UNE PLANTE D’ETE… UNE PLANTE SOLAIRE… LE ROMARIN

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 15-08-2011

On l’appelle aussi Rose-marine, encensier, herbe aux couronnes, herbe des troubadours.

Grecs et Romains avaient en grande estime cet arbuste « plaisant aux dieux », plante commune de la garrigue méditerranéenne, adoptée rapidement par les légendes chrétiennes qui en firent un élixir de jeunesse et de beauté ; de toute cette gloire peu de traces restent de nos jours et le romarin n’est plus utilisé que comme condiment pour les cuisines méridionales.

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« Rosmarinus officinalis » pour les botanistes, le romarin s’appelait « dendrolivanon » chez les Grecs, soit « l’arbre à encens », qui partageait avec le thym le privilège d’être brûlé sur les autels des dieux. Pour les Romains qui l’appelaient « rosée marine », c’était une herbe sacrée qui portait bonheur aux vivants et assurait aux morts un séjour paisible dans l’au-delà : ils en tressaient des couronnes soit pour les mariages, soit pour les déposer sur les tombes à l’occasion d’un culte officiel rendu aux ancêtres.

De nos jours encore, dans le sud-est européen, le romarin planté sur les tombes exprime la sollicitude pour l’âme du défunt et parfois même rappelle symboliquement la Résurrection de la chair. En Sicile, on fabriquait avec des rameaux de romarin une poupée dédiée à un malade, que l’on présentait à l’église pour hâter sa guérison.

Les Chrétiens associèrent le romarin à la Vierge Marie qui se serait reposée au pied de l’arbrisseau lors de la fuite en Egypte et aurait étalé sur ses rameaux les langes de l’Enfant Jésus. « Depuis, les fleurs sont d’un bleu azur et s’épanouissent le jour de la Passion » ; c’est pourquoi, dit-on, les familles qui prennent soin d’en parfumer la maison, le Vendredi saint, bénéficient de la protection de Notre-Dame. En souvenir de cette rencontre avec la Sainte Famille, le romarin est resté un arbuste ne dépassant jamais la taille d’un homme adulte demeurant ainsi toujours accessible à ceux qui souhaiteraient en sentir le parfum.

eau-de-la-reine-de-hongrieA partir du XVIe siècle, le romarin commence une nouvelle carrière sous forme d’un alcoolat, l’Eau de la Reine de Hongrie, arme secrète des grandes dames soucieuses de conserver jeunesse et beauté.

Selon un témoignage laissé par la reine Isabella de Hongrie dans un livre d’heures, celle-ci, « âgée de septante-deux ans, fort infirme et fort goutteuse », s’était retrouvée, grâce à l’alcoolat, « jeune et belle… au point de plaire au roy de Pologne », dont elle refusa la proposition de mariage pour se consacrer à la religion.

C’est donc grâce à l’énigmatique reine Donna Isabella de Hongrie que le romarin a véritablement pris ses lettres de noblesse. L’histoire veut qu’un ermite ait glissé dans une eau de romarin, la formule d’une éternelle jeunesse. Celle-ci aurait permis à Donna Isabella, septuagénaire, laide, paralytique et goutteuse de retrouver la splendeur de ses 20 ans et de séduire un jeune Roi de Pologne. Histoire vraie romancée ou légende, quoi qu’il en soit, les dames de la Cour de Louis XIV se sont toutes laissé convaincre par les vertus de cette eau de romarin. Plus tard, à l’époque de Louis XIV, l’Eau de la Reine de Hongrie faisait des miracles sur les rhumatismes – principalement sur ceux du roi – et elle était souveraine contre tous les troubles d’origine nerveuse. Les dames de la cour ne s’en séparaient jamais. Madame de Sévigné écrit à sa fille, Madame de Grignan : « Elle est divine ; je vous en remercie encore ; je m’en enivre tous les jours ; j’en ai dans ma poche. C’est une folie comme le tabac ; quand on s’y est accoutumé, on ne peut plus s’en passer ». L’Eau de la Reine de Hongrie, comme plus tard au XIXe siècle l’eau de fleurs d’oranger, autre plante solaire, passait pour être un remède efficace contre les «vapeurs» du retour d’âge.  

