LE DESIR DU SCORPION

(5.2 -Ballade à travers les signes) par sylvietribut le 24-10-2009

- Son graphisme 

La lettre M compose également le signe du Scorpion, mais le dernier jambage est redressé. Le serpent, symbole de la vie, du désir endormi, s’éveille et pointe à la façon d’un dard. Les forces en puissance dans le signe de la Vierge sont vivifiées dans celui du Scorpion et se transforment en acte.

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Le symbole du Scorpion pourrait exprimer le mystère de la rédemption au travers de la fécondité de l’eau : la mort par le dard et la régénérescence au travers de l’eau, qui engendre une nouvelle naissance.

- Ses symboles

C’est un animal sombre qui représente ce signe. Il fuit la lumière et vit caché. Il est pourvu d’un dard empoisonné. Cet animal évoque les tourments et les drames de la vie jusqu’au gouffre du néant, de l’absurde et de la mort. Il est capable de se donner lui-même la mort. Pourtant, il ne faut pas oublier que le signe avait autrefois pour symbole l’Aigle (c’est ainsi qu’il figure notamment dans le tarot). Dans la tradition, l’aigle, dit-on, possède un pouvoir de rajeunissement. Il s’expose ausoleil et quand son plumage est brûlant, il plonge dans une eau pure et retrouve une nouvelle jeunesse. On peut voir aussi dans ce passage par le Feu et l’Eau, l’image de toute initiation.

Huitième signe du zodiaque, le Scorpion représente la puissance souveraine du désir : le désir qui crée et qui détruit, le désir qui s’affronte à la réalité et à ses lois.

 

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Huitième signe du zodiaque, occupant le milieu du trimestre d’automne, quand le vent arrache les feuilles jaunies et que les animaux et les arbres se préparent à une existence nouvelle. Symbole à la fois de résistance, de fermentation et de mort, de dynamisme, de dureté et de luttes. 

Le Scorpion évoque la nature au temps de la Toussaint, de la chute des feuilles, du glas de la végétation, du retour au chaos de la matière brute en attendant que l’humus prépare la renaissance de la vie. 

Entre l’eau première de la source Cancer et les eaux rendues de l’océan des Poissons, ce sont les eaux profondes et silencieuses du Scorpion, eaux de la stagnation et de la macération.

Le Scorpion est placé sous la maîtrise planétaire de Mars et de Pluton, puissance mystérieuse et inexorable des ombres, de l’enfer, des ténèbres intérieures. Nous sommes au cœur du complexe sado-anal du freudisme ; mais aux valeurs psychiques de l’anus se joignent celles du sexe ; et l’on voit se camper une dialectique de la destruction et de la création, de la mort et de la renaissance, de la damnation et de la rédemption, le Scorpion étant champ d’amour sur champ de bataille ou cri de guerre en champ d’amour.

Dans un tel pays en rouge et noir, l’individu prend racine dans les convulsions de ses entraves et il n’est vraiment lui-même que secoué de la transe sauvage d’un démon intérieur qui a soif non de bien-être, mais de plus-être, jusqu’au goût âpre de l’angoisse de vivre, entre l’appel de Dieu et la tentation du diable.

Cette nature volcanique fait du type Scorpion un oiseau dont les ailes ne se déploient à l’aise qu’au milieu des tempêtes, son climat étant celui des celui des orages, son pays celui de la tragédie.

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-       Ses mythes

orion1Dans la tradition grecque, le Scorpion est le vengeur d’Artémis (Diane chez les Romains), vierge chasseresse éternellement jeune, type de la jeune fille farouche. Offensée par Orion qui tentait de lui faire violence, la déesse le fit piquer au talon par un scorpion. Pour ce service, le Scorpion fut transformé en constellation : Orion aussi fut expédié au ciel et devint constellation. On dit en conséquence qu’Orion fuit constamment le Scorpion. Le Scorpion apparaît ici comme l’instrument de la justice vindicative.

Autre mythe Scorpion, celui de Mars (Arès pour les Grecs) et Pluton (Hadès). Pluton est aussi appelé « le Prince des ténèbres », il gouverne le royaume des morts ou des enfers : pour descendre aux enfers, les morts doivent placer une pièce de monnaie sous leur langue. 

 

charon-et-psyche1Charon et Psyché

 

Ils peuvent ainsi payer Charon, le passeur qui, à l’aide de sa barque délabrée, leur fait franchir le Styx (le détesté), frontière des enfers. Ses affluents sont le Léthé (le sommeil), l’Archéron (le malheur), le Cocyte (celui qui gémit), le Phlégéton (celui qui brûle). De l’autre côté de ce fleuve maudit des enfers, se tient le redoutable Cerbère, un chien à trois têtes qui veille aux arrivées nouvelles et surveille les ombres qui essaieraient de fuir.

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Pluton a passé un accord avec le dieu Mars dont la mission est de faire mourir les hommes. Le mort, nouvel arrivant, est alors jugé par un tribunal et, selon ses actes, est envoyé au Tartare (le fleuve de la mémoire) où il subit le supplice de la répétition, en compagnie de Sisyphe et de Tantale, en guise de châtiment éternel. Mais si le verdict est ni bon ni mauvais, le mort est mené aux champs d’asphodèles. Rares sont les heureux élus dignes d’aller aux Champs Elysées où les plaisirs et les banquets sont éternels. C’est Pluton qui préside le tribunal des morts. Ceux-ci ne sont pas jugés aux actes, mais à leurs motivations.

Pluton est cruel, jaloux et invisible des hommes sur terre quand il porte son casque. Mais aux enfers, on peut le voir tel qu’il est, gardien aussi de toutes les pierres précieuses et des métaux rares cachés sous terre. On le dit riche.

Grand amoureux, Pluton manifeste des désirs violents pour les nymphes terrestres (Leucé et Menthé). Doté d’un instinct sexuel puissant, le Scorpion est attiré par l’innocence.

Mars, lui, est le dieu de la Guerre dont les attributs sont la lance et la torche. Il ne favorise jamais une ville, un parti plutôt qu’un autre : il ouvre le combat. Il ne prend jamais la peine de se justifier devant le tribunal de l’Olympe. 

Comment ne pas penser aussi à Vénus-Aphrodite/Perséphone. Perséphone, dont le nom signifie « qui amène la destruction », est la femme du dieu Pluton, roi des Enfers souterrains. Elle fut enlevée de force à sa mère Déméter, la déesse des Moissons.

persephone1 Dante Gabriel Rossetti – PERSEPHONE

 

Aux enfers, Perséphone règne sur les ombres, sans enfant, elle reste en compagnie de la magicienne Hécate. Elle eut une passion, une seule, hors mariage, pour Adonis que la déesse Aphrotite-Vénus lui avait confié. Mais un jour Aphrodite récupéra Adonis et Perséphone mit tout en oeuvre pour le reprendre. Elle s’adressa à Mars qui, sous la forme d’un sanglier, tua Adonis. Naturellement, il retourna alors dans le sombre royaume de Pluton et de Perséphone.

Autres mythes relatifs au Scorpion

~ Dédale et Cocalos : Dédale représente l’évolution qui libère la créativité. Du Taureau, où il construit la vache en bois pour la femme de Minos et le Labyrinthe, au Scorpion où il fabrique des poupées mécaniques pour les filles du roi Cocalos, Dédale suit le parcours des méandres de notre cerveau, un vrai labyrinthe. Il fait la créativité toujours plus géniale, elle est le résultat de notre maturation affective.

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~ Minos, juge des enfers : Minos symbolise la Lune en chute en Scorpion, toutes les émotions de l’enfance qu’il faut juger, et qui émanent du Taureau, signe où Minos régnait sur l ‘île de Crête. Du dédale de nos rêves au tribunal des enfers, Minos dont le nom signifie « créature de la Lune », évoque tous les rôles assumés par nos émotions.

~ Thésée et Pirithoos : ces deux amis inséparables sont allés aux enfers avec l’intention de violer Perséphone. Pluton, pour se venger, les a cloués sur la chaise de l’oubli. 

~ Dans la statuaire chrétienne et dans la tradition du Tétramorphe, Saint Jean l’évangéliste est l’aigle. On l’appelait « l’Aigle de Patmos », ce qui l’assimile aux signes Fixes et au Scorpion. Marc était le Lion, Luc le Taureau et Matthieu représentait l’homme, c’est-à-dire le Verseau.

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            - Sa psychologie

Symboliquement, le Soleil règne sur le jour et le Scorpion sur la nuit. Aussi, le Soleil en Scorpion peut-il s’interpréter comme une grande lumière éclairant des ténèbres (du subconscient ou des Enfers). Mais en Scorpion le Soleil décline rapidement : la nuit l’emporte sur le jour. Les valeurs diurnes du réel cèdent le pas aux valeurs nocturnes de l’inconscient : le Scorpion est un introverti, c’est un signe féminin. 

