APOLLON FILS DU LOUP

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.6.5 - LES MYTHES DU LION ET DU SOLEIL) par sylvietribut le 10-08-2013

On trouve dans la relation symbolique entre le Lion et le Soleil, maître du signe, des ambiguïtés où se rencontrent violence, domination et sens du sacré, nécessité de s’imposer, autorité naturelle et aptitude au sacrifice extrême.

APOLLON LE DIEU SOLAIRE ET SA COURONNE DE LAURIER 

Apollon le dieu solaire et sa couronne de laurier

Peu à peu, Apollon va usurper la place et le rôle d’Hélios, le Soleil. Les deux dieux ou demi-dieux qui semblent véritablement se partager le signe du Lion étant à l’évidence Apollon et Héraklès/Hercule, héros parmi les héros. C’est André Barbault qui a fort bien décrit les deux types physiques léonins qui correspondent à Apollon et à Héracklès.

Le premier fait les hommes beaux, l’œil en amande, le nez fin et long dans le prolongement d’un front légèrement fuyant, bien bâtis mais minces et de silhouette élégante. Tel est le Lion apollinien qui tient sa place auprès des esthètes et des artistes.

apollon

Apollon homme fort et puissant

Le second fait les hommes forts, puissants, musclés, le visage plus carré, le nez épaté comme celui des chats ou des félins. Le mufle du lion. Et un estomac « en creux », côtes très dessinées en avant. Avec la crinière abondante, une stature athlétique. Alexandre Dumas qui était natif du Lion, s’est projeté dans le personnage de Porthos et on dit qu’il était capable de porter un âne sur son dos.

Psychologiquement, ces deux types vont aussi se différencier, mais c’est l’apollinien qui va se révéler comme plus complexe, et le plus insaisissable des deux. Dans l’Iliade, Apollon apparaît la nuit, ce qui semble confirmer qu’il s’agit bien à l’origine d’un dieu lunaire. Il était d’ailleurs appelé « le dieu à l’arc d’argent », et non d’or, ce qui signerait le soleil. Il brille « avec la lune » et « comme la lune ». Il est parfois appelé « fils du loup », c’est-à-dire de la Déesse Mère. Ce n’est que beaucoup plus tardivement, lorsqu’il chasse Python de son lieu oraculaire et s’empare de Delphes, qu’il se charge de valeurs solaires. On dit qu’il vient du Nord, peut-être d’Asie… trace de son origine chthonienne.

Dieu violent et terriblement orgueilleux, il présente des traits contradictoires mais qui le conduiront peu à peu à devenir le protecteur des artistes et le dieu de la sagesse. Et ce n’est que véritablement en fin de parcours qu’il sera associé à l’harmonie, à la musique, voire à la spiritualité. On pense là à l’exaltation de Neptune en Lion.

Au début, on trouve un dieu berger, sans doute agraire. On parle alors d’un Apollon-souris ou d’un Apollon-rat, appellation déconcertante pour un dieu si prestigieux par la suite. Il garde les troupeaux mais il est aussi maître des fauves. Il est à la fois bon pasteur, berger secourable et guerrier irascible.

apollo

Apollon et le serpent d’Asclépios

Père d’Asclépions, dieu de la médecine, il le deviendra lui-même, puis prophète de Zeus/Jupiter et dieu oraculaire et inspirateur des poètes. C’est là sans doute qu’il s’est le plus solidement enraciné dans notre culture, comme le dieu à la lyre, lyre fabriquée par Hermès/Mercure enfant, à peine sorti de son berceau, avec une carapace de tortue trouvée sur son chemin, après d’ailleurs, que le petit dieu malin eut volé les bœufs d’Apollon. Ce dernier lui pardonnera son larcin à condition qu’il lui donne cette lyre à sept cordes, le 7 étant le chiffre du dieu de la septième porte. On dit qu’il est né et fêté un septième jour, le dimanche d’ailleurs jour du soleil, ou à sept mois.

W. K. Guthrie écrit d’ailleurs : « Orphée, adore le soleil qu’il identifie avec Apollon… Chaque matin il escalade le mont Pangée pour saluer le dieu du jour dès son apparition ».

D’un dieu quelque peu brutal et violent on a fait progressivement un dieu de la conscience, raffiné, inspirant les plus harmonieuses et les plus belles lois, les plus nobles pensées.

Il a été quelque peu banalisé ce jeune homme beau et sage sera même opposé assez rapidement à Dionysos, le « dieu dément », fils de la Grande Déesse, dieu du vin, de la folie inspirée, de la transe et de l’enthousiasme, de l’excès et de l’orgie. Face à ce dieu de la démesure, Apollon se présente comme le dieu de la raison, peut-être pour le séparer à jamais de ses origines barbares. Le voici devenu un dieu civilisateur par excellence, chargé de l’humanisation des créatures terrestres, de leur ascension.

Artemis_et_Apollon 

Les jumeaux Apollon (le Soleil) et Artémis (la Lune)

Quelle filiation les Grecs lui prêtent-ils ?

Ils font de lui le fils de Zeus/Jupiter et de Léto. Il serait né à Délos. Personne n’osait laisser Léto accoucher, toujours par crainte de la jalousie d’Héra/Junon. Dès que celle-ci croyait ou savait une mortelle courtisée par Zeus et forcément fécondée par lui, elle mettait sur-le-champ tout en œuvre pour entraver l’accouchement, faire des incantations fatales à la parturiente, obligeant les suivantes à croiser jambes, pieds, bras pour empêcher la délivrance. Léto finit par accoucher à Délos, considérée alors comme une île flottante, mais une fois qu’elle eût mis au monde ses jumeaux, Apollon et Artémis, l’île se fixe ; Thémis s’occupe tout particulièrement d’Apollon, le nourrit de nectar et d’ambroisie, ce qui le fait grandir très vite. Le breuvage des dieux a forcément des vertus exceptionnelles. Au bout de quelques jours, l’enfant atteint l’âge adulte et cherche un lieu où établir son sanctuaire, installer ses prêtresses et, après plusieurs tentatives infructueuses, il parvient à Delphes, lieu oraculaire sur lequel règne encore la vielle Déesse Mère, fille de Gaïa à laquelle tous les dieux doivent d’exister, sous la forme du Python qui donnera son nom aux pythies. Apollon tue le grand serpent, la Déesse sous sa forme la plus archaïques, et il devra donc, comme tout un chacun ayant commis un crime, aller se faire purifier. Les dieux et les mortels, à cet égard, sont soumis aux mêmes lois. Qu’il s’agisse d’Héraklès ou d’Apollon, ils ne cessent de se faire purifier ça et là, pour les meurtres qu’ils commettent en série. Apollon sera envoyé quelques temps en exil, dans la vallée du Tempé où il devra servir les mortels. Mais bien sûr il ne sera pas maltraité par les humains qui savent quels dangers il y aurait à attirer sur soi le ressentiment d’un dieu, fût-il exilé.

APOLLON ET LES DAUPHINS

Apollon et le dauphin

Delphes est bien sûr un site convoité et Apollon ne pouvait mieux choisir. Delphes est l’Omphalos, le nombril de la terre, l’Utérus maternel, d’ailleurs l’une des traductions de « delphis » est dauphin ou utérus. On dit aussi que les prêtres de Delphes auraient fait naufrage à cause de dauphins qui les auraient fait chavirer sous l’impulsion d’Apollon entendant ainsi recruter un peu vigoureusement ses servants. D’autres encore prétendent que ces prêtres descendraient de Crétois… ce qui les lierait encore davantage à la Grande Mère des premiers temps du matriarcat. Apollon aurait alors simplement détourné leur navire, en prenant l’apparence d’un dauphin… toujours dans le but de les contraindre à demeurer dans son sanctuaire.

Apollon et Artémis, jumeaux complices, ont fait ensemble un certain nombre de frasques ou de mauvais coups. Apollon va tuer Pithios qui avait voulu abuser de leur mère et ils la vengeront de Niobé qui avait eu l’impudence et l’imprudence de se vanter d’être plus féconde que Léto. Ni Artémis, ni Apollon ne peuvent pardonner pareille offense.

