L’OEUF PASCAL ET SES SYMBOLES

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 06-04-2012

L’œuf, considéré comme contenant le germe à partir duquel se développera la manifestation, est un symbole universel qui s’explique de lui-même. La naissance du monde à partir d’un œuf est une idée commune aux Celtes, aux Grecs, aux Egyptiens, aux Phéniciens, aux Cananéens, aux Tibétains, aux Hindous, aux Vietnamiens, aux Chinois, aux Japonais, aux populations sibériennes et indonésiennes, et à bien d’autres encore.

L’œuf

L’œuf apparaît également comme un des symboles de la rénovation périodique de la nature : tradition de l’œuf de Pâques, des œufs colorés et cela dans de nombreux pays. Mais l’œuf participe aussi du symbolisme du repos, comme la maison, le nid, la coquille, le sein de la mère. De cette douce sécurité, le vivant aspire à sortir le poussin brise sa coque douillette et tiède. L’œuf, comme la mère, deviendra le symbole des conflits intérieurs entre le bourgeois avide de confort et l’aventurier épris de défi, qui sommeillent en l’homme, ainsi qu’entre les tendances à l’extraversion et celles de l’introversion. Comme dans les cosmogonies, l’œuf psychique renferme le ciel et la terre, tous les germes du bien et du mal, ainsi que la loi des renaissances et de l’éclosion des personnalités.

Œuf au nid

L’œuf, c’est encore l’idée de germe, mais de germe d’une vie spirituelle, qui se réfère à la tradition alchimiste de l’œuf philosophique. Ensuite, le symbolisme de l’œuf s’exprime aussi par des images moins directes comme les pierres ovoïdes, comme celle de Cybèle dans la mythologie, ou la boule du scarabée bousier.

La ponte et la couvaison de l’œuf comportent elles-mêmes divers aspects symboliques. La poule qui couve est considérée, dans les sectes de méditation bouddhiques, comme le symbole de la concentration de l’esprit et de son pouvoir spirituellement fécondant. Les scolastiques se sont interrogés sur l’antériorité relative de la poule et de l’œuf : « l’œuf est dans la poule, la poule dans l’œuf », répond Silésius. La dualité est contenue potentiellement dans l’unité ; la dualité se résout en l’unité.

Plus prosaïquement, mais sans nous éloigner des notions précédentes, notons que l’œuf est parfois pris comme symbole de prospérité. En effet, si un habitant du Nord-Laos rêve qu’une poule pond plusieurs œufs, on interprète le songe comme une promesse de richesse prochaine.

Œuf de Pâques

De nos jours, l’œuf de Pâques est l’emblème de cette fête. Cadeau printanier offert aux enfants sages, il est, selon les traditions et les pays, distribué par les cloches, les cigognes, les coucous ou les lièvres.

Considéré dans les traditions sacrées de l’Antiquité comme une enveloppe matérielle à partir de laquelle se développe la « manifestation » au sens plein du terme, symbole de vie et de perfection, c’est assez naturellement que l’œuf s’imposa comme symbole chrétien du message pascal. Du monde celtique aux îles du Sud Est asiatique, en passant par la Grèce, l’Egypte, le Tibet, la Chine ou le Japon, il existe une tradition commune, simplement déclinée en variantes, de la naissance du monde dans un œuf.

Dans la mythologie indienne, le cosmos se retire entre deux périodes d’activité pour se reposer et se régénérer dans l’œuf d’or qui contient l’univers. Dans les livres sacrés persans, l’œuf apparaît au milieu de la nuit universelle, s’ouvre en deux et donne naissance au monde. Le livre sacré des anciens Finnois, le Kalevala, enseigne que le monde s’est formé à partir d’un œuf primordial tombé du ciel sur les genoux de la déesse Ithamara, la mère des eaux.

Parfois le serpent des traditions celtiques ou le dragon chinois préexiste à l’œuf. Ailleurs, l’œuf est fécondé par le soleil, ou flotte, selon la conception égyptienne, sur les eaux de la mer primordiale représentant le Verbe créateur.

