LA SCORPIONESQUE ET MORTIFERE BELLADONE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 05-11-2009

Avec la Belladone, on est toujours dans la symbolique Scorpion de la vie et de la mort. Et, si l’on en croit les témoignages de chercheurs allemands du début du XXe siècle ayant expérimenté une pommade contenant des extraits de trois plantes mortifères, on peut, même de nos jours « vivre » les expériences des nuits de sabbats aux courses effrénées, aux plaisirs intenses, que les sorcières avouaient sous la torture. Ces scientifiques se sont livrés à leurs expériences insolites pour tester une recette d’onguent du XVIIe siècle, découverte fortuitement au cours d’une recherche sur la sorcellerie. Même si la recette est imaginaire, il n’en reste pas moins vrai que la combinaison des trois plantes dans une composition quelconque ne peut être que dangereuse.

belladone1

Plante curieuse et capricieuse que la Belladone aux fleurs livides, au contact visqueux, à l’odeur fétide : elle apparaît mystérieusement dans un endroit en massif de plusieurs pieds une année pour disparaître ensuite de façon radicale sans aucune raison apparente. Son nom, Atropa belladonna, évoque l’inflexible belle femme – mais aussi, Atropos, la Parque chargée de couper le fil de la vie, tant cette plante inquiétante est fatale par la toxicité de toutes ses parties. Parmi les divers alcaloïdes qu’elle contient, l’atropine, la scopolamine et la nicotine sont des poisons dangereux. Une vingtaine de ses fruits luisants, de la taille d’une cerise, d’un noir violacé, à la chair sucrée, suffisent pour tuer un homme. L’intoxication se manifeste par un sentiment d’étouffement progressif, et la mort, due à la paralysie des muscles respiratoires, survient rapidement.

atropos

 Atropos

 Quant à l’appellation séduisante de « bella donna » (belle femme), elle provient de l’usage que faisaient, à la Renaissance, les belles Italiennes d’un collyre à l’extrait d’atropine, pour dilater la pupille et rendre les yeux brillants. En effet, la dilatation des pupilles est une des manifestations de l’excitation sexuelle et de l’admiration désirante, manifestation inconsciemment perçue par les hommes et qui les stimule ; de plus, cela faisait légèrement loucher, c’était à cette époque caractéristique de la beauté, d’où l’expression « avoir une coquetterie dans l’œil ». Cette préparation est d’ailleurs toujours utilisée en ophtalmologie.

jusquiame-noireLa Jusquiame que l’on trouve dans les décombres et les terrains vagues est aussi une plante capricieuse qui apparaît et disparaît au gré des années. Les feuilles, grandes et molles, répandent une odeur repoussante. Les fleurs à l’aspect inquiétant, d’un jaune sale veiné de violet, réunies en bouquets au sommet des tiges, donnent naissance à des capsules contenant des graines en forme de rein ; toutes ces caractéristiques avaient excité l’imagination populaire et, si  les animaux ne la touchaient jamais à cause de son odeur, les hommes en tiraient un baume utilisé en frictions contre les rhumatismes.

Si par malchance les journaliers qui coupaient de l’herbe pour le fourrage n’étaient pas très attentifs, quelques feuilles de jusquiame mêlées aux plantes sèches suffisaient pour provoquer chez les animaux une agonie atroce : après de violentes convulsions et des ballonnements, ils mouraient paralysés. De tels effets ne pouvaient être dus qu’à des sorciers : accusés d’avoir infesté la nourriture des bêtes, ils devenaient des personnages haïs dans les sociétés rurales. En fait, l’hyosciannine, un des alcaloïdes de la Jusquiame, connue sous le nom classificatoire Hyoscyamus niger, est un poison puissant utilisé en pharmacologie, à petites doses, comme antinévralgique et narcotique.

 Le nom de Jusquiame vient du grec ancien « hyoskyamos » littéralement « fève de porc » : il s’agit d’une allusion à l’épisode de l’Odyssée lorsque la magicienne Circé transforme en pourceaux les compagnons d’Ulysse en leur faisant pour cela boire un philtre contenant de la jusquiame.

circe-ulysse-et-les-pourceaux1

Mais Ulysse était immunisé grâce à un antidote végétal dont Hermès lui avait fait présent. Certains interprètent cet épisode comme une métaphore opposant la bestialité, c’est-à-dire le pourceau, à la raison. Toutefois, les Solanacées vireuses, dont fait partie la jusquiame, sont fréquemment évoquées dans les histoires de métamorphoses d’homme en animal. Elles peuvent en effet générer des hallucinations particulièrement puissantes, y compris celle d’avoir pris la forme d’un animal, au point d’en adopter le comportement.

Enfin la Stramoine, aux larges feuilles velues et aux fleurs en forme d’entonnoir, était jadis cultivée dans les jardins et réputée éloigner les taupes. Elle contient elle aussi divers alcaloïdes extrêmement toxiques.  En réalité toute la famille des solanacées, dont fait partie aussi la pomme de terre, sont dangereuses. Heureusement pour nous ce sont les feuilles et non les tubercules qui se révèlent vénéneuses.

stramoine

 

Dans le domaine des belles empoisonneuses, ces trois-là ne sont pas seules au monde. Comme les littératures grecque et romaine, l’histoire moderne est riche en empoisonnements. Elle recèle une multitude de pratiques criminelles où les stratégies familiales, les questions d’honneur et la politique s’entremêlent et où la macération et la concoction de quelques herbes « choisies » s’offrent aux convenances, aux compromis et à la ruse. Nous sommes toujours dans le monde et la symbolique du Scorpion.

Enfin, deux auteurs du Ier siècle avant Jésus-Christ, Diodore de Sicile et Strabon, rapportent que les Celtes empoisonnaient leurs pointes de flèches avec le suc de la stramoine datura, la description du fruit ne laissant aucun doute quant à l’identité de la plante. Beaucoup plus tard… Condorcet est mort en avalant du stramonium et de l’opium.

cigue1L’empoisonnement le plus fameux est certainement celui de Socrate, raconté par Platon dans le Phédon. A base de ciguë, ce poison provoquait l’arrêt progressif de la circulation et du cœur, qui se manifestait par un refroidissement des extrémités avant la mort. La sérénité de Socrate durant son agonie et l’absence des spasmes violents qui caractérisent l’intoxication par la ciguë semble indiquer la présence dans cette tisane léthale, de narcotiques tels que la jusquiame. Toutefois la formule, secret d’Etat athénien, fut perdue avec la fin de l’Antiquité.

