LE ZODIAQUE AMOUREUX… MONSIEUR BELIER ET L’AMOUR

(14 - LE ZODIAQUE AMOUREUX) par sylvietribut le 26-05-2011

Pour lui c’est le coup de foudre assuré et ensuite tout doit aller très vite… A peine rencontrée, la nouvelle conquête est associée aux projets en cours. Mais la passion consommée… reste un petit tas de cendres tout aussi vite refroidies. Mais si Monsieur Bélier est plaqué, ce qui arrive, il ne décolère plus jusqu’au prochain coup de foudre. Ce pourrait être un abonné des sites de rencontres.  

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Monsieur Bélier se marie souvent jeune et de nombreuses fois, et c’est toujours la même histoire… chaque nouvelle union lui donne un nouvel enfant qu’il adore comme les précédents.

Sachant entourer son amoureuse du moment, celle-ci se sent forcément aimée. Au début le tourbillon dans lequel il l’entraîne l’éblouit. Mais très vite, si elle n’a pas le même tonus, elle s’épuise car Monsieur Bélier a tendance à tout décider à sa place, en tout et pour tout. Elle s’en tire en le filoutant puisque s’opposer à lui serait sûrement la guerre dont il sortira toujours vainqueur.

Sexuellement, bien qu’amoureux passionné, ses performances de type hussard sur le départ à la parade risque de paraître bien rapides à sa partenaire. Toutes les femmes ne sont pas forcément sensibles à ce style, certes éminemment viril.

L’influence de Mars sur le signe incline Monsieur Bélier à la jalousie, mais les accès de celle-ci sont sporadiques, d’autant qu’il a vite fait d’aller se consoler ailleurs. 

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Le Bélier des Amoureux de Peynet

D’autant que Monsieur Bélier est un conquérant-né. En effet, il n’aura de cesse dans sa poursuite amoureuse de voir la dame dont il convoite la possession céder. Mais qu’elle résiste, et le voilà désemparé, malheureux, capable d’envisager des solutions de force. Toutefois, il faut bien reconnaître que pour lui la chasse est constante. D’ailleurs, il pourrait faire sienne la célèbre phrase : « Ce qui compte ce n’est pas la prise, c’est la chasse ».

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MERCURE SELON MARC EDMUND JONES (*)

(5.3.3 - MERCURE) par sylvietribut le 25-05-2011

Le symbole de Mercure représente le croissant de l’âme placé en forme de coupe sur le cercle de l’esprit, qui est à son tour sur la croix de la matière. Il indique comment la suprématie des idées sur les choses matérielles est rendue personnelle. Il décrit l’utilisation constante de ce qui est achevé, ou qui prend son sens sous l’influence de Vénus ; autrement dit, il exprime la conscience des divers facteurs de l’expérience et leur ordonnancement, ou le symbole de la mentalité.  

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La position de Mercure dans la carte du ciel révèle le type de pensée ou d’esprit tout à fait distinct du moteur et de la détermination de la volonté, ou montrer comment l’individu appréhende son environnement.

La fonction de Mercure

L’étroite et constante proximité du Soleil et de Mercure dans le ciel est le véritable fondement de la fonction de Mercure en astrologie. Cela nous suggère la façon dont le débutant pourra se faire une idée concrète de la nature de cette planète. Des deux, le Soleil est l’élément central, exactement comme la « volonté » chez l’homme. Mercure en revanche, voit constamment changer sa relation avec le Soleil. Tantôt il passe rapidement devant lui, tantôt il se couche derrière lui. De même chez l’homme, la « pensée » devant les événements ou les problèmes, ou bien la réflexion vient après. L’activité « mentale » ressemble à un enfant qui se promène avec son père : tantôt il s’éloigne en courant pour examiner ceci ou cela, puis retourne vers son père chercher quelque encouragement, tantôt il traîne le pas pour contempler quelque objet fascinant, jusqu’à ce qu’il lui soit nécessaire de se dépêcher pour rattraper son père.

La seule différence réelle entre telle ou telle façon de penser tient au fait que certains individus ont tendance à se projeter dans l’avenir, à anticiper sur les événements, alors que d’autres tendent, au contraire, à se pencher sur le passé et à en retracer le cours. Une distinction supplémentaire s’établit ensuite entre ceux qui poussent cette attitude à un degré extrême et ceux qui restent relativement proches de l’équilibre central de la volonté. Mercure permet de distinguer quatre types de « mentalité ». Leur identification parmi les douze personnages qui nous ont servi d’exemples donnera au débutant une excellente illustration de la fonction de cette planète. Pour rétablir les différentes positions de Mercure par rapport au Soleil, les anciens astrologues utilisaient davantage sa course en sens horaire, suivant le sens des aiguilles d’une montre, que son mouvement dans le sens zodiacal, dans le sens contraire des aiguilles d’une montre. Ainsi Mercure, étoile du matin, se lève avant le Soleil mais, étoile du soir, elle est derrière le Soleil. Cette forme d’expression est trop bien établie en pratique pour être changée.

Lorsque Mercure est placé « devant » le Soleil et s’en éloigne en suivant le sens des aiguilles d’une montre, le natif a l’esprit « vif ». Si Mercure précède le Soleil de plus de 14°, soit une distance supérieure à la moitié de la distance possible, le sujet a non seulement l’esprit vif mais débridé. Ainsi, comme l’enfant qui se trouve suffisamment éloigné de son père, le sujet se sent totalement libre de tout explorer et de tout faire à sa manière.

Pour exemple : Les thèmes de la Reine Victoria, Catherine Middleton.

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Thème Astral de la Reine Victoria

Lorsque Mercure précède le Soleil de moins de 14° l’esprit est passionné mais il est aussi plus contrôlé, plus timoré.

Pour exemple : Eva Joly, Ségolène Royal, Le thème de Martin Luther. Dans sa lutte spirituelle, Luther était à des lieues en avance sur son temps et pourtant il cherchait dans la tradition de l’Eglise un appui pour ses idées. Luther visait à réformer les pratiques condamnables de l’Eglise, mais ne songeait nullement à en créer une nouvelle, le saut dans l’inconnu lui répugnait.

Lorsque Mercure se lève derrière le Soleil et s’en trouve éloigné de plus de 14° en suivant le sens des aiguilles d’une montre, l’intellect est plutôt réfléchi que passionné, mais l’esprit est également débridé quand l’éloignement est extrême.

Pour exemple : Michèle Obama, François Mitterand

Le quatrième type indiqué par Mercure lorsqu’il se lève derrière le Soleil à moins de 14°, correspond à un esprit circonspect, sûr de lui.

Pour exemple : Barack Obama, le Prince William,

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Thème Astral de Barack Obama

(*) Marc Edmund Jones fut un grand astrologue américain, né en 1888 et décédé en 1980.

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Mercure devant la Villa Médicis à Rome

Bibliographie

Apprendre l’Astrologie – Marc Edmund Jones – Editions Vernal/Philippe Lebaud

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UNE PREDICTION REUSSIE

(6.4 - L'Astrologie dans l'Histoire) par sylvietribut le 19-05-2011

A la Renaissance, deux astrologues Nostradamus et Gauricus prédirent la mort d’Henri II

En 1555, le Roi de France Henri II avait alors 37 ans. Il fut informer par un astrologue qu’il devrait faire attention « d’une mort par une lésion à la tête durant un combat individuel qui aurait lieu dans une enceinte fermée, durant l’été de sa quarantième année ». L’astrologue en question était un des sages les plus connus à l’époque, un Italien nommé Luca Gaurica, qu’il avait latinisé en Gauricus. Ce Gauricus publia une grande œuvre en trois volumes sur les principes de l’astrologie, appelé Opera Omnia que l’on peut lire encore au British Library. Il faut juste connaître le latin car cette œuvre ne fut jamais traduite. Cette « Opera Omnia » parle non seulement de l’élaboration et de l’interprétation des cartes natales, mais traite également d’astrologie judiciaire qu’on appelle « astrologie horaire » et même d’astrologie politique ou astrologie mondiale. 

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Henri II Roi de France

 

Dans les différents exemples que Gauricus propose, il y a le thème du Roi Henri II de France. Il prédit d’ailleurs habilement les crises et les morts de nombreux gouverneurs et nobles de son époque, dont la déroute du Roi François 1er lors de la bataille de Pavia, en Italie, et le décès du Duc de Bourbon devant les murs de Rome, durant son pillage en 1527. De ce fait, son avertissement au Roi de France fut considéré avec attention. 

L’astrologie de l’époque, exception faite des disciples de Ficin, était plus prédictive que caractérologique et, même si l’Eglise la répudiait nominalement, elle était respectée dans toutes les cours d’Europe. En fait, de grands princes de l’Eglise étaient eux-mêmes astrologues. L’Astrologue laissait l’ultime responsabilité des bénéfices et des catastrophes humaines dans le grand giron des Moires, c’est-à-dire le destin. Gauricus ne travaillait pas avec la magie « naturelle » de Ficin et s’il prophétisait que le Roi Henri II allait mourir, il devait mourir, même si la prédiction s’exprimait, en accord avec l’étiquette, comme un « avertissement ». Le Roi Henri, lui-même, ne pensa pas du tout à remettre en question la prédiction sinon qu’il répliqua qu’il préférait mourir de mort honorable dans un combat ouvert que d’une autre façon peut-être plus ignoble. Le Roi Henri II était natif du Bélier, ce qui peut expliquer son courage, mais également sa réponse téméraire.

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Nostradamus

 

Un autre astrologue, contemporain de Gauricus, avait auparavant émis un « avertissement » sur la mort du Roi Henri II. C’était Michel de Nostredame, resté dans l’Histoire sous le nom de Nostradamus. On trouve en effet dans sa monumentale œuvre prophétique sur le destin du monde, les Centuries publiées en 1555, les vers suivants :

Le Lyon Jeune le vieux surmontera,                                                                                                                              

En champ bellique par singulier duel.                                                                                                               

Dans cage d’or les yeux li crèvera                                                                                                                              

Deux classes une puis mourir mort cruelle ». 

