JOLI MOIS DE MAI… LUXURIANTE NATURE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 30-04-2012

Le nom de ce mois viendrait du latin « maius », donné par les Romains en l’honneur de la déesse Maïa, qui aurait régné sur l’Arcadie et qui personnifiait « l’éveil de la nature au printemps ». Selon certains, ce serait le premier roi de Rome, Romulus, qui aurait donné ce nom en l’honneur des sénateurs appelés « maiores ».

 

La nymphe Maïa

En fait Maïa était une nymphe qui abritait ses amours avec Zeus/Jupiter dans une caverne. Elle serait la mère d’Hermès/Mercure. On célébrait sa fête en mai. Maïa représentait la déesse de la fécondité, la projection de l’énergie vitale. Par extension, les analystes en ont fait le symbole de l’extériorisation du Moi.

Par ailleurs, lors de la cérémonie romaine des Argées, qui au mois de mai concluaient les Lemuria (fête des morts), les vestales, sur le pont Sublicius, précipitaient dans le Tibre trente mannequins d’osier représentant les vieillards.

Le sanscrit Maya désigne, dans la pensée védantique, l’illusion à quoi réduit ce monde des apparences, car il ne serait que le fruit d’une opération magique des dieux.

 

Bien avant que le 1er mai fut devenue la Fête internationale du Travail, ce jour était fêté. Sous l’Ancien Régime, en ce jour de 1er mai, les hommes plaçaient au seuil des maisons des jeunes femmes célibataires un bouquet de fleurs. Les plus laides aussi recevaient un bouquet, mais il est composé de ronces et d’orties.

Une coutume qui marquait aussi fréquemment l’arrivée du mois de Mai. C’était l’élection du roi et de la reine de la fête, couple vigoureux qui stimulait, par magie analogique, les énergies de la nature. L’élection se faisait par concours et à la suite de luttes rituelles. Sous différentes appellations, Maître et Maîtresse, Fiancés, Amoureux, ces jeunes se substituaient au couple primordial des fêtes anciennes et des hiérogamies.

En Angleterre, l’arbre de mai était l’occasion d’une initiation sexuelle. Dans son livre « Anatomie et Abuses (1583) fulmine contre ces survivances païennes : les jeunes gens des deux sexes passaient une nuit dans la forêt, avec Satan pour Dieu ; et, après avoir amené au village le mât de mai, cette « idole puante », ils dansent autour avec frénésie, et un tiers seulement des jeunes filles qui ont partagé la fête sont encore vierge en rentrant chez elles.

Mai – Riches Heures du Duc de Berry

Dans les pays du Nord, on retrouvait un peu plus tard le même rituel du couple royal : le roi et la reine de la Pentecôte animaient les fêtes du jour. Ce roi se comportait comme un bouffon. On faisait alors la quête pour « acheter du savon et laver la barbe du fou », répétant ainsi une  coutume carnavalesque de rasage et d’humanisation de l’homme sauvage. Le roi, de même que l’arbre de mai, était aussi condamné à mort, comme à l’issue du Carnaval.

Même si mai se présente comme le mois des rencontres et des approches amoureuses, il ne semble pas propice aux mariages durables. « Que les vierges et les veuves se gardent bien d’allumer dans ce mois les flambeaux de l’hyménée. Ces flambeaux se changeraient bientôt en torches funèbres », écrivait Ovide. L’explication la plus courante était astronomique : l’observation du ciel mettait en évidence une opposition des deux principales planètes régissant le psychisme humain, Vénus et Mars. On en concluait alors que les enfants conçus pendant cette période ne pourraient être efficaces ni en amour ni à la guerre.

Les superstitions concernant le mariage en mai sont encore vivaces. On dit d’ailleurs qu’il ne faut pas se marier en mai, car la femme serait stérile. Comme on l’a vu, les Romains évitaient de se marier en mai car c’était pour eux le mois des esprits malins.

