SYMBOLE DE MERCURE PAR EXCELLENCE… LE CADUCEE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 27-05-2012

Le caducée est le symbole des plus anciens dont on trouve la représentation gravée sur la coupe du roi Gudea de Lagash, 2600 ans avant Jésus-Christ, et sur les tablettes de pierre, appelées en Inde « nâgakals ». Les formes et les interprétations du caducée sont beaucoup plus variées qu’on ne le croit généralement et elles ne s’excluent pas nécessairement.

Le caducée d’Hermès/Mercure

Le caducée est l’emblème d’Hermès/Mercure, baguette autour de laquelle s’enroulent en sens inverse deux serpents. Elle équilibre ainsi les deux aspects, gauche et droit, diurne et nocturne, du symbole du serpent. Le serpent possède ce double aspect symbolique : l’un, bénéfique, l’autre maléfique, dont le caducée présente, si l’on veut, l’antagonisme et l’équilibre ; cet équilibre et cette polarité sont surtout ceux des courants cosmiques, figurés d’une façon plus générale par la double spirale.

La légende du caducée se rapporte au chaos primordial : deux serpents se battent, et à la polarisation : séparation des serpents par Hermès, l’enroulement final autour de la baguette réalisant l’équilibre des tendances contraires autour de l’axe du monde, ce qui fait parfois dire que le caducée est un symbole de paix.

Hermès/Mercure était le messager des dieux et aussi le guide des êtres dans leurs changements d’état, ce qui correspond bien aux deux sens ascendant et descendant des courants figurés par les deux serpents.

 

Mercure et les deux serpents

Autre interprétation du caducée met l’accent sur le symbolisme de fécondité. En effet, les deux serpents accouplés sur un phallus en érection fait du caducée une des plus anciennes images indo-européennes. On le trouve dans l’Inde ancienne et moderne, associé à de nombreux rites ; dans la mythologie grecque où il est l’emblème d’Hermès/Mercure.

D’ailleurs le caducée prend tout son sens à l’époque grecque, lorsque les ailes viennent surmonter les deux serpents ; dès lors le symbole devient une synthèse chthono-ouranienne, transcendant ses origines, qui n’est pas sans évoquer les dragons ailés chinois et la représentation du dieu aztèque Quetzalcoatl qui, après son sacrifice volontaire, renaît par une ascension céleste sous la forme du serpent à plumes.

Le caducée est le symbole de l’énigmatique complexité humaine et des possibilités infinies de son développement. L’attribut d’Hermès/Mercure est fait d’une baguette qui est la verge d’or, ou l’arbre de vie, et autour de laquelle s’enroulent symétriquement, en forme de 8, deux serpents.

La baguette pourrait rappeler l’origine agraire du culte d’Hermès/Mercure et les pouvoirs de magiciens qu’il détient ; les deux serpents évoqueraient le caractère originellement chthonien de ce dieu, capable de descendre aux Enfers et d’y envoyer ses victimes, aussi bien que d’en revenir à son gré et d’en ramener à la lumière certains prisonniers.

Pausania signale un culte rendu à l’Hermès noir et à l’Hermès blanc, les deux aspects chthonien et ouranien, néfaste et favorable, du même dieu. Les serpents du caducée désignent cette ambivalence, qui est celle-là même de l’homme.

Comme on l’a vu, le caducée fait partie des attributs d’Hermès/Mercure, au même titre que le pétase, son chapeau rond ailé, tout comme ses sandales. Hermès/Mercure est le dieu du commerce, des voyageurs, des voleurs aussi. Il est le conducteur des âmes aux enfers et même le messager des dieux. C’est surtout la personnification de l’ingéniosité et de l’intelligence. C’est le dieu le plus proche des hommes et le plus bienveillant à leur égard. Il leur donna l’écriture, les poids et mesures pour mieux gérer leur vie, mais aussi la flûte et la lyre pour l’enchanter.