Ce qui signifie approximativement : « Le jeune Lion vaincra le vieux dans un champ de tournoi dans une bataille singulière. Ses yeux seront pénétrés à travers la cage d’or. Il y aura deux blessures dont une lui causera une mort cruelle ».

Le Roi Henri II était connu pour porter un heaume doré, ce que Nostradamus évoque quand il parle de « cage d’or ».

Or, que se passa-t-il exactement ? Au cours de l’été 1559, le 30 juin 1559 exactement,  la fille d’Henri II épousait Philippe II d’Espagne, et Marguerite sœur d’Henri II épousait le duc de Savoie. Une partie des festivités de ce double mariage incluait des joutes. Henri II devait s’opposer à Gabriel de Lorges, comte de Montgomery, capitaine de sa Garde écossaise. Malheureusement, le Roi ne parvint pas à désarçonner son adversaire. Il fit alors une seconde tentative. La lance de Montgomery se brisa au moment où les deux jouteurs se heurtèrent et un éclat pénétra dans le casque d’Henri II, perça son crâne au-dessus de l’œil droit et atteignit son cerveau. Henri s’effondra et mourut dix jours plus tard, le 10 juillet 1559, dans d’atroces souffrances, malgré les soins des médecins et chirurgiens royaux, dont Ambroise Paré. Notez que bien des Bélier quand ils sont blessés, le sont souvent à la tête.

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Ce tournoi eut lieu à l’hôtel des Tournelles, à Paris, à l’emplacement de l’actuelle Place des Vosges. 

Cette prophétie, bien que ne mentionnant pas le roi par son nom, apparaît la même année que celle où Gauricus fit sa prédiction et elle fut immédiatement reconnaissable, non seulement par le casque doré que le Roi utilisait dans les joutes mais aussi par le lion doré de son blason. Ce deuxième avertissement astrologique fut pris aussi avec grand sérieux alors que commençaient les préparatifs pour introniser le nouveau monarque. Les astrologues et les voyants par la grâce de Dieu, ou du diable, rien n’est jamais clair à ce sujet, pouvaient connaître les secrets du destin et prévoir ce qui était écrit.

Les concordances sont troublantes entre les deux prédictions et ce qui s’est réellement passé. Car on sait avec précision que lors du tournoi de joutes des festivités organisées en l’honneur des mariages, la lance de l’adversaire se brisa fortuitement durant le combat alors que le roi avait oublié de fermer la visière de son heaume. Les éclats traversèrent la visière du heaume, pénétrèrent dans les deux yeux du roi et attinrent ainsi le cerveau. Le roi connut une longue agonie de dix jours particulièrement cruelle et douloureuse. Tout le monde pleura la mort du Roi, mais on loua l’exactitude des prévisions de Gauricus et de Nostradamus et on se prépara pour introniser le nouveau roi.

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L’Astrologue Gauricus

En ce début du XXIe siècle, il est difficile de comprendre l’acceptation passive des prédictions et du destin dont était imprégnée l’astrologie du XVIe siècle. L’astrologue d’aujourd’hui aura plutôt à cœur de démontrer à son client que l’interprétation du thème natal est « potentielle ». Malgré tout, il lui est aussi difficile de le justifier comme auraient pu le faire, avec des prédictions similaires, des astrologues de la Renaissance. Au XXIe siècle, il est très utile de considérer le thème d’un point de vue psychologique parce que nous vivons dans un monde psychologique et notre unique espoir de salut peut être la compréhension de soi, bien qu’il y ait à peine 100 ans, il paraissait possible de prédire avec exactitude l’amplitude de la vie d’un homme et la manière dont il allait mourir.

Pour ceux qui sont quelque peu initiés, voici le thème d’Henri II calculé par Gauricus et celui sorti tout droit d’un ordinateur : 31 mars 1519, à 10 h 28 A.M. à Saint-Germain-en-Laye.

Thème calculé par Gauricus :

Ascendant :   25° Taureau                           Soleil :       19°25 Bélier
Maison II :   17° Gémeaux                           
Lune :        27°35 Bélier
Maison III :  2° Cancer                             Mercure :    24°14 Poissons�
Maison IV :  17° Cancer                             Vénus :        23°13 Bélier
Maison V :    13° Lion                                Mars :         10°10 Cancer
Maison VI :   6° Balance                            Jupiter :     15°02 Balance
                                                              Saturne:     21°37 Capricorne
                                                             Nœud Nord : 2°13 Gémeaux
 

Thème calculé par l’ordinateur 

Ascendant :   20°31 Cancer                         Soleil :       19°21 Bélier
Maison II :    7°15 Lion                             Lune :         01°04 Taureau    �
Maison III : 27°28 Lion                           Mercure :     21°55 Poissons�
Maison IV :  24°24 Vierge                        Vénus :         22°47 Bélier
Maison V :    01°44 Scorpion                     Mars :          12°14 Cancer        �
Maison VI :  14°44 Sagittaire                   Jupiter :      16°35 Balance
                                                             Saturne :     21°44 Capricorne
                                                             Uranus :      11°57 Taureau
                                                             Neptune :    27°49 Verseau
                                                             Pluton :       08°01 Capricorne
                                                             Nœud Nord 02°54 Gémeaux

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Le thème d’Henri II figure dans le Traité d’Astrologie d’André Barbault. Il est calculé pour 7 heures, soit un Ascendant à 0° Gémeaux, et une Lune à 28° Bélier… Cependant, qui a raison ???

Quand nous comparons les deux thèmes, il est tout de suite évident que les astrologues du XVIe siècle n’étaient en rien stupides dans leurs calculs bien qu’ils commettaient quelques erreurs compréhensibles par manque d’instruments scientifiques. Bien que l’Ascendant et la cuspide des Maisons soient quelque peu déviés dans la version de Gauricus, la position des planètes est très précise, avec un écart maximum d’un à deux degrés. On n’est pas sûr du système des Maisons utilisé par Gauricus puisqu’il donnait ses propres tables dans Opera Omnia bien que ce soit probablement le système de Porfirus, le plus populaire en son temps, ou le sien. La Lune est l’unique planète qui fut mal calculée (de 4 degrés) dans son thème tandis que la position du Caput Draconis ou Nœud Nord est exacte. Gauricus, bien entendu, ne connaissait ni Uranus, ni Neptune ou même Pluton. Il basait ses prédictions sur les sept corps célestes connus, les nœuds et la Part de Fortune, les Parts arabes étaient alors à la mode. Et, dans la version de Gauricus cette Part de Fortune était en conjonction exacte avec l’Ascendant. Ses sources sont Ptolémée, la littérature arabe sur les étoiles fixes et les parts fixes, ainsi que le Mathesis de Julius Firmicus Maternus.

L’œuvre de Firmicus fut éditée pour la première fois à Venise en 1497, durant la jeunesse de Gauricus. Il consacra de nombreuses pages à répondre aux détracteurs de l’astrologie et à ceux qui réfutent l’idée de destin. Firmicus, et plus tard Gauricus, croyaient que les astrologues étaient les messagers du destin et il dédia une partie de son Mathesis aux responsabilités qu’impliquait un rôle si délicat.

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UNE FLEUR DE MAI… UNE FLEUR TAUREAU… L’AUBEPINE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 09-05-2011

Que l’on nomme aussi « poire d’oiseaux », « épine blanche », ou encore « bois de mai », « sennellier », et en Camargue « perrette ».

« Aubépine » est un mot féminin : on dit « une aubépine », qui vient du nom du latin « alba spina », « épine blanche », en raison de sa fleur blanche, du type de la rose, et des épines à la base. Son origine est européenne. Cependant, cette espèce est menacée de disparition en Europe, du fait d’une maladie appelée « feu bactérien » qui jaunit les feuilles. Une des plus vieilles aubépines de France est estimée millénaire. Elle se situe à Saint-Mars-sur-la-Futaie, dans le département de la Mayenne (53). Elle a une hauteur de 9 mètres. 

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Dans la mythologie romaine, l’aubépine était dédiée à Maïa, mère de Mercure (Hermès), fêtée en Mai. Mai était le mois de Maïa. Et en général, c’est en mai que fleurissent les aubépines. Mai est devenu le mois de Marie, la Vierge, par identification. Mai est le mois du renouveau.

Poètes et romanciers ont célébré l’aubépine qui forme des haies « comme une suite de chapelles qui disparaissent sous la jonchée de leurs fleurs amoncelées en reposoirs » (Marcel Proust). En fait, d’un bout de l’Europe à l’autre, l’aubépine, « Crataegus oxyacantha », au bois dur et aux aiguillons courts mais piquants, est la plante protectrice des jeunes filles et des jeunes mariés.

A Athènes, dans l’Antiquité, chaque convive portait pour le repas de noces une branche d’aubépine, gage du bonheur et de la prospérité du jeune couple. A Rome, le marié conduisait la jeune femme dans la chambre nuptiale en agitant un rameau d’aubépine. L’importance de la plante dans les rites fut une tradition conservée très longtemps sous forme de flambeaux éclairant la chambre nuptiale tandis que l’on attachait ses branches au berceau des nouveau-nés pour les mettre à l’abri des maladies et des influences maléfiques.

L’aubépine est présente sous un aspect différent dans les traditions religieuses du Proche-Orient : le célèbre buisson ardent, « Crataegus pyracantha », près duquel Moïse eut son premier entretien avec Dieu sur le Mont Horeb, est de la même famille ; et, suivant les croyances chrétiennes, la couronne de la Passion était faite de branches d’aubépine. 

