CALENDES… CALENDRIERS… ALMANACHS…

(06 - MYTHES, LEGENDES, TRADITIONS ET SYMBOLISME) par sylvietribut le 29-12-2013

Le maître par excellence de la tradition populaire, pour tout ce qui concerne les astres et leur influence sur les saisons et les mois, les plantes et les animaux, sur l’homme même, fut l’almanach. C’est lui qui, durant cinq siècles, enseigna dans nos campagnes et dans nos villes ce qu’il faut d’astronomie pour mesurer le temps et ce qu’il faut d’astrologie pour utiliser, au mieux les influences lunaires, les années et les jours. L’almanach fut pendant des siècles, le seul livre qui entra dans les fermes, avec le paroissien et le catéchisme. On imagine ce que put être l’influence de ce livret familial qui, à lui seul, représentait la bibliothèque d’utilité pratique et la bibliothèque d’agrément.

CALENDRIER DES BERGERS POUR DECEMBRE - SAGITTAIRE ET CAPRICORNE

Calendrier des Bergers – Décembre – Sagittaire et Capricorne

Les Anciens, déjà, avaient eu l’idée du calendrier. Vers le début de l’ère chrétienne, Geminus publie des Eléments d’astronomie où l’on trouve, à côté des indications des levers et des couchers des astres pour les divers jours de l’année, des remarques telles que : « la mer devient orageuse, pluie, grand vent, tonnerre, neige, grêle fréquente, etc… ». Des indications semblables se lisent dans le traité intitulé : « Apparition des Fixes » et attribué à Ptolémée ; l’auteur annonce jour par jour les états de l’atmosphère.

« Les Mois », du byzantin Lydus (490-565) constituent des éphémérides où il rend compte, à la lumière de l’astrologie, de maints événements passés, et formule au long des jours, car chaque jour y figure, des prédictions de toute nature, fondées sur les aspects des astres.

Le mot « calendrier » vient de « Calendes » qui, chez les Romains, désignait le premier jour de chacun de leurs mois ; les premiers calendriers ne donnaient que les divisions du temps d’après les mouvements des astres et l’indication de ces mouvements. Ce premier jour du mois dans le calendrier romain était celui de la Nouvelle Lune. Ce jour-là, les Pontifes annonçaient la date des fêtes mobiles du mois suivant et les débiteurs devaient payer leurs dettes inscrites dans les « calendaria », les livres de comptes. Pour rendre honneur au dieu Mars, le dieu romain par excellence, et surtout pour faire correspondre le calendrier lunaire avec le cycle solaire, dis jours de fête, les « calendes de Mars » étaient organisées en fin d’année. Plus tard, cette durée fut réduite à huit jours. Ce terme archaïque de « calendaria » proviendrait de l’étrusque, ce qui pourrait expliquer le maintien de la lettre « k » dans l’écriture des dates, lettre dont les Romains s’étaient pourtant rapidement débarrassés au profit de « c » ; les rares mots latins en « k » sont en effet souvent d’origine étrangère. Une autre explication donne une origine purement latine : il proviendrait du latin « calenda » qui signifie « ce qui doit être appelé », du verbe « calare », « appeler ».

CALENDRIER ROMAIN 

Calendrier romain

Chaque mois, les calendes étaient consacrées à Junon, comme les ides l’étaient à Jupiter. Junon était dite « Junon calendaire » ou « Junon mensale ». Les ides étaient dans le calendrier romain, un jour de référence se produisant le 13 ou le 15 de chaque mois. Il est possible qu’au début du calendrier romain, les ides correspondaient à la Pleine Lune. Cette correspondance aurait cessé à cause des réformes successives du calendrier. Jules César fut assassiné aux Ides de Mars, c’est-à-dire le 15 mars, de l’an – 44, au début de la réunion du Sénat dans la Curia Pompeia, sur le Champ de Mars.

Les calendes de janvier se disaient Saturnales que les Romains célébraient à la fin du mois de décembre. Les Matronales étaient célébrées aux calendes de mars par les dames romaines. Les Fabaries étaient les calendes de juin : on offrait alors aux dieux les fèves nouvelles.

