DANS LA SYMBOLIQUE DES POISSONS… LA SIRENE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.6.12 - LES MYTHES DES POISSONS ET DE NEPTUNE) par sylvietribut le 05-03-2013

laMonstres marins à tête et poitrine de femme, le reste du corps étant d’un oiseau, ou suivant des légendes plus tardives et d’origine nordique, d’un poisson. Elles séduisaient les navigateurs par la beauté de leur visage et par la mélodie de leurs chants, puis les entraînaient dans la mer pour s’en repaître. Ulysse dut se faire attacher au mât de son navire pour ne pas céder à la séduction de leur appel. Elles étaient aussi malfaisantes et redoutables que les Harpies et les Erinyes.

LA SIRENE - JOHN WILLIAM WATERHOUSE 

La Sirène – John William Waterhouse

On en a fait l’image des dangers de la navigation maritime, puis l’image même de la mort. Sous l’influence de l’Egypte, qui représentait l’âme des défunts, sous la forme d’un oiseau à tête humaine, la sirène a été considérée comme l’âme du mort, qui a manqué sa destinée et qui s’est transformée en vampire dévorant. Cependant, de génies pervers et divinités infernales, elles se sont transformées en divinités de l’au-delà, qui charmaient par l’harmonie de leur musique les Bienheureux parvenus aux Iles Fortunées ; c’est sous cet aspect que les représentent certains sarcophages. Cependant, dans l’imagination traditionnelle, ce qui a prévalu des sirènes c’est le symbolisme de la séduction mortelle.

Si l’on compare la vie à un voyage, les sirènes figurent les embûches, nées des désirs et des passions. Comme elles sortent des éléments indéterminés de l’air, les oiseaux, ou de la mer, les poissons, on en a fait des créations de l’inconscient, des rêves fascinants et terrifiants, en quoi se dessinent les pulsions obscures et primitives de l’homme. Elles symbolisent l’autodestruction du désir, auquel une imagination pervertie ne présente qu’un rêve insensé, au lieu d’un objet réel et d’une action réalisable.

ULYSSE ET LES SIRENES - DRAPPER HEBERT JAMESD

Ulysse attaché au mat de son navire pour goûter le chant des sirènes

Il faut comme Ulysse s’accrocher à la dure réalité du mât, qui est au centre du navire, qui est l’axe vital de l’esprit, pour fuir les illusions de la passion. Si Ulysse et ses compagnons parvinrent à résister à leur pouvoir de séduction, c’est qu’ils avaient été mis en garde par Circé. Rusé comme il était, Ulysse fit couler de la cire dans les oreilles de ses marins pour qu’ils ne puissent entendre les sirènes tandis que lui-même se faisait attacher au mât de son navire et, s’il demandait à ses marins de le détacher, ceux-ci devaient serrer plus fort encore les liens. Ulysse put ainsi écouter le chant des sirènes sans se précipiter vers elles malgré la tentation qu’il en avait. Un devin avait prédit qu’elles cesseraient de vivre si quelqu’un pouvait ouïr leur chant sans en devenir victime, les sirènes se seraient suicidées de dépit en se jetant dans la mer où elles furent changées en rocher.

Selon Homère, les sirènes, divinités de la mer, séjournaient à l’entrée du détroit de Messine en Sicile. Cependant, dès l’Antiquité, le début fut vif concernant la localisation des épisodes homériques. Selon les Grecs, les sirènes vivaient sur une ou plusieurs petites îles vertes situées à l’ouest de la Sicile : Anthémusa et les îles des Sirènes. Mais selon les Siciliens, elles étaient près du Cap Péloros, aujourd’hui Faros ; tandis que les Latins les situaient à Capri. Elles se montraient particulièrement redoutables à l’heure de la sieste, par temps calme. Strabon rapporte que le tombeau de la sirène Parthénope se trouvait à Néopolis. Quant à Leucosie, elle aurait donné son nom, toujours selon le même auteur, à l’île où elle s’était jetée dans la mer. Un rocher à triple pointe séparant le golfe de Cumes du golfe de Posidonie s’appelait alors « sirènes ».

Musiciennes dotées d’un talent exceptionnel, elles séduisaient les navigateurs qui, attirés par les accents magiques de leur voix, de leurs lyres et de leurs flûtes, perdaient le sens de l’orientation, fracassant leurs bateaux sur les récifs où ils étaient dévorés par ces enchanteresses. Elles sont décrites au chant XII de l’Odyssée comme couchées dans l’herbe au bord du rivage, entourées par un « amas d’ossements et de chairs desséchées des hommes qu’elles ont fait périr ». A noter que pour l’astrologue, l’eau, la mer, la sirène, la musique, le mirage aussi, se placent sous l’influence des Poissons.