La Rome antique et l’Italie de la Renaissance, ainsi que les cours européennes, gèrent les affaires politiques à coups d’empoisonnements. Chatons de bagues et médaillons creux, cachettes raffinées de poudres ou de philtres mortels, en sont la preuve. On les administre à ses ennemis ou à soi-même, en cas d’ultime nécessité. Jusqu’au XVIIIe siècle où commence la « carrière » de l’arsenic, les plantes maudites sont à l’origine de milliers de morts et de scandales dues au « mauvais café » ou au « vin de la trahison ».

La mort ne frappait pas seulement les victimes mais aussi les empoisonneuses présumées que l’on faisait brûler vives comme des personnes encombrantes. Car si les hommes sont impliqués dans les meurtres violents, les femmes, elles, ont toujours préféré les armes silencieuses et discrètes qui tuent sans effusion de sang.

Sorcières et empoisonneuses, les femmes le furent autant que guérisseuses. La connaissance des herbes sacrées, des herbes d’amour et d’autres sortilèges allait de pair avec celle des plantes de la mort. Mais surtout les femmes connaissaient les plantes « bonnes » pour les avortements, qui s’avéraient souvent dangereuses. Et ce ne sont pas seulement les sorcières qui jouaient avec la mort, car les empoisonnements dans les campagnes étaient beaucoup plus fréquents qu’on veut bien le laisser croire ; combien de témoignages de morts subites dans d’atroces douleurs, combien de personnes paralysées évoquées dans les seules Mémoires de Saint-Simon, par exemple.

On préparait encore le « bouillon d’onze heures » destiné aux parents encombrants, arrière-grand-tantes et oncles célibataires dont on convoitait l’héritage. Mais de jeunes enfants et des nourrissons s’inscrivaient eux aussi dans la clientèle potentielle des empoisonneuses comme le prouvent les procès-verbaux de la justice jusqu’au siècle dernier.

aconit1L’aconit, appelée aussi « casque de Jupiter », la digitale, les ciguës figurent traditionnellement au nombre des plantes les plus dangereuses. Mais on oublie souvent que le tubercule de notre charmant cyclamen est d’une efficacité sans égal. Utilisé pour les avortements, sa toxicité n’avait pas échappé aux braconniers qui broyaient quelques petites boulettes et jetaient la pâte dans les rivières : quelques minutes plus tard des poissons endormis venaient à la surface le ventre en l’air.

cyclamen 

Autre famille de plantes traîtresses : les liliacées. Ce sont des plantes à oignons : les bulbes des colchiques d’automne, les muguets ou les amaryllis peuvent être fatals. De même plusieurs variétés de renoncules ont des racines toxiques : les pivoines, les anémones, les boutons d’or pour ne mentionner que les plus communs.

Curieusement deux plantes connues depuis la plus haute Antiquité comme plantes de l’immortalité sont, elles aussi, dangereuses. Il s’agit de l’if, que l’on trouve souvent taillé dans les haies et dans les cimetières. La plante femelle est extrêmement toxique. Quelques grammes de son feuillage peuvent faire périr le cheval, particulièrement sensible à son poison, la taxine, qui attaque le système nerveux. Jadis l’if faisait partie des plantes que l’on cultivait dans les abords des châteaux féodaux car on utilisait ses branches extrêmement flexibles et solides pour la fabrication des arcs. Une autre plante, toujours verte elle aussi, mais extrêmement dangereuse est la sabine, originaire des Alpes de Provence et du Dauphiné. Consommés par les animaux, ses jeunes rameaux provoquent une mort rapide par occlusion du circuit intestinal. Jadis la sabine était une « arme » aux mains des sorcières pour provoquer des avortements.  

if_dore

Toutes ces plantes toxiques dont le catalogue n’est pas exhaustif ne trahissent cependant pas une forme de vengeance de la nature. Prudemment utilisées, elles étaient et restent des médicaments dont la pharmacopée tire des remèdes irremplaçables. Certes la nature n’est pas aussi paisible qu’elle peut paraître aux yeux des citadins ou des romantiques. Les plantes ne se répartissent pas en utiles ou nuisibles. C’est l’ignorance des lois qui régissent la vie du troisième règne qui engendre seule le danger. Dès lors qu’on en prend conscience, la nature devient intelligible et les poisons qui hantent tellement l’inconscient deviennent eux aussi des végétaux sinon domestiqués, du moins nécessaires et utiles. 

bouton-d-or 

Bibliographie : Fêtes et Croyances Populaires en Europe d’Yvonne de Sike

 

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

NOISETTES ET NOIX : LES FRUITS DE LA VIERGE

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 12-09-2009

noisettes2

PETITE HISTOIRE DES NOISETTES

Dans tous les textes insulaires, le noisetier, le sorbier et le coudrier, qui ne sont pas toujours bien distingués les uns des autres dans la lexicographie, sont considérés comme des arbres à caractère magique. A ce titre, ils étaient fréquemment employés par les druides ou les poètes comme supports d’incantation. L’emploi le plus notable est la gravure sur les bois des ogam ou lettres magiques. Le noisetier voisine dans cet usage avec l’if et le bouleau, et la noisette est assez souvent considérée comme un fruit de science. Un des rois mythiques de l’Irlande est dit MacGuill, fils du coudrier. Le noisetier est un symbole de patience et de constance dans le développement de l’expérience mystique car ses fruits se font attendre.

noisette-et-noisetier1Originaire d’Asie mineure, le noisetier, ou coudrier, est un arbrisseau des régions au climat humide et tempéré. Son fruit, la noisette, qui signifie « petite noix », a conquis l’Europe dès l’Antiquité. Cependant, sa domestication remonte à la période préhistorique et serait vraisemblablement due aux Turcs. Les Romains introduiront les variétés cultivées de coudrier dans tout l’Empire, mais il faudra attendre les XVIIe et XVIIIe siècles avant qu’elles ne soient produites à grande échelle en Europe. Aujourd’hui, on la cultive notamment en Turquie, en Italie et en Espagne. En France, c’est la Corse, les Pyrénées Orientales et le sud-ouest qui en produisent le plus.