Dans les pays balkaniques, où on considère que mai est propice aux magies et aux sortilèges, on invoque l’aspect proprement sexuel de l’interdit : « Mai est le mois des amours des ânes », autrement dit, les amours humaines auraient été entachées de bestialité, ou inhibées par le « nouement » du mari. Le risque était plus grand pendant ce mois où « la sève monte sur la tête », où l’érotisme ambiant favorise les débordements et où les esprits mauvais guettent les hommes. Dans ce sens, seul l’âne, au sexe particulièrement long, saurait déjouer une magie capable de « nouer ».

De nos jours, on offre à ceux qu’on aime un brin de muguet censé leur porter bonheur et joie. La légende rapporte qu’Apollon serait à l’origine de cette plante odoriférante destinée aux muses.

 

Le muguet d’Apollon

Bibliographie 

Fêtes et Croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

 

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DANS LA SYMBOLIQUE DU BELIER… L’ARME

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 26-03-2012

L’arme, c’est l’anti-monstre, qui devient monstre à son tour. Forgée pour lutter contre l’ennemi, elle peut être détournée de son but et servir à dominer l’ami, ou simplement l’autre. De même, des fortifications peuvent servir de pare-chocs contre une attaque et de point de départ pour une offensive. L’ambiguïté de l’arme est de symboliser en même temps l’instrument de la justice et celui de l’oppression, la défense, la conquête. En toute hypothèse, l’arme matérialise la volonté dirigée vers un but. Et c’est bien là ce que s’assigne le Bélier.

 

Une autre utilisation de l’épée

Puisqu’elles servent les nobles causes, les armes sont associées à certaines vertus : l’honneur, l’idéal de justice et l’amour de la vérité. La mythologie accorde à certaines armes des pouvoirs magiques qui donnent une force surhumaine, voire rendent invincible. Symboles de l’autorité, les armes sont souvent richement décorées afin de servir dans les cérémonies.

Certaines armes sont faites d’alliages de métaux. Toute l’armure d’Agamemnon, décrite par Homère, est une attentive composition d’or et d’argent. Les métaux les plus précieux s’y mêlent tant pour la cuirasse et le bouclier que pour l’épée.

 

Poignard en or, fer et turquoise

Comme chaque métal a sa valeur symbolique, on voit quelle richesse de signification chaque arme peut revêtir et de quelle puissance magique on s’efforce de l’investir. Le forgeron passait d’ailleurs pour être un magicien. Ensuite, celui qui la porte s’identifie à son armure. Aussi, l’échange des armes était-il, chez les Grecs, un signe d’amitié. De même les armes cassées représentent la fin des hostilités.

Chez les Chrétiens, les armes devinrent des métaphores de la puissance divine et de la guerre juste menée au nom du Christ. Dans plusieurs hymnes de Luther, le vocable de la guerre est devenu celui du cheminement spirituel. Saint Paul décrit dans l’Epître aux Ephésiens ce qu’on pourrait appeler la panoplie du Chrétien : « En définitive, rendez-vous puissants dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’armure de Dieu pour pouvoir résister aux manœuvres du Diable »… De ce point de vue spirituel et moral, les armes signifient des pouvoirs intérieurs, les vertus n’étant autre chose que les fonctions équilibrées sous la suprématie de l’esprit.

D’autres tables de correspondances ont été conçues, mettant les armes en relation avec d’autres objets. Par exemple, certaines symbolisent les quatre éléments. Ainsi :

–       La fronde naguère, le fusil, la mitraillette, le canon, le missile et la fusée d’aujourd’hui sont en relation avec l’élément Air ;

–       La lance, les armes chimiques sont en rapport avec l’élément Terre ;

–       L’épée, les armes psychologiques, appartiennent à l’élément Feu ;

–       Le trident est en rapport avec l’élément Eau.

Ainsi, le combat de l’épée contre la lance serait un combat du Feu et de la Terre.

 

Le trident d’or de Poséidon/Neptune

Certaines armes symbolisent des fonctions :

–       La massue, le bâton, le fouet sont des attributs du pouvoir souverain ;

–       La lance, l’épée, l’arc et la flèche sont des attributs du guerrier ;

–       Le couteau, le poignard, la dague, l’épieu, sont des attributs du chasseur ;

–       La foudre, les filets sont des attributs de la divinité suprême.