Toutes ces propriétés apparemment hétéroclites et mythiques sont confirmées par la phytothérapie moderne qui considère l’huile essentielle extraite des feuilles de romarin comme un excellent stimulant, un cardiotonique et en même temps un antispasmodique. Elle purifie, grâce à ses qualités antiseptiques, et se révèle un  puissant emménagogue, mais à trop forte dose elle est toxique, notamment pour les femmes enceintes.

On l’aura compris, le romarin, plante qui séduisit et guérit rois et reines, ne pouvait qu’être une plante solaire, une des plantes du Lion, signe symbole de prestige et de royauté. Autre symbole solaire et royal, on appelle le Romarin « l’herbe aux couronnes ». Il était symbole des fêtes, nuptiales ou funéraires, et était abondamment utilisé pour confectionner des couronnes. Tout d’abord destinées à parer les jeunes épouses lors de la cérémonie, ces feuilles ont par la suite orné les têtes des étudiants en Grèce, car le romarin était reconnu pour avoir une action stimulante sur les fonctions mentales.

Le romarin est un arbrisseau vivace de la famille des labiées. Ses branches, couvertes d’une écorce écailleuse portent des tiges ligneuses. Ressemblant à des aiguilles, ses petites feuilles à bords enroulés vert sombre sur le dessus, sont blanchâtres sur la face inférieure. Entre février et avril apparaissent de petites fleurs bleu pâle en cloche qui laissent ensuite place à des fruits bruns. Reconnaissable à son odeur d’encens camphré, le romarin porte tout justement le nom d’encensier ou encore de rose marine, comme le veut son étymologie latine (rosmarinus).

Originaire des garrigues de la région méditerranéenne, le romarin pousse à l’état sauvage sur les sols calcaires, jusqu’à 1 500 mètres d’altitude. Il est désormais cultivé dans toutes les régions d’Europe qui bénéficient d’un climat tempéré aux hivers doux. On récolte les sommités et les feuilles à des fins condimentaires mais aussi médicinales puisque le romarin entre dans la composition de nombreux produits des industries cosmétiques et alimentaires.

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Bibliographie : Fêtes et croyances populaires en Europe d’Yvonne de Sike – Editions Bordas

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HERBES DE LA SAINT-JEAN : LES ARMOISES

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 25-06-2009

Herbe de Feu, Herbe sainte, Herbe de Saint-Jean, Couronne et Ceinture de Saint Jean, Herbe aux cent goûts, Sanguenitte, Serpentine, Absinthe sauvage, Artémise, Tabac de Saint Pierre, tels sont les noms dévolus à l’Armoise.

Dans les « Secrets du Grand Albert », l’un des plus célèbres grimoires de sorcellerie, l’armoise est décrite comme une plante extraordinaire : « Celui qui a soin d’avoir sur lui cette herbe ne craint point le mauvais esprit, ni le poison, ni l’eau, ni le feu, et rien ne peut lui nuire. De plus, si l’on en tient dans sa maison, le tonnerre ne tombera point dessus, ni aucun air venimeux ne l’infectera pourvu que l’on la mette à l’entrée ». 

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Le Moyen Age faisait de l’armoise l’une des composantes de philtres destinées à « dénouer l’aiguillette » et la recommandait pour les cérémonies du solstice d’été. Les jeunes qui dansaient autour des feux allumés en l’honneur de Saint Jean portaient des guirlandes d’armoise sous forme de couronnes ou de ceintures qu’ils jetaient ensuite sur les flammes afin d’être immunisés contre toute maladie dans l’année à venir.