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Le buisson ardent de Moïse sur le Mont Horeb

Pendant le Moyen Age, l’aubépine a la réputation d’accroître la fidélité dans tous les domaines, de conserver la chasteté et de prolonger le célibat, vertus mises à l’épreuve par les longues absences des chevaliers partant pour de lointaines expéditions, puis pour les croisades. Avant leur départ, ils offraient à leurs dames des rameaux d’aubépine fleurie liés d’un ruban incarnat pour signifier l’espoir des retrouvailles et la pérennité de leur amour dans la chasteté. Même de nos jours, on croit ferme dans les campagnes que si l’on glisse un fagot d’aubépine sous le lit d’une femme, elle refusera les propositions de l’amant le plus habile.

Dans plusieurs régions d’Europe, on tresse des couronnes d’aubépine à l’intention des fées et des anges qui, au mois de mai, par les nuits de pleine lune, viennent danser autour de cet arbuste. On espère ainsi s’attirer leurs faveurs en échange de couronnes parfumées. De ses vertus magiques il n’en reste des traces qu’en Kabylie seulement, où les femmes croient que cette aubépine apaise les crises d’autorité du mari et lui adressent l’invocation suivante : « Les hommes t’ont appelée ‘‘aubépine ’’, moi je l’appelle ‘’le caïd qui commande’’ ; fais que mon mari ne me batte plus et change-le en âne à qui je ferai porter la paille… ».

Toutefois, en Normandie, aujourd’hui encore, on affirme que la foudre épargne l’aubépine, ou la maison qui en est ornée, car la foudre est l’œuvre du Diable et qu’elle ne peut frapper une plante qui a touché le front du fils de Dieu, croyance partagée par la Bretagne pour qui elle est l’arbre des sorcières et qui la complète par une vénération particulière pour le rouge-gorge, car dit-on, c’est en cassant avec son bec une épine de la couronne de Jésus qu’un peu de sang a taché sa poitrine.

                                                                                        rouge-gorge

L’aubépine fait partie de la famille des rosacées. C’est un arbrisseau épineux  poussant dans les buissons, les bois, les haies. On la trouve dans toute l’Europe, ainsi qu’en Afrique du Nord. En France, elle est très répandue.

planche-de-laubepine1Si l’on passe maintenant aux propriétés thérapeutiques de l’aubépine, on constate qu’elles rivalisent avec ses pouvoirs magiques. Les Anciens l’utilisaient contre la goutte, la pleurésie. La science moderne a confirmé que ses composants chimiques sont effectivement antispasmodiques, calmants, diurétiques et surtout constituent un remarquable régulateur de la tension artérielle en même temps qu’un précieux tonicardiaque ayant d’excellents effets sédatifs sur le système cardio-vasculaire, dont les palpitations, l’angine de poitrine, les troubles circulatoires consécutifs, ou non, à la ménopause. D’ailleurs, bien avant qu’elle n’entre dans la pharmacopée classique, bien qu’elle existait déjà en homéopathie sous le nom de « crataegus oxyacantha », on avait qualifié l’aubépine de « valériane du cœur ». Sur le plan médical, l’aubépine est souveraine contre les palpitations, l’hypertension, les vertiges, les insomnies, les angoisses. Antispasmodique et calmante, la plante, utilisée comme panacée des troubles de la cinquantaine, est bénéfique aux hommes comme aux femmes. On peut aussi l’utiliser en gargarisme en cas d’angine, ou encore pour les soins du visage en cas de rougeurs et de couperose, en lotion ou en compresse : pour ½ litre d’eau, 20 grammes de fleurs et de fruits, laisser bouillir trois minutes.

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Bibliographie

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

Nos grand-mères savaient – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont.

« Petit Rouge-Gorge de Bretagne » – Photo du Macaron – http://lesecritsdumacaron.hautetfort.com

 

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UN MYTHE POISSONS… CELUI DE SON MAITRE… NEPTUNE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 16-03-2011

Il est, chez les Grecs, le dieu principal des mers et des cours d’eau ; il fut identifié par les Romains à une vieille divinité italique de l’eau, Neptune, à laquelle ils attribuèrent les légendes de Poséidon. Le nom de « Poséidon » signifie peut-être « le maître (ou le mari) de la terre », sens qui n’est pas étranger à l’épithète habituelle du dieu « Gaieochos », « qui vient de la terre ». Poséidon était d’ailleurs également associé aux tremblements de terre, comme le montrent ses épithètes « enosichthon » et « enosigaios », « l’Ebranleur du sol ».  

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Bologne – Statue de Neptune

Les animaux qui lui sont consacrés sont principalement le cheval et le taureau. Poséidon était l’un des dieux les plus importants à la fois dans les cultes et dans les mythes ; les artistes le représentaient souvent le voyaient comme un personnage d’une taille élevée et barbu, brandissant un trident (harpon des pêcheurs de thon, pourvu de trois pointes) et quelquefois tenant un poisson. Il a peut-être évincé plusieurs vieilles divinités plus pacifiques, telles que Nérée, Phorcys et Protée, les « Vieillards de la Mer », et a revêtu la plupart de leurs attributs. Cependant, Poséidon est souvent décrit comme irascible, vindicatif et dangereux, violence dont les Vieillards étaient exempts. Poséidon symbolise en quelque sorte la puissance des flots en fureur, et ses actes mettent en lumière son pouvoir destructeur. 

Il était le fils de Cronos et de Rhéa et, d’après Hésiode, le frère aîné de Zeus. Comme ses frères et sœurs, à l’exception de Zeus/Jupiter, il fut avalé par son père à sa naissance, car Cronos/Saturne avait peur d’être détrôné par l’un de ses enfants. Les Arcadiens prétendent cependant que Rhéa substitua un poulain à Poséidon ; selon la légende, Rhéa l’aurait transporté à Rhodes où l’Océanide Caphira, aidée par les Telchines, l’aurait élevé. Par la suite, après que Métis eut donné à Cronos l’émétique qui lui fit restituer ses enfants, Poséidon/Neptune aida Zeus/Jupiter à vaincre les Titans et à les enfermer dans le Tartare. Ensuite, les trois fils de Cronos/Saturne se partagèrent l’Univers, gardant la Terre et l’Olympe comme territoire commun. Poséidon/Neptune obtint le pouvoir sur la mer, dans laquelle, selon une variante de la légende concernant sa naissance, Cronos le précipita dès qu’il sortit du sein de Rhéa ; Zeus fut doté du pouvoir suprême, Homère le considère d’ailleurs comme l’aîné, mais Poséidon se rebella souvent, ne s’avouant vaincu qu’à la dernière extrémité. Il complota même avec Héra et Athéna pour détrôner Zeus, et tous trois réussirent à l’enchaîner. Toutefois, Thétis sauva Zeus/Jupiter en appelant à son aide Briarée qui demeurait dans le Tartare.

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Aoste – Statue d’Amphitrite

La plupart des enfants de Poséidon, humains ou divins, héritèrent de sa violence. Sa femme était Amphitrite, une Néréide ou une Océanide. Lorsque Poséidon/Neptune demanda sa main, elle prit peur et s’enfuit dans l’Atlas. Le Dauphin, une divinité marine, la retrouva et la persuada d’épouser Poséidon. En récompense, il fut transformé en constellation. Amphitrite donna à son mari trois enfants : Triton, Rhodé et Benthésicymé. Mais Poséidon eut aussi un nombre considérable d’enfants de déesses, de nymphes et de mortelles. Il s’unit à Déméter sous la forme d’un cheval car, pour lui échapper, la déesse s’était transformée en jument. Déméter donna naissance au cheval divin Aréion et à une fille Despoina. Poséidon aima également la Gorgone Méduse au temps où elle était une belle jeune fille ; il s’unit à elle dans un temple consacré à Athéna, à la suite de quoi la déesse vierge transforma Méduse en un monstre repoussant et aida Persée à la tuer. Du cou de Méduse tranché, jaillirent Chrysaor et Pégase, le cheval ailé.

Poséidon engendra le géant Antée avec sa grand-mère Gaia, ainsi que d’autres géants parmi lesquels Otos et Ephialtès qui tentèrent de livrer assaut à l’Olympe ; Polyphème, le cyclope dont la mutilation par Ulysse déchaîna la colère du dieu contre le héros. D’autres enfants de Poséidon avaient une taille normale, mais possédaient un caractère féroce : Cercyon et Sciron, brigands qui furent tués par un autre de ses fils, Thésée ; Amycos, mis à mort par le fils de Zeus, Pollux, et Busiris, tué par Héraclès.

Homère lui donna un rôle très important. Sa haine pour les Troyens eut une influence capitale et le poussa à intervenir en faveur des Grecs durant la Guerre de Troie, malgré la défense expresse que lui en avait fait Zeus/Jupiter. Cette haine avait pour origine l’année de servitude que, jadis, Poséidon et Apollon passèrent chez le roi Laomédon, le père de Priam. Ils étaient convenus avec Laomédon de construire une muraille autour de la ville de Troie pour une certaine somme d’argent, mais une fois le travail exécuté, ce dernier refusa de les payer. Apollon semblait avoir estimé que la peste qu’il envoya alors était un châtiment suffisant, car il soutint les Troyens pendant la guerre. Mais Poséidon resta inflexible. Non content d’avoir envoyé un monstre marin qui devait dévorer Hésioné, la fille de Laomédon, il continua à persécuter les Troyens tout au long des combats.  

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Le Retour d’Ulysse à Ithaque

Cependant, sa colère n’épargna pas les Grecs non plus, car il aida sa nièce Athéna à les punir pour le sacrilège qu’Ajax commit en violant Cassandre dans le temple de la déesse. Poséidon alla jusqu’à tuer lui-même le coupable en faisant voler en éclats le rocher auquel Ajax s’agrippait, narguant les dieux et se vantant d’avoir été sauvé du naufrage qui détruisit sa flotte pendant son retour. Les navires des chefs grecs furent également détruits par la tempête car ces derniers avaient refusé de châtier le criminel. Ulysse qui avait voulu lapider Ajax pour son acte, échappa à la vengeance divine, mais plus tard, il fut l’objet de la colère de Poséidon pour avoir aveuglé Polyphème, le fils du Dieu. A cause de cela son retour à Ithaque fut considérablement retardé et n’eut lieu qu’après que le héros eut perdu tous ses compagnons.

