ASTROLOGIE ET ELECTIONS LEGISLATIVES

(2.5 - DANS L'ACTUALITE AUJOURD'HUI) par sylvietribut le 11-06-2012

L’une des grandes lois de l’interprétation en astrologie c’est la répétition des configurations du ciel natal, comme s’il fallait qu’il y ait une résonance entre un moment de la vie et l’entrée dans l’existence pour se trouver en présence d’une situation ou d’un événement qui va compter pour quelqu’un, en négatif comme en positif.

L’exemple de la récente élection présidentielle illustre parfaitement cet aphorisme :

- Le 22 avril 2012, premier tour de l’élection présidentielle, on notait dans le ciel une conjonction Lune/Jupiter en Taureau. Or, un seul candidat possédait dans son thème natal un aspect Lune/Jupiter, c’était François Hollande. Il s’agit d’une opposition entre une Lune en Capricorne et un Jupiter en Cancer.

 

Lune en exil en Capricorne

-  Au second tour de l’élection présidentielle, le 6 mai 2012, la Lune avait rejoint le Scorpion et s’opposait à Jupiter dans le Taureau, soit la représentation même du thème de François Hollande qui devient Président de la République. Dans les deux cas, la conjonction et l’opposition entre la Lune et Jupiter, se font respectivement au trigone et au sextil de la configuration natale du thème du nouveau Président. Ce rapport planétaire Lune-Jupiter semble comme le désigner.

- Le thème de l’Investiture, le 15 mai 2012, n’échappe pas à la règle puisque la Lune occupe alors le 23e degré Poissons au sextil exact de Jupiter 23° Taureau.

-  Hier, 10 juin 2012, premier tour de l’élection législative, avec l’obligation pour le Président d’avoir une chambre des députés lui permettant de réaliser la politique qu’il tient mettre en place. C’est une obligation absolue pour ne pas retomber dans les travers d’une cohabitation. Or, que trouve-t-on dans le ciel de ce premier tour électoral, une Lune début Poissons et un Jupiter sur 29° Taureau, sans aspect exact, mais cependant en affinité avec le thème de Monsieur Hollande, et dans la continuité des précédents scrutins.

 

Jupiter en exaltation en Cancer

- Le 17 juin 2012, la Lune sera en Gémeaux et en conjonction de Jupiter entré dans le signe le 11 juin 2012, comme si la France confirmait son choix et qu’il revenait au Président de la République de se mettre au travail sur un mode harmonieux. En effet, la Lune et Jupiter seront conjoints à l’Ascendant du thème natal de Monsieur Hollande dans une rencontre harmonieuse avec Vénus et un sextil à Uranus. Voilà une invitation à se mettre au travail avec un préjugé favorable.

 

Premier Tour des élections législatives 2012 – Projection pour le second tour

Rambouillet, le 11 juin 2012

 

 

 

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SYMBOLE DE MERCURE PAR EXCELLENCE… LE CADUCEE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 27-05-2012

Le caducée est le symbole des plus anciens dont on trouve la représentation gravée sur la coupe du roi Gudea de Lagash, 2600 ans avant Jésus-Christ, et sur les tablettes de pierre, appelées en Inde « nâgakals ». Les formes et les interprétations du caducée sont beaucoup plus variées qu’on ne le croit généralement et elles ne s’excluent pas nécessairement.

Le caducée d’Hermès/Mercure

Le caducée est l’emblème d’Hermès/Mercure, baguette autour de laquelle s’enroulent en sens inverse deux serpents. Elle équilibre ainsi les deux aspects, gauche et droit, diurne et nocturne, du symbole du serpent. Le serpent possède ce double aspect symbolique : l’un, bénéfique, l’autre maléfique, dont le caducée présente, si l’on veut, l’antagonisme et l’équilibre ; cet équilibre et cette polarité sont surtout ceux des courants cosmiques, figurés d’une façon plus générale par la double spirale.

La légende du caducée se rapporte au chaos primordial : deux serpents se battent, et à la polarisation : séparation des serpents par Hermès, l’enroulement final autour de la baguette réalisant l’équilibre des tendances contraires autour de l’axe du monde, ce qui fait parfois dire que le caducée est un symbole de paix.

Hermès/Mercure était le messager des dieux et aussi le guide des êtres dans leurs changements d’état, ce qui correspond bien aux deux sens ascendant et descendant des courants figurés par les deux serpents.

