APOLLON FILS DU LOUP

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.6.5 - LES MYTHES DU LION ET DU SOLEIL) par sylvietribut le 10-08-2013

On trouve dans la relation symbolique entre le Lion et le Soleil, maître du signe, des ambiguïtés où se rencontrent violence, domination et sens du sacré, nécessité de s’imposer, autorité naturelle et aptitude au sacrifice extrême.

APOLLON LE DIEU SOLAIRE ET SA COURONNE DE LAURIER 

Apollon le dieu solaire et sa couronne de laurier

Peu à peu, Apollon va usurper la place et le rôle d’Hélios, le Soleil. Les deux dieux ou demi-dieux qui semblent véritablement se partager le signe du Lion étant à l’évidence Apollon et Héraklès/Hercule, héros parmi les héros. C’est André Barbault qui a fort bien décrit les deux types physiques léonins qui correspondent à Apollon et à Héracklès.

Le premier fait les hommes beaux, l’œil en amande, le nez fin et long dans le prolongement d’un front légèrement fuyant, bien bâtis mais minces et de silhouette élégante. Tel est le Lion apollinien qui tient sa place auprès des esthètes et des artistes.

apollon

Apollon homme fort et puissant

Le second fait les hommes forts, puissants, musclés, le visage plus carré, le nez épaté comme celui des chats ou des félins. Le mufle du lion. Et un estomac « en creux », côtes très dessinées en avant. Avec la crinière abondante, une stature athlétique. Alexandre Dumas qui était natif du Lion, s’est projeté dans le personnage de Porthos et on dit qu’il était capable de porter un âne sur son dos.

Psychologiquement, ces deux types vont aussi se différencier, mais c’est l’apollinien qui va se révéler comme plus complexe, et le plus insaisissable des deux. Dans l’Iliade, Apollon apparaît la nuit, ce qui semble confirmer qu’il s’agit bien à l’origine d’un dieu lunaire. Il était d’ailleurs appelé « le dieu à l’arc d’argent », et non d’or, ce qui signerait le soleil. Il brille « avec la lune » et « comme la lune ». Il est parfois appelé « fils du loup », c’est-à-dire de la Déesse Mère. Ce n’est que beaucoup plus tardivement, lorsqu’il chasse Python de son lieu oraculaire et s’empare de Delphes, qu’il se charge de valeurs solaires. On dit qu’il vient du Nord, peut-être d’Asie… trace de son origine chthonienne.

Dieu violent et terriblement orgueilleux, il présente des traits contradictoires mais qui le conduiront peu à peu à devenir le protecteur des artistes et le dieu de la sagesse. Et ce n’est que véritablement en fin de parcours qu’il sera associé à l’harmonie, à la musique, voire à la spiritualité. On pense là à l’exaltation de Neptune en Lion.

Au début, on trouve un dieu berger, sans doute agraire. On parle alors d’un Apollon-souris ou d’un Apollon-rat, appellation déconcertante pour un dieu si prestigieux par la suite. Il garde les troupeaux mais il est aussi maître des fauves. Il est à la fois bon pasteur, berger secourable et guerrier irascible.

apollo

Apollon et le serpent d’Asclépios

Père d’Asclépions, dieu de la médecine, il le deviendra lui-même, puis prophète de Zeus/Jupiter et dieu oraculaire et inspirateur des poètes. C’est là sans doute qu’il s’est le plus solidement enraciné dans notre culture, comme le dieu à la lyre, lyre fabriquée par Hermès/Mercure enfant, à peine sorti de son berceau, avec une carapace de tortue trouvée sur son chemin, après d’ailleurs, que le petit dieu malin eut volé les bœufs d’Apollon. Ce dernier lui pardonnera son larcin à condition qu’il lui donne cette lyre à sept cordes, le 7 étant le chiffre du dieu de la septième porte. On dit qu’il est né et fêté un septième jour, le dimanche d’ailleurs jour du soleil, ou à sept mois.

W. K. Guthrie écrit d’ailleurs : « Orphée, adore le soleil qu’il identifie avec Apollon… Chaque matin il escalade le mont Pangée pour saluer le dieu du jour dès son apparition ».

D’un dieu quelque peu brutal et violent on a fait progressivement un dieu de la conscience, raffiné, inspirant les plus harmonieuses et les plus belles lois, les plus nobles pensées.

Il a été quelque peu banalisé ce jeune homme beau et sage sera même opposé assez rapidement à Dionysos, le « dieu dément », fils de la Grande Déesse, dieu du vin, de la folie inspirée, de la transe et de l’enthousiasme, de l’excès et de l’orgie. Face à ce dieu de la démesure, Apollon se présente comme le dieu de la raison, peut-être pour le séparer à jamais de ses origines barbares. Le voici devenu un dieu civilisateur par excellence, chargé de l’humanisation des créatures terrestres, de leur ascension.

Artemis_et_Apollon 

Les jumeaux Apollon (le Soleil) et Artémis (la Lune)

Quelle filiation les Grecs lui prêtent-ils ?