CALENDRIER ASTROLOGIQUE - BIBLIOTHEQUE DE BERLIN

Calendrier : signes du zodiaque et travaux agricoles – XVe siècle – Bibliothèque de Berlin

On n’est pas fixé sur l’étymologie du mot « almanach », mais l’arabe « Almânahh », dont beaucoup sont tentés de le faire dériver, pourrait se traduire par « le livret de la lune » et laisse à penser que l’ouvrage ainsi désigné doit se préoccuper, avant tout, des influences lunaires. En fait, l’almanach est un calendrier accompagné de pronostics et de divisions sur le temps, voire des prophéties.

Dès la fin du XVe siècle, on voit apparaître le « Compost » ou « Calendriers des Bergers », Guiot Marchant, son éditeur et son inventeur, imagina de réunir en un même livre, car il s’agit bien d’un livre, d’une part, un « computus » ou « compost » analogue à ceux qui figuraient dans les missels et les livres d’heures, d’autre part, un guide du berger qui est tiré du Vray régime et gouvernement des Bergers, de Jehan de Brie (1379). Le tout était précédé de quelques notions d’astronomie et assaisonné de théories populaires et d’extraits de « libres de nature ». La même année 1491, il donna deux éditions du « Kalendrier des Bergiers », l’une de 30 et l’autre de 54 feuillets :

« Cy est le Kalendrier des bergiers contenant trois choses principales. La première est congnoissance que les bergiers ont des cielx, des signes, des estoiles, des planetes, de leurs cours, mouvements et propriétez. La seconde est des festes immobiles et mobiles, du nombre d’or, des lunes nouvelles et entièrement de tout ce qui est contenu en la science du compostz. La tierce est de l’almanach des quatre complexions de soy regir et gouverner selon que les saisons requièrent pour vivre sainement, joyeusement et longuement. Imprime pour les utilitez dessus dictes et autres lesquelles y contient… Cy finist le Kalendrier des bergiers. Imprimé à Paris par Guiot Marchant… Le second jour de mai 1491 ».

Bien entendu, d’un éditeur et d’une édition à l’autre, le « Compost » évoluera, mais dès le début du XVIe siècle, il prit sa forme définitive, à quelques détails près. En 1529, l’édition donnée à Troyes par Jean le Rouge comporte cinq parties après le prologue, précisées comme suit :

« La première est notre science de composte et Kalendrier. La seconde est l’arbre des vices, ensemble la commination des peines pour ceux qui les auront commis. La tierce est voye salutaire des hommes, l’arbre des vertus pour parvenir à la pience, refuge des bons. La quatriesme est phisique et regime de santé de nous bergiers. Et la cinqiesme notre astrologie et phizonomie pour congnoistre plusieurs falaces et cautelles du monde ».

RICHES HEURES DU DUC DE BERRY - CAPRICORNE - VERSEAU 

Les Riches Heures du Duc de Berry – Capricorne-Verseau

Comme on peut le constater, si l’on a ajouté deux parties consacrées aux vertus et aux vices, aux récompenses et aux peines de l’autre monde, on n’a pas retranché l’astrologie, tant s’en faut. Les quarante éditions de langue française, parues de 1491 à 1791, tant à Paris et à Troyes qu’à Lyon et à Genève, sans compter toutes celles dont il ne reste plus aucun exemplaire, ont certainement fait la part de l’astre nocturne.

Comme on le voit, sans retracer l’histoire des calendriers qu’ils soient égyptien, grec, aztèque, romain, maçonnique, révolutionnaire, chinois, musulman, grégorien ou positiviste, ce que nous constatons c’est la quête des hommes qui ont cherché, dans un temps toujours en fuite devant eux, à marquer des oints de repère en liaison avec les phénomènes naturels, dont ils pouvaient observer l’évolution recommençant avec régularité. Aussi les premiers calendriers ont-ils une base lunaire, puisque les lunaisons sont plus courtes et plus faciles à observer et à étudier que le cycle solaire. Etablir un calendrier, c’est se rassurer, organiser le temps, comme on construit des digues pour régulariser le cours d’un fleuve ; c’est se donner l’impression de dominer, en le réglementant, ce à quoi on ne peut échapper. C’est avoir un moyen de marquer les étapes de sa propre évolution extérieure ou intérieure, et en même temps de célébrer, à date fixe, tout ce qui rappelle les rapports de l’homme avec les dieux ou le cosmos, ou avec les morts. La contemplation d’un calendrier évoque le recommencement perpétuel. Il est le symbole de la mort et de la renaissance, ainsi que l’ordre intelligible qui préside à l’écoulement du temps ; il est la mesure du mouvement.