Poignard ou dague, faciles à dissimuler, sont associés à la trahison et aux procédés déloyaux. Armes favorites des assassins, les poignards sont aussi utilisés au cours des sacrifices, comme lorsque Abraham voulut sacrifier son fils Isaac. Les Aztèques sacrifiaient des êtres humains au moyen d’un couteau de silex ou en obsidienne, roche volcanique symbolisant la mort.

 

Hache à deux tranchants symbole lunaire

La hache quant à elle symbolise la puissance, l’autorité et le jugement. Une hache à deux tranchants pourrait avoir été utilisée par les rois minéens pour symboliser la lune. Cependant, dans nombre de cultures, le symbolisme de la hache est plutôt associé au soleil et aux tempêtes. Dans certaines régions d’Afrique, la hache est associée aux rituels visant à faire pleuvoir. A l’époque romaine, on apportait des branches et une hache liées ensemble devant les représentants de l’Etat en signe de leur puissance. Repris par Mussolini, ce symbole, appelé « faisceau » donna son nom au parti fasciste.

Il est probable que le trident, emblème de Poséidon/Neptune, le dieu de la mer, symbolisait la foudre. C’est également l’attribut de Britannia qui personnifie la Grande-Bretagne.

Dans la mythologie grecque, le bouclier était porté par Athéna, fille de Jupiter/Zeus, sortie armée et casquée de la cuisse de son père. Sur son bouclier figurait la tête de la Gorgone Méduse, sensée pétrifier ou méduser l’adversaire. Artémis, la déesse de la chasse, tenait aussi un bouclier. Au Moyen Age, les boucliers étaient décorés pour permettre l’identification des combattants, une pratique qui a donné naissance à l’héraldique.

La plume et l’Epée

L’épée est le symbole de la puissance militaire et royale. C’est l’arme des hommes de guerre, des chevaliers et des rois. Elle peut tout aussi bien servir à défendre, à protéger les faibles au nom de la justice et de l’honneur. Par association, elle symbolise le courage, les qualités chevaleresques et le pouvoir séculier. Elle est à la guerre ce que la plume est à la paix. L’épée symbolise le pouvoir de la parole qui permet de distinguer le vrai du faux : c’est l’épée de vérité. Arme d’attaque et de défense, la dualité de l’épée illustre parfaitement l’expression « d’arme à double tranchant », désignant un moyen susceptible de produire un effet contraire à celui recherché.

La légende du roi Arthur et l’épée Excalibur

Au Moyen Age, les épées furent à l’origine de nombreuses légendes, notamment dans la légende arthurienne. Excalibur était l’épée qui rendait légitime le souverain capable de la retirer du rocher où elle était plantée. Sur le plan de la forme, l’épée ressemble à la croix chrétienne et les Croisés l’utilisèrent souvent comme insigne. Quant au fil de l’épée, il est associé métaphoriquement à la perspicacité et à la lucidité, comme celle de Vishnou de la mythologie indienne, symbolisant la connaissance pure qui détruit l’ignorance. Il en va de même de l’épée de Manjusri, dieu bouddhiste de la sagesse.

 

Abbaye de Galgano en Toscane – Epée plantée dans la roche

Dans la psychanalyse jungienne :

–       Le couteau et la dague correspondent aux zones obscures du Moi, à l’Ombre et le côté négatif ou refoulé du Moi ;

–       La lance est en rapport avec l’Anima, la féminité consciente de l’être humain ou l’inconscient primitif ;

–       La masse, le gourdin, le filet, le fouet correspondent au Mana ;

–       L’épée est en rapport avec le Soi.

Quant aux rêves d’armes ils sont révélateurs de conflits intérieurs. La forme de certaines armes précise la nature du conflit. La psychanalyse voit dans la plupart des armes un symbole sexuel… La désignation de l’organe masculin est la plus claire, lorsqu’il s’agit de pistolets et de révolvers, qui apparaissent dans les rêves comme signe de tension sexuelle psychologique.