Ils font de lui le fils de Zeus/Jupiter et de Léto. Il serait né à Délos. Personne n’osait laisser Léto accoucher, toujours par crainte de la jalousie d’Héra/Junon. Dès que celle-ci croyait ou savait une mortelle courtisée par Zeus et forcément fécondée par lui, elle mettait sur-le-champ tout en œuvre pour entraver l’accouchement, faire des incantations fatales à la parturiente, obligeant les suivantes à croiser jambes, pieds, bras pour empêcher la délivrance. Léto finit par accoucher à Délos, considérée alors comme une île flottante, mais une fois qu’elle eût mis au monde ses jumeaux, Apollon et Artémis, l’île se fixe ; Thémis s’occupe tout particulièrement d’Apollon, le nourrit de nectar et d’ambroisie, ce qui le fait grandir très vite. Le breuvage des dieux a forcément des vertus exceptionnelles. Au bout de quelques jours, l’enfant atteint l’âge adulte et cherche un lieu où établir son sanctuaire, installer ses prêtresses et, après plusieurs tentatives infructueuses, il parvient à Delphes, lieu oraculaire sur lequel règne encore la vielle Déesse Mère, fille de Gaïa à laquelle tous les dieux doivent d’exister, sous la forme du Python qui donnera son nom aux pythies. Apollon tue le grand serpent, la Déesse sous sa forme la plus archaïques, et il devra donc, comme tout un chacun ayant commis un crime, aller se faire purifier. Les dieux et les mortels, à cet égard, sont soumis aux mêmes lois. Qu’il s’agisse d’Héraklès ou d’Apollon, ils ne cessent de se faire purifier ça et là, pour les meurtres qu’ils commettent en série. Apollon sera envoyé quelques temps en exil, dans la vallée du Tempé où il devra servir les mortels. Mais bien sûr il ne sera pas maltraité par les humains qui savent quels dangers il y aurait à attirer sur soi le ressentiment d’un dieu, fût-il exilé.

APOLLON ET LES DAUPHINS

Apollon et le dauphin

Delphes est bien sûr un site convoité et Apollon ne pouvait mieux choisir. Delphes est l’Omphalos, le nombril de la terre, l’Utérus maternel, d’ailleurs l’une des traductions de « delphis » est dauphin ou utérus. On dit aussi que les prêtres de Delphes auraient fait naufrage à cause de dauphins qui les auraient fait chavirer sous l’impulsion d’Apollon entendant ainsi recruter un peu vigoureusement ses servants. D’autres encore prétendent que ces prêtres descendraient de Crétois… ce qui les lierait encore davantage à la Grande Mère des premiers temps du matriarcat. Apollon aurait alors simplement détourné leur navire, en prenant l’apparence d’un dauphin… toujours dans le but de les contraindre à demeurer dans son sanctuaire.

Apollon et Artémis, jumeaux complices, ont fait ensemble un certain nombre de frasques ou de mauvais coups. Apollon va tuer Pithios qui avait voulu abuser de leur mère et ils la vengeront de Niobé qui avait eu l’impudence et l’imprudence de se vanter d’être plus féconde que Léto. Ni Artémis, ni Apollon ne peuvent pardonner pareille offense.

A cause de diverses sottises, Apollon sera par deux fois exilé ; une fois il devra servir Admète roi de Thessalie, pour avoir tué un des Cyclopes, artisans de la foudre de Zeus. Ce dernier ne plaisante pas lorsqu’on s’en prend à ses plus zélés serviteurs. Une autre fois, Apollon aura le tort d’envoyer la peste à Troie parce que Léomédon n’a pas payé une somme qu’il lui doit ; par ailleurs l’attitude du dieu, pendant la guerre de trois sera vivement critiquée.

LA LYRE D'APOLLON

La lyre à sept cordes d’Apollon

Bibliographie

Dieux et Héros du Zodiaque – Joëlle de Gravelaine – Editions Robert Laffont

  

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DANS L’UNIVERS DU TAUREAU… LE JARDIN

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME, 6.6.2 - LES MYTHES DU TAUREAU ET DE VENUS) par sylvietribut le 28-04-2013

Le jardin est un symbole du Paradis terrestre, du Cosmos, dont il est le centre, du Paradis céleste dont il est la figure, des états spirituels, qui correspondent aux séjours paradisiaques.

On sait que le Paradis terrestre de la Genèse était un jardin, qu’Adam « cultivait le jardin » ; ce qui correspond à la prédominance du règne du végétal au début d’une ère cyclique, tandis que la Jérusalem céleste de la fin sera une ville. Ce jardin d’Eden se situerait au Moyen-Orient, près de l’ancienne Mésopotamie, mais la Genèse ne livre que peu d’informations sur le jardin en lui-même. On sait que le jardin d’Eden abritait l’Arbre de la Vie, l’Arbre de la connaissance du bien et du mal, qui porte des fruits, des pommes selon la tradition orale, bien que le mot n’apparaisse à aucun endroit : en latin « poma » signifie « fruits » de manière plus général.