5.0.2 

Calcul du calendrier au Moyen Age

Bibliographie

L’Astrologie Populaire – Influence de la Lune – Folklore et Traditions – Pierre Saintyves – Editions du Rocher

Deco_Noel1Pour vos étrennes de Nouvel An, pour une fête, pour un anniversaire, ou tout simplement pour faire plaisir, pensez à offrir une consultation astrologique… Sur mon site, au chapitre de mes chroniques, dans la rubrique « Cadeaux », vous trouverez les modalités d’organisation de cette consultation ainsi qu’un exemple d’une carte-invitation.

 

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DANS LE BESTIAIRE DU SCORPION… LA SALAMANDRE

(09 - LES ANIMAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 24-11-2013

Voilà une espèce de triton que les Anciens supposaient capable de vivre dans le feu sans y être consumé. La salamandre fut identifiée au feu dont elle était une manifestation vivante. A l’inverse, on lui attribuait aussi le pouvoir d’éteindre le feu à cause de son exceptionnelle froideur. Chez les Egyptiens, la salamandre était un hiéroglyphe de l’homme mort de froid. Cependant, elle possède la capacité de régénérer certaines parties de son corps après amputation. Cette capacité de régénération n’est pas sans analogie avec le Scorpion.

Une fausse missive, rédigée au XIIe siècle, mentionnait qu’un pays lointain produisait des vers appelés « salamandres » : « Les salamandres vivent dans le feu et font des cocons que les dames des palais dévident et utilisent pour tisser des étoffes et des habits. Pour laver et nettoyer ces étoffes, elles les jettent au feu ». Cette thématique se retrouve chez d’autres auteurs qui ajoutent qu’un tissu fait en poils de salamandre ne peut se consumer, ou même que la peau de l’animal ne peut brûler. Ce tissu en soie ou en poils de salamandre pourrait en fait être un textile d’amiante. Ils se vendaient des peaux de salamandres et se formaient ainsi un témoignage irréfutable de l’existence de cet animal légendaire. Pline l’Ancien mentionnait déjà des étoffes incorruptibles qui se nettoyaient dans le feu. De son côté, Marco Polo précisait que « la salamandre était une étoffe et non un animal ».

SALAMANDRE DE LA GALERIE FRANCOIS 1er - CHATEAU DE FONTAINEBLEAU

Salamandre de la Galerie François 1er – Château de Fontainebleau

La salamandre va connaître un succès sans précédent sous François 1er qui l’adopte comme corps de devise avant même son accession au trône. Il avait mis dans ses armoiries une salamandre au milieu du feu et adopté cette devise : « Je nourris le bon feu et j’éteins le mauvais » ou « je me nourris du bon feu et j’éteins le mauvais ». Elle est d’ailleurs représentée assise dans les flammes et crachant des gouttes d’eau. Le corps de cette devise est probablement une combinaison d’éléments de l’emblématique milanaise, François 1er a prétendu à l’époque à la succession du duché de Milan. La salamandre rappelle la guivre des Visconti et la cohabitation des flammes et de l’eau rappelle les boutefeux munis de seaux d’eau des Sforza. Les Visconti et les Sforza étaient deux grandes familles aristocrates qui régnèrent sur le duché de Milan.  

François 1er n’eut pas l’exclusivité de la salamandre car on la retrouve aussi sur les armes de Jobelot de Montureux, en France-Comté ainsi que sur celles de Despierres de Brécourt de Rochepot en Berry. Toutefois, la plupart des blasons comportant une salamandre couronnées, surtout celles de communes, sont une allusion à un rapport avec François 1er. Elle figure par exemple sur les blasons de Sarlat-la-Canéda, du Havre, de Vitry-le-François et de Gennes en Maine-et-Loire.

Dans l’iconographie médiévale, la salamandre représentait « le Juste qui ne perd point la paix de son âme et la confiance en Dieu au milieu des tribulations ».

 LA VOUIVRE DANS LE BLASON DES VISCONTI

La guivre du blason des Visconti

Pour les alchimistes, elle est le « symbole de la pierre fixée au rouge… Ils ont donné son nom à leur soufre incombustible. La salamandre qui se nourrit du feu et le phénix qui renaît de ses cendres sont les deux symboles les plus communs de ce soufre.

