dans le thème « des hommes allant à l’extrême de leurs pensées et de leurs possibilités », et aussi à propos de « sa poésie tourmentée, subtile, parfois naïve, mais pleine d’associations d’idées subconscientes ».

Volguine dit encore que ceux qui possèdent cet encadrement du Soleil natal « sont des excessifs, instinctivement sûrs d’eux et n’hésitant pas, de ce fait, à trancher dans le vif et à rejeter ce qu’ils considèrent comme les erreurs ou les préjugés.

Parmi les possesseurs de cet encadrement on compte « des pionniers ou des précurseurs, et tous apparaissent comme des personnages vigoureux, volontaires, autoritaires, n’hésitant pas à aller à contre courant, proclamer leur foi (comme Verlaine dont « Sagesse » écrite en partie en prison, témoigne de sa ferveur nouvelle pour la religion catholique) et bousculer leur entourage ou les opinions établies ».

Les « Poèmes saturniens » sont des vers de jeunesse que Verlaine composa alors qu’il était encore au lycée. Ils ont été tirés en 491 exemplaires. Le fait que ce tirage n’ait pas été épuisé vingt-ans plus tard indique que la publication de cette première œuvre de Verlaine ne fut pas perçue par ses contemporains, y compris au sein des milieux littéraires, comme un événement considérable. Et c’est dans ses « Poèmes saturniens » que Verlaine évoque ses inquiétudes, sa mélancolie, les angoisses qui le taraudent, ses inquiétudes diffuses et l’anxiété à laquelle il ne peut échapper.

Tout le monde connaît cette « chanson d’automne » dont les mots évoquent autant la mélancolie que certains symboles saturniens :

Tout suffocant

Et blême, quand

Sonne l’heure,

Je me souviens

Des jours anciens

Et je pleure.

Très saturnienne encore la description que Verlaine fait de sa douloureuse condition de poète :

Or, ceux-là qui sont nés sous le signe Saturne

Fauve planète, chère aux nécromanciens,

Ont entre tous, d’après les grimoires anciens

Bonne part de malheur et bonne part de bile.

L’imagination, inquiète et débile

Vient rendre nul en eux l’effort de la Raison.

Verlaine, ce poète saturnien, ce poète maudit, n’en fut pas moins le « Prince des poètes ».

Le premier recueil de poèmes de Verlaine fut publié à compte d’auteur grâce à la bienveillance de sa cousine Elisa Dujardin. L’ouvrage, comme on vient de le voir, ne se vendit guère à sa sortie, malgré l’accueil favorable des milieux littéraires. Il reçut les compliments de Victor Hugo, Théodore de Banville, Leconte de Lisle et surtout de Stéphane Mallarmé.

FEUILLES D'AUTOMNE

Bibliographie

Les significateurs des Encadrements dans l’horoscope – A. Volguine – La Roue Céleste – Dervy-Livres

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PRIERE AUX ASTRES

(11 - ASTROLOGIE - POESIE ET LITTERATURE) par sylvietribut le 16-02-2009

Les astres sont symboles du comportement parfait et régulier, ainsi que d’une inaccessible et distante beauté. En général, ils participent des qualités de transcendance et de lumière, qui caractérisent le ciel, avec une nuance de régularité inflexible, commandée par une raison à la fois naturelle et mystérieuse. Ils sont animés d’un mouvement circulaire, qui est le signe de la perfection.

planetes

Dans l’Antiquité, ils étaient comme divinisés ; plus tard, ils furent conçus comme dirigés par les anges. Ils devinrent le lieu de séjour pour les âmes des personnages illustres, ainsi que l’affirme Cicéron dans le Songe de Scipion. Ils ont fait l’objet, non seulement de poèmes, mais d’admirables prières, comme en témoigne cet hymne fervent aux planètes. Cette prière, écrite par un dévot païen, au début du IVe siècle, exprime le symbolisme cosmique et moral attribué aux planètes parmi les astrologues plus ou moins mystiques des premiers siècles de notre ère :

Soleil souverainement bon, souverainement grand, qui occupes le milieu du ciel, intellect et régulateur du monde, chef et maître suprême de toutes choses,

Qui fais durer à jamais les feux des autres étoiles et répandant sur elles, en juste proportion, la flamme de ta propre lumière, 

Et toi, Lune qui, placée dans la région la plus basse du ciel, de mois en mois,

Toujours nourrie des rayons du soleil resplendis d’un auguste éclat pour perpétuer les semences génératrices,

Et toi, Saturne, qui situé à la pointe extrême du ciel, t’avances, astre livide, d’une démarche aresseuse aux mouvements indolents,

Et toi, Jupiter, habitant la roche Tarpéienne, qui par ta majesté bénie et salvatrice ne cesses de donner joie au monde et suprême du second cercle céleste,

Toi aussi, Mars Gradivus, dont l’éclat rouge remplit toujours d’horreur sacrée, qui es établi dans la troisième région du ciel,

Vous enfin, fidèles compagnons du Soleil, Mercure et Vénus, par l’accord de votre gouvernement,

Par votre obéissance au jugement du Dieu Suprême qui décerne à notre souverain maître Constantin

 Et à ses fils tout invincibles, nos seigneurs et nos césars, un empire perpétuel, faites que, sur nos enfants encore et sur les enfants de nos enfants,

Ils règnent sans interruption durant l’infinité des siècles, pour que ayant repoussé tout mal et toute affliction,

Le genre humain acquière le bienfait d’une paix et d’un bonheur éternels.

 

Bibliographie : Firmicus Maternus – Traduction de A.J. Festugière, dans « Trois dévots païens », Paris 1944. 

 

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