On a dit des jardins de la Rome antique qu’ils étaient les souvenirs d’un paradis perdu. Ils étaient aussi des images et des résumés du monde, ce que sont encore de nos jours, les célèbres jardins japonais et persans. Le jardin d’Extrême-Orient c’est le « monde en petit », mais c’est aussi la nature restaurée en son état originel, invitation à la restauration de la nature originelle de l’être.

L’Asie orientale connaît aussi les jardins paradisiaques : le Kouen-louen, centre du monde et porte du ciel, est orné de jardins suspendus qui ne sont pas sans évoquer ceux de Babylone, où coule une fontaine d’immortalité.

CLOITRE SAN LAZZARO DEGLI ARMENI - LAGUNE DE VENISE

Cloître San Lazzaro degli Armeni – Lagune de Venise

Le cloître des monastères, le jardin clos des maisons musulmanes, avec sa fontaine centrale, sont des images du Paradis. De ces jardins qui sont les états paradisiaques, il est dit, dans l’Islam, qu’Allah est le jardinier. Dieu lui-même est un jardin, écrit Saint Jean de la Croix.

La tradition kabbalistique traite aussi du Paradis comme d’un jardin qui fut ravagé par certains de ceux qui y entrèrent. Le Pardes est ici le domaine de la connaissance supérieure, les quatre consonnes du mot correspondant aux quatre grands fleuves de l’Eden et aux quatre sens hiérarchisés des Ecritures. Ces quatre fleuves étaient : Hiddekel, Euphrate, Pishon et Gihon. Si les deux premiers correspondent de l’avis général au Tigre et à l’Euphrate, l’identification des deux autres rivières n’est toujours pas résolue à ce jour. Les ravages du jardin consistent à couper les plantes, c’est-à-dire à séparer la végétation contingente de son Principe.

Les Egyptiens avaient aussi le goût des jardins, avec des massifs fleuris et des bassins. Ils en dessinaient sur les murs et sur le sol de leurs palais. Chaque fleur avait son langage : les baies de mandragores étaient symboles d’amour, les lotus aux pétales ouverts évoquaient la roue solaire, et leur enracinement dans les eaux la naissance du monde.

Les fêtes du mariage de Zeus/Jupiter et d’Héra/Junon se sont déroulées dans le merveilleux et mythique Jardin des Hespérides, symbole d’une fécondité toujours renaissante. Mais, pour les Grecs, le jardin est surtout un luxe, dont ils ont découvert le charme en Asie, lors des conquêtes d’Alexandre. Les Romains avaient poussé jusqu’aux raffinements les plus complexes, mêlant architecture, statues, escaliers, sources, grottes, fontaines et jets d’eaux aux charmes colorés d’une végétation obéissant aux lois et à la volonté de l’homme. Particulièrement sous la forme d’un quinconce régulier, le jardin se révélait ainsi comme un symbole de la puissance de l’homme et, en particulier, de son pouvoir sur une nature domestiquée. On peut transposer à des niveaux plus élevés et voir dans un jardin un symbole de culture opposée à la nature sauvage, du réfléchi au spontané, de l’ordre au désordre, de la conscience à l’inconscient.

LE TAPIS JARDIN D'ISFAHAN - IRAN

Tapis Jardin d’Isfahan – Iran

Cependant, c’est en Perse que le jardin prit une signification, non seulement, cosmique comme au Japon, mais aussi métaphysique et mystique. L’amour des jardins est le thème central de la vision du monde iranienne. Les recueils de poésie les plus célèbres s’intitulent la Roseraie, le Verger. Les thèmes musicaux sont souvent dédiés aux jardins. C’est une source perpétuelle de comparaison : la bien-aimée est comparée au cyprès, au jasmin, à la rose. Plusieurs grands poètes ont voulu être enterrés dans les jardins. C’est un thème apparenté à celui de l’oasis et de l’île : fraîcheur, ombrage, refuge. Dans les célèbres tapis persans, dits « au jardin », le champ est divisé par des canaux rectilignes où nagent des poissons. Ces canaux, qui se croisent à angles droits, circonscrivent des carrés remplis de fleurs et d’arbustes.

Dans les civilisations amérindiennes, le jardin était également conçu comme un résumé de l’univers. Mais chez les Aztèques il réunissait, non seulement ce qu’il y a de beau et d’exaltant dans le monde : fleurs, fontaines, montagnes, fleuves et chemins, mais aussi des êtres redoutables et jusqu’aux monstruosités de la nature.

Le jardin apparaît souvent dans les rêves, comme l’heureuse expression d’un désir pur de toute anxiété. Enfin, le jardin désigne assez souvent pour l’homme la partie sexuelle du corps féminins. Mais à travers cette allégorie du petit jardin paradisiaque, les chants religieux des mystiques, signifient beaucoup plus que le simple amour et son incarnation, ils cherchent et louent ardemment le centre le plus intime de l’âme.

SCENE DE JARDIN - XIVe SIECLE

Scène de jardin – Gravure du XIVe siècle

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins.

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