A mi-chemin entre la fin de l’été et le début de l’hiver, l’automne est installé et le Scorpion se réalise. C’est un signe Fixe. La fixité du signe donne un grand réalisme. Il est en prise directe avec la réalité, il a un sens aigu des possibilités, des obstacles à balayer. Ce qu’il saisit entre ses pinces, il ne le lâche jamais. Comme les autres signes fixes, il s’engage tout entier dans la réalisation de ses projets. Il ne fait rien à moitié. La peur qu’il suscite vient de cette violence martienne, de ce tonus renforcé par la fixité du signe.

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C’est un signe d’Eau. Dans la trilogie des signes d’Eau, entre l’eau cardinal du Cancer, l’eau originelle, la source, l’émotivité, et l’eau mutable des Poissons (l’eau terminale, l’océan : la spiritualité) se situe l’eau fixe du Scorpion. Dans l’eau fixe (l’eau qui travaille), les émotions pénètrent rapidement, puis fermentent lentement. La caractérologie en fait un bilieux, lymphatique, de type secondaire. Le Scorpion tire son énergie de ses pulsions inconscientes, qu’il tend à matérialiser dans le réel.

Quoi d’étonnant à ce qu’au Scorpion (l’animal enfoui), gouverné par Pluton, le maître du monde souterrain, correspondent « les parties cachées » du corps : le sexe et l’anus, qui sont moins des données anatomiques que des valeurs symboliques : le sexe représente la puissance génératrice, la fécondation. Le Scorpion est gouverné par des valeurs de vie : il tend à la création et a besoin de puissance. L’anus représente la décomposition, l’élimination. Le Scorpion est régi par des valeurs de mort : il tend à la destruction et, il est agressif. 

Le sexe et l’anus symbolisent les deux pôles, la dualité instinctive du Scorpion, partagé entre la pulsion de vie (Eros) et la pulsion de mort (Thanatos) et qui recherche en même temps à détruire et créer, le ciel et l’enfer, etc. Cette ambivalence se retrouve : 

- dans la saison : la décomposition de la nature en novembre donne naissance au prochain cycle ; 

- dans le calendrier liturgique : à la Toussaint (glorification de la vie spirituelle) succède la Fête des Morts ;

- dans le symbole : le Scorpion enfoui sous la terre (vie secrète des instincts profonds) et l’Aigle qui s’élève dans les cieux (noblesse, pouvoir d’élévation du signe, lié à sa puissance de transmutation). 

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La nature Scorpion est ambivalente : c’est la coexistence des instincts vitaux de création et de destruction qu’est issue sa riche nature. La dialectique de ces deux pôles engendre l’angoisse, mais aussi une grande énergie vitale. L’ambivalence se retrouve dans son physique : si l’apparence n’est généralement pas très robuste, la résistance est grande. 

Ancré dans sa nature, le Scorpion est un farouche individualiste. Son agressivité l’oppose souvent au milieu : il se pose en s‘opposant et s’exprime alors dans la lutte, comme un réfractaire, un résistant.  

De par son ambivalence, le Scorpion possède la force d’intuition, le jugement pénétrant, la lucidité. Ayant le pressentiment juste des causes et des rapports, il aime déchiffrer les mystères. Habité par ses profondeurs, il se tourne volontiers vers l’envers des choses : le caché, l’invisible, l’occulte, l’au-delà. Capable de voir les deux faces de la question, il possède le don d’observation. L’agressivité suscite en lui un esprit critique aigu et souvent un refus, une révolte de l’esprit.

Sous le sceau des deux pôles de vie et de mort, Eros et Thanatos, l’amour Scorpion est un amour passion, intense, qui est vécu souvent à travers un amour-combat où l’attachement des deux amants se nourrit de la souffrance qu’ils se procurent. Ancrés dans leur sexualité, l’homme Scorpion accuse sa virilité et la femme Scorpion, sa féminité. A l’extrême, la femme Scorpion devient la femme fatale représentée par le personnage de Carmen : « Si je t’aime, prends garde à toi », ou bien le mythe de la vamp au cinéma.

carmen

Et si le Scorpion était…

… un animal, ce serait loup un loup, aigle un aigle,   il-porcellino-di-firenze un sanglier, ici « il Porcellino » du marché de paille à Florence.

… un arbre, ce serait un acacia acacia-casque-rouge2 comme l’acacia casque rouge.         

… et si c’était une plante, ce serait quelque chose qui pique : raifortle raifort, epine-vinette l’épine-vinette, le houx houx

… une fleur, ce serait la belle et inquiétante orchidée orchidee_papillon, ou bien le stelitzia stelitzia, entre l’oiseau et l’arme de jet…

Si c’était un parfum, ce serait le santal santal-rouge ou le patchouli patchouli

Un condiment : poivre le poivre et piment1 le piment.

Et si c’était une pierre, ce serait hematite l’hématite, pierre noire dont le cœur est rouge, mais aussi turquoise la turquoise… Un métal : le fer. 

Une couleur : le rouge sang, le gris fer, le rouille… Sa saveur est âcre.

Si c’était un instrument de musique, il serait à percussion. percussions

Enfin, si c’était un objet de collection, ce serait les armes blanches, couteaux couteaux et poignards de toutes sortes…poignard

 

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ROSA… ROSA… ROSAM… FLEUR DE LA BALANCE ET MESSAGE D’AMOUR

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 16-10-2009

La longue histoire de la « Reine des Fleurs » se mêle étroitement à celle de l’humanité. On pense qu’elle est la première fleur que l’homme ait cultivée. Elle est associée à la plupart des religions, des anciens rites sacrés de l’Inde au christianisme en passant par les Grecs, les Romains et même les Gaulois, lesquels pour montrer leur mépris du trépas allaient souvent au combat sans autre casque qu’une couronne de roses… Doit-on y voir là l’origine de l’expression « la fleur au fusil » ?

Elle ne reste étrangère ni à la politique, témoin la guerre des Deux-Roses qui déchira l’Angleterre au XVe siècle, ni à la gastronomie puisque dans la Rome de la décadence on mangeait des gâteaux de rose, de la confiture de roses, des plats assaisonnés d’extrait de roses broyées au pilon ; on buvait du vin dans lequel avaient macéré des sachets de rose, ou même à la cosmétologie puisque les « beautés » et les éphèbes de l’Antiquité, après le bain, se frottaient le corps avec de la poudre de rose, se mettaient de l’huile de rose pour faire briller leurs paupières et pour avoir, déjà, l’haleine fraîche, croquaient des pastilles faites de myrrhe et de pétales de roses broyées avec du miel.

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Les premiers à utiliser la rose en thérapeutique furent des médecins arabes qui en faisaient le remède de la tuberculose et des affections pulmonaires. Avicenne rapporte qu’une phtisique, dont on avait déjà préparé les funérailles, recouvra la santé grâce à de la conserve de roses, qu’on appelait aussi Djelendjoubin. Matthiole dit que les boutons de roses « aident ceux qui crachent le sang » et plusieurs traités font état de la guérison spectaculaire de la femme d’un vice-roi du Portugal qui fut non seulement sauvée en sept mois par une consommation massive de conserve de roses,  mais y gagna une beauté nouvelle du fait « qu’on voyait se refléter sur son visage le vif éclat des roses ». Sous l’Empire, les médecins-majors de l’armée impériale venait à Provins se ravitailler en pétales séchés et préparés. C’est à Provins en effet qu’on cultivait alors les roses.

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Toutefois, on raconte aussi que Néron faisait périr ses invités au cours de festins en les noyant dans des pétales de roses. Les plafonds s’ouvraient sur un signe du tyran et des milliards de pétales tombaient, ensevelissant puis étouffant les invités qui mouraient sous les pétales meurtriers.

Appréciée pour sa beauté, célébrée depuis l’Antiquité par de nombreux poètes et écrivains, pour ses couleurs qui vont du blanc le plus pur au pourpre le plus foncé, en passant par le jaune franc et toutes les nuances intermédiaires, et puis pour son parfum, c’est ainsi que la rose est devenue cette Reine des Fleurs. C’est d’ailleurs la fleur la plus cultivée au monde, sans oublier les rosiers sauvages, dont le plus connu en Europe est l’églantier, aux fleurs simples à cinq pétales, devenues à la mode depuis quelques temps sous le nom de « rose botanique ». Cependant, les rosiers cultivés sont le résultat de plusieurs siècles de transformations, d’abord empiriques, puis, dès la fin du XVIIIe siècle, méthodiques, en particulier par l’hybridation. Les variétés de rosiers sont innombrables, on estime à plus de 3 000 le nombre de cultivars disponibles actuellement dans le monde.

rosier-de-monet-a-giverny Les Rosiers de Monet à Giverny

Le mot « rose », daté en français du début du XIIe siècle, est dérivé du latin « rosa, rosae », substantif féminin, qui désignait aussi bien la fleur que le rosier lui-même. Ce terme, apparenté au grec « rhodon » aurait été emprunté à une langue orientale. Il est tentant de rapprocher « rose » de « rosée ». Pourtant cette rencontre, source d’inspiration inépuisable pour les poètes, est fortuite en français. En effet « rosée » dérive, par l’intermédiaire du bas-latin « rosata », du latin « ros, roris », peut-être apparenté au grec « drosos », venant d’une autre racine indo-européenne. La rose est l’une des très rares fleurs ayant un nom dédié, différent des noms donnés à la plante elle-même : la rose est la fleur du rosier.