 

Lapin de Pâques

En fait, bien des coutumes païennes destinées à célébrer le retour du printemps se rattachent à la Fête de Pâques. L’œuf est donc le symbole de la germination qui se produit en ce début de printemps. Alors que le lapin, autre grand présent des fêtes pascales, est un symbole païen représentant la fécondité.

En pays chrétiens, l’œuf de Pâques reste le cadeau favori le jour de Pâques. En Belgique et en France, ce sont les cloches qui apportent les œufs de Pâques. On dit qu’elles partent les chercher à Rome. En effet, depuis le jeudi saint, les cloches ne sonnent plus, elles sont en deuil. Elles ne reviendront que le jour de Pâques ramenant des œufs qu’elles sèment sur leur passage.

En France encore, mais surtout au Québec, certaines légendes parlent de la cueillette de l’Eau de Pâques. Cette eau de Pâques n’est autre qu’un petit flacon d’eau bénite que l’on rapporte chez soi après les célébrations de la Vigile pascale ou la messe du matin de Pâques. En fait, dans la légende, il fallait recueillir l’eau de pluie tombée le matin de Pâques, eau qui était ensuite bénite lors de la messe pascale. On disait que cette eau de pluie bénite avait le pouvoir de guérir les maladies.

Pour les Catholiques, la lumière de Pâques a un sens cosmique, en référence avec l’équinoxe et la Pleine Lune et n’est donc pas quelque chose de fortuit, elle serait voulue par Dieu lui-même. En fait, ce n’est qu’à l’équinoxe que le Soleil éclaire toute la Terre tandis que, au même moment, la Pleine Lune continue à réfléchir ses rayons pendant la nuit. Certains symboles de la fête de Pâques se retrouvent dans la Fête juive de Pessa’h et prennent une autre signification pour les Chrétiens par rapport au Christ et aux différents épisodes relatés dans les Evangiles.

Quant à la détermination de la date de Pâques, elle a quelque chose d’historique. En effet, après le 1er Concile de Nicée, en 325, on décida que le calcul de la date de Pâques se ferait selon une règle fixe. Et c’est comme ça que Pâques est célébré le dimanche après le 14e jour du premier mois lunaire du printemps, c’est-à-dire le dimanche après la première Pleine Lune advenant pendant ou après l’équinoxe de printemps. Pour faire simple et pour rester fidèle aux origines, Pâques correspond au premier dimanche qui suit la première Pleine Lune de Printemps. Comme la date peut varier suivant la longitude de la ville où l’on effectue l’observation, les Catholiques choisirent Rome. Pour finir, toutes les églises acceptèrent la méthode d’Alexandrie qui place l’équinoxe de printemps, dans l’hémisphère Nord, le 21 mars, alors que l’équinoxe astronomique se décale du 21 au 22 mars, selon la périodicité des années bissextiles.

La colombe pascale en Italie

Pour en revenir aux us et aux coutumes, il en est une en Italie qui met l’œuf à l’honneur. Comme en France, le lundi de Pâques est férié. Mais si en France, on en fait rien de particulier, en Italie ont fait « Pasquetta », ce qu’on peut traduire par « petite Pâque ». Et, si le soleil est au rendez-vous, les Italiens font de cette journée une grande partie de campagne, la nature ce jour-là est le théâtre de pique-nique familiaux ou amicaux. Chaque ménagère italienne met un point d’honneur à préparer quelques plats typiques à base d’œufs qu’on mangera sur l’herbe : l’omelette aux fèves, aux asperges ou aux petits artichauts, les œufs durs bien sûr, et ceux cachés sous une bonne couche d’épinards ou « d’erbette » nouvelles, au cœur d’une tourte bien dorée. On appelle aussi ce lundi de Pâques « il lunedi dell’Angelo » ou « le lundi de l’Ange », une allusion à l’Ange qui aurait libéré le Christ de son tombeau. On partage aussi la célèbre « colomba », sorte de brioche en forme de colombe.