A cause de diverses sottises, Apollon sera par deux fois exilé ; une fois il devra servir Admète roi de Thessalie, pour avoir tué un des Cyclopes, artisans de la foudre de Zeus. Ce dernier ne plaisante pas lorsqu’on s’en prend à ses plus zélés serviteurs. Une autre fois, Apollon aura le tort d’envoyer la peste à Troie parce que Léomédon n’a pas payé une somme qu’il lui doit ; par ailleurs l’attitude du dieu, pendant la guerre de trois sera vivement critiquée.

LA LYRE D'APOLLON

La lyre à sept cordes d’Apollon

Bibliographie

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Editions Robert Laffont

  

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DANS LE BESTIAIRE DU SAGITTAIRE… LE CERF

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 14-12-2012

Dans la mythologie gréco-romaine, le cerf est associé à Artémis, qui dirige avec des rênes d’or des cerfs attelés à son char. Cependant, c’est dans l’univers celte que le cerf prend toute son importance ; Cernunnos, la divinité gauloise qui porte sur le crâne des bois de cerf, est souvent représenté comme maître des fauves, accompagné d’un serpent. Et pourtant, dans les traditions populaires le cerf est considéré comme un exterminateur des serpents. Les Gaulois employaient des talismans en bois de cerf tandis que les cerfs sont découverts ensevelis avec des chevaux en l’honneur des défunts illustres dans des fouilles faites en Suisse alémanique. Signalons aussi qu’en Bretagne, Saint Edern est représenté chevauchant un cerf.

 

Cernunnos – Divinité gauloise – Pilier des Nautes –  

Musée National du Moyen Age – Thermes de Cluny – Paris

En Irlande, le héros du cycle ossianique primitif s’appelle « faon », « petit cerf » (Oïssin), tandis que la chasse aux cerfs était l’occupation principale des Fenians, ces héros légendaires qui, du 1er mai au 1er novembre, accomplissaient des prouesses dans les forêts. L’autre semestre, de novembre à mai, ils s’établissaient dans les villes et défendaient l’île de ses ennemis.

La cérémonie de la Horn Dance, dans le Staffordshire, où paraissent dans une procession et une danse rituelle des hommes couronnés de bois de cerfs, est peut-être un ultime souvenir de cette importance symbolique de l’animal qui se lance avec agilité à la poursuite des âmes s’il ne représente l’âme fugitive lui-même.

Saint Patrick, évangélisateur de l’Irlande, et ses compagnons se métamorphosent en cerfs pour échapper à leurs persécuteurs païens.

Royal… le cerf

Par ses bois qui chaque année repoussent entièrement et s’accroissent d’un andouiller, le cerf, qui ainsi semble porter sur sa tête un arbre de vie, en est venu à symboliser les facultés de renaître et de croître. Il symbolise ainsi la fécondité, les rythmes de croissance et les renaissances. On retrouve ces valeurs aussi bien dans les ornements des baptistères chrétiens que dans les traditions musulmanes, altaïques, Maya, Pueblo…

Les Indiens d’Amérique manifestent dans des danses et dans leurs cosmogonies ce lien du cerf et l’arbre de vie. L’effigie sacrée du Dieu Soleil des Hopis, Pueblos de l’Arizona, est taillée dans une peau de daim. Au XVIe siècle, les Indiens de Floride, lors de la célébration de la fête du Soleil, au printemps, un poteau était érigé au sommet duquel on élevait la peau d’un cerf arrachée à un animal capturé en cérémonie ; auparavant, on l’emplissait de végétaux pour lui donner forme et on la décorait de fruits et de plantes suspendus. Cette image était orientée vers le Soleil levant et la danse se tenait autour d’elle accompagnée de prières pour une saison d’abondance. Une coutume analogue pour la fête du printemps existe chez les Timucua.

Le cerf est aussi l’annonciateur de la lumière, il guide vers la clarté du jour. Il existe un chant des Indiens Pawnees en l’honneur de la lumière du jour : « Nous appelons les enfants. Nous leur disons de s’éveiller… Nous disons aux enfants que tous les animaux sont éveillés. Ils sortent des gîtes où ils ont dormi. Le Cerf les conduit. Il vient du sous-bois où il demeure, menant ses petits vers la Lumière du Jour. Nos cœurs sont joyeux ».

En Europe, au Moyen Age, il était de coutume de coudre les corps des grands seigneurs morts dans la peau d’un cerf, ce qui fait de lui un animal psychopompe. Dans d’autres cultures, l’animal, investi d’une valeur cosmique devient médiateur entre la terre et le ciel, image du soleil nouveau. Messager divin, il évoque aussi le don mystique du Christ, représenté avec une croix entre ses bois.

Souvent associé à la licorne, le cerf est le symbole du Mercure philosophale tandis que le cerf ailé représente dans les traditions ésotériques un niveau élevé de spiritualité. Enfin, dans le Cantique des Cantiques biblique, le cerf et la gazelle représente les époux divins.

 

Dagobert 1er chassant le cerf – Miniature du Moyen Age

Toujours au Moyen Age, le cerf était un animal à la charge symbolique particulièrement forte. A l’égal de l’ours ou du lion, il faisait partie des royautés animales. Des auteurs tels Bède le Vénérable ou même Raban Maur en font l’image du chrétien, de l’homme innocent, pur et saint. La légende de l’invention des reliques de Saint Denis, trouvées par Dagobert sur les indications d’un cerf envoyé par la Providence renforce cette idée. Les hagiographes de Saint Hubert ou de Saint Eustache l’associent plus particulièrement au Christ, apparu en croix à ces deux saints entre les bois d’un cerf. Divers parallèles sont établis en ce sens par les lettrés du Moyen Age. Les livres de vénerie insistent ainsi sur le fait que le cerf est un animal destiné à être sacrifié au terme d’un rituel précis, comme le Christ a été rituellement sacrifié. De même, les bois du cerf, repoussant chaque année après être tombés, apparaissent comme des images de la résurrection. Le cerf à la robe d’un blanc immaculé devient un véritable symbole christique.

Cette association explique le succès de cet animal auprès des rois souhaitant démontrer leur piété. Richard II d’Angleterre choisit ainsi le cerf blanc couché sur une prairie que l’on voit au dos du diptyque Wilton comme emblème personnel. C’est néanmoins auprès des rois de France du XVe siècle que le cerf trouve les plus fidèles dévots. Si le cerf fait discrètement partie de vocabulaire traditionnel de la monarchie, c’est Charles VI qui, le premier, donne à cet animal une réelle importance dans le bestiaire royal, sous la forme d’un cerf ailé, parfois appelé « cerf volant » ou « cerf de justice ». Philippe de Mézières introduit ainsi ce thème dans « le Songe du Viel Pèlerin », décrivant le roi comme un « noble cerf ailé », image du Christ sur Terre. Cette comparaison aura un immense succès pendant tous le XVe siècle. Son fils, le contesté Charles VII, reprend cette symbolique pour affirmer sa légitimité et sa filiation, faisant souvent représenter ses armoiries tenues par deux cerfs blancs ailés portant une couronne autour du cou.

 

Le cerf blanc ailé

Louis XI, peu enclin à la pompe symbolique et à la célébration allégorique de son pouvoir, délaisse quelque peu les cerfs qui seront de nouveau à l’honneur sous Charles VIII et Louis XII. Celui-ci est le dernier à être chanté comme le cerf de France, François 1er et successeurs abandonnant totalement ce symbole. Pendant toute cette période, les cerfs ailés font partie du répertoire iconographique de la monarchie, abondant dans les tapisseries, les manuscrits et les décors monumentaux. Certains princes, comme Pierre II de Bourbon suivent la mode et adoptent également cet animal.

Enfin, certaines œuvres d’art, inspirées par le tempérament mélancolique attribué au cerf, présentent l’animal d’une façon émouvante au terme de la chasse : atteint d’une flèche, il tient encore dans sa bouche une herbe de laquelle il espérait en vain la guérison ; mais son mal est sans remède, ce que confirme souvent l’inscription « Malum immedicabile ». Est-ce de la compassion pour l’animal mourant ou le pressentiment de sa propre mort ?