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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QUELQUES DEVINS CELEBRES (suite)

(6.4 - L'Astrologie dans l'Histoire) par sylvietribut le 19-03-2012

Contrairement à Cazotte, Mademoiselle Lenormand traversa sans trop d’encombre la Révolution, puis l’Empire et la Restauration. Elle sera incontestablement la voyante la plus célèbre de cette époque troublée de l’Histoire de France.

Tout ce que l’époque comptait de célébrités se pressa dans le cabinet garni de meubles d’érable et de vases de porcelaine. Dans ses Mémoires, Mademoiselle Lenormand se souvient de Robespierre : « J’ai vu de près le farouche Maximilien et j’ai pu le juger, livré à lui-même. C’était un homme sans caractère. Superstitieux à l’excès, il se croyait envoyé par le ciel pour coopérer à une entière régénération. Je l’ai vu, en me consultant, fermer les yeux pour toucher les cartes, frissonner à la vue d’un Neuf de Pique… J’ai fait trembler ce monstre mais peu s’en fallut que je ne devinse sa victime ».

Mademoiselle Lenormand

Pendant le Directoire, le prestige de Mademoiselle Lenormand s’accroît. Vingt équipages superbes stationnent en permanence devant l’immeuble de la rue de Tournon et les clients, parmi lesquels Barras, Tallien, Talma, Fouché et Madame Récamier, sont obligés de venir deux fois pour avoir la chance d’être reçus.

Un jour, la voyante accueille une jolie veuve créole venue la consulter à propos d’un projet de mariage que désapprouve sa famille. La jeune veuve s’appelle Joséphine de Beauharnais et est amoureuse d’un petit officier corse sans argent et probablement sans avenir. Après avoir tiré les cartes, Mademoiselle Lenormand lui dit : « Votre petite officier est promis au plus grand avenir. Il surpassera tous les hommes de son temps. Il vous associera à sa gloire, mais attention… cette gloire sera passagère et votre amour vous coûtera bien des larmes ».

 

Mademoiselle Lenormand et Joséphine de Beauharnais

Napoléon Bonaparte, car c’était lui, s’intéresse de très près aux arts divinatoires et pratique lui-même la chiromancie et l’astrologie. A la veille d’une bataille, il tente d’en prévoir l’issue en scrutant les étoiles… Regardant un jour la paume de la main de Talleyrand, il s’écrit : « Mon génie étonné tremble devant le sien »…

Malgré la confiance qu’on lui accorde, Napoléon se méfie de Mademoiselle Lenormand et de la trop grande influence qu’elle semble avoir sur Joséphine, devenue sa femme. Sous un prétexte fallacieux, il demande au préfet de police de l’arrêter et de perquisitionner à son domicile. Dûment escortée par le commissaire et quatre agents de police, la voyante est conduite chez le préfet qui lui dit d’un ton goguenard : « Mademoiselle, vous qui prétendez prédire l’avenir, vous auriez bien pu prévoir ce qui vous arrive aujourd’hui ! ». « Je le savais, répondit-elle, mon horoscope se trouve dans l’un des cartons que vous avez saisis chez moi. Vous pouvez vous en assurer. Le préfet fait quérir le carton, brise les scellés et lit l’horoscope. L’arrestation est effectivement mentionnée noir sur blanc. Fouché, en personne ; vérifiera les dires de la Sibylle qui, sur ordre de l’Empereur, retrouvera sa liberté.

 

Arrestation de Mademoiselle Lenormand

Mademoiselle Lenormand se sent désormais une dette envers Napoléon et ne compte pas en rester redevable longtemps. Dans les jours qui suivirent la grâce impériale, elle s’empressa de le prévenir de se « garder du vent du Nord ». Nous sommes alors au mois de juin 1812 et Napoléon lance la Grande Armée vers Moscou. Six mois plus tard, les troupes françaises battent en retraite. 600 000 hommes périront lors de cette campagne, une majorité ne pourra résister à l’hiver russe marqué par un vent glacial, le vent du Nord.