 

Mercure et les deux serpents

Autre interprétation du caducée met l’accent sur le symbolisme de fécondité. En effet, les deux serpents accouplés sur un phallus en érection fait du caducée une des plus anciennes images indo-européennes. On le trouve dans l’Inde ancienne et moderne, associé à de nombreux rites ; dans la mythologie grecque où il est l’emblème d’Hermès/Mercure.

D’ailleurs le caducée prend tout son sens à l’époque grecque, lorsque les ailes viennent surmonter les deux serpents ; dès lors le symbole devient une synthèse chthono-ouranienne, transcendant ses origines, qui n’est pas sans évoquer les dragons ailés chinois et la représentation du dieu aztèque Quetzalcoatl qui, après son sacrifice volontaire, renaît par une ascension céleste sous la forme du serpent à plumes.

Le caducée est le symbole de l’énigmatique complexité humaine et des possibilités infinies de son développement. L’attribut d’Hermès/Mercure est fait d’une baguette qui est la verge d’or, ou l’arbre de vie, et autour de laquelle s’enroulent symétriquement, en forme de 8, deux serpents.

La baguette pourrait rappeler l’origine agraire du culte d’Hermès/Mercure et les pouvoirs de magiciens qu’il détient ; les deux serpents évoqueraient le caractère originellement chthonien de ce dieu, capable de descendre aux Enfers et d’y envoyer ses victimes, aussi bien que d’en revenir à son gré et d’en ramener à la lumière certains prisonniers.

Pausania signale un culte rendu à l’Hermès noir et à l’Hermès blanc, les deux aspects chthonien et ouranien, néfaste et favorable, du même dieu. Les serpents du caducée désignent cette ambivalence, qui est celle-là même de l’homme.

Comme on l’a vu, le caducée fait partie des attributs d’Hermès/Mercure, au même titre que le pétase, son chapeau rond ailé, tout comme ses sandales. Hermès/Mercure est le dieu du commerce, des voyageurs, des voleurs aussi. Il est le conducteur des âmes aux enfers et même le messager des dieux. C’est surtout la personnification de l’ingéniosité et de l’intelligence. C’est le dieu le plus proche des hommes et le plus bienveillant à leur égard. Il leur donna l’écriture, les poids et mesures pour mieux gérer leur vie, mais aussi la flûte et la lyre pour l’enchanter.

Le caducée à Marseille

Quant à Marseille, cité du commerce et porte de l’Orient, elle abrite de nombreuses représentations sculptées d’Hermès/Mercure et de ses attributs, et notamment sur le blason même de la ville. 

 

Le bâton d’Asclépios

Enfin, suivant l’interprétation symbolique, inspirée de son éthique-biologique, et suivant l’interprétation mythologique qui attribue le caducée à Asclépios, père des médecins et futur dieu de la médecine, parce qu’il savait utiliser les poisons pour guérir les malades et ressusciter les morts et ceux qui cherchaient un remède dormaient parmi les serpents en tant que force du mal (empoisonneur) et du bien (fils de Gaïa, la Terre, et porteur de magie guérisseuse). Hermès/Mercure portait lui le caducée comme sceptre de héraut : un emblème de paix protecteur.

C’est toute l’aventure de la médecine qui se déroule dans le mythe d’Asclépios et se résume dans le caducée : la véritable guérison, la véritable résurrection, sont celles de l’âme. Le serpent s’enroule autour du bâton, qui symbolise l’arbre de vie, pour signifier la vanité domptée et soumise : son venin se transforme en remède, la force vitale pervertie retrouve la voie droite. La santé, c’est : « la juste mesure, l’harmonisation des désirs (la symétrie des volutes des serpents), la mise en ordre de l’affectivité, l’exigence de spiritualisation-sublimation, qui président non seulement à la santé de l’âme mais co-déterminent la santé du corps. Cette interprétation fait du caducée le symbole privilégié de l’équilibre psychosomatique.

Le caducée de l’Antiquité était une sorte de sceptre qui attestait de la fonction de celui qui le portait. Apollon, Hermès/Mercure, Esculape… Mais qui était véritablement le propriétaire du caducée dans la mythologie ?

 

Hygie

Peut-être l’attribut d’Hermès/Mercure, cette baguette autour de laquelle s’enlacent deux serpents ailés, a-t-il voulu symboliser le commerce. Toutefois, selon l’Encyclopédie de Diderot et même le Littré, le caducée est l’attribut de Mercure, opinion partagée par bon nombre de chercheurs qui ont étudié le sujet. Pourtant, certains revendiquent cette même dénomination au bâton serpentaire d’Esculape, voire même à la coupe d’Hygie enlacée par le serpent.