Pline, décrivant la plante dans son « Histoire Naturelle », conseille au voyageur d’en porter un rameau sur lui, suggestion que l’on retrouve dans le dicton français : « Qui portera armoise par le chemin ne se sentira jamais las ».

Mais l’armoise, absinthe sauvage, l’Artemisia des Anciens, est selon Hippocrate et Dioscoride la plante féminine par excellence. Dans son ancienne utilisation médicale, l’armoise (Artemisia vulgaris) facilitait les accouchements et régularisait le cycle menstruel. Surtout elle se partageait avec l’absinthe (Artemisia absinthium), l’herbe sainte, la capacité de faire venir les règles lorsqu’elles se faisaient attendre !

Armoise et absinthe furent pendant des siècles en Europe les plantes secrètes qui permettaient aux femmes de ne pas vivre dans une misère honteuse ; leur pouvoir abortif les a fait utiliser dans ce but par le peuple jusqu’au siècle dernier. Jadis, le 1er mai, un jeune homme amoureux et honnête qui offrait à son élue un bouquet d’absinthe voulait signifier par son geste qu’elle aurait tort de refuser ses propositions.

Grecques et Romaines se servaient aussi de l’armoise pour régulariser le cycle menstruel des adolescentes et surtout pour combattre les troubles de la ménopause ; cette tradition toujours vivace dans le monde anglo-saxon où l’armoise se nommait autrefois « motherwort », « plante favorable aux mères », et l’absinthe « the old woman », « la vieille femme ». Gaulois et Gauloises se ceignaient la taille de rameaux d’absinthe, les uns pour lutter contre les rhumatismes, les autres pour faire venir les règles. L’absinthe maritime (Artemisia maritima) porte en français le nom de « saguenitte » et, aussi, celui de « barbotine ».

estragon1Si l’estragon, qui fait partie des fines herbes, joue un rôle important dansnotre cuisine, il n’en est pas moins une armoise, « Artemisia drancunculus », « le petit dragon », la « serpentine » comme on l’appelle vulgairement. L’estragon, originaire de Sibérie, fut introduit en Espagne par les Maures au XIIIe siècle, comme une plante excitant les humeurs et tonifiant l’estomac et le coeur. Mais une autre de ses vertus était, d’après les médecins arabes, de « faire venir les mots aux femmes ». Enfin, elle servait d’antidote au venin des serpents.

 Une autre Artemisia connue pour chasser les serpents est l’aurone (Artemisia Abronatum), la « citronnelle » au parfum rafraîchissant, quasiment vénérée en Grèce antique, sous le nom « d’abronoton », porteuse de bonheur, de prospérité et proche des divinités immortelles. On attribue à cette plante introduite en Europe occidentale vers le XVe siècle, un grand pouvoir euphorisant et aphrodisiaque. En effet, si l’absinthe et l’armoise sont des plantes féminines, l’aurone passe pour masculine. En vieil anglais, elle est appelée « the old man », « le vieil homme » et, en allemand « Eberraute » ou « Eberreis », « Eber » étant le « sanglier mâle ».

Enfin, les différents types de génépis (Artemisia glacialis, Artemisia Laxa, ou Mutellina, etc.), plantes de haute montagne, auraient les vertus, concentrées, des armoises. Stimulantes et énergétiques, fébrifuges et emmanogogues, les génépis entrent dans la composition des onguents antiseptiques et restent la base des liqueurs et macérations savantes inventées autrefois par les moines, tel le célèbre « élixir du révérend père Gaucher », rendu célèbre par Alphonse Daudet dans « Les Lettres de Mon Moulin ».  