Des écrivains et des artistes ont fait du cerf un symbole de prudence, parce qu’il fuit dans le sens du vent qui emporte son odeur et aussi parce qu’il reconnaît d’instinct les plantes médicinales. Symbole aussi d’ardeur sexuelle, il est présent près du couple d’Aphrodite/Vénus et d’Adonis, près de Suzanne au bain, épiée par les vieillards.

 

La lyre d’Erato – Filippino Lippi

Le cerf représente aussi, parmi les cinq sens, l’ouïe parce que, les oreilles dressées, il ne peut être approché sans qu’il entende le bruit. Il symbolise également la poésie lyrique parce qu’il se trouve auprès de la muse Erato qu’il aime, et puis encore de la musique au point de se coucher pour l’écouter et parce que ses bois sont en forme de lyre.

Dans l’art bouddhique, le cerf renvoie au Parc aux cerfs où Bouddha exposa son premier sermon, et symbolise l’humilité et la vivacité de l’élève idéal.

Le cerf ailé peut signifier la promptitude dans l’action. Mais si l’on interprète l’image en fonction de la symbolique de l’aile, c’est toute la symbolique du cerf qui se trouve alors élevée au niveau de la spiritualité : la prudence du saint, l’ardeur à s’unir à Dieu, l’attention à la parole et au souffle de l’Esprit, la sensibilité à la présence de Dieu.

 

Bibliographie

Fêtes et Croyances Populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

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SAINT MARTIN DE TOURS… UN SAINT SCORPION

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 10-11-2012

Le 11 novembre… Saint Martin… le pourvoyeur d’abondance… « Le onzième jour du onzième mois à 11 heures, l’esprit du jeûne est réveillé ».

La Saint-Martin marquait jadis le début d’un carême que les capitulaires de Charlemagne rendaient obligatoires. C’était le jour où l’on tuait le cochon pour préparer les réserves alimentaires de l’hiver et de Noël ; ailleurs on mangeait ce jour-là l’oie grasse dans une ambiance de fête, avant de se lancer dans les bals masqués.

 

Saint Martin de Tours – Eglise de Beuron – Allemagne

La date sert de prétexte pour allumer les premiers feux de la saison hivernale, pour défiler avec des lampions en forme de masques, pour former des cortèges avec des flambeaux au bout de cannes, avec des lanternes creusées dans des betteraves ou encore pour distribuer des cadeaux : toutes ces manifestations sont propres à une fin de saison et à un nouveau départ. Si les traditions purement rurales s’estompent, les célébrations urbaines de la Saint-Martin, elles, connaissent un renouveau. A Düsseldorf et à Bonn, monté sur un cheval, drapé dans on manteau rouge, coiffé d’un casque doré, Saint Martin traverse la ville en tête d’un cortège d’enfants, au son de fifres et des tambourins ou de la fanfare municipale. S’agit-il d’une réplique de la fête de Saint Nicolas, le chevalier bienfaiteur du 6 décembre ? En Allemagne et dans une partie des Pays-Bas, le carnaval s’ouvre en fait le 11 novembre, à la Saint-Martin. C’est le signe d’un changement de saison, d’un changement de cycle liturgique, d’un changement de cycle agraire. Là, débutent les réjouissances et les activités hivernales.

La Saint-Martin précède de quarante jours le solstice d’hiver, définitivement confondu avec les fêtes de Noël et de fin d’année. Suivant celles-ci à quarante jours de distance, la Chandeleur, le 2 février, lui fait pendant. Le 11 novembre ouvre la période de l’hiver : c’est la date à laquelle, selon plusieurs traditions, l’ours entame son hibernation en se retirant dans sa tanière, tandis que le 2 février marque potentiellement le retour du beau temps. C’est une date possible pour le réveil de l’ours et sa sortie de sa tanière. Elle peut également donner accès au carnaval, traditionnellement associé au Carême et à la fête de Pâques.

Dans les pays alémaniques, en automne, cette période de fin de récoltes est le moment d’ouverture des grandes foires rurales : Forêt-Noire, Bade-Würtemberg, Bavière. Dans une grande partie de l’Europe centrale, Saint Martin est considéré comme le patron des bergers, et sa fête était jadis le jour où ils résiliaient ou renouvelaient leurs contrats.

« Saint Martin boit le bon vin

Et laisse l’eau courre au moulin ».

Selon les traditions françaises et jurassiennes, c’est la date à laquelle le vin nouveau est goûté, mais aussi celle où le retour de la saison humide est vivement souhaité.

Il serait difficile de comprendre l’importance de cette fête sans évoque la figure de Saint Martin, dominante à partir du IVe siècle. D’après la tradition, jeune soldat de l’armée romaine, il rôdait aux environs d’Amiens lors d’un hiver rigoureux ; attristé de la misère du peuple transi de froid, il distribua ses vêtements, ne gardant que sa cape militaire. Alors qu’il retournait à son campement, en état d’extase, il eut une révélation et, croisant ensuit un autre malheureux, il partagea sa cape avec lui. Converti au Christianisme, évêque de Tours vers 370, il mourut en novembre 397.

Saint Martin de Tours – Eglise Saint-Germain – Auxerre

La cape de Saint Martin, du latin cappella, était une célèbre relique et son nom devint celui de l’autel où elle était conservée, et plus tard de toute structure similaire, d’où le mot « chapelle ». La cape a aussi une connotation de dissimulation.

Saint Martin devint le protecteur des Francs et de leur dynastie ; son manteau fut l’emblème de la monarchie franque depuis la conversion de Clovis. C’est parce qu’il fut considéré comme le principal artisan de la christianisation de la Gaule et de la Germanie que Saint Martin était apprécié par l’ordre des Bénédictins, héritiers des moines défricheurs du VIIe siècle, et très populaire dans de nombreuses régions de l’Europe occidentale. En France seulement, on dénombre plus de 3 000 églises qui lui sont dédiées.

Sa fête, placé au changement de saison est donc importante pour des raisons fort divergentes : pour l’Eglise et le clergé d’une part, il représente une personnalité importante à une époque cruciale de la chrétienté, celle qui vit se nouer les liens entre pouvoirs laïque et religieux, entre la politique impériale et celle de l’Eglise. D’autre part, elle coïncide avec les foires agricoles et les manifestations paysannes d’abondance, car c’est en réalité la fin d’une année rurale.

Les vigiles de Saint-Martin, occasion de ripailles, et comme telles parfois condamnées par les autorités religieuses, furent néanmoins, à partir des XIe et XIIe siècles, l’occasion de prodigalités offertes au peuple : en Angleterre et en Italie, l’usage était de dresser des échafaudages de cocagne, où l’on suspendait bœufs, porcs, moutons et volailles. Les hommes grimpaient au mât de cocagne, armés de coutelas, et découpaient les animaux vivants. Considérée comme barbare, la coutume fut abolie ; les bouchers se chargèrent de tuer et découper en quartiers les animaux destinés à la fête, laquelle disparut pendant la Réforme, absorbée ensuite dans les festivités des grandes foires d’automne.

La coutume de Gansabhauet, l’abattage de l’oie de la Saint-Martin qui subsiste encore à Sursee, en Suisse, dérive peut-être de ces traditions anciennes : désignés par tirage au sort, les concurrents, revêtus d’un manteau rouge, le visage couvert d’un masque en forme de soleil rayonnant, s’efforcent de décapiter, d’un seul coup de sabre, une oie morte depuis peu et suspendue à un fil de fer.

 

Bête à ferrer une oie

« Ce n’est pas à la Saint-Martin qu’on ferre les oies » prétend un dicton de l’est de la France ; notons par ailleurs que l’oie, associée dans une grande partie de l’Europe à la Saint-Martin, fut un symbole d’initiation, et l’oiseau consacré à Odin chez les Germains.