Le terme « coudre » est apparu dans la langue au XIIe siècle. Il dérive du latin « corylus », qui vient lui-même du grec « Korys » qui signifie « capuchon » ou « casque », en raison de la cupule qui coiffe le fruit. Le terme « noisette », qui est apparu en 1280, soit près d’un siècle plus tard, a graduellement remplacé « coudre ». Il dérive de « noix ».

Son nom latin « aveline » ou « Corylus avellana » est apparu en 1256. Il dérive du latin « nux abellana » qui signifie « noix d’Abella », une ville de Campanie en Italie, célèbre pour ses vergers de noisettes, qui se trouve près d’Avellino. Au 1er siècle après Jésus-Christ, Pline parlait déjà des « petites noix d’Abella ». En Provençal, les noisettes sont d’ailleurs appelées « avelines ».

irpiniaL’Irpinia province d’Avellino

Les noisetiers sont originaires de la zone tempérée de l’hémisphère nord, particulièrement des régions qui bénéficient d’un hiver relativement doux et d’un été frais. Ce climat est caractéristique des bords de mer. C’est d’ailleurs là que se trouvent les principales cultures de noisettes : Turquie (Mer Noire), Espagne et France (Océan Atlantique), Oregon aux Etats-Unis (Océan Pacifique).

L’île-aux-Coudres, au Québec, a été ainsi nommée par Jacques Cartier qui avait constaté qu’il y avait en cet endroit « … plusieurs couldres franches, que trouvâsmes fort chargez de noisilles ». L’aire de distribution du noisetier était toutefois très étendue. Son fruit constituait une ressource alimentaire de choix pour nombre de nations amérindiennes. On l’ajoutait à la soupe de maïs, aux galettes et aux poudings. Hachée, on la mélangeait avec de la viande ou de la graisse d’ours, des baies ou des racines. On servait son huile avec le pain, les pommes de terre, la citrouille, la courge…

Le noisetier est symbole de sagesse et de justice. Les Anciens lui attribuaient de nombreux pouvoirs magiques, dont celui de conférer la fertilité. Outre son utilisation par les druides pour leurs incantations, il était également utilisé par les sourciers et les chercheurs d’or. Toujours d’usage de nos jours, la coutume d’utiliser une branche de noisetier taillée en fourche pour détecter de l’eau souterraine remonte à l’époque des Celtes. Le noisetier serait une des rares espèces de l’ère tertiaire (- 70 millions d’années) à avoir survécu jusqu’à nos jours. D’autres espèces peuvent porter le nom de noisetier sans en être, comme par exemple le noisetier des sorcières.

Quant au sourcier c’est celui qui recherche de l’eau souterraine en utilisant des baguettes de coudrier en forme de Y, ou un pendule. Les sceptiques évoquent des expériences faites dans des conditions rigoureuses, dites en double aveugle, qui ont montré que les sourciers ne faisaient pas mieux qu’un choix au hasard. D’autres témoignent de résultats surprenants, permettant de détecter non seulement de l’eau souterraine mais toutes sortes d’objets ou de cavités présents dans le sous-sol. Il semblerait selon ces témoignages que le sourcier soit sensible aux variations de champ magnétique et non à l’eau proprement dite.

la-baguette-de-coudrier-de-jacquesaymarvernay

Dans l’Antiquité, la baguette de coudrier était utilisée comme moyen de divination pour interroger les dieux. En Allemagne, son usage pour trouver des métaux remonte au XVe siècle. Les alchimistes attribuent à cette pratique des vertus magiques et c’est ainsi qu’en 1517, Luther la condamne. Au XVIIe siècle, Martine de Bertereau et Jean du Châtelet, Baron de Beausoleil, utilisent des baguettes de sourcier pour trouver des mines en Europe, puis ils popularisent son usage pour trouver de l’eau souterraine. L’utilisation du pendule pour trouver des sources ou des mines date de la fin du XVIIe siècle.

Mais revenons à la noisette qui est un des oléagineux parmi les plus riches en oméga 9, c’est-à-dire contre le mauvais cholestérol. Elle est aussi riche en vitamine E (contre le vieillissement cellulaire), en fibres (contre le cancer du côlon), en cuivre (contre les rhumatismes et les maladies infectieuses), en fer (contre l’anémie), en magnésium (contre le stress) et en phosphore (contre la fatigue intellectuelle) et en vitamine B.

Les noisettes sont très énergétiques, et très recommandées pour les sportifs. La noisette est idéale à combiner avec les amandes, les noix et les raisins secs. Les noisettes ont très bonne réputation pour les minéraux, les oligo-éléments et son huile végétale.

nutella2

Enfin, sachez qu’une grande partie de la production mondiale est achetée par la seule société italienne Ferrero, afin de répondre à la demande de Nutella. De ce fait, la majeure partie des noisettes est consommée en association avec du cacao sous forme de pâte à tartiner.

noixPETITE HISTOIRE DES NOIX

Dans la tradition grecque, le noyer est lié au don de prophétie. Un culte était rendu à Artémis Caryatis, qui fut aimée de Dionysos, douée de clairvoyance et changée en noyer aux fruits féconds.

Quelques glossaires irlandais traduisent le nom d’Eithne, allégorie féminine de l’Irlande, par noix, assimilant l’anthroponyme au substantif eitne. L’étymologie est purement analogique, sans valeur linguistique, mais elle fait penser à une conception analogue à celle de l’œuf cosmique ; l’Irlande est en effet un macrocosme en réduction. En attendant, le noyer prend divers noms plus poétiques les uns que les autres : arbre au sommeil, calottier, gagnier, guanguier, gland divin, gland de Jupiter, gauger, noguier, noyer royal… peut-être parce qu’il fait partie de la famille des juglandacées.