Le caducée à Marseille

Quant à Marseille, cité du commerce et porte de l’Orient, elle abrite de nombreuses représentations sculptées d’Hermès/Mercure et de ses attributs, et notamment sur le blason même de la ville. 

 

Le bâton d’Asclépios

Enfin, suivant l’interprétation symbolique, inspirée de son éthique-biologique, et suivant l’interprétation mythologique qui attribue le caducée à Asclépios, père des médecins et futur dieu de la médecine, parce qu’il savait utiliser les poisons pour guérir les malades et ressusciter les morts et ceux qui cherchaient un remède dormaient parmi les serpents en tant que force du mal (empoisonneur) et du bien (fils de Gaïa, la Terre, et porteur de magie guérisseuse). Hermès/Mercure portait lui le caducée comme sceptre de héraut : un emblème de paix protecteur.

C’est toute l’aventure de la médecine qui se déroule dans le mythe d’Asclépios et se résume dans le caducée : la véritable guérison, la véritable résurrection, sont celles de l’âme. Le serpent s’enroule autour du bâton, qui symbolise l’arbre de vie, pour signifier la vanité domptée et soumise : son venin se transforme en remède, la force vitale pervertie retrouve la voie droite. La santé, c’est : « la juste mesure, l’harmonisation des désirs (la symétrie des volutes des serpents), la mise en ordre de l’affectivité, l’exigence de spiritualisation-sublimation, qui président non seulement à la santé de l’âme mais co-déterminent la santé du corps. Cette interprétation fait du caducée le symbole privilégié de l’équilibre psychosomatique.

Le caducée de l’Antiquité était une sorte de sceptre qui attestait de la fonction de celui qui le portait. Apollon, Hermès/Mercure, Esculape… Mais qui était véritablement le propriétaire du caducée dans la mythologie ?

 

Hygie

Peut-être l’attribut d’Hermès/Mercure, cette baguette autour de laquelle s’enlacent deux serpents ailés, a-t-il voulu symboliser le commerce. Toutefois, selon l’Encyclopédie de Diderot et même le Littré, le caducée est l’attribut de Mercure, opinion partagée par bon nombre de chercheurs qui ont étudié le sujet. Pourtant, certains revendiquent cette même dénomination au bâton serpentaire d’Esculape, voire même à la coupe d’Hygie enlacée par le serpent.

Le caducée pharmaceutique représente un serpent qui s’enroule, se redresse et renverse sa tête vers le bord d’une coupe. La coupe est celle dans laquelle Hygie, fille d’Esculape et déesse de la santé, donnait à boire au serpent du temple d’Epidaure. C’est vers le IXème siècle avant Jésus-Christ que s’établit en Grèce le culte d’Asclépios, l’Esculape romain, dieu de la médecine, représenté avec un bâton autour duquel s’enroule un serpent. Le serpent serait lié à l’art de guérir, à la fécondité et à la vie. Le bâton d’Esculape aurait été utilisé pour la première fois comme emblème de la Médecine au VIe siècle.

Le caducée des Apothicaires

C’est à Padoue, en 1222 qu’apparaît le serpent d’Epidaure enlaçant une coupe chez les apothicaires de comme symbole distinctif de la pharmacie, devenant le motif principal de leur bannière. Cependant, ce n’est qu’en 1820 qu’on le retrouve en France, à côté de la tête d’Hygie, sur un jeton gravé pour la Société de Pharmacie de Paris, devenue depuis le décret du 5 septembre 1946, l’Académie de Pharmacie.

L’usage de ce symbole n’était pas très répandu en France, lorsqu’en 1942 le Conseil Supérieur de la Pharmacie, à la demande du Secrétariat d’Etat à la Santé, le choisit comme emblème de la pharmacie française. Le modèle proposé par la Maison Draeger fut adopté, le seul dont les pharmaciens soient autorisés à se servir officiellement et publiquement, qu’il s’agisse d’enseignes, lumineuses ou non, d’affiches, d’appositions sur papier de commerce ou de toutes autres signalisations d’ordre professionnel, selon le Bulletin de la Pharmacie française de 1942.