Les roses sont cultivées en Chine et en Perse depuis 5 000 ans et en Grèce depuis l’âge de bronze. Hérodote a rapporté que le roi Midas, au VIe siècle avant Jésus-Christ, quand il a été chassé de Lydie par les armées perses, a emporté ses roses dans son exil en Macédoine. Et le naturaliste grec, Théophraste, décrit une rose à nombreux pétales, une forme de « rosa canina », cultivée dans les jardins. Il décrit des roses rouges, roses et blanches, et note l’intensité du parfum de la rose de Cyrène.

rosa-canina Rosa Canina

La « fresque à l’oiseau bleu » découverte en 1900 dans les vestiges du palais de Cnossos en Crète, construit vers l’an 2000 avant Jésus-Christ, représente des rosiers fleuris. C’est la première représentation connue de roses peintes. On ne sait s’il s’agit de roses sauvages ou cultivées, ni à quelle espèce les attribuer, d’autant que la fresque a été restaurée et toutes les roses repeintes avec six couleurs sont de couleur jaune. Une seule, à cinq pétales rose doré au centre orange, semble être originale. Le botaniste C.C. Hurst l’avait identifiée à Rosa Richardii, la rose sainte d’Abyssinie. Des pièces de monnaie portant une rose gravée ont été retrouvées à Rhodes. Elles datent de 500 ans avant Jésus-Christ environ. Le nom de cette île serait celui de la nymphe Rhodé, épouse d’Hélios, le Soleil, et dont le symbole était la rose.

cnossos-fresque-de-loiseau-bleuL’oiseau bleu de Cnossos

Pline l’Ancien dans son « Histoire naturelle » décrit 20 sortes de rosiers nommés par le nom de leur lieu de provenance. Ainsi, du VIe siècle avant Jésus-Christ au IIe siècle, durant toute cette période de domination grecque puis latine, les roses ont circulé de Perse en Angleterre, de Grèce en Egypte.

rose-gallique Rose Gallique

Sur le Moyen Age, il y a peu d’information : au VIe siècle, les couvents cultivaient des roses. Le roi Childebert 1er avait une roseraie, des roses de Paradis d’après l’évêque Fortunat, dans son domaine vers Saint-Germain-des-Prés. Et au VIIIe siècle dans son Capitulaire De Villis, Charlemagne cite les roses parmi les plantes à cultiver. Au XIIe siècle, à la veille des croisades, Albert le Grand cite pas moins de quatre rosiers cultivés. Cependant, la culture de cette fleur débuta véritablement au XIIIe siècle lorsque Thibaut IV ramena de croisades la rose gallique, puis avec Robert de Brie qui rapporta la rose de Damas.

  rose-de-damas Rose de Damas

Une broderie de roses « Persan Yellow » du XVIIe siècle a été retrouvée à Ispahan. Toutefois, les roses n’ont jamais cessé d’être un motif décoratif des tapisseries, broderies et tissages du Moyen-Orient comme en Europe.

Pourtant, ce sont les roses de Chine qui ont une importance des plus capitales dans l’histoire de la rose puisque des spécimens remontants, rapportés par des botanistes anglais à la fin du XIXe siècle, sont à l’origine de la plus grande partie des roses remontantes modernes.

C’est surtout par sa valeur symbolique que la rose a laissé son parfum dans l’Histoire. Voici quelques exemples :

. Suzanne dans l’Ancien Testament signifie étymologiquement la rose.

. Chez les Grecs, la rose est la fleur d’Aphrodite, déesse de l’amour et d’Aurora, la déesse aux doigts de roses.

la-deesse-aurore La déesse Aurore

. Les Romains rattachent la rose à Vénus. La légende affirme que la rose aurait été blanche au départ, mais rougie accidentellement quand Cupidon renversa son verre de vin sur elle.

. Il paraît que la première nuit d’amour entre Cléopâtre et Marc Antoine se serait déroulée sur un lit de pétales de roses de 45 cm d’épaisseur.

. Dans le Cantique des cantiques, la rose symbolise Israël et dans le livre des Parsis, la rose naît sans épines et n’en est armée qu’après l’apparition du génie du mal sur terre.

. Vers l’an 400, Rosa alba devient l’emblème de la Vierge, ce qui est à l’origine de la dévotion catholique du Rosaire.

. Quand Saladin, en 1187, reprend Jérusalem aux Croisés, il fait purifier la mosquée d’Omar par de l’eau de rose amenée par une caravane de 500 chameaux. Et en 1453, Mehmed II purifia aussi à l’eau de rose l’église byzantine de Constantinople avant de la convertir en mosquée.

. La guerre des Deux-Roses, de 1453 à 1485, opposa la Rosa alba, rose blanche de la Maison d’York et la Rosa gallica, rose rouge de la Maison de Lancaster, d’où après le mariage d’Henri VII Tudor et d’Elisabeth d’York, l’emblème de la rose Tudor rouge à cœur blanc et plus tard la création du rosier York et Lancaster. La rose est aujourd’hui la fleur symbolique de l’Angleterre. 

. Les rosières, jeunes filles vertueuses et pures, étaient à l’origine couronnées de roses.

. Les Rose-Croix est une société secrète mystique ayant pour emblème une rose rouge fixée au centre d’une croix.

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. La rose blanche de Finlande, est un ordre national finlandais, créé en 1919, pour récompenser les services rendus au pays. 

. La Rose blanche était un mouvement d’opposition à Hitler dont les fondateurs furent guillotinés en 1943.

rose-socialiste. Le sigle de l’Internationale socialiste est un poing serrant une rose. La rose rouge, a été associée par François Mitterand au Parti Socialiste français. Ce symbole a également été adopté par d’autres partis politiques européens comme le parti travailliste au Royaume-Uni, le PSOE en Espagne, les partis sociaux-démocrates nordiques et le PSE.

. En novembre 2003, la rose est le symbole du mouvement non-violent de la « Révolution des Roses » en Géorgie.

. Et puis, il y a la rose du Petit Prince de Saint-Exupéry qui l’oblige a quitté sa planète et à visiter la galaxie.

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Dans le langage des fleurs, la rose rouge est la fleur des amoureux. Elle symbolise l’amour et les noces de roses symbolisent les 17 ans de mariage dans le folklore français. En plus de sa couleur, la quantité exprime une symbolique. Pour un nombre de roses inférieur à dix, il est coutume d’offrir des roses par nombre impair surtout à des fins esthétiques. Au-delà et suivant le nombre, le bouquet de roses peut porter un message particulier : 

. Une rose permet de dévoiler son amour en toute simplicité,

. Douze roses permettent de remercier sa bien-aimée,

. Vingt-quatre roses pour être galant,

. Trente-six roses pour déclarer son amour, c’est le bouquet de fiançailles,

. 101 roses peuvent s’offrir pour exprimer la passion et l’amour sans retenue.

Pour un bouquet de fiançailles, il est d’usage et raffiné de sélectionner des roses ayant les têtes légèrement courbée. 

La rose est la fleur nationale de plusieurs pays : l’Angleterre (rose Tudor), la Bulgarie, les Etats-Unis, la Finlande où il s’agit d’une rose blanche, mais aussi l’Irak, les Maldives et la Roumanie. 

La rose a également été choisie comme emblème officiel par plusieurs états des Etats-Unis : Géorgie, Iowa, New York, Dakota du Nord et Oklahoma.

Rose est aussi un prénom très répandu en Europe et en Amérique latine avec Rosa et Rosita, ainsi que ses dérivés : Rosalie, Roseline, Roselise, Rosemonde, Rose-Marie et Marie-Rose. Il existe même deux saintes Rose, Rose de Lima qui est la patronne de l’Amérique latine, et Rose de Viterbo, jolie ville du Latium un peu au nord de Rome qui est d’ailleurs une région riche en jardins botaniques riches en roses de toutes sortes, ainsi que de pivoines.

