POISSON D’AVRIL

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 31-03-2012

La tradition des blagues du 1er avril est peut-être liée à l’adoption, en 1564, du calendrier grégorien. Avant cette date, le nouvel an était fêté le 25 mars et l’on s’échangeait des cadeaux pendant une semaine. Plus tard est née la mode des cadeaux fantaisie, sous forme de plaisanterie.

 

Une explication totalement légendaire avance que cette tradition trouve son origine en France, lorsque le roi de France Charles IX décida, par l’Edit de Roussillon, que l’année débuterait désormais le 1er janvier, qui marque le rallongement du jour, au lieu de fin mars, arrivée du printemps. Mais en fait, l’année civile n’a jamais débuté un 1er avril.  

Le Christ devant Pilate

Cependant, il existe une autre hypothèse sur l’origine du Poisson d’avril, comme le mentionne le Journal de Verdun paru en 1749 : « Plusieurs ouvrages attribuent à l’expression poisson d’avril une origine liée à la corruption de la passion du Christ qui arriva le 3 avril : Jésus étant renvoyé d’un tribunal à l’autre, sous les insultes et la dérision. De là, on aurait pris la coutume de faire courir et de renvoyer d’un endroit à l’autre, ceux dont on voulait se moquer ».

 

On donne également une autre origine, beaucoup plus récente, de cette expression : un prince de Lorraine que Louis XIII faisait garder à vue dans le château de Nancy, aurait trompé ses gardes et se serait sauvé en traversant la rivière de Meurthe, le premier jour d’avril. Certes, le duc Nicolas François, frère de Charles III, duc de Lorraine, quitta son évêché de Toul et le chapeau de cardinal par politique d’Etat, avant d’épouser à Lunéville, au mois de mars 1635, la princesse Claude, fille de Henri II. Puis, s’étant retiré à Nancy et ayant eu vent qu’on voulait le conduire à la cour de France, trompa ses gardes. Cependant, en réalité, le prince ne passa point la rivière de Meurthe à la nage, et sortit par une des portes de la ville, déguisé en paysan, portant une hotte pleine de fumier, de même que la princesse. Il aurait simplement délibérément choisi la date du 1er avril pour s’échapper et tromper les Français. Une jeune paysanne des environs de Nancy, qui fournissait journellement du laitage à la cour, reconnut la princesse malgré son déguisement et, l’ayant dit à quelques soldats de la garde, ceux-ci se figurèrent que cette fille voulait leur donner à tous le poisson d’avril, en les faisant courir mal à propos ; ce qui donna au prince et à la princesse le temps de gagner leurs chevaux pour se réfugier à Bruxelles, auprès du Cardinal Infant. Cette évasion fit dire au peuple que le roi avait donné à garder un poisson d’avril, mais l’usage était connu au XIVe siècle, à en juger par les manuscrits du pasteur Paul Ferry relatifs à l’histoire de Metz et dans lesquels il cite déjà l’expression.

  

La petite ville de Poissons jumelée avec celle d’Avril en Meurthe-et-Moselle

Pourquoi le choix du « poisson » ?

Si l’origine exacte de l’utilisation des poissons reste obscure, peut-être l’ichtus chrétien (symbole graphique représentant un poisson), la légende veut certains sujets se rebiffèrent à l’idée qu’on leur chamboulât le calendrier, et ils continuèrent à célébrer les environs du 1er avril. Pour se payer gentiment leur tête, des congénères profitèrent de l’occasion pour leur remettre de faux cadeaux et leur jouer des tours pendables. De plus, les cadeaux que l’on s’offrait en avril étaient souvent alimentaires. Ainsi naquit le poisson, le poisson d’avril, le jour des fous, le jour de ceux qui n’acceptent pas la réalité ou la voient autrement. Cette coutume de faire des plaisanteries s’est répandue dans de nombreux pays, bien que le poisson ne soit pas toujours exporté en même temps.

