LES DUALITES DE MERCURE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 5.3.3 - MERCURE, 6.6.3 - LES MYTHES DES GEMEAUX ET DE MERCURE) par sylvietribut le 27-08-2013

Mercure, dont le diamètre représente moins de la moitié de celui de la Terre, est la plus petite des planètes inférieures. C’est aussi la plus proche du Soleil, elle en est séparée par 58 millions de kilomètres. Vu de la Terre, Mercure ne s’écarte jamais de plus de 28° du Soleil, et son mouvement orbital, qui dure 88 jours, semble aller vers l’arrière, puis vers l’avant, qui correspond au mouvement rétrograde ; comme si la planète escortait l’astre du jour et c’est ce qui a valu à Mercure d’être considéré comme un héraut ou un messager par la mythologie. Cette planète est si proche du Soleil qu’elle est difficilement observable à l’œil nu, sinon brièvement, au début de l’été ou de l’automne, au moment du lever ou du coucher du Soleil. 

LA PLANETE MERCURE

La planète Mercure

Ce mouvement de rétrogradation est l’un des aspects les plus étonnants du mouvement des planètes et cette boucle que beaucoup d’entre elles accomplissent quand elles viennent en situation de conjonction inférieure ou d’opposition. Ce phénomène est évidemment une illusion d’optique, due au mouvement propre de la Terre.

Entre 1924 et 1929, l’astronome Eugène Antoniadi a observé en détail Mercure. Avec un télescope géant, il a distingué des zones sombres sur la surface de la plante, auxquelles il a donné des noms empruntés aux mythologies grecque et égyptienne : Apollonia, Horarum, Aurora. Selon lui, il s’agissait de vastes régions obscures, aussi mystérieuses et séduisantes que les personnages dont il avait emprunté les noms. Malheureusement, des observations ultérieures, plus précises, ont montré que ces fameuses zones n’existaient pas.

Pour les prêtres-astrologues de l’ancienne Mésopotamie, Mercure était le dieu Nabou, et on célébrait un culte en son honneur, essentiellement dans la ville de Barsippa, située à quelques kilomètres au sud de Babylone. Peu d’éléments concernant Nabou nous sont parvenus, mais on sait tout de même que, vers 1000 avant Jésus-Christ, il a remplacé une ancienne déesse sumérienne, Nisaba ou Nidaba, la patronne des scribes. Il est le fils de Mardouk, l’équivalent de Jupiter, et on considérait que toute variation de l’aspect de la planète Mercure laissait présager quelque changement pour le fils du roi, le prince héritier. Le septième jour des fêtes du Printemps, marquant le nouvel an en Mésopotamie, Nabou délivrait Mardouk de sa captivité, ce qui symbolisait la restauration de l’autorité et de l’ordre pour l’année à venir. Le onzième jour, les dieux se réunissaient pour décider du destin du monde, tandis que Nabou enregistrait leur jugement.

Les Sumériens croyaient aussi que Nabou avait le pouvoir de faire tomber la pluie, sans doute parce qu’il était censé avoir une action bénéfique sur les récoltes. C’est peut-être à partir de ces croyances que les Grecs et les Romains de l’Antiquité ont associé Mercure aux activités commerciales. Plusieurs langues européennes ont conservé la racine latine de « Mercurius » dans des mots tels que « marchand » et « commerce ». Selon Jules César, c’était le dieu le plus célébré en Gaule et en Angleterre.

Mercure2 

Mercure, Maître des Gémeaux et de la Vierge, tenant dans sa main droite une bourse, symbole du commerce et dans sa main gauche le caducée, baguette magique faite de deux serpents entrelacés, symbole de paix et ayant un pouvoir de guérison – Dans la partie inférieure du tableau ceux que Mercure protège : les voyageurs, les moissonneurs et les marchands – Illustration extraite de De Sphaera – XVe siècle

Le dieu Mercure est l’équivalent romain du dieu grec Hermès. A l’origine, c’était le dieu de la Fécondité et celui des Voyageurs. Le nom « Hermès » signifie littéralement « celui du tas de pierres » : ce dieu était en effet honoré par des empilements de pierres placés sur le bord des routes, et chaque voyageur ajoutait la sienne, tradition qui se perpétue encore dans les randonnées et l’escalade. En outre, ce dieu guidait l’âme des morts vers le monde souterrain. Il portait un couvre-chef qui le rendait invisible et faisait de lui le messager des dieux.