Bibliographie : Fêtes et Croyances Populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

 

 

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DANS LE MONDE DE LA VIERGE… LA VIGNE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 10-09-2012

Le blé, l’olivier et la vigne, plantes caractéristiques du pourtour méditerranéen, ont en commun un symbolisme profond de médiateur avec le divin. Originaire d’une vaste aire géographique de l’hémisphère Nord, la vigne a certainement été acclimatée au Proche-Orient où l’on fabriqua le premier vin, en se fiant à un processus naturel. La peau du raisin porte des ferments, sortes de champignons microscopiques qui hibernent dans le sol et que les insectes disséminent sur les grappes mûres. Ce sont les agents de la transformation du moût en vin. Même en ignorant ces interactions, l’homme pouvait observer les effets de cette fermentation toute naturelle lorsque les fruits mûrs tombés par terre se laissaient pourrir. En humant l’odeur enivrante qu’ils exhalaient alors, il désira ne pas perdre ce jus « miraculeux », mais l’extraire à son profit : la viticulture était née.

 

Les Vendanges – Les Très riches Heures du Duc de Berry – Musée Condé – Chantilly

La métamorphose du moût en vin, par la chaleur qu’elle dégage, a fait penser à une opération magique, tandis que les effets de l’alcool renforçaient la croyance en une puissance surnaturelle investie dans cette plante. Ainsi vigne et vin furent-ils considérés d’origine sacrée sinon divine et leur représentation fut signe de vie terrestre exaltée et d’élévation spirituelle. La vigne est évoquée dans l’écriture sumérienne par une feuille de vigne et dans tout le Proche-Orient cette plante était consacrée aux Grandes Déesses de la Terre ; en Egypte, en revanche, Osiris était le dieu tant du blé que de la vigne. Enfin, dans toutes les traditions connues de l’Europe méditerranéenne, la vigne était le symbole végétal du sacrifice et de l’immortalité et le vin celui du sang régénérateur et de la vie éternelle bien avant l’arrivée du christianisme.

D’après la Bible, la vigne est la première plante que Noé, seul survivant du Déluge avec sa famille, se mit à planter, à peine sorti de l’arche. Et le récit de la Genèse ajoute que, « ayant bu du vin, il s’enivra et se découvrit dans sa tente ». Cham, l’un de ses fils, entra dans la tente et voyant la nudité de son père, prévint ses frères. Ceux-ci prirent un manteau et, marchant à reculons, couvrirent le corps du père ; au réveil, Noé bénit ses bons fils, mais maudit Cham qui devint le « serviteur des serviteurs » de ses frères, pour avoir rompu l’effet consolateur et libérateur du vin

Le vignoble du Monferrato – Piémont – Italie

La culture de la vigne aurait été introduite tardivement dans le monde européen. La divinité attribuée au vin et à la vigne ne relève plus d’une Grande Déesse, telle est Déméter/Cérès déesse du blé et des céréales, mais selon la mythologie grecque, de Dionysos/Bacchus, le dieu à la double naissance et à la double gestation, originaire d’Orient qui introduit l’usage de la vigne avec l’assistance d’Ariane, personnification d’une divinité égéenne de la végétation et des arbres.

Le vin devint rapidement l’offrande a plus agréable aux dieux sous forme de libations, et la boisson abondamment consommée pendant les fêtes. On répandait du vin sur la tête de la victime, sur l’autel, à même la terre et sur le feu. Objets de culte, la vigne et le vin ne sont pas moins emblèmes de civilisation. Le culte de Dionysos, maître de la fécondité animale et humaine, devient avec le temps l’expression du défoulement et de l’exubérance et le dieu se voit promu au rôle de libérateur des Enfers, initiateur aux mystères de la vie, conducteur des âmes.

Extase et ferveur mystique, esprit de fête, de sacrifice et de libération, tels sont les vertus du vin et les effets que l’homme cherche et obtient dans sa consommation. Mais l’abus du liquide divin provoque une dissolution de la personnalité et une régression sous les formes chaotiques du psychisme. C’est l’expression de l’ambivalence même de Dionysos, de la submersion de la conscience dans le magma de l’inconscient.

Les Romains honoraient particulièrement Bacchus, dieu de la vigne déjà dans la tradition grecque, confondu avec Dionysos, et ils appréciaient le vin plus peut-être que les Grecs qui recommandaient de le tempérer en le « mouillant » à l’eau. Les prêtres fixaient le jour du début des vendanges, celui où l’on goût le nouveau moût correspondant à la fête des Meditrinalia du mois d’octobre. L’ouverture des nouveaux vins était aussi un événement de caractère religieux. La taille de la vigne revêtait le caractère d’une obligation religieuse et une libation de vin tiré d’un cep non taillé correspondait à une offense aux dieux.

 

Le Bassin de Bacchus – Parc du Château de Versailles

A propos de Dionysos ou Bacchus

Pour les Grecs, Dionysos était le dieu de la vigne, du vin et de ses excès, ainsi que du théâtre et de la tragédie. Il était le fils de Zeus et de la mortelle Sémélé. Le mythe raconte que Zeus, déguisé en mortel, avait en secret une aventure avec Sémélé. Elle était fille du Roi Cadmos de Thèbes. Héra, jalouse, déguisée en une vieille voisine, conseilla à Sémélé enceinte de six mois déjà, de demander comme faveur à son mystérieux amoureux de ne pas la tromper plus longtemps et de se montrer tel qu’il était en réalité et sous son véritable aspect, sinon comment saurait-elle qu’il n’était pas un monstre. Sémélé suivit le conseil d’Héra et Zeus ayant refusé, elle lui interdit l’accès de sa couche. Alors, furieux, il apparut sous la forme du tonnerre et de l’éclair et elle fut consumée. Mais Hermès/Mercure sauva son enfant qui n’était encore qu’au sixième mois, le cousant dans la cuisse de Zeus/Jupiter afin qu’il continuât d’être porté durant trois mois et, lorsque le terme fut venu, il le délivra. C’est pourquoi Dionysos est appelé « deux fois né » ou « fils de la double porte ». C’est ainsi que Dionysos devint un Immortel après être né une seconde fois de son père immortel. Toutefois, on adorait Sémélé à Athènes au cours des Lénéennes, ou fête des Bacchantes : au cours de ses fêtes, un taureau d’un an représentant Dionysos était découpé en neuf morceaux et lui était sacrifié. Un morceau était jeté dans le feu et les restants étaient mangé crus par ses adorateurs. On explique généralement Sémélé comme étant une forme de Séléné, personnification de la Lune. Neuf était le nombre traditionnel des prêtresses orgiaques de la lune qui participaient à cette fête.

Dionysos débuta probablement en personnifiant un roi sacré que la déesse tuait rituellement d’un trait de foudre le septième mois du solstice d’hiver et que ses prêtresses dévoraient. Ceci explique ses différentes mères : Dioné, la déesse du Chêne, Io et Déméter, les déesses du Blé et Perséphone, la déesse de la Mort. Plutarque, lorsqu’il appelle Dionysos « fils de Léthé, l’oubli », se réfère à son dernier aspect du dieu de la Vigne.

 

Dionysos chevauchant la panthère – Musée archéologique de Pella

Dionysos faisait partie des douze Olympiens bien qu’il ne vécut pas sur le Mont Olympe. C’était un dieu errant. Il fut adopté par les Romains sous le nom de Bacchus, assimilé au dieu italique Liber Pater. Bacchus était le dieu du vin et de l’ivresse, des débordements, notamment sexuels, ainsi que de la nature. Priape était l’un de ses compagnons favoris. Les fêtes de Bacchus s’appelaient les Bacchanales. La panthère, l’âne, le bouc, la patère, le canthare, la vigne et la grappe de raisin, le lierre aussi étaient aussi ses attributs, empruntés à Dionysos, de même que le thyrse qu’il porte parfois dans les représentations qu’on a fait de lui, celui-ci est entouré de vigne et de lierre et est surmonté d’une pomme de pin. Le thyrse peut faire jaillir la vigne ou le lierre. Il peut aussi s’incarner en taureau, en bouc et en serpent.