Après la chute de l’Empire et la paix revenue, l’heure de la retraite n’est pas pour autant sonnée pour Mademoiselle Lenormand. Elle renoue avec l’écriture et signe ses mémoires ainsi que de nombreux essais. Elle mourra à Paris, le 25 juin 1843, à l’âge de 74 ans… alors qu’elle prévoyait de vivre jusqu’à 101 ans !

Mademoiselle Lenormand fut la plus célèbre voyante du XIXe siècle. Elle exerça une influence décisive sur la tradition de la cartomancie et le type de cartes qu’elle utilisait vint à porter son nom. Inutile de préciser qu’elle laissa à ses héritiers une fortune considérable.

 

Le Grand Jeu de Mademoiselle Lenormand

A suivre 

 

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DANS LE BESTIAIRE DES POISSONS… L’HIPPOCAMPE OU CHEVAL DE MER

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 11-03-2012

Savez-vous que les premiers fossiles d’hippocampes connus remontent à environ 40 millions d’années, c’est-à-dire la fin de l’Eocène. Quant au mot « hippocampe » il est issu du grec ancien « hippokampê » qui se traduit par « cheval » et de « kanunoc » qui signifie « monstre ». L’hippocampe serait donc un « cheval monstrueux ». En français, l’hippocampe est souvent appelé « cheval marin », afin d’éviter une confusion avec l’hippocampe zoologique.

 

L’hippocampe ou cheval marin

Dans la mythologie grecque, l’hippocampe ou « cheval marin » est une créature fantastique dont la partie antérieure est celle d’un cheval : la tête, l’encolure, les deux jambes antérieures, et la partie postérieure celle d’un poisson, d’un serpent ou d’un monstre marin. Deux hippocampes tiraient le char de Poséidon/Neptune, ou servaient de monture à d’autres divinités marines comme les Tritons et les Néréides. Chez les Etrusques, on les trouve aussi, souvent représentés sur les objets d’art de la période antique comme les mosaïques et les poteries en relation avec le milieu aquatique. Ces hippocampes étrusques ont généralement une longue queue couverte d’écailles vertes et de nageoires de poisson. Par la suite, la figure des hippocampes fut reprise en héraldique et dans certaines œuvres modernes.

Les hippocampes sont en fait très peu décrits dans les textes mythologiques. On sait seulement que Poséidon/Neptune régnait sur les chevaux puisque Homère le nomme « Poseidon Hippios », mais Poséidon régnait aussi sur les mers et les océans. Ses coursiers sont décrits comme des chevaux marins. Homère évoque d’ailleurs ces chevaux « aux sabots d’airain » qui jaillissaient de la mer en tirant le char de Poséidon. Dans les Argonautiques, le poète Apollonios de Rhodes décrit ces mêmes chevaux émergeant de la mer et galopant à travers les sables de la Libye, mais sans plus de précision.

Les Anciens croyaient que l’hippocampe zoologique était la première forme de l’hippocampe mythologique. Aussi, lorsque les marins trouvaient de véritables hippocampes dans leurs filets, ils croyaient qu’il s’agissait de la progéniture des chevaux de Neptune/Poséidon.

Néréide sur un hippocampe au mariage de Poséidon et d’Amphitrite

Tout compte fait, c’est surtout dans l’art qu’apparaissent les hippocampes, d’abord dans la civilisation étrusque. On les retrouve dans les tombes, les peintures et les reliefs, parfois même représentés avec des ailes. Peut-être faut-il y voir une relation avec l’une des croyances étrusques à propos d’un voyage en mer vers l’autre monde.

Dans la Grèce antique et une partie de l’empire romain, Poséidon/Neptune était représenté conduisant un chariot marin traîné par des hippocampes. Ces deux figures demeurèrent longtemps indissociables car les hippocampes apparaissent avec ce dieu à la fois dans les représentations anciennes et modernes, les fontaines du XVIIIe siècle. Le plus bel exemple est la Fontaine de Trevi à Rome où le dieu de la mer est entouré d’hippocampes.