Le caducée pharmaceutique représente un serpent qui s’enroule, se redresse et renverse sa tête vers le bord d’une coupe. La coupe est celle dans laquelle Hygie, fille d’Esculape et déesse de la santé, donnait à boire au serpent du temple d’Epidaure. C’est vers le IXème siècle avant Jésus-Christ que s’établit en Grèce le culte d’Asclépios, l’Esculape romain, dieu de la médecine, représenté avec un bâton autour duquel s’enroule un serpent. Le serpent serait lié à l’art de guérir, à la fécondité et à la vie. Le bâton d’Esculape aurait été utilisé pour la première fois comme emblème de la Médecine au VIe siècle.

Le caducée des Apothicaires

C’est à Padoue, en 1222 qu’apparaît le serpent d’Epidaure enlaçant une coupe chez les apothicaires de comme symbole distinctif de la pharmacie, devenant le motif principal de leur bannière. Cependant, ce n’est qu’en 1820 qu’on le retrouve en France, à côté de la tête d’Hygie, sur un jeton gravé pour la Société de Pharmacie de Paris, devenue depuis le décret du 5 septembre 1946, l’Académie de Pharmacie.

L’usage de ce symbole n’était pas très répandu en France, lorsqu’en 1942 le Conseil Supérieur de la Pharmacie, à la demande du Secrétariat d’Etat à la Santé, le choisit comme emblème de la pharmacie française. Le modèle proposé par la Maison Draeger fut adopté, le seul dont les pharmaciens soient autorisés à se servir officiellement et publiquement, qu’il s’agisse d’enseignes, lumineuses ou non, d’affiches, d’appositions sur papier de commerce ou de toutes autres signalisations d’ordre professionnel, selon le Bulletin de la Pharmacie française de 1942.

Le caducée n’est plus utilisé pour la signalisation des officines. Il a été remplacé par des croix vertes qui prennent parfois des couleurs et des formes qui n’ont plus rien à voir avec la croix grecque. 

 

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter

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JOLI MOIS DE MAI… LUXURIANTE NATURE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 30-04-2012

Le nom de ce mois viendrait du latin « maius », donné par les Romains en l’honneur de la déesse Maïa, qui aurait régné sur l’Arcadie et qui personnifiait « l’éveil de la nature au printemps ». Selon certains, ce serait le premier roi de Rome, Romulus, qui aurait donné ce nom en l’honneur des sénateurs appelés « maiores ».

 

La nymphe Maïa

En fait Maïa était une nymphe qui abritait ses amours avec Zeus/Jupiter dans une caverne. Elle serait la mère d’Hermès/Mercure. On célébrait sa fête en mai. Maïa représentait la déesse de la fécondité, la projection de l’énergie vitale. Par extension, les analystes en ont fait le symbole de l’extériorisation du Moi.

Par ailleurs, lors de la cérémonie romaine des Argées, qui au mois de mai concluaient les Lemuria (fête des morts), les vestales, sur le pont Sublicius, précipitaient dans le Tibre trente mannequins d’osier représentant les vieillards.

Le sanscrit Maya désigne, dans la pensée védantique, l’illusion à quoi réduit ce monde des apparences, car il ne serait que le fruit d’une opération magique des dieux.

 

Bien avant que le 1er mai fut devenue la Fête internationale du Travail, ce jour était fêté. Sous l’Ancien Régime, en ce jour de 1er mai, les hommes plaçaient au seuil des maisons des jeunes femmes célibataires un bouquet de fleurs. Les plus laides aussi recevaient un bouquet, mais il est composé de ronces et d’orties.

Une coutume qui marquait aussi fréquemment l’arrivée du mois de Mai. C’était l’élection du roi et de la reine de la fête, couple vigoureux qui stimulait, par magie analogique, les énergies de la nature. L’élection se faisait par concours et à la suite de luttes rituelles. Sous différentes appellations, Maître et Maîtresse, Fiancés, Amoureux, ces jeunes se substituaient au couple primordial des fêtes anciennes et des hiérogamies.

En Angleterre, l’arbre de mai était l’occasion d’une initiation sexuelle. Dans son livre « Anatomie et Abuses (1583) fulmine contre ces survivances païennes : les jeunes gens des deux sexes passaient une nuit dans la forêt, avec Satan pour Dieu ; et, après avoir amené au village le mât de mai, cette « idole puante », ils dansent autour avec frénésie, et un tiers seulement des jeunes filles qui ont partagé la fête sont encore vierge en rentrant chez elles.