Originaire de la Perse et acclimaté en Grèce, en Italie puis en France. Le Périgord est certainement un des berceaux de la noix, tout comme le Dauphiné. On a retrouvé la noix sur le site archéologique du Lac de Paladru en Isère, ainsi que la noix du Périgord dans les habitations de l’homme de Cro-Magnon et à l’époque azilienne dans le gisement de Peyrat à côté de Terrasson en Dordogne. Sa valeur était telle que, déjà au Xe siècle, les paysans acquittaient leurs dettes en setiers de noix. En Périgord, au XIIIe siècle, les baux étaient versés en huile de noix à l’abbaye cistercienne du Dalon. L’huile de noix était considérée comme un bien aussi précieux que l’or. C’est d’ailleurs l’huile de noix qui contribua tout d’abord à la fortune de la région. Son utilisation fut multiple. Elle permettait d’éclairer les humbles masures ou les plus majestueuses cathédrales. Elle faisait le bonheur des peintres ou celui des belles qui se savonnaient le corps au savon mou. En 1730, pour les trois-quarts des paysans de la France, à part au sud-est où poussaient les oliviers, il n’y avait que le noyer qui permettait d’obtenir de l’huile qu’ils utilisaient pour la cuisine : « l’huile de noix donne l’apparence de bouillon à l’eau chaude qui trempe la soupe » disait-on à l’époque. Depuis, l’huile de noix a acquis ses lettres de noblesse diététiques et gastronomiques, elle s’affiche à la carte des plus grands restaurants.

Dès le XVIIe siècle, le commerce le l’huile de noix se développe, via Bordeaux ou Grenoble, vers la Hollande, la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Sur la Dordogne, le commerce est intense. Les gabariers transportent non seulement l’huile mais aussi les grumes de noyers et les noix, du port fluvial de Souillac jusqu’à Libourne, donnant ainsi son nom à l’un des quais « le port des noyers » : « Quinze jours de voyage dangereux sur la Rivière Espérance, puis lente remontée du courant, au pas des bœufs »…

Bien que le noyer connaisse une forte expansion dans toute la France, c’est surtout dans le sud-ouest et le Dauphiné que la noix faisait l’objet d’un vrai commerce. Le Sarladais se spécialise dans le cerneau avec une variété à coque tendre, la Grandjean ; alors que le Dauphiné exporte des noix en coques, ce qui permet de les conserver mieux et plus longtemps. Les exportations se font à destination de l’Angleterre et des Etats-Unis. En 1938, la noix de Grenoble obtient une AOC. En 1950, la filière Noix du Périgord se mobilise pour créer, sur des bases modernes, suivant l’exemple grenoblois, de nouvelles noyeraies à partir de variétés traditionnelles. La Franquette, originaire du Dauphiné, est introduite dans le bassin de production.

perigord-noir-commarque-cheminEn Périgord Noir

Le dénoisillage a toujours été au cœur de la tradition populaire. Près du Cantou, les longues veillées passées à casser les noix et extraire le cerneau, ponctuées de chants et proverbes, ont nourri la mémoire collective du Périgord. Dans le Dauphiné, ce sont les mondées qui sont à la fois une fête entre voisins et un travail nécessaire : « Rien n’est perdu dans la noix, sauf le bruit qu’elle fait en se cassant ». Cette activité instaura une économie à caractère familial : l’énoisage. C’est dans la région de Sarlat-la-Caneda qu’il prit son essor et devint une véritable source de revenus pour la famille.

Nostalgie des énoiseuses assises sur le pas de la porte de leur client, une pierre plate posée sur les genoux, la « tricotte » à la main : un coup sec du maillet pour briser la coquille puis l’extraction du cerneau, à la main, délicatement pour ne pas l’abîmer. En Périgord, on énoise toujours comme autrefois. Ce geste ancestral pour séparer cerneau et coquille a traversé les siècles. Il contribue à ce que la qualité du cerneau de noix reste le fleuron de la production.

Le Périgord noir assure plus de la moitié de la production de la Dordogne. Second département français producteur de noix derrière l’Isère, mais aussi de bois de noyer. Depuis 2002 et grâce à une constante quête de la qualité, la noix du Périgord a rejoint le cercle très fermé des produits de qualité en obtenant, 64 ans après la noix de Grenoble AOC, l’Appellation d’Origine Contrôlée.

La partie charnue autour de la coquille émet un jus qui tache, utilisé en teinturerie : le brou de noix. Aujourd’hui l’extrait de Cassel tend à remplacer le brou de noix du fait de son plus faible coût et de ses bonnes caractéristiques. L’extrait de Cassel est d’ailleurs souvent appelé brou de noix.

dauphine-col_du_barriozPaysage du Dauphiné

Les noix fraîches ou sèches peuvent se consommer directement comme fruits secs. On les casse à l’aide d’un casse-noix. Les cerneaux sont utilisés en cuisine pour la décoration des salades et en pâtisserie dans tartes et gâteaux. On peut également préparer de la confiture de noix. Les noix entrent également dans la composition de divers produits : pain aux noix, fromage aux noix, miel aux noix, confiserie, charcuterie, liqueur, apéritif…

On extrait aussi par pression de l’huile de noix. On table sur un rendement de 50 % pour un pressage à l’ancienne, c’est-à-dire que pour 40 kg de noix décortiquées, on obtient 20 litres d’huile. C’est une huile de qualité, au goût de noix très prononcé et aux propriétés nutritionnelles intéressantes : beaucoup d’acides gras oméga 3 pour un peu d’acide gras oméga 6. Cependant, c’est une huile onéreuse et qui se rancit assez rapidement à la lumière et/ou à la chaleur, du fait de la forte proportion d’acides gras insaturés la composant. C’est pourquoi l’huile de noix ne supporte pas d’être employée en guise d’huile de cuisson ou de friture. Il faut conserver l’huile de noix à la cave, donc à l’abri de la lumière, pour les bouteilles non ouvertes et au réfrigérateur ensuite, ainsi les qualités de l’huile seront conservées comme au premier jour. Trois grains de gros seul dans la bouteille permettraient une meilleure conservation.

Les tourteaux, résidus de la pression, peuvent servir de nourriture pour les animaux. On fait aussi du vin de noix. Quant aux coquilles, elles peuvent servir de combustible. Les feuilles et les chatons, c’est-à-dire les fleurs mâles, peuvent servir pour faire des alcools ou des décoctions, et l’on peut même faire des condiments avec la noix verte : c’est la noix-cornichon.