Rome – La Fontaine de Trevi

Dans l’Antiquité, les hippocampes apparaissent aussi bien en relation avec les eaux douces que les eaux salées. Cette particularité s’explique par la méconnaissance du cycle de l’eau à l’époque de la Grèce antique. Les Grecs ne tenaient pas compte de la condensation de l’eau dans l’atmosphère sous forme de pluie pour reconstituer les nappes phréatiques, mais imaginaient que les eaux de la mer comme des rivières venaient de la terre depuis de vastes cavernes souterraines.

Et tout naturellement, l’hippocampe devint une décoration populaire pour tout ce qui avait un rapport avec l’eau et cette image fut naturellement reprise par les Romains, comme le prouvent de nombreuses mosaïques qui ornent thermes et bains publics où se mêlent hippocampes et autres créatures marines comme les dauphins. A Ostia Antica, une mosaïque représente un lion à queue de poisson dans les Thermes de Neptune. 

Ostia Antica – Mosaïque des thermes de Neptune

Le cheval aquatique est un thème qu’on retrouve dans de nombreuses croyances, contes et légendes. Ainsi, un épisode des Mille et Une Nuits évoque le premier voyage de Sindbad le marin et sa rencontre avec le roi Mahrajan. Celui-ci faisait conduire les meilleures pouliches de son haras royal au bord de la mer, où des chevaux marins venaient les saillir et tenter de les entraîner avec eux dans les flots. Les hommes du roi repoussaient alors les étalons marins et ramenaient les juments pleines au haras royal où, quelque temps plus tard, elles mettaient bas de fabuleux poulains.

Sindbad le Marin

Le cheval n’est pas le seul mammifère à avoir été associé à l’élément marin. D’autres animaux se sont vu attribuer des queues de poisson : le lion, le taureau, le léopard et même le bélier. Ce dernier est devenu célèbre par le biais de la constellation du Capricorne. Ces créatures mystérieuses étaient censées vivre, selon les Anciens, dans l’Océan Indien.

Quant à la couleur des hippocampes, elle varie selon les espèces dont le nombre tourne autour de 220. Leur taille varie de 7 à 15 cm. Ils ressemblent d’ailleurs au cavalier du jeu d’échecs. Leur petite couronne est presque aussi particulière à chaque individu que les empreintes digitales chez l’homme. Leur durée de vie varie de cinq à sept ans.

Le Cavalier du jeu d’échecs

Leur corps est cuirassé par une série d’anneaux osseux ce qui permet à l’hippocampe de se déplacer verticalement grâce à sa nageoire dorsale, mais de manière assez lente. Le plus souvent, les hippocampes vivent attachés par leur queue préhensible à une algue ou une feuille de posidonie. Ils attendent en embuscade avec leur camouflage les petits crustacés et utilisent leur bouche comme un puissant aspirateur, ou plutôt, compte tenu de sa forme tubulaire, comme une paille.

Autre particularité de l’hippocampe : il fait partie d’une des rares espèces animale où c’est le mâle qui porte les œufs, 100 à 200 dans sa poche ventrale. L’incubation est de deux à trois semaines et une autre recommence presque immédiatement avec des œufs provenant de la même femelle. La fameuse parade nuptiale est souvent dirigée par la femelle qui, lassée par des préliminaires du mâle, passe brutalement à l’action en l’enlaçant. Les œufs de la femelle passent de son oviducte à la poche du pâle.

 

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LES MYTHES DE LA VIERGE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 03-09-2011

La Vierge : signe « double » et « mutable », est selon la tradition, porteur de contradictions essentielles et révélateur d’une multiplicité de facettes qui nous incitent à relire les mythes eux-mêmes infiniment complexes. 

La Vierge pure et sage 

D’un côté, la Vierge, virgo intacta, pucelle ou bréhaigne, sage, docile, ordonnée et respectueuse de l’ordre, inhibée et terrifiée par toute menace de viol, au point de serrer les genoux de ses jambages dans le glyphe qui la représente c.

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De l’autre, la Vierge farouche, indomptée, célibataire, libre, celle qui fascinait et inquiétait Balzac, confessant la préférer « à l’état d’imagination »… La Vierge folle : celle qui traverse les récits concernant les Ménades, habitera Dionysos et Héphaïstos, nous parlera de démesure et de rire.