Pourquoi les Italiens passent-ils la journée dehors en ce lundi de Pâques ? Plus attachés que les Français à la religion et à l’Histoire Sainte, ils commémorent ainsi les disciples du Christ partis sur les chemins, en route vers Emmaüs.

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

Fêtes et Croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas 

Photos – Crédit photo D’lys couleurs

 

 

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DANS LA SYMBOLIQUE DU BELIER… L’ARME

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 26-03-2012

L’arme, c’est l’anti-monstre, qui devient monstre à son tour. Forgée pour lutter contre l’ennemi, elle peut être détournée de son but et servir à dominer l’ami, ou simplement l’autre. De même, des fortifications peuvent servir de pare-chocs contre une attaque et de point de départ pour une offensive. L’ambiguïté de l’arme est de symboliser en même temps l’instrument de la justice et celui de l’oppression, la défense, la conquête. En toute hypothèse, l’arme matérialise la volonté dirigée vers un but. Et c’est bien là ce que s’assigne le Bélier.

 

Une autre utilisation de l’épée

Puisqu’elles servent les nobles causes, les armes sont associées à certaines vertus : l’honneur, l’idéal de justice et l’amour de la vérité. La mythologie accorde à certaines armes des pouvoirs magiques qui donnent une force surhumaine, voire rendent invincible. Symboles de l’autorité, les armes sont souvent richement décorées afin de servir dans les cérémonies.

Certaines armes sont faites d’alliages de métaux. Toute l’armure d’Agamemnon, décrite par Homère, est une attentive composition d’or et d’argent. Les métaux les plus précieux s’y mêlent tant pour la cuirasse et le bouclier que pour l’épée.

 

Poignard en or, fer et turquoise

Comme chaque métal a sa valeur symbolique, on voit quelle richesse de signification chaque arme peut revêtir et de quelle puissance magique on s’efforce de l’investir. Le forgeron passait d’ailleurs pour être un magicien. Ensuite, celui qui la porte s’identifie à son armure. Aussi, l’échange des armes était-il, chez les Grecs, un signe d’amitié. De même les armes cassées représentent la fin des hostilités.

Chez les Chrétiens, les armes devinrent des métaphores de la puissance divine et de la guerre juste menée au nom du Christ. Dans plusieurs hymnes de Luther, le vocable de la guerre est devenu celui du cheminement spirituel. Saint Paul décrit dans l’Epître aux Ephésiens ce qu’on pourrait appeler la panoplie du Chrétien : « En définitive, rendez-vous puissants dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’armure de Dieu pour pouvoir résister aux manœuvres du Diable »… De ce point de vue spirituel et moral, les armes signifient des pouvoirs intérieurs, les vertus n’étant autre chose que les fonctions équilibrées sous la suprématie de l’esprit.

D’autres tables de correspondances ont été conçues, mettant les armes en relation avec d’autres objets. Par exemple, certaines symbolisent les quatre éléments. Ainsi :

–       La fronde naguère, le fusil, la mitraillette, le canon, le missile et la fusée d’aujourd’hui sont en relation avec l’élément Air ;

–       La lance, les armes chimiques sont en rapport avec l’élément Terre ;

–       L’épée, les armes psychologiques, appartiennent à l’élément Feu ;

–       Le trident est en rapport avec l’élément Eau.

Ainsi, le combat de l’épée contre la lance serait un combat du Feu et de la Terre.

 

Le trident d’or de Poséidon/Neptune

Certaines armes symbolisent des fonctions :

–       La massue, le bâton, le fouet sont des attributs du pouvoir souverain ;

–       La lance, l’épée, l’arc et la flèche sont des attributs du guerrier ;

–       Le couteau, le poignard, la dague, l’épieu, sont des attributs du chasseur ;

–       La foudre, les filets sont des attributs de la divinité suprême.

Poignard ou dague, faciles à dissimuler, sont associés à la trahison et aux procédés déloyaux. Armes favorites des assassins, les poignards sont aussi utilisés au cours des sacrifices, comme lorsque Abraham voulut sacrifier son fils Isaac. Les Aztèques sacrifiaient des êtres humains au moyen d’un couteau de silex ou en obsidienne, roche volcanique symbolisant la mort.