Comme toujours avec les Poissons les choses ne sont pas vraiment claires et l’origine des sirènes ne l’est pas plus. Selon la mythologie grecque, elles étaient filles du fleuve Achéloos et de la Muse Calliope, ou alors de Tersichore, la Muse de la Danse. Quant aux Romains, ils racontaient d’ailleurs que les sirènes étaient à l’origine des femmes normales. Elles auraient été les compagnes de Coré/Perséphone et auraient laissé Hadès/Pluton l’emmener. Les sirènes auraient reçu leur forme comme punition pour ce crime et, par la suite, les sirènes, chantaient prophéties et chansons relatives au royaume d’Hadès/Pluton.

De son côté, Euripide évoque, dans « Hélène », le caractère funéraire des sirènes ce que confirment les représentations de sirènes sur les stèles funéraires.

FONTAINE DES SIRENES AILEES - PERPIGNAN 

La fontaine des sirènes ailées – Perpignan

Une autre explication de leur métamorphose en attribue la cause à la colère d’Aphrodite/Vénus. La déesse de l’Amour, les affubla de pattes et de plumes tout en conservant leur visage de jeunes filles parce qu’elles avaient refusé de donner leur virginité à un dieu ou à un mortel.

Par ailleurs, ces divinités d’origine fluviale étaient très fières de leurs voix et défièrent les Muses, les neuf filles de Zeus/Jupiter et de Mnémosyne. Les Muses remportèrent le défi et exigèrent une couronne faite des plumes de sirènes, ce qui les priva du don de voler. Vaincues, les sirènes se retirèrent sur les côtes de l’Italie méridionale.

On les voit également intervenir dans l’histoire de Jason et des Argonautes. Alors que l’Argo s’approchait de leurs rochers, Orphée triompha d’elles par la beauté de son chant. Seul l’un des marins, Boutès préféra la mélodie des sirènes à celle du fils de Calliope. Il se jeta dans la mer pour rejoindre les enchanteresses, mais il fut sauvé par Aphrodite/Vénus.

Les sources divergent au sujet de leur nombre et de leurs noms. Homère ne mentionne d’ailleurs rien à ce sujet. Cependant il utilise à plusieurs occasions un duel, ce qui sous-entend qu’il y aurait deux sirènes. Il y aurait eu quatre sirènes : Aglaophème ce qui signifie « qui a la réputation brillante », Thelxiépie « celle qui méduse par le chant épique », Pisinoé « celle qui persuade » et Ligie « celle au cri perçant ». Pour un autre poète, Apollodore, les sirènes sont trois : Pisinoé, Aglaopé et Thelxiépie. Pourtant, d’autres noms sont données, faisant toujours référence au pouvoir des sirènes : Aglaophonos « celle qui a une belle voix », Aglaopé « celle au beau visage », Telxinoé « celle qui enchante », Thelxiope « celle qui méduse par la parole », Molpé « la musicienne », Raidné « l’amie du progrès, et Télès « la parfaite ». Une autre tradition considère que les sirènes ne sont que trois : Leucosie « la blanche créature, Ligie et Parthénope « celle qui a un visage de jeune fille » et traditionnellement, l’une joue de la lyre, l’autre de la flûte et la troisième chante.

Par ailleurs, la nature hybride de la sirène, mi-femme, mi-oiseau, est expliquée par la mythologie comme une punition qui les relie au monde infernal. Sur les monuments funéraires, elles étaient des divinités létifères chantant au son de la lyre et laissant supposer des intentions érotiques à l’égard du héros décédé.

LA SIRENE DANS LE BESTIAIRE DU MOYEN AGE

La sirène dans le bestiaire du Moyen Age

Quant aux bestiaires médiévaux, ils les décrivent comme des femmes « de la tête aux cuisses » et poissons de « là jusqu’en bas avec des griffes et des ailes » dans un syncrétisme qui noue les traditions fabuleuses des mythologies grecque et germanique. Elles ont laissé à la postérité leur image gravée dans la pierre des stèles, tombeaux ou églises romanes où elles personnifiaient l’âme des morts comme dans l’Egypte ancienne. On les invoquait d’ailleurs au moment de la mort.

Pour les Scandinaves, la sirène est un monstre redoutable appelé Marghygre « la géante de mer ». Dans le Miroir royal, œuvre norvégienne, elle est décrit comme une avenante créature ressemblant à « une femme en haut de la ceinture ». Ce monstre paraissait grand, avec un visage terrible, un front pointu, des yeux larges, une grande bouche et des joues ridées.