MERCURE VOLANT LE TROUPEAU D'APOLLON - LORRAIN

Mercure volant le troupeau d’Apollon par C. Lorrain

La nature divine d’Hermès-Mercure a été établie dès sa naissance. Ce jour-là, avant midi, il inventa la lyre, et à la fin du jour, comme pour montrer son habileté à jouer des tours, il vola le bétail de son frère Apollon. Ayant séparé du troupeau cinquante génisses, il les conduisit, à la nuit tombée, en bas de la montagne. Pour modifier les traces de leur passage, il les fit marcher à reculons et chaussa d’énormes sandales pour déguiser ses propres traces de pas. Apollon en conçut de la colère, mais Zeus/Jupiter fut charmé par l’intelligence de l’enfant dont il fit son échanson. Dans certaines des représentations plus anciennes, Hermès a l’aspect d’un vieil homme portant une longue barbe, alors qu’à l’époque grecque classique c’était un beau jeune homme. En astrologie, il est souvent décrit comme l’incarnation des deux sexes, l’hermaphrodite.

MERCURE

Parfois Mercure porte un couvre-chef ailé, parfois les ailettes sont aux pieds

Un élément important de l’histoire de Mercure a son origine en Egypte. Dans le monde hellénique les derniers siècles qui ont précédé la naissance de Jésus-Christ, l’assimilation de Mercure au dieu égyptien Thot était très largement admise. Cependant, à l’époque des premières dynasties, environ 3 000 ans avant Jésus-Christ, Thot était un dieu lunaire, doté de beaucoup des attributs caractéristiques de Mercure. Il était l’inventeur des sciences, en particulier de l’écriture, et le dieu de la Médecine. Comme Hermès, il assurait en même temps les fonctions de messager et de scribe des dieux. Ce glissement des attributions, de la Lune à Mercure, illustre l’assimilation culturelle qui s’est effectuée, sous l’influence grecque, au cours du IVe siècle avant Jésus-Christ. A partir de cette époque, Mercure tend à être appelé Hermès Trismégiste, et ce nom, qui est en même temps un symbole, sera par la suite employé par les mages et les alchimistes. Les Grecs d’Egypte appelaient couramment leurs dieux « megistos » ce qui signifie « le plus grand ». Or, dans la langue égyptienne ancienne, on répétait plusieurs fois un adjectif pour lui donner plus de force ; suivant cet exemple, on exemple, on a répété trois fois le terme « megistos » après le nom du dieu Thot-Hermès, pour signifier « trois fois le plus grand », ensuite abrégé en « trimesgistos ». Rapidement, le nom d’Hermès Trimégiste est passé dans le langage courant. Ce dieu était considéré comme celui qui avait donné à l’homme la médecine, la magie, l’astrologie et l’alchimie. Dans l’alchimie européenne, nous la rencontrons sous son nom romain, Mercure, idéal de l’œuvre alchimiste et guide secret des adeptes de cette science, prenant parfois la figure du Christ, parfois celle d’un fourbe ou d’un dragon gardant le secret de la pierre philosophale.

MERCURE MAITRE DES GEMEAUX ET DE LA VIERGE

En astrologie, on dit que ceux qui sont nés sous l’influence de la planète Mercure ont l’esprit vif, qu’ils sont habiles et alertes, capables de penser rapidement et de parler avec facilité. Cependant, on considère qu’ils ont aussi une certaine tendance à l’inconstance.

Mercure était un dieu aux multiples fonctions, puisqu’il protégeait aussi bien les commerçants que les voleurs, ou même les artistes, en plus d’être le messager des dieux. Psychopompe, il était aussi transformateur des énergies. Dans l’interprétation astrologique classique Mercure conserve ces attributions. Il régit aussi les facultés intellectuelles, la compréhension, l’adaptation et le savoir-faire.