Le caducée n’est plus utilisé pour la signalisation des officines. Il a été remplacé par des croix vertes qui prennent parfois des couleurs et des formes qui n’ont plus rien à voir avec la croix grecque. 

 

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter

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JOLI MOIS DE MAI… LUXURIANTE NATURE

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 30-04-2012

Le nom de ce mois viendrait du latin « maius », donné par les Romains en l’honneur de la déesse Maïa, qui aurait régné sur l’Arcadie et qui personnifiait « l’éveil de la nature au printemps ». Selon certains, ce serait le premier roi de Rome, Romulus, qui aurait donné ce nom en l’honneur des sénateurs appelés « maiores ».

 

La nymphe Maïa

En fait Maïa était une nymphe qui abritait ses amours avec Zeus/Jupiter dans une caverne. Elle serait la mère d’Hermès/Mercure. On célébrait sa fête en mai. Maïa représentait la déesse de la fécondité, la projection de l’énergie vitale. Par extension, les analystes en ont fait le symbole de l’extériorisation du Moi.

Par ailleurs, lors de la cérémonie romaine des Argées, qui au mois de mai concluaient les Lemuria (fête des morts), les vestales, sur le pont Sublicius, précipitaient dans le Tibre trente mannequins d’osier représentant les vieillards.

Le sanscrit Maya désigne, dans la pensée védantique, l’illusion à quoi réduit ce monde des apparences, car il ne serait que le fruit d’une opération magique des dieux.

 

Bien avant que le 1er mai fut devenue la Fête internationale du Travail, ce jour était fêté. Sous l’Ancien Régime, en ce jour de 1er mai, les hommes plaçaient au seuil des maisons des jeunes femmes célibataires un bouquet de fleurs. Les plus laides aussi recevaient un bouquet, mais il est composé de ronces et d’orties.

Une coutume qui marquait aussi fréquemment l’arrivée du mois de Mai. C’était l’élection du roi et de la reine de la fête, couple vigoureux qui stimulait, par magie analogique, les énergies de la nature. L’élection se faisait par concours et à la suite de luttes rituelles. Sous différentes appellations, Maître et Maîtresse, Fiancés, Amoureux, ces jeunes se substituaient au couple primordial des fêtes anciennes et des hiérogamies.

En Angleterre, l’arbre de mai était l’occasion d’une initiation sexuelle. Dans son livre « Anatomie et Abuses (1583) fulmine contre ces survivances païennes : les jeunes gens des deux sexes passaient une nuit dans la forêt, avec Satan pour Dieu ; et, après avoir amené au village le mât de mai, cette « idole puante », ils dansent autour avec frénésie, et un tiers seulement des jeunes filles qui ont partagé la fête sont encore vierge en rentrant chez elles.

Mai – Riches Heures du Duc de Berry

Dans les pays du Nord, on retrouvait un peu plus tard le même rituel du couple royal : le roi et la reine de la Pentecôte animaient les fêtes du jour. Ce roi se comportait comme un bouffon. On faisait alors la quête pour « acheter du savon et laver la barbe du fou », répétant ainsi une  coutume carnavalesque de rasage et d’humanisation de l’homme sauvage. Le roi, de même que l’arbre de mai, était aussi condamné à mort, comme à l’issue du Carnaval.

Même si mai se présente comme le mois des rencontres et des approches amoureuses, il ne semble pas propice aux mariages durables. « Que les vierges et les veuves se gardent bien d’allumer dans ce mois les flambeaux de l’hyménée. Ces flambeaux se changeraient bientôt en torches funèbres », écrivait Ovide. L’explication la plus courante était astronomique : l’observation du ciel mettait en évidence une opposition des deux principales planètes régissant le psychisme humain, Vénus et Mars. On en concluait alors que les enfants conçus pendant cette période ne pourraient être efficaces ni en amour ni à la guerre.

