LA NATIVITE DES CRECHES ET DES PASTORALES

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 23-12-2011

Les premières manifestations festives autour de la Nativité se sont organisées, très vraisemblablement, en Orient, au sein des Eglises fondées par les apôtres et leurs successeurs. La date retenue alors était celle du 6 janvier. Plus que la naissance de l’Enfant divin, c’est son statut de rédempteur de tous les hommes que l’on y célébrait. Dans ce contexte, l’adoration des berges et des Mages y prenait une dimension particulière, celle d’authentifier la révélation. C’est dans un semblable esprit que, le même jour était célébré le baptême du Christ par saint Jean-Baptiste dans le Jourdain. En effet, selon une interprétation gnostique de l’Evangile selon saint Matthieu, Jésus était devenu Fils de Dieu en sortant de l’eau du baptême.

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Il Perugino – Le baptême du Christ par Jean-le-Baptiste

La fête de la naissance proprement dite apparut en occident au cours du IVe siècle. Sa création marque une étape importante pour l’implantation définitive du christianisme en tant que confession officielle. En utilisant des expressions imagées et courantes pour le Christ « Lumière du Monde » ou « Soleil de Justice », le clergé a voulu procéder à la christianisation de diverses célébrations solsticiales et, plus particulièrement, de la fête du Sol Invictus ou renaissance du « soleil invaincu », le 25 décembre.  

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Le culte de Mithra

Il s’agit de la manifestation la plus importante du culte de Mithra qui, concurrençait sérieusement la foi chrétienne par un ensemble de rites voisins des traditions solsticiales populaires. Ainsi, la Nativité fut séparée de l’adoration des Mages, le 6 janvier, dans une partie de l’Occident tandis que l’Orient fête à cette date, en grande pompe, la bénédiction des eaux et le baptême du Christ. Dans les premiers siècles du christianisme, la grotte où naquit le Christ devint un lieu de culte et les pèlerins affluaient pour se prosterner devant la crèche et la mangeoire où reposa, d’après la tradition, le Fils de Dieu.

Saint Jérôme, au Ve siècle, déplorait la substitution d’une représentation ouvragée en argent correspondant à la grotte de Bethléem à la vénération de la crèche originelle. Dans cet esprit d’ostentation de richesses et de pouvoir se multiplièrent dans les églises romanes les oratoires sous forme de crèche, et les fidèles priaient, toute l’année, devant une statue d’or ou d’argent de la Vierge portant l’Enfant divin. Dans la chrétienté d’Orient, la Nativité fut un thème privilégié de l’iconographie des églises depuis la restauration du culte des icônes, l’esprit de la Nativité fut toujours empreint d’une profonde spiritualité. Les drames liturgiques représentant la Nativité du Christ apparurent vers le XIIIe siècle sous l’impact des Légendaires et des Evangiles apocryphes. La crèche placée dans le chœur ou dans l’entrée, cet emplacement permettant d’introduire l’âne et le bœuf, acteurs importants dans les récits, mettait en scène en réalité l’adoration des Mages.

Progressivement, ces mystères devinrent de plus en plus profanes et s’éloignèrent de la tradition biblique. Dans un premier temps, la Réforme protestante allait combattre ces interprétations quasiment populaires et profanes. L’Eglise catholique suivit cet exemple en interdisant les mystères et en imposant de sévères réglementations à l’imagerie religieuse.

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Giotto – Adoration des Mages

Mais ce type de représentation de l’adoration des Mages, tradition populaire toujours très vivace dans une grande partie de l’Europe, n’est toujours pas à l’origine des crèches modernes dont l’apparition, comme forme de piété et moyen d’expression de l’émotivité populaire, est associée aux effets de la Contre- Réforme.

Progressivement toutes les églises catholiques installent pour les fêtes de Noël une crèche où figurent les personnages cités dans les Evangiles, associés parfois aux saints patrons et aux représentants de la population locale. Avec le temps, ces crèches autorisées et créées dans la tradition du clergé se firent plus riches, plus élaborées et plus réalistes, et l’esprit des traditions populaires, régionales, devint de plus en plus évident.  