Poséidon châtia les Phéaciens, peuple de marins, pour l’aide qu’ils apportèrent à Ulysse et d’autres voyageurs, en comblant leur port avec d’énormes rochers et en pétrifiant le navire dans lequel ils avaient ramené Ulysse. Cependant, lorsque le dieu était d’une humeur plus calme, il aimait à rendre visite aux fidèles Ethiopiens qui lui offraient de riches sacrifices, occasions qui permirent plus d’une fois à Ulysse d’échapper à son attention.

Comme on le voit Poséidon/Neptune est un dieu étrange, aussi mystérieux que le signe des Poissons qu’il gouverne, aussi porteur de contradictions. Ce n’est pas sans raison qu’en astrologie il est le maître du flou, des illusions, des incertitudes mais aussi des intuitions et de la prémonition, des pouvoirs paranormaux, de l’inspiration poétique aussi. Il est lié à l’infini, à l’éternité comme à la noyade, physique et psychique, à la dissolution du Moi.

Zeus/Jupiter s’était emparé du Ciel lors du grand partage et Poséidon/Neptune reçut les Océans. Cependant, il interviendra constamment dans la vie même du ciel, dans les variations climatiques car si Zeus/Jupiter manie la foudre et le tonnerre, Poséidon/Neptune préside aux pluies et crée les nuages qui font partie, avec les brouillards « des concepts primitifs de la psychologie neptunienne » selon Gaston Bachelard.

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Neptune enlève Amynomé, nymphe des Eaux – Mosaïque – Musée archéologique de Carthage

Selon Charles Ploix, il est peu concevable qu’à l’origine le dieu de l’eau douce et le dieu de l’eau salée soit un seul et même dieu. Et pourtant, le trident de Neptune aurait à voir avec la baguette du sourcier et il nous en donne la preuve avec l’intarissable fontaine de Lerne, créée d’un coup de trident lancé par Poséidon/Neptune sur un rocher, un jour où il décida de voleur au secours de la fille de Danaos poursuivie par un satyre… bien que, à l’exemple de son frère Zeus/Jupiter, il ne respecte pas toujours lui-même les jeunes mortelles ou déesses qui l’attirent. Selon d’autres, le trident lui sert à harponner de gros poissons. L’eau douce serait donc d’abord du règne de Poséidon/Neptune. Toujours selon Charles Ploix, Okéanos désigne « le grand réservoir d’eau douce situé aux extrémités du monde ».

Gaston Bachelard assure, de son côté, que « c’est une perversion qui a salé les mers ». Est-ce sa nature de Cancérien, ami des eaux douces et des ruisseaux, qui le lui fait croire ?

Lorsque Poséidon/Neptune défie Athéna pour la prise de possession d’Athènes, il est en effet assuré de perdre en choisissant de faire surgir une source d’eau salée alors qu’Athéna offrira l’olivier aux habitants de la ville. On comprend alors que les Athéniens élisent Athéna comme patronne de leur ville. Poséidon se vengera en faisant déferler sur Athènes des vagues immenses et contraindra les Athéniennes à abandonner leur droit de vote et le nom de leur mère, interdiction également faite aux Athéniens. Notation intéressante qui signe le triomphe du patriarcat. Leur adhésion à Athéna, si peu féminine, si entièrement tournée vers son père, n’atténuera en rien cette évolution.

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Neptune – Terre Cuite

Bibliographie

Dictionnaire de la Mythologie – Michael Grant et John Hazel – Collection Marabout

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Robert Laffont

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LE MAGNIFIQUE TAROT DES VISCONTI-SFORZA

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 18-02-2011

Les origines du Tarot posent un problème difficile à résoudre. Depuis Court de Gébelin qui, au XVIIIe siècle se passionna pour son interprétation, les théories les plus diverses ont été avancées. Qu’il vienne de Chine, des Indes, d’Egypte, qu’il soit l’œuvre même de Thot-Hermès Trismégiste, celle de Bohémiens, d’Alchimistes, de Kabbalistes ou d’un homme sage entre les sages, le Tarot présente en fait une iconographie assez nettement moyenâgeuse et mêlée de symboles chrétiens. C’est d’ailleurs à la fin du XIVe siècle que l’on voit apparaître les cartes à jouer, les plus proches de celles que nous connaissons aujourd’hui. En ce qui concerne le Tarot des Visconti-Sforza, on en a retrouvé plusieurs groupes incomplets de ce jeu, peint à la main, disséminés en Europe, avec une seule certitude les cartes n’ont pas été inventées en Europe.

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LE MONDE – XXIe LAME DU TAROT VISCONTI-SFORZA

On sait que les Chinois en utilisaient sous une forme embryonnaire dès le VIIe siècle, mais la parenté de ces « cartes à jouer » avec les cartes européennes via Marco Polo est peu probable. Les plus anciennes cartes à jouer d’origine chinoise apparurent durant la dynastie Tang au moment où le format des livres passe du rouleau à la feuille. Elles semblent s’être développées à partir des anciens dés en provenance d’Inde et en liaison avec des pratiques divinatoires.

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Carte à jouer chinoise datant de la dynastie des Ming

La piste du Proche-Orient est plus vraisemblable. On retrouve des traces remontant au XIIe ou XIIIe siècle d’un jeu mamelouk dont la forme est très proche du jeu italien. Par ailleurs, le nom de certaines figures comme « naib », « malik » et « thani naib » rappellent le mot italien « naibbe » ainsi que le mot espagnol « naipes » qui désignent les cartes à jouer. Un jeu complet de cartes Mamelouk a été découvert au palais du Topkapi à Istanbul en 1938. Ce jeu n’était pas plus ancien que 1400, mais il a permis d’identifier des fragments de jeux datés des XIIe et XIIIe siècles. D’autre part, un des plus anciens documents évoquant les cartes à jouer, la chronique de Viterbo (1379), évoque les « Sarrasins ».

Il est également probable que les jeux arabes aient eux-mêmes une origine plus orientale, de Perse ou d’Inde, mais aucune preuve matérielle, aucun écrit ne peut confirmer cette thèse.  

Les liens entre l’Europe et le Moyen-Orient étaient alors nombreux, que ce soit par l’Espagne alors occupée par les Arabes, ou par les marchands vénitiens et lombards, on pense que l’introduction des cartes en Europe s’est faite à peu près simultanément par ces deux canaux. La présence de cartes à jouer est attestée en Catalogne en 1371, en Allemagne et à Florence dès 1377, en Espagne et en France entre 1377 et 1381. Elles y sont peut-être arrivées par l’intermédiaire des Arabes ou par des échanges marchands avec les Mongols le long de la Route de la soie. Certains historiens suggèrent que les cartes à jouer aient pu stimuler en Europe le développement de la xylographie et en conséquence les autres techniques d’imprimerie.

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La cour de Milan jouant aux cartes – Fresque du Palais Borromeo à Milan – XVe siècle

Le jeu de Tarot apparaît dans la seconde moitié du XVe siècle. Très tôt sa structure se fixe : quatre enseignes composées de dix cartes numérales de l’as ou « ar », puis du deux au dix, quatre figures ou honneurs : valet ou « fante » ou encore « faon », cavalier, reine et roi. A ces quatre séries est ajoutée une cinquième série de cartes, les triomphes qui seront plus tard désignés comme les atouts, de vingt et une cartes numérotées et d’une carte habituellement non numérotée, le fou, ou fol ou mat ou encore plus tard l’excuse.

Quant au Tarot des Visconti-Sforza, il serait l’œuvre de Bonifacio Bembo, né à Brescia en Lombardie. Ce peintre italien vécu au XVe siècle, actif entre 1447 et 1477. Il était aussi miniaturiste. Il s’était formé à l’école de style gothique tardif et était influencé par le style Renaissance. Après sa rencontre avec Gemiste Pléthon, il fût influencé par les idéaux néoplatoniciens de ce dernier.

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Francesco Sforza 1er par Bonifacio Bembo

Son œuvre est visibles dans les fresques de l’église Saint-Augustin à Crémone. Il nous laisse aussi les portraits de Francesco 1er Sforza et de son épouse Bianca Maria Visconti, tous deux datés de 1462. On peut les voir à la Pinacoteca de Brera à Milan. Il a également peint pour le cloître La Colombe à Crémone. En 1447, Bembo était déjà en rapport avec Francesco Sforza qui l’invita à Pavie pour peindre la Grande Salle du Conseil. Il y retourna en 1468 pour décorer les salles du château des Visconti.

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Bianca Maria Visconti

Bembo est généralement considéré comme l’auteur d’un des fameux jeux de Tarot Visconti-Sforza dont le symbolisme reflète l’intérêt de Bembo pour le néoplatonisme. Ce tarot princier des Visconti-Sforza est un des plus anciens jeux de cartes de l’Histoire. Superbement peint et mis en dorure au début du XVe siècle, il nous est parvenu presque complet puisqu’il ne manque que quatre arcanes. Il est possible que ce tarot lui fût commandé à l’occasion du mariage de Francesco Sforza et de Bianca Maria Visconti.

Les Sforza étaient une famille italienne de la Renaissance. La dynastie avait été fondée par Muzio Attendolo, né à Cotignola près de Ravenna, en 1369. Ce condottiere de Romagne servit les rois angevins de Naples. Le condottiere Alberigo da Barbiano le surnomme Sforza, ce qui signifie « le Fort », en raison de ses qualités aux combats. A sa mort en 1424, Jeanne II de Naples souhaita que son surnom se perpétue. Ce fut le plus connu de cette dynastie de condottieri.