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Différentes par leur aspect et par leur utilisation, les diverses armoises ont toutes l’appellation générique latine Artemisia, parce qu’elles étaient toutes dédiées, dans l’Antiquité, à Artémis, déesse grecque de la Chasse, de la Chasteté, divinité lunaire, soeur jumelle d’Apollon (le soleil), entourée d’infatiguables hordes vierges. Elle porte un croissant de lune dans ses cheveux. En grec, Artemisia signifie « intégrité » et, par extension, « santé », et cette déesse farouche, maîtresse des fauves, les chasse mais les protège aussi des hommes destructeurs des équilibres naturels.

artemis-soeur-dapollonArtémis, vierge par conviction, haïssant Vénus et l’amour sexuel, est pourtant la protectrice du genre féminin. Sa préférence va certes aux vierges et aux fillettes impubères, étant en Orient la patronne des Amazones, ces femmes révoltées contre la domination masculine. Mais Artémis facilite aussi les accouchements et veille sur la santé des jeunes mères, ce qui n’est pas contradictoire avec la volonté de chasteté de la déesse. Car héritière des vertus de l’ancienne déesse de la Nature, la Terre-Mère, elle étend les aspects « féministes » de son action à l’ensemble des femelles dont dépend la reproduction des bêtes et des humains.

Peut-on supposer une relation de cause à effet entre les fêtes traditionnelles du 1er mai, qui ouvraient la période des rencontres amoureuses des jeunes et l’action abortive des armoises dont l’utilisation était rituelle le jour de la Saint-Jean, date fatidique pour la constatation empirique des grossesses indésirables ?

En Extrême-Orient, l’armoise était, et demeure, considérée comme dotée de vertus purificatrices. Il est de fait qu’en Chine, comme en Europe, on a utilisé ses propriétés emménagogues et antihelminthiques, les unes et les autres en rapport avec des formes d’impureté.

Le bouillon d’armoise était consommé rituellement à la fête du 5e jour du 5e mois. Des figurines d’armoise (hommes ou tigres) étaient suspendues aux portes, d’ailleurs cette pratique ne semble pas totalement abandonnée, afin de purifier les maisons des influences pernicieuses et de les protéger contre la pénétration de celles-ci. Des flèches d’armoise étaient tirées contre le ciel, la terre, et les quatre orients pour éliminer les influences néfastes.

Plante odoriférante, l’armoise était en outre mêlée à la graisse des victimes sacrificielles, car l’élévation des vapeurs parfumées est un moyen de communication avec le ciel. Elle fait partie de la famille des composées. Plante herbacée vivace, légèrement odorante, ressemblant à l’absinthe, elle pousse dans les décombres, les lieux incultes. On la rencontre dans toute l’Europe, mais aussi en Afrique du Nord et en Amérique. En France, elle est connue et on en trouve partout, sauf dans le Sud-Ouest. Elle mesure 80 cm environ, mais elle peut parfois atteindre deux mètres. Elle est en fleur de juillet à septembre.

Ses feuilles ainsi que les sommités fleuries sont utilisées en infusion. On peut en boire deux à trois tasses par jour, à raison d’une cuillerée à soupe par tasse à thé d’eau bouillante. On laisse influser et il est préférable de sucrer, avec du miel par exemple, car c’est amer. On peut en faire une cure 10 jours avant la  date présumée des règles et arrêter ensuite car un usage prolongé peut avoir des répercussions tant sur le système nerveux, que sur le plan rénal, hépatique ou pulmonaire. Toutefois, cette même infusion prise avant le déjeuner et le dîner est préconisée en cas de manque d’appétit, de digestion difficile ou de troubles circulatoires. Elle est aussi considérée comme un très bon vermifuge et ferait même tomber la fièvre. Son action est également antispasmodique et sédative. C’est un médicament contrela diarrhée chronique, les vomisssements nerveux.

Un chirurgien royal utilisait, dit-on, l’armoise pour soulager de la goutte son auguste patient. Sa recette : il faisait bouillir une poignée d’armoise dans ¼ de litre d’huile d’olive jusqu’à réduction du tiers, puis appliquait deux fois par jour cet emplâtre sur la partie malade.

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Bibliographie :

Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

Nos grand-mères savaient – La vérité sur les plantes et la vie naturelle – Jean Palaiseul – Chez Robert Laffont 

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