Plusieurs expressions parfument notre langue :

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. « Etre frais comme une rose » qui signifie avoir un joli teint, l’air reposé.

. « Ne pas sentir la rose » : sentir mauvais.

. « Envoyer sur les roses » : éconduire,

. « Découvrir le pot aux roses » ; découvrir la vérité,

. « Une histoire à l’eau de rose » : une histoire mièvre,

. « Il n’y a pas de rose sans épines » : tout plaisir comporte sa part de peine.

. « Jeter des roses (à quelqu’un) : complimenter.

Cependant si la rose est symbole d’amour et de passion, elle peut aussi être synonyme de trahison. En effet, si la rose rouge évoque la passion, la rose rose incarne la joie, la rose orange symbolise le désir, la rose blanche couronne la pureté des sentiments, la rose jaune se teinte de tristesse puisqu’elle dénonce l’infidélité de l’être aimé. 

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Enfin, tout le monde se souvient du célèbre sonnet de Pierre de Ronsard : « Mignonne allons voir si la rose… » ou même les « Stances à Du Périer » de François Malherbe, ce monsieur venait de perdre sa fille : « Et rose elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin ». Une œuvre célèbre du Moyen Age s’intitule le « Roman de la Rose » qui décrit la tentative d’un poète amoureux pour s’emparer de l’aimée, représentée par une rose. Dante conclut La Divine Comédie par une vision de rose blanche mystique.  

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Bibliographie : Nos grands-mères savaient – La vérité sur les plantes et la vie naturelle – Jean Palaiseul – Editions Robert Laffont

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L’AMBRE… PIERRE DU SOLEIL… PIERRE DU LION

(08 - LES PIERRES ET METAUX DU ZODIAQUE) par sylvietribut le 15-08-2009

Le nom d’ambre, appelé parfois « succin », dériverait du mot arabe « anbar » qui signifie « doré ». 

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C’est Thalès qui découvrit, vers 600 ans avant Jésus-Christ, les propriétés magnétiques de l’ambre. L’ambre jaune se dit en grec « electron » d’où le nom « électricité ». Les chapelets, les amulettes d’ambre, sont comme des condensateurs de courant. En se chargeant eux-mêmes, ils déchargent de leurs propres excès ceux qui les portent ou les égrènent.

L’ambre représente le fil psychique reliant l’énergie individuelle à l’énergie cosmique, l’âme individuelle à l’âme universelle. Il symbolise l’attraction solaire, spirituelle et divine.  

La Légende de l’Ambre

Les Anciens expliquaient la naissance de l’ambre par l’histoire de Phaéton, le fils d’Hélios. Phaéton obtint un jour la permission de conduire le char du Soleil, mais dans sa maladresse, il mena son équipage trop près de la Terre, qu’il condamnait ainsi à une terrible sécheresse. Pour arrêter ces désordres, Zeus-Jupiter lança sa foudre sur le char et Phaéton tomba dans un fleuve où il trouva la mort. Les dieux eurent pitié du chagrin inconsolable de ses sœurs et les changèrent en arbre. Les larmes des jeunes filles furent autant de gouttes de résine qui devinrent de l’ambre.

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 Rubens : La chute de Phaéton (1636) – Musées royaux des Beaux Arts  de Bruxelles

Cette légende, et bien d’autres croyances attribuaient à l’ambre des pouvoirs magiques et curatifs, développèrent un artisanat actif, encore vivace aujourd’hui dans la bijouterie. Ainsi, les chevaliers teutoniques détenaient le monopole de l’ambre et diffusèrent des chapelets dans toute la chrétienté.

Chez les Celtes, Ogmios se présente dans la légende sous la forme d’un vieillard. Il attire une multitude d’hommes et les tient attachés par les oreilles à l’aide d’une chaîne d’ambre. Les captifs pourraient fuir en raison de la fragilité de leur chaîne. Ils préfèrent suivre leur guide. Le lien par l’ambre est d’ordre spirituel. Un visage d’ambre est volontiers attribué aux héros et aux saints. Il signifie un reflet du ciel en leur personne et leur force d’attraction.

Apollon versait des larmes d’ambre quand, banni par l’Olympe, il se rendait chez les Hyperboréens. Elles exprimaient la nostalgie du Paradis et le lien subtil qui l’unissait encore à l’Elysée.

Le Pseudo-Denys l’Aréopagite explique que l’ambre est attribué aux essences célestes parce que, « réunissant en lui les formes de l’or et de l’argent, il symbolise à la fois la pureté incorruptible, inépuisable, indéfectible et intangible qui appartient à l’or, et l’éclat lumineux, brillant et céleste qui appartient à l’argent ».

Selon une croyance populaire, l’homme qui conserve sur lui, en toute circonstance, un objet d’ambre ne peut être trahi par sa virilité.

Par ailleurs, l’ambre aurait de grands pouvoirs curatifs en agissant sur le système nerveux central, sur les inflammations virales. Elle aurait également des effets positifs sur les allergies ainsi que sur la gorge et la thyroïde. Enfin, chez les Gaulois, l’ambre entrait dans la composition de certains collyres.

L’ambre (succinite) n’est pas un cristal. D’origine organique, elle n’a pas de système de cristallisation, ses couleurs vont souvent du brun au jaune doré. Il existe aussi l’ambre gris, concrétions biliaires des cachalots. L’ambre gris qui réside dans le foie de l’animal (en relation avec le corps émotionnel), capte la peur et l’angoisse au moment de sa mort. Tout comme l’ivoire, il est fortement recommandé de ne pas financer les massacres inutiles des animaux pour un plaisir personnel et souvent éphémère.

Résine végétale fossile, d’un jaune plus ou moins foncé, diaphane, d’une odeur agréable. Cette résine fossile est incomparablement plus dure que n’importe quelle réside actuelle. Par ailleurs, l’ambre est souvent porteur d’inclusions de plantes ou d’insectes. Sa vibration végétale douce et solaire, c’est du « miel » solidifié.

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Selon une autre légende qui a perduré longtemps, l’ambre serait dû à une sécrétion glandulaire ou à l’urine des grands mammifères marins comme la baleine ou le cachalot. L’ambre gris est d’ailleurs bien une substance issue des sécrétions biliaires des cachalots.

Les poètes anciens supposaient que les grains d’ambre n’étaient autre chose que les larmes des sœurs de Phaéton ; mais la science, qui n’est pas du tout sentimentale, nous apprend qu’il est le produit d’une espèce de conifère le « Pinus succinifera », dont on ne rencontre plus que les graines et cônes ; ce produit a subi une transformation dans le sein de la terre et est devenu l’ambre.

L’ambre dans l’Histoire

Au IVe siècle avant Jésus-Christ, Aristote, philosophe et naturaliste, classait l’ambre avec les substances végétales et en parallèle avec ces autres résines que sont la myrrhe et l’encens. Dans son œuvre, « Histoire naturelle », encyclopédie des connaissances des Anciens, Pline en a fait un classement identique. A la fin du VIIe siècle avant Jésus-Christ, Thalès découvrit que l’ambre attire les corps légers lorsqu’on le frotte fortement, l’ambre étant donc doté de propriétés électrostatiques. Quant au savant russe Lomonosov, il considérait que l’ambre était une résine fossile provenant d’un arbre, opinion confirmée en 1811 par le savant Wrede. 

Il y a quarante millions d’années, les régions du centre et du nord de l’Europe étaient couvertes de forêts au sein desquelles se trouvaient de nombreux ancêtres de nos pins et épicéas ; dix millions d’années plus tard, ces forêts furent en partie englouties par les eaux. Ceci explique que le littoral de la Baltique soit riche en ambre, une résine fossilisée dans laquelle divers insectes, arachnides, etc.… attirés par son odeur en sont restés prisonniers, comme ont pu être inclus par dépôt, des feuilles, bois, pollens, plumes, etc.…

La résine, qui est un excellent agent de fossilisation a conservé ces différentes inclusions animales et végétales. Puis, suivant un processus long, pas très bien élucidé et faisant intervenir de nombreux éléments, la résine au bout de plusieurs millions d’années se transforme en ambre. 

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L’ambre de la Baltique serait chargé de légendes et de mystères car il contient la « lumière du monde », cet ambre que les riverains de la mer Baltique surnomment encore aujourd’hui « les larmes des oiseaux de mer ». Les hommes ont toujours été fascinés par l’ambre auquel ils ont très tôt, attribué des pouvoirs magiques et quasi divins.