 

Hache à deux tranchants symbole lunaire

La hache quant à elle symbolise la puissance, l’autorité et le jugement. Une hache à deux tranchants pourrait avoir été utilisée par les rois minéens pour symboliser la lune. Cependant, dans nombre de cultures, le symbolisme de la hache est plutôt associé au soleil et aux tempêtes. Dans certaines régions d’Afrique, la hache est associée aux rituels visant à faire pleuvoir. A l’époque romaine, on apportait des branches et une hache liées ensemble devant les représentants de l’Etat en signe de leur puissance. Repris par Mussolini, ce symbole, appelé « faisceau » donna son nom au parti fasciste.

Il est probable que le trident, emblème de Poséidon/Neptune, le dieu de la mer, symbolisait la foudre. C’est également l’attribut de Britannia qui personnifie la Grande-Bretagne.

Dans la mythologie grecque, le bouclier était porté par Athéna, fille de Jupiter/Zeus, sortie armée et casquée de la cuisse de son père. Sur son bouclier figurait la tête de la Gorgone Méduse, sensée pétrifier ou méduser l’adversaire. Artémis, la déesse de la chasse, tenait aussi un bouclier. Au Moyen Age, les boucliers étaient décorés pour permettre l’identification des combattants, une pratique qui a donné naissance à l’héraldique.

La plume et l’Epée

L’épée est le symbole de la puissance militaire et royale. C’est l’arme des hommes de guerre, des chevaliers et des rois. Elle peut tout aussi bien servir à défendre, à protéger les faibles au nom de la justice et de l’honneur. Par association, elle symbolise le courage, les qualités chevaleresques et le pouvoir séculier. Elle est à la guerre ce que la plume est à la paix. L’épée symbolise le pouvoir de la parole qui permet de distinguer le vrai du faux : c’est l’épée de vérité. Arme d’attaque et de défense, la dualité de l’épée illustre parfaitement l’expression « d’arme à double tranchant », désignant un moyen susceptible de produire un effet contraire à celui recherché.

La légende du roi Arthur et l’épée Excalibur

Au Moyen Age, les épées furent à l’origine de nombreuses légendes, notamment dans la légende arthurienne. Excalibur était l’épée qui rendait légitime le souverain capable de la retirer du rocher où elle était plantée. Sur le plan de la forme, l’épée ressemble à la croix chrétienne et les Croisés l’utilisèrent souvent comme insigne. Quant au fil de l’épée, il est associé métaphoriquement à la perspicacité et à la lucidité, comme celle de Vishnou de la mythologie indienne, symbolisant la connaissance pure qui détruit l’ignorance. Il en va de même de l’épée de Manjusri, dieu bouddhiste de la sagesse.

 

Abbaye de Galgano en Toscane – Epée plantée dans la roche

Dans la psychanalyse jungienne :

–       Le couteau et la dague correspondent aux zones obscures du Moi, à l’Ombre et le côté négatif ou refoulé du Moi ;

–       La lance est en rapport avec l’Anima, la féminité consciente de l’être humain ou l’inconscient primitif ;

–       La masse, le gourdin, le filet, le fouet correspondent au Mana ;

–       L’épée est en rapport avec le Soi.

Quant aux rêves d’armes ils sont révélateurs de conflits intérieurs. La forme de certaines armes précise la nature du conflit. La psychanalyse voit dans la plupart des armes un symbole sexuel… La désignation de l’organe masculin est la plus claire, lorsqu’il s’agit de pistolets et de révolvers, qui apparaissent dans les rêves comme signe de tension sexuelle psychologique.

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

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CAREME… QUARANTE… UN NOMBRE SYMBOLIQUE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 17-03-2012

Le salut de l’humanité passe souvent, selon la Bible, par le nombre quarante : quarante jours de Déluge punissent l’humanité pécheresse et, pendant la même durée, l’arche vogue sur les flots, grâce à l’alliance scellée entre Dieu et Noé, pour conserver les spécimens de la faune et de la flore terrestres ; Moïse est appelé par Dieu à l’âge de 40 ans, et il demeure quarante jours au sommet du Sinaï ; les grands rois d’Israël, Saül, David, Salomon règnent pendant quarante ans.