Le célèbre alchimiste Paracelse comptait sept races de créatures sans âme : les génies des Eléments à forme humaine mais sans âme ni esprit, qu’il désignait sous l’appellation « inanimata », les géants et les nains sur la terre. Il croyait aux génies des quatre Eléments : la Terre, par génération spontanée, produit des nains qui gardent les trésors sous la montagne ; l’Eau produit les ondines ; le Feu, les salamandres et l’Air, les elfes. Ensuite, viennent les géants et les nains issus de l’air mais qui vivent sur la terre.

La salamandre était l’être élémentaire associé à l’élément Feu des Anciens. L’animal du même nom n’était en fait qu’une représentation symbolique de l’esprit élémentaire du Feu. La salamandre est un esprit du Feu, comme Ondine est un esprit élémentaire de l’Eau, le Gnome est un esprit élémentaire de la Terre et le Sylpheum un esprit élémentaire de l’Air.

SALAMANDRE1

Salamandre

La salamandre fait partie du genre Andrias. En général, elle mesure 25 cm environ, mais certaines salamandres peuvent atteindre deux mètres de long. Des algues photosynthétiques vivent en symbiose, cas unique chez les vertébrés, à l’intérieur des cellules de l’amphibien et entourent ses œufs.

Voilà un animal tout à fait légendaire. On l’appelait aussi baffie ou lebraude. Elle était réputée vivre dans le feu et s’y baigner et ne mourir que lorsque celui-ci s’éteignait. C’est Pline l’Ancien qui la mentionne pour la première fois dans le livre X de son Histoire naturelle, déclarant : « la salamandre est si froide qu’elle éteint le feu lorsqu’elle le touche ». Un peu plus loin, il s’étonne de cette propriété et analyse que si l’animale avait réellement cette vertu, il serait utilisé pour éteindre les incendies ».  La salamandre devint une créature importante des bestiaires médiévaux ainsi qu’un symbole alchimique et héraldique auquel une profonde symbolique est attachée. Paracelse qui en faisait l’esprit élémentaire du Feu, la représentait sous l’apparence d’une belle jeune femme vivant dans les brasiers.

LA PYRALLIS

La Pyrallis

Pline mentionne un autre animal au livre XI, la Pyrallis, sorte de reptile ailé et quadrupède qui vit dans le feu des forges de Chypre : « Si elle en émerge et vole sur une courte distance, elle tombe morte car elle ne peut vivre que dans le feu ». D’après Jorge Luis Borges, la symbolique de cette Pyrallis oubliée des bestiaires aurait été englobée dans celle de la salamandre.

Augustin d’Hippone, plus connu sous le vocable Saint Augustin, philosophe et théologien, reprit la symbolique de la salamandre dans « La cité de Dieu » dans un chapitre qui s’intitule « Si les corps peuvent être éternels dans le feu ».

Dans sa « Vie », Benvenuto Cellini écrivit qu’alors âgé de cinq ans, il vit un petit reptile semblable à un lézard jouer dans feu et courut en avertir son père. Celui-ci lui révéla qu’il s’agissait d’une salamandre et lui donna une bonne fessée afin de marquer le jour et la vision dans la mémoire de son fils.

Une citation de Cyrano de Bergerac suggère que la salamandre vit sous les montagnes volcaniques comme l’Etna ou le Vésuve, qu’elle sue de l’huile bouillante et crache de l’eau-forte quand elle s’échauffe ou se bat. Ainsi si on pend le corps d’une salamandre à une crémaillère, celui-ci fait bouillir et rôtir tout ce que l’on met dans la cheminée. Quant à ses yeux, ils éclairent la nuit comme des soleils et font l’effet d’une lampe perpétuelle.

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La Salamandre de François Ier – Château d’Azay-le-Rideau

D’autres légendes plus tardives en font un animal extrêmement venimeux, capable d’empoisonner l’eau des puits et les fruits des arbres par sa seule présence. Dans un écrit du XVe siècle, le Rosarius, on apprend que le venin est comme une humeur laiteuse que l’animal répand pour se défendre. Dans le folklore français, on affirme que sa seule respiration suffit pour faire enfler une personne jusqu’à ce que sa peau éclate. En Auvergne, où elle était connu sous le nom de « soufflet », « souffle » ou « enfle bœuf ». On disait qu’elle tuait les troupeaux de bovins, alors qu’en Berry, sa seule présente suffisait à les faire enfler.