Dès l’âge de pierre, l’ambre fut utilisé dans un but décoratif et curatif et fit l’objet, durant l’Antiquité d’un commerce important. En Europe, on la trouve dès le Néolithique, mais il est surtout abondant à l’âge du Bronze, les sites Mycéniens de la Grèce, particulièrement les tombes à Tholos ont livré de l’ambre en abondance : notamment des perles de colliers… On en a retrouvé à Mycènes, en Grèce, en Crête, en Italie, en Irlande, dans la Péninsule Ibérique, en Allemagne… Mais aussi en Inde et en Perse. L’analyse chimique a montré que la majorité de l’ambre du monde méditerranéen provenait de la Baltique.

On a retrouvé en grande partie les Routes de l’Ambre de la Baltique qui traversaient la Pologne, l’Allemagne et la Yougoslavie. A l’autre bout du monde antique, l’ambre est mentionné dans les textes chinois à l’époque des Han deux siècles avant notre ère. Il provenait de la Baltique et passait par la Russie et le Cachemire avant d’arriver en Chine.

Que fait-on avec l’ambre ?

A l’état naturel, les modules d’ambre sont translucides, transparents même troubles avec des colorations diverses entre le brun rougeâtre et la teinte miel résultant de la quantité et du contenu des bulles qui y sont emprisonnées. Ce qui donne une infinie variété de tons et de nuances qui changent en fonction de la lumière qui les frappe. La résine fossilisée devient un minéral facile à tailler et il séduit par sa couleur et son éclat. Devant tant de beauté, l’homme se servit de l’ambre pour en faire des parures, des bijoux, des talismans divers.

Les Gaulois portaient des talismans d’ambre, les Romains en mettaient dans leurs cheveux ou portaient l’ambre autour du cou pour éloigner les mauvais esprits. Au Moyen-âge, les artisans de Bruges se rendirent célèbres par la fabrication de chapelets d’ambre diffusés par les chevaliers teutoniques. Au Maroc, les petites mains porte-bonheur d’ambre (Khansas) annihilent les actions malfaisantes des Djinns. On se servit de l’ambre pour confectionner les embouts des narguilés…

Brûlé, l’ambre dégage un parfum aimé des dieux. Les Romains, et Néron en particulier, faisaient brûler de l’ambre comme de l’encens, ce qui se fait encore de nos jours.

L’ambre avait aussi pour les Anciens des vertus thérapeutiques nombreuses et c’est en raison des bienfaits qu’elle procurait à ceux qui en portaient qu’elle fut longtemps appelée « pierre magique des temps anciens ». On l’utilisait pour activer la circulation du sang, calmer la fièvre et les infections, pour l’asthme et les voies respiratoires, donner des forces et combattre la fatigue, contre le stress et la dépression, pour agir sur les glandes endocrines, soigner la vue, contre les irritations de la peau…

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Dans les campagnes, on offrait un collier d’ambre aux nouveau-nés pour les fortifier et les aider à dormir. Cette pratique a encore cours dans certains pays méridionaux pour facilité la pousse des dents de l’enfant ou lui épargner les irritations de la peau.

L’ambre passe pour soulager les douleurs des articulations dues aux rhumatismes. L’ambre jeune produit des ions négatifs par frottements, ce qui favorise la circulation des énergies dans tout l’organisme. Cela enlève la fatigue due à la pollution électromagnétique.

Les études ont montré que les ions négatifs : améliorent la circulation sanguine et son Ph, le rendant plus alcalin, régulent le système nerveux, améliorent les réflexes, activent le métabolisme et combattent les inflammations. Ils freinent également l’oxydation des cellules et favorisent leur régénération… Ils sont également utilisés dans le traitement des eczémas. Des tests scientifiques effectués sur des tissus constitués à base d’apprêt d’ambre ont permis de constater la supériorité de ses propriétés électriques et électrostatiques. De plus ses propriétés augmentent après plusieurs lavages. Des tests cliniques ont aussi été réalisés sur des patients souffrant de douleurs ou tensions musculaires.

Ambre gris et Ambre blanc

Il ne faut pas confondre l’ambre jaune fossile avec l’ambre gris et l’ambre blanc.

L’ambre gris est une substance rejetée par les cachalots : concrétions intestinales constituées de morceaux de calmars. Cet ambre gris appelé « or flottant » est très recherché, est apprécié en parfumerie. L’ambre blanc, spermaceti, substance huileuse, appelée « blanc de baleine » est retiré d’une poche cérébrale du cachalot. Il est utilisé pour faire des pommades et en cosmétique.

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John Singer Sargent – Fumée d’ambre gris

Quant à l’ambre doré, avec ses couleurs changeantes, du jaune citron au brun sombre, souvent de couleur miel, est une oléorésine fossile secrétée par des conifères, entre autres utilisée dans l’industrie et pour la fabrication d’objets ornementaux. Bien que non minéralisé, il est parfois vu et utilisé comme une gemme. Il existe quatre autres gemmes organiques : les perles (la nacre), le jais, l’ivoire et le corail, en particulier le rouge et le noir). C’est la gemme la plus légère des cinq et aussi la plus tendre, par opposition au diamant qui est le plus dur. L’ambre se porte en bijou depuis l’Antiquité, tantôt sommairement serti d’un fil de fer, tantôt savamment travaillé comme pendentif.

Entre autres peuples, les Celtes l’ont beaucoup utilisé sous forme de perles, de façon plus marquée à partir du VIe siècle avant Jésus-Christ. Cette vogue disparaît à peu près deux siècles plus tard. Des pièces d’art celtique en marbre ont été léguées par les Anglo-Saxons.

Parce que l’ambre semble préserver des végétaux et des animaux, il a été associé à la jeunesse éternelle. Ainsi les anciennes Romaines en gardaient des morceaux en main, à la cour. De l’ambre a aussi été découvert dans des tombes égyptiennes.

Selon certains anciens comme Pline, Aristote ou Ovide, l’ambre serait le résultat d’une résine végétale s’écoulant de peupliers ou d’aulnes. Selon le poète Ovide, lorsque les Héliades, filles d’Hélios furent métamorphosées en aulnes et en peupliers, elles continuèrent à pleurer la mort de leur frère, Phaéton.

Leur mère tenta de les sauver et commença à arracher les écorces qui recourait leurs corps, alors qu’elles la supplièrent : « Pitié ma mère, je t’en supplie ! C’est notre corps qui, avec l’arbre est déchiré. Et maintenant adieu ! L’écorce vient étouffer leurs dernières paroles. Il en coule des pleurs, et goutte à goutte se solidifie l’ambre, né des rameaux nouveaux. Le fleuve transparent le recueille et l’emporte aux femmes latines qui s’en pareront ».

Les Slaves l’ont associé aux larmes pétrifiées des dieux. L’ambre servait de talisman de protection en général et aussi en particulier contre les enlèvements d’enfants. Il symbolisait aussi le lien éternel du mariage. 

Symbolique et croyances

Les noces d’ambre symbolisent les 34 ans de mariage dans la tradition française. Il est parfois dit que l’ambre porte en lui la mémoire.

L’ambre, dédié à Apollon, passe pour réchauffer le cœur et transmettre l’énergie solaire. Un collier d’ambre possèderait ainsi le pouvoir de réchauffer et l’on en mettait au cou des jeunes enfants. Un collier d’ambre soulagerait également les douleurs dentaires des bébés lors de la poussée dentaire.

Un anneau d’ambre, porté en permanence par un homme, permettrait de garder confiance en sa virilité. Les Chinois sculptaient dans l’ambre de petits animaux qui étaient censés favoriser la fécondité. Un anneau de poignet porté par une femme et provoquant des rougeurs, indiquerait que cette dernière est adultère.

L’ambre en poudre, aiderait à lutter contre la dépression et l’angoisse, aurait une action bénéfique sur les voies respiratoires, arrêterait les saignements de nez, permettrait d’éviter les fausses couches et limiterait les souffrances dues à la pousse des dents de laits chez les jeunes enfants. En France, au Moyen-âge, l’ambre en poudre était l’ingrédient de certains philtres d’amour, peut-être en analogie avec son pouvoir « magnétique » ou plus exactement électrique.

Attention aux contrefaçons

Du fait de la rareté de certains ambres, de nombreuses pièces contrefaites sont commercialisées. Les principaux matériaux utilisés par les faussaires sont le plastique et le copal. Le terme générique « plastique » regroupe ici : ambre naturel, ambre pressé, ambre fondu, ambroïde, polybern, bakélite, celluloïd, galalithe, plastique vrai, érinoïd, catalin, et cellon…

Les faussaires savent fabriquer à la perfection des pièces contenant une inclusion contrefaite, avec de l’ambre véritable. Cependant, leur fabrication, certes peu coûteuses, ne concernent généralement que les inclusions « spéciales » dites rares (scorpions, vertébrés, fleurs, etc.) assez rentables. Ce sont les inclusions végétales qui sont surtout difficiles à expertiser.