Quant au bois du noyer, c’est un bois d’excellente qualité pour la menuiserie et l’ébénisterie, notamment la ronce de noyer. Cependant, dans ce cas essentiellement, on utilise le Juglans regia. Des plantations de noyer à bois d’espèce Juglans nigra (noyer noir d’Amérique) ou d’espèce hybride Juglans-nigra au bois plus clair sont également utilisées.

noix-feuille-et-coque

Les noix ont tendance à rancir rapidement. Il est donc inutile d’en faire une trop grande provision. Il est possible de les conserver un ou deux ans en cagette sur du papier journal, dans un endroit sec et aéré, à condition de les avoir ramassées dès leur chute de l’arbre et brassées régulièrement pendant la période de séchage.

Les Anciens ne mangeaient pas les noix fraîches car elles sont irritantes à cause de la peau fraîche, très riche en tanins. Ils ramassaient les noix avec précaution, les mettaient à sécher en couches minces dans une pièce sombre et bien ventilée, et attendaient leur maturation. Pour savoir si elles étaient bonnes au marché, ils les soupesaient : lourdes, elles n’étaient pas encore bonnes. Légères, elles étaient prêtes, et trop légères, elles étaient pourries.

Le cultivateur de noix s’appelle un nuciculteur. Un verger de noyers s’appelle une noyeraie.

Dans la symbolique, la noix et le noyer sont l’objet de nombreuses superstitions populaires. On considère qu’il est dangereux de dormir ou de se coucher sous un noyer.

« A la noix » est une expression qui a un sens péjoratif, pour quelque chose de peu de qualité ou de peu de valeur. Ceci se retrouve dans de nombreuses traditions populaires anciennes et dans plusieurs langues, comme en anglais où l’interjection « Nuts » a valeur de refus définitif. En Gascogne, lorsqu’un jeune homme demandait la main d’une jeune fille, il était invité à partager le repas familial. Si à la fin du repas on lui présentait des noix, cela signifiait que sa demande était rejetée.

En langage vulgaire on parle des noix pour les testicules, ce qui complète ainsi le gland divin ou gland de Jupiter.

coquille-de-noix

L’expression la « Coquille de noix » était initialement une annexe utilisée par les marins pour gagner un navire mouillé au large. Aujourd’hui, elle désigne un petit bateau.

On dit aussi « une noix » pour désigner une quantité de la taille d’une noix, exemple : une noix de beurre.

Sur le plan de la santé, le noyer a toujours joué un rôle important. Au cours des siècles, il était préconisé dans des troubles aussi divers que la petite vérole, les vapeurs hystériques, la colique venteuse, le ver solitaire. Il passait pour « redonner du lait aux nourrices » et « être utile à réparer les hommes qui se sont épuisés avec les femmes ». Finalement, on n’a gardé que les indications liées à ses propriétés essentielles : tonique, reconstituant, dépuratif, désinfectant. On peut combattre l’inflammation des muqueuses et baisser le taux de sucre dans le sang.

Le noyer a aussi des utilisations en phytothérapie vétérinaire. La décoction de feuilles de noyer, forte, est utilisée en lavages afin de protéger les animaux domestiques des mouches et taons, mais à utiliser seulement sans addition d’eau pour les animaux à poils foncés car cette décoction teinterait les animaux à poils clairs. Les feuilles de noyer ajoutées à la paille des niches, préservent les chiens de leurs ennemies, les puces.

Cette décoction peut également servir pour les cheveux bruns ou noirs, pour des rinçages tonifiants, mais cette décoction passée le matin et le soir sur les cils en active la croissance. Enfin, rien ne vaut un bain de feuilles de noyer pour rendre la peau douce, élastique, tout en calmant d’éventuelles rougeurs ou démangeaisons. Quant au brou de noix il serait efficace pour faire disparaître les verrues.

En résumé, le noyer est donc :

-       Tonique amer (dyspepsies, atonie digestive),

-       Stimulant hépatique (nausées d’origine hépatovésiculaire),

-       Stimulant pancréatique (antidiabétique),

-       Astringent (diarrhées, leucorrhées, inflammations de la gorge),

-       Antiseptique (bronchite chronique, affections dermatologiques, ulcères, affections prurigineuses, impétigo) en applications locales,

-       Hémostatique.

Attention : en traitement interne, les préparations trop concentrées sont irritantes pour les muqueuses.

Voici la recette du vin de noix, excellent apéritif tonique, dépuratif, digestif que nos grands-mères conservaient soigneusement dans leurs caves pour les grandes occasions : Faire macérer pendant 5 jours 200 grammes de noix fraîches hachées dans un litre de bon vin blanc. Filtrer, sucrer selon votre goût.

le-ballet-casse-noisettes

 

Enfin en musique, tout le monde connaît le célèbre ballet « Casse-noisettes » de Tchaïkovski. L’histoire d’une petite fille à qui son oncle a donné un casse-noisettes et qui va ouvrir pour elle, alors qu’elle s’endort, la porte à un rêve fantastique où tous les jouets de sa chambre s’animent, les souris sortent du plancher et le casse-noisettes devient une sorte de héros partant en guerre contre le Roi méchant des souris… La musique continue de faire tour du monde à travers le cinéma et la télévision. Les airs le plus souvent repris étant « la Marche des Fleurs » ou « la Danse de la Fée Dragée ».

Quel est le rapport entre les noisettes et les noix avec la Vierge ?

C’est lorsque le Soleil entre dans le signe de la Vierge, fin août, que l’on commence à les récolter pour les faire sécher et les conserver en vue de l’hiver, comme les grains et céréales le sont aussi. La Vierge en bonne comptable provisionne, organise, gère.

Ensuite, rien de prestigieux dans ces petits fruits, mais en plus il faut un travail minutieux et répétitif pour en extraire le fruit, voilà ce qui cadre bien avec la Vierge, sixième signe en analogie avec la VIe Maison, qui place dans la servitude.

Noter encore les bienfaits de ces fruits sur certaines parties du corps, comme les intestins et ce qui a un rapport avec la digestion, l’assimilation, l’évacuation, organes et fonctions que régit la Vierge.

Les couleurs aussi de ces petits fruits sont bien les couleurs de la Vierge dans leur dégradé de brun, de terre, de beige…

huile-de-noix

Bibliographie :

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

Nos grands-mères savaient – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

L’AMBRE… PIERRE DU SOLEIL… PIERRE DU LION

(08 - LES PIERRES ET METAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 15-08-2009

Le nom d’ambre, appelé parfois « succin », dériverait du mot arabe « anbar » qui signifie « doré ». 

amber inkluzja-18

C’est Thalès qui découvrit, vers 600 ans avant Jésus-Christ, les propriétés magnétiques de l’ambre. L’ambre jaune se dit en grec « electron » d’où le nom « électricité ». Les chapelets, les amulettes d’ambre, sont comme des condensateurs de courant. En se chargeant eux-mêmes, ils déchargent de leurs propres excès ceux qui les portent ou les égrènent.