Parfois même les deux visages de la Vierge alterneront, oscillant de l‘une à l’autre à l’intérieur d’un même personnage. On peut opposer Déméter à Athéna, l’une mère éperdue prête à laisser le monde mourir de faim et la nature s’étioler tant qu’elle n’aura pas retrouvé sa fille bien-aimée ; l’autre, farouche guerrière, célibataire, « fille de son père » et née de lui, plus proche d’une Walkyrie nordique que d’une déesse séductrice, et en même temps pleine de sagesse, civilisatrice. 

On opposera aussi les deux visages d’Hermès : le dieu des voleurs ne ressemblant en rien à l’Hermès l’accompagnateur des âmes, bien que leurs noms et leurs fonctions soient parfois étrangement confondus, comme c’est le cas à propos des Gémeaux.

Tout peut ici se résumer à une opposition entre mesure, chère aux Grecs civilisés, et démesure, chère aux dieux d’origine barbare, à ces Thraces et à ces Phrygiens, à ces Anatoliens tout imprégnés de traditions chamaniques. Apollon a été « récupéré » par les Grecs alors que Dionysos, « le dieu dément » aura toutes les peines du monde à se frayer un chemin jusqu’en Grèce et à s’y faire accepter. 

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La Vierge Folle de la Cathédrale de Strasbourg à gauche

Déméter, toutefois, sous ses apparences de déesse sage, n’est pas incapable de grands excès, de révoltes et de violences. C’est à elle, évidemment, que l’on pense en absolue priorité lorsqu’on évoque les mythes de la Vierge.  

Rainer Maria Rilke nous rappelle que « le clair éclat du M signifie les mères ». Ainsi en va-t-il de Méter, DéMéter, Dé-Mater, mère entre toutes les femmes. Ou aussi Cérès, sous son nom latin, déesse des moissons, celle qu’on verra dans notre Zodiaque porteuse en ses mains des précieux épis de blé. La fille de Saturne, à l’origine un vieux dieu patron des semences, est à l’évidence associée aux mythes terriens, nourriciers, agricoles. Le pain et le blé sacré joueront un rôle essentiel dans les Mystères d’Eleusis. 

Hestia et Vesta 

Plus « sages » encore, Vesta ou Hestia, déesses du foyer, vestales intactes, gardiennes fidèles de la lumière divine, elles ne doivent sous aucun prétexte laisser s’éteindre la flamme sacrée du temple, image sans doute de la présence du dieu. Hestia apparaît comme la moins querelleuse des divinités olympiennes, sans vanité et sans agressivité, cédant volontiers sa place au banquet des dieux, trop heureuse d’échapper aux colères de ses bruyants parents. Humble, discrète et charitable, Hestia se montre propice à ceux qui prient avec dévotion et ferveur. Par essence, elle est l’image de l’attachement aux vertus domestiques, au devoir, à la pureté. Vierge, prête à défendre sa virginité contre toute attaque, notamment celle de Priape qui, un peu ivre comme ça lui arrive de temps en temps, tenta de la violer. Un âne, à proximité, se mit à braire, réveillant à temps la déesse et chassant Priape, tout penaud.   

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Hestia et Vesta

Si nous construisions le thème de naissance d’Hestia, sans doute serions-nous tentés de lui accordés un Ascendant Cancer, justifiant ainsi son rapport au feu du foyer que les émigrants s’installant dans une ville étrangère emportaient, pour ne pas briser leur lien avec le lieu de leurs origines, avec leurs racines… 

A l’opposé des servantes d’Hestia, de ces sages créatures, il y a les Ménades, dont le nom vient de « mania » qui signifie « délire ». C’est dire si ce sont des créatures de désordre, de démesure et de folie. Ces femmes soumises à la transe dionysienne, contaminées par le culte de Dionysos, étaient forcément mal vues des Grecs raisonnables parce qu’elles abandonnaient leur foyer, leurs époux, délaissaient les tâches ménagères pour aller danser dans les montagnes, s’unir à la divinité au cours de ces transes extatiques, tournant comme des derviches qui connaissent le pouvoir de la danse et qui, sans doute, ont la même origine. 

