DANS L’HERBIER DU TAUREAU… LA CONSOUDE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 16-05-2016

Voici une plante qui répond à bien des noms. Elle est tout aussi bien consoude officinale ou symphytum officinal, grande consoude, langue de vache, oreille d’âne, herbe aux coupures, herbe aux charpentiers, herbe à la couture, toute-bonne.

Cependant son nom officiel indique bien à quoi elle sert : souder, est, bien sûr, sa vertu principale. Pline affirmait que si on mettait sa racine à bouillir avec de la viande hachée, celle-ci serait reconstituée en un seul morceau  et les anciens traités médicaux la disent « propre à réunir les plaies ». Depuis des millénaires, on l’emploie donc pour cicatriser les blessures et les ulcères, également pour consolider les fractures, cette dernière indication étant celle qui est retenue par l’homéopathie laquelle définit « Symphytum officinale » comme « remède important dans les traumatismes osseux ».

LA CONSOUDE

La consoude

La consoude peut atteindre jusqu’à 80 cm de haut. Elle pousse dans les prairies humides, au bord des ruisseaux et des fossés. Ses tiges raides, anguleuses et creuses, sont recouvertes de poils rudes que l’on retrouve également sous la face inférieure des feuilles, allongées et pointues, disposées de façon alternée ; ses fleurs, à corolle tubulaire rouge violacé ou blanc jaunâtre, forment des petits bouquets serrés s’inclinant au bout d’une tige, elle aussi, très velue. Sa racine, épaisse, noire extérieurement, blanche et visqueuse intérieurement, est la seule partie qu’on utilise, fraîche ou séchée.

Les Grecs de l’Antiquité pensaient que cette plante pouvait soigner tous les organes blessés. Cette plante est utilisée depuis la nuit des temps puisqu’on en a retrouvé la trace dans la nourriture des hommes des cavernes. Malheureusement, elle est tombée en désuétude mais avait connu un renouveau, au XIXe siècle, dans les pays anglo-saxons. Elle sert depuis longtemps à nourrir les animaux : chevaux, vaches, cochons, poules qui pondent plus et mieux. En effet, la plante peut être consommée fraîche ou séchée, en fourrage, car elle est riche en protéines. Les romanichels la cultivaient partout où ils passaient. Avec la consoude, ils « retapaient » les vieilles carnes qu’ils achetaient à bas prix et les revendaient bien plus cher quelques semaines plus tard.

Un conte du Moyen Age met en évidence ses vertus astringentes. Il rapporte qu’une servante, la veille de son mariage, s’était préparé un bain avec une forte décoction de consoude afin de retrouver sa virginité depuis longtemps perdue. Or, ayant omis de tenir sa maîtresse au courant du but essentiel de cette opération, celle-ci se plongea dans le même bain, il faut dire que l’eau était rare à l’époque, et obtint un tel résultat que son mari « ne fut pas médiocrement surpris de lui trouver une virginité nouvelle ».

Fernel, médecin de Henri II, que l’on nommait « le Gallien français », tenait la consoude en telle estime qu’il la préconisait pour soigner en chirurgie les traumatismes avec fractures. C’est un astringent léger qui est fort conseillé dans les cas d’hémoptysie, d’hémorragie utérine sans gravité, de diarrhée bénigne. Le Docteur Leclerc l’utilisait dans l’entérite tuberculeuse, l’ulcère à l’estomac, pour assécher les bronches en cas de bronchite ou d’infection pulmonaire.

SAINTE HILDEGARDE DE BINGEN

Sainte Hildegarde de Bingen

Quant à la grande herboriste Hildegarde de Bingen qui vécut entre 1098 et 1179, voici ce qu’elle disait de la consoude : « Si l’on a un membre cassé ou blessé, ou couvert d’ulcère », manger de la consoude. Mais la consoude prise sans raison renvoie la pourriture à l’intérieur : c’est comme si on jette des pierres dans un grand fossé pour empêcher l’eau de s’en aller, et alors la vase s’installe au fond ». Sainte Hildegarde de Bingen est considérée comme la première vraie phytothérapeute moderne.

De nos jours, elle pourrait être encore employée pour calmer rapidement les douleurs des brûlures, pour activer la cicatrisation des plaies, pour soigner les ulcères variqueux, les gerçures des seins, les fissures anales, si à la pharmacie on ne s’entendait pas répondre que cette plante n’existe plus, visiblement il est plus rentable de vendre des crèmes qui n’ont aucun effet mais coûtent fort cher, d’autant que la consoude soulage aussi les articulations enflammées, résorbe les hématomes consécutifs à un coup ou à une chute. En cas de phlébite, elle était aussi utilisée afin d’en diminuer les séquelles.

LA CONSOUDE - PLANCHE BOTANIQUE

La consoude – Planche botanique

On peut utiliser la consoude aussi bien en usage interne qu’en usage externe. Dans la première hypothèse : il faut une cuillerée à soupe pour ¼ de litre d’eau froide. On fait bouillir 2 à 4 minutes. On retire du feu et on laisser infuser 10 minutes. Boire deux tasses par jour, loin des repas, et sucrer avec du miel d’acacias de préférence. Pour un usage externe : il faut procéder à une décoction de racines : 100 à 200 grammes par litre. Faire bouillir 10 à 12 minutes et laisser infuser ¼ d’heure, applications locales en lotion.

La consoude aime les terres profondes du fait du développement important de ses racines, car elle va chercher loin ses éléments nutritifs. Sa racine, une fois installée, plonge à 1,5 mètres et même parfois jusqu’à deux mètres de profondeur. Aucune plante herbacée ne s’enfonce aussi loin. Une fois qu’elle a pris racine, au bout de près de deux à trois ans, elle ne craint plus rien, mais il faut quand même veiller à ce qu’elle ait un arrosage suffisant, à lui apporter de l’azote, sous forme de purin d’orties, et à désherber autour d’elle. Par ailleurs, elle est elle-même un excellent engrais, riche en potasse et donc très complémentaire de l’ortie qui est riche en azote. Lors des plantations, prenez quelques feuilles fraîches d’ortie et une ou deux de consoude, coupez-les en morceaux et mettez-les directement au fond du trou de la plantation. La plante ne reprendra que mieux.

LA CONSOUDE ET SA RACINE

Bibliographie

Nos grands-mères savaient – La vérité sur les plantes et la vie naturelle – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont

 

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