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Crèche italienne du XVIe siècle

Les premières crèches apparaissent en Italie dès le XVIe siècle : il s’agit d’un agencement de statues polychromes en terre cuite grandeur nature, installées le plus souvent dans une chapelle de l’église, pour figurer cette étape de la vie du Seigneur, de même que l’on en représente le martyre.

Le véritable essor des crèches se produit au XVIIe siècle, encouragé par la tendance à l’ostentation propre à la Contre-Réforme. Les exemples les plus riches et les plus raffinés sont certainement les crèches napolitaines du XVIIIe siècle, qui amalgament des traditions romaines représentées par les ruines de temples anciens à la foi chrétienne et aux traditions populaires présentes par les scènes d’auberge, animées de musiciens et de danseuses ou encore les scènes de marché.

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Crèche napolitaine

Les statuettes « laïques » des crèches napolitaines sont appelées « pastori », « bergers », et sont souvent montées sur une armature de fil de fer qui permet de les animer. La grande variété d’animaux domestiques et d’accessoires, le naturalisme des vêtements et des attitudes font de ces crèches un monde en miniature où se mêlent, dans une heureuse expression d’harmonie et de beauté, le profane et le sacré.

Le goût de ces crèches s’est répandu ensuite dans plusieurs régions d’Europe, entraînant une diversification de la représentation centrale.

Parfois apparaît sous forme de préfiguration de la crèche le culte de l’Enfant Jésus, le « Christkind » : il s’agit d’un poupon emmailloté ou d’un petit enfant habillé à la mode de l’époque, entouré de fleurs et de broderies précieuses pour évoquer le paradis. Ailleurs on réalise des grottes où l’on installe des personnages en verre ou en papier mâché. On fabrique aussi des grottes en carton-pâte et des personnages de cire.

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Crèche provençale

Mais ce sont les crèches provençales qui correspondent le plus à l’idée de la crèche napolitaine avec une transformation de son contenu pour mieux s’adapter aux réalités du pays. Avec le temps, elles sont devenues l’expression de la dévotion familiale à la Nativité. Il semblerait que, outre l’influence italienne, l’ordre des Franciscains ait beaucoup œuvré dans leur mise en place. Dans la crèche provençale, un rôle prépondérant est donné aux bergers, écho peut-être des traditions de la vie pastorale et des transhumances de la région. Mais la multiplication des santons et l’interprétation d’autres rôles sociaux pendant les deux siècles de sont épanouissement ont modifié le caractère primitif de la crèche pastorale qui évolue, ici comme à Naples, vers une représentation de la société locale.

Les pastorales et les crèches parlantes qui se jouaient un peu partout en France se pratiquent de nos jours dans plusieurs régions d’Europe sous diverses appellations : « Jeux de Bethléem », « Noëls ». C’est certainement l’interdiction officielle des mystères qui permit le succès de ces drames à la fois naïfs et romancés, émouvantes expressions de foi populaire. Ils se déroulent soit à Noël soit le 6 janvier, utilisant toujours la même structure théâtrale : trois jeunes garçons habillés de vêtements « à l’ancienne » figurent les rois Mages. Ils parcourent à pied ou à dos de cheval, souvent un simulacre de monture, toute la commune pour annoncer la bonne nouvelle. Ils chantent des tropes en transportant une crèche où ils jouent différentes scènes bibliques, avec une prédilection pour la tentation d’Adam par Eve, et une évocation de la faute ancestrale, qui à elle seule justifie la naissance du Christ et son sacrifice futur. En Hongrie, les jeunes gens portent la crèche de maison en maison.

Ailleurs les messagers de la Nativité se trouvent entourés de figures étranges, de monstres, d’animaux sauvages et d’autres déguisements d’hiver, communes dans les traditions des douze jours dans une grande partie de l’Europe.

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Bibliographie : Fêtes et croyances populaires en Europe – Yvonne de Sike – Editions Bordas

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