Pallas Athéna 

Côté sage, on ne peut passer sous silence Athéna, alias Pallas ou Minerve, la Minerva étrusque qui, à l’instar d’Athéna, portait le hibou, oiseau de sagesse, sur son épaule et le rameau d’olivier à la main. Minerve apparaît comme moins guerrière, moins masculine qu’Athéna, déesse civilisatrice par excellence.  Selon les versions, les lieux de naissance d’Athéna varient. La plus classique veut que Métis, sa mère, sur le point d’accoucher, soit avalée par Zeus/Jupiter. Peu après, Zeus ressentit de violentes douleurs à la tête et c’est Hermès qui persuadera Héphaïstos d’ouvrir le crâne de Zeus avec une hache et un maillet. Une brèche est pratiquée dans le divin crâne et Athéna sort, casquée et armée. Cette naissance très particulière lui vaudra sans doute un attachement sans faille à Zeus puisqu’elle dira « tendre entièrement du côté du père » comme nous le rapporte Homère. Evidemment, le modèle maternel pose quelques problèmes et, à la place d’Athéna, on pourrait trouver à redire à la façon dont Zeus avale sa mère. 

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Pallas Athéna

Comme Héphaïstos, elle deviendra patronne de la forge et de tous les arts mécaniques. Elle n’aimait pas les hommes, comment auraient-ils pu rivaliser avec son papa ! Elle éconduisait brutalement ceux qui osaient la courtiser ou même la regarder dévêtue. Tirésias qui l’avait aperçue par accident en perdit la vue… mais non le don de double vue…  

Elle personnifie la sagesse, ce qui ne serait pas pensable si elle était fille de sa mère, dont on sait d’ailleurs peu de choses. Athéna conseille les dieux, intervient dans les conflits, apporte son aide, toujours efficace, aux héros qu’elle estime ou qui lui sont exceptionnellement dévoués. De sa facette féminine subsistent quelques fonctions, des inventions qui serviront aux progrès de l’agriculture, comme celle de la charrue, du râteau, du joug (en imaginait-elle l’usage conjugal, elle protectrice de la famille, du mariage, et très attachée à la fidélité des époux, ce qui peut surprendre, vu le comportement de son père). Elle enseignera aux femmes le tissage et ne supportera pas la concurrence dans ce domaine. Celle qu’elle transformera en araignée, son animal exécré, en sut quelque chose… Elle est aussi à l’origine de la poterie, et l’art des travaux domestiques… qui la renvoient dans le camp de la Vierge sage, ainsi que ses talents particuliers en matière de santé et de guérison, qui plus encore évoquent ici les dons thérapeutiques de la Vierge et de la Maison VI du thème astral. Athéna n’a-t-elle pas d’ailleurs enseigné à Asclépios, dieu de la médecine, peut être aussi à Erichtonios, à ressusciter les morts grâce au sang de Méduse ? 

L’image habituellement donnée de la sage déesse était de nature à lui créer des fidèles : « Protectrice des hauts lieux, acropoles, palais, villes » et « inspiratrice des arts civils, agricoles, domestiques, militaires ! ». 

Industrieuse, active, intelligente, ingénieuse, Athéna possède toutes les vertus et illustre la dimension la plus élaborée du signe de la Vierge. Certains l’ont assimilée à la déesse égyptienne Neith, Platon entre autres. Mais sans doute a-t-elle réuni sur sa seule personne des mythes très archaïques, à la fois guerriers et civilisateurs qui font d’elle aussi, à l’origine, une Déesse Mère, porteuse, comme Ishtar, d’une double nature : tantôt Walkyrie, tantôt « démétérienne ». Mais elle semble aussi incarner l’idéal grec de raison, de mesure et de sagesse auquel la plupart des déesses « nées d’une mère » ne pouvaient prétendre.   

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La petite chouette de Pallas Athéna 

 

Bibliographie : « Dieux et héros du zodiaque » de Joëlle de Gravelaine, chez Robert Laffont.

 

 

 

 

 

 

 

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