Les Visconti étaient une famille noble de Lombardie, du parti gibelin, qui régna sur le Duché de Milan pendant le Moyen Age jusqu’à la Renaissance, de 1277 à 1447. Ils portèrent longtemps le titre de « Seigneur », mais à partir de 1395, Jean Galéas prit celui de Duc de Milan.  A la mort du dernier duc, Filippo Maria, en 1447, la République ambrosienne fut instaurée dans la cité pour une période de trois ans. Cependant, la succession des Visconti à Milan fut assurée par Bianca Maria, fille de Filippo Maria, qui épousa donc Francesco Sforza, le condottiere qui reprendra le flambeau du duché en 1450. Le dernier descendant de la célèbre famille Visconti fut le célèbre metteur en scène Luchino Visconti, dont le Guépard ou même Rocco et ses frères sont à jamais dans nos mémoires. Quant aux armes héraldiques de cette célèbre famille, c’est une Vouivre, créature fantastique, en l’occurrence un serpent dressé et ondoyant, engloutissant un enfant.

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Le blason des Visconti

Pour en revenir à l’histoire de ce merveilleux tarot, sans doute l’un des plus anciens jeux qui nous soit aujourd’hui parvenu, et on en trouve plusieurs exemplaires disséminés dans quelques musées de par le monde. Il ne porte ni nom, ni numéro, mais c’est l’un des jeux le plus complet qui ait survécu jusqu’à aujourd’hui… Il ne lui manque que quatre cartes. Le jeu complet comportait 78 cartes et il n’en reste que 74.

Ce jeu fut forcément commandé pour un événement important et princier, la préciosité des gravures, l’utilisation de la feuille d’or en attestent. C’est d’ailleurs sans doute grâce à la feuille d’or que ces quelques exemplaires du jeu nous sont parvenus. A l’origine, on ne parlait pas de cartes de tarot, mais de cartes des triomphes. Ce n’est qu’un siècle plus tard qu’apparut le mot « tarocchi » en italien, ce qui donna en français « tarots ».

Tout comme l’Etat aujourd’hui rêve de taxer l’internet, les cartes au XVIe siècle étaient lourdement taxées, à tel point que les rentrées furent si conséquentes que les finances de l’Etat s’en trouvèrent redressées. Charles-Quint fut à l’origine de cette initiative fiscale, suivi en France par Henri III qui parvint ainsi à palier aux déficits de l’Etat. Malgré la résistance des cartiers, les fabricants de cartes, les taxes sur les cartes seront appliquées selon les besoins du moment et du pouvoir en place. C’est le Général de Gaulle, dont on connaît le goût des réussites, qui abolira la taxation des cartes.

Quoi qu’il soit le tarot Visconti-Sforza est une illustration des coutumes du Moyen Age et même une évocation de ce qui défrayait la chronique à l’époque. Avant de penser en termes de divination, il est intéressant d’observer chacune des lames de ce jeu splendide. On en retrouve d’ailleurs dans les sculptures ornant les cathédrales représentant les mêmes images que ces triomphes.  

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Le Diable – Arcane XV du Tarot des Visconti-Sforza

La lame représentant Le Pape est typiquement chrétienne, de même que la Tempérance qui représente un ange. La carte du Diable est judéo-chrétienne car les Egyptiens ne connaissaient ni diable cornu, ni satyre. Il en va de même du Jugement, tout comme la Mort, représentée par un squelette.

La Roue de la Fortune, même si elle comporte un sphinx, n’est pas de nature égyptienne car si l’on observe bien ce sphinx est ailé, ce qui évoque plutôt un sphinx sémitique ou grec. 

Avec la Papesse, doit-on voir l’histoire de la Papesse Jeanne qui aurait usurpé la papauté en cachant sa véritable identité sexuelle. La légende raconte même qu’elle aurait accouché d’un bâtard en pleine rue alors qu’elle prenait part à une procession solennelle. A noter que la Papesse du jeu de Tarot s’interprète comme une période d’attente et de gestation. Par ailleurs, il y eût une Papesse dans la famille Visconti, Soeur Manfreda Visconti da Pirovano, qui périt sur le bûcher de l’Inquisition vers 1300. Elle était chef spirituel d’un petit groupe de fidèles qui croyaient à la divinité de Sainte Guglielma, une nonne du même couvent, décédée en 1282. Le groupe pensait que cette nonne était l’incarnation de l’Esprit Saint et qu’elle reviendrait sur Terre.

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La Papesse – Arcane II du Tarot des Visconti-Sforza

La hiérarchie du groupe était identique à celle de l’Eglise Catholique Romaine, mais la différence était de taille que les femmes pouvaient être ordonnées prêtres. Ainsi, Manfreda avait même été élue Papesse. Quand l’existence de ce groupe, sorte secte, fut découverte suite à une enquête de pré-canonisation relative aux miracles qu’aurait accompli Guglielma, Manfreda et les autres membres de la secte furent poursuivis, jugés et brûlés vifs sur le bûcher de l’Inquisition.

Manfreda était la cousine de Matteo Visconti et comme certains membres puissants de la famille Visconti étaient adeptes de Manfreda, il est possible que la famille Visconti ait gardé en mémoire ces événements douloureux et l’ait représentée comme Papesse dans le jeu des Triomphes associé à la Famille Visconti. Il faut savoir que le culte de Guglielma était très populaire à Milan car elle fut souvent représentée dans différentes créations artistiques. Certains voient également dans l’habit porté par la Papesse celui revêtu par l’Ordre des Umiliati, l’ordre des Humiliés, nom de la secte de Gughielma et Manfreda. L’habit de l’Ordre des Humiliés est assez semblable à celui des Spirituels Franciscains, fait d’un matériau très simple, de la laine non teinte « lana non colorata ».

Dans cette perspective, il ne serait pas à négliger l’influence plausible des croyants néo-cathares sur les concepteurs du tarot.

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L’Hermite – Arcane IX du Tarot des Visconti-Sforza

L’Ermite quant à lui représente un vieillard portant soit un sablier, symbole du temps typiquement européen, soit une lanterne ce qui ferait de lui la représentation du philosophe Diogène qui était grec.

Le Monde, représentation du globe terrestre, est dans d’autres tarots que celui des Visconti-Sforza entouré des quatre animaux d’Ezéchiel qui sont les symboles des quatre évangélistes qui, eux-mêmes, correspondent aux quatre éléments :

       Le Lion de Saint Marc représente le Feu et le signe du Lion,

       L’Aigle de Saint Jean représente l’Eau du Scorpion

       Le Taureau de Saint Luc représente la Terre du Taureau

       L’Ange du Verseau symbolise Saint Matthieu ainsi que l’Air.

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Les quatre animaux d’Ezéchiel – Monastère des Météores – Thessalie

Ces quatre images illustrent également les signes Fixes du zodiaque : Taureau, Lion, Scorpion et Verseau.

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L’Amoureux – Arcane VI du Tarot des Visconti-Sforza

La lame dite « l’Amoureux » retient aussi l’attention, parmi les triomphes, elle est la seule qui n’est pas terminée. En effet, elle est restée au stade de l’apprêt, la feuille d’or n’a pas été apposée comme cela l’est pour les autres lames. Est-ce un oubli de Bonifacio Bembo ? Pourtant certains disent qu’il serait mort avant d’avoir terminé son travail.

Le Tarot des Visconti-Sforza a été offert selon toutes probabilités en tant qu’objet d’art et jeu d’argent, on joue d’ailleurs toujours « a coppa » dans l’Italie d’aujourd’hui, le jeu de la coupe. Cependant, quelques 150 ans plus tard, en 1589, on retrouve à Venise les minutes d’un procès qui suggèrent, au moins dans l’esprit des accusateurs, une association entre Tarot et Sorcellerie.

Les premières cartes à jouer sont illustrées artisanalement par des peintres miniaturistes et parfois rehaussées d’or fin, ces cartes étaient bien sûr réservées à l’aristocratie. Les jeux de cartes se sont toutefois démocratisés rapidement, en particulier grâce aux progrès de l’imprimerie. Dès le XVe siècle, des imprimeurs suisses et allemands produisaient des jeux en grandes quantités. Leur succès fut tel que l’Eglise s’en inquiéta et décida d’interdire l’usage des cartes.

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Maison-Dieu – Arcane XVI du Tarot – Cathédrale d’Amiens

Et pourtant, on trouve des représentations du Tarot jusque dans les cathédrales et notamment celle de Chartres, d’Autun, d’Amiens, à Saint-Sernin à Toulouse, dans les abbayes de Souillac et de Moissac.

Le nombre des cartes et leur répartition, points et figures, se sont stabilisés très tôt. En revanche, les symboles utilisés ont beaucoup variés suivant les pays, les époques et les fabricants. A l’origine les cartes à jouer présentaient quatre couleurs hérités des arabes et appelées : Bâtons, Epées, Coupes et Deniers. Ensuite, les cartes ont été renommées de la façon suivante :

       Coupe : Cœur

       Denier : Trèfle

       Bâton : Carreau

       Epée : Pique

C’est à la Révolution française qu’on décida de faire disparaître les signes de royauté et de féodalité inscrits sur les cartes. Les rois furent remplacés par des génies, les dames par des libertés et les valets par des égalités pour symboliser les valeurs révolutionnaires.