Autre explication : comme à cette période de l’année, au début du mois d’avril, en France la pêche est interdite, car c’est la période de frai des poissons, la période de reproduction, certains avaient eu comme idée de faire des farces aux pêcheurs en jetant des harengs dans la rivière. En faisant cela ils devaient peut-être s’écrier: « Poisson d’avril ! » et la coutume du « poisson d’avril » est restée. Aujourd’hui on ne met plus de harengs dans l’eau douce, mais on accroche, le plus discrètement possible, de petits poissons en papier dans le dos des personnes qui se promènent parfois toute la journée avec ce « poisson d’avril » qui fait bien rire les autres.

Cependant, les conjectures demeurent : ou bien on voulait marquer la sortie du signe zodiacal des Poissons, ou bien on voulait prolonger la période du carême, où il n’était permis de manger que du poisson, ou bien on voulait confondre le benêt en lui offrant un poisson à une époque de l’année, celle du frai, où la pêche était interdite.

En France, au début du XXe siècle, on s’envoyait de jolies cartes postales toutes ornées d’un poisson d’avril et richement décorées. On s’écrivait, pour cette occasion, des messages chaleureux et on s’envoyait des vœux.

En attendant, et ce n’est pas un poisson d’avril, le 6 avril est jour de pleine lune. Voilà qui est idéal pour se faire couper les cheveux : ils repousseront plus lentement et surtout, plus beaux et plus denses. Certains salons de coiffure restent d’ailleurs ouverts tard les soirs de pleine lune. Il est peut-être encore temps de prendre rendez-vous !

Quoiqu’il en soit, dans la symbolique astrologique le poisson fait partie du bestiaire lunaire à plus d’un titre et tout d’abord en tant que créature de l’élément liquide, dans lequel il vit.

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LES ECURIES D’AUGIAS… UN MYTHE POISSONS

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 10-03-2012

Comme on l’imagine l’Eau est associée aux rites de purification. Et si l’on aborde les douze travaux d’Hercule/Héraclès dans la perspective d’une exploration astrologique liée aux douze signes du zodiaque, il apparaît tout naturel que l’entreprise du héros pour nettoyer les écuries d’Augias évoque le douzième et dernier signe, les Poissons.

Parmi ses travaux, cette entreprise est la seule qu’Héraclès propose spontanément, sans qu’elle lui soit imposée par quiconque. Cette histoire évoque un rite de purification par l’eau. On évoque les scories, on nettoie l’âme elle-même. C’est aussi un rite d’initiation.

 

Hercule dans les écuries d’Augias – Dessin de Daumier

Mais de quoi en retourne-t-il exactement de ces écuries d’Augias ? C’est l’histoire du Roi d’Elis, Augias dont les écuries avaient vraiment besoin d’être nettoyées car le roi négligeait son royaume, laissant les terres en jachères sans même les irriguer. Ce roi avait peut-être pour père Hélios, le Soleil, ou peu bien Neptune/Poséidon, cela n’a jamais été clarifié. Il avait fait partie des Argonautes partis à la conquête de la Toison d’Or. Il possédait un immense troupeau, mais il avait laissé s’amonceler le fumier qui encombrait les étables et les cours. Et c’est ainsi qu’Héraclès reçut l’ordre de les nettoyer en un jour. Cependant, celui-ci rusa et demanda à Augias une rétribution, à savoir le dixième de son troupeau. Toutefois, en tant qu’esclave il n’y avait pas droit. Il prit le fils d’Augias, Phylée, comme témoin. Ensuite, il fit une brèche dans le mur des écuries et y fit pénétrer les eaux de l’Alphée qu’il avait détourné et d’une autre rivière. Le fleuve accomplit le travail et emporta tout le fumier qu’il alla déposer dans la mer.