Le Mercurien type conserve les qualités propres et les défauts de l’adolescence. Doté d’un esprit vif et rapide ainsi que d’une très grande faculté d’assimilation, il parvient sans grande peine à posséder des connaissances sur un grand nombre de sujets. Toutefois, il ne s’agit souvent que d’un savoir de façade car il est incapable d’un effort soutenu dans la plupart des cas. Gai, subtil, jonglant avec les mots et les idées, avec une soif du dialogue, du contact humain, le Mercurien brille dans la société qu’il recherche. Mais tout n’est pas parfait chez lui, notamment quand des indications dissonantes s’imposent dans le thème, alors il peut même se révéler peu scrupuleux. 

CADUCEE SUR MONNAIE ROMAINE

Le caducée sur une pièce de monnaie romaine

Bibliographie

Le langage secret des étoiles et des planètes – Geoffrey Cornelius/Paul Devereux 

Dictionnaire de la Mythologie – Jean-Louis Brau – Larousse  

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UN MYTHE POISSONS. .. ŒDIPE AUX PIEDS GONFLES

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.6.12 - LES MYTHES DES POISSONS ET DE NEPTUNE) par sylvietribut le 08-03-2013

Le Roi Laïos, inquiet de ne pas avoir d’héritier, alla consulter l’oracle de Delphes. Celui-ci prédit que le fils qui lui naîtrait tuerait son père et épouserait sa mère. Malgré ces fatales prédictions, un enfant naquit à la cour de Thèbes. Jocaste, sa mère, effrayée de la sentence de l’oracle, l’abandonna sur le Mont Cithéron, après lui avoir percé les chevilles avec une aiguille et les lui avoir liées avec une lanière. Des bergers recueillirent l’enfant. Ils l’appelèrent Œdipe, ce qui signifie « pied enflé » et le présentèrent au roi de Corinthe Polybos, époux de Périboéa qui, sans enfant, l’adopta avec joie et l’éleva comme son propre fils. Un jour, un jeune Corinthien apprit à Œdipe qu’il n’était qu’un enfant trouvé. Intrigué par cette révélation, Œdipe consulta l’oracle de Delphes, qui répéta l’horrible prédiction faite à Laïos : « Tu tueras ton père et épouseras ta mère ». Persuadé que Polybos et Périboéa étaient ses véritables parents, Œdipe les quitta en hâte. Dans un défilé, non loin de Delphes, il croisa Laïos sans savoir que celui-ci était son père et, s’étant pris de querelle avec lui, il le tua en coupant le timon de son char. Ainsi s’accomplissait la première prédiction.

OEDIPE RECUEILLI ET NOURRI PAR LE BERGER PHORBAS - DENIS-ANTOINE CHAUDET

Œdipe bébé recueilli et nourri par le berger Phorbas – Denis-Antoine Chaudet – Musée du Luxembourg

Poursuivant sa route et parvenu aux portes de Thèbes, Œdipe rencontra le Sphinx, monstre terrifiant, qui posait une énigme aux voyageurs et les dévorait s’il n’obtenait pas de réponse. Œdipe sut trouver la bonne réponse et le Sphinx, dépité, se jeta du haut d’un rocher et se tua, délivrant ainsi le pays de la terreur. Accueilli à Thèbes comme un bienfaiteur, Œdipe fut nommé roi et épousa Jocaste, ignorant qu’elle était sa mère. Ainsi s’accomplit la seconde prédiction. De cette union incestueuse naquirent quatre enfants : Etéocle, Polynice, Antigone et Ismène.

Quelques années plus tard, une peste s’abattit sur la ville et l’oracle consulté répondit : « Il faut expulser de la ville le meurtrier de Laïos ». Contre ce meurtrier, c’est-à-dire contre lui-même, Œdipe, toujours dans l’ignorance de son crime, prononça une malédiction implacable. Mais bientôt les révélations embarrassées du devin Tirésias permirent au héros de deviner la vérité. De honte, Jocaste se pendit ; Œdipe se creva les yeux et, chassé de Thèbes, erra en mendiant dans la contrée, accompagné de sa fille Antigone qui, seule, lui était restée fidèle.