Le déluge et l’arche de Noé

Jésus prêche pendant quarante mois, se retire au désert pendant quarante jours, sort victorieux de la tentation qu’il y subit pendant quarante jours, il ressuscite après quarante heures de séjour dans le sépulcre puis, pendant quarante jours jusqu’à l’Ascension, il apparaît à ses disciples pour leur dispenser ses dernières recommandations.

Suivant les traditions répandues dans le monde proche-oriental, que le judaïsme a transmises vers l’Occident, les nouveau-nés sont présentés au temple, ou pour le christianisme à l’église paroissiale, quarante jours après leur naissance ; ils sont donc reconnus devant Dieu et la société, et à cette occasion la jeune mère est purifiée du sang de l’accouchement. C’est en réalité ce rite de relevailles qui, d’une certaine façon, restitue à la femme sa sexualité non dangereuse et la rend de nouveau accessible à son époux. Car, pendant les quarante premiers jours suivant l’accouchement, un lourd tabou sexuel pesait sur le couple avec des conséquences graves pour la vie, la richesse, la respectabilité de la famille et de sa progéniture.

Les relevailles de la Vierge

Le nombre quarante joue, dans un grand nombre de cultures, un rôle déterminant pour la pratique des rites mortuaires et du culte des ancêtres. C’est le nombre de jours considérés comme indispensables pour que la dépouille, débarrassée de tout lien avec le monde des vivants, accepte de partir définitivement vers le monde de l’au-delà. Les cérémonies et les rites accomplis ce jour-là visent à lever les interdits du deuil, à purifier les parents du défunt de la souillure mais aussi à satisfaire le mort ; il faut pendant quarante jours de deuil adoucir sa peine, alléger son chagrin, le préparer à la séparation pour qu’il accepte désormais son rôle d’ancêtre bienveillant au lieu d’errer entre le monde des vivants et celui des morts.

Il est tout à fait vraisemblable que la coutume de la quarantaine, dont le but est de libérer mutuellement morts et vivants, est à l’origine d’une croyance largement répandue selon laquelle le nombre quarante symbolise un cycle de vie ou de non-vie. Il constitue le point de passage vital d’un cycle à l’autre, et c’est en ce sens que le nombre est devenu déterminant dans la notion philosophique et métaphysique de l’éternité ou de l’éternel retour.

Dans le monde balkanique, plaque tournante entre l’Orient et l’Occident, le nombre quarante, prometteur de richesses et d’abondance, est particulièrement significatif dans le cadre des travaux agricoles. « Mange quarante, bois quarante et plante quarante », y recommande un dicton populaire ; les femmes font au printemps une sorte de tarte avec quarante espèces d’herbes pour assurer l’abondance, les jeunes filles tissent avec quarante fils, de trame, pour devenir de bonnes ménagères, etc.

 

Sainte Françoise la Romaine

Mais, pour multiplier ses biens par quarante, il faut suivre une règle morale qui consiste à accomplir quarante actes de charité, appelés « psykhika », littéralement « œuvres de l’âme ». C’est ainsi que l’Eglise orthodoxe vénère, le 9 mars, la mémoire de quarante martyrs, particulièrement respectés par les cultivateurs, dont leur fête est le 10 mars pour les catholiques qui, le 9, fêtent sainte Françoise, noble romaine qui fut veuve après 40 ans et mourut en 1440 dans le couvent qu’elle avait fondé. D’après les légendes, il s’agit de quarante soldats de l’armée romaine qui se livrèrent volontairement aux moins des légionnaires et trouvèrent la mort pour leur foi chrétienne vers la fin du IIIe siècle dans la ville arménienne de Sébastia. Les tortionnaires, pour éviter toute nouvelle conversion, avaient décidé un martyre exemplaire : jeter les jeunes hommes dans l’eau glaciale d’un lac. Un seul, ne pouvant supporter les affres de cette mort lente, chercha refuge dans les eaux chaudes d’une installation de bains voisine. Mais l’endurance des trente-neuf autres émut profondément l’un des officiers qui assistaient au martyre ; il se jeta dans le lac pour rejoindre ceux dont la foi allait rendre la souffrance supportable et les martyrs se retrouvèrent quarante.