Au VIIIe siècle, le moine anglais Aldhelm de Sherborne les décrit comme des vierges à queue de poisson couverte d’écailles. Ces deux représentations vont cohabiter jusqu’au XVe siècle où les sirènes volantes laissent définitivement la place à une jolie femme aux cheveux longs et à queue de poisson.

Certains navigateurs, comme Christophe Colomb, en 1493, ont dit avoir rencontré des sirènes. Il en aurait vu trois près des côtes de Saint-Domingue, affirmant           « qu’elles n’étaient pas aussi belles qu’on les décrit ».

PETITE SIRENE DE COPENHAGUE 

La Petite Sirène de Copenhague

En 1835, l’écrivain danois Hans Christian Andersen, crée la légende moderne de la sirène. Ce n’est plus une terrible tentatrice mais devient une héroïne romantique qui cherche l’amour, telle Ondine qui offre son âme à l’homme qui voudra bien l’épouser. Walt Disney reprendra les éléments issus de la culture populaire et du conte d’Andersen dans son dessin animé « La Petite Sirène ».

Comme dans de nombreux récits, les sirènes sont souvent représentées avec un miroir et un peigne, comme par exemple Mélusine, autre sirène des rivières celle-là, femme légendaire du Poitou, souvent vue comme une fée, est représentée elle aussi avec son miroir et son peigne. Elle est issue des contes populaires et chevaleresques du Moyen Age.

 MELUSINE - EGLISE DE CHAUVIGNY - VIENNE

Mélusine son miroir et son peigne – Eglise de Chauvigny

Selon Edouard Brasey, ces créatures océaniques symbolisent la planète Vénus dont on sait qu’elle est exaltée dans les Poissons. D’ailleurs, Aphrodite/Vénus, déesse de l’Amour née de l’écume marine, est souvent représentée avec un miroir d’or et même si elle n’a pas de queue de poisson, elle serait l’ancêtre des sirènes et la protectrice des marins. Plus surprenant, dans La Petite Sirène, Ariel utilise une fourchette en guise de peigne.

Enfin comment ne pas évoquer deux sirènes modernes, toutes deux natives des Poissons : Elisabeth Taylor et Ornella Muti.

liz_taylor

Elisabeth Taylor

ORNELLA MUTI 

Ornella Muti

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

 

 

 

 

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

ECHECS ET ECHIQUIER

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 17-12-2012

Il faut considérer, dans l’important symbolisme du jeu d’échecs, d’une part, le jeu lui-même, d’autre part, le damier sur lequel il se déroule.

Le symbolisme du jeu, originaire de l’Inde, se rattache manifestement à celui de la stratégie guerrière et s’applique, comme aussi le récit de la Bhagavad Gîtâ, à la caste des Kshatriya. Il s’y déroule un combat entre pièces noires et pièces blanches, entre l’ombre et la lumière, entre les Titans (asura) et les Dieux (deva). Le jeu de tablettes entre le roi Wou-yi et le Ciel était un combat entre le hibou et le faisan : l’enjeu de la bataille est, dans tous les cas, la suprématie sur le monde.

 

Joueurs d’échecs en Inde

Car l’échiquier est une figure du monde manifesté, tissé d’ombre et de lumière, alternant et équilibrant yin et yang. L’échiquier sous sa forme élémentaire, c’est le mandala quaternaire simple, symbole de çiva transformateur, équivalent aussi du yin-yang chinois. L’échiquier normal à 64 cases (64 = chiffre de la réalisation de l’unité cosmique), c’est le Vastupurushamandala, qui sert de schéma à la construction des temples, à la fixation des rythmes universels, à la cristallisation des cycles cosmiques. L’échiquier est donc le champ d’action des puissances cosmiques (Burckhardt), champ qui est celui de la terre (carrée), limitée à quatre orients. Bien entendu, le mandala étant le symbole de l’existence, le combat des tendances dont il s’agit est transposable à l’intérieur de l’homme.

En outre, le jeu met essentiellement en action l’intelligence et la rigueur. L’art du joueur participe donc de l’Intelligence universelle (Virâj), dont Vastu-mandala est encore un symbole. La domination du monde par la participation à Virâj est un art de kshatriya ; c’est l’art royal (Bura, Sure, Grad, Gues).