A la fin de sa vie, l’infortuné Œdipe trouva asile en Attique, auprès de Thésée. A Colone, petit bourg non loin d’Athènes, les Erinyes l’entraînèrent dans la mort. Toutefois, Thésée accorda une sépulture au corps de cette victime de la plus terrible des fatalités, car il était dit que le tombeau d’Œdipe serait un gage de victoire pour le peuple athénien.

L'HOMME ZODIAQUE

Pieds et Poissons dans l’homme-zodiaque

Parmi les mythes liés au signe des Poissons, il en est un qui semble s’imposer et dont bien sûr une autre interprétation pourrait être proposée. Après Freud, cela semble bien présomptueux. Œdipe, en effet, semble toujours vivre sa vie à contretemps, prendre conscience de la réalité un instant trop tard, incapable de maîtriser un destin qui perpétuellement lui échappe. Le seul nom d’Œdipos nous met sur la voie. Œdipe aux pieds gonflés, celui dont, enfant on a transpercé les pieds en le livrant aux bêtes de la forêt, pour qu’il ne puisse plus marcher et se fasse ainsi plus rapidement dévorer. Aimables parents que ceux qui se débarrassent ainsi d’un enfant sous prétexte qu’un oracle a prédit le meurtre, par lui, de son père. Pas un instant nous n’entendons la mère élever la moindre protestation. Tiamat, la mère terrible des Mésopotamiens, est moins inflexible. A dire vrai, la fin tragique des parents d’Œdipe n’est-elle pas méritée ?

En astrologie, les pieds font partie de la zone du corps associée au signe des Poissons. Le pied est symboliquement lié à l’âme, au destin subi par cette âme ; il est, dans son mouvement, ambivalent, alternativement incrusté dans le sol ou séparé de lui, au cours de la marche. Il se pose et s’élève. Il permet de voir ce que les yeux ne perçoivent pas, en appréhendant le sol avec prudence. Certaines femmes Maya disent qu’avec des chaussures elles ne peuvent plus voir… L’empreinte du pied de Bouddha inscrit en quelque sorte dans le sol sa loi, sa sagesse.

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Thémis plongeant Achille, son fils, dans les eaux du Styx – Rubens

On pense aussi au talon d’Achille, ce point vulnérable d’un héros invincible. Pour le tremper dans l’eau qui devait le protéger de la mort, il fallait bien que sa mère le tienne, peut-être n’avait-il pas encore de cheveux… En le saisissant par un pied, par le talon, elle pouvait espérer le sauver de tous les périls. Et c’est au talon, bien sûr, qu’Achille sera blessé. Ne pas oublier non plus, une autre symbolique du pied, sexuelle celle-là. Quant à Œdipe, il est recueilli par des gens bienveillants qui le soignent et le sauvent, et qu’il prendra, bien sûr, pour ses véritables parents.

Lorsque dans l’Œdipe Roi de Sophocle, le roi Œdipe refuse de croire ce que lui dévoile le devin Tirésias, nous retrouvons l’homme terrifié par ce destin annoncé, cette malédiction écrasante… et nous percevons qu’il se défend de ce qu’il sait inconsciemment, de ce que lui-même a pressenti de ce destin. Il refuse la révélation et insiste en même temps pour savoir, au risque de tuer Jocaste qui a compris avant lui, la vérité dont sont chargés les propos de Tirésias.

OEDIPE ROI

Oedipe et Tirésias

Sa mère n’a pas d’autres recours que de mourir, elle qui n’a pas su affronter cette terrible réalité, découvrir qu’elle est à la fois la mère d’Œdipe, sa femme et la génitrice de leurs enfants, et devoir regarder en face Œdipe qui désormais connaît son histoire, découvre que c’est elle, sa mère, qui a projeté de le faire mourir. S’il n’avait été recueilli par un berger alors qu’il n’était encore qu’un nouveau-né, tout cela à cause d’une autre prédiction susceptible de faire d’Œdipe le meurtrier de Laïos, son père et l’époux de sa royale mère, il aurait été dévoré par les bêtes sauvages.