Les superstitions concernant le mariage en mai sont encore vivaces. On dit d’ailleurs qu’il ne faut pas se marier en mai, car la femme serait stérile. Comme on l’a vu, les Romains évitaient de se marier en mai car c’était pour eux le mois des esprits malins.

Dans les pays balkaniques, où on considère que mai est propice aux magies et aux sortilèges, on invoque l’aspect proprement sexuel de l’interdit : « Mai est le mois des amours des ânes », autrement dit, les amours humaines auraient été entachées de bestialité, ou inhibées par le « nouement » du mari. Le risque était plus grand pendant ce mois où « la sève monte sur la tête », où l’érotisme ambiant favorise les débordements et où les esprits mauvais guettent les hommes. Dans ce sens, seul l’âne, au sexe particulièrement long, saurait déjouer une magie capable de « nouer ».

De nos jours, on offre à ceux qu’on aime un brin de muguet censé leur porter bonheur et joie. La légende rapporte qu’Apollon serait à l’origine de cette plante odoriférante destinée aux muses.

 

Le muguet d’Apollon

Bibliographie 

Fêtes et Croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

 

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UN MYTHE BELIER… JASON ET LA CONQUETE DE LA TOISON D’OR

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 14-04-2012

Il n’est pas de mythe plus représentatif de la nature du Bélier que celui de Jason, mettant en scène le héros partant en quête de la Toison d’or, embarquant avec lui sur l’Argo, superbe navire brillant comme le soleil, une cinquantaine de valeureux compagnons.

L’histoire des Argonautes se déroule sur plusieurs épisodes, comme une bande dessinée racontant ce long voyage plein de bruit et de fureur, de morts, de passions et de larmes, aboutissant à la fois au succès de l’entreprise, la conquête de la Toison d’Or, et au drame personnel de Jason, pour crime de légèreté face à Médée la redoutable.

Jason, Médée, le serpent et la Toison d’or

Mais Jason ne se conduit-il pas comme un Bélier impulsif, ne maîtrisant pas ses emballements passagers ? Ne prend-il pas un risque extrême en abandonnant sans autre forme de procès la femme qu’il a séduite et épousée ? Médée, entière, possessive, ayant tout perdu, ayant trahi les siens, contribué par amour au sacrifice de son frère, n’a pas qu’un recours : la mort ou la vengeance.

Pour les Grecs, le soleil était représenté par un bélier et c’est aussi le soleil qui désigne l’étincelant vaisseau. L’astre du jour n’est-il pas valorisé dans le premier signe du zodiaque ? Ne dit-on pas que le Bélier est le lieu d’exaltation du Soleil.

Il existe plusieurs versions de ce récit, comme il existe toujours plusieurs versions de tous les mythes. Celle d’Apollonios de Rhodes, celle de Pindare, sans oublier Euripide, Sénèque, Flaccus et quelques autres encore. On trouve aussi de brèves allusions de l’aventure au chant XII de l’Odyssée.

Jason sur l’Argo

L’histoire se passe avant la guerre de Troie et précède le voyage d’Ulysse. L’architecte qui dessine la nef, Argos, donnera son nom au bateau. Mais pour le faire avancer, il faudra cinquante-quatre rameurs, robustes et courageux. Jason, chef de l’expédition, saura convaincre les plus valeureux de son temps de le rejoindre et le nom de certains d’entre eux sont passés à la postérité. Font même partis du voyage le devin Amphiaraos et l’architecte Argos en personne. Pas surprenant non plus qu’on trouve sur le bateau Ascalaphos qui n’est autre que le fils d’Arès/Mars, dieu de la guerre, et puis une seule femme à bord, Atalante, l’une des plus glorieuses Amazones. On reconnaît encore Castor et son jumeau Pollus, l’un dresseur de chevaux et l’autre lutteur émérite, les fameux Dioscures et futurs Gémeaux dans le ciel, et puis Laërte, le père d’Ulysse, et même Lyncée dont la vue était si perçante qu’il pouvait découvrir de très loin des trésors cachés et dont le talent sera fatal à Castor, plus tard. Une jolie brochette d’hommes, dont certains étaient fils de dieux, ce qui devait sans doute permettre à Jason d’être protégé. En fait, il semblerait que ce soit Athéna qui les sauva tous de plus d’un péril.