La valeur métaphorique de la forme même du martyre par rapport aux préoccupations du monde rural est facile à saisir : le début du mois de mars, avec ses écarts de température et ses changements de temps imprévisibles, constitue une période critique pour les cultures printanières et le repiquage des plantes maraîchères.

C’est aussi la date à laquelle commencent à s’activer les séricicultrices qui se mettent volontiers sous la protection des Quarante Saints. Le jour de leur fête, elles apportent à l’église les œufs des vers à soie qu’elles comptent élever dans l’année, afin qu’ils soient bénis et ne dépérissent pas à la suite des intempéries. Cette célébration du 9 mars, qui se trouve toujours en pleine période de Carême, est l’occasion de réjouissances rituelles qui permettent de rompre, par une mi-carême, avec l’austérité et la tristesse de la quarantaine.

Combat de Carnaval contre Carême – Pierre Bruegel l’Ancien

Le quarantième jour avant Pâques « quadragesima dies », nom transformé en « quaresima » marquent le début du Carême. L’opposition entre Carnaval et Carême représentée sous forme de cuisine grasse et cuisine maigre, que Bruegel a bien représenté, revêtait une certaine bonhommie aujourd’hui effacée par l’interprétation religieuse.

La coutume de préparer pour l’arrivée de Pâques un jeûne de quarante jours s’imposa dans les différentes Eglises d’Orient à la suite des conciles de Nicée (325) et de Laodicée (365) et fut adoptée définitivement trois siècles plus tard à Rome, où la pratique du jeûne et de la pénitence était facultative.

 

Bibliographie

Fêtes et Croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas 

 

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LES ECURIES D’AUGIAS… UN MYTHE POISSONS

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 10-03-2012

Comme on l’imagine l’Eau est associée aux rites de purification. Et si l’on aborde les douze travaux d’Hercule/Héraclès dans la perspective d’une exploration astrologique liée aux douze signes du zodiaque, il apparaît tout naturel que l’entreprise du héros pour nettoyer les écuries d’Augias évoque le douzième et dernier signe, les Poissons.

Parmi ses travaux, cette entreprise est la seule qu’Héraclès propose spontanément, sans qu’elle lui soit imposée par quiconque. Cette histoire évoque un rite de purification par l’eau. On évoque les scories, on nettoie l’âme elle-même. C’est aussi un rite d’initiation.

 

Hercule dans les écuries d’Augias – Dessin de Daumier

Mais de quoi en retourne-t-il exactement de ces écuries d’Augias ? C’est l’histoire du Roi d’Elis, Augias dont les écuries avaient vraiment besoin d’être nettoyées car le roi négligeait son royaume, laissant les terres en jachères sans même les irriguer. Ce roi avait peut-être pour père Hélios, le Soleil, ou peu bien Neptune/Poséidon, cela n’a jamais été clarifié. Il avait fait partie des Argonautes partis à la conquête de la Toison d’Or. Il possédait un immense troupeau, mais il avait laissé s’amonceler le fumier qui encombrait les étables et les cours. Et c’est ainsi qu’Héraclès reçut l’ordre de les nettoyer en un jour. Cependant, celui-ci rusa et demanda à Augias une rétribution, à savoir le dixième de son troupeau. Toutefois, en tant qu’esclave il n’y avait pas droit. Il prit le fils d’Augias, Phylée, comme témoin. Ensuite, il fit une brèche dans le mur des écuries et y fit pénétrer les eaux de l’Alphée qu’il avait détourné et d’une autre rivière. Le fleuve accomplit le travail et emporta tout le fumier qu’il alla déposer dans la mer.