On dit parfois que, pour empêcher le retour du mort, de son fantôme, on lui transperce les pieds. On ne peut se tromper sur les intentions meurtrières de Laïos et de Jocaste. Dans d’autres traditions, on coupe les morts en morceaux pour les empêcher de revenir hanter les vivants. Le « diasparagmos », le morcellement d’Osiris et plus tard de bien d’autres, d’Orphée, de Dionysos, serait lié à cette tradition, originaire, sans doute de l’Egypte soudanaise.

jocaste 

Jocaste

Peut-être aussi les découpe-t-on pour que le sang attire les bêtes et qu’ils soient dévorés plus vite. En ce qui concerne Jocaste, il n’est dit nulle part qu’elle confie l’enfant à un berger pour qu’il le sauve. Si la vision de ce bébé émeut de compassion cet homme simple qui le remettra à un couple stérile, c’est qu’Œdipe était condamné par les dieux à accomplir son destin, inscrit de toute éternité dans les tables célestes… L’ami du berger est un roi, Polybe, qui aimera Œdipe comme son fils. Mais, apprenant la prophétie selon laquelle il est condamné à tuer son père aimant et à partager la couche de sa mère, Œdipe s’éloignera, il tentera de fuir pour les préserver. La tragédie se noue sur un malentendu. Incertitudes, non-dits, mystères, secrets, nous sommes bien ici dans le registre des Poissons, pieds inclus…

Ne dit-on pas que la Maison XII du thème astral, en analogie avec le douzième signe, celui des Poissons, qu’elle est un lieu d’épreuves ? Certes elle est également un lieu de sacrifice et de rédemption. Mais nous retrouvons ici cette notion de « rites de passage », eux aussi toujours porteurs de sacrifices. Œdipe, plus qu’aucun autre héros grec, cumule sa part d’épreuves… Dans son histoire il y a le poids de la culpabilité mais encore celui de l’irresponsabilité ; l’aveuglement qui se traduira concrètement par la cécité. Et le sacrifice, terme essentiellement lié à la nature oblative des Poissons.

oedipe - humoristique

Philippe Geluck – Le Chat

Œdipe n’est pas conscient des forces destructrices dont il est porteur. Son innocence ne saurait être contestée. S’il est violent parfois, comme la mer peut l’âtre, il n’est ni cruel ni méchant. Ses intentions ne sauraient apparaître comme mauvaises. C’est lui, dès l’origine, la victime. Œdipe est un homme de bonne volonté, qui s’éloigne de ses parents aimés pour ne pas leur nuire et sans doute lui en coûte-t-il…

Les Grecs invoquent volontiers le Fatum, le destin, les épreuves imposées par les dieux. Œdipe pourrait légitimement se dire qu’il n’y est pour rien, que tout cela ne le concerne pas. Ce serait la tentation de l’inconscience et de l’irresponsabilité. Mais, face au Fatum, à ce destin inscrit dans les dieux, il y a le sacrifice, ce sacrifice qui est fait pour « faire du sacré », remettre de l’ordre dans le monde, dans le jeu entre ciel et terre. Nous retrouvons ici des concepts neptuniens, Poissons…

L’histoire d’Œdipe met en scène une âme blessée, humaine, accablée par un destin d’une cruauté extrême menée jour après jour au sacrifice par ces dieux aux intentions indéchiffrables.

Dans l’Œdipe à Colone, Œdipe parvient là où il veut aller. Aidé par Thésée, il écartera ses filles Antigone et Ismène, pour aller mourir en un lieu mystérieux, où il disparaîtra, enfin pardonné par les dieux mais sans que le lecteur connaisse jamais exactement le secret de sa mort. La présence de Tirésias, dans cette aventure œdipienne, est constante, du début, à la naissance même d’Œdipe, jusqu’à sa mort. Comment les pouvoirs du devin seraient-ils absents d’un mythe Poissons ?