Le Christ, comme jadis Dionysos, offre sous forme de vin son sang à ses disciples juste avant de le répandre pour eux sur la Croix. L’Eucharistie, qui renouvelle la Cène, avait lieu traditionnellement sous les deux espèces, comme c’est toujours le cas dans le monde orthodoxe : les fidèles consomment le pain et le vin consacrés, qui représentent le corps et le sang du Christ avant même d’être des dons indispensables à la vie.

Enfin, dans la tradition islamique, qui pourtant prohibe l’usage du vin, sa consommation communique à l’homme l’ivresse spirituelle qui engendre en lui l’oubli complet du monde matériel, nourrissant le désir ardent de retrouver le Bien Aimé pour s’unir à lui. C’est seulement parmi les soufis, les mystiques de l’Islam, que la consommation du vin est exaltée.

 

L’Ange et les vendanges de l’Apocalypse – Alberegno Jacobello

Dans l’iconographie, la vigne figure souvent l’arbre de Vie, peut-être sous l’influence de l’Apocalypse et les terribles vendanges qu’elle relate : « L’Ange préposé au feu… cria d’une voix puissante à celui qui tenait la faucille aiguisée  « Jette ta faucille aiguisée, vendange les grappes dans la vigne de la terre, car ses raisins sont mûrs ». L’Ange alors jeta la faucille sur la terre, il en vendangea la vigne et versa le tout dans la cuve de la colère de Dieu, cuve immense. Puis on la foula hors de la ville et il en coula du sang qui monta jusqu’au mors des chevaux sur une distance de mille six cents stades… ».

A ces « raisins de la colère » s’oppose l’image du pressoir mystique, propre à l’iconographie orthodoxe, représentation symbolique de la fête de la Croix du 14 septembre. Le Christ, vigneron primordial, est assis au pied de la Croix investie par les sarments de la vigne, lourds et magnifiques grappes mûres pour les vendanges. Il ramasse les raisins qui sont à portée de sa main et c’est lui-même qui les écrase dans un pressoir pour en faire son propre sang, symbole de la libération des péchés et du don de la vie éternelle. Il n’est donc pas étonnant que les fêtes profanes s’associent aux vendanges contemporaines qui rassemblent, outre les vignerons, toute la communauté rurale. Du vin découlent richesse, joie, bonheur par l’oubli ou par la transmutation des peines. Mais les vraies fêtes de vignerons ont lieu en hiver, à la Saint-Vincent, au temps de la taille des sarments desséchés.

Enfin, c’est dans les traditions du sud-est de l’Europe que l’on retrouve cette notion de sacralité dans la taille des vignes dont Saint Tryphon est le patron.

Il est évident que Grecs et Romains ont transmis la viticulture aux peuples avec lesquels ils sont entrés en contact, mais c’est la propagation du christianisme qui est à l’origine d’un formidable essor de la production de vins de plus en plus raffinés et les vignobles répandus d’abord au nord de la France e dans les contrées ensoleillées du sud de l’Allemagne, puis plus tard jusqu’à l’Europe centrale, en Slovaquie et en Hongrie.

 

Scène de vendanges – Mosaïque – Ravenna

Bibliographie

Fêtes et Croyances populaire en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

 

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UN MYTHE LION… ATALANTE LA CHASSERESSE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 07-08-2012

Atalante comme Artémis s’adonnait à la chasse et comme elle, avait fait le vœu de virginité. La légende d’Atalante a deux origines : l’une béotienne, l’autre arcadienne. Dans cette dernière, Elle est fille d’Iasos, lui-même fils de Lycurgue ; alors que dans la légende béotienne, elle est la fille de Schoenée, fils d’Athamas. Sa mère est Clyméné, fille de Minyas.

Alors qu’Atalante était un bébé, son père l’abandonna, car il ne voulait pas de fille. Une ourse la trouva et la nourrit, puis des chasseurs la découvrirent et l’élevèrent. Par la suite, elle montra une inclination plus grande pour la chasse et les travaux masculins que pour le mariage et les occupations féminines. Les Centaures Rhoecos et Hylaeos tentèrent de la violer, mais elle les tua avec ses flèches. Plus tard, elle voulut même s’enrôler parmi les Argonautes, mais Jason eut peur que la présence d’une seule femme ne provoquât des conflits. Au retour des Argonautes en Grèce, Atalante prit part aux jeux funèbres de Pélias et battit Pélée à la lutte.

 

Méléagre tuant le sanglier – Nicolas Coustou (1706) – Parc de Marly-le-Roi

Sa célébrité lui vient principalement de deux légendes : la chasse au sanglier de Calydon et la course dans laquelle l’homme qui la battrait gagnerait sa main.

A Calydon, Atalante se joignit à la partie de chasse, pour tuer le sanglier. Ancée et Céphée qui, semble-t-il étaient ses oncles, et quelques autres refusèrent de chasser en compagnie d’une femme. Cependant, Méléagre qui aimait Atalante, les obligea à se joindre à eux. Atalante, la première, blessa le sanglier d’une flèche, mais ce fut Méléagre qui tua la bête. Il donna la dépouille à Atalante car elle avait la première fait couler le sang, mais les oncles de Méléagre essayèrent de la lui enlever. Voyant cela, Méléagre les tua et, à son tour mourut, puni par sa mère, Althée, et de ce fait il n’épousa jamais Atalante.

Atalante chassant le sanglier de Calydon

Après cet épisode, la célébrité d’Atalante parvint jusqu’aux oreilles de son père qui découvrit qu’elle était sa fille. Il insista pour qu’elle se mariât, mais elle demeurait fidèle à son vœu. Aussi, elle mit comme condition à son mariage que son mari devait d’abord la gagner à la course. Les hommes qui perdraient seraient immédiatement mis à mort. En dépit de cette condition, beaucoup de jeunes hommes furent attirés par sa beauté et concoururent. Mais, bien qu’elle courût entièrement vêtue ou même armée, alors qu’eux étaient nus, tous perdaient et mouraient. Enfin, grâce à Aphrodite/Vénus elle fut battue. Un jeune homme lança les pommes pendant la course, empêchant par trois fois Atalante de le dépasser : soit par curiosité, soit par avidité, ou alors parce qu’elle voulait sa victoire, elle s’arrêta pour les ramasser, et elle fut battue.

Cependant, le jeune homme négligea de s’acquitter de ses devoirs envers Aphrodite/Vénus. De plus, à leur retour, il consomma son union avec Atalante dans l’enceinte d’un temple. Aphrodite pour ce sacrilège, les transforma en lions, et les lions, croyait-on, ne s’unissent pas entre eux, mais à des léopards.

Atalante à la course – Pierre Le Pautre (1659-1744)

Selon Properce(*), Milanion obtint Atalante en partageant sa fatigue à la chasse, plutôt qu’en disputant une course. Une autre tradition fait d’Atalante la mère de Parhénopaeos ce qui signifie « fils d’une vierge », qu’elle abandonna dans son enfance et comme elle, il fut élevé par des gens de la campagne.

Pour l’astrologue le Lion est en rapport avec le père qui n’est pas sans poser problème à bons nombres de Lion ou Ascendant Lion. Or, Atalante ne fut jamais reconnue comme une fille par son père. En garçon manqué, elle refusa de se « soumettre » à l’amour d’un homme. Et pourtant le mythe nous raconte qu’elle fut vaincue à la course et ainsi conquise par un jeune homme. Mais comme ils profanèrent un temple, ils furent tous deux transformés en lions. Ce mythe évoque un comportement anal qui ne se résout pas à lâcher le pouvoir. Atalante signifie « résolue ».

(*) Properce est un poète latin, né vers 47 avant Jésus-Christ, en Ombrie, sans doute à proximité de la ville actuelle d’Assise ; il est mort vers 16/15 avant Jésus-Christ.