Le jeu d’échecs, littéralement « intelligence du bois » dans toutes les langues celtiques (irlandais : idchell, gallois : gwyddwyll, breton : gwezboeli) est pratiqué par le roi pendant un tiers de la journée, disent certains textes. Le partenaire est toujours un prince ou un haut dignitaire, jamais un personnage d’humble condition. Quand il y a un enjeu, il est de grand prix : le roi d’Irlande se voit ainsi enlever sa femme Etain par le dieu Midir, pour avoir perdu une partie, dont il avait imprudemment laissé libre le choix de l’enjeu. En fait, le jeu d’échecs symbolise, dans le domaine celtique, la partie intellectuelle de l’activité royale à des fins qui n’ont rien à voir avec la morale.

 

Le Joueur d’Echecs – Photo de René Maltête

Le jeu d’échecs apparaît dans le sud de l’Europe à partir du Xe siècle. Il est vraisemblablement issu du « chaturanga », un jeu très similaire datant du VIe siècle et originaire de l’Inde. Les règles telles que nous les connaissons aujourd’hui se fixent à partir du XVe siècle.

Le jeu d’échecs est l’un des jeux de réflexion les plus populaires au monde. Et depuis son introduction en Europe, il jouit d’un prestige et d’une aura particuliers. Il a d’ailleurs très largement inspiré la culture, en particulier la peinture, la littérature et le cinéma. En France, on le surnomme « le roi des jeux » ou encore « le noble jeu ».

Depuis les origines du jeu, on organisa des compétitions. On en retrouve trace à la cour d’Haroun Ar-Rachid au VIIIe siècle. Cependant, le premier tournoi de l’ère moderne eut lieu à Londres, en marge de l’Exposition universelle de 1851 et depuis 1999, le jeu d’échecs est reconnu comme sport olympique.

 

Le Jeu du Roi ou le Roi des Jeux

ECHIQUIER

Jeu des rois, roi des jeux… L’échiquier symbolise la prise de contrôle, non seulement sur des adversaires et sur un territoire, mais aussi sur soi-même, car la division intérieure du psychisme humain est aussi le théâtre d’un combat. Que de qualités ne faut-il pas déployer à ce jeu ! L’échiquier symbolise aussi l’acceptation et la maîtrise de l’alternance, ainsi que l’observe Roger Caillois, « alternance des cases blanches et noires, comme sont les jours et les nuits, alternance d’enthousiasme et de contrôle, d’ivresse et de retenue, mais surtout parce que sur une telle étendue absolument cohérente, il n’est aucune pièce qui n’ait de répercussion sur les autres »… N’est-ce pas l’image des actes qu’accomplit un être humain sur l’échiquier de ses moyens et de ses ambitions ? Et le symbole des relations innombrables, des multiples rapports de force, qui peuvent se déployer dans un seul ensemble ?

 

La partie d’échecs de Marostica en Italie

PARTIE D’ECHECS A CIEL OUVERT EN ITALIE

A Marostica, petite ville italienne de la province de Vincenza en Vénétie, se tient la célèbre partie d’échecs vivante dont l’origine remonte à l’année 1454. Les pièces de l’échiquier sont des personnes en costume du XVe siècle, avec accessoires et chevaux. Le reste de l’année, on peut admirer les costumes dans un petit musée.

Il faut savoir que le cœur de Marostica est un ensemble médiéval merveilleusement bien conservé, entouré d’une enceinte reliant le château supérieur au château inférieur. C’est sur la place du château, Piazza Castello, devant le château inférieur, que se déroulent touts les deux ans cette fabuleuse et fastueuse partie d’échecs. Elle fait référence à l’histoire de deux nobles guerriers, Rinaldo d’Angarano et Vieri da Vallonara qui, tous les deux, étaient amoureux de la belle Lionora. Le père de celle-ci, le châtelain de Marostica, Taddeo Parisio, interdit aux deux prétendants de se battre en duel comme le voulait l’usage de l’époque et leur ordonna de jouer une partie du noble jeu d’échecs. Ce père pragmatique décida que le vainqueur de la partie pourrait alors épouser la belle Lionora, tandis que le perdant épouserait sa sœur cadette Oldrada. L’histoire ne dit pas s’ils furent heureux en ménage…

 

Cavalier d’ébène et Cavalier d’ivoire – Voilà bien un jeu dans la symbolique du Sagittaire

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

 

 

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

LES GORGES DU SAGITTAIRE EN ITALIE

(6.3.2 - A l'étranger) par sylvietribut le 10-12-2012

Est-ce la profondeur spectaculaire de ces gorges, est-ce la majesté des montagnes environnantes qui évoquent le royaume des Titans dont Jupiter était l’un des frères, qui ont valu à une rivière de l’Italie centrale, dans la province des Abruzzes, ce nom de Sagittaire. Ou bien, est-ce parce que cette rivière voyage de petites villes en petites villes à l’image du globe-trotter qu’est le Sagittaire ?