Il existe à Issy-les-Moulineaux, près de Paris, le Musée de la carte à jouer, seul musée en France à être consacré à ce thème. Il réunit près de 6 500 jeux de cartes, 980 gravures, dessins et affiches et plus d’un millier d’objets. C’est l’un des sept musées dans le monde à être dédié aux cartes à jouer. www.issy.com/musée 

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OISEAU DU VERSEAU… L’INDEPENDANTE HIRONDELLE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 12-02-2011

Bien qu’un vieil adage prétende que « l’hirondelle ne fait pas le printemps », on ne peut que constater comme l’écrivit Rémi Belleau que « les hirondelles sont du printemps les messagères ». D’ailleurs, en Chine, on faisait même autrefois correspondre l’arrivée et le départ des hirondelles à la date exacte des équinoxes. Le jour du retour des hirondelles, à l’équinoxe de printemps, était l’occasion de rites de fécondité. Ce dont on peut sans doute rapprocher plusieurs légendes qui rapportent la fécondation merveilleuse de jeunes filles par l’ingestion d’œufs d’hirondelles, comme l’histoire de Hien-ti ou encore l’histoire de l’ancêtre de la famille Chang, dont descendait Confucius. Confucius n’en est pas moins, si l’on ose dire, le fils de l’hirondelle. Autre signe du printemps : des galettes en forme d’hirondelle étaient fixées au-dessus des portes, l’hirondelle paraît d’ailleurs se confondre ici avec un autre oiseau du printemps qui pourrait être le loriot.

En outre, le rythme saisonnier, yin-yang, des migrations de l’hirondelle s’accompagne d’une métamorphose : elle se réfugie dans l’eau (yin, hiver) où, rapporte Lie-Tseu, elle devient coquillage, puis redevient hirondelle, en accompagnant le mouvement ascendant du soleil (yang, été).

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Dans le même sens, Isis se transformait en hirondelle, la nuit, tournoyant autour du cercueil d’Osiris et se lamentant en des cris plaintifs, jusqu’au retour du soleil. Symbole de l’éternel retour et annonce de la résurrection. Sur les tombeaux des Egyptiens l’hirondelle signifiait la vie après la mort. 

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L’hirondelle est représentée dans le domaine mythique celtique par le nom de Fand, épouse du dieu de la mer Manannan. Tombée amoureuse de Cùchulainn, elle l’invite dans l’autre monde et il passe un mois auprès d’elle. Puis, il l’abandonne et est repris par sa femme Emer. Avec beaucoup de mélancolie, Fand retourne alors vers son mari, qui est revenu la chercher. Un autre personnage mythique en relation avec le nom de l’hirondelle est Fandle, l’un des trois fils de Nechtan Scene, tué par Cùchulainn lors de sa première expédition sur la frontière de l’Ulster. Fandle était d’une extrême légèreté et combattait au-dessus de l’eau. L’hirondelle apparaît, là encore, liée à un symbolisme de la fécondité, de l’alternance et du renouveau.

Au Mali, l’hirondelle est un auxiliaire, une manifestation, du démiurge Faro, maître des eaux et du verbe et expression suprême de la pureté, par opposition à la terre, originellement souillée. L’hirondelle doit son rôle important au fait qu’elle ne se pose jamais sur la terre : elle est donc exempte de souillure. C’est elle qui recueille le sang des victimes des sacrifices offerts à Faro, pour l’emporter dans les espaces supérieurs, d’où il redescendra sous forme de pluie fécondante. Elle joue donc un rôle de véhicule dans le mécanisme cyclique de la fécondation de la femme, par l’intermédiaire du jus de la tomate sauvage, qu’elle porte également au ciel. 

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L’hirondelle est le symbole du renoncement et de la bonne compagnie en Islam ; elle est appelée « l’oiseau du paradis ». Chez les Persans, « le gazouillement de l’hirondelle sépare les voisins et les camarades ; elle signifie solitude, émigration, séparation, sans doute à cause de sa nature d’oiseau migrateur.

Une légende hellénique raconte aussi que Pandion, roi de l’Attique, épousa une naïade, nommée Zeuxippé et dont il eut deux fils : Erechté et Boutès, mais aussi deux filles : Philomèle et Procné. Alors que Pandion régnait sur l’Attique, à Thèbes c’était Labdacos qui était roi : les peuples de ces deux royaumes n’arrivaient pas à s’entendre et la guerre éclata entre Thèbes et Attique. Pandion s’allia avec le roi de Thrace, Térée qui, disait-on, était le fils d’Arès, Mars chez les Romains. Et, pour mieux sceller l’alliance, Pandion lui donna en mariage sa fille aînée, Procné. Bientôt, celle-ci eût un fils, nommé Itys. Cependant, Procné s’ennuyait à Thrace, loin d’Athènes et ce qu’elle souhaitait le plus au monde c’était de faire venir auprès d’elle sa sœur Philomèle. Térée y consentit et partit chercher la jeune fille. Mais pendant le voyage de retour, Térée tomba amoureux de Philomèle et lui fit violence. Puis, pour l’empêcher de se plaindre à sa sœur, il lui coupa la langue.  

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                                                      Procné et Philomèle par William Adolphe BOUGUEREAU (XIXe siècle)                                                                           

Musée National du Château de Fontainebleau

Cependant, Philomèle imagina un moyen de se faire entendre et sur une tapisserie, elle broda l’histoire de la violence qui lui avait été faite. Procné décida de la venger. Pour cela, elle tua Itys son propre fils, le fit bouillir, et donna sa chair à manger à Térée. Après quoi, elle s’enfuit avec sa sœur. Lorsqu’il comprit ce que sa femme avait fait, Térée saisit une hache et se lança à la poursuite des deux sœurs. Il les rejoignit à Daulis, en Phocide. Cependant, en le voyant arriver, Philomèle et Procné implorèrent les dieux qui eurent pitié d’elles et les transformèrent en oiseaux. Procné devint une hirondelle et Philomèle, un rossignol. Térée fut lui aussi métamorphosé en oiseau et devint une huppe.

« L’hirondelle est venue, ramenant le beau temps, annonçant les années heureuses ».

Ainsi chantaient les enfants en Grèce pendant l’Antiquité, à la fin de l’hiver, en promenant un simulacre d’hirondelle en bois, aux ailes mobiles fixées à l’extrémité d’un bâton, décoré d’épis et de plantes vertes. En écho à cette coutume, on retrouve dans l’ensemble des pays balkaniques la célébration du retour des hirondelles fixée symboliquement au 1er mars et

les enfants promènent toujours une hirondelle, cette messagère du printemps et de l’éternel retour, en accomplissant à la même occasion des rites de fécondité et d’abondance.

Plus près de nous, en Lorraine et plus particulièrement dans la région de Metz, on assure que l’hirondelle préserve de la foudre et porte bonheur à la maison qu’elle choisit pour y bâtir son nid. On dit encore que celui qui tue une hirondelle deviendra victime d’un malheur.  

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Dans le Petit Dictionnaire des Traditions populaires Messines, on apprend que les hirondelles arrivent le jour de l’Annonciation, le 25 mars, et qu’elles quittent le pays le 8 septembre, le jour de la nativité de la Vierge.

Tout aussi poétique et charmant, Jules Renard disait : « L’accent circonflexe est l’hirondelle de l’écriture ». Quant à Henri Lacordaire, il affirmait : « Il n’y a que le cœur qui aille aussi vite que les hirondelles ».

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La Vierge à l’hirondelle – Carlo Crivelli – Eglise San Francesco in Matelica

Il existe aussi une Madone à l’hirondelle. C’est une œuvre de Carlo Crivelli, commanditée en mars 1490 par Ranuzio Ottoni et Giorgio di Giacomo, du couvent franciscain, pour l’église San Francesco in Matelica (*). L’œuvre fut réalisée entre 1490 et 1492. C’est une Vierge à l’Enfant, entourée de saint Jérôme et de Saint Sébastien, nommée par la suite « Vierge à l’hirondelle » pour l’oiseau perché au-dessus de la Vierge, sur le retable, symbole de la Résurrection.

En fait, c’est depuis toujours que l’hirondelle est un symbole de résurrection puisque avec sa venue, la nature revit après sa mort hivernale. Elle l’est également parce qu’on lui attribuait, chez les Anciens, la capacité de donner la vue à ceux de ces petits qui seraient nés aveugles, grâce au suc de la chélidoine, plante employée pour soigner les verrues et qu’on appelle aussi « l’herbe des hirondelles ».

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La Chélidoine ou l’herbe des hirondelles

Selon Pline l’Ancien, le sang des hirondelles entrait dans la composition des collyres. Cette possibilité de redonner est un autre symbole de résurrection puisque le Christ ouvrait les yeux des ressuscités. Et pourtant, dans les légendes populaires, celui qui tue une hirondelle est menacé de cécité.

Quant aux premiers Chrétiens, ils ont vu en elle le symbole de la prière puisqu’un verset de la Bible rappelle : « Comme l’hirondelle, je pépie. Mes yeux faiblissent à regarder en haut » ; un autre verset fait de l’hirondelle un symbole d’habitation dans la maison de Dieu : « Le passereau a trouvé une maison et l’hirondelle un nid où poser ses petits : tes autels, Yahvé Sabaot, mon Roi et mon Dieu ».

Et puis, durant la « Drôle de guerre », l’hirondelle devint un symbole d’espoir. En effet, pour tromper leur attente des soldats ont peint avec des moyens de fortune une hirondelle sur l’un des murs de la casemate qui les abritait.

Enfin, à Paris, il existe la rue de l’Hirondelle. C’est une voie très ancienne de la rive gauche de Paris. Connue dès 1200 sous le nom d’Arrondale-en-Laas. Elle s’appela ensuite celui d’Hyrondale, de Lyrundelle et enfin d’Irondelle, en relation avec une enseigne représentant une hirondelle, en vieux français on disait arondale.

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Rue de L’Hirondelle – Paris 6e

En 1855, la création de la place Saint-Michel l’amputa sur près de la moitié de sa longueur. Aujourd’hui, cette rue étroite présente la particularité de communiquer avec la place Saint-Michel par un escalier et un passage voûté discret, ce qui lui donne l’aspect tranquille d’une impasse retirée dans un quartier très animé.

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matelica-macerata-marche-italia (*) Matelica est une petite ville située dans la région des Marches, en Italie centrale, dans la province de Macerata.