Le signe, en effet, est inséparable des oracles, de la voyance, du don de double vue, si fréquent en outre chez les aveugles dont Tirésias, et Œdipe, font partie…

Pisces2009 

Bibliographie 

Dieux et Héros du zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Editions Robert Laffont

Dictionnaire de la Mythologie Grecque et Romaine – Joël Schmidt – Larousse

 

frise feuille d'acanthe

 

 

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THEMIS… DEESSE DE LA JUSTICE ET DE LA BALANCE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 22-10-2012

Depuis l’Olympe, Thémis régnait sur la Justice et dans la grande galerie des dieux et des déesses, elle tenait un rang particulièrement important. Elle était fille d’Ouranos et de Gaïa, c’est-à-dire du Ciel et de la Terre. De ce fait, elle était sœur de Saturne et tante de Jupiter. Thémis était donc une Titanide. Sa double origine souligne de façon très nette cette dualité qui caractérise bien le signe de la Balance. Sa situation à l’équinoxe d’automne le place au point de rencontre des valeurs matérielles et des valeurs spirituelles, des forces du jour et des forces de nuit, de la Terre et du Ciel.

Thémis

Assiste au pied du trône de Zeus/Jupiter, Thémis aidait de ses conseils avisés, le roi des dieux à gouverner l’univers. Elle-même veillait à ce que règne partout, dans le ciel comme sur la terre, entre les dieux comme entre les hommes, l’ordre et la paix. Et si une mission délicate se présentait, c’est à Thémis que le Maître de l’Olympe la confiait. Voilà bien tous les symboles que la Balance véhicule : paix, sûreté du jugement, diplomatie, esprit de conciliation. Ses couleurs vestimentaires étaient dominées par le blanc, symbole de pureté et de candeur, « candide » en latin signifie « blanc », et puis aussi le noir et le pourpre.

Les attributs que le mythe confère à Thémis et avec lesquels les artistes à travers les siècles l’ont représentée sont la balance et le glaive. Parfois, elle porte aussi un bandeau sur les yeux. Quelles significations peut-on donner à ces attributs ?

La balance, c’est bien sûr le symbole universel de la justice dont l’impartialité est garantie par le bandeau sur les yeux. Quant au glaive, il peut surprendre lorsqu’on connaît le dégoût que la violence inspire aux natifs de la Balance. Mais ce qu’on oublie, c’est que l’injustice leur est proprement insupportable et qu’ils sont capables de devenir violents lorsqu’il s’agit de rétablir la justice ou de se révolter contre l’injustice, surpris eux-mêmes de la détermination qui les anime en de telles circonstances.

De son neveu Jupiter qui, dit-on, la força à l’épouser alors qu’elle désirait garder sa virginité, Thémis eut trois filles : l’Equité, la Loi et la Paix. Il y a d’étroites relations entre ces trois sœurs qui sont inséparables car, lorsque l’équité est garantie par la loi, la paix règne entre les hommes.

A noter que la seconde épouse de Zeus/Jupiter fut Héra. Quel contraste entre Thémis, Vénus en Balance, qui évoque la force de la permanence et de l’impartialité et Héra, Vénus en Taureau, possédée par une jalousie dévorante.

Bien que la Balance ne soit ni son domicile, ni le lieu de son exaltation, la planète Jupiter est à l’aise dans ce signe, sans doute en raison des bons rapports que le Maître des dieux entretenait avec Thémis. De plus, sa présence dans la Balance peut avoir d’heureux effets si l’on en juge par ces trois filles qui naquirent de leur union. Voilà un bel exemple montrant comment on peut appliquer la mythologie à l’astrologie, comme si dieux et planètes se confondaient.