Cette rivière Sagittaire prend sa source au Lac de Scanno dont il fait partie intégrante, à une altitude de 1 930 mètres ; en amont du lac elle ne s’appelle d’ailleurs que « Torrente Tasso ». Des eaux turquoises ruisselant des Apennins voisins forment de petits lacs au fond des gorges du Sagittaire. Ensuite, le débit du Sagittario alimente une centrale électrique, construite en 1920, d’une puissance de 20 MW.

 

Le Gole del Sagittario – Les Gorges du Sagittaire – Abruzzo – Italia

La réserve naturelle des gorges du Sagittaire se trouve entre le parc de la Maiella dont le sommet atteint 2 793 mètres, celui du Gran Sasso encore plus haut avec ses 2 912 mètres d’altitude et le parc du Sirente-Velino. Cette réserve s’étend sur 450 hectares ; elle est parcourue par des sentiers pédestres aménagés pour une découverte de la faune et de la flore. On se trouve au cœur d’épaisses forêts de hêtres, arbres fabuleux qui font partie de l’univers jupitérien. Le tronc lisse du hêtre, à l’écorce gris acier, n’est pas sans rappeler une patte ou une trompe d’éléphant, le grand animal du bestiaire de Jupiter. La taille et la puissance du hêtre le place avec le chêne parmi les grands arbres des forêts, dans le monde imposant et majestueux de Jupiter. Le hêtre mesure jusqu’à 35 m de haut.

 

Le parcours du Sagittaire 

La région des Abruzzes s’étend du cœur des Apennins jusqu’à la mer Adriatique, une grande partie du territoire est donc montagneuse et sauvage et il n’est pas rare d’y rencontrer des ours et des loups. En haute montagne, parmi les sommets préservés et les parois rocheuses, on trouve de petites localités touristiques et des territoires équipés pour le ski et les sports d’hiver.

Mais, revenons à la rivière et voilà notre Sagittaire traversant de petites villes charmantes aux noms évocateurs : Anversa degli Abruzzi, Bugnara, Corfinio, Pratola, Peligna, Prezza, Roccacasale, Scanno, Sulmona, Villalago et Popoli… et puis qui court se jeter dans une autre rivière l’Aterno, près de Cocullo, un autre village surprenant, davantage dans la symbolique Scorpion puisqu’ici on voue un véritable culte aux serpents.

 

Anversa degli Abruzzi – Italie

Le village d’Anversa degli Abruzzi ne compte que quelques 390 habitants, mais son histoire et son charme lui ont valu de recevoir le label des « Borghi più belli d’Italia », les bourgs les plus beaux d’Italie. Cette commune fait également partie du « Parc littéraire Gabriele d’Annunzio », célèbre auteur du XXe siècle, natif de la région et symbole de l’héritage culturel du village qui a ainsi pu rayonner malgré sa très petite taille. Et c’est ainsi qu’Anversa degli Abruzzi s’est jumelée avec Illiers-Combray, petite bourgade d’Eure-et-Loir, en France cette fois, devenue célèbre grâce à Marcel Proust. C’est en effet à Illiers-Combray qu’habitait sa tante Léonie et c’est auprès d’elle que l’écrivain prit le goût des madeleines.

C’est ainsi que les deux communes ont eu la volonté de rapprocher leur histoire : Marcel Proust, côté français, et Gabriele d’Annunzio, côté italien, sont tous les deux des écrivains célèbres.

 

  

 

 

 

 

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

EMPEDOCLE… PHILOSOPHE… MEDECIN… ET ASTROLOGUE

(6.5 - Biographie d'Astrologues célèbres) par sylvietribut le 22-08-2012

Empédocle serait né à Agrigente, en Sicile, en 495 avant Jésus-Christ. Il était issu d’une famille aristocratique. Doté d’une forte personnalité, ce fut un homme d’Etat, un médecin, un poète. On disait même qu’il accomplissait des miracles. Il était d’ailleurs considéré comme un mystique, un guérisseur et bien sûr un philosophe. Il fut disciple de Pythagore et d’Héraclite. Il fit partie de l’Ecole d’Elée, tout comme Parménide et Pythagore.

  

Empédocle – Fresque de Signorelli – Duomo d’Orvieto – Ombrie – Italie

Ce fut aussi un ardent démocrate et un homme de grand génie et c’est pourquoi les habitants d’Agrigente lui offrirent la couronne de la ville après la chute de la tyrannie. Mais modeste, il la refusa. Par la suite, comme il avait des idées politiques bien différentes des autres, il fut contraint de s’exiler. Il voyagea donc entre Italie du sud et Grèce.