 

Les Argonautes sous la protection d’Athéna

Certains prétendent que Jason avait Ulysse pour cousin. Assurément, c’était un prince grec, fils d’Aéron, roi d’Iolcos en Thessalie, détrôné par Pélias son demi-frère. Comme tout Bélier, Jason a le sens de la justice et décide de rendre son trône à son père. Il a lui-même été éduqué par Chiron, le grand Centaure pédagogue et savant, instructeur de bien des héros.

Pélias avait appris par un oracle qu’il serait menacé par un homme n’ayant qu’une sandale au pied : or, Jason en aidant Héra déguisée en vieille femme à traverser une rivière, aurait perdu une chaussure dans l’eau. Mais on dit aussi que les Eoliens combattaient toujours avec une seule sandale au pied, signalant ainsi leur nature de guerrier.

Averti du danger, Pélias prit peur et promit de restituer le trône… mais à une condition : Jason devrait lui rapporter la Toison d’Or cachée en Colchide et gardée par un serpent toujours éveillé. La plupart des rois hypocrites agissent ainsi, promettant monts et merveilles mais bien déterminés à faire courir des risques mortels à leurs ennemis. Le destin du héros, précisément, consiste à franchir l’infranchissable, à défier le destin, à surmonter l’insurmontable, comme ce fut le cas pour Héraclès/Hercule et ses douze travaux.

On situait la Colchide près des monts du Caucase, du côté de la Géorgie d’aujourd’hui, bien loin de la Thessalie natale de Jason. Il convenait donc de préparer avec soin l’expédition et la présence de tous ces princes, représentants des villes grecques les plus diverses ou fils de divinités remarquables s’avérait indispensable.

William Waterhouse – Jason et Médée

D’après Jung, le mythe de la Toison d’Or symboliserait la conquête de ce que la raison juge impossible. Il réunit deux symboles, celui de l’innocence, figuré par la toison du bélier, et celui de la gloire, représenté de l’or. Il s’apparente ainsi à tous les mythes de la « queste » d’un trésor, matériel ou spirituel, comme la « quête du Saint Graal ». Le héros de la Toison d’Or, Jason, est de ceux qu’on classe parmi les adversaires de la banalisation. La gloire qu’il recherche est celle qui procède de la conquête de la vérité, que l’or symbolise, et de la pureté spirituelle, dont la toison est le symbole. Comme tous les trésors, la toison est gardée par des monstres ; en l’espèce, un Dragon qu’il importe de vaincre. Ce dragon, c’est le pervertissement du désir de gloire, c’est l’exaltation impure des désirs. Il symbolise la propre perversité de Jason. Le Dragon héroïquement tué deviendra symbole d’affranchissement réel. Mais Jason ne fait qu’endormir le Dragon à l’aide d’un filtre préparé par Médée la magicienne. Et il est vaincu par son dragon intérieur. Il reste soumis à Médée l’enchanteresse, qui ensanglante la cour de ses crimes. Jason pactise avec ce qui représente le contraire de sa mission propre : le mépris de l’esprit et de la pureté de l’âme ; ainsi, il vide de sens son héroïque entreprise et anéantit à la fois son exploit et son idéal.

Jason est le symbole de l’idéaliste qui n’a pas compris que certaines fins ne peuvent pas s’obtenir par n’importe quels moyens ; il s’est laissé pervertir par l’ordre des moyens. Son navire, l’Argo, « est le symbole des promesses juvéniles de sa vie, des exploits en apparence héroïques qui lui ont valu la gloire. Il a voulu se reposer à l’ombre de sa gloire, croyant qu’il suffisait à justifier sa vie entière. Tombant en ruine, l’Argo, symbole de l’espoir héroïque de la jeunesse, devient le symbole de la ruine finale de sa vie…

 

Bibliographie

Dieux et Héros du zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Editions Robert Laffont