La danse des Heures de Bartolozzi

Thémis, mère incestueuse malgré elle, eut encore d’autres enfants de son royal époux et neveu. Il est vrai que l’inceste n’était pas mal perçu dans l’Olympe. Thémis mit donc au monde les Heures, également au nombre de trois : Thallo, Carpo et Auxo. Ces divinités qui se présentent à nous comme des vierges charmantes, parées de fleurs et de fruits, chargées d’ouvrir au soleil et de fermer à la nuit les portes d’or de l’Olympe. En outre, elles présidaient à l’ordre de la nature et à la succession des saisons. Quand elles n’étaient pas retenues par leurs charges, elles dansaient et chantaient en compagnie des Muses et des Grâces.

Avec les Heures, on retrouve les concepts d’équilibre (l’ordre du monde) et de proportion (temps divisé en saisons et en heures) propres à la Balance. Par ailleurs, l’influence de Vénus, planète-maîtresse de la Balance, se manifeste dans la grâce, les chants, les fleurs et les fruits. Vénus-Uranie, attribuée à la Balance, est considérée comme plus éthérée, plus idéaliste que la Vénus du Taureau.

 

Les Parques

Très différentes des Heures étaient les trois dernières filles que Thémis donna à Jupiter-Zeus, les redoutables Parques, qui fixaient le destin des hommes. Le tableau de Michel-Ange qui les représente dans l’exercice de leurs fonctions n’est pas pour nous rassurer. Ce ne sont pas de charmantes jeunes filles, mais des femmes d’âge mûr dont la vue inspire la crainte. Ces trois sœurs se nomment : Clotho, Lachésis et Atropos. Chacune avait une tâche bien déterminée : Clotho tenait la quenouille qui filait le fil de la vie dont Lachésis mesurait la longueur et que les ciseaux d’Atropos tranchaient inexorablement quand sonnait l’heure du destin.

Si les Heures rappellent la douce et belle Vénus, planète dignifiée dans la Balance, les Parques font immédiatement penser à Saturne, planète exaltée dans la Balance. Or, sur d’anciennes gravures, Saturne est représenté avec deux attributs : la faux et le sablier, qui confirment ce rapprochement avec les Parques. Il y a, d’une part, une analogie évidente entre la faux et les ciseaux et d’autre part, entre le sablier et le fil de la vie qui se déroule. Quelles belles coïncidences dans toutes ces analogies que nous devons à la divine Thémis dont on disait qu’elle avait de belles joues, trait particulièrement vénusien.

L’autre mari de Thémis fut le Titan Japet de qui elle eut Prométhée. Elle transmit à son fils une grande partie de sa sagesse et comme elle connaissait aussi l’avenir et des secrets dont Zeus-Jupiter lui-même était ignorant, tel que le destin de Thétis, qui devait devenir plus puissant que son père. C’est grâce à sa sagesse que Prométhée, plus tard, fut libéré de son châtiment par Zeus-Jupiter.

Succédant à Gaïa comme possesseur de l’oracle de Delphes, Thémis révéla à Pyrrha et à Deucalion le moyen de repeupler la terre après le déluge. Elle avertit également Atlas qu’un jour un fils de Zeus/Jupiter viendrait voler les pommes d’or des Hespérides. Ce fut pour cette raison qu’Atlas refusa d’aider Persée lorsque celui-ci le lui demanda. Elle transmit plus tard l’oracle de Delphes à sa sœur Phoebé, ou bien dit-on aussi à Apollon, lorsque le dieu revint du Tempé où il avait été purifié du meurtre de Python… Mais là est une autre histoire qui n’appartient pas au monde de la Balance.

Par ailleurs, comme on sait la Balance préside aux mariages et la lecture des mythes nous apprend que viol de Rhéa, déesse de la Terre, impliqua que les Hellènes adorateurs de Zeus, transformèrent toutes les cérémonies funéraires et agricoles. De plus, elle lui avait interdit de se marier, ce qui signifie que jusqu’alors la monogamie était tout à fait inconnue ; les femmes prenaient autant d’amants qu’il leur plaisait. Le fait que Zeus soit le père des Saisons par Thémis signifie que les Hellènes réglèrent également le calendrier : Thémis, l’ordre, était la Grande Déesse qui divisa l’année en treize mois comportant deux saisons séparées par les solstices d’hiver et d’été. A Athènes, ces saisons étaient personnifiées par Thallô et Carpô ou Carpho, qui signifient respectivement « qui germe » et « qui se fane » ; leur temple contenait un autel à Dionysos phallique, mais là encore cela n’appartient pas au monde ordonné de la Balance.