Les premiers philosophes grecs, en particulier ceux de l’école ionienne, avaient tour à tour proposé comme éléments fondamentaux, la source de toutes choses, l’Eau, l’Air, la Terre et le Feu. Comme le médecin Hippocrate, Empédocle pense que le monde est composé de quatre éléments : le Feu, l’Air, la Terre et l’Eau. Cependant, il soutint que ces quatre éléments n’étaient pas hiérarchisés, mais qu’ils se combinaient grâce à l’amour qui les unissait, et à la discorde qui les séparait. Cette conviction fut presque unanimement admise par les penseurs de la Grèce antique, et Platon l’exposa dans le Timée.

  

La Théorie des Quatre Eléments vue par Empédocle

 Ces éléments sont, selon Empédocle, éternels, immuables et doués de conscience. Rien n’est crée, rien n’est détruit, tout se transforme selon la proportion de ces quatre éléments dans une même chose. Il affirme que les rapports sont réglés par deux forces : l’amour et la haine, qui les unissent et divisent tour à tour.

C’est Claude Ptolémée qui appliqua la théorie des quatre éléments à l’astrologie dont il fut le codificateur au début de l’ère chrétienne. Il attribua chaque élément à trois signes, c’est ce qu’on nomme la triplicité. Les quatre éléments répondent aux apparences et aux états de la matière. En effet, la Terre est le principe et le support de l’état solide et de la sécheresse. L’eau, quant à elle, est principe et support de l’état liquide et du froid. L’air représente l’état volatil et gazeux et le Feu répond à la fois à la notion de fluide léger, mais est aussi support symbolique de la lumière, de la chaleur et des affinités. Voilà comment Empédocle, ses contemporains et ses successeurs, percevaient les éléments de l’Univers.

Cette doctrine donna naissance à une école médicale, connue sous le nom de Philistion, où les propriétés de ces mêmes éléments : le chaud du Feu, le froid de l’Air, l’humidité de l’Eau et le sec de la Terre, étaient considérées comme les forces actives dont une certaine combinaison dans l’organisme déterminait la santé, le degré d’intelligence et les divers tempéraments ou caractères.

Ce qu’Empédocle apporte à cette classification de l’Univers, c’est le fruit de sa méditation sur l’harmonie de toutes choses, philosophie dynamique de la nature fondée sur le rapport Amour/Haine. Il soutenait que pour que les deux tendances soient liées en elles, il fallait commencer par les séparer et que tout changement avait lieu soit par combinaison, soit par dissociation des éléments. Il affirmait qu’il existait deux puissances actives : l’une qui les réunit quand elles sont séparées, c’est l’Amour ; l’autre, qui les sépare quand ils sont réunis, c’est la Haine. Enfin, il était un état où tout était uni par l’Amitié, le « sphaïros ». Il était convaincu que même si la Haine prévalait parfois sur l’Amour, ou bien le contraire, tout ramenait quand même au sphaïros. Pour Empédocle, ce rapport entre l’Amour et la Haine signifiait que le monde était toujours en devenir passant par l’unité et par la séparation.

Cependant, Empédocle s’inspira de plusieurs autres philosophes tels qu’Héraclite ou Pythagore. On le définit donc comme « éclectique ». C’est aux Ioniens qu’il prit sa théorie des quatre éléments : Air, Terre, Eau, Feu. Et c’est aux Eléates prendra l’idée que ces éléments sont confondus dans l’unité du tout, théorie qui connut un certain succès jusqu’à l’époque de la chimie moderne. Au milieu du Ve siècle avant Jésus-Christ, Empédocle tenta de concilier la permanence des substances avec le changement perpétuel des apparences de l’Univers. Pour lui ce qui apparaît comme le commencement ou la fin d’un être n’est qu’une illusion. En réalité, il n’y a rien que mélange, réunion de plusieurs substances. Les éléments dont toutes les choses sont composées consistent en quatre substances différentes, incréées et impérissables : Eau, Terre, Feu, Air.

La théorie des éléments est loin d’être absurde et arbitraire ; elle est née de l’observation du mouvement apparent au cours de l’année, quand la cosmologie était rudimentaire, et n’est que l’expression du bons sens : l’Eau correspond au mouvement déclinant du Soleil, qui s’achève au solstice d’hiver ; la Terre, au point vernal, ou équinoxe de printemps ; Le Feu, au mouvement ascendant du Soleil, trouvant son terme au solstice d’été ; l’Air, à l’équinoxe d’automne. Ce rythme solaire entretenait la succession des saisons, les travaux de la terre, l’aspect des cultures et modifiait le comportement des peuples tirant principalement leurs ressources de l’agriculture. 