Mai – Riches Heures du Duc de Berry

Dans les pays du Nord, on retrouvait un peu plus tard le même rituel du couple royal : le roi et la reine de la Pentecôte animaient les fêtes du jour. Ce roi se comportait comme un bouffon. On faisait alors la quête pour « acheter du savon et laver la barbe du fou », répétant ainsi une  coutume carnavalesque de rasage et d’humanisation de l’homme sauvage. Le roi, de même que l’arbre de mai, était aussi condamné à mort, comme à l’issue du Carnaval.

Même si mai se présente comme le mois des rencontres et des approches amoureuses, il ne semble pas propice aux mariages durables. « Que les vierges et les veuves se gardent bien d’allumer dans ce mois les flambeaux de l’hyménée. Ces flambeaux se changeraient bientôt en torches funèbres », écrivait Ovide. L’explication la plus courante était astronomique : l’observation du ciel mettait en évidence une opposition des deux principales planètes régissant le psychisme humain, Vénus et Mars. On en concluait alors que les enfants conçus pendant cette période ne pourraient être efficaces ni en amour ni à la guerre.

Les superstitions concernant le mariage en mai sont encore vivaces. On dit d’ailleurs qu’il ne faut pas se marier en mai, car la femme serait stérile. Comme on l’a vu, les Romains évitaient de se marier en mai car c’était pour eux le mois des esprits malins.

Dans les pays balkaniques, où on considère que mai est propice aux magies et aux sortilèges, on invoque l’aspect proprement sexuel de l’interdit : « Mai est le mois des amours des ânes », autrement dit, les amours humaines auraient été entachées de bestialité, ou inhibées par le « nouement » du mari. Le risque était plus grand pendant ce mois où « la sève monte sur la tête », où l’érotisme ambiant favorise les débordements et où les esprits mauvais guettent les hommes. Dans ce sens, seul l’âne, au sexe particulièrement long, saurait déjouer une magie capable de « nouer ».

De nos jours, on offre à ceux qu’on aime un brin de muguet censé leur porter bonheur et joie. La légende rapporte qu’Apollon serait à l’origine de cette plante odoriférante destinée aux muses.

 

Le muguet d’Apollon

Bibliographie 

Fêtes et Croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

 

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CAREME… QUARANTE… UN NOMBRE SYMBOLIQUE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 17-03-2012

Le salut de l’humanité passe souvent, selon la Bible, par le nombre quarante : quarante jours de Déluge punissent l’humanité pécheresse et, pendant la même durée, l’arche vogue sur les flots, grâce à l’alliance scellée entre Dieu et Noé, pour conserver les spécimens de la faune et de la flore terrestres ; Moïse est appelé par Dieu à l’âge de 40 ans, et il demeure quarante jours au sommet du Sinaï ; les grands rois d’Israël, Saül, David, Salomon règnent pendant quarante ans.

Le déluge et l’arche de Noé

Jésus prêche pendant quarante mois, se retire au désert pendant quarante jours, sort victorieux de la tentation qu’il y subit pendant quarante jours, il ressuscite après quarante heures de séjour dans le sépulcre puis, pendant quarante jours jusqu’à l’Ascension, il apparaît à ses disciples pour leur dispenser ses dernières recommandations.

Suivant les traditions répandues dans le monde proche-oriental, que le judaïsme a transmises vers l’Occident, les nouveau-nés sont présentés au temple, ou pour le christianisme à l’église paroissiale, quarante jours après leur naissance ; ils sont donc reconnus devant Dieu et la société, et à cette occasion la jeune mère est purifiée du sang de l’accouchement. C’est en réalité ce rite de relevailles qui, d’une certaine façon, restitue à la femme sa sexualité non dangereuse et la rend de nouveau accessible à son époux. Car, pendant les quarante premiers jours suivant l’accouchement, un lourd tabou sexuel pesait sur le couple avec des conséquences graves pour la vie, la richesse, la respectabilité de la famille et de sa progéniture.