En Auvergne, la lebraude est un lézard noir et jaune dont la symbolique est proche de celle de la salamandre, réputé pour ne respirer qu’une fois par jour. Son souffle est empoisonné et pour s’en débarrasser, il faut l’enfermer pendant 24 heures dans un espace confiné afin qu’il soit obligé de respirer et qu’il s’empoisonne lui-même. Au XVIIIe siècle, les Bretons n’osaient pas nommer la salamandre par son nom véritable, craignant que, l’entendant, elle ne vienne leur faire du mal.

Cependant, la salamandre symbolise aussi la foi qui ne peut être détruite. Elle est comparée au Prophète Daniel qui survécut au supplice des lions, mais également aux Hébreux qui furent jetés au feu sur ordre de Nabuchodonosor mais demeurèrent intouchés par les flammes. On la également comparer à l’apôtre Paul, totalement incorruptible.

BLASON DE VITRY-LE-FRANCOIS

Blason de la ville de Vitry-le-François

Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

 

 

 

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L’ASTROLOGIE AU CHATEAU DE CHANTILLY

(6.3.1 - En France) par sylvietribut le 21-10-2013

Henri d’Orléans, duc d’Aumale, fils du roi Louis-Philippe 1er, lègue en 1897 le château de Chantilly, avec l’ensemble de ses collections à l’Institut de France. Il abrite plusieurs salles aménagées en musée, ainsi que les anciens grands et petits appartements aménagés aux XVIIIe et XIXe siècle par les Princes de Condé et par le duc d’Aumale lui-même.

Chateau de Chantilly

Château de Chantilly

Le Musée Condé présente une collection de peintures anciennes qui compte parmi les plus importantes de France. Elle est principalement constituée d’œuvres italiennes et françaises, dont trois tableaux de Fra Angelico et trois de Raphaël pour la peinture italienne et cinq peintures de Nicolas Poussin, quatre d’Antoine Watteau et cinq signés Ingres, pour la France. Ce Musée de Condé abrite aussi un cabinet de 2 500 dessins et une bibliothèque comportant 1 500 manuscrits dont 200 sont enluminés. Le plus célèbre d’entre eux : les Très Riches Heures du Duc de Berry. S’y ajoutent des collections d’estampes, de portraits miniatures, de sculptures, d’antiquités, de photographies anciennes et d’arts décoratifs, meubles et porcelaine notamment.

L’ensemble de ces collections n’est visible qu’à Chantilly car le legs du duc d’Aumale interdit tout prêt des collections et aucune modification des salles d’exposition n’est par ailleurs possible. En conséquence, la muséographie n’a pratiquement pas changé depuis l’ouverture en 1898. Environ 250 000 visiteurs fréquentent le musée Condé chaque année. Quatre exposition temporaires sont organisées par an et permettent de voir une partie des œuvres conservées en réserve habituellement.

Les Très Riches Heures du Duc de Berry est un livre d’heures commandé par le duc Jean 1er de Berry et actuellement conservé dans ce Musée Condé à Chantilly, sous la cote Ms.65.

Ce livre d’heures fut commandé par le duc aux frères Paul, Jean et Herman de Limbourg vers 1410-1411. Inachevé à la mort des trois peintres et de leur commanditaire en 1416, le manuscrit fut probablement complété, dans certaines miniatures du calendrier, par un peintre anonyme dans les années 1440. Certains historiens de l’art y voient la main de Barthélemy d’Eyck. Mais c’est en 1485-1486 qu’il fut achevé dans son état actuel par le peintre Jean Colombe pour le compte du Duc de Savoie. Acquis par le Duc d’Aumale en 1856, il est toujours conservé dans son château de Chantilly et n’en peut sortir en raison des conditions du legs du Duc.

Après un oubli de trois siècles, les Très Riches Heures ont acquis rapidement une grande renommée au cours des XIXe et XXe siècle. Les miniatures ont contribué à façonner une image idéale du Moyen Age dans l’imaginaire collectif. C’est particulièrement le cas des images du calendrier, les plus connues, représentant à la fois des scènes paysannes, aristocratiques et des éléments d’architectures médiévales remarquables. Il s’agit de l’un des plus célèbres manuscrits enluminés.