 

 

                                Le lion de la Fontaine de l’Obélisque – Rome

 

Bibliographie :

Dictionnaire de la Mythologie – Michel Grant et John Hazel – Marabout

L’Astrologie : Interprétation des signes par les mythes – Gisèle Bone et Géraldine Jouin – Editions du Rocher

 

 

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DANS L’HERBIER DU CANCER… LA CAMOMILLE…

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 18-07-2012

Il existe deux sortes de camomille : l’une est sauvage, c’est la camomille allemande, l’autre est presque toujours cultivée, c’est la camomille romaine. Cependant, leurs propriétés sont sensiblement identiques, mais les avis sont partagés sur leur degré d’efficacité, certains affirmant que la camomille romaine est la plus forte alors que d’autres accordent la palme à la camomille allemande. Celle-ci serait en effet plus agréable au goût que la camomille romaine. Les Anciens louaient déjà les vertus de la camomille et les Egyptiens l’avaient dédiée au soleil en raison de son efficacité contre les fièvres. Dioscoride et Galien la préconisaient dans le même domaine ainsi que contre les courbatures et les troubles féminins, d’où son nom savant de « Matricaria chamomilla », on est bien là dans le monde féminin du Cancer qui est en analogie, dans le corps humain avec l’utérus.

Camomille romaine

Par ailleurs, la camomille était prescrite contre la paresse de l’estomac, les ballonnements, les digestions difficiles, ainsi que contre l’insomnie. On peut utiliser la camomille comme tonique de l’appétit, avant les repas, pour faciliter la digestion et lutter contre les flatulences. Comme on le sait, dans le corps humain, au Cancer et à la Lune correspondent tout ce qui est poche qui protègent et qui nourrit… On vient d’évoquer l’utérus, mais il ne faut pas en oublier pour autant l’estomac, autre poche toute aussi essentielle en matière de nourriture.

Les médecins d’autrefois tenaient la camomille pour un médicament précieux et la prescrivaient souvent, mais à des doses beaucoup plus concentrées que celles auxquelles on a habituellement recours. La camomille était fortement recommandée en cas de migraines à l’approche des règles, ainsi qu’en cas de règles douloureuses.

 Camomille allemande

On conseillait également d’ajouter quelques gouttes de jus de citron non seulement pour éclaircir la tisane, mais surtout pour en renforcer l’action.

En aromathérapie ou en huile de massage, la camomille combat le stress et l’anxiété. Elle agit sur les troubles du sommeil et lutte contre l’insomnie, grâce à un léger effet somnifère. Là encore, on est bien dans le monde du Cancer et de la Lune, tellement en rapport au monde de la nuit et si propice au sommeil. 

La camomille permet également de combattre l’inflammation des paupières, la conjonctivite, ainsi que les infections de la peau comme les dartres et l’eczéma. Mêlée à l’eau du bain, en décoction, elle décontracte et efface la fatigue.

La camomille soulage aussi les hémorroïdes, calme les prurits ainsi que les douleurs rhumatismales.

Fleurs de camomille séchées

Enfin, si vous êtes blonde, un shampooing confectionné avec un litre d’eau dans lequel ont bouilli, pendant vingt minutes, 100 grammes de fleurs de camomille, apporteront à vos cheveux de magnifiques reflets dorés.

Autre astuce : si vous vous frottez les mains et le visage avec les feuilles froissées de la matricaire, vous éloignerez guêpes et abeilles. Par ailleurs, certains affirment qu’avant de commencer une partie de cartes, il faut se laver les mains avec une infusion de camomille… En effet, ça porterait chance.

La camomille est originaire de Méditerranée orientale, mais on la trouve aujourd’hui dans le monde entier. En France, c’est en Anjou qu’elle est le plus cultivée. C’est l’une des plantes médicinales les plus populaires de l’Histoire. La camomille romaine, la plus utilisée, est une plante herbacée vivace de la famille des Astéracées.

Bibliographie

Nos Grand-mères savaient – La Vérité sur les plantes et la vie naturelle – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont

 


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DANS LE BESTIAIRE DU CANCER… LE CHAT

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 14-07-2012

Pourquoi considérer le chat comme un animal lunaire ? D’abord parce que la nuit, il disparaît pour ne réapparaître qu’au petit jour, rentrant à la maison comme si de rien n’était, pour venir y dormir. Et quel sommeil… Il lui en faut en moyenne entre douze et seize heures, et parfois il dort encore davantage. Il ne reste éveillé qu’entre 8 et 12 heures dont une partie la nuit, où il part chasser. Autre trait de caractère typiquement lunaire, le chat connaît une grande proportion de sommeil paradoxal pendant lequel il rêve. La durée quotidienne de cette phase dure pour lui de 180 à 200 minutes alors que pour l’homme il n’est que de 100 minutes. C’est d’ailleurs pour cela que le chat est fréquemment utilisé dans le cadre d’expérimentations sur les cycles du sommeil.

Câlins de chats

Ensuite, le chat a besoin de son foyer, de sa maison, de ses habitudes. Le chat est un animal territorial. Cela signifie que la préservation de son lieu de vie est le moteur principal de ses interactions avec les autres individus. Ainsi, lorsque plusieurs chats partagent le même appartement, il n’est pas rare de les voir choisir chacun son propre parcours pour aller d’un lieu à un autre. Ils se sont comme partager le territoire. Le chat n’en est pas pour autant un animal strictement solitaire. Selon l’espace et les ressources disponibles, les chats forment différentes structures spatiales et sociales. Cela va des chats solitaires en milieu rural aux larges et denses groupes en milieu urbain.

Ainsi, le symbolisme du chat est très hétérogène, oscillant entre tendances bénéfiques et maléfiques, ce qui peut s’expliquer par l’attitude à la fois douce et sournoise de l’animal. D’ailleurs, si on remonte le temps, on constate que les Egyptiens le vénéraient alors qu’en Europe, au Moyen Age on le diabolisait. Il ne retrouvera ses lettres de noblesse qu’au XVIIIe siècle. En Asie, le chat est souvent synonyme de chance, de richesse et même de longévité.

Bastet la déesse égyptienne

Pour en revenir aux Egyptiens de l’Antiquité ce chat divinisé l’était sous les traits de la déesse Bastet, déesse protectrice, symbole de fécondité et de l’amour maternel, dont le culte se situait principalement dans la ville de Bubatis… Les archéologues ont mis en évidence de très nombreuses momies de chat qui montrent à quel point les Egyptiens les vénéraient. Certaines momies se trouvent au Musée du Louvre à Paris, au British Muséum de Londres ainsi qu’au Musée égyptien du Caire. Le chat avait un tel pouvoir dans l’Egypte ancienne que les Phéniciens venaient voler aux Egyptiens des couples de cet animal sacré pour les revendre aux Grecs. Aristophane cite même la présence d’un marché aux chats à Athènes. Nous retrouvons avec les symboles de fécondité et d’amour maternel de la déesse Bastet des images lunaires et Cancer.

Les Romains de leur côté vouent une passion aux gros animaux agressifs et ne viendront que tardivement à apprécier le chat. Celui-ci fut d’abord réservé aux classes aisées. Ensuite l’usage de posséder un chat se répandra dans tout l’Empire et dans toutes les couches de la population, car on en percevra très vite l’avantage de posséder un tel animal apte à défendre les récoltes et les greniers contre les rongeurs habituels et les pérégrinations des Romains assura la dispersion du chat dans toute l’Europe.

 

Le chat et l’oiseau – Mosaïque à Pompéi

En Islam, l’image du chat est positive, en raison de l’affection qu’éprouva Mahomet pour lui qui l’avait sauvé de la morsure d’un serpent. Cependant, si le chat est noir, il devient négatif d’en croiser un. Par ailleurs, une légende raconte que les rats incommodaient les passagers de l’Arche, Noé passa la main sur le front du lion qui éternua, projetant un couple de chats et c’est pourquoi le chat ressemble au lion. Toujours pour l’Islam, le chat est doué de baraka et s’il est noir il possède des qualités magiques. On donne sa chair à manger pour être délivré de la magie. La rate d’un chat noir, accrochée à une femme qui a ses menstrues, les arrête. On se sert de son sang pour écrire des charmes puissants. Les Djinn apparaissent souvent sous la forme de chats. En Perse, quand on tourmente un chat noir, on risque d’avoir affaire, sous cette apparence, à son propre « hemzâd », c’est-à-dire un génie né en même temps que l’homme pour lui tenir compagnie, et de se nuire ainsi à soi-même. Suivant d’autres, un chat noir est un Djinn malfaisant qu’il faut saluer, quand il entre de nuit dans une chambre. Dans bien des traditions, le chat noir symbolise l’obscurité et la mort.