 

Théorie des Humeurs

De là allait découler la théorie des Humeurs qui aura une application directe dans la Médecine et la théorie des Incompatibilités qu’on applique en Astrologie.

C’est Galien qui va appliquer à la médecine la théorie des quatre éléments ou « humeurs peccantes », connue également sous le nom « d’humorisme » comme le formula Galien : les quatre humeurs, bile, pituite ou atrabile, sang et lymphe, sont à l’origine de toutes les maladies quand elles sont altérées ou en surabondance dans l’organisme humain. A la fin du XVIIe siècle, Pinel et Broussais combattirent cette conception, jusque-là admise par la majorité des physiologistes Au XXe siècle, sous l’influence des travaux de Richet, on y est revenu sous une forme un peu différente.

En astrologie, la théorie des humeurs sert, depuis Ptolémée, à esquisser le profil psychologique. La bile correspond au Feu (Bélier, Lion, Sagittaire), la pituite à la Terre (Taureau, Vierge, Capricorne), le sang à l’Air (Gémeaux, Balance, Verseau) et la lymphe à l’Eau (Cancer, Scorpion, Poissons). Enfin, on parle d’Incompatibilité lorsqu’il y a dissonance entre la planète maîtresse d’un signe de nature élémentaire donnée transite dans un signe d’une nature opposée. On tient compte aussi parfois des incompatibilités entre planètes dites féminines et planètes dites masculines.  

Pour en revenir à Empédocle, c’était un orateur hors pair. Il avait de plus la réputation d’être un savant, ce qui ne l’empêchait pas d’être un champion de courses de chars. Galien en parle comme le fondateur de l’école sicilienne de médecine, connue sous le nom de « Philistion », qui est à la base de sa doctrine des quatre éléments.

 Il était poète à ses heures et composa pour un ami « De la nature de l’Univers » et pour le peuple d’Acragas le poème « Purification ». Empédocle s’efforce d’y expliquer le monde sur des fondements scientifiques et rationnels, une œuvre de 400 vers.

  

Eruption de l’Etna

A la fin de sa vie, Empédocle décréta qu’il avait atteint l’état suprême puisqu’il était devenu à la fois philosophe, médecin et même faiseur de miracles. Ce n’était donc plus en mortel, mais un dieu immortel.

De nombreuses versions courent sur la mort d’Empédocle. La plus connue est celle selon laquelle il se suicida en se jetant dans le cratère de l’Etna, laissant sur le bord ses sandales. C’était en 435 avant Jésus-Christ. Une autre version affirme qu’Empédocle sauta dans le cratère de l’Etna pour prouver à ses disciples sa divinité et le volcan aurait, dit-on, recrachait une de ses sandales. 

Empédocle fut sans doute le plus étrange et les plus excentrique des Présocratiques. Il était, selon Nietzche : « la figure la plus bariolée de la philosophie ancienne ». 

«  Il s’habillait de vêtements de pourpre avec une ceinture d’or, des souliers de bronze et une couronne delphique. Il portait des cheveux longs, se faisait suivre par les esclaves et gardait toujours la même gravité de visage. Quiconque le rencontrait croyait croiser un roi » nous rapporte Favorinus d’Arles.

 

La sandale d’Empédocle 

Bibliographie

Dictionnaire de l’Astrologie – Jean-Louis Brau – Librairie Larousse – Les Dictionnaires de l’Homme du XXe siècle

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

LA CONSTELLATION DU CRABE OU DU CANCER

(5.7 - CONSTELLATIONS ET ETOILES FIXES) par sylvietribut le 11-07-2012

La constellation du Crabe ou du Cancer se trouve à l’Est des Gémeaux, et elle est peu visible. Pour la trouver, il faut partir de Castor, la plus septentrionale des étoiles des Gémeaux, et construire un triangle équilatéral ayant pour base Procyon. Le sommet du triangle est sur l’écliptique, au centre du Cancer, sur Asellus Sud ou Delta Cancri, de magnitude 4. Encore moins visible, Asellus Nord, ou Gamma Cancri, est à 4° au Nord. Entre les deux, légèrement à l’ouest, se trouve un amas d’étoiles célèbres, Praesepe dite aussi la Crèche ou la Ruche, qui apparaît à l’œil nu sous la forme d’un petit nuage. Cet amas ne contient pas plus de 500 étoiles, et on peut en distinguer environ 80 avec de bonnes jumelles. Au sud, deux étoiles marquent les pattes du crabe : Acubens, et à l’Ouest, Al Tarf, alpha et bêta Cancri.