Ces méthodes, utilisant de l’ambre véritable, contournent presque tous les tests des vérifications (excepté la combustion). Il n’est cependant pas nécessaire d’avoir des connaissances pointues en biologie animale pour distinguer une inclusion animale moderne d’un fossile authentique. Le bon sens est suffisant. Et évidemment une observation attentive.

Il existe une myriade de tests assez simples permettant « d’authentifier » une pièce d’ambre véritable. Cependant, une réponse positive à un seul, ou même plusieurs, de ces tests ne suffit surtout pas à valider la qualité d’ambre véritable. On pensera alors éventuellement à la combustion, seul test fiable unique, qui peut suffire pour valider le faux du vrai :

-       Par la chaleur : on place une aiguille chauffée à blanc sur l’ambre, une pièce véritable dégage une odeur de pin, l’aiguille laisse une marque blanche qui effrite l’ambre et le copal. A l’inverse, une pièce en plastique dégage une odeur âcre. De plus, l’aiguille laisse une marque noire et colle au point de chauffe. 

-       Avec de l’acétone : on frotte l’ambre avec un coton imbibé d’acétone, ou tout simplement de dissolvant à vernir à ongles. L’ambre véritable ne se dissout pas, à l’inverse de certains plastiques utilisés pour les contrefaçons. Quant au copal, il devient collant.

-       A l’eau chaude : on plonge la pièce d’ambre dans l’eau chaude. L’ambre véritable dégage une odeur de pin brûlé. Quant à certains plastiques, utilisés pour les contrefaçons, il y a une odeur camphrée ou phénolée.

-       Avec de l’alcool : plongée dans l’alcool, l’ambre est attaquée lentement, alors qu’une pièce contrefaite est rapidement attaquée.

-       Par grattage : avec un couteau ou une aiguille, l’ambre s’effrite. Avec une pièce en plastique, l’aiguille tend à rester coincée dans la pièce.

-       Par flottaison : on plonge l’ambre dans un mélange de 25 cl d’eau et 4 cm3 de sel. L’ambre et le copal flottent alors que certains plastiques coulent.

-      Par frottement : on frotte l’ambre avec un chiffon de laine pour avoir une réaction électrostatique. L’ambre est très électrostatique ; la réaction est vérifiable sur les cheveux, de la paille ou de petits bouts de papier. Certains plastiques de contrefaçons ne provoquent qu’une faible réaction électrostatique ce qui permet de garantir qu’il ne s’agit pas d’ambre. Cependant, d’autres plastiques peuvent provoquer une forte réaction et sans laisser une odeur camphrée après le frottement.

-       Par fluorescence : on place sous une « lumière noire », c’est-à-dire une lumière composée de violet et proche de l’ultraviolet, de 360 à 250 nm environ, une pièce d’ambre authentique montre une brillance fluorescente caractéristique, qui peut varier selon les pièces en fonction de la chimie des roches encaissantes.

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Perle d’or et d’ambre – Deux symboles solaires par excellence

Bibliographie 

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Robert Laffont/Jupiter – Collection Bouquins

Les Pierres Précieuses et les Différents Ornements de J. Rambosson

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LEGUME OU FRUIT DU SOLEIL… LA POMME D’OR

(07- DE LA PLANTE A L'ETOILE) par sylvietribut le 08-08-2009

Chez les Aztèques, c’était un « fruit charnu ». On l’appelait la « tomalt ». Elle était plutôt petite et jaune, très répandue au Mexique et au Pérou. C’est de là-bas que les conquistadors espagnols l’ont rapportée en Europe sous forme de petites graines, « la tomata ». Adoptée pour sa consommation dès le XVIIe siècle dans le sud de la France, la tomate a longtemps été, au nord de la Loire, considérée comme une plante d’ornement. C’est en 1790, pendant les fêtes de la Révolution, que les Marseillais l’ont fait goûter et découvrir aux Parisiens.

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La première attestation de « tomate » en français date de 1598 dans la traduction de l’ouvrage de José de Acosta, « Historia natural y moral de las Indias », par Robert Regnault. Le mot « Tomate » n’est entré dans le dictionnaire de l’Académie française qu’en 1835, le fruit s’est longtemps appelé « pomme d’amour » ou  » pomme d’or ». Le nom de la tomate figure dans les « mots sans frontières » recensés par Sergio Corrêa da Costa. On le retrouve en effet dans de nombreuses langues avec de faibles variations phonétiques et orthographiques. On a ainsi dans les langues européennes : tomato en anglais, tomate en allemand, espagnol, français et portugais, tomat en danois, norvégien, suédois et estonien, tomaat en néerlandais, à l’exception notable de l’italien, pomodoro. Quoiqu’il en soit la tomate, dont l’appartenance à la famille des Solanacées avait été reconnue par les botanistes de la Renaissance, a été classée scientifiquement par Linné en 1753 dans le genre Solanum avec comme nom binomial Solanum lycopersicum.

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La tomate est donc bien un légume solaire, le légume du Soleil, le légume du plein été, lorsque le Soleil est le plus haut dans le ciel et où nous ressentons le mieux les bienfaits de ses rayons et de sa chaleur… Ne dit-on pas « rouge comme une tomate » quand on a pris un coup de soleil. On le dit aussi d’ailleurs quand on rougit de confusion.

Cependant, comme on vient de le voir, en Italie la tomate est appelée « pomodoro », la « pomme d’or » et cet or est une autre référence au soleil et au signe du Lion, qui correspond au milieu de l’été, signe dont on dit que le Soleil y est en domicile.  Cette pomme d’or invite à s’interroger : et si la tomate avait été connue des dieux grecs, bien avant que nous ne la découvrions chez les Aztèques. Et voilà ce mythe de la pomme de la discorde nous fait douter… Ce serait donc une tomate qui serait à l’origine de la guerre de Troie ?

Pâris était l’un des plus jeunes fils du roi Priam et de la reine Hécube, les souverains de Troie. Il avait pour frère Hector qui trouvera la mort durant la guerre de Troie et, pour sœur, Cassandre, la voyante que personne ne croyait. Un peu avant de le mettre au monde, sa mère, la reine Hécube, rêva qu’elle donnait naissance à une torche qui incendiait et détruisait toute la ville, ou bien qu’un monstre aux cent bras mettait la cité en ruine. Un devin, Aesacos, fils que Priam avait eu de la nymphe Alexirrhoé, ou bien une Sybille, avertit Priam que ce rêve était de mauvais augure et que l’enfant devait mourir ; Priam confia alors le nouveau-né à un berger, Agélaos, qui l’abandonna sur le Mont Ida. Mais cinq jours plus tard, le berger le retrouva toujours vivant, car une ourse l’avait nourri ; il eut pitié de l’enfant et l’éleva comme son propre fils. Pâris devint un jeune homme d’une beauté frappante et, le moment venu, il se réconcilia avec sa famille. En effet, Priam avait envoyé des serviteurs dans la montagne pour rapporter un taureau destiné à être le prix des jeux funèbres donnés par le roi. Le taureau choisi était l’animal favori de Pâris, et ce dernier suivit les serviteurs, bien décidé à prendre part aux jeux et à reconquérir l’animal. En effet, il remporta de si belles victoires qu’il excita la jalousie des fils de Priam et lorsque Deïphobe tira l’épée contre lui, il chercha refuge à l’autel de Zeus dans la cour du palais. Cassandre l’aperçut et reconnut en lui le fils que Priam avait perdu ; Pâris fut alors accueilli, et la vision de la reine Hécube oubliée. Auparavant, Pâris avait épousé une nymphe, Oenoné, fille du fleuve Cébren, et continua à vivre avec elle sur le Mont Ida, en gardant les troupeaux de son père avec ses camarades.

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Les Noces de Thétis et de Pelée par Cornelis Van Haarlem (1593)

C’est là qu’Hermès (Mercure), sur l’ordre de Zeus (Jupiter), conduisit Pâris auprès d’Héra (Junon), Athéna (Minerve) et Aphrodite (Vénus) qui se disputaient la pomme d’or lancée par Eris (la Discorde) lors des noces de Thétis et de Pélée : le fruit portait l’inscription « à la plus belle ». Chacune des trois déesses essaya d’acheter le beau juge : Héra lui offrit l’empire de la terre toute entière ; Athéna, la victoire dans tous les combats et Aphrodite lui offrit la plus belle femme du monde. Ce fut cette dernière proposition qui convainquit Pâris et il accorda le prix à Aphrodite. Dès lors la déesse le protégea et fit en sorte qu’il rencontre Hélène, épouse de Ménélas le roi de Sparte en Grèce.