 

 

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Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

Petit Dictionnaire des Traditions populaires Messines

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DANS L’HERBIER DE LA BALANCE … LE NARD

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 20-10-2010

Plante inconnue en Occident, mais souvent citée par les auteurs orientaux, c’est du nard qu’on extrait un parfum des plus précieux qui évoquait des qualités royales et de nombreux poètes l’ont chanté.

Tandis que le roi est en son enclos,

Mon nard donne son parfum.

Mon bien-aimé est mon sachet de myrrhe

Qui repose entre mes seins.

Le nard entre dans la composition du Paradis où s’épanouit l’amour. L’époux comparant l’épouse à la source d’un jardin décrit son enchantement :

Tu es les plus rares des essences :

Le nard et le safran

avec les plus fins arômes.

Source qui féconde les jardins, puis d’eau vive,

ruisseau dévalant du Liban.

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Le nard

C’est également un parfum de nard que Marie-Madeleine viendra répandre sur les pieds du Christ : « Elle prit une livre d’un parfum de nard pur, de grand prix et en oignit les pieds de Jésus, puis les essuya avec ses cheveux et la maison s’emplit de la senteur du parfum » (Saint Jean). Dans l’Evangile selon Marc, une femme brise « un flacon d’albâtre contenant un nard pur de grand prix » et le verse sur la tête de Jésus.

Dans leurs commentaires du Cantique, les Pères de l’Eglise feront du nard un symbole d’humilité ; ce qui tranche un peu sur le caractère royal et somptueux de ce parfum. Mais l’interprétation symbolique résout le problème : le nard est une petite graminée poussant surtout dans les régions montagneuses ; en pressant les racines de cette plante, on obtient le plus merveilleux des parfums. Ainsi en va-t-il de l’humilité qui donne les fruits de la plus sublime sainteté.

Les écrivains du Moyen Age citeront souvent cette herbe, en s’inspirant de l’Histoire naturelle de Pline.

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Le nard – Planche botanique

Le nard est sans doute l’un des plus anciens parfums orientaux connus. Il s’agit, sous sa forme d’huile, d’un liquide de couleur ambrée. La plante est un ingrédient connu de la médecine traditionnelle ayurvédique, utilisée entre autres pour faciliter la repousse des cheveux. Elle est, en dehors de ses applications en parfumerie, utilisée pour fabriquer l’encens ou comme sédatif.

On sait que l’utilisation du nard est très ancienne, d’une part car elle fait partie intégrante de la tradition ayurvédique indienne, d’autre part parce qu’elle était considérée durant l’Egypte ancienne, le Moyen-Orient et la Rome antique comme un parfum de luxe. Dans son Histoire Naturelle, Pline dénombre douze espèces de nard. De nombreux textes anciens considèrent le nard comme un produit de grande valeur, monétaire comme spirituelle. Il était utilisé dans de nombreux rites religieux, en partie pour ses effets sédatifs et narcotiques.

De nos jours, le nard n’est pratiquement plus utilisé, on lui préfère des espèces plus communes, donc plus faciles d’accès, de valérianes, mais surtout son odeur très forte n’est pas toujours appréciée.

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Marie-Madeleine et son flacon de nard

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

nard

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UN MYTHE BALANCE… EROS ET PSYCHE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 19-10-2010

La légende d’Eros et Psyché nous est contée par Apulée (125/180) dans les Métamorphoses ou l’Ane d’or. C’est une histoire d’amour contenant de nombreux éléments populaires et féériques. Il est un épisode qui nous parlent non seulement d’amour mais aussi de regard interdit.

eros

Qui est Eros ? C’est le dieu de l’Amour. Eros signifie en grec « amour charnel ». Les Romains l’appelaient « Amour » ou « Cupidon », le désir. Il existe plusieurs versions concernant l’origine du dieu, dans la tradition grecque. Selon Hésiode, Eros serait né au commencement des temps, de Chaos, le Vide, en même temps que le Tartare et Gaia ; il aurait assuré l’union des éléments primordiaux, Ouranos, le Ciel, et Gaia, la Terre, et présidé aux mariages entre leurs descendants, les dieux et, enfin entre les hommes. Dans cette tradition, Eros est simplement la personnification de la puissance génératrice qui envahit les êtres vivants et les pousse à se reproduire. Sa naissance précède celle d’Aphrodite, la déesse de l’amour. Selon d’autres mythes, Eros était un dieu beaucoup plus jeune, fils d’Aphrodite et de son amant, Arès/Mars. En accord avec cette tradition, l’art et la littérature classique le dépeignent comme un beau jeune homme, fort et musclé. Pendant la période classique, il était souvent considéré comme le protecteur des amours homosexuelles entre hommes et jeunes hommes, et sa statue ornait les gymnases. Comme dieu de la Fertilité, il possédait un culte à Thespies, en Béotie, et à Parion, en Mysie. Les métèques, ou résidents étrangers à Athènes, érigèrent une statue et un sanctuaire sur l’Acropole à Antéros, avatar d’Eros signifiant « amour partagé », à la mémoire de deux jeunes hommes, Mélès, un Athénien, et Timagoras, un métèque. Timagoras aimait Mélès, qui méprisait son amour et lui demanda, pour l’éprouver, de se jeter du haut de l’Acropole ; Timagoras s’exécuta, et Mélès en fut à tel point accablé de remords qu’il se tua de la même façon.

A l’époque hellénistique, l’amour prit dans l’art et la littérature un tour de plus en plus romantique et une autre conception d’Eros fit son apparition ; on le présentait come un enfant ailé portant un carquois plein de flèches ; l’on distinguait même plusieurs Amours, les Erotes ou les Cupidines en latin, car les passions qu’il personnifiait paraissaient infinies. De là vint la mythe qu’il donnait à ses flèches une pointe d’or pour inspirer un désir passionné chez ses victimes, ou une pointe de plomb pour détourner les personnes de ceux qui tombaient amoureux d’elles : ainsi Eros pouvait inspirer l’amour aussi bien que le décevoir. On rencontre souvent cet Eros enfant chez les poètes romains ; Virgile nous rapporte comment Vénus se servit de lui pour provoquer l’amour de Didon pour Enée. La pauvre Didon se jettera dans un brasier dont Enée, de loin, verra la fumée, peut-être traversé de quelques remords.

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La mort de Didon

L’histoire de Psyché semble, à cet égard, parfaitement illustrer à la fois l’amour partagé et interdit ou frappé par la malédiction portée sur la jeune fille par Aphrodite/Vénus… On retrouve là les thèmes chers à la Balance. Plusieurs auteurs, jungiens le plus souvent, se sont penchés sur « Amor et Psyché », interprétant à loisir, la mutation de Psyché, enfant obéissante vivant le plaisir avec son époux qu’elle est condamnée à ne pas voir, en femme acceptant le risque de perdre cet amour plutôt que de continuer à vivre dans ce somptueux palais vide, avec un mari invisible dont elle ignore le nom et le visage. Fût-il le dieu de l’amour, cet époux interdit à son regard ne la comble plus. Voilà qui ressemble à l’histoire d’un homme devenu aveugle et de la perte e son désir pour sa femme dont il ne distingue plus les traits. De là à conclure que le désir naît avant tout du regard ? Cependant, Apulée qui transforma volontiers Isis en sainte Vierge, nous propose de ce vieux mythe une interprétation spirituelle de l’amour, où il est question d’âme, d’évolution, d’accès à la conscience.

la-legende-de-melusineComment ne pas évoquer également l’histoire de Mélusine, où les rôles sont inversés puisque c’est le seigneur de Lusignan, son époux, qui n’a pas le droit de regarder sa femme le samedi. Comme par hasard, ce récit n’a pas inspiré aux commentateurs la même interprétation. On ne nous raconte pas que le seigneur de Lusignan devient adulte lorsqu’il se décide à surprendre sa femme.

Peu importe… Ce mythe, comme tous les autres, nous est donné pour penser, deviner ce qui se cache dans la « psyché » humaine et pour comprendre le parcours de l’héroïne amoureuse.  

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Qui est Psyché ? C’est la plus jeune des trois filles d’un roi. Elle était si belle que les habitants du pays avaient cessé d’honorer Vénus/Aphrodite pour se tourner vers la jeune fille. Mais celle-ci aurait cependant préféré qu’on lui demandât sa main plutôt que de recevoir les honneurs divins. Vénus fut saisie d’une grande colère en voyant la princesse usurper, quoique involontairement, sa place, et décida de la punir. Elle ordonna à Cupidon/Eros, son fils, d’inspirer à Psyché une passion pour l’être le plus monstrueux qu’il trouverait. Mais lorsque ce dernier l’aperçut, il tomba amoureux d’elle et ne put obéir aux ordres de sa mère. Il demanda à Apollon d’envoyer au père de Psyché un oracle qui commanderait à ce dernier de parer sa fille pour le mariage et de l’exposer, dans sa robe de mariée, sur un rocher isolé où un démon viendrait en prendre possession. Accablé de chagrin, le roi obéit. Cependant, Psyché fut enlevée par la douce brise de Zéphyr et emmenée dans une vallée inconnue où se dressait un merveilleux palais dont les portes étaient ornées de pierres précieuses et le sol pavé d’or. Elle y pénétra et fut accueillie par des serviteurs invisibles. Voilà qui n’est pas sans nous rappeler La Belle et la Bête. Un voix amicale lui fit visiter les lieux et la rassura. Lorsque vint la nuit, elle alla se coucher et fut rejointe par Cupidon qui avait pris une apparence humaine. Il déclara à Psyché qu’il était maintenant son mari et qu’elle serait la plus heureuse des femmes si seulement elle s’abstenait de chercher à savoir qui il était ou de vouloir voir son visage. Si elle transgressait cet ordre, son enfant n’acquerrait jamais l’immortalité.