Le chat est voué à Satan dans l’Europe chrétienne durant presque tout le Moyen Age, d’abord parce que par le passé il fut adoré des païens et aussi et surtout à cause de la réflexion de la lumière dans ses yeux qui passe pour représenter les flammes de l’Enfer. D’ailleurs, dans la symbolique médiévale, le chat est associé à la malchance et au mal, surtout s’il est noir, ainsi qu’à la sournoiserie et à la féminité. C’est l’animal du diable et des sorcières dont leur commerce est plutôt nocturne, comme la Lune. On en vient à lui attribuer des pouvoirs surnaturels dont la faculté est de posséder neuf vies. Et en même temps, on lui reconnaît un rôle prophylactique et sa fourrure est un objet de commerce. Ce chiffre neuf qu’on lui associe vient du fait que les sorcières pouvaient se changer neuf fois en chat et qu’il pouvait avoir neuf propriétaires différents, le dernier étant emporté en enfer… Dans le genre supplice, on se souvient de ce fouet de marine : le chat à neuf queues.

 

La Sorcière et son chat noir sur son balai

Comme le chat est le représentant du diable, au Moyen Age on pensait qu’il avait été offert à son propriétaire par celui-ci pour l’enrichir, comme dans la légende provençale des « matagots » qui ramènent une pièce d’or chaque matin. Le chat emporte aussi les sorcières au sabbat sur leur dos. Celles-ci peuvent aussi se jucher sur des chars tirés par des chats, comme la déesse Freya. De nombreux sorciers prennent la forme de chat durant leur réunion. C’est du moins ce que reconnurent les sorciers de Vernon lors de leur procès, mais cela se passait en… 1566.

Le chat noir comme on l’a vu est particulièrement sujet aux superstitions et aux croyances. En France, le noir et le rouge représentent les couleurs du diable. Aussi, les chats noirs étaient-ils souvent rejetés de peur qu’ils n’attirent le malheur. Bien au contraire, au Royaume-Uni croiser un chat noir porte bonheur…

 

La déesse Freya sur son char tiré par deux chats

Parfois encore, le chat est conçu comme un serviteur des Enfers. Les Nias de Sumatra connaissent l’arbre cosmique qui a donné naissance à toutes choses. Les morts, pour monter au ciel, prennent un pont  sous le pont, c’est le gouffre de l’enfer. Un gardien est posté à l’entrée du ciel avec un bouclier et une lance ; un chat lui sert à jeter les âmes coupables dans les eaux infernales.

La Renaissance marque un certain retour en grâce du chat, principalement en raison de son action préventive contre les rongeurs dévoreurs de récoltes. Les voyages par delà les océans font connaître des espèces exotiques qui aidèrent à la réhabilitation du chat, à l’exemple de l’Empereur Charles Quint qui emporte avec lui lors d’une retraite au Monastère de Yuste deux petits chats brésiliens offerts par sa sœur Catherine du Portugal.

Maneki-Neko le chat porte-bonheur du Japon

Au Japon l’attitude des Japonais à l’égard du chat est plus ambigüe puisqu’il fut longtemps considéré comme un animal de mauvais augure, capable, disait-on, de tuer les femmes et d’en revêtir leur forme. Dans le monde bouddhique, on lui reproche d’avoir été le seul, avec le serpent, à ne pas s’être pas ému de la mort du Bouddha, ce qui pourrait toutefois, d’un autre point de vue, être considéré comme un signe de sagesse supérieur. Toujours au Japon, le chat est quand même un porte-bonheur à travers des Maneki-Neko, sortes de talismans représentant un chat avec la patte derrière l’oreille. De plus, diverses légendes attribuent aux chats le pouvoir de prédire le temps qu’il fera et même de prévoir les séismes.

En Thaïlande et au Cambodge, on demande la bienveillance du dieu Indra à travers un rituel consistant à asperger d’eau un chat dans une cage et promené autour du village, dans l’intention surtout d’obtenir la pluie. Chaque villageois arrose le chat dont les cris, dit-on, émeuvent Indra, dispensateur de l’ondée fécondante.

Enfin, pour les Indiens Pawnees d’Amérique du Nord, le chat sauvage est un symbole d’adresse, de réflexion, d’ingéniosité. C’est un observateur malin et pondéré qui arrive toujours à ses fins. De ce fait, c’était pour eux un animal sacré qui ne pouvait être tué que pour des fins religieuses et en observant certains rites.

De l’adresse et de l’ingéniosité, on passe au don de clairvoyance ce qui fait que nombre de « sacs à médecine » sont faits de peau de chat sauvage, en Afrique centrale.

 

Le chat dans le tableau La Raie de Chardin

Le chat mit longtemps à conquérir sa place dans le monde artistique, en Europe. Ce n’est qu’à partir du XVIIe siècle qu’il apparaît de temps en temps dans la peinture française, flamande, anglaise ou italienne, le plus souvent comme un élément du décor et généralement dans une scène de cuisine où il joue le rôle de voleur de nourriture. Se souvenir du célèbre tableau de Chardin, intitulé La Raie, qui montre un chat arc-bouté sur la table. C’est Jean-Baptiste Perronneau qui fera d’un chat le premier plan du tableau, même s’il n’en est qu’un personnage secondaire comme la Fillette au chat, la Petite Fille au chat ou le Portrait de Magdaleine Pinceloup de La Grange.

En Angleterre, c’est le peintre Louis Wain qui fit du chat sa spécialité. Au début de sa carrière, ses chats étaient à la manière des fables de Jean de La Fontaine, représentés avec des comportements humains. Wain s’est par la suite intéressé au chat en lui-même par des portraits qui sont devenus de plus en plus abstraits, au fur et à mesure que la schizophrénie de l’artiste s’aggravait.

Au Japon, des artistes comme Hokusai et Hiroshige ont mis en scène des chats et même avant eux, un artiste comme Kaigetsudo Anchi en fait apparaître un, tenu en laisse par une élégante courtisane, dans une célèbre estampe qu’on peut voir au Musée national des Arts asiatiques Guimet et publiée aux alentours de 1715.

Le Chat de Philippe Geluck

Au XIXe et XXe siècles, nombreux furent les artistes qui le représentèrent : des sculpteurs comme Giacometti ou Barye ou des peintres comme Delacroix, Manet, Renoir, Toulouse-Lautrec, Raoul Dufy, Paul Klee, Balthus pour ne citer qu’eux. Ensuite, ce furent les humoristes qui se servirent du chat. On pense à ce chat noir et blanc qui accompagnait les « Vieilles Dames » de Jacques Faizant ou le chat philosophe de Philippe Geluck.

L’apparition du chat dans la littérature fut d’abord discrète. Peu apprécié au Moyen Age, on ne lui confère que l’utilité de chasser les souris et les écrits le concernant reflètent les idées de l’époque. Il faut attendre le IXe siècle et Hildegarde de Bingen qui lui consacre un paragraphe bref et peu élogieux dans son « Livre des subtilités des créatures divines » : « Au plus fort des mois d’été… le chat demeure sec et froid. Le chat ne reste pas volontiers avec l’homme, excepté celui qui le nourrit ».

Le célèbre « Roman de Renart » nous laisse l’image de Tibert le chat, tout aussi rusé et hypocrite que Renart, mais aimé par Noble, le lion.

C’est la Renaissance qui va peu à peu réhabiliter le chat et de nombreux écrivains et poètes vont améliorer sa réputation tels Pétrarque mort la tête posée sur son chat, ou Joachim du Bellay qui améliore la réputation du chasseur de souris.