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

 

 

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DANS L’HERBIER DES POISSONS… LA VIOLETTE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 16-03-2012

Dans le langage des fleurs, la violette symbolise la modestie, la pudeur et la timidité, sans doute parce que sa petite corolle semble hésiter à sortir de son écrin de feuilles. Si elle est bleue, elle représente la fidélité ; si elle est blanche elle évoque le bonheur tranquille. On dit aussi que la violette représente l’amour secret et c’est ce que signifie, en principe, l’offrande d’un bouquet de violettes. Souvenez-vous dans les « Jeunes filles » d’Henry de Montherlant, Mademoiselle Andrée Hacquebaut dépose un bouquet de violettes devant la porte de Pierre Costals dont elle est amoureuse, ce qui plonge ce dernier dans un profond embarras.

Auparavant la timide violette avait été distinguée par Pétrarque, semée ici et là dans l’œuvre de Shakespeare pour finir en bouquets ronds, dans leur collerette de feuilles imbriquées, piqués sur les manchons de fourrure, apportant une touche de chic aux toilettes des élégantes de la Belle époque.

Le bouquet de violettes

 

Ainsi ai-je réprimandé la violette osée :

Où as-tu pris, voleuse, l’embaumante douceur,

Sinon au souffle

De mon bien-aimé ? Le pourpre orgueil qui sur tes

Joues est comme

Un teint, outrageusement tu l’as teinté aux veines

De mon aimé.

William Shakespeare

On dit aussi que la pensée, autre forme de la violette, symbolise le souvenir. En effet, dans la mythologie, la nymphe Io fut aimée de Jupiter. Mais la liaison fut découverte par Junon, l’épouse légitime de Jupiter, qui métamorphosa sa rivale en génisse. Comme Io errait tristement elle vit sortir de terre de petites fleurs qui tournaient leurs corolles vers elle. Elle reconnut en elles les pensées de ses amis venus la consoler. Io aurait donc donné son nom à ces petites fleurs… Io… Ion… Viole… Veieln, Veilchen, Violtje, Violina… Violet… Violette. Dès 400 avant Jésus-Christ, les Athéniennes achetaient des bouquets de violettes au coin des rues et les utilisaient en pommades ou en tisanes pour leurs vertus médicinales. Quant aux Romains, ils les appelaient « les violettes odorantes » ou « violettes de mars », en raison de leur saison de floraison. Ils en tressaient en couronne qu’ils mettaient sur leur tête pour effacer les affres des migraines provoquées par leurs libations.

Couronne de violettes

Après les villas romaines, les violettes furent adoptées dans les monastères et les jardins de simples du Moyen Age. En 904, paraît en araméen un texte sur la culture des violettes. Ce traité, assez original, révèle l’influence puissante des signes du Zodiaque qui règle l’ordonnance des divers travaux. Chaque rang de plantation était précédé d’un pied de rue, herbe médicinale dont l’effet protecteur n’est pas parvenu jusqu’à nous. Cependant, le Moyen Age a beaucoup utilisé la violette et il existe de nombreux ouvrages anciens consacrés à l’usage de cette petite plante.

 

Violettes dans un jardin de simples

Il existe de magnifiques planches de violettes d’une surprenante précision, datant du début du XVIe siècle : la Flore de Basilius Besler, botaniste et pharmacien de l’Archevêché d’Eichstâtt en Allemagne. Les espèces sauvages de la violette de mars voisinent avec les variétés cultivés à fleurs doubles de la Viola martia.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles, Henri IV puis Louis XIII et leurs descendants se parfumaient et se poudraient à la violette pour couvrir les odeurs du corps. Et c’est tout naturellement que les violettes se retrouvèrent dans le Potager du Roy à Versailles, en bordure des carrés de légumes et, de là, sur les tables du palais. La Quintinie, le jardinier du Roi, a évoqué comment il cultivait certaines variétés de couleur rose, blanche ou bleue, sous forme d’arbres pour la gloire de Louis XIV.