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Le jugement de Pâris – Miniature

Priam, sans doute sous l’influence d’Aphrodite, envoya Pâris le représenter auprès du roi de Sparte. <peut-être Pâris déclara-t-il qu’il avait l’intention de ramener Hélène avec lui, car la jeune femme était célèbre pour sa beauté et avait été demandée en mariage par tous les jeunes princes de Grèce. On racontait aussi qu’Hélénos et Cassandre avaient prédit à ce moment-là que le départ de Pâris apporterait la ruine de Troie. Oenoné, la compagne de Pâris, sentant qu’il allait l’abandonner, lui demanda de revenir près d’elle sur le Mont Ida s’il était blessé, qu’elle le soignerait grâce à ses connaissances en médecine.

Lorsque Pâris arriva à Sparte, Ménélas l’accueillit avec hospitalité tandis que sa femme Hélène tombait éperdument amoureuse de lui. Neuf jours plus tard, Ménélas dut se rendre aux funérailles de son grand-père Catrée, en Crète, et Pâris s’enfuit avec Hélène, emportant avec lui les trésors magnifiques des coffres de Ménélas.

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Hélène et Pâris – Musée du Louvre – DAVID (1788)

Les traditions diffèrent sur le temps que les deux amants mirent pour atteindre Troie. Quoi qu’il en soit,  quand il se fut révélé impossible de régler le différend par la voie diplomatique, une immense armée recrutée dans la plupart des royaumes et principautés de Grèce attaqua Troie sous le commandement suprême d’Agamemnon, le frère de Ménélas. Notez au passage l’enchaînement des événements qui président à un destin et toujours à partir d’un fait qui semble bien anodin. Cette pomme d’or allait en effet être à l’origine d’une guerre longue et impitoyable et la chute de Troie.

Cette pomme d’or provenait du jardin des Hespérides, qui n’étaient pas encore ces résidences médicalisées pour personnes âgées dont on voit les publicités dans les journaux. Les Hespérides étaient les filles d’Atlas et d’Hespéris. Elles vivaient dans un jardin plein de pommes d’or mais dont l’entrée était gardée par un dragon. Héraclès (Hercule) triompha du dragon et s’empara du jardin avec toutes ces richesses. Le mythe évoque l’existence d’une sorte de Paradis, objet des désirs humains, et d’une possibilité d’immortalité, que symbolise les pommes d’or ; le dragon désigne les terribles difficultés d’accès à ce Paradis et Héraclès, le héros qui triomphe de tous les obstacles. L’ensemble est un des symboles de la lutte de l’homme pour parvenir à la spiritualisation qui lui assurera l’immortalité. Atlas, dit la légende, enseigna l’astronomie à Héraclès, le dragon donna son nom à une constellation et Héraclès fut identifié au Soleil. Maintenant, en ce qui concerne ces pommes d’or si le « pomodoro » italien évoque une tomate, il y en a qui affirme que la pomme d’or de la discorde provenant du jardin des Hespérides étaient une orange… Qui le saura jamais ?

Toutefois, on peut affirmer que le bonheur est dans la tomate… Savoureuse et pleine de qualités, très revitalisante, c’est une alliée de la minceur. Avec elle, on se sent bien. En effet, ce fruit-légume a des vertus thérapeutiques reconnues, comme nous l’ont confié nos grands-mères. Une compresse imbibée du jus d’une tomate fraîche soulage les piqûres d’insectes. Coupée en rondelles, une tomate peut aussi soigner un coup de soleil. Il semblerait que ceux qui en mangent beaucoup y soient moins sujets. Essayez-la aussi en masque sur les paupières pour calmer des yeux irrités.

De même la tomate est très bonne pour la peau, grâce à ses antioxydants : elle assainit et éclaircit le teint. Pour un bon nettoyage de peau, appliquez tous les trois ou quatre jours du jus de tomate ou de la pulpe de tomates fraîches sur le visage et les mains et rincez à l’eau. Tout comme la carotte, la tomate est très riche en lycopène, elle stimule le bronzage et l’effet bonne mine.

En Crète, la tomate est l’une des composantes de la fameuse diète méditerranéenne qui permet de vivre longtemps et en bonne santé. Dégustée crue, c’est en début de repas, ou comme coupe-faim, qu’elle est idéale. Très pauvre en calories, la tomate est très riche en eau, donc rafraîchissante et hydratante. Riche en vitamines C et en magnésium, on en mange à volonté pour chasser les toxines et la fatigue. Ses anti-oxydants contenus dans le lycopène font baisser les mauvaises graisses et l’hypertension.

Enfin, au jardin, le purin de tomate, obtenu par macération de feuilles et tiges dans l’eau, serait efficace pour prévenir ou éloigner certains insectes parasites, notamment les pucerons.

Avec son arôme, son odeur, sa fraîcheur en bouche, la tomate justifie le vieux dicton provençal : « C’est la sauce tomate qui fait la bonne viande ». Avec la tomate, le rouge est multiple. Dans la famille des tomates rouges classiques, les consommateurs préfèrent d’abord les biens rondes et les charnues très goûteuses, puis celle en grappes si proches de celles du jardin. Parmi les variétés les plus prisées, la grosse cœur de bœuf, charnue et ferme, plutôt acide et très parfumée. Elle est délicieuse, tout simplement revenue à la poêle ou crue, marinée à l’huile d’olive et au jus de citron.

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Ludiques et raffinées, les grappes de petites tomates cerise avec leur léger goût sucré sont exquises à l’heure de l’apéritif ou en pique-nique. On peut aussi les confire ou les plonger dans un caramel croquant en mini pommes d’amour. Dès le mois de juin, la Marmande ronde, fruitée et généreuse, est idéalement équilibrée entre sucré et acide, chair et jus. Résultat : c’est la reine des tartares de tomates et des tomates farcies. Quant à la Roma, à la forme allongée, très ferme mais sucrée et peu juteuse, est encore meilleure à la cuisson, favorite de toutes les sauces italiennes, des soupes et des ratatouilles.

Comme officiellement il existe 14 000 variétés de tomates, il ne faut pas hésiter à goûter des raretés souvent hautes en couleurs, découvertes au hasard de petits maraîchers passionnés. Et revoilà les pommes d’or du jardin des Hespérides avec ces tomates jaunes, moelleuses et douces, les oranges juteuses et très fruitées, idéales pour les salades inventives . Pour les sauces et les potages, les tomates foncées, presque noires, ont une saveur riche avec un goût généreux et prononcé. Pour les vrais amateurs, les roses, délicates, subtilement aromatiques, s’expriment naturellement avec quelques cristaux de fleur de sel. Les zébrées se dégustent tout simplement crues, avec un filet d’huile d’olive. En fin de saison, on trouve les tomates vertes, charnues et sucrées, cuites en confitures, relevées d’une gousse de vanille et de citron.

Histoire de la tomate à travers les siècles

Elle fut introduite en Europe, au début du XVIe siècle par les Espagnols, d’abord en Espagne, puis en Italie, par Naples, alors possession de la couronne espagnole. Initialement considérée comme plante ornementale, elle est cultivée depuis le XVIIIe siècle pour son fruit, consommé comme légume. La première mention de la tomate dans la littérature européenne apparaît dans un ouvrage publié pour la première fois en 1544, les « Comentari » de Pietro Andrea Mattioli, botaniste et médecin italien, qui en donne une description sommaire au chapitre consacré aux mandragores et l’appelle « pomi d’oro » « mala aureo » : pomme d’or. La plante étant de la même famille que la belladone, ses fruits n’étaient pas considérés comme comestibles, mais utiles en médecine.

En Grande-Bretagne, John Gerard, botaniste et chirurgien anglais, fut le premier à cultiver la tomate dans les années 1590. Il représenta la plante qu’il considérait comme vénéneuse, y compris le fruit, dans son herbier « The Her all or General Historie of Plantes ». Son avis négatif prévalut en Grand-Bretagne et dans les colonies britanniques d’Amérique du Nord pendant encore deux siècles.

L’introduction en France fut lente. Elle commença par la Provence. En 1600, Olivier de Serres, un des premiers agronomes français, qui cultivait son domaine du Pradel dans l’Ardèche, classe la tomate parmi les plantes d’ornement. Voici ce qu’il écrivait dans « Le théâtre d’agriculture et mesnage des champs » : « Les pommes d’amour, de merveille, et dorées, demandent commun terroir et traictement, comme aussi communément, servent-elles à couvrir cabinets et tonnelles, grimpans gaiement par dessus, s’agrafans fermement aux appuis. La diversité de leur feuillage, rend le lieu auquel l’on les assemble, fort plaisant : et de bonne grâce, les gentils fruicts que ces plantes produisent, pendans parmi leur rameure… Leurs fruicts ne sont bons à manger : seulement sont-ils utiles en la médecine, et plaisans à manier et flairer ».