 

Hercule détourne les fleuves

Le soir venu, Héraclès avait fait renter le fleuve dans son lit et reconstruit le pan du mur des écuries qu’il avait abattu le matin. Ensuite, il alla réclamer ses gages à Augias. Cependant, ce dernier avait découvert la ruse d’Héraclès et déclara le contrat nul et non avenu, allant même jusqu’à nier l’existence d’un contrat, faisant ainsi injure à son propre fils, Phylée. Et c’est ensemble qu’Héraclès et Phylée quittèrent Elis, ce dernier promettant de se venger, pendant qu’Héraclès trouvait refuge à Dulichium. Mais il revint plusieurs années plus tard avec une armée d’Arcadiens.

Augias s’était préparé à une attaque et possédait aussi une armée, conduite par Amaryncée et les Molionides. Il avait convaincu ces derniers d’être ses alliés en leur promettant une part de son royaume. Les Arcadiens d’Héraclès furent vaincus, puis chassés, une fois de plus Héraclès quitta Elis. Mais, plus tard, il tendit une embuscade aux Molionides, à Cléonae, et de nouveau il envahit le pays. Cette fois-ci, il fut vainqueur et tua Augias où bien le détrôna, le mythe n’est pas clair à ce sujet. Puis, il fit revenir Phylée de Dulichium et le fit roi d’Elis.

Mais revenons au rôle qu’a tenu Héraclès dans cette affaire. Héraclès est un héros et quand sa force ne lui fait pas commettre de graves sottises, a le cœur généreux. Il voulut rendre la vie plus agréable aux habitants de la région incommodés par des relents horribles.

Les Poissons – Psautier à usage de Troyes – Musée de Besançon

Voici ce qu’Isoline Agenet écrit, à propos de la « mystérieuse intuition » du héros qui l’incite, pour mener à bien sa tâche à utiliser les « forces de l’eau ». Elle rappelle que la jonction de deux fleuves ressemble au glyphe même du signe des Poissons, reliés l’un à l’autre et voici ce qu’elle décrit : « Héraclès cette fois ne se trouve pas en face d’un animal terrifiant mais d’un magma envahissant », adversaire indéfini, informe « capable de se diluer à l’entour et de s’étaler sans contours. Ce double mouvement évoque évidemment le double mouvement inversé du signe ».

Comme le rappelle encore Isoline Agenet, la dernière étape de l’initiation passe par la putréfaction, évocatrice de la mort, de la transformation en cadavre, de la transmutation alchimique et du passage à un autre état. Cette notion évoque le cycle ultime des Poissons, douzième et dernier signe, fin de cycle et promesse de recommencement, d’un nouveau cycle.

« Pour nettoyer les étables et les immondices qui les submergent, Héraclès est bien inspiré. Il fait passer les grands courants des deux fleuves, objets de culte chez les Grecs, divinisés comme puissances aux décisions mystérieuses. Ils inspiraient crainte et vénération. Ils pouvaient fertiliser ou engloutir, porter la barque ou la noyer. On leur sacrifiait des animaux, on abandonnait à leurs flots des nouveau-nés pour qu’ils soient sauvés s’ils étaient prédestinés à devenir des héros, possédant toutes les apparences de la vie, on les a adorés en tant qu’êtres vivants ; c’est pourquoi si le travail d’Héraclès paraît s’adresser à l’informe, au mouvant, c’est tout de même la vie qui est là avec le fleuve, la vie dans l’eau ».

 

Neptune – Statue à Virginia Beach

Après le nettoyage des écuries, l’eau redevient claire, limpide, fécondante et les champs produiront à nouveau les récoltes.

Enfin, le contrat a été passé devant ses neveux, frères siamois, doubles comme le signe, leur père n’étant autre que Neptune/Poséidon. Neptune pour l’astrologue est le Maître incontesté des Poissons.

 

Bibliographie 

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Editions Robert Laffont 

Dictionnaire de la Mythologie – Michael Grant & John Hazel – Chez Marabout

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