Se souvient-on encore que Napoléon Bonaparte était surnommé Père la Violette par ses soldats lors de son séjour à l’île d’Elbe parce qu’il devait revenir avec les violettes, c’est-à-dire avec le printemps. Cette fleur fut ensuite le signe de ralliement des bonapartistes durant les Cent-Jours. Peut-être cet emblème était-il dû au fait que Joséphine aimait les violettes et en avait fait son message amoureux. En effet, lors de sa rencontre avec Napoléon, elle portait à son corsage un petit bouquet de violettes qu’elle lui donnant et toute sa vie, à son anniversaire, Napoléon, lui en offrit un bouquet. On dit même, qu’avant de partir pour Sainte-Hélène, il en cueillit quelques brins sur sa tombe qu’il garda dans un médaillon, porté à son cou jusqu’à sa mort.

 

L’image de la « violette impériale » réapparaît en France sous le Second Empire lorsque les Palmes académiques adoptent cette couleur en 1866. « Violettes impériales » est également le titre d’une opérette interprétée par Luis Mariano, d’abord sur la scène du théâtre Mogador, puis à l’écran dans un film de Richard Pottier, en 1952, et dont l’action déroule sous le Second Empire.

Violette est un prénom féminin, d’origine latine, issu du nom « viola » qui désigne également la fleur, la violette, symbole de pureté et de fraîcheur et que l’on fête le 5 octobre, à la Sainte Fleur, comme les autres prénoms floraux.

En Italie Santa Viola était une vierge et martyre, qui reste particulièrement honorée à Vérone et fêtée le 3 mai.

Deux villes ont pour emblème la violette :

–       Toulouse où il existe une « Confrérie de la violette », appelée la « Cité des violettes », car la production de cette fleur y était très importante. La « Violette » est devenue l’une des récompenses décernées par l’Académie des Jeux floraux de Toulouse. Cependant, l’origine de la violette de Toulouse est mal connue. Les Historiens la datent aux environs de l’année 1854. Les premières cultures connues se trouvent au nord de la ville et les petits producteurs vendaient leur production sur le Marché aux Violettes des Jacobins et dans les rues du centre ville. C’est en en 1908 que sera créée une coopérative : la Coopérative des Violettes et des Oignons.

Violette de Toulouse

La violette de Toulouse connaîtra ses heures de gloire durant la première moitié du XXe siècle. Elle était exportée à travers toute l’Europe jusqu’en Russie. Cette production occupera alors jusqu’à 600 producteurs sur une vingtaine d’hectares. Puis, la culture de la violette connut une crise qui finit par tuer la plupart des producteurs, en particulier l’hiver très rigoureux de 1956 provoquera de nombreuses pertes. Avec le développement de la culture sous serres on obtient désormais d’autres fleurs que la violette en hiver et en 1983, la coopérative disparaît. Seuls ne subsistent que quelques producteurs.

La Violette de Parme

–       Parme, en Italie, qui a fait de la violette son emblème sans doute parce qu’un célèbre parfumeur fit sa réputation sur le subtil parfum de la violette. Bien des histoires circulent à propos de la violette de Parme et notamment cette petite fleur aurait été adorée par notre Impératrice Marie-Louise, seconde épouse de Napoléon 1er, devenue Duchesse de Parme après la chute de l’Empire en 1814 qui fut comblée de bouquets de violettes qu’elle adorait.                                                                                                                              

 Au Canada, la violette est l’emblème de la province du Nouveau-Brunswick.

 

 

Enfin, il faut savoir que tout est utile dans la violette. Les fleurs entrent dans la composition classique des « fleurs pectorales » et sont indiquées contre les rhumes, les bronchites, les irritations des voies respiratoires :

–       soit en décoction légère (5 à 10 grammes de fleurs séchées pour un litre d’eau) : tremper à froid quelques minutes, porter à ébullition et laisser infuser une dizaine de minutes. Cette décoction est efficace en cas de maux de tête, accompagnée de compresses qui en sont imprégnées et que l’on applique sur le front, indication qui remonte à l’Antiquité et à l’école de Salerne qui déclarait : « Pour dissiper l’ivresse et chasser la migraine, la violette est souveraine : d’une tête pesante elle ôte le fardeau, et d’un rhume fâcheux délivre le cerveau ». 