Psyché se mit à aimer passionnément son mari. Mais un jour où elle se sentait seule, car elle ne voyait jamais personne, elle demanda à son mari invisible la permission de rendre visite à ses sœurs. Après maintes hésitations, il accepta de les faire venir, mais il lui recommanda de ne pas répondre aux questions qu’elles lui poseraient à son sujet. Le vent de l’ouest, le Zéphyr, les transporta jusqu’au palais dont les sœurs furent tout de suite mortellement jalouses. Lors d’une seconde visite, ces dernières découvrirent que Psyché n’avait jamais vu son mari ; elles lui firent alors croire qu’il pourrait se transformer en serpent, lequel se glisserait dans son sein et les dévorerait elle et son enfant. Tout d’abord déchirée entre les avertissements de son mari et les prières instantes de ses sœurs, Psyché céda finalement à sa curiosité et à ses craintes. Le soir, avant d’aller se coucher, elle se munit d’une lanterne et d’un poignard. Une fois Cupidon endormi, elle alluma la lampe et la dirigea vers son visage, en levant le poignard. Mais quand elle découvrit le corps harmonieux du dieu de l’Amour, elle fut si émue qu’elle laissa tomber une goutte d’huile brûlante sur son épaule et le réveilla. Comprenant que Psyché connaissait maintenant son identité e que son secret allait être révélé, Cupidon se leva et s’envola.

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Psyché, désespérée, le chercha partout, mais en vain. Lorsque ses sœurs apprirent l’identité de son mari, elles voulurent elles aussi l’épouser et, imitant leur sœur, elles sautèrent du haut du rocher en robe de mariée et s’écrasèrent au pied de la montagne. Pendant ce temps, Psyché errait à la recherche de Cupidon. Junon/Héra et Cérès/Déméter lui refusèrent leur aide, ne voulant porter secours à l’ennemie d’une autre déesse, si bien que Psyché arriva au palais de Vénus elle-même. La déesse la laissa entrer, mais fit d’elle son esclave et lui imposa des tâches impossibles à accomplir. Tout d’abord, elle lui ordonna de trier une pièce pleine de graines avant la tombée de la nuit. Une colonne de fourmis vint l’aider et divisa les graines en différents tas.

Puis Vénus dit à Psyché de lui rapporter un écheveau de laine des moutons mangeurs d’hommes ; cette fois, un roseau lui apprit comment obtenir la laine, une fois les moutons endormis. Ensuite, Psyché dut emplir une jarre de l’eau du Styx, dans les montagnes d’Arcadie ; un aigle qui avait une dette envers Cupidon se présenta à l’instant et alla chercher l’eau. Enfin, elle dut demander un flacon d’onguent de beauté à Proserpine/Perséphone. Psyché comprit qu’elle allait mourir, car Proserpine était la déesse des Enfers ; aussi elle monta en haut d’une tour et résolut de se jeter dans le vide ; mais la tour s’adressa à elle et lui donna des instructions précises pour surmonter l’épreuve. Elle pénétra aux Enfers par le gouffre du Ténare, dans le Péloponnèse, apportant avec elle deux oboles et deux galettes. Ainsi, elle put, à aller et au retour, se concilier Charon et Cerbère, et également échapper aux embûches que Vénus lui avait tendues. Proserpine lui offrit une chaise et un repas, mais Psyché s’assit sagement sur le sol et se contenta de pain. La déesse lui remit le flacon que demandait Vénus, soigneusement scellé. Cependant, Cupidon regrettait désespérément sa femme ; il s’approcha du trône de Jupiter et avoua sa désobéissance à sa mère ; puis il assura que Psyché avait été assez punie et supplia Jupiter de lui permettre de faire de la jeune fille son épouse légitime. Jupiter y consentit.

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WATERHOUSE – Psyché

Pendant ce temps, Psyché approchait du passage qui conduisait au séjour des Vivants et, dévorée de curiosité et voulant également reconquérir l’amour de Cupidon, elle ne put résister au désir d’ouvrir le flacon malgré l’interdiction que lui en avait faite la tour. Là-dessus, elle fut envahie par le sommeil mortel que contenait le flacon. Telles furent les conditions dans lesquelles Cupidon la retrouva. Il la ramena à la vie et l’enleva sur l’Olympe. Le mariage de Cupidon et Psyché fut célébré par tous les dieux. Vénus oublia sa colère et Jupiter tendit lui-même à Psyché une coupe d’ambroisie, qui la rendit immortelle. Elle donna à Cupidon une fille qu’on nomma Volupté.

Apulée évoque, dans son conte, l’allégorie de l’âme (Psyché) à la recherche de l’amour divin (Eros, l’Amour).

Cependant, voilà qui permet de penser qu’il ne s’agit pas tant d’une histoire d’âme et de rédemption que d’amour ou de bonheur. Ce bonheur, nul ne peut y atteindre sans peine, sans patience dans la vie quotidienne (l’épisode des fourmis), sans acceptation du vieillissement, la référence à l’onguent, sans prudence ni un peu d’or (les moutons dévoreurs d’hommes) et sans acceptation de la mort (l’eau du Styx).

Toutes ces épreuves imposées par la déesse de l’amour ont quelque chose à voir avec la conquête de l’amour lui-même. Psyché accepte d’avoir souffert, d’avoir été flétrie, d’avoir vieilli et peut-être perdu un peu de son éclat, d’avoir été prête à mourir et à se jeter du haut de la tour… Même si Jupiter lui fait ensuite l’extrême faveur de l’immortalité.

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CANOVA – Eros et Psyché

Ne retrouvons-nous pas ici la nature de la Balance qui a besoin de plaire, de rester toujours belle comme une « fille de Vénus », elle si vulnérable au regard de l’autre, terrifiée à l’idée qu’elle pourrait ne plus être aimée ? Psyché hésite souvent, doute, subit l’influence de ses sœurs puis celle d’Eros. Elle provoque Aphrodite/Vénus en lui avouant tout.

Elle se met en situation de rivalité avec la plus susceptible des divinités de l’Olympe ; elle veut garder son mari mais fait ce qu’il faut pour le perdre, espérant conserver cet époux divin et le voir tout à la fois mais, lorsqu’elle a perdu Eros, elle affrontera toutes les épreuves pour le retrouver. Incapable de résister à la tentation d’ouvrir le flacon qui pourrait lui rendre une beauté dont elle n’est plus sûre, elle brave absurdement un interdit de la Reine des Morts en personne. Contradiction encore… Balancements et tergiversations, fragilité de la Balance vénusienne.

Les pièges de l’amour, les rêves de beauté parfaite, de passion inaltérable se trouvent ici réunis, dans cette histoire qui nous rappelle combien il est difficile d’accéder à l’amour adulte, quels sacrifices il convient d’accepter. L’amour pour devenir adulte doit-il passer par la confrontation des regards, la reconnaissance de la réalité de l’autre, la chute du masque ? Et n’est-il pas plus difficile à la Balance qu’à d’autres de faire tomber le masque, d’accéder à son « vrai self », elle qui a tant de souci du jugement qu’on porte sur elle ? Pourtant qui blâmerait Psyché condamnée à traîner de mornes journées dans l’attente de ce mari transparent ? Qui blâmerait le Seigneur de Lusignan de vouloir guetter sa femme qui le samedi se dérobe à son regard ?

Que signifie, dans « Eros et Psyché » cette interdiction de contempler le dieu de l’amour ? L’amour, comme la mort, ne peut-il être regardé en face ?

Dans ce récit, Eros a le droit de voir Psyché mais le contraire est impossible. Tout comme dans l’histoire d’Endymion, Séléné vient regarder chaque nuit le beau jeune homme tandis qu’il est endormi.

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Que se passe-t-il dans l’affrontement des regards lorsque les deux amants ouvrent les yeux en même temps, atteignant l’âme de l’autre, lui livrant la sienne ; ce regard-là dit toute la violence du désir, instant d’absolu à jamais inoubliable auprès duquel toute rencontre amoureuse coupée de cet affrontement infiniment intime perd aussi toute magie. Et ces instants magiques, comme tout miracle, ne peuvent être reproduits à volonté. Est-ce là le sens de ces jeux de regards ? Vérité ou mensonge des yeux ? Vérité et mensonge de l’amour-passion…

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Bibliographie

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Robert Laffont                                                                                                                          

Dictionnaire de la Mythologie – Michael Grant et John Hazel

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LE TAMBOURIN DE LA VIERGE

(05 - PETIT COURS D'ASTROLOGIE, 12 - ASTROLOGIE ET MUSIQUE) par sylvietribut le 15-09-2010

Très différent du tambour au son grave, profond et mystérieux, le tambourin d’origine orientale, évoque une musique légère et la danse. Dans l’Antiquité grecque, Cybèle, « la mère de tous les dieux et de tous les hommes, et ravie de l’entendre : elle aime le son des crotales et des tambourins, ainsi que le frémissement des flûtes » disent les Hymnes homériques. Le plus souvent accompagné de danses, dont il scande le rythme, il symbolise une idée de joie et de légèreté. On le voit souvent dans les scènes d’orgies dionysiaques, agité  par les Bacchantes. Il prend toutefois une dimension cosmique, s’il rappelle l’évolution et la musique des astres, dont s’enchantent les dieux et les déesses.

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Le bruit caractéristique de l’escorte de Cybèle, celui des cymbales et des tambourins commémore le bruit que firent les Curètes et les Corybantes sur le Mont Ida pour couvrir les vagissements de Jupiter, que sa mère Rhéa avait soustrait à la voracité de son époux Saturne lequel, pour ne pas être détrôné, dévorait ses enfants à leur naissance. Les lions attelés au char de Cybèle attestent la domination qu’elle exerce sur eux et sa couronne crénelée témoigne qu’elle dota de tours les premières cités.

Ce tambourin sacré des rites dionysiaques avait probablement un son plus grave, tout comme celui qui est utilisé par les derviches des rites rufaï et kadiri pour scander le dhikr. Il est alors similaire au tambourin chamanique d’Asie orientale, et comme lui rejoint le symbolisme général du tambour, kratophanie des puissances ouraniennes.

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

tambourin 

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