 

La Justice – Allégorie du bon et du mauvais gouvernement – Ambrogio Lorenzetti – Palazzo civico Siena – Italie

La « thémis » est la justice immanente, c’est-à-dire celle qui ne passe pas par la médiation d’une procédure judiciaire, mais celle qui relève directement des dieux. Dans la mythologie grecque, les dieux étaient les gardiens du cosmos et il fallait que chacun reste à sa place. Les dieux frappaient ceux qui venaient troubler l’ordre de l’univers, comme ceux qui s’écartaient de leur position. C’est la représentation de Thémis que nous avons aujourd’hui encore sur nos palais de justice actuels : une femme qui d’une main tient une balance, c’est-à-dire qui maintient l’équilibre du cosmos, et de l’autre un glaive. Parfois elle porte un bandeau sur les yeux, signe de son impartialité.

Cependant, à l’époque grecque, Thémis ne représentait pas la justice judiciaire. Thémis était une justice divine. On voit là l’origine religieuse de la justice, c’est un attribut divin. Les dieux ne rendaient pas justice mais ils frappaient ceux qui introduisaient du chaos dans l’ordre de l’Univers. L’ordre, c’est quand chacun reste à sa place, c’est le « connais-toi toi-même » du Temple de Delphes, c’est être dans la mesure ; la démesure, l’excès étant facteur de chaos. La première fonction de la justice divine était d’empêcher la démesure. Les hommes n’avaient rien à faire, cette justice ne relevait pas d’eux. L’homme devait juste rester à sa place.

Sous sa forme archaïque, la justice est simple : il faut évaluer, peser l’égalité entre l’action et la répression de cette action ; c’est une justice simple, de pure égalité, la seule chose visée est que le monde retrouve l’ordre qui était le sien. La justice veut rétablir l’ordre. Elle ne prend pas en compte l’amendement du coupable : que le coupable soit meilleur ou son affliction… Seul l’ordre intéresse cette justice. Notre justice judiciaire a ce but, celui aussi de ramener la démesure dans l’ordre. Notre justice actuelle est en fait la descendante de Dicé, la fille de Thémis selon la mythologie.

 

Dicé, Eunomie et Eiréné – Filles de Thémis et de Jupiter

Dicé personnifiait la justice humaine dans ses aspects moraux et pénaux. Il faut savoir que Dicé était née mortelle et que Zeus/Jupiter la fit venir sur terre pour maintenir la justice au sein du genre humain. Cependant, il se rendit compte rapidement que cette tâche était impossible et il la rappela auprès de lui sur le Mont Olympe.

C’est dans le climat philosophique d’Athènes, au Ve siècle avant Jésus-Christ, que Dicé fut personnifiée comme la déesse de la justice morale. Dicé était l’une des trois Heures que Thémis avaient eues avec Zeus/Jupiter comme le mentionne Hésiode. Ses deux sœurs étaient Eunomie et Eiréné. La première représentait la justice humaine dans son aspect légal, c’est-à-dire la Loi et l’Ordre ; la seconde était la paix qui fut comparée par les Romains à Astrée.

Selon Hésiode et Homère, les Heures habitaient l’Olympe. Elles avaient des temples à Corinthe, Athènes, Olympie. On célébrait en leur honneur des fêtes appelées Horées, dans lesquelles on demandait la prospérité des biens de la Terre. Les Grecs n’admettaient que trois Heures : Eunomie, Dicé et Eiréné que l’on retrouve dans le prénom Irène. Les Romains compteront ensuite douze Heures qui représenteront les douze mois de l’année.

 

Thémis – Francfort – Allemagne

 

Bibliographie

Dictionnaire de la Mythologie – Michael Grant & John Hazel – Chez Marabout

Le Grand Livre de la Balance – Henri Latou – Tchou Editeur

Les Mythes grecs – Robert Graves – Editions Fayard

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