Décoction de violettes

–       soit en sirop ou miel violat, préparation non seulement expectorante et calmante contre la toux, mais aussi légèrement laxative, ce qui la fait recommander en cas de constipation, spécialement pour les enfants.

–       les feuilles fraîches, écrasées et posées en emplâtre sont préconisées pour les tumeurs bénignes et les gerçures du sein. 

–       la racine en décoction est vomitive, et s’emploie en cas d’intoxication alimentaire.

 

Fleurs de violette séchées

La violette est donc efficace comme expectorant et émollient, comme antirhumatismal à cause de sa teneur en acide salicylique, comme cicatrisant notamment dans les cas d’ulcères gastroduodénaux et même pour les soins de la peau, puisque se révèle être un adoucissant des peaux fatiguées et sensibles.

Bibliographie

Nos Grand-mères savaient – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont 

 

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QUELQUES DEVINS CELEBRES (suite)

(6.4 - L'Astrologie dans l'Histoire) par sylvietribut le 24-02-2012

A la veille de la Révolution française, un homme de 70 ans, poète et voyant occasionnel, formule l’une des prophéties les plus fulgurantes de cette fin du XVIIIe siècle. Il s’appelle Jacques Cazotte et dîne, par une agréable soirée de l’été 1788, chez la duchesse de Gramont, en compagnie d’éminentes personnalités de l’époque : Chamfort, Condorcet, La Harpe, Vicq d’Azur. Le repas est excellent, l’ambiance heureuse et joyeuse. La fixité du regard de Cazotte qui s’est retiré un peu à l’écart sur un banc du jardin, indique qu’il est tombé dans un état proche de la transe.

Jacques Cazotte

« Ca y est, pensent les convives, voilà que ça le reprend ! ». Histoire de s’amuser un peu, ils demandent au poète-voyant de donner à chacun des détails sur sa destinée. D’un air lugubre, Cazotte fixe intensément le visage des invités puis, commençant par Condorcet, lui déclare : « Vous mourrez sur le sol de pierre d’une cellule de prison, ayant absorbé du poison pour tromper le bourreau, poison que la félicité de ces temps-là vous contraindra à porter toujours sur vous ».

A Chamfort, il dit : « Vous, vous vous ouvrirez les veines avec un rasoir, vingt-deux fois, mais vous ne mourrez que quelques mois plus tard ».

Jean de La Harpe, dramaturge athée, s’entend prédire une conversion au catholicisme pur et dur, et à Vicq d’Azur, il prédit le suicide. Cazotte termine sur l’annonce de sa propre exécution, par la guillotine.

Passablement déprimés, les invités rentrent chez eux et La Harpe consigne sur un carnet les sinistres et stupides prophéties de Cazotte afin de pouvoir le ridiculiser quand le temps l’aura fait mentir.

Un an après ce dîner, la Révolution bouleversait la France. En 1793, pour échapper à une arrestation, Chamfort s’ouvre vingt-deux fois les veines et meurt deux mois après. En 1794, Condorcet préfère s’empoisonner plutôt que d’avoir le corps coupé en deux par la guillotine.

Emprisonné dans un donjon, La Harpe est ébloui par la révélation divine et se convertit au catholicisme. Après sa sortie de prison, il entre dans un monastère où il meurt en 1803. Ces notes sur les prophéties de Cazotte seront publiées en 1806.

Quant au poète-voyant, Cazotte, il fut guillotiné, comme il l’avait prédit, le 25 septembre 1792. A part Vicq d’Azur, mort d’une forte fièvre et non d’un suicide, Cazotte ne s’est pas trompé d’un iota. Tout s’est passé exactement comme il l’avait prédit.

 

A suivre

 

 

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