 

Hercule détourne les fleuves

Le soir venu, Héraclès avait fait renter le fleuve dans son lit et reconstruit le pan du mur des écuries qu’il avait abattu le matin. Ensuite, il alla réclamer ses gages à Augias. Cependant, ce dernier avait découvert la ruse d’Héraclès et déclara le contrat nul et non avenu, allant même jusqu’à nier l’existence d’un contrat, faisant ainsi injure à son propre fils, Phylée. Et c’est ensemble qu’Héraclès et Phylée quittèrent Elis, ce dernier promettant de se venger, pendant qu’Héraclès trouvait refuge à Dulichium. Mais il revint plusieurs années plus tard avec une armée d’Arcadiens.

Augias s’était préparé à une attaque et possédait aussi une armée, conduite par Amaryncée et les Molionides. Il avait convaincu ces derniers d’être ses alliés en leur promettant une part de son royaume. Les Arcadiens d’Héraclès furent vaincus, puis chassés, une fois de plus Héraclès quitta Elis. Mais, plus tard, il tendit une embuscade aux Molionides, à Cléonae, et de nouveau il envahit le pays. Cette fois-ci, il fut vainqueur et tua Augias où bien le détrôna, le mythe n’est pas clair à ce sujet. Puis, il fit revenir Phylée de Dulichium et le fit roi d’Elis.

Mais revenons au rôle qu’a tenu Héraclès dans cette affaire. Héraclès est un héros et quand sa force ne lui fait pas commettre de graves sottises, a le cœur généreux. Il voulut rendre la vie plus agréable aux habitants de la région incommodés par des relents horribles.

Les Poissons – Psautier à usage de Troyes – Musée de Besançon

Voici ce qu’Isoline Agenet écrit, à propos de la « mystérieuse intuition » du héros qui l’incite, pour mener à bien sa tâche à utiliser les « forces de l’eau ». Elle rappelle que la jonction de deux fleuves ressemble au glyphe même du signe des Poissons, reliés l’un à l’autre et voici ce qu’elle décrit : « Héraclès cette fois ne se trouve pas en face d’un animal terrifiant mais d’un magma envahissant », adversaire indéfini, informe « capable de se diluer à l’entour et de s’étaler sans contours. Ce double mouvement évoque évidemment le double mouvement inversé du signe ».

Comme le rappelle encore Isoline Agenet, la dernière étape de l’initiation passe par la putréfaction, évocatrice de la mort, de la transformation en cadavre, de la transmutation alchimique et du passage à un autre état. Cette notion évoque le cycle ultime des Poissons, douzième et dernier signe, fin de cycle et promesse de recommencement, d’un nouveau cycle.

« Pour nettoyer les étables et les immondices qui les submergent, Héraclès est bien inspiré. Il fait passer les grands courants des deux fleuves, objets de culte chez les Grecs, divinisés comme puissances aux décisions mystérieuses. Ils inspiraient crainte et vénération. Ils pouvaient fertiliser ou engloutir, porter la barque ou la noyer. On leur sacrifiait des animaux, on abandonnait à leurs flots des nouveau-nés pour qu’ils soient sauvés s’ils étaient prédestinés à devenir des héros, possédant toutes les apparences de la vie, on les a adorés en tant qu’êtres vivants ; c’est pourquoi si le travail d’Héraclès paraît s’adresser à l’informe, au mouvant, c’est tout de même la vie qui est là avec le fleuve, la vie dans l’eau ».

 

Neptune – Statue à Virginia Beach

Après le nettoyage des écuries, l’eau redevient claire, limpide, fécondante et les champs produiront à nouveau les récoltes.

Enfin, le contrat a été passé devant ses neveux, frères siamois, doubles comme le signe, leur père n’étant autre que Neptune/Poséidon. Neptune pour l’astrologue est le Maître incontesté des Poissons.

 

Bibliographie 

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Editions Robert Laffont 

Dictionnaire de la Mythologie – Michael Grant & John Hazel – Chez Marabout

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