Les relevailles de la Vierge

Le nombre quarante joue, dans un grand nombre de cultures, un rôle déterminant pour la pratique des rites mortuaires et du culte des ancêtres. C’est le nombre de jours considérés comme indispensables pour que la dépouille, débarrassée de tout lien avec le monde des vivants, accepte de partir définitivement vers le monde de l’au-delà. Les cérémonies et les rites accomplis ce jour-là visent à lever les interdits du deuil, à purifier les parents du défunt de la souillure mais aussi à satisfaire le mort ; il faut pendant quarante jours de deuil adoucir sa peine, alléger son chagrin, le préparer à la séparation pour qu’il accepte désormais son rôle d’ancêtre bienveillant au lieu d’errer entre le monde des vivants et celui des morts.

Il est tout à fait vraisemblable que la coutume de la quarantaine, dont le but est de libérer mutuellement morts et vivants, est à l’origine d’une croyance largement répandue selon laquelle le nombre quarante symbolise un cycle de vie ou de non-vie. Il constitue le point de passage vital d’un cycle à l’autre, et c’est en ce sens que le nombre est devenu déterminant dans la notion philosophique et métaphysique de l’éternité ou de l’éternel retour.

Dans le monde balkanique, plaque tournante entre l’Orient et l’Occident, le nombre quarante, prometteur de richesses et d’abondance, est particulièrement significatif dans le cadre des travaux agricoles. « Mange quarante, bois quarante et plante quarante », y recommande un dicton populaire ; les femmes font au printemps une sorte de tarte avec quarante espèces d’herbes pour assurer l’abondance, les jeunes filles tissent avec quarante fils, de trame, pour devenir de bonnes ménagères, etc.

 

Sainte Françoise la Romaine

Mais, pour multiplier ses biens par quarante, il faut suivre une règle morale qui consiste à accomplir quarante actes de charité, appelés « psykhika », littéralement « œuvres de l’âme ». C’est ainsi que l’Eglise orthodoxe vénère, le 9 mars, la mémoire de quarante martyrs, particulièrement respectés par les cultivateurs, dont leur fête est le 10 mars pour les catholiques qui, le 9, fêtent sainte Françoise, noble romaine qui fut veuve après 40 ans et mourut en 1440 dans le couvent qu’elle avait fondé. D’après les légendes, il s’agit de quarante soldats de l’armée romaine qui se livrèrent volontairement aux moins des légionnaires et trouvèrent la mort pour leur foi chrétienne vers la fin du IIIe siècle dans la ville arménienne de Sébastia. Les tortionnaires, pour éviter toute nouvelle conversion, avaient décidé un martyre exemplaire : jeter les jeunes hommes dans l’eau glaciale d’un lac. Un seul, ne pouvant supporter les affres de cette mort lente, chercha refuge dans les eaux chaudes d’une installation de bains voisine. Mais l’endurance des trente-neuf autres émut profondément l’un des officiers qui assistaient au martyre ; il se jeta dans le lac pour rejoindre ceux dont la foi allait rendre la souffrance supportable et les martyrs se retrouvèrent quarante.

La valeur métaphorique de la forme même du martyre par rapport aux préoccupations du monde rural est facile à saisir : le début du mois de mars, avec ses écarts de température et ses changements de temps imprévisibles, constitue une période critique pour les cultures printanières et le repiquage des plantes maraîchères.

C’est aussi la date à laquelle commencent à s’activer les séricicultrices qui se mettent volontiers sous la protection des Quarante Saints. Le jour de leur fête, elles apportent à l’église les œufs des vers à soie qu’elles comptent élever dans l’année, afin qu’ils soient bénis et ne dépérissent pas à la suite des intempéries. Cette célébration du 9 mars, qui se trouve toujours en pleine période de Carême, est l’occasion de réjouissances rituelles qui permettent de rompre, par une mi-carême, avec l’austérité et la tristesse de la quarantaine.

Combat de Carnaval contre Carême – Pierre Bruegel l’Ancien

Le quarantième jour avant Pâques « quadragesima dies », nom transformé en « quaresima » marquent le début du Carême. L’opposition entre Carnaval et Carême représentée sous forme de cuisine grasse et cuisine maigre, que Bruegel a bien représenté, revêtait une certaine bonhommie aujourd’hui effacée par l’interprétation religieuse.

La coutume de préparer pour l’arrivée de Pâques un jeûne de quarante jours s’imposa dans les différentes Eglises d’Orient à la suite des conciles de Nicée (325) et de Laodicée (365) et fut adoptée définitivement trois siècles plus tard à Rome, où la pratique du jeûne et de la pénitence était facultative.

 

Bibliographie

Fêtes et Croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas 

 

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