 

Manet – Rendez-vous de chats – 1870

En 1869 paraît « Les Chats » de Jules Champfleury qui réunit toutes les connaissances de l’époque sur le chat et qui révèle la place privilégiée du chat dans les milieux intellectuels. Au XXe siècle, nombreux furent les auteurs qui firent du chat le héros de leurs œuvres, mais c’est surtout Colette qui les placera dans ses écrits.

Dans les fables de La Fontaine, c’est Raminagrobis qui garde au chat une image d’animal malin mais profiteur. Raminagrobis est un chat gras et bien nourri, tout comme Rodilardus ou Rodillard de Rabelais. Son comportement profiteur et sa malice sont mises en valeur par des compères aussi rusés que lui comme le singe ou le renard.

 

Le Chat botté

Dans les contes, le chat a une image plus mystérieuse. Ainsi dans « Les Contes du Chat perché » de Marcel Aymé, Alphonse dans le conte intitulé « La patte du chat », peut faire pleuvoir en passant sa patte derrière l’oreille. Dans « Alice au pays des merveilles », le Chat du Cheshire apparaît et disparaît par morceaux mystérieusement, en laissant flotter son sourire. Quant au Chat Botté de Charles Perrault, il est l’héritage inattendu que lègue le meunier à son troisième fils et qui rendra son maître riche par la ruse.

Dans les romans et les nouvelles, le chat garde souvent son aspect mystérieux, inspirant des récits fantastiques : Le Chat noir d’Egard Allan Poe où deux chats noirs précipitent la folie du personnage principal. Le chat peut aussi être le témoin de la vie des hommes : c’est « Je suis un chat » de Söseki Natsume où un chat dépeint la société japonaise de l’ère Meiji.

 

La bande dessinée n’est pas en reste et utilise les chats à travers des situations comiques ou racontant leur vie comme « Le Chat du Rabbin ». Parfois, ils sont accompagnés d’un compère antagoniste dans le but de faire rire, tels Sylvestre et Titi et Grosminet, Tom et Jerry, Pif et Hercule. Souvent aussi ce sont des personnages secondaires comme les chats Artémis, Luna et Diana… on ne peut plus lunaires, dans le manga Sailor Moon, ou encore Azraël compagnon de Gargamel dans les Schtroumpfs de Peyo.

Même la musique n’est pas en reste et a utilisé le chat… On se souvient du duo des chats ou du Contrapunto bestial d’Adriano Banchieri, ou même Capriccio stravagante, Il gatto datant de 1627 ou même « La Chatte anglaise » d’Hans Werner Henze. Des opéras sont composés de miaulements, notamment l’Enfant et les Sortilèges selon un livret de Colette, ou « Cats » célèbre comédie musicale avec des chats comme personnages principaux.

La Mère Michel, son chat et le père Lustucru

Dans la chanson, il y a bien sûr la célèbre « Mère Michel qui a perdu son chat », mais également Georges Brassens, un amoureux des chats qui en possédait neuf, et leur dédia plusieurs vers dans sa chanson « Testament ».

De même les proverbes et dictons liés au chat ils pullulent comme des souris dans la langue française, certains remontant même au Moyen Age. Ils mettent en scène l’animal lui-même avec toujours les mêmes clichés : il dort beaucoup, chasse les souris et bien sûr court très vite. Ces proverbes mettent aussi en avant les caractéristiques du chat, comme « avoir des yeux de chat », « donner sa langue au chat ».

Quant au mot « chat » lui-même, il vient du bas latin « cattus » qui d’après le Littré dans une édition datant de 1878, provient du verbe « cattare » qui signifie « guetter », nous ramenant au chat chasseur qui guette sa proie. Cependant, en latin classique « chat » se disait « felis » racine des mots français « félin », « félidés »… mais qui désignait uniquement le chat sauvage d’Europe, alors que « cattus » s’appliquait au chat domestique.

Toutefois, on désigne aussi plus familièrement le chat par « minet » et la chatte par « minette ». Ce terme est attesté dès 1560. Il provient de « mine », nom populaire du chat en gallo-roman. Ce mot est à l’origine de l’expression « dès potron-minet » qui signifie « de bon matin ». Toujours d’après le Littré, il s’agirait de la déformation de « paître au minet », c’est-à-dire du moment où le chat qui se lève tôt, va chercher son « paître », à savoir sa pâture, sa nourriture. Cependant pour Claude Duneton, cette expression provient de « poitron-jacquet », « jacquet » désignant l’écureuil, animal matinal marchant la queue levée, le « poitron » n’étant autre que le postérieur. « Dès potron-minet » signifie donc : « à l’heure où l’on voit le derrière du chat ». Quant au « minet » ou à la « minette » qui « fait ses mines », lorsque ce terme est appliqué à l’être humain, c’est un jeune homme ou une jeune fille qui s’efforce de plaire et se préoccupe beaucoup de son apparence.

Le « matou » est un chat mâle non castré, terme à l’origine incertaine qui viendrait peut-être d’une dérivation de « mite » comme dans « chattemite ». Le chat est aussi nommé familièrement « mistigri », composé du préfixe « miste » qui signifie « adroit » et de « gris », la couleur. Enfin, en argot, on appelle le chat un « greffier ». Il existe deux explications qui s’opposent, mais peut-être n’en font qu’une. D’une part, le jeu de mot sur « griffe » est évident et d’autre part, la fourrure de certains chats noirs porte une sorte de plastron blanc sur le poitrail évoquant le rabat blanc que l’on voyait sur la robe noire des greffiers jusqu’au XIXe siècle.

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins 

 

 

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SOLSTICE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 21-06-2012

Le symbolisme des solstices doit retenir l’attention en ce qu’il ne coïncide pas avec le caractère général des saisons correspondantes. En effet, c’est le solstice d’hiver qui ouvre la phase ascendante du cycle annuel et le solstice d’été qui ouvre la phase descendante, d’où le symbolisme gréco-latin des « portes solsticiales » représenté par les deux faces de Janus, puis ultérieurement par les deux Saint-Jean, d’hiver et d’été. On peut constater que c’est la porte hivernale qui introduit la phase lumineuse du cycle et la porte estivale représente la phase d’obscurcissement.

 

Janus – Rome – Musée du Vatican

Coïncidence ? On fait naître le Christ au solstice d’hiver et Jean-Baptiste au solstice d’été… et la remarquable formule évangélique : « Il faut que lui grandisse et que, moi, je décroisse… ».

Dans le symbolisme chinois, le solstice d’été correspond au trigramme « li », au Feu, au soleil, à la tête ; le solstice d’hiver au trigramme « k’an », à l’Eau, à l’abîme, aux pieds, mais le premier n’en est pas moins, comme ci-dessus, l’origine de la décadence du principe « yang », le second l’origine de sa croissance. Par ailleurs, le solstice d’hiver, s’il correspond au pays des morts, est le signe de leur renaissance ; il s’associe à la gestation, à l’enfantement : c’est le temps favorable à la conception.

Dans la tradition hindoue, le solstice hivernal ouvre « la voie des dieux », le solstice estival « la voie des ancêtres », correspondant aux portes des « dieux et des hommes » du symbolisme pythagoricien.

 

Solstices et équinoxes

Dans l’iconographie chrétienne, le solstice joue aussi un rôle. Le solstice d’été marque l’apogée de la course solaire ; le soleil est au zénith, au plus haut point du ciel. Ce jour a été choisi pour célébrer la fête du soleil. Dans la mesure où le Christ est comparé au soleil, il est figuré par le Cancer solsticial. De là tout un symbolisme du Christ chronocrator, qui gouverne le temps, dans l’art roman…

Sur le plan astronomique, le solstice est l’époque de l’année où le soleil est le plus éloigné de l’équateur, ce qui correspond à la durée maximal (solstice d’été) ou minimale (solstice d’hiver) du jour.

Comme 2012 est une année bissextile, cette journée du solstice, 20 juin 2012, sera la plus longue de toute l’année et la nuit la plus courte dans l’hémisphère nord.

 

Solstice solaire -Nebra

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins  

 

 

 

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