 

Constellation du Crabe ou du Cancer

Praesepe signifie « Essaim d’abeilles », et c’est un nom plein d’à-propos pour un amas d’étoiles ; mais on l’a vu aussi sous la forme d’une mangeoire, flanquée de deux ânes : Asellus Nord et Asellus Sud.

Cette constellation était appelée « Tortue » par les Babyloniens et « Scarabée » par les Egyptiens, 4 000 ans avant Jésus-Christ. Cependant, dès 2 000 ans avant Jésus-Christ, la plupart des civilisations la dénommaient « Crabe » ou une semblable créature à pinces. Quelques Grecs en parlaient sous le nom de « Porte des Hommes », là d’où les âmes provenaient pour pénétrer les corps à la naissance. Elle était l’une des 48 constellations identifiées par Ptolémée.

Dans la mythologie grecque, les récits concernant le Cancer sont aussi flous que les étoiles qui composent cette constellation. Le Crabe aurait été écrasé d’un coup de talon par Héraclès/Hercule, dont il essayait de pincer l’orteil, alors que le héros combattait l’Hydre, monstre au corps de chien et aux huit ou neuf têtes de serpent.

En revanche, dans les civilisations mésopotamiennes primitives, le Cancer joue un rôle important. Il représente la porte par laquelle passent les âmes, après leur séjour dans les étoiles, pour aller naître sous la forme d’êtres humains. Il existe un rapport entre le signe zodiacal du Cancer et le caractère peu visible de la constellation qui porte le même nom.

En effet, le passage du Soleil dans le signe marque le solstice d’été dans l’hémisphère Nord ; le Soleil atteint sa hauteur maximale au-dessus de l’horizon et « se tient immobile » : c’est l’étymologie latine du mot « solstice ». Ce moment-clé du calendrier solaire est marqué par les alignements de pierres que l’on trouve dans de nombreux sites préhistoriques, par exemple à Stonehenge (*).

La latitude du Soleil, au moment du solstice d’été, définit la position du tropique du Cancer. Le mot « tropique » vient du grec « tropos » qui signifie « tourner », et les solstices sont par conséquent des époques importantes, tant dans le calendrier que pour les affaires humaines.

 

Carl Gustav Jung

Le symbolisme du tropique du Cancer fournit la base d’une histoire bien connue, que raconte le psychologue Carl Gustav Jung lorsqu’il explique que c’est le complexe de synchronicité : simultanéité non causale, plus mystérieuse que la cause et l’effet, qui sous-tend tous les arts divinatoires, dont l’astrologie. Une patiente lettrée, mais névrosée, racontait à Jung un rêve dans lequel elle voyait un scarabée doré. Alors qu’elle parlait, Jung entendit frapper à la fenêtre de son bureau. Il ouvrit et un scarabée entra. Jung le prit et le présenta à sa patiente en disant : « Voilà votre scarabée ». La patiente resta abasourdie de l’irruption de la réalité dans son rêve, et le choc que lui procura cette « coïncidence » fut le tournant de sa thérapie.

 

Le site de Stonehenge – Angleterre

(*) En 1740, William Stukeley, qui s’intéressait à l’archéologie, a noté que l’axe des grandes pierres grises de Stonehenge, dans la plaine de Salisbury en Angleterre, était dirigé vers le Nord-Est, « là où le Soleil se lève quand les jours sont le plus longs ». Cependant, la croyance populaire avait depuis longtemps établir un lien entre le solstice d’été et Stonehenge puisque, depuis des siècles, on y organisait des fêtes de la mi-été. C’est ainsi qu’en 1223 l’évêque de Salisbury vilipendait, sans résultat, ces festivités, ces « jeux vils et inconvenants ». Il y avait probablement là trop de paganisme à son goût. Aujourd’hui, on sait que, au solstice d’été, pour un observateur placé au centre de Stonehenge, le Soleil se lève au-dessus de la grosse pierre d’assise, située à l’intérieur du site. Cependant, du point de vue astronomique, Stonehenge est très complexe, et c’est ce qui explique que ce lieu étonnant ait, depuis le début du XXe siècle, été considéré comme un ancien observatoire, mais aussi qu’il ait joué un rôle essentiel dans le développement de la connaissance de l’astronomie ancienne, ou archéo-astronomie.

 

Le scarabée d’or dans le miroir

Bibliographie

Le langage secret des Etoiles et des Planètes – Geoffrey Cornelius/Paul Devereux – Editions Solar – Paris

 

 

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,