L’ambre représente le fil psychique reliant l’énergie individuelle à l’énergie cosmique, l’âme individuelle à l’âme universelle. Il symbolise l’attraction solaire, spirituelle et divine.  

La Légende de l’Ambre

Les Anciens expliquaient la naissance de l’ambre par l’histoire de Phaéton, le fils d’Hélios. Phaéton obtint un jour la permission de conduire le char du Soleil, mais dans sa maladresse, il mena son équipage trop près de la Terre, qu’il condamnait ainsi à une terrible sécheresse. Pour arrêter ces désordres, Zeus-Jupiter lança sa foudre sur le char et Phaéton tomba dans un fleuve où il trouva la mort. Les dieux eurent pitié du chagrin inconsolable de ses sœurs et les changèrent en arbre. Les larmes des jeunes filles furent autant de gouttes de résine qui devinrent de l’ambre.

rubens-chute-de-phaeton

 Rubens : La chute de Phaéton (1636) – Musées royaux des Beaux Arts  de Bruxelles

Cette légende, et bien d’autres croyances attribuaient à l’ambre des pouvoirs magiques et curatifs, développèrent un artisanat actif, encore vivace aujourd’hui dans la bijouterie. Ainsi, les chevaliers teutoniques détenaient le monopole de l’ambre et diffusèrent des chapelets dans toute la chrétienté.

Chez les Celtes, Ogmios se présente dans la légende sous la forme d’un vieillard. Il attire une multitude d’hommes et les tient attachés par les oreilles à l’aide d’une chaîne d’ambre. Les captifs pourraient fuir en raison de la fragilité de leur chaîne. Ils préfèrent suivre leur guide. Le lien par l’ambre est d’ordre spirituel. Un visage d’ambre est volontiers attribué aux héros et aux saints. Il signifie un reflet du ciel en leur personne et leur force d’attraction.

Apollon versait des larmes d’ambre quand, banni par l’Olympe, il se rendait chez les Hyperboréens. Elles exprimaient la nostalgie du Paradis et le lien subtil qui l’unissait encore à l’Elysée.

Le Pseudo-Denys l’Aréopagite explique que l’ambre est attribué aux essences célestes parce que, « réunissant en lui les formes de l’or et de l’argent, il symbolise à la fois la pureté incorruptible, inépuisable, indéfectible et intangible qui appartient à l’or, et l’éclat lumineux, brillant et céleste qui appartient à l’argent ».

Selon une croyance populaire, l’homme qui conserve sur lui, en toute circonstance, un objet d’ambre ne peut être trahi par sa virilité.

Par ailleurs, l’ambre aurait de grands pouvoirs curatifs en agissant sur le système nerveux central, sur les inflammations virales. Elle aurait également des effets positifs sur les allergies ainsi que sur la gorge et la thyroïde. Enfin, chez les Gaulois, l’ambre entrait dans la composition de certains collyres.

L’ambre (succinite) n’est pas un cristal. D’origine organique, elle n’a pas de système de cristallisation, ses couleurs vont souvent du brun au jaune doré. Il existe aussi l’ambre gris, concrétions biliaires des cachalots. L’ambre gris qui réside dans le foie de l’animal (en relation avec le corps émotionnel), capte la peur et l’angoisse au moment de sa mort. Tout comme l’ivoire, il est fortement recommandé de ne pas financer les massacres inutiles des animaux pour un plaisir personnel et souvent éphémère.

Résine végétale fossile, d’un jaune plus ou moins foncé, diaphane, d’une odeur agréable. Cette résine fossile est incomparablement plus dure que n’importe quelle réside actuelle. Par ailleurs, l’ambre est souvent porteur d’inclusions de plantes ou d’insectes. Sa vibration végétale douce et solaire, c’est du « miel » solidifié.

ambre-concretion

Selon une autre légende qui a perduré longtemps, l’ambre serait dû à une sécrétion glandulaire ou à l’urine des grands mammifères marins comme la baleine ou le cachalot. L’ambre gris est d’ailleurs bien une substance issue des sécrétions biliaires des cachalots.

Les poètes anciens supposaient que les grains d’ambre n’étaient autre chose que les larmes des sœurs de Phaéton ; mais la science, qui n’est pas du tout sentimentale, nous apprend qu’il est le produit d’une espèce de conifère le « Pinus succinifera », dont on ne rencontre plus que les graines et cônes ; ce produit a subi une transformation dans le sein de la terre et est devenu l’ambre.

L’ambre dans l’Histoire

Au IVe siècle avant Jésus-Christ, Aristote, philosophe et naturaliste, classait l’ambre avec les substances végétales et en parallèle avec ces autres résines que sont la myrrhe et l’encens. Dans son œuvre, « Histoire naturelle », encyclopédie des connaissances des Anciens, Pline en a fait un classement identique. A la fin du VIIe siècle avant Jésus-Christ, Thalès découvrit que l’ambre attire les corps légers lorsqu’on le frotte fortement, l’ambre étant donc doté de propriétés électrostatiques. Quant au savant russe Lomonosov, il considérait que l’ambre était une résine fossile provenant d’un arbre, opinion confirmée en 1811 par le savant Wrede. 

Il y a quarante millions d’années, les régions du centre et du nord de l’Europe étaient couvertes de forêts au sein desquelles se trouvaient de nombreux ancêtres de nos pins et épicéas ; dix millions d’années plus tard, ces forêts furent en partie englouties par les eaux. Ceci explique que le littoral de la Baltique soit riche en ambre, une résine fossilisée dans laquelle divers insectes, arachnides, etc.… attirés par son odeur en sont restés prisonniers, comme ont pu être inclus par dépôt, des feuilles, bois, pollens, plumes, etc.…

La résine, qui est un excellent agent de fossilisation a conservé ces différentes inclusions animales et végétales. Puis, suivant un processus long, pas très bien élucidé et faisant intervenir de nombreux éléments, la résine au bout de plusieurs millions d’années se transforme en ambre. 

amber

L’ambre de la Baltique serait chargé de légendes et de mystères car il contient la « lumière du monde », cet ambre que les riverains de la mer Baltique surnomment encore aujourd’hui « les larmes des oiseaux de mer ». Les hommes ont toujours été fascinés par l’ambre auquel ils ont très tôt, attribué des pouvoirs magiques et quasi divins.