 L'AUTOMNE - LES TRES RICHES HEURES DU DUC DE BERRY

Les Très Riches Heures du Duc de Berry – Septembre-Octobre

C’est certainement le calendrier, ensemble de miniatures, le plus célèbre du livre, si ce n’est de toutes les enluminures du Moyen Age. Présent dans tous les livres d’heures, le calendrier permet au lecteur de repérer la prière correspondant au jour de l’année et à l’heure de la journée. Sont ainsi notés : le nombre de jours dans le mois solaire et lunaire, les jours et le saint qui leur correspondent, ainsi que les fêtes religieuses. De plus, la durée de chaque jour précise son nombre d’heures et de minutes.

Il prend cependant ici une importance particulière : pour la première fois, il est illustré de miniatures de pleines pages. Par ailleurs, le calendrier inclut des données astronomiques qui atteignent un degré de précision jamais atteint jusqu’alors. Est indiqué notamment un nombre d’or, pour la première fois encore, servant au calcul des dates des nouvelles et pleines lunes. C’est en effet une des premières applications de la proposition de réforme du calendrier faite par Pierre d’Ailly qui préfigure le futur calendrier grégorien. Ces détails peuvent s’expliquer par l’intérêt porté par le commanditaire à l’observation des astres et à l’astrologie.

Chaque miniature est surmontée des signes zodiacaux correspondant au mois en cours, inscrits dans un demi-cercle. Ils sont entourés d’inscriptions astrologiques inscrites dans de petites cases, au-dessus et en-dessous. Cependant, quatre des miniatures correspondant à Janvier, Avril, Mai et Août, sont vierges d’inscription. Lorsqu’elles sont présentes, ces inscriptions contiennent elles aussi des informations astronomiques très détaillées. Au centre de ce demi-cercle, est représenté à chaque fois le dieu Apollon dans son char. Cette représentation est en grande partie inspirée d’un revers d’une médaille byzantine acquise par le duc de Berry, mentionnée dans un de ses inventaires, et représentant l’empereur Héraclius dans un char semblable.

L’HOMME ANATOMIQUE

On trouve cette miniature à la fin du calendrier. Un tel thème ne se retrouve dans aucun autre livre d’heures de cette époque. Elle représente l’influence des astres sur l’homme. Il se peut qu’elle soit inspirée d’ouvrages traitant de médecine ou d’astrologie. Plusieurs manuscrits avaient déjà représenté un homme dont les différentes parties du corps sont reliées à un des douze signes du zodiaque. L’originalité tient ici dans le dédoublement de l’homme et la double mandorle qui l’entoure, dans laquelle sont reproduits à nouveau les signes du zodiaque.

ASTROLOGIE ET SANTE AU MOYEN AGE

L’Homme-zodiaque

Dans chaque coin supérieur de la miniature sont peintes les armes du Duc de Berry : « Trois fleurs de lys d’or sur fond d’azur avec bordure engrêlée de gueule ». Dans chaque coin inférieur, on trouve le chiffre « VE » ou « UE » enlacés. Ces lettres ont fait l’objet d’interprétations diverses : il s’agit soit d’une allusion aux premières lettres d’une devise du duc « En Vous » ; soit d’une allusion à la première et dernière lettre du nom « Ursine ». Ce nom fait lui-même l’objet d’une double interprétation : soit Saint Ursin, le patron du duché de Berry, soit le nom d’une maîtresse que le duc aurait connu en captivité en Angleterre. Ce nom se retrouve dans les symboles héraldiques parlants qui parsèment à plusieurs reprises les marges du manuscrit : l’ours et le cygne.

Chaque coin est complété par quatre inscriptions latines décrivant les propriétés de chaque signe du zodiaque selon les quatre complexions : chaud, froid, sec ou humide ; les quatre tempéraments : colérique, mélancolique, sanguin et flegmatique et les quatre points cardinaux : « Le Bélier, le Lion et le Sagittaire sont chauds et secs, colériques, masculins, orientaux », en haut à gauche. « Le Taureau, la Vierge et le Capricorne sont froids et secs, mélancoliques, féminins, occidentaux », en haut à droite ; « Les Gémeaux, la Balance et le Verseau sont chauds et humides, masculins, sanguins, méridionaux » en bas à gauche ; « Le Cancer, le Scorpion et les Poissons sont froids et humides, flegmatiques, féminins et septentrionaux », en bas à droite.

La miniature datant d’avant 1416 est attribuée à l’un des frères de Limbourg. 

RAMPE DU CHATEAU DE CHANTILLY

Le Bélier – Rampe de l’escalier du Château de Chantilly

 

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