En France, à la fin du XVIIIe siècle, les qualités culinaires du fruit de la tomate sont mises en avant dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert : « Le fruit de tomate étant mûr et d’un beau rouge, et il contient une pulpe fine, légère et très succulente, d’un goût aigrelet relevé et fort agréable, lorsque ce fruit est cuit dans le bouillon ou ans divers ragoûts. C’est ainsi qu’on le mange fort communément en Espagne et dans nos provinces méridionales, où on n’a jamais observé qu’il produisît de mauvais effets ». En 1760, le catalogue de la maison Andrieux-Vilmorin classe encore la tomate comme plante ornementale, les premières variétés potagères apparaissent dans l’édition de 1778 et dans « le Bon jardinier » en 1785. La diffusion de la tomate s’accéléra en France pendant la Révolution avec la montée des Provençaux à Paris pour la fête de la Fédération en 1790. Deux restaurants tenus par des Marseillais, les « Trois frères provençaux » et le « Bœuf à la mode » participèrent à la popularisation de la tomate dans la capitale.

Aux Etats-Unis, le président Jefferson qui avait séjourné en France de 1784 à 1789, fut au début du XIXe siècle un propagandiste de la tomate qu’il fit cultiver dans son domaine de Monticello en Virginie et entrer à la table présidentielle en 1806.

Les fêtes de la tomate

De nombreuses fêtes de la tomate sont organisées dans le monde, notamment aux États-Unis, en Europe et dans divers pays comme Israël, l’Argentine ou l’Australie. Ce sont souvent des « fêtes des plantes » axées sur la tomate et souvent d’autres légumes dans lesquelles sont présentées des fruits de nombreuses variétés, des concours des plus belles tomates, et qui sont l’occasion pour les passionnés d’échanger des semences ou de découvrir de nouvelles recettes.

En France, une « fête de la tomate et des légumes anciens » se tient depuis quelques années à la mi-septembre à Haverskerque (Nord). A Gunnedah (Nouvelles-Galles-du-Sud) en Australie, la « National Tomato Competition » organisée en janvier est un concours de la plus grosse tomate.

Celle qui est organisée chaque année en août à Buñol, commune espagnole de la province de Valence, la « Tomatina », se distingue par son caractère de bataille festive dans laquelle les seules munitions utilisées sont des tomates bien mûres. Une fête similaire, la « Gran Tomatina Colombiana », se déroule en Colombie dans la commune de Sutamarchán chaque année en juin depuis 2005.

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La Tomitina en Espagne

La Tomate dans l’art

Pablo Picasso peignit en août 1944 une série de neuf tableaux représentant un plant de tomate sur le rebord d’une fenêtre. Réalisées dans l’appartement de son ancienne compagne, Marie-Thérèse Walter et de sa fille Maya à Paris, où le peintre s’était réfugié pendant les combats pour la Libération de la capitale, ces peintures sont, selon Jean Sutherland Boggs, « une métaphore pittoresque et décorative de la nécessité pour l’être humain de survivre et prospérer même sous les contraintes de la guerre ».

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Picasso – Pied de tomate

En 1962, Andy Warhol produisit une œuvre intitulée « Campbell’s Soup Cans », constituée d’une série de 32 tableaux représentant une série de boîtes de soupes rouge et blanche de la société Campbell, au premier desquelles la soupe de tomate.

Les formes arrondies de la tomate ont inspiré en 1971 au designer finlandais Eero Aarnio le dessin du « fauteuil tomate » (tomato chair).

Dans un registre humoristique, Alphonse Allais intitula en 1882 un tableau abstrait uniformément rouge « Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques au bord de la Mer Rouge ».

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Andy Warhol – Robe sauce tomate

Symbolisme et tomates

Chez les Bambaras, peuple d’Afrique de l’Ouest (Mali, Sénégal, Guinée), la tomate est un symbole de fécondité, et les couples doivent en manger avant de s’unir. La tomate est l’emblème, fruit ou légume officiel, de plusieurs États américains :

  • Arkansas (fruit et légume officiel), il s’agit d’une variété à fruits roses, la « South Arkansas Vine Ripe Pink Tomato »,
  • Louisiane (légume officiel), variété Creole tomato,
  • New-Jersey (légume officiel),
  • Ohio (fruit officiel),
  • Tenessee (fruit officiel).

        ·      En outre, le jus de tomate est la boisson officielle de l’Ohio.

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Le parti socialiste néerlandais a adopté comme symbole une tomate rouge qui figure dans son logo.

 

Fruit ou Légume

D’un point de vue botanique, la tomate est indiscutablement un fruit, puisqu’elle dérive, y compris ses graines, de la transformation de l’ovaire d’une plante à fleurs. Cependant, d’un point de vue culinaire, elle n’a pas le même goût sucré que les fruits consommés comme tels, le plus souvent à la fin du repas, et est généralement servie, comme légume, dans des préparations salées, en entrée ou en salade, ou en accompagnement du plat principal. L’origine de la controverse vient du fait que les tomates sont traitées comme des fruits dans les pratiques de conserve domestique. Les tomates ont en effet une acidité suffisante pour être préparées à l’eau plutôt que dans un stérilisateur à vapeur comme c’est le cas pour les « légumes ».

Cette controverse a eu des implications légales aux États-Unis. En 1887, des droits de douane appliqués aux légumes mais pas aux fruits ont fait du statut de la tomate un sujet d’importance au regard de la loi. La Cour suprême des États-Unis mit fin à la controverse le 10 mai 1893 en déclarant que la tomate était un légume, selon la définition populaire qui classe les légumes, généralement servis au cours du repas et non au dessert, en fonction de leur utilisation. La décision s’applique seulement à l’interprétation du tarif douanier du 3 mars 1883 et la Cour ne prétend pas reclasser la tomate pour d’autres considérations que celles relatives au paiement de taxes douanières.

La tomate a été choisie comme légume-emblème officiel par l’État du New Jersey. L’Arkansas en revanche n’a pas tranché entre fruit et légume en faisant de la variété « South Arkansas Vine Ripe Pink Tomato » à la fois le fruit-emblème et le légume-emblème de l’État, dans une décision unique citant ses usages culinaires et la classification botanique. En 2006, la chambre des représentants de l’Ohio adopta une loi qui devait déclarer la tomate comme le fruit-emblème de l’État, mais elle ne fut pas ratifiée par le Sénat et il fallu attendre avril 2009 pour qu’une nouvelle loi fasse de la tomate le fruit officiel de l’Ohio. Le jus de tomate est depuis 1965 la boisson officielle de l’Ohio. A.W. Livingston, originaire de Reynoldsburg (Ohio), a joué un grand rôle dans la popularisation de la tomate vers la fin des années 1800.

Du fait de la définition scientifique du fruit, la tomate reste considérée comme un fruit aux États-Unis dès lors qu’il ne s’agit pas de questions douanières. Ce n’est d’ailleurs pas le seul fruit botanique consommé comme légume : l’aubergine, le concombre et les courges de toutes sortes partagent la même ambiguïté.

Tomates et records

L’immense pied de tomate qui pousse dans les serres expérimentales du parc Disney d’Orlando en Floride est probablement le plus grand du monde. La plante a été reconnue par le Livre Guinness des records pour sa production de 32 000 tomates d’un poids total de 522 kg. Elle produit des milliers de tomates en même temps sur un seul pied. Yong Huang, directeur de science agricole à Epcot, a découvert ce plant unique à Pékin (Chine). Huang en rapporta des graines à Epcot et fit construire une serre spécialisée. Les tomates, qui ont la taille d’une balle de golf, sont servies dans les restaurants du parc Disney. Les visiteurs peuvent voir ce pied de tomate record en empruntant le parcours en bateau Living with the Land du parc d’Epcot.

La plus grosse tomate jamais récoltée pesait 3,51 kg. Cette tomate de la variété ‘Delicious’ fut cueillie aux États-Unis en 1986 dans sa serre à Edmond (Oklahoma) par un certain Gordon Graham.

On qualifie plutôt la tomate de légume car c’est une plante potagère qu’on utilise en quantité généreuse dans des plats plutôt salés. Pourtant, du point de vue botanique, c’est un fruit. Sur la planète, elle tient une place de choix dans notre alimentation. C’‘est d’ailleurs l’un des légumes parmi les plus consommés en France. Avec près de 15 kg par personne et par an, elle arrive en seconde position derrière la pomme de terre. Si les consommateurs la dégustent crue, en salade ou à la croque au sel, et beaucoup en jus, ils l’apprécient tout autant quand elle est farcie, confite, en sauce ou simplement sautée à la poêle. Certains en font même des confitures.

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Bibliographie

Dictionnaire des Symboles – Jean Chevalier et Alain Gheerbrant  - Collection Bouquin –  Editions Robert Laffont/Jupiter

Dictionnaire de la Mythologie - Michael Grant et John Hazel – Editions Marabout

 

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