Dès l’âge de pierre, l’ambre fut utilisé dans un but décoratif et curatif et fit l’objet, durant l’Antiquité d’un commerce important. En Europe, on la trouve dès le Néolithique, mais il est surtout abondant à l’âge du Bronze, les sites Mycéniens de la Grèce, particulièrement les tombes à Tholos ont livré de l’ambre en abondance : notamment des perles de colliers… On en a retrouvé à Mycènes, en Grèce, en Crête, en Italie, en Irlande, dans la Péninsule Ibérique, en Allemagne… Mais aussi en Inde et en Perse. L’analyse chimique a montré que la majorité de l’ambre du monde méditerranéen provenait de la Baltique.

On a retrouvé en grande partie les Routes de l’Ambre de la Baltique qui traversaient la Pologne, l’Allemagne et la Yougoslavie. A l’autre bout du monde antique, l’ambre est mentionné dans les textes chinois à l’époque des Han deux siècles avant notre ère. Il provenait de la Baltique et passait par la Russie et le Cachemire avant d’arriver en Chine.

Que fait-on avec l’ambre ?

A l’état naturel, les modules d’ambre sont translucides, transparents même troubles avec des colorations diverses entre le brun rougeâtre et la teinte miel résultant de la quantité et du contenu des bulles qui y sont emprisonnées. Ce qui donne une infinie variété de tons et de nuances qui changent en fonction de la lumière qui les frappe. La résine fossilisée devient un minéral facile à tailler et il séduit par sa couleur et son éclat. Devant tant de beauté, l’homme se servit de l’ambre pour en faire des parures, des bijoux, des talismans divers.

Les Gaulois portaient des talismans d’ambre, les Romains en mettaient dans leurs cheveux ou portaient l’ambre autour du cou pour éloigner les mauvais esprits. Au Moyen-âge, les artisans de Bruges se rendirent célèbres par la fabrication de chapelets d’ambre diffusés par les chevaliers teutoniques. Au Maroc, les petites mains porte-bonheur d’ambre (Khansas) annihilent les actions malfaisantes des Djinns. On se servit de l’ambre pour confectionner les embouts des narguilés…

Brûlé, l’ambre dégage un parfum aimé des dieux. Les Romains, et Néron en particulier, faisaient brûler de l’ambre comme de l’encens, ce qui se fait encore de nos jours.

L’ambre avait aussi pour les Anciens des vertus thérapeutiques nombreuses et c’est en raison des bienfaits qu’elle procurait à ceux qui en portaient qu’elle fut longtemps appelée « pierre magique des temps anciens ». On l’utilisait pour activer la circulation du sang, calmer la fièvre et les infections, pour l’asthme et les voies respiratoires, donner des forces et combattre la fatigue, contre le stress et la dépression, pour agir sur les glandes endocrines, soigner la vue, contre les irritations de la peau…

collier-dambre-pour-bebe

Dans les campagnes, on offrait un collier d’ambre aux nouveau-nés pour les fortifier et les aider à dormir. Cette pratique a encore cours dans certains pays méridionaux pour facilité la pousse des dents de l’enfant ou lui épargner les irritations de la peau.

L’ambre passe pour soulager les douleurs des articulations dues aux rhumatismes. L’ambre jeune produit des ions négatifs par frottements, ce qui favorise la circulation des énergies dans tout l’organisme. Cela enlève la fatigue due à la pollution électromagnétique.

Les études ont montré que les ions négatifs : améliorent la circulation sanguine et son Ph, le rendant plus alcalin, régulent le système nerveux, améliorent les réflexes, activent le métabolisme et combattent les inflammations. Ils freinent également l’oxydation des cellules et favorisent leur régénération… Ils sont également utilisés dans le traitement des eczémas. Des tests scientifiques effectués sur des tissus constitués à base d’apprêt d’ambre ont permis de constater la supériorité de ses propriétés électriques et électrostatiques. De plus ses propriétés augmentent après plusieurs lavages. Des tests cliniques ont aussi été réalisés sur des patients souffrant de douleurs ou tensions musculaires.

Ambre gris et Ambre blanc

Il ne faut pas confondre l’ambre jaune fossile avec l’ambre gris et l’ambre blanc.

L’ambre gris est une substance rejetée par les cachalots : concrétions intestinales constituées de morceaux de calmars. Cet ambre gris appelé « or flottant » est très recherché, est apprécié en parfumerie. L’ambre blanc, spermaceti, substance huileuse, appelée « blanc de baleine » est retiré d’une poche cérébrale du cachalot. Il est utilisé pour faire des pommades et en cosmétique.

john-singer-sargent-fumee-dambre-gris

John Singer Sargent – Fumée d’ambre gris

Quant à l’ambre doré, avec ses couleurs changeantes, du jaune citron au brun sombre, souvent de couleur miel, est une oléorésine fossile secrétée par des conifères, entre autres utilisée dans l’industrie et pour la fabrication d’objets ornementaux. Bien que non minéralisé, il est parfois vu et utilisé comme une gemme. Il existe quatre autres gemmes organiques : les perles (la nacre), le jais, l’ivoire et le corail, en particulier le rouge et le noir). C’est la gemme la plus légère des cinq et aussi la plus tendre, par opposition au diamant qui est le plus dur. L’ambre se porte en bijou depuis l’Antiquité, tantôt sommairement serti d’un fil de fer, tantôt savamment travaillé comme pendentif.

Entre autres peuples, les Celtes l’ont beaucoup utilisé sous forme de perles, de façon plus marquée à partir du VIe siècle avant Jésus-Christ. Cette vogue disparaît à peu près deux siècles plus tard. Des pièces d’art celtique en marbre ont été léguées par les Anglo-Saxons.

Parce que l’ambre semble préserver des végétaux et des animaux, il a été associé à la jeunesse éternelle. Ainsi les anciennes Romaines en gardaient des morceaux en main, à la cour. De l’ambre a aussi été découvert dans des tombes égyptiennes.

Selon certains anciens comme Pline, Aristote ou Ovide, l’ambre serait le résultat d’une résine végétale s’écoulant de peupliers ou d’aulnes. Selon le poète Ovide, lorsque les Héliades, filles d’Hélios furent métamorphosées en aulnes et en peupliers, elles continuèrent à pleurer la mort de leur frère, Phaéton.

Leur mère tenta de les sauver et commença à arracher les écorces qui recourait leurs corps, alors qu’elles la supplièrent : « Pitié ma mère, je t’en supplie ! C’est notre corps qui, avec l’arbre est déchiré. Et maintenant adieu ! L’écorce vient étouffer leurs dernières paroles. Il en coule des pleurs, et goutte à goutte se solidifie l’ambre, né des rameaux nouveaux. Le fleuve transparent le recueille et l’emporte aux femmes latines qui s’en pareront ».

Les Slaves l’ont associé aux larmes pétrifiées des dieux. L’ambre servait de talisman de protection en général et aussi en particulier contre les enlèvements d’enfants. Il symbolisait aussi le lien éternel du mariage. 

Symbolique et croyances

Les noces d’ambre symbolisent les 34 ans de mariage dans la tradition française. Il est parfois dit que l’ambre porte en lui la mémoire.

L’ambre, dédié à Apollon, passe pour réchauffer le cœur et transmettre l’énergie solaire. Un collier d’ambre possèderait ainsi le pouvoir de réchauffer et l’on en mettait au cou des jeunes enfants. Un collier d’ambre soulagerait également les douleurs dentaires des bébés lors de la poussée dentaire.

Un anneau d’ambre, porté en permanence par un homme, permettrait de garder confiance en sa virilité. Les Chinois sculptaient dans l’ambre de petits animaux qui étaient censés favoriser la fécondité. Un anneau de poignet porté par une femme et provoquant des rougeurs, indiquerait que cette dernière est adultère.

L’ambre en poudre, aiderait à lutter contre la dépression et l’angoisse, aurait une action bénéfique sur les voies respiratoires, arrêterait les saignements de nez, permettrait d’éviter les fausses couches et limiterait les souffrances dues à la pousse des dents de laits chez les jeunes enfants. En France, au Moyen-âge, l’ambre en poudre était l’ingrédient de certains philtres d’amour, peut-être en analogie avec son pouvoir « magnétique » ou plus exactement électrique.

Attention aux contrefaçons

Du fait de la rareté de certains ambres, de nombreuses pièces contrefaites sont commercialisées. Les principaux matériaux utilisés par les faussaires sont le plastique et le copal. Le terme générique « plastique » regroupe ici : ambre naturel, ambre pressé, ambre fondu, ambroïde, polybern, bakélite, celluloïd, galalithe, plastique vrai, érinoïd, catalin, et cellon…

Les faussaires savent fabriquer à la perfection des pièces contenant une inclusion contrefaite, avec de l’ambre véritable. Cependant, leur fabrication, certes peu coûteuses, ne concernent généralement que les inclusions « spéciales » dites rares (scorpions, vertébrés, fleurs, etc.) assez rentables. Ce sont les inclusions végétales qui sont surtout difficiles à expertiser.

Ces méthodes, utilisant de l’ambre véritable, contournent presque tous les tests des vérifications (excepté la combustion). Il n’est cependant pas nécessaire d’avoir des connaissances pointues en biologie animale pour distinguer une inclusion animale moderne d’un fossile authentique. Le bon sens est suffisant. Et évidemment une observation attentive.

Il existe une myriade de tests assez simples permettant « d’authentifier » une pièce d’ambre véritable. Cependant, une réponse positive à un seul, ou même plusieurs, de ces tests ne suffit surtout pas à valider la qualité d’ambre véritable. On pensera alors éventuellement à la combustion, seul test fiable unique, qui peut suffire pour valider le faux du vrai :

-       Par la chaleur : on place une aiguille chauffée à blanc sur l’ambre, une pièce véritable dégage une odeur de pin, l’aiguille laisse une marque blanche qui effrite l’ambre et le copal. A l’inverse, une pièce en plastique dégage une odeur âcre. De plus, l’aiguille laisse une marque noire et colle au point de chauffe. 

-       Avec de l’acétone : on frotte l’ambre avec un coton imbibé d’acétone, ou tout simplement de dissolvant à vernir à ongles. L’ambre véritable ne se dissout pas, à l’inverse de certains plastiques utilisés pour les contrefaçons. Quant au copal, il devient collant.

-       A l’eau chaude : on plonge la pièce d’ambre dans l’eau chaude. L’ambre véritable dégage une odeur de pin brûlé. Quant à certains plastiques, utilisés pour les contrefaçons, il y a une odeur camphrée ou phénolée.

-       Avec de l’alcool : plongée dans l’alcool, l’ambre est attaquée lentement, alors qu’une pièce contrefaite est rapidement attaquée.

-       Par grattage : avec un couteau ou une aiguille, l’ambre s’effrite. Avec une pièce en plastique, l’aiguille tend à rester coincée dans la pièce.

-       Par flottaison : on plonge l’ambre dans un mélange de 25 cl d’eau et 4 cm3 de sel. L’ambre et le copal flottent alors que certains plastiques coulent.

-      Par frottement : on frotte l’ambre avec un chiffon de laine pour avoir une réaction électrostatique. L’ambre est très électrostatique ; la réaction est vérifiable sur les cheveux, de la paille ou de petits bouts de papier. Certains plastiques de contrefaçons ne provoquent qu’une faible réaction électrostatique ce qui permet de garantir qu’il ne s’agit pas d’ambre. Cependant, d’autres plastiques peuvent provoquer une forte réaction et sans laisser une odeur camphrée après le frottement.

-       Par fluorescence : on place sous une « lumière noire », c’est-à-dire une lumière composée de violet et proche de l’ultraviolet, de 360 à 250 nm environ, une pièce d’ambre authentique montre une brillance fluorescente caractéristique, qui peut varier selon les pièces en fonction de la chimie des roches encaissantes.

perle-dor-et-dambre1   

Perle d’or et d’ambre – Deux symboles solaires par excellence

Bibliographie 

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

Les Pierres Précieuses et les Différents Ornements de J. Rambosson

Partager

 

Tagged Under : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,